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Edito
" Vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie."
Meine Träume leben, anstatt mein Leben zu träumen. "La douleur passe, la fierté reste." "Der Schmerz vergeht, der Stolz bleibt!"
Première étoile
Course virtuelle contre moi-même :
Actualités passées : - TransEurope 2009 du 19 avril au 21 juin 2009; Quelques liens : TransEurope : les inscritsTransEurope : biographie des concurrents TransEurope : l'itinéraire; les 64 étapes.TransEurope : le road-book. Blog de Stéphane Pélissier Blog de Roger Warenghem Blog d'Alain Lemarchand Transe Gaule 2008 : les étapes, descriptif. Transe Gaule 2008 : CR des étapes. Transe Gaule : historique. 24 heures de Séné 2008. 24 heures d'Aulnat 2008.24 heures de Rennes 2009. 100 km de Chavagnes en Paillers. 100 km du Loire-Béconnais. Marathon de Vannes. Marathon de Nantes. Marathon de La Rochelle. Marathon de la Côte d'Amour. Mes autres blogs : Second blog. Troisième blog : Plein d'étoiles ! Ma ville : Rezé et ses nombreux clubs. ASB Rezé Hand-Ball Rezé Basket 44 ASB Rezé Cross-Athlétisme. La presse et moi : Mairie de Rezé.journal de Rezé Sites et forums course à pied : Mon carnet d'entraînement. Athlète-Endurance. ADDM Yanoo UMF Jogging-International Sportnat en Pays de Loire Kikourou runirina : ultra Partenaire EDITO
Quand je me suis décidé à créer un blog, je l'ai fait en me disant que j'allais pouvoir faire profiter de mon expérience en course à pied à d'autres coureurs, expérimentés ou non. J'avais aussi envie de faire une synthèse de mon passé de coureur. Au bout de 19 ans de pratique régulière (à ce jour), où j'ai accumulé une expérience sur toutes les distances allant du 10 km (voire moins, par exemple les cross) au 100 km , avec une incursion dans le monde de la course horaire (et un premier 24h encourageant où j'ai parcouru 191km, rapidement confirmé par un second avec 190,7km), j'ai participé à plus de 260 courses (c'est peu diront certains) dont la moitié environ (150) étaient des courses d'au moins la longueur d'un marathon (c'est beaucoup diront d'autres). J'ai noté tous mes temps de passages sur à peu près toutes les courses auxquelles j'ai pris part, ainsi vous pourrez vous rendre compte que des erreurs, on en fait à tout âge et à tout niveau, mais que l'on peut aussi progresser si l'on suit un bon entraînement. A ce propos, j'ai commencé à "recopier" mes premiers carnets d'entraînement, de 1989 à 1993 : préparations à mes premiers marathons, à mon premier 100km... L'année 2005 a représenté pour moi le franchissement d'un palier dans l'ultra distance : j'ai participé et terminé la Transe Gaule qui est une course par étapes qui part de Roscoff (dans le Finistère) et qui se termine à Gruissan-plage (qui se situe à côté de Narbonne dans l'Aude). Au total, j'ai parcouru 1150 km en 18 étapes sans journée de repos. J'ai fait un large compte rendu de la course, de ses à-côtés, de ses moments de bonheur ou de souffrances. J'y ai gagné ma première étoile, d'où le nom de mon blog. Cet exploit, nous étions 24 à le réaliser en 2005 (sur 24 partants !). En 2006, j'ai remis ça et j'ai gagné ma seconde étoile (mais je ne vais pas changer le nom de mon blog pour autant). Quand je me suis inscrit, tout comme 37 autres coureurs, mon but était de faire Roscoff-Gruissan-plage sans bobos. J'y suis parvenu, en adoptant une démarche prudente. Ce n'est pas parce qu'on a déjà couru une course qu'on la connaît parfaitement. Donc, j'ai couru avec le frein à main pendant les 13 premières étapes, et une fois la troisième semaine de course entamée, j'ai pu enfin me faire plaisir et courir à un rythme un peu plus soutenu, correspondant mieux à mon niveau. Ceux qui n'ont pas adopté cette démarche prudente se sont "brûlé les ailes" et ont connu soit l'abandon soit les affres de la course-galère avec son lot de souffrances. En 2007, je suis de nouveau parti pour cette grande promenade à travers la France. J'ai gagné ma troisième étoile ! Et cette fois-ci, j'ai couru sans retenue sauf, bien sûr, lors des premières étapes où il me fallait quand même être prudent et ne pas tout gâcher sur un moment d'euphorie non contrôlée. J'ai réellement pu mettre en action mon esprit de compétiteur et cela m'a bien réussi car je finis cette édition à une allure et dans un état de fraîcheur que je n'avais pas imaginés. En 2008, pour préparer la TransEurope du printemps 2009, j'ai à nouveau souhaité courir la Transe Gaule, ce que j'ai réussi à faire, améliorant par là même mon précédent record. J'ai donc conquis une quatrième étoile avant de m'attaquer au gros gâteau que fut la TransEurope 2009. Je n'ai pas réussi à atteindre mon objectif premier qui était d'arriver au Cap Nord, une vilaine infection à un doigt de ma main droite ayant nécessité une opération en urgence me fit arrêter l'aventure à 10 étapes de la fin. J'ai néanmoins couru 3764,8km en 54 jours, mais il me manquera à jamais les 722,9km des 10 dernières étapes pour être un finisher de cette transcontinentale. En vous souhaitant une bonne promenade sur ce blog qui va continuer d'évoluer au fil des jours et des entraînements ou compétitions. à+Fab**** PS: mille mercis à Pascale sans qui mon blog en serait resté au stade des velléités. "... il faut aimer la vie, l'aimer, même si le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants ... et les Mistral gagnants..." Renaud Mistral Gagnant " Cueille ta vie, avant qu'elle soit emportée par le vent, cueille ta vie avant qu'elle soit abîmée par le temps, cueille ta vie, tiens-la fort et ne l'enferme pas dans leurs rangs, ne la laisse pas s'envoler loin des rêves, cueille-la dès maintenant" Keny Arkana "Cueille ta vie"
"... Il est jamais trop tard pour cueillir sa vie, rattraper le retard, tout commence aujourd'hui..." Keny Arkana Visite chez le médecin ce matin et petit bilan : - douleur encore présente ; - cicatrisation en cours mais pas rapide avec suintements ; - état de faiblesse générale ; - présence de ganglions "suspects" au coude et sous l'aisselle ;
Donc, sont prescrits une prise de sang pour vérifier le niveau d'infection restant dans l'organisme et un nouveau traîtement antibiotique. Le médecin m'a parlé de staphylocoque et de clinique de la main si l'amélioration ne se fait pas ressentir avant une semaine. Voilà où j'en suis.
En attendant, je vais avoir de l'occupation : - visites dans ma famille ; - visites dans les écoles qui m'ont suivi ; - déménagement de mon fils (avec une main ça va être "folklo" !) puis état des lieux deux jours après (2 voyages Nantes - La Rochelle en 3 jours) ; - visites des infirmières pour les soins ; - séances chez le kiné-ostéo ; - repas et fêtes de fin d'année scolaire avec les collègues ; - et j'espère bien recommencer à trottiner un peu, puis de manière régulière ;
à+Fab****
TransEurope 2009 : Mission inachevée, interrompue, avortée, non accomplie... ce ne sont pas les adjectifs qui manquent pour qualifier cet échec. Mais, comme le disait Jean Rostand : « La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords. » (merci Olivier pour la citation Ce que j'ai accompli du 19 avril au 11 juin 2009 va en faire rêver plus d'un, même moi dans quelques temps je n'en reviendrai sans doute pas de ces 3764,8 kilomètres parcourus de Bari (Italie), point de départ de l'aventure, à Gällivare (Suède), lieu « maudit » où elle s'est prématurément arrêtée après 54 des 64 jours prévus. [3764,8 km en 448H11'12 '' / (54 étapes sur 64) / (3764,8 km / 4487,7 km) Manquent : 10 étapes, 722,9 km.] Je suis passé par tous les stades de ce qu'un humain peut rencontrer en termes de sentiments, d'émotions et de ressentis physiques. En voici une liste sans ordre précis : plaisir, joie, bonheur, euphorie, bien être, découverte, modestie, retenue, ambition, orgueil, optimisme, espoir, anticipation, doute, douleur, blessure, pessimisme, désespoir, fatigue, interrogations, mal être, envie de combattre, envie d'arrêter, honte, ennui, déplaisir, manque de lucidité, peine, déprime ... Et j'en oublie des dizaines d'autres plus ou moins synonymes des précédents.
Dans le milieu médical, il existe une échelle de 1 à 10 pour quantifier la douleur et le patient indique à quelle hauteur il l'a ressent. C'est assez subjectif comme détermination, mais seul le patient est en mesure d'effectuer les comparaisons, le corps médical ne sachant pas la mesurer de manière précise et certaine. En procédant de la même manière pour évaluer mon ressenti en course et hors course, je pense que sur l'échelle de la douleur je suis monté à 7 ou 8 pendant certaines étapes en Suède et qu'avec mon expérience je suis parvenu à la faire baisser à 5 ou 6 au bout d'un moment d'acceptation de cette douleur. Lors de l'après course, le soir et la nuit, je pense qu'il m'est arrivé de monter à 5 ou plus, mais là, je pouvais prendre un antidouleur du type Doliprane (1000) pour m'aider à dormir et aussi pour faire baisser la fièvre qui s'emparait souvent de mon organisme dans la nuit. Comparativement, mon doigt infecté, le majeur de la main droite, m'a fait monter presque jusqu'à 10 sur cette échelle de douleur, ceci avant mon hospitalisation. Deux jours après l'opération, la douleur pouvait monter à nouveau à plus de 8 ce qui m'obligeait à demander des cachets d'antidouleur (morphine) afin de pouvoir la supporter.
Les douleurs dont j'ai souffert pendant la course étaient de deux sortes : la première, liée à l'accumulation des kilomètres, a concerné les tendons, la seconde, liée à ma morphologie et à ma posture en course, provenait d'un déplacement du bassin, mal récurrent chez moi. Le premier type de douleur apparut sous la forme d'une légère inflammation d'un releveur accompagnée d'un gonflement de la cheville, mais, traités à temps et nécessitant quelques jours de réduction d'allure, ces deux points sensibles furent assez rapidement domptés malgré leur présence quasi permanente (légère douleur et gêne lors de la phase de propulsion). Cette première inflammation a son origine à deux niveaux : l'état de la route et l'état des chaussures. Les routes en Suède, mais aussi en Italie, en Allemagne et en Autriche, ne sont pas forcément de belles bandes de roulement lisses et sans dévers. Mais, lors des trois premiers pays traversés, le revêtement variait souvent, même si la fameuse et interminable SS16 italienne nous a fait avaler des centaines de kilomètres sur le même type de bitume et que quelques morceaux d'étapes se sont aussi courus sur des trottoirs de stations balnéaires. Au nord de l'Italie et jusqu'au nord de l'Allemagne, nous avons couru plus fréquemment sur des pistes cyclables et sur des chemins plus ou moins bien entretenus. Cela avait le mérite de faire varier les appuis, malgré l'inconfort certain de devoir emprunter des routes à gravillons pendant de très longues heures et d'être assez fréquemment obligés de s'arrêter pour vider les chaussures de ces intrus. Les bobos les plus fréquents étaient donc des échauffements et des ampoules aux pieds, mais rien de grave si c'était soigné comme il faut et à temps. Les routes suédoises n'ont pas présenté la même variété. Seule la première étape, qui nous a fait traverser Göteborg puis emprunter une piste cyclable bitumée avant de terminer sur un chemin de terre et de graviers, a évité la route. En revanche, comme il a plu toute la journée, beaucoup d'organismes avaient souffert. De quoi prédisposer les muscles et les tendons à de nouvelles atteintes sur le revêtement que nous allions devoir supporter plus de 1500 km. Des routes avec un dévers droit, tandis qu'on cheminait pourtant sur la gauche de la chaussée, ont provoqué chez un grand nombre de coureurs des tendinites à différents endroits. En ce qui me concerne, celle à l'ischio jambier gauche allait me pourrir la vie quelques jours, me contraignant à ralentir, ce que je mis du temps à accepter, et à terminer loin des temps que j'avais prévus. Seul point « positif », la réduction puis la disparition progressive de mes douleurs au releveur du pied droit. Il était très difficile de trouver une partie de route convenable pour courir et changer un peu le dévers. Il s'avérait dangereux de courir sur le côté droit de la route, il était tout aussi risqué de courir vers le milieu de la chaussée ou même là où l'usure du bitume lui donnait un dévers gauche. Nos routes françaises sont bombées et quand nous courons à gauche il n'y a pas de soucis car c'est le même dévers qu'à l'entraînement, pour peu que l'on s'entraîne sur la route. C'est ce qui pose problème à de nombreux coureurs de marathon ou de cent kilomètres qui s'entraînent sur la gauche de la chaussée face au danger en semaine (pour respecter le code de la route français) et qui doivent courir sur la droite lors des compétitions (pour respecter le code de la route « en course hors stade sur les routes non fermées à la circulation »). L'état des routes n'est pas seul à l'origine de mes tendinites, il faut que j'admette que je n'avais pas prévu de chaussures en assez grand nombre et en assez bon état. Pourtant, financièrement j'avais mis le paquet, partant avec 8 paires relativement peu utilisées, mais ce ne fut pas suffisant. Certaines paires n'étaient pas adaptées aux longues étapes et je les avais justement réservées pour les courtes chevauchées, mais arrivé en Suède, ces paires avaient déjà atteint un état d'usure de la semelle et de l'amorti tels qu'elles se sont avérées inaptes à assurer une étape même courte sans risquer de me donner des soucis tendineux. Mais dans mon stock, certaines autres étaient prévues pour les étapes longues (plus de 80km) et je ne souhaitais pas commencer à les sur-utiliser au risque de les user, elles aussi, prématurément. Deux paires devaient être utilisées mais je n'ai pu en mettre qu'une en Italie à trois reprises sur des étapes courtes : ces paires ne faisaient qu'une demie pointure de plus que ma taille habituelle (au lieu d'une pointure de plus pour les autres) et quand j'ai souhaité les remettre, mes pieds (surtout le droit) avaient un peu gonflé. Donc pour ne pas risquer quoique ce soit, je ne les ai pas mises par la suite. J'ai usé au fur et à mesure mes autres chaussures jusqu'à ne plus avoir que des runnings ayant fait plus de 1000km chacune, sauf deux paires à 875 km « seulement » (et il restait 700km à faire à ce moment). J'ai essayé d'en acheter d'autres, mais je n'ai pas trouvé de magasin en vendant et celui qui aurait pu me dépanner « s'arrêtait » à la taille 46 ½. Quand je voyais les autres coureurs « jeter gras », c'est à dire mettre à la poubelle leurs runnings paraissant presque neuves, je me disais qu'ils avaient les moyens. Si j'avais su, je serais parti avec 10 paires neuves, mais cela aurait fait un sacré trou dans mon budget. Mais c'est à retenir pour une prochaine aventure de ce genre, s'il y en a une. D'un autre point de vue, la question des chaussures « manquant d'amorti » est un faux problème car il y a plusieurs années la technologie n'était pas aussi développée en terme de chaussures de course à pied et les coureurs se satisfaisaient quand même du matériel mis à leur disposition et faisaient des courses d'ultra sans plus de soucis physiques que de nos jours. Devient-on plus « douillets » ou sensibles au mal au fil des évolutions technologiques ? Idée à creuser.
La seconde source de douleur pendant la course est venue de mon bassin. C'est un mal récurrent que je traîne depuis plusieurs années lié à un déplacement qui provoque un déséquilibre de tout l'ensemble locomoteur et irradie les douleurs dans les zones situées à proximité : psoas, adducteur, quadriceps, pubis, hanche... Ce sont les symptômes faisant penser à une pubalgie. Je ne suis pas médecin, mais je commence à les connaître ces douleurs. L'origine de ce nouveau déplacement du bassin est, à mon avis, à placer lors des deux jours où nous avons changé de pays, entre l'Allemagne et la Suède. Après l'arrivée à Kiel, j'ai dû transporter mon sac, que j'avais bien chargé avec, entre-autre, l'ordinateur, et je n'ai pas été très lucide en le portant et j'ai dû faire bouger mon bassin lors de l'une des nombreuses fois où j'ai dû replacer mon sac sur mon épaule d'un coup de hanche, comme on le fait tous quand on porte un sac en bandoulière. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite mais au bout de quelques jours quand la gêne est devenue de plus en plus présente et qu'elle a progressivement tourné à la douleur. En course, cette douleur je l'évalue à 5 environ, mais à chaque foulée, ce qui à la fin de la journée indique ce que j'ai enduré. Le plus difficile était de repartir suite à un arrêt, les premières minutes étaient très pénibles (douleur 8) et diminuaient jusqu'à quelque chose d'acceptable. Les douleurs font partie de la course. Savoir les apprivoiser, les contrôler, les diminuer, c'est tout un travail et jusqu'à présent, j'avais de manière générale bien réussi à le faire.
Il est des maux qui par contre peuvent survenir sans rapport avec ces douleurs, ni même sans rapport direct avec la course. Il y a eu un mauvais concours de circonstances qui a fait se cumuler les douleurs musculaires et tendineuses avec un mal plus profond : le manque d'énergie. Il est très difficile de lutter contre la fatigue généralisée, quand le corps ne peut plus avancer comme avant, quand chaque pas se fait plus court, plus lent et tout aussi douloureux qu'avant. L'origine de ce coup de fatigue, qui s'est d'abord traduit concrètement par un nombre incalculable d'arrêts pendant la course pour aller à la selle puis par une impression d'être complètement dénué d'énergie, tiendrait dans le fait que le sang irait en priorité alimenter les muscles sollicités en permanence pendant la course au détriment de l'estomac qui donc n'effectuerait plus correctement ni totalement son travail et renverrait les aliments dans les intestins sans les avoir digérés intégralement. Là non plus je ne suis pas médecin et ne peux donc pas avoir de certitudes sur ce que j'avance. Mes défenses immunitaires ont sans doute été très affectées par la course, sa durée, sa difficulté, ses trop courtes heures de récupération et de régénération auxquelles on pourrait aussi ajouter les différentes formes d'alimentation proposées. Et c'est là, à mon avis, mais je ne suis pas le seul à le penser, que le bât blesse : après les arrivées d'étapes, il n'y avait pratiquement jamais rien à manger. Parfois une ville-étape nous offrait des gâteaux ou des sandwiches, mais c'était rare et la plupart du temps nous étions obligés d'aller faire des courses nous-mêmes ou de nous organiser comme nous avons essayé de le faire avec les autres Français. Donc, plus d'une étape sur deux m'a vu ne pas m'alimenter assez dans les deux heures suivant mon arrivée, sans parler de la difficulté à trouver de l'eau plate que j'étais obligé d'aller acheter moi-même si je ne voulais pas boire celle, risquée, des robinets où l'on ne sait pas qui est venu faire quoi juste avant. Parfois, le magasin le plus proche m'interdisait tout déplacement car situé à plusieurs kilomètres du lieu d'hébergement. Une sous-alimentation suivie de repas parfois à la limite aux niveaux quantité et qualité, il n'en faut sans doute pas plus pour entamer un organisme déjà un peu atteint par la fatigue, en ajoutant de surcroît une incomplète hydratation. Les postes de ravitaillement étaient bien garnis, mais au bout d'un certain temps on aurait aimé un peu de variété. Manger de la « cochonaille » ça ne me plaît pas beaucoup en course, surtout si c'est des tranches de cervelas, mortadelle ou autres saucisses de viande dans le genre; manger du fromage, c'est bien, mais quand c'est sur du pain de seigle ou d'autres céréales que nos organismes ne sont pas habitués à digérer, c'est plus difficile à assimiler; manger des gâteaux, c'est agréable quand c'est varié : gaufrettes, chocos fourrés, génoise, bretzels, gâteaux à apéritif salés... mais au fil des heures on aspire à trouver autre chose; les barres de céréales ou du type Snickers, Mars ou Bounty étaient trop peu fréquentes alors que ce genre de produit passe mieux au bout de plusieurs heures de course. Du coup, dès que je le pouvais, j'allais m'en acheter afin d'être autonome à ce niveau, ce qui n'est plus « normal » si l'on considère le slogan du départ : « Le coureur n'aura qu'à courir, manger et dormir ».
Quand le mental tient, à l'image de la charpente d'un bâtiment, l'édifice ne peut pas s'écrouler, mais quand il est petit à petit attaqué par une accumulation de détails insignifiants sur le moment, il suffit d'un jour de tempête pour le voir s'effondrer. J'ai réussi à éviter l'effondrement, je suis revenu de mon passage à vide, cela m'a pris une grosse semaine, et au moment où tout semblait revenir « à la normale », je n'ai pas résisté à une ultime attaque de mon organisme, sournoise car pénétrant par une toute petite coupure située à la base de l'ongle, là où il y a des petites peaux qui font mal quand on les écorche, et j'ai dû arrêter net mon rêve.
C'est ce qui m'amène au sujet concernant l'hygiène. Les conditions de propreté n'ont pas toujours été optimales selon les différents endroits où nous étions hébergés. Nous le savions plus ou moins avant de partir, mais cela s'est avéré encore plus criant quand la fatigue demande un certain réconfort physique et moral. Les salles, halls ou gymnases nous abritant n'étaient pas systématiquement propres, les places les meilleures ayant déjà été prises d'office par les bénévoles et les coureurs ou groupes de coureurs accompagnés; pour les autres il ne restait que les coins et recoins parfois à peine dignes d'héberger des êtres humains. J'écris ça maintenant comme si j'avais des comptes à régler avec qui que ce soit, mais loin de moi l'idée de le faire, même si cela m'a rappelé étrangement la dernière Transe Gaule et le comportement de certains "accompagnateurs". Donc une fois l'étape terminée, non alimenté et mal hydraté pour les raisons invoquées précédemment, il fallait se trouver un petit endroit où s'installer. Stéphane m'a souvent placé à côté de lui et m'a donc évité de me retrouver « au placard » ou dans un bout de couloir. La course à la douche commençait; on a rarement eu des douches froides, c'est un point positif, mais le niveau de propreté général des sanitaires après le passage d'une centaine de personnes devenait très très limite. Le nombre de WC mis à notre disposition était totalement ridicule : parfois, un seul WC pour les hommes et autant pour les femmes ! Imaginez le matin de 4 heures à 6 heures, les files d'attente. Chacun voulant se soulager avant l'étape, mais aussi remplir ses bidons d'eau, se laver les dents ... C'est à se demander comment font les sportifs utilisant ces salles, que ce soit d'ailleurs en Italie, en Allemagne ou en Suède. Donc, les conditions sanitaires n'étant pas respectées ou tout au moins n'étant pas optimales, il fallait faire attention à tout ce que l'on touchait et bien se laver les mains. Facile à dire et à faire quand tout va bien, quand la forme est là accompagnée de toute sa lucidité, mais il dut y avoir des fois où l'on a pris quelques risques sanitaires et peut-être d'une certaine manière ai-je contracté mon infection suite à une série de négligences de ma part concernant l'hygiène de mes mains. J'écris ça sans savoir si je serais passé à côté de cette inflammation si j'avais respecté les règles de base de propreté lors des dernières 72 heures précédant mon atteinte au doigt.
Ce sont des pistes à travailler en vue d'une prochaine aventure de ce genre et je vais tenter d'en faire un récapitulatif :
Concernant les différentes tenues, j'en avais emporté de trop, comme toujours, mais j'avais pris l'essentiel au niveau textile. Seuls un nouveau bonnet et une paire de gants plus épais m'ont fait défaut ce que j'ai corrigé en en achetant à la fin d'une étape dans un magasin de sport. La météo de la première partie (Italie, Autriche, Allemagne) fut correcte pour ce genre de course. Peu de grosses variations thermiques, parfois du temps frais le matin et en montagne, parfois des fortes chaleurs l'après-midi avec un vent plus ou moins fort, peu de pluie. En Suède, on a connu une grande variété de conditions climatiques allant de la journée entièrement pluvieuse à la journée ensoleillée et chaude quand il n'y avait pas d'ombre. Des étapes plus au nord ont nécessité le port du coupe-vent et même du poncho. Des températures proches de 0° au départ avec une « montée » jusqu'à 12° dans l'après-midi n'encouragent pas à se découvrir. A revoir, le port du camel bag, celui d'un sac banane, celui d'un bidon à la main ou à la ceinture... A envisager l'achat d'un I-Pod « facile d'utilisation » et plus de 500 heures de musique, d'un téléphone-appareil photos-ordinateur tout-en-un » avec le forfait et la connectique adaptés, plus maniables qu'un PC portable mais néanmoins encombrant.
Voilà un bilan dressé dans les quelques jours qui ont suivi mon arrêt de la course. Au fil du temps il y aura certainement des éléments à corriger, à ajouter, à supprimer. Le ressenti n'est pas le même selon l'individu, certains focalisant sur des questions matérielles, d'autres sur tout ce qui touche au physique, d'autres encore sur les conditions météorologiques ou sur les profils d'étapes et les revêtements routiers, le trafic routier ou au contraire l'absence de "vie", certains autres encore sur l'ensemble de ces questions. Il y a tellement de paramètres qui entrent en jeu sur ces courses « multidays » qu'il est impossible de ne pas connaître au moins un jour de galère sur l'ensemble de l'aventure. C'est la manière avec laquelle chacun va supporter l'inconfort, doux euphémisme pour ne pas écrire les douleurs tant physiques que mentales, qui lui permettra d'atteindre son but ou non. à+Fab****
Les 10 jours les plus longs de ma vie ... et de la leur
Les 10 jours les plus longs de ma vie, sans doute les 10 jours les plus longs de beaucoup des finishers de la TransEurope 2009.
J'aurais pu y être, J'aurais dû y être. À un doigt près... Je n'y ai pas été Chez moi je suis rentré Avec plein de regrets Avant la fin du grand voyage Il m'a fallu du courage Dans le coeur j'avais la mort De ne pas être au Cap Nord.
À l'heure de l'arrivée des concurrents de cette TE-FR09 au Cap Nord, j'étais en train de déjeuner, essayant de ne pas penser à ce que j'ai raté. Je me suis concentré au maximum pour être avec ma famille autour de la table sur ma terrasse et non pas là-bas où je n'irai sans doute jamais. « Never say never » , «Ne jamais dire jamais » est pourtant une de mes devises. Un jour peut-être exorciserai-je cet acte manqué et retournerai-je « terminer le travail », je ne sais pas. Pourtant, mon esprit sans cesse repartait auprès de mes compagnons Français, Stéphane, Roger, Alain, Gérard et Christophe et aussi auprès de tous les autres coureurs et coureuses que j'ai côtoyés pendant 8 semaines, auprès des accompagnateurs (Nicole et Ian entre autres), ravitailleurs (Uli par exemple), organisateurs avec qui il s'était noué des liens d'amitié. Je les admire tous, ces finishers qui vont entrer dans le gotha des courses transcontinentales, chacun à leur niveau, depuis le supersonique Rainer jusqu'aux deux petits bouts de femmes japonaises qui pratiquement tous les jours ont clôturé les étapes. Moi aussi j'aurais tant voulu aller au bout, laisser ma trace dans le Grand Livre de ces épopées transcontinentales.
10 jours tels que je les ai vécus, c'est horrible, physiquement en raison de mon opération et de ses suites et psychologiquement car de laisser partir le train sans y être est très difficile à accepter, mais quand je vois les conditions dans lesquelles les rescapés de la TE-FR09 ont couru les 10 dernières étapes, cela a dû être tout aussi horrible pour certains, voire pour une grande majorité. Sur les 54 premières étapes je peux considérer avoir eu une certaine chance au niveau des conditions météo, malgré quelques mauvaises journées soit trop chaudes, soit trop froides, soit venteuses, soit pluvieuses ou combinant plusieurs de ces facteurs. Mais il ne faut pas rêver, on ne peut pas avoir le temps idéal tous les jours. Plus on se rapprochait à la fois du Nord et de l'été, plus on pensait que le beau temps allait être de la partie, mais en fait, à partir de la 55ème étape, celle dont je n'ai pas pu prendre le départ en raison de mon opération du doigt, les conditions atmosphériques se sont avérées plus hivernales que celles espérées. Ponchos, coupe-vent, gants, bonnets, collants ... toute la panoplie hivernale de sortie ! Où sont passées les craintes d'avoir trop chaud, d'être la proie des moustiques ou des moucherons proliférant quand les conditions météorologiques sont bonnes ?
Mon matériel est rangé, mes chaussures sont retournées dans leurs boîtes, mes t-shirts dans l'armoire avec les autres affaires nécessaires à la course, les sac de couchage, tente, matelas sont dans le placard du garage... J'ai jeté tout le superflu dont je ne vais pas (plus) avoir besoin. Mon rêve s'est achevé hier midi quand l'aventure s'est terminée pour tout le monde. Maintenant, tout oublier pour se remémorer tous les moments merveilleux que j'ai vécus lors de mes 8 semaines de Bari à ... Gällivare.
J'aurais pu y être, J'aurais dû y être. À un doigt près... Je n'y ai pas été Chez moi je suis rentré Avec plein de regrets Avant la fin du grand voyage Il m'a fallu du courage Dans le coeur j'avais la mort De ne pas être au Cap Nord
à+Fab****
Hôpital et transfert entre la Suède et la France ...
Mardi 16 juin, 10H45. 5ème jour à Gällivare, dans cet hôpital où j'ai été admis vendredi matin à l'heure où les autres coureurs s'apprêtaient à démarrer leur 55ème étape vers le Cap Nord. Je dois sortir aujourd'hui, les soins prodigués par le docteur lors de mon changement de pansement et son avis sur mon état de santé l'ont conforté dans son opinion. Je suis en bonne voie de guérison et je peux donc sortir de l'hôpital, mais il faut qu'avant 48 heures j'aie vu une infirmière pour changer à nouveau mon pansement. Il va aussi me donner des antidouleurs et antibiotiques à prendre régulièrement. Je ne sais pas encore où et comment je vais voyager, j'attends l'avis du médecin de l'assurance-assistance qui aura au préalable discuté avec le chirurgien. J'espère être rapatrié en France, je n'ai plus le coeur à rester et je veux vite oublier, faire le vide et rebondir de manière positive sur mon expérience. J'ai recherché des moyens « autonomes » pour quitter cette région, mais je n'ai rien trouvé. La quantité de bagages, leur poids et l'impossibilité d'utiliser ma main droite vont me rendre la tâche ardue, sauf si je suis assisté. Mes collègues coureurs ont entamé depuis près de 5 heures leur 59ème étape les faisant quitter la Finlande où ils étaient arrivés hier et ils vont donc entrer dans le dernier pays hôte de la TransEurope : la Norvège. Ce soir, ils n'auront plus que 370km à faire, en 5 jours. Ils tiennent le bon bout et je leur souhaite tous de tenir et d'atteindre leur objectif.
J'ai presque terminé de boucler ma valise et mes sacs, il ne me restera plus qu'à m'habiller avec mes propres vêtements car pour l'instant je porte toujours ceux de l'hôpital. Short ? Pantalon de survêtement ? Je ne sais pas comment est le temps dehors sinon qu'il fait gris et qu'il y a du vent. La température ? On verra, j'ai prévu maillots et sweat en plus de ma veste.
Mardi 16 juin, 15H45. Toujours à l'hôpital, mais avec des nouvelles fraîches : je reste encore 24 heures ici car mon rapatriement n'est possible qu'à partir de demain par avion (il n'y en a pas avant). Je prendrai un premier vol à 15H40 de Gällivare pour arriver à Stockholm à 18H05, puis après avoir récupéré et réenregistré mes bagages en moins d'1H20 (sera-ce possible ?) je prendrai un second vol vers Paris CGD2 à 19H25 pour un atterrissage prévu à 22H05 en France. Puis après la récupération de mes bagages, je serai reconduit chez moi par VSL. Mon arrivée à mon domicile est prévue dans la nuit de mercredi à jeudi.
Je sens que ça va être « folklo » car je m'imagine à Stockholm devoir courir avec tout mon barda et ... une seule main valide ! On verra, peut-être en ferai-je suivre certains pour le lendemain. J'ai envoyé un message de soutien à tous les « rescapés » de la TEFR : en voici la copie.
Bonjour à tous J'espère que vous réussirez à recevoir ce message qui s'adresse à tous les coureurs, accompagnateurs et organisateurs. Je suis encore à l'hôpital que je quitte demain pour être rapatrié en France. Mon doigt va mieux, mais tel qu'il est encore je ne pourrais pas envisager sérieusement et sans séquelles possibles ultérieures de devoir vous rejoindre et de courir une ou plusieurs étapes. De toute façon, dans ma tête j'ai tout "coupé" et je me suis reprojeté vers l'avenir plutôt que de repenser au passé. J'aurai l'occasion de me "rebrancher" sur la TEFR, mais pour l'instant, même si je vous suis tous les jours, c'est trop difficile de m'imaginer que je suis passé tout près d'un exploit que vous n'allez pas manquer de réaliser, je vous le souhaite de tout mon coeur. Même si ce que j'ai fait peut paraître exceptionnel aux yeux de certains, pour moi c'est, pour l'instant, comme si je n'avais rien fait : je ne suis pas allé au bout. Un point c'est tout. Ces 5 jours m'ont paru longs et je m'imagine que ce n'est rien à côté de vos 5 jours sous une météo pas favorable au plaisir de courir. Ce soir il ne vous restera "que" 5 jours, dont 3 assez longs, profitez-en au maximum : carpe diem ! à bientôt Fabrice A l'heure actuelle, on vient de me demander ce que je désire au petit déjeuner et au déjeuner de demain, je suis prêt à me recoucher et à dormir un petit peu avant le repas du soir qui va arriver dans ... moins d'une heure maintenant. Je vous laisse. Voilà pour ce CR un peu différent des précédents, sans rapport direct avec la course à pied, ce pour quoi j'ai fait ce voyage, mais le destin en a voulu autrement. C'est la vie !. À +Fab****
Vendredi 19 juin, à mon domicile de Rezé, 10H45. Deux jours et demi se sont passés depuis mon dernier CR. J'ai passé une dernière journée à l'hôpital (mercredi), j'ai effectué mon voyage retour (de mercredi après-midi à jeudi matin 3H), j'ai reçu des soins infirmiers à domicile (jeudi matin, 10H), je suis retourné consulter mon médecin généraliste (jeudi 17H) et surtout j'ai retrouvé ma petite famille.
(Je suis interrompu dans la rédaction de ce CR par l'arrivée de l'infirmière, puis par un coup de téléphone de Nicole depuis la Norvège où elle assure le ravitaillement N°9. On a discuté quelques minutes pour que je lui donne des nouvelles que vous imaginez pas très optimistes tant au niveau physique qu'au niveau mental et inversement elle m'en a donné de bonnes sur les gars qui sont en train de courir l'antépénultième étape longue de 92,6km. Ils n'ont pas chaud, même si la météo est plus calme que celle, pluvieuse, des jours précédents. Ils sont tous emmitouflés dans des tenues d'hiver.)
Chronologiquement, ces dernières 72h m'ont paru interminables, sans doute aussi longues que si j'avais été encore en course. La fin de la journée de mardi, après mon dernier CR fut consacrée au rangement de mes affaires dans ma valise et dans mes deux sacs en essayant d'en garder un qui sera considéré comme bagage à mains. Ce fut long, pas facile à faire avec une seule main, mais j'ai réussi à tout refermer pour pouvoir voyager en ayant la possibilité de tout transporter moi-même dans le cas où je n'aurais pas d'aide. Après, je me suis reposé en regardant la chaîne « découverte » et en somnolant quelque peu. C'était difficile de dormir car il y avait tout le temps du jour, même avec les stores et les rideaux fermés, il y avait aussi toujours quelqu'un qui venait me voir soit pour me remettre une poche d'antibiotiques en perfusion, soit pour m'apporter mes médicaments, soit encore pour m'apporter à manger. Les horaires des repas ou collations sont à peine décalés par rapport à ceux de notre pays: 8H30 : petit déjeuner (fromage et tranches de saucisse de viande, café, fromage blanc, jus de fruits) 12H30 : déjeuner 17H00 : dîner 20H00 : thé et sandwiches (fromage et tranches de saucisse de viande, jus de fruits) La soirée jusqu'au moment où j'éteignais la télé et décidais de m'endormir était très longue et dans ma tête ça cogitait un maximum. J'essayais pourtant de faire le vide dans ma tête mais n'y parvenais pas.
Jeudi 18 juin. La nuit pendant laquelle il faisait toujours jour était entrecoupée par l'intervention d'une infirmière qui me faisait prendre des médicaments à 2H, me posait une perf à 4H, me prenait ma température à 6H, me redonnait d'autres médicaments à 8H, une autre perf à 10H, etc... Le soleil avait fait une apparition à travers les stores de la chambre vers 3H du matin, me réveillant ou me sortant de mon état entre somnolence et vrai sommeil. Le médecin est passé une dernière fois mercredi en fin de matinée pour me donner les papiers de sortie et ceux à transmettre à mon généraliste ainsi qu'une ordonnance pour retirer mon traitement médicamenteux à la pharmacie de l'hôpital. J'en profitais pour aller refaire quelques provisions à la boutique, barres chocolatées, pour mon voyage. Le dernier repas, je l'ai pris dans la salle à manger de l'hôpital, comme la veille à midi : le menu fut assez « surprenant ». Pudding au sang de renne accompagné de petits légumes bouillis et de sa confiture d'airelles ! De quoi dégoûter n'importe qu'elle personne qui aurait le choix, mais là, je n'avais même plus la force et le courage de lutter et j'engloutis le tout sans grande conviction mais en me disant que ce n'était rien par rapport à tout ce que j'avais vécu jusque-là et par rapport à ce qui allait m'attendre dans les prochains jours.
Le chauffeur de taxi se pointa à l'heure, 13H30, me prit tous mes bagages sauf mes bagages à main que je souhaitais porter moi-même, et il me conduit jusqu'à l'aéroport (ou -drome, selon l'idée qu'on se fait de la chose). J'étais bien en avance et je dus attendre 1H30 dans le hall d'abord désertique puis se remplissant peu à peu de mes futurs compagnons de voyage. L'enregistrement des bagages terminé, et sans facturation supplémentaire, ce qui m'a étonné, je me rendis en salle d'attente et embarquai dans un petit bimoteur à hélices où une cinquantaine d'autres passagers allaient voyager avec moi. Départ à 15H40. Une petite escale dans l'est de la Suède vers 17H00, puis l'atterrissage à Stockholm à 18H10 après un voyage moyennement confortable et assez bruyant (je n'ai pas pu mettre mon MP3 car je n'entendais pas la musique à cause du bruit des moteurs), il me restait alors une épreuve courte et intensive à passer. Récupérer mes bagages fut assez aisé, je les déposai difficilement sur un chariot puis pilotai mon « véhicule » du terminal 2 jusqu'au terminal 5, où j'arrivai une bonne trentaine de minutes après avoir slalomé parmi les autres voyageurs, empruntant divers ascenseurs, escalators ou autres longs couloirs. On me balada ensuite d'un guichet d'enregistrement à l'autre et après avoir été taxé de 1350KR (120€ environ) pour excédents de bagages, je pus rejoindre la salle d'embarquement. Là, ce n'était plus le même monde ! Des hommes d'affaires en costume-cravate, des femmes en tailleur, enfin, ça tranchait par rapport au grand barbu décharné en survêtement à la main bandée qui allait les côtoyer dans ce vol d'Air-France vers Paris CDG2. Par contre, dans l'avion c'était « royal », avec un plateau repas des plus garnis : serviette en tissu avec porte serviette, petits plats gastronomiques, boissons... Le voyage fut long et éprouvant car j'étais placé entre deux personnes et ne pouvais trop me mouvoir pour me dégourdir les jambes qui étaient ankylosées par le voyage, par la dernière semaine d'immobilisation à l'hôpital et aussi par l'altitude. Mon doigt aussi me faisait souffrir car il avait quand même subi pas mal de chocs avec tous mes transferts. L'arrivée à Paris vers 22H me soulagea et me donna une sensation bizarre : il commençait à faire nuit ce à quoi je m'étais progressivement déshabitué depuis plus d'un mois. Le soleil qui m'avait rendu visite ce matin en Suède à 3H était parti derrière un horizon que j'avais abandonné bien malgré moi. Un chauffeur de taxi-ambulance m'attendait après la récupération des bagages avec une petite pancarte où était mentionné mon nom. Nous avons pris la route vers mon domicile auquel j'arrivais peu avant 3H du matin, en pleine nuit noire (quel changement !). Nous avions bien voyagé en discutant pendant un bon moment pendant le trajet, ce qui l'a rendu moins long.
Arrivé à la maison, je me couchai sans faire de bruit. Pascale s'était réveillée en entendant un peu de bruit. J'essayai de dormir, mais il s'était passé tellement d'événements depuis une semaine que je ne pus vraiment réussir à sombrer dans un sommeil profond. D'ailleurs, un véritable sommeil profond, je ne sais plus ce que c'est depuis plus de deux mois. Le matin, vers 8h, quand je me suis levé, Pascale et mon fils étaient déjà partis travailler, ma fille dormait encore et je me suis fait mon petit déjeuner en tâtonnant car ayant perdu mes habitudes d' »avant ». La journée ne me laissa pas beaucoup de temps pour me reposer car entre ma douche, l'intervention de l'infirmière, mes deux trajets à pied vers le cabinet médical, mes temps d'attente, mon passage à la pharmacie, le premier rangement d'une partie de mon matériel, le lavage et l'étendage de mon linge... et c'était déjà le soir où je revis avec une grande joie toute ma petite famille au complet. Mais pour l'émotion, je n'ai toujours pas « réalisé », sans doute, ce que je vis depuis une semaine et ce à côté de quoi je vais passer. J'ai « comaté » sur le canapé devant la télé, je n'avais pas envie d'aller sur le net ni de me tenir au courant de quoi que ce soit concernant la course que j'avais abandonnée pour ne pas me faire encore plus de mal. La nuit fut meilleure que la précédente, même si le sommeil fut en pointillés, et ce matin au réveil, je repris les bonnes habitudes d' »avant », sauf celle d'aller courir car je ne le peux pas encore avec mon doigt infecté et les séquelles de ma blessure à mon ischio jambier gauche qui est encore assez douloureux.
Vendredi 19 juin, donc aujourd'hui. L'infirmière a changé mon pansement, m'a dit qu'on n'était pas prêt de retirer le « Stéristrip » qui maintien les plaies pour qu'elles cicatrisent et m'a donné rendez-vous pour un nouveau nettoyage demain. De ce côté-là, je ne suis pas encore tiré d'affaires. L'infirmière partait quand Nicole m'a appelé (cf la parenthèse de début de CR). Ensuite, je me suis lancé dans le rangement de mes affaires de course dans le placard qui leur est réservé.
Et c'est après, jusqu'à maintenant, il est 14H45, que j'ai écrit ce CR. à+Fab****
Dans la presse
Publié par fabcentkm dans Dans la presse
Petite synthèse "à chaud" de ma presque TransEurope
Publié par fabcentkm dans Transeurope 2009 (te-fr 09) TransEurope 2009 : Mission inachevée, interrompue, avortée, non accomplie... ce ne sont pas les adjectifs qui manquent pour qualifier cet échec. Mais, comme le disait Jean Rostand : « La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords. » (merci Olivier pour la citation Ce que j'ai accompli du 19 avril au 11 juin 2009 va en faire rêver plus d'un, même moi dans quelques temps je n'en reviendrai sans doute pas de ces 3764,8 kilomètres parcourus de Bari (Italie), point de départ de l'aventure, à Gällivare (Suède), lieu « maudit » où elle s'est prématurément arrêtée après 54 des 64 jours prévus. [3764,8 km en 448H11'12 '' / (54 étapes sur 64) / (3764,8 km / 4487,7 km) Manquent : 10 étapes, 722,9 km.] Je suis passé par tous les stades de ce qu'un humain peut rencontrer en termes de sentiments, d'émotions et de ressentis physiques. En voici une liste sans ordre précis : plaisir, joie, bonheur, euphorie, bien être, découverte, modestie, retenue, ambition, orgueil, optimisme, espoir, anticipation, doute, douleur, blessure, pessimisme, désespoir, fatigue, interrogations, mal être, envie de combattre, envie d'arrêter, honte, ennui, déplaisir, manque de lucidité, peine, déprime ... Et j'en oublie des dizaines d'autres plus ou moins synonymes des précédents.
Dans le milieu médical, il existe une échelle de 1 à 10 pour quantifier la douleur et le patient indique à quelle hauteur il l'a ressent. C'est assez subjectif comme détermination, mais seul le patient est en mesure d'effectuer les comparaisons, le corps médical ne sachant pas la mesurer de manière précise et certaine. En procédant de la même manière pour évaluer mon ressenti en course et hors course, je pense que sur l'échelle de la douleur je suis monté à 7 ou 8 pendant certaines étapes en Suède et qu'avec mon expérience je suis parvenu à la faire baisser à 5 ou 6 au bout d'un moment d'acceptation de cette douleur. Lors de l'après course, le soir et la nuit, je pense qu'il m'est arrivé de monter à 5 ou plus, mais là, je pouvais prendre un antidouleur du type Doliprane (1000) pour m'aider à dormir et aussi pour faire baisser la fièvre qui s'emparait souvent de mon organisme dans la nuit. Comparativement, mon doigt infecté, le majeur de la main droite, m'a fait monter presque jusqu'à 10 sur cette échelle de douleur, ceci avant mon hospitalisation. Deux jours après l'opération, la douleur pouvait monter à nouveau à plus de 8 ce qui m'obligeait à demander des cachets d'antidouleur (morphine) afin de pouvoir la supporter.
Les douleurs dont j'ai souffert pendant la course étaient de deux sortes : la première, liée à l'accumulation des kilomètres, a concerné les tendons, la seconde, liée à ma morphologie et à ma posture en course, provenait d'un déplacement du bassin, mal récurrent chez moi. Le premier type de douleur apparut sous la forme d'une légère inflammation d'un releveur accompagnée d'un gonflement de la cheville, mais, traités à temps et nécessitant quelques jours de réduction d'allure, ces deux points sensibles furent assez rapidement domptés malgré leur présence quasi permanente (légère douleur et gêne lors de la phase de propulsion). Cette première inflammation a son origine à deux niveaux : l'état de la route et l'état des chaussures. Les routes en Suède, mais aussi en Italie, en Allemagne et en Autriche, ne sont pas forcément de belles bandes de roulement lisses et sans dévers. Mais, lors des trois premiers pays traversés, le revêtement variait souvent, même si la fameuse et interminable SS16 italienne nous a fait avaler des centaines de kilomètres sur le même type de bitume et que quelques morceaux d'étapes se sont aussi courus sur des trottoirs de stations balnéaires. Au nord de l'Italie et jusqu'au nord de l'Allemagne, nous avons couru plus fréquemment sur des pistes cyclables et sur des chemins plus ou moins bien entretenus. Cela avait le mérite de faire varier les appuis, malgré l'inconfort certain de devoir emprunter des routes à gravillons pendant de très longues heures et d'être assez fréquemment obligés de s'arrêter pour vider les chaussures de ces intrus. Les bobos les plus fréquents étaient donc des échauffements et des ampoules aux pieds, mais rien de grave si c'était soigné comme il faut et à temps. Les routes suédoises n'ont pas présenté la même variété. Seule la première étape, qui nous a fait traverser Göteborg puis emprunter une piste cyclable bitumée avant de terminer sur un chemin de terre et de graviers, a évité la route. En revanche, comme il a plu toute la journée, beaucoup d'organismes avaient souffert. De quoi prédisposer les muscles et les tendons à de nouvelles atteintes sur le revêtement que nous allions devoir supporter plus de 1500 km. Des routes avec un dévers droit, tandis qu'on cheminait pourtant sur la gauche de la chaussée, ont provoqué chez un grand nombre de coureurs des tendinites à différents endroits. En ce qui me concerne, celle à l'ischio jambier gauche allait me pourrir la vie quelques jours, me contraignant à ralentir, ce que je mis du temps à accepter, et à terminer loin des temps que j'avais prévus. Seul point « positif », la réduction puis la disparition progressive de mes douleurs au releveur du pied droit. Il était très difficile de trouver une partie de route convenable pour courir et changer un peu le dévers. Il s'avérait dangereux de courir sur le côté droit de la route, il était tout aussi risqué de courir vers le milieu de la chaussée ou même là où l'usure du bitume lui donnait un dévers gauche. Nos routes françaises sont bombées et quand nous courons à gauche il n'y a pas de soucis car c'est le même dévers qu'à l'entraînement, pour peu que l'on s'entraîne sur la route. C'est ce qui pose problème à de nombreux coureurs de marathon ou de cent kilomètres qui s'entraînent sur la gauche de la chaussée face au danger en semaine (pour respecter le code de la route français) et qui doivent courir sur la droite lors des compétitions (pour respecter le code de la route « en course hors stade sur les routes non fermées à la circulation »). L'état des routes n'est pas seul à l'origine de mes tendinites, il faut que j'admette que je n'avais pas prévu de chaussures en assez grand nombre et en assez bon état. Pourtant, financièrement j'avais mis le paquet, partant avec 8 paires relativement peu utilisées, mais ce ne fut pas suffisant. Certaines paires n'étaient pas adaptées aux longues étapes et je les avais justement réservées pour les courtes chevauchées, mais arrivé en Suède, ces paires avaient déjà atteint un état d'usure de la semelle et de l'amorti tels qu'elles se sont avérées inaptes à assurer une étape même courte sans risquer de me donner des soucis tendineux. Mais dans mon stock, certaines autres étaient prévues pour les étapes longues (plus de 80km) et je ne souhaitais pas commencer à les sur-utiliser au risque de les user, elles aussi, prématurément. Deux paires devaient être utilisées mais je n'ai pu en mettre qu'une en Italie à trois reprises sur des étapes courtes : ces paires ne faisaient qu'une demie pointure de plus que ma taille habituelle (au lieu d'une pointure de plus pour les autres) et quand j'ai souhaité les remettre, mes pieds (surtout le droit) avaient un peu gonflé. Donc pour ne pas risquer quoique ce soit, je ne les ai pas mises par la suite. J'ai usé au fur et à mesure mes autres chaussures jusqu'à ne plus avoir que des runnings ayant fait plus de 1000km chacune, sauf deux paires à 875 km « seulement » (et il restait 700km à faire à ce moment). J'ai essayé d'en acheter d'autres, mais je n'ai pas trouvé de magasin en vendant et celui qui aurait pu me dépanner « s'arrêtait » à la taille 46 ½. Quand je voyais les autres coureurs « jeter gras », c'est à dire mettre à la poubelle leurs runnings paraissant presque neuves, je me disais qu'ils avaient les moyens. Si j'avais su, je serais parti avec 10 paires neuves, mais cela aurait fait un sacré trou dans mon budget. Mais c'est à retenir pour une prochaine aventure de ce genre, s'il y en a une. D'un autre point de vue, la question des chaussures « manquant d'amorti » est un faux problème car il y a plusieurs années la technologie n'était pas aussi développée en terme de chaussures de course à pied et les coureurs se satisfaisaient quand même du matériel mis à leur disposition et faisaient des courses d'ultra sans plus de soucis physiques que de nos jours. Devient-on plus « douillets » ou sensibles au mal au fil des évolutions technologiques ? Idée à creuser.
La seconde source de douleur pendant la course est venue de mon bassin. C'est un mal récurrent que je traîne depuis plusieurs années lié à un déplacement qui provoque un déséquilibre de tout l'ensemble locomoteur et irradie les douleurs dans les zones situées à proximité : psoas, adducteur, quadriceps, pubis, hanche... Ce sont les symptômes faisant penser à une pubalgie. Je ne suis pas médecin, mais je commence à les connaître ces douleurs. L'origine de ce nouveau déplacement du bassin est, à mon avis, à placer lors des deux jours où nous avons changé de pays, entre l'Allemagne et la Suède. Après l'arrivée à Kiel, j'ai dû transporter mon sac, que j'avais bien chargé avec, entre-autre, l'ordinateur, et je n'ai pas été très lucide en le portant et j'ai dû faire bouger mon bassin lors de l'une des nombreuses fois où j'ai dû replacer mon sac sur mon épaule d'un coup de hanche, comme on le fait tous quand on porte un sac en bandoulière. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite mais au bout de quelques jours quand la gêne est devenue de plus en plus présente et qu'elle a progressivement tourné à la douleur. En course, cette douleur je l'évalue à 5 environ, mais à chaque foulée, ce qui à la fin de la journée indique ce que j'ai enduré. Le plus difficile était de repartir suite à un arrêt, les premières minutes étaient très pénibles (douleur 8) et diminuaient jusqu'à quelque chose d'acceptable. Les douleurs font partie de la course. Savoir les apprivoiser, les contrôler, les diminuer, c'est tout un travail et jusqu'à présent, j'avais de manière générale bien réussi à le faire.
Il est des maux qui par contre peuvent survenir sans rapport avec ces douleurs, ni même sans rapport direct avec la course. Il y a eu un mauvais concours de circonstances qui a fait se cumuler les douleurs musculaires et tendineuses avec un mal plus profond : le manque d'énergie. Il est très difficile de lutter contre la fatigue généralisée, quand le corps ne peut plus avancer comme avant, quand chaque pas se fait plus court, plus lent et tout aussi douloureux qu'avant. L'origine de ce coup de fatigue, qui s'est d'abord traduit concrètement par un nombre incalculable d'arrêts pendant la course pour aller à la selle puis par une impression d'être complètement dénué d'énergie, tiendrait dans le fait que le sang irait en priorité alimenter les muscles sollicités en permanence pendant la course au détriment de l'estomac qui donc n'effectuerait plus correctement ni totalement son travail et renverrait les aliments dans les intestins sans les avoir digérés intégralement. Là non plus je ne suis pas médecin et ne peux donc pas avoir de certitudes sur ce que j'avance. Mes défenses immunitaires ont sans doute été très affectées par la course, sa durée, sa difficulté, ses trop courtes heures de récupération et de régénération auxquelles on pourrait aussi ajouter les différentes formes d'alimentation proposées. Et c'est là, à mon avis, mais je ne suis pas le seul à le penser, que le bas blesse : après les arrivées d'étapes, il n'y avait pratiquement jamais rien à manger. Parfois une ville-étape nous offrait des gâteaux ou des sandwiches, mais c'était rare et la plupart du temps nous étions obligés d'aller faire des courses nous-mêmes ou de nous organiser comme nous avons essayé de le faire avec les autres Français. Donc, plus d'une étape sur deux m'a vu ne pas m'alimenter assez dans les deux heures suivant mon arrivée, sans parler de la difficulté à trouver de l'eau plate que j'étais obligé d'aller acheter moi-même si je ne voulais pas boire celle, risquée, des robinets où l'on ne sait pas qui est venu faire quoi juste avant. Parfois, le magasin le plus proche m'interdisait tout déplacement car situé à plusieurs kilomètres du lieu d'hébergement. Une sous-alimentation suivie de repas parfois à la limite aux niveaux quantité et qualité, il n'en faut sans doute pas plus pour entamer un organisme déjà un peu atteint par la fatigue, en ajoutant de surcroît une incomplète hydratation. Les postes de ravitaillement étaient bien garnis, mais au bout d'un certain temps on aurait aimé un peu de variété. Manger de la « cochonaille » ça ne me plaît pas beaucoup en course, surtout si c'est des tranches de cervelas, mortadelle ou autres saucisses de viande dans le genre; manger du fromage, c'est bien, mais quand c'est sur du pain de seigle ou d'autres céréales que nos organismes ne sont pas habitués à digérer, c'est plus difficile à assimiler; manger des gâteaux, c'est agréable quand c'est varié : gaufrettes, chocos fourrés, génoise, bretzels, gâteaux à apéritif salés... mais au fil des heures on aspire à trouver autre chose; les barres de céréales ou du type Snickers, Mars ou Bounty étaient trop peu fréquentes alors que ce genre de produit passe mieux au bout de plusieurs heures de course. Du coup, dès que je le pouvais, j'allais m'en acheter afin d'être autonome à ce niveau, ce qui n'est plus « normal » si l'on considère le slogan du départ : « Le coureur n'aura qu'à courir, manger et dormir ».
Quand le mental tient, à l'image de la charpente d'un bâtiment, l'édifice ne peut pas s'écrouler, mais quand il est petit à petit attaqué par une accumulation de détails insignifiants sur le moment, il suffit d'un jour de tempête pour le voir s'effondrer. J'ai réussi à éviter l'effondrement, je suis revenu de mon passage à vide, cela m'a pris une grosse semaine, et au moment où tout semblait revenir « à la normale », je n'ai pas résisté à une ultime attaque de mon organisme, sournoise car pénétrant par une toute petite coupure située à la base de l'ongle, là où il y a des petites peaux qui font mal quand on les écorche, et j'ai dû arrêter net mon rêve.
C'est ce qui m'amène au sujet concernant l'hygiène. Les conditions de propreté n'ont pas toujours été optimales selon les différents endroits où nous étions hébergés. Nous le savions plus ou moins avant de partir, mais cela s'est avéré encore plus criant quand la fatigue demande un certain réconfort physique et moral. Les salles, halls ou gymnases nous abritant n'étaient pas systématiquement propres, les places les meilleures ayant déjà été prises d'office par les bénévoles et les coureurs ou groupes de coureurs accompagnés; pour les autres il ne restait que les coins et recoins parfois à peine dignes d'héberger des êtres humains. J'écris ça maintenant comme si j'avais des comptes à régler avec qui que ce soit, mais loin de moi l'idée de le faire, même si cela m'a rappelé étrangement la dernière Transe Gaule et le comportement de certains "accompagnateurs". Donc une fois l'étape terminée, non alimenté et mal hydraté pour les raisons invoquées précédemment, il fallait se trouver un petit endroit où s'installer. Stéphane m'a souvent placé à côté de lui et m'a donc évité de me retrouver « au placard » ou dans un bout de couloir. La course à la douche commençait; on a rarement eu des douches froides, c'est un point positif, mais le niveau de propreté général des sanitaires après le passage d'une centaine de personnes devenait très très limite. Le nombre de WC mis à notre disposition était totalement ridicule : parfois, un seul WC pour les hommes et autant pour les femmes ! Imaginez le matin de 4 heures à 6 heures, les files d'attente. Chacun voulant se soulager avant l'étape, mais aussi remplir ses bidons d'eau, se laver les dents ... C'est à se demander comment font les sportifs utilisant ces salles, que ce soit d'ailleurs en Italie, en Allemagne ou en Suède. Donc, les conditions sanitaires n'étant pas respectées ou tout au moins n'étant pas optimales, il fallait faire attention à tout ce que l'on touchait et bien se laver les mains. Facile à dire et à faire quand tout va bien, quand la forme est là accompagnée de toute sa lucidité, mais il dut y avoir des fois où l'on a pris quelques risques sanitaires et peut-être d'une certaine manière ai-je contracté mon infection suite à une série de négligences de ma part concernant l'hygiène de mes mains. J'écris ça sans savoir si je serais passé à côté de cette inflammation si j'avais respecté les règles de base de propreté lors des dernières 72 heures précédant mon atteinte au doigt.
Ce sont des pistes à travailler en vue d'une prochaine aventure de ce genre et je vais tenter d'en faire un récapitulatif :
Concernant les différentes tenues, j'en avais emporté de trop, comme toujours, mais j'avais pris l'essentiel au niveau textile. Seuls un nouveau bonnet et une paire de gants plus épais m'ont fait défaut ce que j'ai corrigé en en achetant à la fin d'une étape dans un magasin de sport. La météo de la première partie (Italie, Autriche, Allemagne) fut correcte pour ce genre de course. Peu de grosses variations thermiques, parfois du temps frais le matin et en montagne, parfois des fortes chaleurs l'après-midi avec un vent plus ou moins fort, peu de pluie. En Suède, on a connu une grande variété de conditions climatiques allant de la journée entièrement pluvieuse à la journée ensoleillée et chaude quand il n'y avait pas d'ombre. Des étapes plus au nord ont nécessité le port du coupe-vent et même du poncho. Des températures proches de 0° au départ avec une « montée » jusqu'à 12° dans l'après-midi n'encouragent pas à se découvrir. A revoir, le port du camel bag, celui d'un sac banane, celui d'un bidon à la main ou à la ceinture... A envisager l'achat d'un I-Pod « facile d'utilisation » et plus de 500 heures de musique, d'un téléphone-appareil photos-ordinateur tout-en-un » avec le forfait et la connectique adaptés, plus maniables qu'un PC portable mais néanmoins encombrant.
Voilà un bilan dressé dans les quelques jours qui ont suivi mon arrêt de la course. Au fil du temps il y aura certainement des éléments à corriger, à ajouter, à supprimer. Le ressenti n'est pas le même selon l'individu, certains focalisant sur des questions matérielles, d'autres sur tout ce qui touche au physique, d'autres encore sur les conditions météorologiques ou sur les profils d'étapes et les revêtements routiers, le trafic routier ou au contraire l'absence de "vie", certains autres encore sur l'ensemble de ces questions. Il y a tellement de paramètres qui entrent en jeu sur ces courses « multidays » qu'il est impossible de ne pas connaître au moins un jour de galère sur l'ensemble de l'aventure. C'est la manière avec laquelle chacun va supporter l'inconfort, doux euphémisme pour ne pas écrire les douleurs tant physiques que mentales, qui lui permettra d'atteindre son but ou non. à+Fab****
Courses en ligne : un petit tour dans le passé.
Publié par fabcentkm dans Autres courses
Yanoo, le portail de la course en Bretagne, propose régulièrement des articles sur les grandes courses d'ultra du passé.
En rapport avec la Mil'Kil qui sera organisée pour la seconde année consécutive en août 2009, voici un extrait d'article sur les mythiques courses en lignes Millau-Belvès (1979) et Belvès-Millau (1981): extrait d'article de Courir N° 36 février 1980 (Claude Hiver, Patrick Menand) "L’idée est de Jean Brengues, relier les deux capitales de la course à pied des années 80, Millau et Belvès. Est-ce une folie ? sur un parcours difficile et une distance aussi longue ! 257 km non stop entre les deux villes et 3000 m de dénivelé ! C’est une sacrée gageure, mais Jean Brengues possède la foi et la passion des organisateurs de courses hors normes. Il a su entraîner dans son sillage quelques bonnes volontés pour oeuvrer dans le même sens : pour le succès de l‘épreuve. Les coureurs eux-mêmes ont mis tout leur coeur pour terminer cette première édition dans un tel état de fraîcheur que la presse à sensation présente à l’arrivée fût déçue du manque de loques humaines se traînant lamentablement à 2 km/heure. 600 demandes de renseignements, la plupart venant de coureurs expérimentés sur 100 km, qui voulaient se mettre un menu différent sous la semelle, mais la course impressionne. 51 inscrits seulement, certains coureurs d’ultra n’ont pas osé tenter l’aventure. On déplore l’absence de Languille, Le Potier, Levasseur, Martinet, Maillet, Bretagne, de Barbeyrac, Ansard, Colmar, Gaudin, Lecluse, Lacan et Cottereau mais ce dernier sera là pour suivre la course. Sur les 51 inscrits, 44 sont présents la veille au soir, il y aura 21 classés. Sont présents : Brengues, Zabalo, Boussiquet, Menant, Faucheux, Czaja, Stenger, Devès, Pasquier, Hiver........ Départ le 3 novembre 1979 à 4 heures du matin pour 257 km. Les concurrents se rendent tranquillement sur la ligne de départ, pas d’affolement, rien à voir avec la bousculade ou le départ hâtif des courses populaires. Comme hors-d’oeuvre, une côte qui amène les concurrents en moins de 7 km, de 400 à 900 m d’altitude sur le plateau du Levezou. Jean-Claude Czaja, qui arrive de Verdun et engagé de dernière heure, s’envole dès le départ. La nuit est fraîche et magnifiquement étoilée. Le premier pointage au Bois du Four, km 21, donne : Czaja en tête suivi de Hourdeaux à 11’, Zabalo est à 12’ 30’’, puis viennent Fagard, Menant, Boussiquet, Tricou à 13’. Ellero à 19’. Guilini et Portejoie à 20’. Provis à 21’.Stenger à 24’, le Breton Victor Charpentier à 37’ puis Faucheux à 39’, Brenguès à 45’, le dernier a déjà plus d’une heure de retard sur Czaja. A Pont-de-Salars au 46ème km, le brouillard fait suite à la gelée blanche et même si Czaja faiblit un peu, pas de bouleversement notable. Les hauts sommets sont franchis et si le parcours continue à être difficile et accidenté, les coureurs amorcent la descente jusqu’à 700 m, altitude qui sera à peu près maintenue jusqu’au 100ème km. La Baraque du Pouget, 54 km offre un magnifique panorama sur la Brianelle, petit affluent de l’Aveyron. La Primaube, 63ème km et 3ème ravitaillement officiel, Fagard à pris la tête, talonné par Menand et Boussiquet, Zabalo à 5’, Czaja qui fait naufrage à 6’, Hourdeaux à 22’, Picouret à 36’, Stenger à 37’, Pasquier à 49’...... Abandons de Chaleat et de Fuentès, tous deux âgés de 23 ans, peu avant Rieupeyroux. Alternant côtes et descentes, les concurrents atteignent le 100ème km à La Peirière, abandons de Czaja et Haverland. La course est lancée, 4 coureurs passent en moins de 9 heures et 8 en moins de 10 heures. Aux Alets, 108ème km, Zabalo est en tête et à fière allure, il court entre 11 et 12 km/h ! Jusqu’à Villefranche-de-Rouergue, 116ème km, la descente longue de 8 km est très raide. La maison des jeunes est une ruche bourdonnante d’activité et chaque concurrent est salué par un tonnerre d’applaudissements. Un repas est servi à chaque coureur et à son accompagnateur, grillade, purée, fromage, fruit. Le masseur masse sans répit. Abandons de Tricou et Nave. Les rescapés enjambent l’Aveyron avant d’entamer un parcours assez désertique jusqu’à La Capelle-Balaguier, 130ème km. Ce village sonne le glas pour Capdeviole et Fagard. L’altitude a encore baissée, 300 m environ et la descente sur Cajarc, 145ème km, est longue de 5 km. Le poste de contrôle est au Café Mirabel où l’atmosphère est très détendue. Malgré la nuit et le brouillard, les 50 km qui séparent Cajarc de Cahors, le long du Lot, sont magnifiques. Cette deuxième nuit fait des ravages, sur 23 abandons, 13 se produiront sur cette portion de parcours: Marcel, Coutou, Delboy, Machet et Hartereau peu après Cajarc, Vors avant Larnagol, Victor Charpentier et Hourdeaux arrêteront à Tour de Fort, Picouret et Bisson à Saint Géry, Berthomme, Guilini, Criado à Cahors. Deux autres abandons après Cahors : Garcia et Becquembois. A Cahors, 193ème km, la veillée est un véritable carrefour où se rencontrent coureurs régionaux, participants, accompagnateurs, journalistes, curieux et supporters. Dans cette vieille tour, « La Barbacane » on saucissonne, on se désaltère, on se repose, on évoque ses courses, bref on discute de tout et de rien. Certains concurrents ne traînent pas comme Gérard Stenger qui veut réaliser 200 km sur 24 heures, mais il ira ensuite dormir quelques heures, afin de terminer, ce qui lui coûtera 3 ou 4 places à l‘arrivée. D’autres au contraire prennent un repos bien mérité. Ceux qui ont abandonnés racontent leurs ennuis, allongés sur un lit de camp, c’est le cas de Charpentier, bloqué par une tendinite. Mercues, 200ème km, un faux plat qui va en s’accentuant jusqu’au Mas de Gendrou fera forte impression à Paul faucheux qui regrettera de l’avoir monté en courant. Il s’affale dans le véhicule de son accompagnateur et tombe aussitôt dans un sommeil si profond qu’il faudra vraiment le secouer pour le réveiller. Ces 10’ de récupération lui permettront de repartir en trottinant dès la première descente sur Catus, 209ème km. A Cazals, 224ème km, le village est en fête, le conseil municipal, les notables du pays sont là pour accueillir et complimenter les concurrents. Puis c’est Marminiac, 228ème km, dernier contrôle avant Belvès, là, on a bien fait les choses, le vin de Cahors et le cidre du pays trônent au milieu des pâtés, saucissons et les miches de vrai pain de campagne. Le contrôle médical est assuré par le Docteur Carceynac, le créateur des 100 km de Belvès.. Le jour s’est levé, il fait beau et sec. Jean Brengues, le créateur de l’épreuve, fait la plus belle remontée de la course. Avant de longer la Beuze, le soleil darde ses rayons, les maillots à manches longues s’escamotent pour faire place aux débardeurs à résilles (à l’époque c’était la mode de ce genre de débardeurs à trous !). Ces derniers kilomètres sont de plus en plus pénibles et presque tous les rescapés sont flanqués d’accompagnateurs à pied qui aident le concurrent à maintenir la cadence. Une côte de 2 km et c’est l’arrivée où chacun tient à montrer qu’il en a encore sous la godasse devant l’enthousiasme des spectateurs plutôt étonnés d’apprendre que ceux qui arrivent ont accompli tant de kilomètres. . Résultats: 1er Ramon Zabalo en 26h et 07’, courant toujours sans jamais s’arrêter entre 10 et 11 km/h, s’alimentant en courant: les 100 km en 8h 34’, les 200 km en 18h 22’. Mais dès le 200ème km, la foulée se déréglait et il entamait un interminable calvaire, la cadence passait à 9, 8, 7 voire 6 km/h, toujours en courant. A ce moment, sa foulée ne dépassait pas 50 cm..mais 240,300 km était tout de même atteint en 24 heures...! Un véritable exploit sur ce parcours. 2ème ex æquo en 28h 15’ 30’’: Patrick Menand qui confirme son Brest - Rennes en solitaire et bat son record en 24 heures avec 225 km. Et Jean-Gilles Boussiquet, 35 ans, l’une des révélations de l’épreuve, venu du football, il pratique la course à pied depuis 18 mois seulement. S’orientant rapidement vers le grand fond, il a déjà réalisé 8h 05’ aux 100 km de Belvès. 4ème: Paul Faucheux, en 33h 31’. Une anecdote qui date des années 80 concernant l’instituteur Paul Faucheux: « Quand j’eus expliqué mes marathons, mes 100 km, mes 24 heures, les 257 km de Millau - Belvès, etc....L’un de mes élèves me dit qu’à huit ans il avait marché 3000 km pour s’enfuir du Cambodge...Je me raconte cette histoire chaque fois que mes chevilles et ma tête ont tendance à enfler » 5ème: Le vétéran Provis, 56 ans, 34h 50’ 25’’ 6ème: L’organisateur de cette première édition réussie, Jean Brengues, 35h 50’ 7ème: Pasquier, 35h 51’ 8ème: Stenger: 36h 37’ 30’’ 9ème: Depping, Allemagne, 36h 48’ 10ème: Lauprètre et Bigot, 37h 12’ Puis: Allanic, Ellero (Italie), Pascal, Lafon, Doucet, Devès, Portejoie, Aubert, Rouille, et le dernier Ducrey en 43h et 21’ " "Courir" et "Spiridon Bretagne" : " Belvès - Millau, 271 km: De Belvès à Millau, c’est un long voyage. Un effort déraisonnable pour un non initié, hors de portée du commun des coureurs. Un effort ingrat, démesuré, interminable. L’intelligence dose l’allure, impose des précautions diététiques, tolère d’inévitables passages à vide. Le moral interdit le découragement, ordonne de continuer malgré la souffrance. Les jambes courent, marchent, piétinent, avancent. Samedi 17 octobre 1981, deuxième édition dans l’autre sens de cette course non stop entre deux villes où lorsque l’on parle course à pied on sait de quoi on cause ! Si lors de la première édition beaucoup de coureurs avaient hésité à se lancer dans l’aventure, cette fois ils sont un peu plus nombreux, le plateau est plus relevé et il y a une féminine. Les forces en présence: Edith Coué, qui vient de réalisé 186,930 km aux 24 h de Coëtquidan. Jean Brengues, organisateur de la première édition et vainqueur des récents 24 h de Coëtquidan avec 224,012 km. Ramon Zabalo, vainqueur de Millau - Belvès 79, et qui vient de réaliser 261,672 km sur 24 h l’année précédente. Jean-Gilles Boussiquet qui est le recordman du monde des 24 h avec 272,624 km, réalisés début 81 en Suisse. Jean-Marc Bellocq, vainqueur des 100 km de Belvès en 80 et 81, et des 100 km de Millau en 80. Gilbert Mainix, qui n’a jamais dépassé 100 km à ce jour, et qui commence là une carrière d’ultra runner qui le mènera à 1007,600 km sur 6 jours. Il y a aussi les anciens de Millau - Belvès 79 qui ne veulent pas rester sur un échec comme Victor Charpentier ou Jean-Claude Czaja. Il y a également René Comas, un coureur en fauteuil. Et d’autres aventuriers qui veulent éprouver des sensations fortes, connaître leurs limites. Ramon Zabalo et Jean Devès sont arrivés dès le lundi 12 octobre, hôtes de l’organisateur, le Dr Carcenac. Ramon Zabalo avait organisé ainsi son emploi du temps: le matin entraînement, et l’après-midi cueillette champignons. Le soir, cuisine; régime dissocié Scandinave amélioré Périgourdin: c’est à dire champignons divers, faisans bardés farcis aux olives et flambés à l’Armagnac, arrosés de St Emilion. Quant aux glucides, à chercher dans les tartes, les châtaignes, le riz gratiné au fromage, etc....Ramon, un grand coureur doublé d’un grand cuisinier ! résultat, tout le monde a pris 1 à 2 kg ! La logistique de chaque concurrent est primordiale, Certains comme Zabalo ont préparé leur affaire de main de maître, camping-car super équipé avec un phare d’au moins 2000 watts et un encadrement de suiveurs de premier ordre. D’autres plus modestes, souvent même un seul suiveur qui doit également servir de chauffeur, le plus fréquemment c’est en couple que l’affaire se passe. Pour le Breton Victor Charpentier, le problème de l’intendance ne se pose pas trop, deux véhicules, une équipe de six personnes il fait aussi bien que les meilleurs. La veille en fin d’après-midi, briefing d’avant course, pot d’amitié, les choses sont bien faites, il y a de quoi faire un véritable repas, cependant les coureurs sont sages et ne s’éternisent pas, le repos est indispensable avant un tel événement. Ils sont 64 sur la ligne de départ, l’ambiance est à la fête, durant le pointage, les pétards et les fusées éclairent le ciel. Au 3ème top de France Inter à 4 heures du matin, c’est parti pour 271 km ! La voiture officielle du Dr Carcenac ouvre la course, une longue descente de 3 km sert d’échauffement aux coureurs, Boussiquet en tête. Premier pointage au 10ème km, Zabalo mène la course à un train d’enfer, 15 km/h, le chrono annonce 38’ 20’’ René Comas en fauteuil est 2ème, puis arrive le duo Boussiquet, Devès. Les côtes et les descentes alternent sans répit, Comas dévale les pentes à plus de 40 km/h. Malgré la nuit dans les bois de châtaigniers, on devine un paysage d’une grande beauté. A Marminiac, 25,400 km, le pointage officiel donne les positions suivantes: Zabalo 1h 42’ 30’’ (15 km/h de moyenne) Comas 1h 55’ (13,250 km/h) Boussiquet et Devès 1h 58’ (12,910 km/h) Bellocq et Meunier 2h 03’ 30’’ (12,340 km/h), Charpentier 2h 13’. Personne ne s’arrête sauf Meunier (5 mn) pour se ravitailler. C’est un feu d’artifice, il faut influencer l’adversaire, c’est la guerre des nerfs, les coureurs ont insensiblement augmenté l’allure. Au lever du jour, au 35ème km, Zabalo continue sur sa lancée et les positions ne changent guère, Boussiquet et Devès ont passé Comas. Bellocq est d’apparence facile avec son accompagnateur cycliste, il recherche la bas côté de la route pour courir sur l’herbe. Il est pointé par tranche de 5 km en : 23’01’’, 23’20’’, 22’10’’, 23’14’’. Boussiquet lui est pointé de 23’42’’ à 24’57’’. Meunier rejoint Bellocq au 60ème km, il fera un 5 km en 21’ 50’’. L’écart avec Zabalo se met à fondre, Bellocq est euphorique. La température grimpe, il fera 25-27° dans la journée. Vent de face, itinéraire très dur, côtes fort longues et raides, guère de plats à part la belle vallée du Lot. 62ème km, passage de la Tour Barbacane à Cahors: Toujours en tête, Zabalo en 4h 26’, allure moins rapide mais toujours bien soutenue (13,400 km/h) ensuite viennent Boussiquet à 27’, Bellocq et Meunier à 31’, Comas à 37’, Charpentier à 46’, Devès à 50’, Mainix pointe le bout de son nez à 58’.... Dans la vallée du Lot, il fait chaud, très chaud... Premier abandon au 77ème km, Meunier, douleur au genou s’arrête. Il verra passer Charpentier, Mainix, Brengues, Faucheux, et Czaja qui semblent tous en mesure de terminer. Mais entre le 80 et le 90ème km, Charpentier rejoint Boussiquet qui est arrêté sur le bord de la route allongé sur un lit ! 500 mètres plus loin, Charpentier s’arrête à son tour, la chaleur à fait son oeuvre, le moral des concurrents est en baisse. La plupart n’ont pas bu assez, ni mangé en rapport de l’effort fourni. Ils n’avaient pas prévu une telle température à cette époque de l’année, d’autant plus que la chaleur occasionne un surcroît de dépense énergétique. Au 100ème km, Zabalo passe en 7h 48’, record personnel battu à la moyenne fantastique sur ce parcours de 12, 800 km/h. Mais Bellocq s’est rapproché, et a dépassé Comas. Jean Devès passe aux 100 bornes en 9 heures. Contrôle de Cajarc, 112ème km, Zabalo n’a plus que 7’ d’avance sur Bellocq, il passe en 8h 51’ et ne s’arrêtera qu’une minute pour repartir tranquillement en suçant une glace qu’il tient à la main. Bellocq pointe en 8h 58’ et repart à 13h 06’. Charpentier et Boussiquet sont repartis comme aux plus beaux jours ! Czaja arrive en trombe pour passer sur la table de massage avant......Brengues et Faucheux qui arrivent 2’ après lui. Figeac, 142ème km, Bellocq a dépassé Zabalo et il y a mis les formes ! Zabalo est pointé à 32’, il a dit à Bellocq « je te retrouverai ! » combat de titans, Comas est 3ème à 1h 11’, 4ème et 5ème au coude à coude, Devès et Mainix à 2h 06’, 6ème Charpentier à 2h 52’, 7ème Brengues à 3h 08’. La surprise c’est Mainix, c’est apparemment celui qui a le mieux mené sa barque. Devès, lui c’est un cas, après tout ce qu’il s’est mis avec Boussiquet, il trouve encore des ressources son style est heurté, il traîne la jambe gauche mais il avance ! La salle de repos de Figeac est animée, les choses sont bien faites et il y a un très bon accueil, mais Boussiquet abandonne victime d’ennuis gastriques, d’autres arrêterons également à Figeac. La course continue direction Decazville, le coureur est seul, c’est là que le rôle des suiveurs est essentiel. Pour Charpentier, les arrêts sont nombreux, l’alimentation se fait non pas tous les 5 km comme prévue mais tous les 2 ou 3 km. Charpentier mettra 3h 23’ pour faire 27 km ! seuls Bellocq, Zabalo et Comas irons plus vite. Decazville, 169ème km, accueil fantastique, les coureurs ont du mal à repartir. 1er Bellocq qui se fait masser et se restaure un peu, il repart après 20’ d’arrêt, arrivent ensuite: Zabalo à 44’, Comas à 1h 11’, Mainix à 3h 09’, Devès à 3h 10’, Charpentier à 3h 33’, Brenguès arrête, arrive Faucheux qui est 8ème puis le jeune Herbert à 4h 01’.... De surprise en surprise, la course est impitoyable, un nouvel obstacle va surgir et c’est le mauvais moment, tout est douloureux et il faut monter, en effet ça grimpe dur! 38 km de montée, un menu particulièrement indigeste qui est proposé aux rescapés, avec à mi-chemin une halte à Saint Christophe, résultat il ne reste plus que 35 concurrents. Devès abandonne à Saint Christophe, Charpentier a des envies de femme enceinte, il lui faut à tout prix une bonne soupe ! et il a bien du mal à ressortir de la salle et ça monte toujours en direction de Rodez. 190ème km: 1er Bellocq, 2ème Zabalo à 27’, 3ème Comas à 1h 51’, 4ème Mainix à 3h 43’, 5ème Charpentier à 3h 52’, 6ème Herbert à 4h 23’..... Le calvaire de Bellocq commence. Mainix marche, Charpentier l’a en point de mire et va le rattraper, il reste 30 mètres mais Victor s’arrête et marche aussi, à la faveur d’un ravitaillement, Mainix disparaît de nouveau et prend 500 mètres à Charpentier, dès que ça monte à nouveau, Charpentier revient sur Mainix, c’est du mètre par mètre, et ce durant 10 km. Avant Rodez, la jonction est faite, les deux coureurs s’encouragent. Enfin ça descend, la salle de repos est proche, mauvaise surprise, il faut monter un escalier pour accéder à la salle, deux ou trois lits, un paquet de biscuits, un réchaud à gaz, une casserole, deux ou trois bénévoles, pas de masseur ni de secouriste pour les petits bobos, cela donne envie de quitter les lieux. Faucheux, parti prudemment, se maintient bien comme en 1979, il profite largement des haltes qui lui sont proposées. Rodez, 200ème km, Bellocq est en train de craquer nerveusement, il paie sans doute ses sautes d’allure et devient agressif. Derrière, Mainix, Faucheux et Gabaud sont les plus frais. Zabalo s’est bien repris, il passe Bellocq. 207ème km: 1er Zabalo, 2ème Bellocq à 14’, 3ème Comas à 2h 23’, 4ème Charpentier à 3h 50’, 5ème Mainix à 3h 56’..... Edith Couhé, la seule féminine est toujours là, souriante toujours prête pour un bout de conversation. Comme en 1979, Charpentier abandonne, il a parcouru 207 km en 22h 56’. Il ne reste plus grand monde sur la route, Comas est tombé de son fauteuil, il a les mains en sang ! Une descente de 6 km, que Zabalo avale à 20 km/h en vue de la « Mecque » de la course à pied 271ème km, l’arrivée à Millau, Dans la salle Serge Cottereau et Jean Brengues qui a abandonné, une immense salle qui parait bien vide, au fond, une trentaine de lits. Deux ou trois bénévoles et le service croix rouge. Un seul lit est occupé; Zabalo dort allongé sur le ventre. 1h 53’ plus tard arrive Jean-Marc Bellocq très pâle, il prendra un chocolat chaud et trente minutes plus tard rentrera chez lui. Trois heures plus tard arrivent Comas et 200 m plus loin Gilbert Mainix. 64 partants, 44 abandons, 20 finishers. Un t-shirt pour tous et un diplôme pour les arrivants. Délai: 48 heures. 1er Ramon Zabalo, 34 ans, 26h 23’ 33’’ (moyenne 10,268 km/h arrêts compris) 2ème Jean-Marc Bellocq, 24 ans, 28h 16’ 48‘’ (régime durant la course: eau et glucose) 3ème René Comas, 33 ans, 30h 34’ 400’ handisport (mains et tendons meurtris) 4ème Gilbert Mainix, 46 ans, 30h 37’ 35’’ (la bonne surprise de cette compétition de grand fond) 5ème Paul faucheux 32h 50’ 45’’ (décontracté, sympa, qui a trouvé le temps de s’intéresser aux champignons, 4ème en 1979) 6ème Philippe Herbert 35h 09’ (le plus jeune, 23 ans, accompagné de sa fiancée) 7ème Gabaud, 33 ans, 37h 44’ 8ème Canonge, 37 ans, 38h 07’ 9ème Derollepot, 39 ans, 38h 25’ 10ème Zerbinatti, 46 ans, Italien, 39h 01’ 11ème Pascal, 45 ans, 39h 18’ 12ème Gérard Stenger, 49 ans, 39h 37’, (8ème en 1979) 13ème Scodeller, 33 ans, 40h 06’, (le 2ème Italien de la course) 14ème Le Calvez, 43 ans, 40h 37’ 15ème Edith Couhé, 37 ans, 41h 20’ 38’’, (la seule femme de la course et plutôt en bon état à l’arrivée) 16ème Vervelle, 41 ans, 41h 35’ 17ème Allègre, 44 ans, 42h 37’ Almoda, Bisson, et Bermont, trois marcheurs qui ont terminé en plus de 43 heures mais dans les délais. " Retrouvez sur le site Yanoo d'autres récits de grandes épopées. à+fab**** Suite à la question posée par un futur double circadien, concernant la façon de s'alimenter en course lors de 24 heures, mais ceci est aussi valable pour des grands raids de plusieurs heures, je lui ai répondu et je joins notre discussion : Pour mon 3ème 24 heures en 8 mois, avec une Transe Gaule, deux marathons et un gros volume d'entraînement effectués dans ce même laps de temps, je m'attendais à faire un peu mieux au niveau kilométrage, mais en ultra tout le monde sait qu'on n'est sûr de rien et que certaines certitudes peuvent être des leurres. Il y a bien la TransEurope, qui démarrera dans 4 semaines maintenant, qui aurait pu me servir d'excuse, mais j'avais prévu 3 niveaux d'objectifs et seul le premier a été atteint. 1er niveau : faire au moins 175km; ça, c'était pour me donner un ordre de grandeur et quelques "pitons" pour m'accrocher en cas de "dévissage". 2ème niveau : améliorer mon record (191km), distance à priori pas très éloignée de mon potentiel actuel estimé. 3ème niveau : 200km, certes ambitieux, et sans doute un peu prétentieux aussi. J'avoue que j'ai un peu "dévissé" pour rester dans la métaphore montagneuse. L'avant-course. Revenons d'abord sur ce week-end rennais où je fus hébergé chez ma soeur qui y réside depuis septembre 2008. Petite soirée cool en famille donc, la veille de la course, avec un repas de lasagnes arrosées d'un peu de vin rouge mais pas trop pour ne rien regretter au réveil le lendemain. La nuit fut classique comme dans ces veilles d'épreuves de longues distances à ceci près que je n'ai pas dormi dans un gymnase et donc que je n'ai pas été gêné par les ronflements des autres coureurs. De plus, le lit était bien moëlleux et plus confortable qu'un matelas de camping à même le sol dans un gymnase. Le petit matin commençait à poindre quand je décidai de me lever (7h), et après un petit-déjeuner frugal (pain grillé et café au lait) je me préparai. La tenue choisie était constituée d'un short, d'un T-shirt "Techfit Adidas, clima365" moulant et empêchant les frottements, par dessus lequel je mis un de mes T-Shirt Salomon offerts par mon sponsor. Aux pieds, mes Nike Air Equalon+2 allaient devoir assurer les 8 premières heures. Je préparai aussi les zones à risques de brûlures : crèmes sur les pieds et aux endroits exposés, pansements protecteurs à divers endroits bien connus des "services de soins d'après ultra". Une fois en tenue je me rendis au complexe sportif où avait lieu la course. Première étape : se renseigner afin de savoir où je pourrais mettre mon véhicule pour qu'il soit accessible à tout moment pendant les 24h. L'organisation m'indiqua une zone où je me garai. Impeccable, en plein sur le parcours, je pourrai donc changer de tenue à tout moment sans avoir à cavaler pour retrouver ma voiture. J'avais préparé des sacs et des boîtes à chaussures tous marqués selon l'heure et l'utilité. Sac et boîte N° 1 intitulés "départ" : vides ! Normal, j'avais déjà enfilé ce qu'ils contenaient. Sac et boîte N°2 intitulés "H+8 à H+12, configuration nuit fraîche" : une paire de Mizuno Alchemy 7 (la N°2 de ma collection), un collant, un T-shirt de rechange, un sweat, un coupe-vent, des chaussettes, un bonnet, un buff, des crèmes... Sac et boîte N°3 intitulés "Rechange H+16 à H+18" : même contenu mis à part les runnings (Mizuno Alchemy 7 (la N°3 de ma collection); Sac et boîte N°4 intitulés "rechange à tout moment" où j'avais mis d'autres T-shirts, sweat-shirts, shorts, chaussettes ... dans le cas où, ainsi qu'une 4ème paire de running (Mizuno Alchemy 6, la N°4 de ma collection). J'avais emporté aussi mon fauteuil de camping pour me changer en m'asseyant, l'éternel calendrier grand format pour poser ses pieds par terre et pas sur le bitume (ceux qui font des cross me comprendront), ma glacière qui sera mise sur le site de ravitaillement avec ma caisse plastique de nourriture et boissons personnelles. Seconde étape : le retrait des dossards. Il me permit de visiter la salle de sport où se déroulent des matches de volley de Nationale 1 (avec le REC). Elle est gigantesque et possède de nombreux vestaires et autres locaux (sanitaires, secourisme...) Les deux heures précédant le départ furent consacrées à mon installation, donc, ainsi qu'à la rencontre de beaucoup de coureurs ou personnes gravitant autour de l'ultra. On a discuté, on s'est pris en photos, enfin, rien de bien différent de ce qui se passe avant ce type de course. Troisième étape : disposition de mes affaires personnelles destinées à mon propre ravitaillement sur une table située juste en face de la "case" qui m'était attribuée par l'organisation : je n'aurais donc aucun effort supplémentaire à faire pour me ravitailler, juste à choisir entre mon propre ravitaillement ou celui fourni par l'organisation. La course. Le départ a été donné à 10 heures précises sur la piste que nous devions emprunter dans le sens inverse à l'habitude sur 350m avant d'entrer dans le "tunnel" de pointage et de ravitaillement au sortir duquel nous arrivions sur le parking où ma voiture était stationnée, puis après une chicane assez large devant la piscine et son secteur pavé (sur 10m !) nous sortions du complexe pour emprunter un trottoir bitumé en descente d'environ 250m suivi d'un virage à gauche où commençait la partie revêtement en terre, avec quelques racines et petites pierres, qui montait légèrement sur ses 400m environ de longueur et dont la fin en courbe voyait la pente s'inflêchir encore un peu (sur 100m) plus avant de revenir sur du bon vieux bitume comme je l'aime. Les 300m environ de ce boulevard, qui était bien exposé au vent qu'on a eu de face une grande partie de la course (surtout la nuit), se terminait par un nouveau virage à gauche qui nous ramenait vers l'entrée annexe du stade et nous faisait descendre sur une petite pente très abrupte nous conduisant sur la piste que nous devions emprunter à nouveau. La longueur du tour était de 1827,53m. Mon départ fut prudent comme à mon habitude, et je m'étais donné quelques tours pour faire connaissance avec le parcours et avec le système de pointage et d'information du classement de chaque coureur avant de passer en mode "vitesse de croisière". Bien sûr nous sommes tous différents face à la gestion mentale et physique d'une telle course, et ce qui me permet de réussir (à mon niveau) de terminer et de relativement bien figurer tient au fait que je suis sans cesse en train de calculer : temps au tour, moyenne horaire, place, évolution selon différents scénarios... Donc, avec ces petits jeux de calculs quasi permanents, je n'ai pas de mal à rester concentré sur ma course, malgré les petites blagues qu'on peut me faire de temps à autres quand certains s'amusent à me chambrer. Comme mon Polar n'enregistre que 99 temps de passage et que j'avais prévu de dépasser les 100 tours de circuit, j'ai commencé par prendre les temps de passage aux 3è, 6è, 8è et de deux en deux jusqu'au 20ème tour à partir duquel je pouvais enregistrer mes temps de passage à chaque tour. A chaque passage sur le tapis d'enregistrement on pouvait connaître son classement, son kilométrage et le temps écoulé depuis le départ. Mais pour mon analyse d'après course, j'avais besoin d'avoir des données personnelles plus précises (FC enregistrée toutes les 15 secondes, avec pour chaque tour la FC moyenne, maximale, minimale.). De plus, le classement donné toutes les heures ne comptabilisait que les tours complets effectués avant l'heure, ce qui donnait l'impression de faire du yoyo tandis que le rythme était régulier. Dans le tableau ci-dessous, j'ai tous les enregistrements de mon cardio : les différentes couleurs correspondent à des "périodes" plus ou moins rapides. (NB : les tours indiqués sont, en fait, les enregistrements de mon cardio aux 3è, 6è, 8è tours et de deux en deux jusqu'au 20ème tour, puis après à chaque tour. Le kilométrage de chaque "tour" est indiqué ainsi que la cadence au km). Le vert des 3 premières heures et demie constituent la mise en route, le réglage de l'allure de croisière, l'apprentissage du circuit, la mise en condition progressive du corps et de l'esprit dans la compétition. Le violet qui suit traduit une baisse de la vitesse initiale afin d'effectuer un recadrage de la FC qui ne voulait pas se rester dans la fourchette que j'avais prévue (moins de 130 de FC moy et pas de FC supérieure à 140). Cela m'a pris entre 4 et 5 heures avant de redecendre à des valeurs. Il faut dire aussi que cela correspondait à la partie de course commune avec les coureurs du 6 heures et que parfois j'accélérais légèrement pour discuter avec les copains. Une fois la course des 6 heures terminée, c'est la couleur orange, il était 18 heures passées et j'ai commencé à réfléchir à la conduite à tenir lors des heures suivantes. Le temps avait fraîchi mais je n'avais pas envie de m'arrêter tout de suite pour enfiler ma tenue "configuration nuit fraîche" de ma boîte N°2. Je souhaitais continuer de courir tant que le physique était encore bon. Un premier long ravitaillement à 18h30 avec de la soupe chaude me fit "perdre" quelques minutes et je me refroidis un peu. C'est pour cela que dans l'heure suivante je décidai de changer de tenue pour enfiler un collant, changer de chaussures et compléter l'équipement par un bonnet, un coupe-vent et des gants. Ma moyenne avit chuté parce que je n'avais fait que 3 tours (5483m) en une heure. Mais je pouvais repartir de plus belle et me fixer les prochaines étapes (après 12h, 14h et 16h de course). J'étais en "mode concentration totale" avec la radio de mon portable pour écouter les matches de foot. Puis de 23h à 2 ou 3h du matin, j'ai mis le "pilote automatique", ce qui ne fut pas facile car les coureurs du 12 heures qui étaient "tout neufs" n'en finissaient pas de me doubler. Mais comme j'en connaissais certains, j'ai aussi pu bavarder un peu au gré des dépassements. Vers 2 ou 3 heures du matin, j'ai eu un gros coup de pompe : une envie de dormir qui me faisait somnoler en courant. C'est le début de la partie rouge. Comme le vent froid me glaçait et que ma vitesse de course n'était pas assez rapide pour me réchauffer, je fis plusieurs "longs" arrêts pour me ravitailler et me redonner l'envie de m'accrocher. Mais la présence à portée de running de la salle chauffée et des lits de camp était trop tentante. J'ai su résister un temps, mais j'ai quand même décidé à ce moment de la course d'aller m'allonger, ne serait-ce qu'un quart d'heure au bout duquel je repartirais en pleine forme. Oui, mais en réalité, j'avais peur de trop dormir et de ne pas pouvoir me réveiller. Donc mon repos n'excéda pas à chaque fois les 10 minutes auxquelles il faut ajouter les tergiversations ("J'y vais ? J'y vais pas ?). Tant et si bien qu'à la reprise de la course, le mal était fait : les jambes lourdes, le froid plus mordant, il me fallut plusieurs hectomètres pour me relancer. J'ai effectué pendant ces 4 heures 6 longs arrêts. Du coup, je n'étais plus dans les temps de mon objectif N°2, le N°3 étant passé à la trappe depuis plusieurs heures déjà. Pour sauver les meubles, je me décidais de reprendre la course et d'atteindre le quadruple marathon puis pourquoi pas les 170km. Les 175 me semblaient hors de portée vu toutes les minutes que j'avais perdues à essayer de retouver toute ma lucidité. Je pris donc un café en espérant me réveiller pour de bon. Cette dernière partie (en bleu) dura environ 3 heures pendant lesquelles j'alignais les kilomètres. Le jour commençait à se lever, malgré un petit brouillard tenace, et le vent faiblissait. A près de 9km/h de moyenne j'ai réussi à atteindre mon objectif "minimal" de 175km et j'ai même poussé un peu plus pour essayer de gagner des places. Sur le parcours, en quelques heures ça s'était repeuplé : ceux qui étaient allés dormir s'étaient remis sur le circuit afin de valider leur course, beaucoup d'entre-eux marchaient. quelques autres retrouvaient une certaine fraîcheur et essayaient de grapiller les kilomètres pour pousser leur score un peu plus haut. Je finis 15ème, avec 177,074 km, ce n'est pas le plus important, mais ce que je retiendrai le plus de ces 24 heures c'est : - l'envie de dormir qui s'est abattue sur moi en pleine nuit alors que j'avais fait le plein de sommeil les jours précédant la course; - l'engourdissement progressif physique et mental à cause du froid amplifié par le vent; - la combativité retrouvée lors des 3 dernières heures qui m'a permis de me rassurer et de finir sur une note positive. Le tableau : Relevés Polar des 24 heures de Rennes 2009. Tour Temps Temps au tour FC fin Max Moy Min Dist min/km 1. 0:36:26.7 0:36:26.7 118 127 114 92 5828 6:18 2. 1:11:23.3 0:34:56.6 118 136 119 97 5483 6:22 3. 1:34:45.0 0:23:21.7 124 135 124 107 3655 6:23 4. 1:57:08.7 0:22:23.7 130 138 129 117 3655 6:07 5. 2:20:44.2 0:23:35.5 133 150 132 116 3655 6:27 6. 2:44:42.2 0:23:58.0 133 149 132 117 3655 6:33 7. 3:08:38.1 0:23:55.9 136 143 135 115 3655 6:32 8. 3:33:08.2 0:24:30.1 137 143 136 119 3655 6:42 9. 4:00:45.1 0:27:36.9 139 150 134 87 3655 7:33 10. 4:13:33.1 0:12:48.0 134 154 136 115 1827 7:00 11. 4:27:12.3 0:13:39.2 139 151 136 107 1828 7:28 12. 4:39:23.8 0:12:11.5 135 145 139 125 1827 6:40 13. 4:52:44.1 0:13:20.3 131 142 134 125 1828 7:17 14. 5:06:07.7 0:13:23.6 133 142 132 107 1827 7:19 15. 5:18:42.3 0:12:34.6 134 138 133 127 1828 6:52 16. 5:31:38.3 0:12:56.0 129 137 131 123 1827 7:04 17. 5:44:46.4 0:13:08.1 133 142 131 124 1828 7:11 18. 5:57:38.5 0:12:52.1 135 139 133 125 1827 7:02 19. 6:11:36.0 0:13:57.5 135 141 133 113 1828 7:38 20. 6:24:52.0 0:13:16.0 136 143 133 108 1827 7:15 21. 6:38:06.5 0:13:14.5 128 136 131 126 1828 7:14 22. 6:53:00.7 0:14:54.2 129 135 127 108 1827 8:09 23. 7:06:39.1 0:13:38.4 128 132 126 117 1828 7:27 24. 7:20:11.2 0:13:32.1 131 136 128 117 1827 7:24 25. 7:35:24.8 0:15:13.6 131 139 128 105 1828 8:19 26. 7:48:49.6 0:13:24.8 128 134 127 116 1827 7:20 27. 8:01:38.9 0:12:49.3 127 139 130 120 1828 7:00 28. 8:16:01.7 0:14:22.8 122 134 125 113 1827 7:52 29. 8:37:12.9 0:21:11.2 121 128 110 78 1828 11:35 30. 8:52:02.4 0:14:49.5 123 129 120 100 1827 8:06 31. 9:18:44.6 0:26:42.2 123 129 106 75 1828 14:36 32. 9:31:24.5 0:12:39.9 129 131 126 121 1827 6:55 33. 9:44:32.9 0:13:08.4 123 131 126 122 1828 7:11 34. 9:58:51.6 0:14:18.7 119 125 118 101 1827 7:50 35. 10:13:55.0 0:15:03.4 116 124 115 97 1828 8:14 36. 10:30:24.0 0:16:29.0 119 119 109 89 1827 9:01 37. 10:45:28.0 0:15:04.0 117 121 115 97 1828 8:14 38. 11:01:44.0 0:16:16.0 111 122 113 90 1827 8:54 39. 11:18:26.0 0:16:42.0 112 115 108 90 1828 9:08 40. 11:34:45.0 0:16:19.0 109 115 107 83 1827 8:55 41. 11:51:18.0 0:16:33.0 108 116 106 86 1828 9:03 42. 12:13:10.0 0:21:52.0 114 115 98 79 1827 11:58 43. 12:27:51.0 0:14:41.0 108 115 110 103 1828 8:01 44. 12:44:20.0 0:16:29.0 108 113 104 87 1827 9:01 45. 13:06:47.0 0:22:27.0 106 111 95 70 1828 12:16 46. 13:20:35.0 0:13:48.0 110 113 107 103 1827 7:33 47. 13:37:05.0 0:16:30.0 110 113 104 86 1828 9:01 48. 13:51:35.0 0:14:30.0 112 112 107 97 1827 7:56 49. 14:08:07.0 0:16:32.0 108 112 103 86 1828 9:02 50. 14:22:52.0 0:14:45.0 108 111 104 90 1827 8:04 51. 14:39:43.0 0:16:51.0 110 111 100 84 1828 9:13 52. 14:54:52.0 0:15:09.0 107 113 105 86 1827 8:17 53. 15:09:15.0 0:14:23.0 97 119 105 86 1828 7:52 54. 15:22:25.0 0:13:10.0 115 123 110 91 1827 7:12 55. 15:34:48.0 0:12:23.0 114 120 113 105 1828 6:46 56. 15:48:40.0 0:13:52.0 112 118 109 95 1827 7:35 57. 16:00:32.0 0:11:52.0 120 122 117 112 1828 6:29 58. 16:16:04.0 0:15:32.0 112 117 108 88 1827 8:30 59. 16:31:20.0 0:15:16.0 89 113 103 89 1828 8:21 60. 16:59:15.0 0:27:55.0 102 104 87 65 1827 15:16 61. 17:16:56.0 0:17:41.0 82 106 94 80 1828 9:40 62. 17:47:55.0 0:30:59.0 100 105 80 50 1827 16:57 63. 18:04:18.0 0:16:23.0 103 108 100 80 1828 8:57 64. 18:29:44.0 0:25:26.0 93 102 84 67 1827 13:55 65. 18:47:46.0 0:18:02.0 74 104 93 57 1828 9:51 66. 19:03:56.0 0:16:10.0 104 106 97 74 1827 8:50 67. 19:19:28.0 0:15:32.0 105 110 100 82 1828 8:29 68. 19:35:24.0 0:15:56.0 85 105 97 84 1827 8:43 69. 19:55:53.0 0:20:29.0 93 104 89 66 1828 11:12 70. 20:24:22.0 0:28:29.0 91 102 80 49 1827 15:35 71. 20:47:29.0 0:23:07.0 98 103 86 62 1828 12:38 72. 21:04:23.0 0:16:54.0 106 109 95 69 1827 9:15 73. 21:16:28.0 0:12:05.0 112 116 110 105 1828 6:36 74. 21:28:26.0 0:11:58.0 116 129 115 109 1827 6:33 75. 21:40:40.0 0:12:14.0 113 123 115 110 1828 6:41 76. 21:53:20.0 0:12:40.0 116 120 113 104 1827 6:56 77. 22:08:48.0 0:15:28.0 87 119 107 85 1828 8:27 78. 22:22:09.0 0:13:21.0 111 114 106 88 1827 7:18 79. 22:35:58.0 0:13:49.0 116 117 108 83 1828 7:33 80. 22:49:37.0 0:13:39.0 95 118 110 94 1827 7:28 81. 23:02:18.0 0:12:41.0 114 118 112 95 1828 6:56 82. 23:15:20.0 0:13:02.0 121 122 113 88 1827 7:08 83. 23:27:35.0 0:12:15.0 120 124 119 116 1828 6:42 84. 23:40:10.0 0:12:35.0 129 131 120 114 1827 6:53 85. 23:52:04.0 0:11:54.0 125 131 125 118 1828 6:30 86. 24:00:00.0 0:07:56.0 129 133 129 126 1286 6:10 à+Fab**** Mises à jour
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Dimanche 28 Juin 2009 à 13:12

