• Chanceux ! Un mois après Gibraltar...

    Chanceux !

    21 Novembre 2012, un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’arrivée de la TransEurope. Le 21 octobre, nous étions en été ou presque, aujourd’hui nous sommes en hiver ou pas loin. Le temps a passé à une vitesse…

    La réadaptation à la vie « normale » s’est progressivement faite, non sans mal et maintenant je peux dire que je n’ai pas eu d’émotions particulières d’avoir « fait le travail ». J’aurais pensé, craint même, avoir un rude contrecoup émotionnel, mais comme une éponge absorbe l’eau, le temps a absorbé mes émotions.

    Je n’ai pas beaucoup de temps pour faire les choses, mais il m’arrive quand même de trouver le temps long. Paradoxe lié à un certain manque de courage de me lancer dans de trop fastidieuses tâches. Je m’y suis pourtant mis et comme je dispose – malgré moi - d’un gros volume de liberté, je me hâte avec lenteur… Je commence seulement à retrouver le goût de mener les choses à leur terme. Le plus difficile est de trouver mes priorités. Travaux ménagers, bricolage, tri et rangement d’un côté, rédaction d’une synthèse de ma (mes) course (s) à étapes, sous forme de livre ou de DVD, la création d’un diaporama afin de proposer une conférence –excusez le mot un peu pompeux pour désigner une projection de photos commentée à des proches, de l’autre.

    Je continue quand même de m'entraîner, ou plutôt je devrais dire que j'essaie de me réentraîner tant la machine est bridée et ne parvient pas à passer la vitesse supérieure.

    Je suis revenu plusieurs fois sur mon aventure et après ce mois de « digestion » je ne réalise que maintenant que j’ai (ou que nous avons, les finishers) été très chanceux. Des évènements récents m’ont fait prendre conscience de ça : l’épisode Sandy et l’annulation du Marathon de New-York, le Vendée Globe et sa succession d’abandons dus à des accidents de « circulation »…

    De longs mois, de longues années de préparation – pour moi ce furent trois ans, ou 148 semaines ou 1036 jours depuis le 18 octobre 2009 (1) – tout cela pouvait à tout moment être remis en question à cause de problèmes de santé, familiaux ou professionnels, d’une éventuelle annulation de la course… avec tout un tas de conséquences matérielles et psychologiques (les nombreux frais engagés pour la course, la nouvelle organisation du travail, le grand vide ressenti avec la disparition de cet objectif faramineux…)

    Quelqu’un m’avait dit un jour alors que je me préparais à faire ma première Transe Gaule que l’exploit consistait déjà à s’y inscrire, plus qu’à réussir à en prendre le départ. Il avait raison et quand il parlait d’exploit il considérait celui d’avoir franchi tous les obstacles matériels préalables (libération d’un laps de temps assez grand pour pouvoir faire la course, accord avec ses proches, sa famille, pour qui cela n’allait pas être facile, financement de l’épreuve et des à-côtés (coût de l’inscription, de l’achat du matériel, des transports, du manque à gagner professionnellement parlant en cas de congés sans solde…). Ceci se traduit concrètement par l’âge avancé de la majorité des participants : plus de cinquante ans dont un bon nombre a dépassé la soixantaine.

    Tout cela explique pourquoi la première étape est souvent une des plus difficiles : avec tout le stress accumulé depuis de longs mois chacun se libère. L’émotion est forte au petit matin de la première étape, comme lors des quelques minutes qui précèdent les autres courses en général.

    Sur la TransEurope, tous les jours nous étions à la merci d’un évènement qui aurait fait tout stopper comme cela est malheureusement arrivé à nombre de skippers du Vendée Globe. D’abord au niveau personnel chacun pouvait craindre la survenue d’une blessure, d’une maladie, ou qu’à tout instant un accident survienne, lors de la course ou hors course, anéantissant l’espoir de voir son rêve se réaliser. Ensuite, un drame pouvait toucher un autre coureur ou un des membres de l’organisation, tel qu’un accident de la circulation, ce à quoi nous étions le plus exposés, et faire que l’organisateur décide de tout arrêter. Cette épée de Damoclès nous l’avions tous au-dessus de nos têtes et c’est fréquemment arrivé que l’on fasse la remarque à des coureurs que leur conduite était dangereuse pour eux-mêmes et pour les autres.

     

    Ainsi, d’avoir pris le départ et d’être parvenu à atteindre l’arrivée ne se résumerait qu’à un gros coup de chance ? Non, bien évidemment que les autres facteurs ont joué à fond leur rôle : l’entraînement, la capacité physique et mentale à enchaîner les étapes, la récupération, l’expérience…Mais le facteur chance existe.

    à+Fab******€

    ( 1 ) J’avais écrit ces quelques lignes à l’époque :

    « TransEurope 2012 : l’avant course à partir de J-1036 (18/10/2009) ou S-148.

    129 jours après mon abandon à l’issue de la 54ème étape de la TransEurope 2009, je suis déjà mentalement tourné vers la revanche : la TransEurope 2012 dont je viens tout juste d’apprendre la programmation.

    Le départ sera donné le Dimanche 19 août 2012 de John O’Groots au nord des îles britanniques (*)  et le parcours nous emmènera à Gibraltar pour le 21 octobre 2012 après quelques plus de 4200km à courir en 64 étapes. »

    (*) Quelques semaines plus tard, l’organisateur modifiait son itinéraire et le départ fut fixé du Danemark, de Skagen plus précisément.

    « Comment va-t-on deux semaines (presque) après avoir atteint Gibraltar ?CR 24h de Ploeren (Téléthon 2012) »

  • Commentaires

    1
    Microbe
    Vendredi 30 Novembre 2012 à 13:22

    Surtout prends bien le temps de récupérer de cette belle aventure.


    Encore bravo à toi et à tes compatriotes pour cet exploit.


    A bientôt


    Michel ROBERT, microbe



     

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