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    CR des 24 heures organisées dans le cadre du téléthon de Bouaye.

     

    L’avant-course, le contexte

     

    Mon choix s’est rapidement porté sur cette course de 24h organisée par le club d’athlétisme de Bouaye (Herbauges AC) quand j’ai eu les informations précisant l’heure de départ : le vendredi soir à 18h. Sachant que je travaille dans une commune proche, je savais que je n’aurais pas le temps de rentrer chez moi et qu’il faudrait que je prépare à l’avance tout mon matériel, et beaucoup savent ce que j’entends par « tout mon matériel » - il me faudrait presque un semi remorque – et que j’emporte le tout dès le matin pour le laisser dans la voiture le temps de travailler. Une donnée inconnue : pourrais-je placer mon ravitaillement et mes affaires de rechange près de la piste, sinon comment devrais-je m’organiser afin d’optimiser au maximum les pit-stop ?

    Je savais aussi qu’il n’y aurait pas beaucoup de coureurs, pressentant être le seul à m’aligner sur les 24h en solo, mais je pensais qu’il y aurait plusieurs équipes de relayeurs inscrites. La pêche aux infos fut longue et le jour même je n’en savais pas beaucoup plus, mais j’ai une certaine capacité d’adaptation qui m’empêchait de stresser.

    Pourquoi faire ça, courir les 24 heures sur piste seulement  trois semaines après ceux d’Aulnat ? Pour le défi, pour ce que je peux actuellement donner –viendra bien assez tôt le moment où je ne pourrai plus faire « des choses » comme celle-là – encore parce que d’autres souffrent et qu’un geste aussi futile ou inutile soit-il, dans son sens de productif j’entends, compte quand bien même elle ne représenterait qu’une goutte d’eau dans la mer, pour honorer ceux qui vont passer tout leur week-end à aider et à faire de ce téléthon une réussite… et parce que, en fin de compte, Aulnat ne m’avait pas autant fatigué que ça. D’autres motivations sont venues s’ajouter au fil de ma préparation et de ma détermination à donner le plus de ce que je pouvais : bientôt le cap des 100 000 km depuis que je recense mes entraînements et les bornes effectuées (j’ai commencé à les noter il y a presque 23 ans), un travail mental en vue des longues heures que je devrai passer l’an prochain entre le Danemark et Gibraltar, une autre occasion d’emmagasiner de l’expérience, car à chaque fois j’en retire quelque chose et les erreurs me font progresser.

     

    H-1

    Vendredi 16h45, je libère mes élèves, leur souhaitant de passer un bon week-end. J’attends quelques minutes au portail avec les collègues à qui je souhaite aussi la même chose. Personne ne sait à quoi je vais passer le mien, n’aimant pas me faire de la pub et n’ayant pas envie de me faire passer pour un fou.

    Je monte dans ma voiture et me dirige vers la ville voisine, Bouaye, et son complexe sportif avec sa piste où vont donc se dérouler ces 24h. J’y arrive à 17h15 et je rencontre Cyril Berthy membre du club d’athlétisme de la commune et nouvellement entré au CD44 d’Athlétisme ainsi que Philou Favreau, bras droit de JB sur la Transe Gaule. Ils m’ouvrent l’accès au stade et m’autorisent à stationner à 10m de la piste. J’obtiens des infos : je serai seul sur les 24h solo, comme prévu, et il n’y aura qu’une équipe de relais. Bon, voilà le tableau, je sens que la nuit on ne sera pas gênés par le monde ! Il va falloir être costaud mentalement, pensais-je alors surtout d’après la météo annoncée le samedi.

    La météo de la journée de vendredi fut belle et la soirée s’annonçait néanmoins tout aussi agréable. C’était déjà ça de gagné. Pas de pluie à l’horizon, donc début de course sec et tenue « tempérée ».

    Les minutes d’avant course défilaient et je m’organisais comme je le pouvais un peu « à l’arrache » : d’abord la mise en tenue, primordiale pour prendre le départ, avec le crémage des pieds. Pas le temps de mettre de la vaseline partout, je le ferais plus tard (première erreur), mais je plaçais mes pansements protecteurs aux endroits sujets aux brûlures. Pas besoin de mettre les guêtres, on devait courir sur piste, même si je savais que des granules orange peuvent venir rentrer dans les chaussures et gêner comme de petits gravillons. Je verrais ça plus tard (seconde erreur). Ensuite, la préparation de mes petites bouteilles, entamée depuis le matin, où j’avais dilué de la grenadine dans de grandes bouteilles d’un litre et demi. Je n’avais plus qu’à remplir mes petites bouteilles, une vingtaine, et les disposer dans ma caisse de plastique avec mon ravitaillement solide : bananes, Yop, compotes, salades de fruits, riz au lait, etc… qui comme d’habitude avaient été achetées en trop grande quantité (mais alors, ça sert à quoi l’expérience ?). Un barnum était installé à une cinquantaine de mètres de la piste où il y aurait de quoi se restaurer au cas où. Mais 50m ce n’est pas simple à faire quand on est à la recherche d’un certain kilométrage. Je ne voulais pas non plus venir en touriste, j’avais dit que je donnerais 50€ au début et que je compléterais à la fin de la course pour arriver à 1€ du km. Donc pas question de me la couler douce ; objectif : en faire le plus possible.

     

    Plus que quelques petites minutes et le départ allait être donné. Le chronométreur officiel (Bibchip France - www.bibchip.fr) me donna un porte dossard sur lequel était fixé mon dossard avec puce intégrée pour comptabiliser tous mes tours de piste à chaque fois que je passerai sur les tapis de pointage installés sur la ligne de départ. Un compteur à rebours était placé sur le bord de la piste pour le chronométrage, par contre pour le décomptage des tours, il faudrait aller voir dans l’abri installé à cet effet (une tente sur le terrain juste à côté des tapis de pointage). Pas commode, mais je m’adapterai. J’avais prévu d’enregistrer mes temps de passage tous les 2 tours et demi (1000m pour les profanes) et je savais que mes passages sur le tapis correspondraient aux kilomètres multiples de 2 et que mes passages à l’opposé (aux 200m) correspondraient aux kilomètres impairs. Jusque-là, tout le monde suit ?

    Un dernier petit coup d’œil au coffre de la voiture pour repérer où chaque chose se trouve pour ne pas passer trop de temps à les chercher en cas de besoin.

     

    L’ambiance

    L’accueil était chaleureux et dans le cadre du téléthon je me devais de ne pas faire la fine bouche. L’animation était assurée au début par Thierry Viaux (Transe Gaulois) qui devait aussi prendre un relai de deux heures dans la nuit. Il me présenta au public, pas très nombreux, et présenta aussi Philou qui allait courir les six premières heures. Des coureurs pouvaient faire des kilomètres après avoir contribué aux dons et quelques uns se joignirent donc à notre duo.

     

    La course

    Le départ fut donc donné à 18h précises et j’avais l’impression de ne pas être totalement prêt, mais je verrais plus tard, parce que là, maintenant il fallait courir. Je suis parti sur un rythme de footing lent, ne me rendant pas compte que sur la piste on a toujours tendance à aller plus vite que sur la route, mais les sensations étaient excellentes, la fraîcheur relative de la nuit qui commençait à tomber n’étant pas pour me déplaire. Je n’avais pas eu à trop me couvrir, n’ayant pas mis de bonnet ou de gants ni même de coupe-vent. La piste de 400m, je la connais par cœur, maîtrisant les marquages (obligatoire quand on est juge arbitre de course) et je vis rapidement que je tournais à 9,8/10km/h et je décidais de rester sur ce tempo d’environ 2’24’’ à 2’30’’ au tour.

    1ère heure : 24 tours soit 9,6km

    Les jeunes du club étaient progressivement arrivés pour leur entraînement : il y avait des benjamins, des minimes, des cadets et d’autres un peu moins jeunes, chaque catégorie encadrée par un ou plusieurs entraîneurs. Leur présence m’offrit un bon moment de distraction surtout que beaucoup m’encourageaient. J’en profitais aussi pour observer les petits jeux ou exercices que je pourrais proposer à mes benjamins lors de prochains entraînements.

    La seconde heure passa vite avec toute cette distraction : il était 20h et j’avais parcouru 18,4km en 2h, soit 46 tours complets.

    Au bout de 3h : 68 tours, 27,2km, j’avais toujours de bonnes sensations. Un arrêt aux stands pour enfiler néanmoins des gants et un bonnet et pour me ravitailler un peu plus longuement, et la 4ème heure défila elle aussi assez vite. La piste s’était progressivement dégarnie, les entraînements étaient terminés. Les bénévoles étaient là, m’encourageaient me proposaient de me donner une soupe ou autre chose. Des coureurs du club local, de niveau régional à national, étaient présents, et ont effectué quelques hectomètres à mes côtés ou avec Philou, l’un d’eux, Loïc, avançant à mes côtés en marche athlétique. Presqu’à chaque tour, les speakers (Thierry Viaux puis David Ferré) me relançaient en donnant de la voix. Pascale, ma femme était venue me voir et m’aider dans mon organisation matérielle. Ça faisait du bien de n’avoir qu’à penser à courir. Elle m’avait apporté de l’eau chaude dans un thermos pour que je me fasse une soupe ou un thé. Elle est repartie et j’étais regonflé à bloc pour quelques heures.

    4h : 89 tours, 35,6km.

    Le marathon fut atteint en 4h45, ça y était, j’étais passé en mode ADDM.

    J’eus une petite visite surprise de mon fils à qui Pascale avait dit : « Tu verrais papa, il est tout seul sur la piste. » Et il prit sa voiture pour venir me faire un petit coucou avant de repartir à une soirée chez des amis. En tout cas ça aussi ça a contribué à maintenir mon envie d’en faire encore plus.

    5h : 110 tours, 44km.

    50km sur piste en 5h44’39’’.

    6h : 130 tours, 52km, soit environ ce que j’avais fait à Aulnat 3 semaines auparavant déjà (ou seulement).

    Un arrêt un peu plus long me permit de bien me ravitailler en ce samedi qui débutait et qui allait être une bien longue journée. Encore 18h. La météo, pas froide, commençait à tourner à la pluie, fine d’abord, par intermittence et les projecteurs avaient plus tendance à faire penser que ça pleuvait plus qu’en réalité. Mais je sentais bien que je commençais à être trempé, alors je décidais de mettre un coupe-vent semi-imperméable pour ne pas attraper du mal.

    Philippe Favreau avait laissé son relais à Thierry Viaux qui enfilait les tours à une belle allure. Philippe n’avait couru que 60km en 6 heures, gêné aux ischios et il était un peu déçu. Il allait par la suite prendre un peu de repos avant de revenir nous encourager.

    7h : 147 tours, 58,8km. Il flottait toujours, le vent s’était levé. J’avais mis le MP3 pour me mettre en mode « autoroute » ou « pilote automatique ». Il fallait toutefois continuer à être lucide et ne pas oublier de boire et de grignoter régulièrement. Mes prises de temps étaient régulières

    8h : 166 tours, 66,4km, et les prémices d’une grosse envie de dormir ont commencé à plomber mon allure. Comme à Aulnat, j’allais commencer à errer comme un zombie, le temps que les thés et autres boissons énergisantes fassent leur effet. Et la pluie qui fouettait le visage dans la ligne droite face au stand. Mon fils de retour de sa soirée me fit une nouvelle visite et m’aida en remplissant mes bouteilles à ma place ce qui ne me fit pas perdre de temps et m’évita de prendre froid. Quand il repartit, je me sentis vraiment seul, même si je me faisais régulièrement doubler et encourager par le troisième relayeur de l’équipe d’Herbauges AC.

    9h : 183 tours, 73,2km.

    10h : 200 tours, 80km pile poil du 8km/h. ça allait être dur pour le record (191km) et encore plus pour les 200 ! Même pas en rêve ! J’étais trempé : je décidai de changer de tenue, mais uniquement le haut et j’en oubliai les fondamentaux : le crémage des parties sensibles. De plus j’avais un certain manque de courage pour faire un long arrêt afin de mettre les guêtres alors que je devais m’arrêter fréquemment retirer les granules orange de mes chaussures. Mais ce n’était pas commode : il pleuvait, j’aurais été obligé d’aller dans la salle de sport et je ne me voyais pas gaspiller tout ce temps pour ça. Quelle nouille ! Troisième erreur !

    11ème heure ; la plus difficile donc, car il fallut relancer après l’arrêt : 14 tours (5,6km/h !), 85,6km.

    12ème heure : 19 tours, 93,2km (contre 95,7km à Aulnat). Ça allait mieux, j’étais remonté, le jour ne devait plus tarder à se lever. Pour atteindre un quelconque objectif intéressant (180km au moins) ça commençait à sentir le pâté. Mais j’allais m’accrocher, si j’étais là, c’est parce que je l’avais voulu, et par respect pour tous les bénévoles présents et pour tous les petits malades, je me devais de ne pas couiner et de continuer à engranger le plus de bornes possible. Le 4ème relayeur « tout neuf » enfilait les tours comme un métronome, me reprenant un tour tous les trois tours. Pascale était venue me refaire une petite visite pour voir si tout allait encore bien : elle s’était réveillée tôt et ne parvenait plus à se rendormir.  Sa visite me donna un petit coup de fouet et je courais à plus de 9km/h par moments, ce qui allait faire remonter ma moyenne.

    100km sur piste en 12h43’16’’.

    13h : 22 tours, 102km.

    14h : 18 tours, 109,2km.

    Le jour était levé mais la grisaille et la pluie n’avaient rien qui me fasse positiver. Moi qui espérais que ça se calmerait, que beaucoup de coureurs viendraient nous accompagner, je fus un peu désabusé, mais il fallait tenir. Et toujours les encouragements des bénévoles qui revenaient plus nombreux et plus souvent me proposer quelque ravitaillement, comme Edith par exemple.

    15h : 20 tours, 117,2km.

    16h : 20 tours, 125,2km.

    17h : 20 tours, 133,2km.

    18h : 19 tours, 140,8km.

    19h : 19 tours, 148,4km.

    Cette période de 5 heures entre l’heure du petit déjeuner et celle de l’apéro (pour ceux qui ne couraient pas) fut assez bonne si on considère les kilomètres effectués : 39,2 et 7,84km/h, de quoi me redonner espoir d’approcher mon record, mais j’avais trop lutté contre le temps pluvieux, le vent, la fraîcheur due à mes vêtements trempés et je ne me voyais pas batailler seul contre la montre. J’aurais eu de la concurrence, quelqu’un à aller chercher au classement ou même avec qui courir, je me serais peut-être surpassé, mais là, j’ai commencé à ressentir une certaine lassitude mentale. Les heures qui suivirent montrent bien la chute de la moyenne, en raison de fréquents arrêts et de pauses marchées. Pourtant, Noël (Patate) était présent et ça m’avait bien reboosté aussi quelque temps.

    150km sur piste en 19h18’44’’.

    20h : 16 tours, 154,8km.

    21h : 18 tours, 162,0km.

    22h : 17 tours, 168,8km = 4 marathons passés en compagnie de berurier, l’ami Emmanuel avec qui j’étais allé à Aulnat. En jean, il a couru quelques kilomètres à mes côtés avant de rentrer trop trempé de pluie et de sueur. Merci à lui pour sa présence sympathique.

    Depuis le petit matin, quelques petits groupes de coureurs et coureuses avaient contribué à rendre la piste un peu moins désertique et leurs encouragements donnaient envie de prolonger l’effort.

    23h : 15 tours, 176,8km. J’eus un gros trou, un moment où un rien me faisait m’arrêter, un granulé orange dans une chaussure, un petit coup de boisson alors que je n’avais pas soif, un prétexte tout aussi futile pour faire passer le temps. Mais le kilométrage n’avançait pas pour autant et il fallut le retour de Loïc Le Magueresse, coureur et marcheur (25’06’’ sur 5000m marche) pour m’emmener jusqu’au bout. Il me prodiguait des conseils afin de bien me relâcher dans mes périodes de marche. On a ainsi pu discuter d’athlétisme bien sûr et le temps sembla passer relativement vite, j’en oubliais de m’arrêter m’hydrater et donc de « jouer la montre ».

    L’objectif dans la dernière demi-heure était de dépasser les 180km puis les 182km. Avec le dernier relayeur, Didier, nous nous entraidions car il voulait faire plus de 250km pour son équipe, donc pour lui non plus il n’était question de mollir.

    Ce ne fut pas facile, mais je parvins à passer les 182km (en 23h57’41’’) avec en prime un tour en plus pour terminer sur un compte juste. Pendant la dernière heure, le public s’était fait plus nombreux et à chaque tour les encouragements avaient  redoublé pour arriver à leur paroxysme lors du dernier tour.

    24h : 19 tours, 182,4km (en réalité, le temps réel fut de 24h00’30’’ et le passage des 24h se fit au km 182,330km.

    J’étais content d’en avoir fini, un peu étourdi par toutes les marques de sympathie et les félicitations reçues, Thierry me donna le micro pour que je réponde à ses questions, je ne réalisais pas encore que j’avais fait un truc un peu dingue, même si le kilométrage aurait pu et dû être beaucoup plus important sans mon trou noir de quelques heures dans la dernière partie de ces 24 heures.

    Je n’avais qu’une hâte une fois la course finie : retarder le plus possible le moment de la douche que je pressentais très douloureuse en raison de toutes mes erreurs de gestion matérielle : les brûlures sous les bras et à beaucoup d’autres endroits me faisaient mal déjà depuis plusieurs heures et je regrettais de n’avoir pas pris le temps de procéder à un crémage en règle avant le départ. Une ampoule était aussi venue gâcher la fin de la course et me faisait mal. Il faudrait penser à la soigner rapidement dès mon retour à la maison.

    Après la douche épique avec le savon qui pique je me rendis dans le hall pour boire le verre de l’amitié avec toute l’équipe des bénévoles et des relayeurs.

    Ensuite, je pris la voiture pour faire les 15km et rentrer chez moi vider la voiture, ranger une partie de mon « bazar » et dormir. Le lendemain matin, j’étais prévu comme juge arbitre courses sur une compétition de sprint en salle et il fallait que je sois en pleine forme.

     

    A+Fab******


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