• CR 24h de la Voie Romaine 2015

    Après mon 24h quelque peu raté à Rennes en Avril, j’ai décidé dans la semaine qui a suivi de rebondir sur de nouveaux objectifs : un autre 24h, le Trail du Golfe et les 100km de Cléder, le tout, «condensé » en 4 semaines, du 13 juin au 12 juillet.

    Bien sûr, je reste un peu amer de ne pas avoir pu participer au Tour de France Footrace et aussi je piaffe d’impatience d’avoir la « liberté » de pouvoir m’aligner au départ de la Mil Kil dont le suivi quotidien actuel me passionne mais aussi me torture l’esprit en me faisant rêver que j’aurais pu y être. Lors de chacun de mes footings de préparation à mes futurs objectifs, je m’imagine sur ces routes de France, livré à moi-même, seul face au défi.

    Mais ce ne sont que des rêves pour l’instant. Mais j’y serai un jour, j’y serai…

     

    Gérard Bertin, coureur dont j’ai fait la connaissance lors de mon baptême d’ultra runner c'est-à-dire lors de ma première Transe Gaule en 2005, puis revu lors de ma seconde TransEurope en 2012, organise depuis 5 ans un 24h à Lillebonne, commune où il réside. Aidé en cela par sa fille Marion et par un staff de bénévoles efficaces, il a concocté pour cette édition2015 une épreuve dont je conserverai de très bons souvenirs. Loin des grosses organisations que j’ai connues à Séné, Aulnat, Rennes ou à Portet sur Garonne, celle-ci ne payant pas de mine a toutefois réussi son pari, d’autant plus que le fait d’être labellisé a permis à ce 24h d’obtenir sa reconnaissance dans le monde  des ultras.

     

    Avec mon frère, fidèle compagnon de ces aventures pédestres au long cours, nous avions réservé ce week-end pour optimiser un maximum ma préparation et refaire une distance plus en rapport avec mes capacités. Hôtel à Mondeville la veille au soir après 3h30 de route, petit-déjeuner copieux, une heure et demie de route pour rallier Lillebonne, avec une rallonge due à un mauvais choix d’itinéraire, parce quand on vient de Caen, on dirait qu’il n’y a que deux options : aller vers Paris ou aller vers Le Havre. Pour ceux qui veulent aller « au milieu », ce n’est pas très évident.

    Arrivés sur place 90’ avant le départ, nous avions le temps de nous installer. Gérard et son équipe nous ont fourni un barnum afin que nous puissions installer nos affaires, ravitaillement, rechange, confort…

    Je finis tranquillement de me mettre en tenue, dis bonjour aux quelques coureurs de mes connaissances, Patrick Michel rencontré sur la Transe Gaule 2007, Thierry Douriez, international sur 24h rencontré aussi sur la TG, puis ce fut le moment du briefing d’avant course et enfin le départ.

    Une boucle de 1163m à parcourir jusqu’à plus soif, dont le revêtement était exclusivement composé des plus beaux spécimens de graviers et autres cailloux locaux. Heureusement, la plus grande partie  de la boucle était de la terre battue ou du chemin bien stabilisé. Le décor était très bucolique avec des étangs avec des pêcheurs, des parties marécageuses, des prairies à moutons, des arbres, des buissons de plantes plus ou moins en fleurs, beaucoup de parties ombragées, un faux plat et un petit raidillon d’une dizaine de mètres. L’installation des différents coureurs et de leurs accompagnateurs donnait un air de village de vacances sur une bonne partie du parcours.

     

    Le décor planté, venons-en à la course.

    Nous n’étions qu’une vingtaine de concurrents sur le 24h mais le 12h et le 6h partaient en même temps donc nous étions assurés de voir du monde pendant au moins la moitié de la course, après, ce serait une autre histoire et d’ici-là il y avait des tours à faire. L’allure programmée était d’environ 7’15 au tour (base de 7’30 pour 1200m) avec une prise de boisson tous les 3 tours et un arrêt pour m’alimenter toutes les 2h de course. Je m’y suis tenu pendant les 4 premières heures puis ma cadence est un peu retombée à 8’ au tour puis à 9’ au tour au fil des heures.

    1h : 8 tours (9,3km)

    2h : 16 tours (18,6km)

    3h : 24 tours (27,9km) arrêt ravitaillement 2’45

    Une banane, un ou deux gâteaux au chocolat, une compote, mais je n’avais pas vraiment d’appétit, plutôt soif de quelque chose frais.

    4h : 32 tours (37,2km)

    Passage au marathon en 4h40’

    5h : 38 tours (44,2km) dont arrêt ravitaillement 4’30

    Mon allure a bien chuté à ce moment. J’étais un peu dans l’attente de sensations meilleures car au fil des kilomètres le physique donnait des signes de fatigue et je ne voulais pas coûte que coûte continuer sur un rythme qui m’aurait prématurément usé. Au scratch, j’oscillais entre la 4ème et la 7ème place au gré des arrêts de chacun des autres coureurs. De temps à autres je discutais avec des concurrents à la hauteur desquels je m’étais hissé. Mon frère me relançais par des encouragements à chaque tour, ayant décelé chez moi quelques signes avant coureurs de grande lassitude.

    6h : 45 tours (52,3km)

    7h : 50 tours (58,2km) arrêt ravitaillement 6’ + une petite arythmie cardiaque. Je pris bien le temps de me poser et reposer, n’étant pas pressé de repartir. Je vidais une nouvelle fois mes running des gravillons qui s’y étaient invités. Le fait de s’asseoir faisait du bien, mais qu’est-ce que c’était dur de repartir ! Le temps était beau, ensoleillé, avec un peu de vent qu’on avait de face sur une grosse centaine de mètres. Je m’hydratais souvent avec mon petit vaporisateur.

    8h : 57 tours (66,3km)

    9h : 63 tours (73,3km) arrêt ravitaillement 3’

    10h : 67 tours (78km) dont arrêt ravitaillement 17’ (+ réajustement de la tenue)

    La moyenne facile à calculer me fournit une première indication : je ne battrais pas mon record ce week-end, mais ce n’était pas une raison pour tout laisser aller, alors je me dis que j’allais continuer tranquillement et que de toute façon sauf accident, mon kilométrage final sera intéressant par rapport à mes dernières sorties de 24h.

    11h : 74 tours (86,1km) dont arrêt ravitaillement 8’30

    12h : 79 tours (91,9km) dont 4 tours de marche (12’30 au tour)

    La mi-course atteinte, plus que nous les double-circadiens sur le parcours. Les coureurs du 12 ont fini, les remises des récompenses se déroulent dans la foulée ou après leur passage à la douche. Thierry a gagné, avec 129km. Superbe marque pour ce coureur habitué à l’équipe de France. Il a été régulier et ses accompagnateurs (sa famille) ont bien été présents pour l’encourager et pour nous aussi nous redonner de la pêche pour la suite.

    La nuit est tombée, l’éclairage est bon sur la majeure partie du circuit, restent deux ou trois endroits un peu délicats où il ne faut pas se prendre les pieds dans le tapis (pierres, racines, bordures…). Généralement, nuit rime avec grand silence, mais là, on en était loin car les équipes de relais avaient des supporters très bruyants, parfois fatigants, mais leurs encouragements ont eu le mérite de nous tenir éveillés (et les riverains aussi) pendant les périodes où le sommeil nous appelait.

    Tant est si bien que j’engrangeais des bornes, me retrouvant seul la plupart du temps.

    13h : 85 tours (98,9km)

    Passage aux 100km en 13h05’

     14h : 91 tours (105,8km)

    15h05’ : 98 tours (114km)

    16h08’ : 104 tours (121km)

    17h : 109 tours (126,8km) déjà 3 marathons de faits !

    18h : 114 tours (132,6km)

    Le jour commence à arriver, l’aube point à l’horizon, par-dessus les hauteurs environnantes. Ça sent l’écurie, mais en réfléchissant bien, je vois qu’il reste encore 6h à courir. Extrapolation rapide, si je n’ai pas de coup de mou je peux tenter un 170 voire 175km. Au-delà, je n’y crois pas et je n’ai pas envie de relancer de trop la cadence pour peut-être me retrouver à caler sur la fin. On verra. Je suis calé à la 4ème place, les deux qui me précèdent ne sont pas si loin devant mais je ne me vois pas leur reprendre 1 ou 2 tours à l’heure d’autant plus qu’ils ne s’arrêtent pas plus que moi. Le second est quand même beaucoup en avance et le troisième avance bien sans montrer trop de signes d’un futur long arrêt. Donc pas besoin de me mettre la pression : je cours contre moi-même et c’est tout ! Le premier marcheur est à peu près au même kilométrage que moi, et ses poursuivants se chamaillent pour la seconde place, un tour les séparant l’un de l’autre.

    Les coureurs des relais engrangent aussi les bornes et quand ils nous doublent, ça court vite quand même.

    19h02’ : 120 tours (139,6km)

    20h01’ : 126 tours (146,6km)

    21h : 131 tours (152,4km)

    22h : 137 tours (159,4km)

    Peu à peu, j’essaie de ne plus flâner aux ravitaillements comme j’en avais un peu pris l’habitude pendant la nuit et je me dis que si je veux ne pas rester sur ma faim, je dois me faire violence et ne plus m’arrêter ou en tout cas pas très longtemps. J’accélérais aussi progressivement pour enchaîner les tours entre 8’ et 8’30 puis peu à peu je suis passé en mode « turbo » pour descendre sous les 8’ puis sous les 7’ avec un dernier tour de folie effectué en 5’29 (12,7km/h) plus les 180m derniers mètres en 1’04.

    23h : 142 tours (165,2km)

    24h : 150 tours + 180m (174,470km)

    Globalement, cette marque me satisfait même si j’aurais aimé passer au-dessus des 175. Je suis quand même à presque 20 bornes de mon record et en y repensant, j’aurais pu grappiller ici et là quelques kilomètres notamment en me ravitaillant en marchant au lieu de faire des pauses assis où je me restaurais et desquelles j’avais beaucoup de mal à ressortir. C’est une piste à exploiter pour les futurs 24h. Mais je n’aurais pas rattrapé les 20km sur cela ; il aurait fallu que mon niveau soit meilleur et je reconnais que je suis encore un peu juste pour prétendre viser les 200km et même repasser au-delà des 190.

     

    Nous avons été 13 arrivants sur le 24h + 6 marcheurs + 4 équipes.

    La gagne se joue en 206,6km, le podium entre 178,6 et 190,6km.

    Après la remise des récompenses, je suis vite fait allé prendre une douche et avec mon frère nous sommes repartis sur Nantes. Avec un seul arrêt pour dormir 45’ sur une aire de repos.

     

    Bon petit week-end normand au final.

    Merci à Gérard et Marion ainsi qu’aux bénévoles qui nous ont rendu l’épreuve moins douloureuse.

    Bonne chance pour la prochaine édition.

    à+Fab******€**


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