• Ma dernière participation à un 24 heures s'était soldée par un abandon après quelques kilomètres seulement suite à des soucis cardiaques; j'avais une grosse envie de me reprendre sur celui de Rennes. La préparation tronquée en raison des suites de l'abandon sur le précédent et de séquelles d'un problème à un genou, je me demandais bien ce que j'allais pouvoir réaliser ici. Certes, une course de 6h en mars, pour me redonner quelque idée sur mes capacités à tenir et gérer les efforts de longue durée, m'avait rassuré sur mon mental de combattant tout en m'indiquant que certaines limites physiques étaient proches : je n'ai plus de vitesse au sens de me constituer un petit matelas d'aisance quand la fatigue survenue je ne suis plus en mesure d'accélérer. Je plafonnais à 10/10,5km/h en vitesse de pointe et à 8/8,5 en vitesse de croisière.

    La différence avec les autres courses de 24h déjà faites, c'est que celle-là tombait en plein pendant mes vacances et donc les quelques jours et heures qui ont précédé m'ont donné l'occasion de me reposer et de ne pas avoir à me précipiter pour tout préparer, pour faire la route, trouver un gîte etc. Ma sœur et ma fille habitant sur place, j'avais deux possibilités d'hébergement. Donc après une bonne nuit, courte mais pas agitée, je me suis rendu sur le site de la course avec du temps pour tout installer. Il pleuvait par intermittence. Cela s'annonçait un peu délicat pour la course surtout qu'un vent modéré et frais renforçait cette impression de sale temps. Précaution due à l'expérience d'autres éditions, je ne me mettais pas au bord des tentes installées par l'organisation, mais vers le milieu pour ne pas être gêné par la pluie si le vent la pousse jusqu'à mes affaires. Je me retrouvais à la même table que Christian Scheffer et de mon ami Jean-Gabriel que j'avais lâchement abandonné en décembre à Ploeren lors de mon dernier 24h.

    Beaucoup de connaissances, plusieurs Transe Gaulois et de coureurs côtoyés sur les courses de 24h ou l'Armorbihan et l'Intégrale de Gérard Denis. Une fois salué tout ce petit monde, je me préparais. J'avais ma tour avec dans chaque tiroir de quoi me changer, me soigner, me nourrir et même me divertir si l'ennui me gagnait. J'avais aussi anticipé sur les changements de chaussures, de coupe-vent, de bonnets... Mes boissons étaient prêtes, mes gâteaux et autres confiseries aussi. J'en avais amené moins que les dernières fois car je rentre toujours chez moi avec des stocks de choses non entamées.

    68 coureurs au départ donné à 10h précises. C'est parti vite, ou je suis parti lentement, c'est selon, mais je me suis retrouvé rapidement dans la dernière partie du peloton. 1033m le tour, j'avais prévu de mettre entre 6'30 et 7' pour chaque boucle, voire plus si je sentais que mon allure était trop rapide. J'avais 2 chronos : un sur mon GPS et un sur mon polar de rechange quand la batterie du premier serait à plat. Je prenais tous les tours (erreur par rapport au polar qui n'enregistrait que 100 tours). Donc en attendant de récupérer les données de chacune des heures de l'organisation, j'ai noté mes temps de passage.

    1ère heure = 9 tours : 58'22 (9,164km) 36ème

    2ème heure = 18 tours : 1h57'55 (18,461km) 36ème

    3ème heure = 27 tours : 2h57'16" (27,757km) 31ème (tiens comme par hasard, c'est mon chrono record sur marathon)

    4ème heure = 35 tours : 3h53'53 (36,021km) 31ème

    Marathon : 4h37'36 (41 tours)

    5ème heure = 44 tours : 4h58'56 (45,317km) 28ème

    50km : 5h36'07 (49 tours soit 50,5km)

    6ème heure = 52 tours : 5h58'40 (53,581km) 28ème

    7ème heure = 58 tours : 6h52'12 (59,779km) 29ème 

    8ème heure = 66 tours : 7h56'40 (68,042km) 28ème

    Après, c'est un peu flou car j'ai oublié des "laps" mais je me souviens être passé au double marathon en 10h environ puis les 100km sont venus après 12h16' de course. Passage aux 12h avec environ 98km.

    La suite : je n'ai plus de données (GPS mort depuis la 8ème heure, Polar blindé depuis le 100ème tour) --> J'ai récupéré sur le site de la course les classements toutes les heures (Voir plus bas).

    Que s'est-il passé pendant ces 12 premières heures ? Plein de choses, comme toujours assez déconcertantes.

    Mes trois premières heures se sont bien passées puis je me suis senti un peu en dedans sur les quelques heures qui ont suivi. Mes arrêts aux ravitaillements devenaient plus longs : 3' passées par-ci par-là à boire, à grignoter, à retirer un petit caillou "fictif" ou non, à remettre une chaussette où on croyait qu'il y avait un mauvais pli... Plein de petits détails qui me disaient de faire attention car je "sortais" mentalement peu à peu de la course. Il faut dire aussi que ma tête n'était pas totalement sur la course, une petite partie était consacrée aux pensées concernant ma fille et les autres membres de ma famille. Le vent, les quelques averses, la sensation de fraîcheur puis de chaleur une fois le soleil revenu, tous ces détails auraient pu prendre le dessus. Mais non ! Tenir, il fallait tenir, coûte que coûte, jusqu'au retour des bonnes sensations. Les coureurs du 6h ont mis de l'animation par leurs déboulés rapides, avec un duel à trois entre Mickaël Jeanne, Stéphane Ruel et Valentin Costa (je crois). Passionnant jusqu'au coup de pétard final. 

    Quand on s'est à nouveau retrouvés "seuls" sur le circuit, sans les bolides, c'est là que j'ai commencé à me rendre compte que ça n'allait pas si mal. J'avais engrangé les bornes, je remontais peu à peu le classement et je me fixais des objectifs : je ne m’arrêterai pas avant tel ou tel kilomètre, je ne passerai pas trop de temps à manger, j'attends telle heure pour me changer... plein de mini objectifs que j'ai atteints les uns après les autres et au bout du compte, je rentrais dans la nuit regonflé à bloc. Je courais, donc je n'avais pas froid, mais je constatais que les autres coureurs avaient froid et commençaient à aller se changer. Je programmais ce moment le plus tard possible. 

    A 21h, les coureurs du 12h sont venus regonfler les effectifs.

    Les petites visites de ma fille, de son ami et de ma femme m'ont bien boosté et redonné l'envie de poursuivre sur le rythme que je retrouvais progressivement. Les 100km en moins de 12h ratés de peu (97km environ) je me projetais dans la nuit : 7km/h ça donnera 104 puis 111 puis 118 etc. Donc je me reprenais à espérer faire un truc du style 175km, mais ce n'était pas gagné d'autant que je n'avais pas encore procédé au changement de tenue. Mais pour l'instant ça allait encore, je verrai ça quand ça caillera vraiment.

    9ème heure = 72 tours : 8h57'24 (74,240km) 29ème

    10ème heure = 80 tours : 9h59'10 (82,504km) 25ème

    11ème heure = 87 tours : 10h56'53 (89,734km) 22ème

    12ème heure = 94 tours : 11h54'06 (96,965km) 21ème

    100km en 12h16'32" (100,1km)

    Peu à peu le circuit se désertifia. Façon de parler, mais beaucoup ont commencé à "hiberner", à prendre plus de temps aux ravitaillements, à aller au gymnase se réchauffer et je tentais de résister à cette tentation. Je n'avais pas de symptômes d'envie de dormir, c'était déjà ça de pris.

    13ème heure = 101 tours : 12h53'19  (104,196km) 19ème

    14ème heure = 108 tours : 13h55'45 (111,426km) 15ème 

    Entre la 14ème et la 15ème heure, je décidais néanmoins de me refaire beau. Fini le Schtroumpf, bonjour l'Orange ! Cet arrêt dura l'équivalent de 3 tours, mais quand je repris la course, après quelques hectomètres clopin-clopant, je me rendis compte que l'allure était bonne, le style pas trop "à ch..." , même les observateurs intérieurs et extérieurs à la course m'en firent la remarque: ça flatte l'ego, ça peut être piégeux, mais ça m'a fait l'effet "redbull" (la gerbe en moins, tellement c'est dégueux). J'accumulais les tours, ne me faisant dépasser que par ceux du 12h et par quelques doubles circadiens confirmés ou en devenir.

    15ème heure = 114 tours : 14h48'08 (117,624km) 14ème

    16ème heure = 121 tours : 15h47'49 (124,855km) 13ème

    Les arrêts aux stands pour manger une purée au jambon n'excédaient pas les 3 ou 4 minutes, j'en faisais une toutes les deux heures environ et entre temps je prenais une soupe ou un coca. Le reste ne passait pas.

    17ème heure = 126 tours : 16h52'21 (130,019km) 13ème

    18ème heure = 133 tours : 17h53'25 (137,250km) 12ème

    A ce compte, je remontais le classement général, j'étais déjà dans le top 15 puis au gré des arrêts des uns et des autres je me rapprochais du top 10.

    19ème heure = 140 tours : 18h56'08 (144,481km) 10ème

    20ème heure = 146 tours : 19h53'51 (150,678km) 9ème

    21ème heure = 152 tours : 20h55'53 (156,876km) 9ème

    22ème heure = 159 tours : 21h55'24 (164,107km) 9ème

    23ème heure = 167 tours : 22h59'25 (172,370km) 9ème

    A l'entame de la dernière heure, j'étais 9ème et le 8ème n'était qu'à deux tours maxi devant. Mais ce n'est pas lui que je me mettais à chasser : les 180km m'apparaissaient très réalisables depuis quelques heures, et quand je me mis à compter ce qu'il me restait à faire, j'ai vu que j'avais agrandi ma marge de "sécurité" et pouvais donc continuer d'accélérer doucement tout en sachant que des arrêts aux stands ne me feraient pas perdre sur mon objectif, sauf à m'y endormir ou à entamer des discussions sans fin avec d'autres personnes.

    En tout cas, nous n'étions plus beaucoup à courir lors de la dernière heure, une fois ceux du 12h arrivés (partis à 21h hier soir, arrivés à 9h ce matin). Il nous restait 1h et le circuit pour nous tous seuls. Alors, j'ai envoyé ! Motivé comme jamais ou comme trop rarement depuis quelques temps, je me faisais plaisir. Je réfléchissais aux conséquences :"Allais-je le payer une fois les 24h terminés ? Ou ce midi à la douche qui va me réserver un grand moment de souffrances vu les brûlures que je ressentais depuis de longues heures ? Ou demain matin quand il faudra me lever ?" M'en fous ! On verra !

    En tout cas, j'ai tellement bien fini que mes 181,288km me font réellement très plaisir. Même pas de regrets de penser que j'aurai peut-être pu faire plus car rien n'est moins sûr.

    24ème heure = 175 tours + 650m environ = 181,288km (8ème)

    à+Fab******€**&

     PS : récupération ce lundi après-midi : 42' / 6,2km (très mal au début puis de moins en moins mal et presque plus à la fin)


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