• CR de la 3ème étape : Pontivy – Guer (76km)

    Pas trouvé le temps de rédiger ce CR hier, c’est donc au soir de l’étape suivante (Guer – Châteaubriant) que je me mets à rattraper mon retard.

    Hier, jeudi, je faisais partie du groupe des rapides de la veille et j’ai pris le départ à 7h30 au lieu de 6h30 comme le plus gros du peloton. Nous, les 8 autres, avons tournicoté dans le gymnase quelques temps à attendre le départ. J’observais le rituel des Taïwanais avant l’étape : un échauffement basé sur une sorte de stretching, puis des gammes de pose de pied ou d’équilibre. Intéressant mais je ne le ferais pas au risque de me blesser, moi qui suis souple comme un verre de lampe.

    Je remangeais un en-cas avant de prendre le départ non sans avoir participé à la photo immortalisant ce groupe des 8 (2 Taïwanais, 1 Allemande, 5 Français dont 3 de Loire-Atlantique). Départ prudent pour la traversée de Pontivy puis une fois sur la grande route j’ai pris mon rythme laissant momentanément mes deux compères ligériens derrière, sachant qu’ils me croqueraient aux alentours du marathon. La circulation devenait de plus en plus importante, les voitures roulaient vite, les camions étaient nombreux, mais à part deux ou trois fois, on a réussi à cohabiter ; la vigilance était néanmoins obligatoire. Se succédaient de longues portions de routes monotones avec des lignes droites où l’on apercevait les coureurs au loin, ceux que j’allais rattraper peu à peu, et quelques parties vallonnées un peu plus tranquilles.

    J’étais sur les mêmes bases que les jours précédents (4h23 au marathon, 5h12 aux 50km) mais arrivé à Ploermel, je commençais vraiment à en avoir plein les bottes. La traversée de cette ville animée après un passage assez long au ravitaillement s’est avérée longue et les derniers hectomètres pour atteindre la voie verte furent tout aussi laborieux. C’est là que j’ai fait un peu chuter ma moyenne, chose que j’allais essayer de réparer sur la partie plane de 18km qui m’attendait. Comme je suis compétiteur et que je n’avais pas d’informations sur les coureurs me suivant au général mais partis une heure avant moi, je me décidais de prendre le taureau par les cornes et de jouer mon va-tout. J’adoptais une cadence de 5’30 au km, reprenais quelques coureurs du groupe 1 et je me fixais peu à peu l’objectif de finir l’étape de 76km en moins de 8h. Pour cela, il ne fallait pas mollir et même si je me suis arrêté aux deux ravitaillements, brièvement, même si j’ai procédé à plusieurs vidages de chaussures envahies par des petits cailloux provenant du revêtement de la voie verte, je réussis à tenir mon objectif : 7h58’15. 8ème place, que je conservais au général aussi, creusant un peu plus l’écart avec mes concurrents directs de derrière à qui je reprenais plus de 20’. Ceux de devant ont aussi augmenté leur avance sur moi comme ça je suis tranquille, je n’ai qu’à regarder derrière.

    Après, l’enchaînement de toutes les tâches à faire m’a pris tant de temps et d’énergie que je n’ai pas trouvé la moindre petite parcelle de temps pour écrire ce CR. Chose réparée ce soir.

    CR étape 4 : Guer – Châteaubriant, 67km.

    Comme hier, je faisais partie du groupe N°2 qui devait partir 30’ après le groupe N°1. Trente minutes d’attente, c’est mieux qu’une heure et ça allait permettre de remonter les coureurs du groupe 1 plus rapidement. Le départ fut donné sous un beau ciel bleu dans lequel il ne manquait encore que le soleil qui devait se la couler douce sous la couette, mais nul doute qu’une fois levé, il allait nous redonner du chaud au cœur et au corps. En attendant, la voie verte bordée d’arbres était bien agréable et ses 11km passèrent relativement rapidement. J’y ai dépassé plusieurs coureurs, certains un peu ralentis par la fatigue ou des débuts de blessures, d’autres plus prudents désirant récupérer de la longue étape de la veille.

    Un 15 août, on peu s’attendre à ce que les routes soient désertes, mais nous avons croisé beaucoup de motos se rendant à la bénédiction annuelle de Porcaro par où nous étions passés hier. Des voitures troublaient aussi notre quiétude donc comme la veille il fallait redoubler de prudence.

    La traversée de Guipry puis de Messac où nous sommes passés au-dessus de la Vilaine marque comme tous les ans la fin de la première partie de l’étape. La seconde fut moins intéressante, faite de lignes droites sans bas-côté mais avec de nombreuses portions ombragées. Les villages se succédaient et je dépassais progressivement les coureurs du groupe 1.

    Mon allure était encore correcte, passage au marathon en 4h22 et aux 50km en 5h11, mais je sentais que ça devenait difficile. Ce qui renforça cette impression c’était le temps que je mettais pour rattraper, doubler et lâcher les coureurs du premier groupe, mais en y réfléchissant bien je me suis dit que c’était normal car leur allure était supérieure à celle des autres doublés précédemment. Certains en ont aussi profité pour rester un peu avec moi, voire repasser devant, comme Angel ou Kelvin, d’autres n’ont pas été distancés tout de suite et sont restés un moment à quelques dizaines de mètres derrière.

    Aux ravitaillements, j’ai trouvé un rituel qui semble me convenir : le matin, je dépose dans les caisses des bouteilles de sirop de citron ou de pamplemousse et quand j’arrive aux ravitos, je fais l’échange rapidement ou je remplis mes bouteilles vides et je peux manger en même temps. Je débute l’étape en prévoyant de grignoter quelque chose au bout de 45’ puis après 2h15’ de course, sachant que le ravito N° 1 est environ à 15km du départ et le suivant à environ 30km. La suite les voit être espacés de 10km en moyenne.

    La fin de l’étape fut dure, j’ai maintenu une bonne cadence pour essayer de revenir sur les deux seuls que je n’avais pas rattrapés mais ils ont senti le coup venir et n’ont eu qu’à augmenter légèrement leur vitesse pour me maintenir loin derrière eux.

    Au final, je mets 7h05’44 pour 67km, un peu déçu de n’avoir pas tenu le 9,5km/h de moyenne (là ça fait 9,4 environ) mais je suis content d’avoir augmenté l’écart avec mes poursuivants.

    Demain, on finit de traverser la Loire-Atlantique pour nous rendre à Saint-Georges sur Loire. 71km assez vallonnés. Espérons que les fortes pluies qui ont perturbé l’après-midi ne viennent pas gâcher l’étape pour laquelle je repars une nouvelle fois dans le groupe des 8 plus rapides, 30’ après les autres.

    à+Fab******€*


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  • Ce qui est difficile quand on a couru 129 étapes de la Transe Gaule et 118 des TransEurope, c’est de trouver matière à raconter l’étape du jour sans avoir à radoter. Ceux qui ont déjà lu les CR précédents doivent se barber car c’est toujours la même chose.

    Aujourd’hui, j’aurais aimé changer un peu – je vais essayer – pour narrer les 64km qui m’ont mené de Plounévézel à Pontivy.

    Départ comme hier, sauf qu’il faisait à peine jour (à 6h30 il fait plus noir qu’à 9h17). Tant pis, je suis parti sur un rythme assez rapide pour moi et je me suis retrouvé dans les 10 avant d’avoir atteint Carhaix pourtant situé à 2,2km (cf Road book) de Plounévézel et en plus je marchais dans les côtes (25 foulées et 10 pas de marche, puis ça m’a gonflé de compter et je le faisais l’alternance en côte à mon instinct). Derrière, personne ne me revenait dessus, mais ceux de devant m’avaient largué. A Carhaix, je me suis arrêté regarder les statues des sœurs je-ne-sais-plus-leur-nom, un taïwanais croyant que j’étais perdu m’indiqua le chemin à suivre et je repris ma course. Sortie de Carhaix, je rattrape une taïwanaise et Jean Michel puis l’horizon bien dégagé je me mis à accélérer. 6km d’échauffement puis le rythme de croisière pour le plus longtemps possible.

    Au Moustoir, km8, en 46’, j’avais 4’ d’avance sur mon record de 2008 puis à Paule, km14 en 1h24 j’en étais à 6’ de gagnées. Le ravito pris en 1’15 (c’est précis car mon GPS a enregistré ces données) je continuais tranquillement vers le prochain objectif : le début du canal situé au km26 et où se situait le second poste de ravitaillement.

    Glomel , km18 en 1h50, puis le début du canal à Pont Aofred (ou un truc du genre) en 2h33’ pour 26km (10’ d’avance sur le meilleur Fab). Le canal comme à son habitude était calme, beau, bucolique, avec de temps à autres quelques promeneurs avant de rencontrer un  groupe de taïwanais lâché pour la circonstance en mode récréation. A mon passage, les encouragements et appareils photos y allaient de bon cœur. Je fis un arrêt « petit-caillou-à-la-con-dans ma chaussure » et m’aperçus que je n’étais plus seul : Hervé me suivait et se rapprochait doucement. Pas grave car il a un niveau supérieur au mien. Par contre j’étais étonné de ne pas voir certains coureurs qui étaient hier devant moi.

    A la sortie du canal, Hervé ne m’avait pas encore rattrapé, je fis une autre pause du même type que la précédente, en plus long car de vider les deux chaussures ça n’est pas évident, mais ça soulage et évite de provoquer des ampoules dont je n’ai aucunement besoin.

    Km 35 en 3h29 avant l’arrêt, 3h32 après et Hervé en profita pour me passer devant. Je ne le revis plus sinon au début de loin au gré d’une ligne droite. Patrick Poivet me rattrapa aussi et après avoir discuté quelques secondes se détacha peu à peu. Je l’ai gardé en point de mire quelques temps (plus d’une heure) mais à la longue et parce que les lignes droites se faisaient plus rares, je ne le revis plus.

    Je me retournais de temps à autres afin de voir qui allait à son tour venir me croquer : personne ! Même Stephano, l’italien avait été distancé assez pour ne plus être en vue.

    Ravito des M&M’s avec sa bonne soupe où je pris mon temps, km40 en 4h05 quand j’en repartais, puis là commença la partie la moins intéressante de l’étape. Je dis ça mais c’est vrai même si l’impression est renforcée par le fait que les forces commençaient aussi à baisser, chose normale que j’avais bien provoquée à l’image d’hier. Je passais le marathon en 4h19’ (soit 4’ de moins qu’hier) puis le km50 en 5h09’ (toujours à -4’). Ravito 4 au km 48,5 en 5h environ, avec de longues lignes droites où celui qu’on aperçoit au loin a plus de 5’ d’avance. En bout de ligne droite, de la montée !

    Allez, plus que 14km et l’alternance côtes-descentes me plaisait bien même si quand j’étais en côte j’espérais qu’une descente arrive et inversement, quand j’étais en descente je voulais de la montée. Va comprendre !

    Cahin-caha, j’atteignais le dernier ravitaillement à partir duquel il ne restait en principe que 7km. Je remplis une dernière fois mes bouteilles et je repris la route avec son trafic de voitures et de camions qui ne permettaient pas de se reposer la tête : j’étais toujours sur le qui-vive, on ne sait jamais, il y a tellement d’abrutis au volant qu’on peut très bien en rencontrer un, d’ailleurs j’en ai vu quelques spécimen heureusement sans avoir été trop gêné.

    L’arrivée à Pontivy avec la nouvelle fin (déjà comme l’an dernier) ne me parut pas si longue que par le passé. Sans doute boosté par le bon chrono que je devais faire et par un classement tout aussi sympa, je déroulais et franchissais l’arche en 6h42’02 à la 8ème place. Content d’avoir amélioré mon meilleur temps sur cette étape et d’y avoir fait une belle place.

    La météo toute la journée avait été très agréable, les nombreux arbres bordant le parcours ayant fourni de l’ombre, je n’ai pas eu trop chaud, ni froid. J’ai néanmoins fini tout trempé de sueur et la lessive après la douche était assez copieuse.

    Demain, première longue étape : bien sûr, j’ai gagné le droit de dormir une heure de plus car mon départ est prévu à 7h30 avec les 7 coureurs qui ont fini devant moi.

    à+Fab******€*


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  • 1ère étape

    C’est devenu un rituel pour moi de rallier Roscoff et de prendre le départ de la Transe Gaule mais à chaque fois c’est un recommencement. Je ne pars jamais avec des certitudes, juste avec l’expérience accumulée lors de mes 7 premières participations à ce qui constitue mon feuilleton de l’été.

    Je passerai l’installation et les deux jours passés sur Roscoff et sa région –sans rapport avec la course- et je vais directement raconter la première étape.

    Après un prologue de 6km de Roscoff à ST Pol de Léon, une petite mise en jambes permettant de  s’échauffer et de vérifier l’état général du bonhomme et de la tenue, nous sommes partis à 9h17 de la gare de St Pol pour les 1184km restants. Aujourd’hui, l’étape faisait 62km (si l’on ne compte pas les 6km d’échauffement non chronométrés).

    Je suis parti vite. Et oui, comme un débutant ou un kamikaze ou comme quelqu’un qui veut se rendre la course difficile. J’ai adopté mon rythme de footing habituel (10,5km/h) sachant que je ferai des pauses de marche tous les quarts d’heure. Les sensations étaient bonnes et il y avait quand même plusieurs autres concurrents devant moi. J’ai atteint Penzé en 1h01’, soit 2’ plus vite que l’an dernier et 6’ plus vite que lors de mon année record. Des coureuses et des coureurs venus de Taïwan et Hiroko, coureuse japonaise, m’encadraient, pas de potes français avec moi : JJ Moros et Stéphane P étaient déjà loin devant et les autres compatriotes derrière, pour le moment. Je me sentais bien, donc j’ai continué sur ma lancée après le ravitaillement N°1. Je suis passé à Pleyber-Christ  en 2h18, avec encore plus d’avance sur le Fab des TG précédentes (c’est contre lui que je cours ! ).

    La pluie s’est alors invitée mais j’ai eu de la chance de ne prendre que la fin de la grosse averse et d’avoir été protégé par les arbres quand ça s’est mis à vraiment pleuvoir. Pas nécessaire de sortir le poncho, la prochaine éclaircie devait me sécher.

    Mon sac à dos acheté récemment et étrenné sur le Semi-Raid du Golfe m’a bien été utile. J’ai pu me ravitailler à ma guise, recharger les bouteilles et les ranger dans les poches faites pour cet usage sans me prendre la tête. J’ai mis la musique car le temps commençait à me sembler long et je n’avais personne à qui parler, n’ayant pas fait Taïwanais ni Japonais en seconde langue.

    Passage au marathon en 4h23’ puis aux 50 en 5h13, je me disais que sauf accident, j’étais sur les bases de mon record sur cette étape ; encore fallait-il ne pas se planter !

    J’admets l’aspect périlleux de la chose, mais une Transe Gaule sans prise de risque, ça devient une Transe Gaule monotone. D’habitude je n’en prends pas si tôt dans l’épreuve mais je voulais me tester. La fin de l’étape fut quelque peu laborieuse, mais à y regarder de plus près, pas si difficile que ça. Passage à Poullaouen en 5h48 (encore grappillé du temps sur mes TG passées) et arrivée sans rechercher à revenir sur les deux coureurs que j’entrapercevais au loin puis de moins en moins loin devant moi. Je n’aurais rien gagné à les rattraper car j’aurais fini avec eux.

    Je me contente de cette 11ème place sur 48 (puisque tout le monde a atteint Plounévézel  avant le cut-off) en 6h32’41 (temps à confirmer par les instances dirigeantes) pour 62km.

    J’ai amélioré  ma meilleure marque sur cette étape de près de 8’. Je ne pense pas que demain je sois capable de remettre ça. On verra après une bonne nuit de repos.

    à+Fab******€*


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  • CR du Raid du Golfe 2014

    Après une première expérience satisfaisante en 2013, j’avais décidé de refaire ce raid sachant que le parcours empruntait le reste du tour du Golfe : Locmariaquer – Vannes en 2013 (86 ou 87km en passant par la voie nord-ouest, via Auray, Larmor Baden et Arradon), Arzon (Port du Crouesty) – Vannes (88km par le sud-est, via Sarzeau, Noyalo et Séné) en 2014. L’édition 2013 partant en fin d’après midi, une partie en nocturne était prévue, celle de 2014 démarrant à 9h30 le matin, il y avait moins de chance de devoir courir la nuit. Au total, cela m’apporterait une bonne idée de ce qui attend les coureurs alignés sur le Grand Raid, que j’aimerais bien faire un jour si mon emploi du temps professionnel me le permet … à moins d’attendre d’être en retraite.

    Premier point positif, j’avais gagné mon dossard lors d’un tirage au sort au Marathon Vert de Rennes aux stands des exposants. Comme j’avais déjà envoyé mon bulletin et payé mon inscription au Raid, l’organisation m’a remboursé. Second aspect plutôt favorable : le départ ayant lieu le samedi matin, contrairement au samedi soir pour l’édition 2013, je pouvais envisager de finir avant la nuit et de rentrer sur Nantes après la douche sans avoir à taper dans le sommeil comme l’an dernier. Comme une fois de plus j’étais juge arbitre sur une compétition de jeunes le dimanche, ça me laissait le temps de me reposer. Troisième atout, la possibilité de dormir sur le port du Crouesty, sur le bateau de mon beau frère, ce qui permettait de prendre le temps de me lever, de déjeuner et de me mettre en tenue. Il fallait juste aller retirer le dossard le vendredi soir à Vannes avant 20h. Dormir à moins de 500m du départ, cela donne la possibilité de rester au sec jusqu’au dernier moment car la pluie s’est invitée en ce samedi matin. Quel contraste avec la course de l’an dernier !

    Le départ

    Harnaché de mon sac à dos contenant tout le matériel obligatoire – mais pas forcément nécessaire comme la frontale sauf à mettre plus de 13h – je me rends sur la ligne de départ et peu à peu la pression monte. Pas pour moi, mais tout autour. On sent l’effervescence, l’inquiétude, les interrogations sur plein de visages. Tiens, l’ami Kavinsky et son Road Game montent en puissance, comme l’an dernier : on ne va pas tarder à partir. Mais … on est déjà parti. J’appuie sur le chrono avec une trentaine de secondes de retard. Pas grave, on aura le temps officiel à la fin, à Vannes dans … j’espérais alors environ 10h.

    Ça bouchonne rapidement, et forcément qu’avec plus de 1500 personnes au départ, le moindre rétrécissement se traduit par un arrêt total, de la marche puis de la reprise de course pour stopper à nouveau un peu plus loin. La première partie non bitumée arrive assez rapidement et plusieurs coureurs se rendent compte que malgré la pluie fine qui ne cesse de tomber, il fait quand même chaud avec le coupe-vent. Donc pause allègement de la tenue pour un grand nombre dont je ferai partie sitôt que j’aurai trouvé un banc afin d’y prendre mon temps. On double le cap correspondant à l’entrée sud-est du Golfe pour atteindre Port Navalo. Toujours en mode accordéon : un coup je cours puis je marche puis j’attends que ça avance devant puis je recours etc. Gonflant pour un début de Raid, pas facile de trouver son rythme de croisière et d’avancer en profitant pleinement du paysage magnifique qui s’offre à nous. Le parcours semble s’adoucir et le peloton s’est étiré, comme certains j’essaie alors de relancer la machine et de « rattraper » le temps perdu. Bien sûr, à l’image des moutons de Panurge, le troupeau s’est engouffré sur un mauvais chemin et le temps de s’en rendre compte, un kilomètre s’est écoulé. Demi -tour et retour dans le droit chemin, un peu agacé par cette succession d’à-coups. C’est quand on croit que la course est enfin définitivement bien lancée que le premier pointage vient nous arrêter : 10’ d’attente pour un simple trou dans le dossard. Il n’en faut pas plus pour me déconcentrer et comme je suis sujet à quelques désagréments cardiaques quand je dois stopper net un effort prolongé, je suis obligé d’aller m’allonger quelques minutes afin de retrouver mes esprits. Pendant ce temps-là, un petit quart d’heure ajouté au bouchon, les autres coureurs filent. Je pense alors que l’horaire fourni à ma famille pour mon arrivée à Vannes a du plomb dans l’aile. Arrivée espérée pour 19h30, je me dis à ce moment qu’il faudra viser 20h et au-delà. Et ce qui m’attend dans les 20 prochains kilomètres n’est pas là pour me faire espérer mieux. Je trouve le moyen de me tromper encore une fois de route en suivant un petit groupe de tête en l’air comme moi. On fait 300m et demi-tour pour s’apercevoir qu’on n’a pas pris le bon embranchement pourtant assez bien indiqué. Accélération pour rattraper le temps perdu et les coureurs repassés devant. Certains ont dû se demander combien de fois j’allais les doubler. Au moins trois fois pour certains. Au Logeo j’ai encore du mal à récupérer et dois m’allonger sur un banc quelques minutes puis arrivé à Sarzeau, le point noir de cette édition : pas de Bison Futé pour prédire qu’on allait mettre plus de 15’ pour se faire pointer, alors qu’on a tous des dossards avec puce intégrée. Une fois pointé, c’est la galère pour se ravitailler : une queue interminable pour avoir un plateau repas, des bénévoles débordés et énervés qui ne veulent pas donner une simple bouteille d’1,5l d’eau afin qu’on puisse remplir nos bidons et poche à eau – il fallait faire la queue encore et attendre que les jerrycans se vident au compte gouttes. Au final, je ne me suis pas ravitaillé, j’ai juste pris de l’eau et j’ai entamé mes réserves de barres énergétiques, compotes et crêpes prévues normalement pour plus tard dans la course…

    Sarzeau, km 32,7 officiellement, mais avec mes kilomètres de rab mon GPS indique 34,7km. Quand je quitte le ravitaillement, il y a déjà 4h30 qu’on est partis : la moyenne n’est pas très élevée faute à tous ces arrêts. Quand est-ce que la course commence ?

    Je réussis à courir sans arrêt entre Sarzeau et Saint Armel où un point d’eau se présente. En fait, je ne le vois pas, c’est un coureur qui en repart qui m’indique qu’il est là. Beaucoup ne le verront pas car pas indiqué et situé au sortir d’un chemin le long du mur d’un particulier. Je remplis mes bouteilles vides rapidement et repars. Du 9km/h pour la dernière heure, je commence à avoir des sensations dignes de celles qu’on doit avoir sur ce genre de course. Mais je suis à nouveau stoppé par un coup de fatigue : je m’allonge une nouvelle fois sur un banc, je récupère et reprends le fil de mon aventure.

    Cette fois, il n’y aura plus rien qui me freinera sauf les portions détrempées, boueuses et glissantes ou les parties sur les petites plages ou dans les criques.

    J’arrive à Noyalo peu avant 7h de course pour 52,5km (54,5km à mon GPS) : ça fait du 7,5km/h de moyenne ce qui n’est pas folichon vu mon objectif de départ. Je prends le temps de bien me ravitailler. Je mange, je bois, je refais le plein des bouteilles et bidons. L’arrêt dure plus de 10’, mais quand je repars, je peux vraiment courir à mon rythme. Séné ne se trouve qu’à 13,5km et mon allure moyenne de 9km/h me permet d’y arriver en 1h30.

    Je passe sur le parcours des 24h de Séné où je me rappelle mes débuts sur 24h avant d’atteindre la salle où je prends le temps de me restaurer et de refaire les réserves en boissons. Vannes se trouve encore à 22,5km soit entre 2h30 et 3h de course. J’ai pris le départ il y a plus de 8h30 et mon estimation de l’heure d’arrivée me laisse espérer 21h au maximum. Les jambes deviennent de plus en plus lourdes, mais comme lors de la partie entre Noyalo et Séné, je dépasse beaucoup de coureurs : des bracelets jaunes alignés sur le 177km et des bleus qui participent au Raid de 88km comme moi. Encore quelques rouges (petit Raid de 56km) me doublent mais sans l’arrogance des nombreux kamikazes qui n’ont pas arrêté de débouler de l’arrière en nous faisant comprendre qu’on les ennuyait à lambiner sur les sentiers monotrace ou moins étroits.

    Cette dernière partie est longue et un peu technique d’où une moyenne moins élevée que je l’aurais souhaitée. Des parties de plage, de rochers, d’algues vertes, des murettes étroites et quelques escaliers, ça ne permet pas de finir en roue libre. Par la suite, après être de nouveau passé par Séné, le parcours est plus connu : une partie du parcours du Marathon avec notamment la partie finale du Raid sur le port. Je dépasse encore des coureurs et finis enfin en 11h28’ à peine.

    Il est juste 21h, j’ai respecté mon Plan B sachant qu’avec le A je serais déjà arrivé depuis une heure voire plus. Mais je me contente de ça. Je récupère mon maillot de finisher et pars prendre une douche au stade de la Rabine situé juste à côté de l’arrivée.

    Après, c’est l’hydratation avec un grand panaché accompagné d’un steak frites suivi d’une glace chantilly. Je les ai bien méritées.  

    à+Fab******€*


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  • CR Armorbihan 2014

    Moi aussi je reviens de ce week-end breton avec plein d'étoiles dans les yeux, plein de bonheur d'avoir étrenné un nouveau type de course (pour moi qui ne connaissais que les courses à étapes, les 100km ou les 24h, formats "rassurants" par la présence quasi régulière de ravitaillements).

    J'avais tenté naguère la miniMilKil mais sans les bons outils à l'époque et bien "cassé" par mon premier périple européen inachevé.

    Donc pour cette première, j'avais mis de côté tous les atouts que je possédais afin de rendre la chose la plus agréable possible (ou la moins désagréable possible) : location d'un véhicule d'assistance, avec chauffeur de surcroît (mon frère Laurent), logistique personnelle du type de celle fréquemment mise en œuvre sur 24h (donc avec des tonnes de nourriture et de boissons que je n'ai en définitive utilisées qu'à moitié (ça va prendre du temps de finir les Bounty, les KitKat et autres délicatesses)). Avec mon frère on a eu le trajet du vendredi soir pour tenter de caler une stratégie de ravitaillement pendant cette longue traversée.

    Bien sûr, tout ne s'est pas passé comme envisagé, j'ai eu plein de petits soucis (gastriques, rythme cardiaque, erreurs de parcours, oubli de mettre des pansements protecteurs et les crèmes anti frottements, vous savez, les trucs du mec expérimenté qui n’a pas de cervelle ...), mais sans ces petits tracas, je n'aurais peut-être pas été en aussi bonne forme pour finir aussi bien et aussi vite que je l'ai fait. Et au bout du compte, le résultat final est à la hauteur de celui que je souhaitais. J'y reviendrai plus longuement plus tard.

    Reprenons à la veille du départ.

    Partis, mon frère et moi, vendredi soir après un frugal dîner à la maison et surtout après avoir aménagé notre camionnette de location en camping car de fortune, nous avons roulé pendant deux heures trente pour arriver à Plévenon, sur le parking près de l’église. Il y avait déjà plusieurs véhicules de stationnés dont certains que j’ai vite reconnus : la voiture de Jean Benoît, le camping car de Philou Favreau et la camionnette de Gérard et Nicole Denis.

    Nous, avec notre petit utilitaire de chez Super U, nous étions un peu comme des bohémiens : un matelas de 1,60m sur 2m emprunté à mon fils, nos différents sacs dont les 5 m’appartenant contenant chacun une tenue pour chacune des grandes phases de la course, nos glacières personnelles, les multiples bouteilles d’eau, de sirop (grenadine, pamplemousse et citron) et deux fauteuils pliés ne nous laissaient que très peu de place pour nous bouger.

    22h30, extinction des feux non sans avoir essayé de verrouiller sans réussite de l’intérieur la camionnette : tant pis, nous dormirons la porte entrebâillée !

    J’avalais un petit somnifère – reste d’un traitement récent contre les insomnies - afin de dormir d’une seule traite les heures les plus importantes de la nuit et surtout pour ne pas passer mon temps à penser à la tâche qui m’attendait.

    L’heure du réveil fut réglée à 5h sur nos portables, donc j’avais 6h de sommeil devant moi (un record de durée depuis 3 mois !).

    Le jour J

    « 5h du mat’ j’ai des frissons, comme dit la chanson de Chagrin d’Amour, Chacun fait c’qui lui plaît, plaît, plaît… » mais pour nous, c’est l’heure de se lever. Petit déjeuner dans le camion composé d’un café fait la veille mais encore chaud, bien conservé dans la bouteille thermos et de petits pains aux raisins que je dévore comme si j’avais faim. J’enfile ensuite ma tenue, cuissard, débardeur, sweat shirt et coupe-vent. Je m’aperçois alors que j’ai laissé les pansements à la maison et que je ne vais pas pouvoir me protéger les tétons. Je fais aussi l’impasse sur le crémage des zones habituellement exposées aux frottements, ce que je regretterai après l’arrivée au moment de la douche. Je me décide au dernier instant pour le sac à dos : simplement mon petit holster dans lequel je place une petite bouteille d’eau de 33cl avec de la grenadine, un Bounty, un KitKat et deux gels énergétiques sans oublier le papier toilette car il n’y a pas de WC dans les alentours. Je prends aussi un petit sac banane avec mon portable obligatoire et j’opte pour courir avec le road book et une seconde bouteille de sirop de citron dans les mains. Je verrai le reste plus tard, il est déjà l’heure de rallier le pied du phare du Cap Fréhel d’où le départ doit être donné à 6h précises.

    A peine le temps de dire bonjour à tous les coureurs que je connais et de saluer le race director afin de récupérer mon dossard et le maillot collector que l’heure du briefing arrive. Comme souvent, je n’écoute pas grand-chose plus préoccupé à fignoler la tenue afin de bien démarrer la longue et unique étape vers l’Atlantique.

    6h, le départ est donné, le groupe s’élance sur la route laissant le phare et la Manche derrière lui. Je prends un rythme relativement rapide et me retrouve dans le groupe de tête, certes pas longtemps mais assez pour régler mon allure à 10/10,5km/h. Peu à peu, les « favoris » vont retrouver leur véritable place et je rentre donc dans le rang.

    Plévenon, km 3,2 en 20’. C’est bien, je ne suis pas parti si vite et les sensations sont bonnes. Le soleil pointe son nez, la relative fraîcheur ne va pas tarder à se dissiper pour laisser la place à de la douceur  puis à la chaleur. Heureusement, la présence de haies le long des routes nous apporte de l’ombre.

    La Bouillie, ce n’est pas ce qui est proposé au ravitaillement, c’est le nom d’un village traversé après 1h47’ et 17,2km. J’effectue, peu après ce village dans lequel je n’ai pas trouvé de toilettes, un long arrêt « technique » et beaucoup de coureurs en profitent pour passer devant moi. J’arrive au 1er poste de ravitaillement situé à Saint-Aaron au km 25,8 en 2h47’ et je me change afin de repartir tout propre et en débardeur. Plus de 6’ ajoutées aux 8’ déjà gaspillées, ça fait environ 2km de « perdus », mais en réalité, c’est un investissement physique pour plus tard. Mon frère me ravitaille toujours environ tous les 5km. Je vais m’habituer peu à peu à repérer le petit utilitaire siglé d’un gros U. Ce sera mon point de repère et mon oasis dans ce vaste territoire peu habité. Lamballe est atteinte en 3h16’au km 29,5. C’est une jolie petite ville un peu vallonnée, qui semble se réveiller en ce beau samedi matin. Elle me permet de faire la jonction avec Christian Perchoc qui tient une bonne allure. On bavarde quelques kilomètres mais je ne le suis pas longtemps car il a un rythme supérieur au mien et j’effectue mes pauses marchées ou mes arrêts ravito perso assez fréquemment. La dernière fois que je le vois, je reviens à sa hauteur, on échange encore quelques propos puis survient une tachycardie qui me contraint à marcher. Cela va durer une trentaine de minutes et peu à peu les autres coureurs reviennent de l’arrière, restent parfois quelques minutes avec moi puis me laissent en ayant constaté que ça va quand même. Je me demande comment faire passer cette petite arythmie et je décide de m’arrêter m’asseoir quelques minutes. Quand je repars ça semble aller mieux mais le rythme cardiaque est encore élevé. Je repars, trouve une portion de pelouse accueillante où je m’allonge : 1’ après, la tachycardie se finit, tout redevient comme avant. Je peux alors reprendre la course et remonter progressivement une grande partie des coureurs qui m’ont dépassé. C’est sympa de faire plus ample connaissance avec les autres participants ; on peut mettre un visage sur un nom et échanger autrement que par forum ou facebook interposés. Je ne me souviens plus qui j’ai vu et dans quel ordre, avec qui j’ai parlé et de quoi, mais avec certains, on va jouer à « ne me quitte pas » ou à un remake d’un festival d’Yvette Horner  ou d’Aimable et son orchestre « à faire l’accordéon » : un coup je te lâche un coup je te rattrape, un coup je te double, un coup tu me doubles. Passionnant jeu qui me permet de faire passer le temps.

    Ravitaillement N°2 au km 50,4 atteint en 5h45’. Presque 2h pour faire les 15 derniers km, mes soucis cardiaques m’ont bien ralenti. Je ne m’arrête au ravitaillement que pour le pointage et je repars aussitôt, sachant que mon frère m’attend plus loin avec de quoi me sustenter, non pas que ce qui est proposé aux ravitaillements officiels ne me plait pas mais j’ai envie de ne manger que les aliments que j’ai déjà testés lors des 24h : compotes, bananes, barres de Bounty et KitKat, riz au caramel… Plus tard, je prendrai ce qui sera proposé aux ravitaillements mais il fait trop chaud pour prendre une soupe ou une purée.

    " A mesure qu'il courait, des filets de sueur se mirent à rouler sur ses joues bronzées, se rejoignant pour former des ruisseaux sur son dos et sur sa poitrine. Le liquide salé lui piquait les yeux. Il s'essuya d'un revers de main et leva la tête pour regarder le soleil. Midi : mauvaise heure pour courir." 
    Tom Mac Nabb. Extrait de "La Grande Course de Flanagan". 

    On est aussi dans l’Ouest, pas celui des Etats Unis, celui de France, mais au niveau météo, j’ai l’impression d’être dans le désert de Mojave, mais point de panneau annonçant Las Vegas, juste la direction du site de Bel Air. Ce ne sont pas les Rocheuses américaines, juste le plus haut sommet de la montagne costarmoricaine. 7 bornes de montée tranquille avec parfois un petit raidillon pour rappeler que ça « côte » et une fois en haut, à 336m, de belles éoliennes nous saluent au loin et c’est la descente vers Plessala. Passage au col en 6h49 pour 57,3km soit 1h pour faire les 7,3 derniers km. Fab, tu lambines ! En fait, je ne vais pas arrêter de lambiner. Plessala, 7h36’ et 63,7km puis le ravitaillement N° 3 au km 73,8 atteint en 8h59’. Tout pareil que le précédent, je ne m’y attarde pas et file vers la suite du périple. J’ai deux points de repères : celui des 12h et celui du ravitaillement N° 5 au km 124 que j’aimerais atteindre avant la nuit. Donc tant que ça va, je file.

    Le village au nom bien tentant de La Chèze (km 83 en 10h10) vient nous rappeler que la circulation peut être importante, mais je n’en ralentis pas pour autant et me fixe le ravitaillement de Rohan comme objectif à court terme.

    J’y arrive peu avant les 12h de course. C’est au même endroit que lors de la 3ème étape de la Transe Gaule entre Pontivy et Guer. Km 95 et 11h51’ de course. Plus que la moitié à faire. Même temps de passage que sur 24h à peu près, donc mon estimation de mon heure d’arrivée à Quiberon me donne une fourchette haute de 26h et basse de 28h. On verra bien ce qui se passera.

    Après un bon ravitaillement qui a duré plus de 10’, où j’ai dévoré une soupe, une purée, deux crêpes et bu deux panachés bien frais, je repars sans jambes – trop longtemps statique - et décide de marcher tout en empruntant en sens inverse le parcours tant de fois suivi sur la Transe Gaule. J’essaie de poster des SMS et d’envoyer des trucs sur Facebook. Ça coince un peu au niveau connexion et comme ma vue n’est pas très bonne, je n’arrive pas à lire ce que j’écris. Mais ça me repose et quand je sens que la course est possible, je remets un peu de gaz.

    Le parcours est moins sympa, de longues lignes droites et ce soleil toujours présent mais au ¾ de face qui gêne la vue, la monotonie commence à s’installer. Heureusement qu’il y a d’autres coureurs avec moi avec qui je discute. On passe d’ailleurs le km 100 ensemble en 12h47’. Au bout de la route, il y a Naizin au km 105 (13h30) puis mon GPS me lâche, je le donne à mon frère qui le met à recharger dans le camion. Plus de repères ! Vais-je m’en remettre ? Ça va changer un peu ma façon d’appréhender la suite car je me suis habitué au fait de toujours savoir où j’en suis. Je vais apprendre à m’adapter sans attirail électronique.

    Le jour baisse peu à peu, mais on continue de bien voir car le soleil n’est pas encore couché et j’attends le moment où je demanderai à mon frère de me donner le sac de rechange pour me mettre en tenue de soirée : cuissard propre et sec, nouvelles chaussures et surtout nouveau t-shirt par-dessus lequel je vais mettre le joli gilet de sécurité. Le coucher de soleil est magnifique. Normalement je dois attendre d’arriver à Plumelin au km 124, mais je ne me sens plus bien dans mes runnings qui me chauffent les pieds, alors je devance un peu le pit-stop et entre Remungol (km 114, 15h) et Plumelin (km 124) mon frère trouve un espace pour s’arrêter et pour me permettre de me changer. Le moral est resté en route – il a dû se coucher avec le soleil - car à ce moment je couine un peu, mais Laurent me connaît et sait que je joue la comédie et me remonte le moral. Je prends tout mon temps, comme sur 24h quand je n’ai plus envie d’y retourner, mais j’y vais quand même en me disant que le ravitaillement n’est pas très loin et que je referai le point à cet endroit. Deux ado sur un seul vélo, sans lumière me demandent où se trouve Plumelin. « Ça tombe bien, j’y vais, suivez-moi » leur dis-je, mais elles préfèrent filer ce qui ne m’inquiéterait pas tant que ça si elles avaient au moins de quoi s’éclairer, et il y a encore 3 ou 4 bornes avant le village. Devant il y a un coureur éclairé, donc je me dis qu’elles vont peut-être rester avec lui.

    Plumelin, km 124, plus de 16h20 de course. Il est 22h20, le ravitaillement est lui aussi très bien achalandé et l’accueil est très sympathique. Je m’y attarde pour manger, j’apprends que plusieurs coureurs ont abandonné, dont Gwen Quéant qui est là et qui décide de stopper sa course. Dommage.

    Quand je repars, je demande à mon frère de faire des sauts de puce de 3km maxi afin que je puisse à tout moment lui demander à boire ou à manger.

    Il ne fait pas totalement nuit, on voit encore les lueurs du crépuscule, mais la frontale est quand même la bienvenue. Les premières flèches sur les poteaux se sont bien fait repérer, normalement ça devrait être bon, je ne devrais pas me tromper. Le seul souci est qu’avec ma vue qui baisse, le road book est plus difficile à décrypter même avec la frontale,  notamment les noms des lieux-dits. On est encore quelques uns à naviguer à vue les uns des autres, donc ça aide et conforte dans ses choix d’itinéraire.

    Plumergat, km 140 en 19h00 puis Brech km147 et le ravitaillement N° 6. Il est 2h du matin passées, plus de 20h à courir ou marcher, la fatigue est là, j’ai fortement envie de dormir. Mais il ne me reste qu’un marathon à faire, normalement c’est dans mes cordes. Manquant de lucidité, je ne remarque pas que j’ai le mauvais road book, celui avant la dernière mise à jour et je me plante de direction en sortant de Brech. Au bout d’un moment, ne voyant plus les lumières des concurrents de devant, je me pose la question et appelle mon frère pour lui demander d’aller voir devant au giratoire où sont les flèches. Il n’y a plus de fléchage et donc je me rends compte que je dois faire demi-tour. En gros, ça fait deux kilomètres de plus et quand de nouveau dans le village je vois au loin un autre coureur, je suis content et ça me redonne un coup de fouet. Tellement reboosté que je remonte peu à peu les gars qui sont passés devant moi pendant que j’errais sur le mauvais itinéraire et que je me retrouve parmi un groupe de 5 ou 6 concurrents étalés sur 500m. Le fléchage étant à gauche de la route, du même côté que là où nous devons courir, je ne me méfie pas dans une courbe et je rate de nouveau le changement de direction. Il faut dire qu’à cet endroit, le fléchage est« vicieux » : sur un panneau stop situé à droite et invisible même avec une frontale depuis le côté gauche de la route. J’emmène avec moi ceux qui me suivaient et quand on se retrouve devant une voie ferrée impossible à franchir, on se dit qu’il y a un truc qui ne colle pas. Mon frère en éclaireur va voir avec la camionnette et revient sans avoir trouvé de fléchage. Donc nous faisons demi-tour et un accompagnateur à vélo nous annonce qu’il a trouvé l’endroit où nous aurions dû tourner. Encore un bon gros kilomètre si ce n’est plus de fait en plus de ceux prévus. Ça commence à faire beaucoup de perte de temps et d’énergie dilapidée pour rien.

    Une fois la ligne de chemin de fer franchie par un petit tunnel dans lequel je m’amuse à pousser des cris pour « faire comme à Paris » je retrouve ma hargne et me mets à accélérer. Plusieurs concurrents sont passés devant pendant notre seconde errance et j’ai envie de les remonter pour retrouver ma place d’avant. Je file comme l’éclair jusqu’à Ploemel situé au km 160,5 (après 22h48’ de course). Il reste 10km jusqu’au ravitaillement de Plouharnel (km 170) que j’atteins en un peu plus de 24h. Il y a encore 20km jusqu’à l’arrivée, mais de prendre une soupe et de manger une nouvelle purée le tout accompagné de deux cafés pour me maintenir éveillé, je reprends la route. Le jour s’est levé et quand j’arrive à Saint Pierre de Quiberon, le soleil s’est levé me laissant admirer ce superbe tableau. 24h53 de course pour 175,7km. La piste cyclable est agréable, il n’y a pas encore de circulation sur la route principale, juste quelques abrutis sans doute fortement alcoolisés qui foncent comme des malades avec leur voiture au risque de se tuer ou de tuer quelqu’un. Je comprends un peu mieux les statistiques de la gendarmerie concernant tous ces chauffards.

    La route jusqu’à Quiberon est interminable, Penthièvre et son fort que j’ai fréquenté un certain été 80 lors de mon service militaire, puis à nouveau le panneau de Saint Pierre de Quiberon (km 179,7), la direction de Port Haliguen, puis celle de la Pointe de Conguel, et enfin le camping et l’arrivée !

    26h29’ pour 190km, 11ème place au général sur 30 arrivants et 41 partants. Je suis content de ce que j’ai réalisé même si j’ai le sentiment que j’ai perdu pas mal de temps. Mais ce temps « perdu » m’a aussi peut-être permis d’économiser l’énergie finale pour remonter plusieurs gars.

    La suite : les accolades et bises, la bière régénératrice, la douche très douloureuse à cause de mes multiples brûlures, le petit dodo dans le camion en attendant l’heure de la remise des récompenses, le repas au restaurant avec les nombreux panachés afin d’étancher ma soif, la remise des récompenses et le retour avec mon frère à la maison, la tête pleine de souvenirs.

    J’en ai bavé, j’ai souffert, j’ai eu peur de ne pas être capable d’aller au bout, j’ai eu des moments extrêmement difficiles, j’ai couru en dormant ou en somnolant… mais j’en redemande.

    Peut-être en septembre : il y a l’Intégrale de Gégé, course non stop Roscoff-Mousterlin-Roscoff de 243km. J’ai faim d’y être. Mais avant cela, il y a tellement de beaux projets à concrétiser.

    à+Fab******€*

    PS : je remercie l'organisateur, David, toute son équipe de bénévoles présents aux ravitaillements et à l'arrivée, mon frère Laurent qui m'a permis de faire la course dans de bonnes conditions et les autres coureurs et leurs accompagnateurs avec qui j'ai pu bavarder avant, pendant ou après la course. 


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