• CR Transe Gaule 2011

    Transe Gaule 2011

    Étape 1.a --> de Roscoff à St-Pol-de-Léon (Finistère) - 5 km neutralisés

    Étape 1.b --> Plounévézel (Finistère) - 62,6 km

    Nous étions 45 au départ et plus que 44 à l’arrivée. Abandon de Richard Hofbauer (76 ans) victime d’une blessure au pied qui s’est réveillée au km49. Après la petite mise en jambes de 5km pour rallier Roscoff à Saint-Pol de Léon (35’ environ) le véritable départ fut donné par Théo Favreau, fils de Philou et Johanne fidèles parmi les fidèles, bénévoles sur la TG depuis de nombreuses années. Théo est né avant la TG 2005 et tous les ans il est avec ses parents : c’est sa 6ème TG, comme moi !

    Le rythme de beaucoup de coureurs me parut très rapide (trop ?) et je me retrouvais rapidement dans ce que je pensais être le ventre mou du peloton, impression renforcée par mes nombreux arrêts pipi où je me faisais doubler. Dans les descentes, le long de la rivière Penzé puis dans la montée longue et sinueuse qui suivit, je trouvai un rythme qui me permit de dépasser quelques coureurs, mais loin de moi l’idée de me trouver dans les 20 premiers : je me croyais plutôt aux alentours des 25/30èmes places. Un peu avant Pleyber-Christ, j’ai « exorcisé » mon étape de 2010 où j’avais dû stopper un long moment pour calmer une tachycardie. J’ai quand même couru toute la journée avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête… Jusqu’au 30ème km, environ au niveau de la mi-course, tout allait bien, puis commença une période difficile. A Berrien, km41, je m’arrêtai boire un panaché bien blanc dans un bar : que cela faisait du bien ! J’en zappai le ravitaillement suivant pour mieux m’arrêter de nouveau dans un autre troquet reprendre un panaché. La suite et surtout la fin furent difficiles car je n’avais plus de jambes. Avais-je assez mangé la veille au soir et le matin même ? M’étais-je bien alimenté pendant l’étape ? Je finis seul après avoir été accompagné quelques km par Stéphane Madec (TG 2010) en coureur libre ce jour.

    7h18’46’’ à la 17ème place, ce qui me surprit tout autant que les gros écarts avec les coureurs de devant. Ma perf du jour constituait mon 3ème meilleur temps sur cette étape en 6 éditions. Donc, je n’étais pas déçu. Par contre, j’étais très fatigué et allais bien me reposer. Il était 19h20 à l’heure où je rédigeais ces lignes, le dîner allait être servi (traiteur) et je n’allais pas faire de vieux os.

    Étape 2 → Plounévézel (Finistère) - Pontivy (Morbihan) - 63.7 km

    Parti sous un ciel couvert, idéal à souhait au niveau température, je n’avais aucune séquelle de l’étape de la veille mises à part les petites brûlures ou les échauffements occasionnés par le textile (short, maillot et ceinture cardio). J’avais bien dîné et mon petit déjeuner fut plus copieux qu’à Roscoff. Je me retrouvais vite avec Thierry Poupard qui fut mon compagnon de route déjà la veille sur quelques km et ce jour, notre course commune dura plus de 2h30 quand il se détacha progressivement le long du canal de Nantes à Brest. 2h30 à bavarder de tout et surtout de courses, d’anecdotes que nous avions chacun plaisir à raconter. J’ai couru ensuite tout seul jusqu’à ce que Vincent (Gouzerch) me rattrape : je l’avais dépassé avant le canal. On est restés ensemble quelques km et petit à petit ne pouvant suivre son rythme effréné, je le regardais prendre de l’avance. Je me fis doubler aussi par Samuel G. et tout comme pour Gouzy, je ne cherchai même pas à m’accrocher. Les 12 derniers km furent moins intéressants : grande route, circulation plus importante, nombreux camions et tracteurs… pas de quoi se reposer l’esprit. L’arrivée à Pontivy après le passage au-dessus du canal fut un soulagement et aussi j’avais le sentiment du devoir accompli. J’avais réalisé ma seconde meilleure perf sur cette étape en 6h56’15’’.

    Étape 3 → Pontivy (Morbihan) - Guer (Morbihan) - 74.6 km

    La première longue étape de cette TG s’est bien passée, je suis arrivé pas trop abîmé, et mentalement très satisfait. Je suis parti dans premier groupe, celui auquel les 9 premiers de l’étape de la veille n’étaient pas conviés car ils devaient partir une heure après nous.

    Je me trouvai rapidement en seconde position derrière Thierry que j’avais en vue sur les longues lignes droites qui ont constitué la première partie de l’étape. Très roulant, à peine bosselé, le parcours était somme toute très agréable car encore peu fréquenté par les autos. Le temps était lourd, gris et je transpirais beaucoup. Je tournais à 10km/h et ça allait bien. Au premier ravitaillement, Vincent G me rattrapa et nous sommes restés un bon moment ensemble, ne discutant que de temps à autres, chacun calé dans la foulée de l’autre, tantôt espacés d’une centaine de mètres, tantôt au coude à coude selon la tranquillité de la route. Au ravitaillement du km40, Vincent prit la poudre d’escampette et je me retrouvai avec Jean-Pierre qui avait fait la jonction avec moi et Samuel. Nous avons conclu un pacte et sommes restés ensemble jusqu’à l’arrivée, nous encourageant mutuellement selon nos coups de mou respectifs. Histoire de mettre une cerise sur le gâteau nous nous sommes fixés de mettre moins de 8h20. Objectif atteint : 8h17’35.

    Étape 4 --> Guer (Morbihan) - Châteaubriant (Loire-Atlantique) - 67.8 km

    La météo annoncée la veille au soir, temps couvert avec des risques de pluie, s’est avérée correcte car peu de temps après le départ la bruine s’est mise à tomber. La température était agréable voire un peu lourde si bien qu’en plus d’être mouillés à l’extérieur, nous l’étions aussi « à l’intérieur » tant on transpirait. Je ne suis pas parti prudemment et ne le regretterai pas parce que j’ai bien avancé pendant plus de 4 heures, ayant d’abord Thierry et Jean Michel en ligne de mire puis plus personne en vue une fois Thierry largement détaché et Jean Michel « explosé » par son départ trop rapide, ce qu’il a l’habitude de faire avant de finir très difficilement. Vincent G est resté derrière moi à distance suffisante pour que je lui serve de repère et quand Patate est venu nous rejoindre pour finir l’étape avec nous, ce qu’il avait demandé à Jean Benoît, nous avons fait la jonction et ne nous sommes plus quittés pour terminer main dans la main. Le rythme de course avait bien baissé pendant 20km, mais les derniers 10km ont été faits avec des pointes à 11km/h. Nous avons fini à la 11ème place ex-æquo et le copain Jean Pierre a pointé en 13ème position un bon quart d’heure après. Au total, nous avons mis 7h11’15’’ ce qui constituait ma seconde meilleure performance sur cette étape.

    Étape 5 --> Châteaubriant (Loire-Atlantique) - St-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) - 71 km

    Ce devait être une étape galère, une étape où on se dit « tant pis, il va flotter, la moyenne va en prendre un coup mais on sera plus en forme le lendemain », une étape où le poncho et le bruit incessant de son frottement à chaque foulée empêche d’écouter les autres bruits de la nature. De plus l’eau de l’extérieur ajoutée à celle de l’intérieur, de dessous le poncho, les godasses trempées, le linge qui ne séchera jamais … en fait, je m’étais préparé psychologiquement, matériellement et techniquement à une journée pourrie.
    De plus, au réveil, la surprise, mauvaise cette fois, fut de retrouver mon PC baignant dans une mini marre de flotte passée par un interstice. Je n’ai pas voulu faire un test le matin, pas trop le temps, alors je le rangeai dans sa housse et me dis que ce soir on verrait ça et que je n’allais pas me prendre la tête pour l’étape déjà bien assez difficile à gérer. Mon téléphone portable qui s’était retrouvé juste à côté a eu un peu plus de chance, simplement un peu humide et le test rapide d’allumage fut concluant. Ouf.
    Le réveil et les formalités d’usage passées - petit déjeuner, préparation des pieds et de la tenue, brossage des dents, bouclage des énooormes bagages (énorme ne prend pas 3 o, je sais, mais j’ai 3 bagages), et tout le rituel d’avant course - je me dirigeai vers l’extérieur et m’aperçus que le temps était « sec » pour le moment. Mais le poncho et le gilet fluo étaient dans mon sac à dos quand même par prudence.
    On partit, avantage d’être lent, en premier. En tant que connaisseur et aussi en raison de ma bonne forme, je me retrouvai devant, mais pas tout seul car le marquage à la culotte a commencé de par mes deux copains, JP et 20 100, avec, en plus, Jean Michel, adepte des démarrages rapides suivis des explosions en vol. Bref, on ne se retrouva qu’à 4 à la sortie de Châteaubriant et avec les deux sudistes, on se marra bien, racontant blague sur blague ou se chambrant gentiment, surtout quand ils me surnommaient « Jean Paul Olivier » à chaque fois que je leur donnais une anecdote sur telle ou telle partie de l’étape.. Les hectomètres étant goulûment avalés, le temps aussi était passé rapidement et au fil des virages, nous avions atteint le premier village, Erbray puis un second, Petit Auverné. Le ciel était couvert, mais il ne pleuvait toujours pas : c’était déjà ça de gagné. Je n’étais plus qu’avec Jean-Pierre à ce moment et nous cheminions chacun à notre rythme mais toutefois toujours ensemble. Vincent était quelques dizaines de mètres devant, évitant d’avoir à parler, ce qu’il n’aime guère le matin (mais il se rattrape le soir). On avait distancé Jean Mi sans doute un peu fatigué d’avoir démarré à plus de 9,5km/h. La suite de l’étape fut un peu plus technique, mais la météo sèche la fit passer moins difficilement que prévu. On était quand même à la 5ème étape, dont la 3ème de celles qui sont réputées pour « casser » les coureurs imprudents.
    Le premier, Jean Jacques, nous reprit son heure de décalage au km38, suivi de loin par Titi et René qui nous ont dépassés vers le km42. Là, ça a commencé à être dur pour nous, le parcours commençant à redevenir vallonné, mais après une série de lignes droites monotones, quel est le moins pire ?
    La partie du parcours menant à St Augustin des Bois, empruntant celui des 100km du Loire Béconnais, fut bien pénible mais avec les deux copains, on s’est dit que la moyenne avait été assurée et qu’on pouvait finir sans trop s’user à 9km/h de moyenne sur l’étape qui faisait en réalité 71km en raison d’un aménagement de dernière minute qui nous faisait arriver au gymnase. Nous avons terminé ensemble, Vincent, JP et moi, en se marrant, comme d’habitude mais en même temps soulagés d’avoir passé une journée pas trop moche en comparaison avec ce que nous aurions pu connaître. Nous n’avons pas pris une seulE goutte (ou alors j’ai la mémoire courte). Voilà une étape qui venait en conclusion de cette première partie de la TG, celle qui correspondait à l’adage « qui voit la Loire peut sentir la Méditerranée ».
    En ce qui concerne les chiffres, j’établis ma seconde MP sur cette étape : 7h53’35’’. Nous avons terminé 11èmes ex-æquo et au général Vincent était 11, moi 12 et JP 13. Quel trio !

    Étape 6 : St Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) - Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) - 53.0 km

    Après un petit km neutralisé pour rejoindre le site du départ, devant le château et pour ne pas qu’il y ait de « cassure » dans notre traversée intégrale de la France, le départ fut donné avec un petit peu de retard, 6h50, dû en partie aux bouchons occasionnés par le vide-grenier de St Georges où des centaines de personnes étaient en train d’attendre qu’on les enregistre.
    Le départ donné, ce fut l’envolée des 11 (les 10 premiers + Heather, la coureuse internationale anglaise qui n’a pas fait toutes les étapes en entier depuis la N° 2, sur les conseils de son entraîneur national). Suivirent à bonne distance le groupe des « seconds couteaux » à savoir, Jean-Pierre, Vincent, Nadine, Jean Michel et moi-même. Nous avons couru ensemble jusqu’à la sortie de Chalonnes où j’en profitai pour me tester un peu. J’étais sur mes anciennes routes d’entraînement et j’avais envie de pousser un peu la « machine » pour voir. En côte, j’accélérai donc assez vivement, laissant mes compagnons de route à distance, seul Jean Michel se risquant à me suivre. Au ravitaillement, j’avais une bonne avance, qui s’accentua au second, même si Vincent me suivait à vue. Je poursuivis mon effort, la musique sur les oreilles. C’était un moment comme je les aime, un moment où je cours tout seul, sans effort, sans penser, contemplant ce magnifique paysage du vignoble des Coteaux du Layon. Des bosses, des creux, de temps à autres une voiture, le bitume défilait sous mes runnings. Je consultais régulièrement le GPS pour me donner une idée de l’allure à laquelle je courais, en fait j’avais la moyenne du jour sous les yeux : 9,8km/h. et le cœur qui restait « bas », pas d’inquiétude à avoir concernant un éventuel coup de barre. De toute façon, j’avais prévu de couper mon effort après le ravito du km 39, après Martigné-Briand. La route pour y arriver n’était pas aussi agréable que la portion allant du départ au km32 si bien que j’avais déjà un peu baissé de rythme. A l’avant-dernier ravitaillement, Vincent me rattrapa et repartit avant moi, mais quelques hectomètres après je le dépassai en me disant qu’il me rejoindrait plus loin, lui qui est habitué des fins rapides.
    Mais il n’en fut rien car ma vitesse de course (10km/h) sur les 14 derniers km l’empêchèrent de pouvoir revenir et quand je m’aperçus qu’il n’était plus derrière « à vue », je me demandai s’il n’avait pas eu un gros coup de barre. Mais mon rythme était tellement bien que je ne souhaitais pas le couper. A deux km de l’arrivée, Rudy vînt à notre rencontre. C'était très sympa : il m’accompagna quelques dizaines de mètres puis s’en alla chercher Vincent pour finir avec lui. Il arrivera 8' après moi, suivi de JP et Nadine à un petit quart d'heure.
    Au final, j'ai mis 5h28’47’’, ce qui constituait ma meilleure 6ème étape de toutes mes TG. J’étais encore 11ème et au général restais 12ème. Le classement n'était pas une fin en soi, mais je le regardais quand même je l'avoue, comme plein d'autres qui ne l'avouaient pas mais que je surprenais à le regarder quand même. Aujourd’hui, on a eu le temps de se reposer après l’étape, demain on devrait encore arriver « tôt », mais la chaleur risque de venir perturber les organismes. On verra.

    Étape 7 → Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) - Monts-sur-Guesnes (Vienne) - 58.6 km
    Après une belle soirée passée en compagnie de Rudy et de sa femme, où nous avons goulûment dégusté des pizzas Vincent et moi, pendant que Jean-Pierre préférait partager le pâté et les légumes frais achetés par Guy, le sommeil réparateur de la nuit me permit d’aborder la 7ème journée en pleine forme.
    Pas de blessures, juste quelques légères courbatures témoignant des 3 étapes longues qu’on venait de passer et de ma petite « attaque » de la veille (attaque contre moi-même je précise et non pas pour mettre des vents à mes copains), le petit train-train du matin de mieux en mieux organisé, je me plaçai sur la ligne de départ en totale confiance. Je mis la musique juste avant le départ, les Doors, et quand Rudy abaissa le Gwenn Ha Du (le drapeau breton) je pris tout de suite un rythme de croisière cool. J’étais accompagné de JP, Vincent, Nadine… et laissais filer les comètes de devant que je n’atteindrai jamais, même pas en rêve, sauf grosse catastrophe d’un d’entre-eux. Au bout d’un nombre décent d’hectomètres, je passai la seconde et me mis en vitesse de croisière (10km/h) en souhaitant pouvoir tenir jusqu’au moins le km 31, où l’on repasse sur une route un peu plus fréquentée. En attendant, il y avait la voie Bonnot à faire, voie qui mène à Montreuil Bellay dont le château semble sortir de terre brusquement une fois trois petits sapins passés au sortir de la forêt. Dans la ville, comme je n’avais pas écouté entièrement concentré le briefing, je fus surpris de voir que l’itinéraire avait changé, en mieux, pour nous faire éviter de traverser le marché et de prendre intégralement la première côte de l’étape. J’accélérai encore un peu pour faire remonter la moyenne à 10 ; elle avait baissé le temps d’un arrêt pour retirer les cailloux souvenirs qui s’étaient invités lors du passage sur la voie Bonnot. Au ravitaillement, je pris du sirop de menthe pour changer de l’eau sucrée, une banane entière et deux bouts de saucisson pour le sel qu’il contenait. Je continuai ma chevauchée, porté par la musique, Noir Désir ayant succédé aux Doors suivi par Supertramp dont certains morceaux me rappelaient les concerts auxquels j’avais assisté et me faisaient frissonner de plaisir cumulé à la douce euphorie de courir en mode « bonheur ». Je ne préoccupais pas des autres coureurs, d’ailleurs, plus personne n’était en vue devant et je n’aime pas me retourner, même si je savais les deux Vincent prêts à me passer devant. D’ailleurs, c’est ce qui se produisit au second ravitaillement (km28) où les deux V me mirent un vent. Hélas pour Gouzy, il fut de courte durée, je le repassai et pensant qu’il allait s’accrocher, il aime bien avoir quelqu’un en point de mire et c’est vrai que quelque part ça aide à tenir une cadence, je continuai et quand le km31 survint, le virage à 90° me permit de constater qu’il n’était plus là. Je savais qu’il ne voulait pas trop « taper dedans » alors je me dis qu’il arrivera bien à me reprendre un peu plus tard. Je continuai donc ma cavale solitaire de « poor lonesome runner ». Jusqu’à Loudun, ce fut un peu plus dur ; je ne vais pas dire moins facile, ce serait laisser penser que je ne souffrais pas encore. Le ravito du km 41 passé en 4h12 et les 2’ de pause pour remettre de la menthe dans les bouteilles et reprendre banane et saucisson après avoir englouti quelques bouts de melon et de pêche, je repris ma route sachant que je devais être patient jusqu’au km44 et la dernière grosse intersection pour retrouver mon amie la D14 (si vous vous rappelez, j’avais appris à conjuguer à tous les temps et par tous les temps « haïr la D14 » à la première personne du singulier).
    Et bien, quelle surprise de me retrouver sur cette bande d’asphalte tant redoutée avec une pêche d’enfer ! Je remis les gaz et tournais à presque 10 à l’heure attendant le km52 et la voie verte précédant l’arrivée. Au dernier ravitaillement, je rattrapais presque Vincent Perrault qui repartait quand j’arrivai. Le temps de remplir mes bouteilles, cette fois de grenadine, il avait pris deux cents mètres d’avance et se remit à bien courir. Je restai sur mon tempo, ne cherchant pas à le reprendre, cela aurait été prendre des risques. Le seul objectif qu’il me restait était de faire moins de 6h et pour cela, je devais tracer à plus de 10 ! je pensais que les 5500m restants (cf mon GPS) étaient peut-être faux et que je n’en avais que 5000 à faire.
    A la sortie du chemin, il restait 1400m, ça j’en étais certain et j’ai vu que ce n’était plus la peine de s’accrocher à l’objectif de moins de 6h. Je finis en roue libre mais me fis un dernier plaisir à gravir la dernière côte en accélérant pour voir si les jambes « en avaient encore ». Oui, j’avais encore du jus ! A garder pour le lendemain, ça pourrait toujours être utile. J’arrivais seulement 3’ après Vincent P et Guy qui avait eu un peu de mal à terminer, s’inquiétant pour sa cuisse je crois.
    Le temps de prendre un rafraîchissement, les copains n’arrivant toujours pas, je décidai d’aller à la salle nous réserver un emplacement correct, sachant que la salle n’était pas vaste. J’allai prendre ma douche quand j’entendis au loin qu’ils arrivaient, d’abord JP puis Vincent G à quelques minutes derrière.
    On passa l’après-midi ensemble, tantôt nous reposant, tantôt allant boire un coup ou allant faire quelques courses pour les jours à venir… Et on en profita pour se payer quelques bons fous rires faisant oublier la journée et ses relatives difficultés.

    Étape 8 --> Monts-sur-Guesnes (Vienne) - Angles-sur-l'Anglin (Vienne) - 62.9 km

    Les quatre premières heures de cette étape auront constitué une de mes meilleures tranches de vie sur toutes mes Transe Gaule, rejoignant l’état de plénitude absolue connu lors de certaines des grandes étapes de 2007. La musique qui m’a accompagné n’est pas pour rien dans cette partie riche en émotions.
    Tout d’abord, le départ, donné à 6h30 de Monts sur Guesnes, la sortie du village par de petites ruelles inconnues, sous un ciel clair où la lune pas encore couchée nous accompagna quelques kilomètres et surtout l’état de fraîcheur de mon organisme. Pas de tensions, pas de restes de quelque épopée inconsidérée, pas de maux de ventre ou de digestion difficile, rien, sinon toujours dans un coin de mon cerveau pour rester lucide ma petite épée de Damoclès (concernant le cœur).
    J’avais mis le lecteur de musique sur la fonction « albums » et le premier qui sortit fut Zazie. Et bien tant mieux, un petit Zazie sur la route et pas dans le métro, ça me convenait. J’ai rapidement trouvé un rythme de croisière me faisant courir à 9,5 puis progressivement à un peu plus de 10km/h ce qui, d’après le GPS, me faisait une moyenne depuis le départ de 10km/h (ah oui, les chiffres, toujours les chiffres, sacré Fab !).
    90 minutes de Zazie pour m’amener au premier ravito en 1h30 environ. Les paysages traversés, grands champs de maïs, de colza ou autres plantes constituant un joli damier polychrome dans l’aube où le soleil levant rougeoyait et colorait quelques nuages d’altitude. La journée s’était annoncée belle et chaude, pour le moment elle était belle et juste à point au niveau température. On verrait plus tard.
    Après Zazie, le groupe Il Divo (des italiens) prit le relais et là, j’avais l’impression d’être à bord d’une grosse cylindrée sur une quelconque autoroute italienne de bord de mer. L’asphalte était lisse, la foulée dégoulinait et moi j’avalais les kilomètres avec avidité. Parfois j’avais l’impression d’être dans une salle de spectacle et les tournesols étaient autant de petites têtes de spectateurs (là, j’ai repris à mon compte une remarque faite hier par Angela qui nous avait fait bien rire mes deux potes sudistes et moi). Mais pour ne pas rompre la poésie de cet instant, je chassai de ma tête ce souvenir pour ne pas me prendre un gros fou rire tout seul. En tout cas j’avais une grosse pensée pour ma sœur et son ami qui m’ont fait découvrir ce groupe - quoique le mot groupe dévalue un peu cet ensemble de chanteurs - et j’avais un millier de souvenirs de la semaine passée à Belle Île en juillet qui ressurgissaient, les larmes m’en montant un peu aux yeux, pour me calmer et ne pas sombrer dans le « nostalgisme » j’en remis une couche et passai à une cadence encore plus rapide.
    Il Divo m’amena aux portes de Châtellerault et ce fut au tour de Christophe Willem de m’accompagner : sympa le mec, il a une belle voix et en plus il n’arrêtait pas de me chanter « Jacques a dit cours, Jacques a dit vole... », et c’est vrai que je volais toujours, je planais, mais je restais néanmoins attentif car la traversée de la ville, comme dans toutes les grandes villes, pouvait s’avérer dangereuse et le risque de se tromper d’itinéraire était plus grand, même si je commençais à le maîtriser.
    A la sortie de Châtellerault, Christophe me laissa continuer ma route après le ravitaillement où la grenadine a coulé à flots dans ma gorge assoiffée et dans mes deux bouteilles afin de tenir la soif en respect jusqu’au prochain poste situé 10 bornes plus loin.
    Amy Winehouse avait pris le relais et par une coïncidence comme seules les coïncidences peuvent le faire, le titre qui passait était « Back to Black » au moment même où un convoi de véhicules funéraires nous dépassa (pour ceux qui ne réussissent pas à voir le rapport, allez sur Youtube ou dailymotion et regardez le clip d’Amy correspondant à ce titre et vous comprendrez). La sortie de cette grande ville, grande en comparaison avec les dizaines de communes rencontrées depuis Roscoff, marqua chez moi les premiers symptômes d’un ralentissement. Déjà, la moyenne avait baissé en raison de mon arrêt aux stands un peu plus long qu’à l’habitude, mais elle n’allait plus progresser parce que le parcours allait commencer à devenir houleux. Un premier coup de cul au km 33 pour arriver à Targé puis une succession de creux et de bosses jusqu’à la route de Pleumartin. Comme par un grand hasard, le ciel avait commencé à tourner du beau fixe à une couverture orageuse : on voyait les nuages bouillonner dans le ciel et je me demandais quand j’allais tout prendre sur le museau et pendant combien de temps. Le ciel me laissa tranquille pendant une quinzaine de bornes, dont plus de 10 effectués sur une route longue et monotone où j’essayais de garder dans ma ligne de mire Guy et Thierry qui m’avaient repris au ravito du km40. Ils m’avaient déposé sur place profitant de mon extrême lenteur à me ravitailler, mais chez les M et M’s (Marcel et Marie) j’aime bien lire le proverbe du jour et en inventer un aussi. Là, j’en ai repris un que j’avais déjà inventé il y a quelques TG et que je ressors à chaque fois : « il pleut, il pleut Martin » (sur l’air de la bergère faisant allusion à Pleumartin, prochaine ville où se situait le ravito suivant). La longue route face au vent qui s’était levé fut pénible, j’étais incapable de relancer et je stagnais à 9,5km/h, m’octroyant quelques pauses marchées à la « Müller » ou quelques décamètres façon « p’tite mémé qui cherche ses lunettes » (ceux qui se demandent encore ce que c’est n’ont qu’à venir me voir sur les 24 heures ou autres courses de longues distances).
    Pleumartin, km 50, où miss grenadine recoula à flots, j’en repartis encore plus fatigué, mes deux coureurs-repères ayant disparu depuis belle lurette, j’étais tout seul et abordais la dernière partie de l’étape en me disant que j’étais dans les temps pour faire un truc correct de l’ordre de 9,5 de moyenne sur l’étape. Mais pour cela, il ne fallait pas non plus commencer à cueillir des mûres pourtant nombreuses et appétissantes.
    L’orage me rattrapa et me doucha peu après la sortie de Vicq sur Gartempe à 3 kilomètres du but. Ça faisait un bien énorme mais j’ai pensé à ceux qui étaient blessés avec les pieds endoloris et je me dis que ça n’allait pas être évident pour eux. Je terminai mon étape par la petite mais très pentue descente vers le château en ruine d’Angles sur l’Anglins, non sans un grand soulagement mais avec aussi le souvenir des 4 premières heures passées à planer au-dessus de la route.
    Au final, j’ai consulté mes archives et ai constaté que c’était ma seconde meilleure 8ème étape de toutes mes TG, à 1’07’’ de ma MP de 2008, et à la 11ème place encore une fois. Les copains du forum ADDM n’ont pas tous passé l’étape de la même façon : Titi finit second à 17’ de Jean Jacques Moros, vainqueur une nouvelle fois de l’étape (mais hier il était arrivé main dans la main avec Titi), Guy termine 9ème en 6h20’55’’ et me colle un bon quart d’heure en 23 bornes, Jean-Pierre 13ème en 6h56 suivi à 1’30’’ de Nadine, puis viennent Vincent handicapé par une tendinite d’Achille (côté droit) de compensation suite à une légère inflammation de son releveur gauche en partie résorbée (il a dû marcher deux heures et finit en 21ème position en 7h49) et enfin Bruno Manitas, 26ème en 8h21.
    En fin de journée Nicole, la femme de Gérard, nous paya un coup à boire pour son anniversaire... et après on est allés dîner en ville.

    Étape 9 -> Angles-sur-l'Anglin (Vienne) - St-Sulpice-les-Feuilles (Haute-Vienne) - 68.8 km

    Pour cette étape assez longue, 69km, parce que supérieure à la moyenne quotidienne (64km), JB avait constitué deux groupes, celui des 10 plus rapides de la veille dont je ne faisais heureusement pas partie et le « reste du monde ». Notre groupe partait à 6h00 et l’autre à 6h30.
    Nous n’étions pas nombreux à avoir pensé à prendre la frontale et je me retrouvai ouvreur dès le départ donné. D’abord la rude montée partant du château pour amener au village, que j’effectuai en marchant, puis un long faux plat où je me mis à courir et quelques hectomètres plus loin je me retrouvai seul en éclaireur, personne n’ayant réussi ou tenté de suivre mon rythme. J’avais une fois de plus le MP3 vissé sur les oreilles et réglé en mode aléatoire. Les km défilèrent et je rangeai la lampe dans ma pochette ventrale. Je transpirais abondamment, mais l’air encore frais me rafraîchissait. Néanmoins il faisait lourd et je pensais déjà à ma stratégie de ravitaillement : quelle quantité de liquide boire et quelle nourriture avaler ?
    Premier ravitaillement, les écarts étaient paraît-il importants avec mes suiveurs. Mon GPS annonçait une moyenne totale supérieure à 10km/h. Je traversai la commune de Le Blanc, accompagné quelques temps par les gendarmes qui se rendaient à la caserne devant laquelle la course allait passer. Ensuite, la campagne, le désert, avec de temps à autres une voiture arrivant en face roulant à vitesse excessive. C’est sans doute habituel pour les premiers de rencontrer ce genre d’automobilistes qui par la suite doivent lever le pied constatant qu’il n’y a pas un seul et unique joggeur, mais une armée fluo d’oranges et de citrons pressés. Au km 26, Jean Jacques Moros me reprit la demie heure de son départ décalé, puis ce fut au tour de René (km28) et un peu plus tard Titi Douriez (km36).
    Les kilomètres défilèrent à plus de 10 jusqu’au 40ème km environ et le ravitaillement N°3. Là, je pris mon temps et repartis un peu usé par mon rythme soutenu des premières heures. Je me fis rejoindre par Jobst, puis Erwin et je commençai à rentrer dans le dur : les routes à longues lignes droites sans trop de portions ombragées n’étaient pas pour me redonner l’envie de remettre les gaz. Au sortir du ravitaillement suivant, je savais que la mi-course allait arriver, au km57, et je commençais à repenser à ma mésaventure de l’an passé où j’avais eu une nouvelle petite tachycardie qui m’avait contraint à marcher et m’arrêter m’allonger à plusieurs reprises. J’y pensais et je contrôlais mon allure et mes sensations pour ne pas la déclencher. Je reconnus mes lieux d’arrêts et avec un certain soulagement je pointai au ravitaillement suivant, le dernier. Guy me rattrapa et me dit qu’il n’allait pas pouvoir me suivre, moi qui en repartais. Un quart d’heure plus tard … il me dépassa comme un avion avec Carmen à ses trousses. Comme l’an dernier, je me retrouvais avec cette excellente coureuse allemande qui cette année donnait tout son potentiel car non touchée par de quelconques blessures. Elle me proposa de terminer avec moi ce que j’acceptai sous réserves que je puisse la suivre. Mais elle n’a pas eu à ralentir, elle était quand même un peu fatiguée et je me suis accroché dans la dernière longue côte qui menait à l’arrivée. On finit ensemble, mais elle a couru une demie heure de moins que moi car faisant partie du groupe des 10 rapides elle était partie après mon groupe des « seconds couteaux ». Ce départ décalé m’a donné la chance d’arriver dans le top 10 (9ème) car Catherine M et Vincent P ont mis 2’ de plus que moi, ce qui ne serait pas arrivé sans doute si nous étions partis ensemble.
    J’étais satisfait de cette étape, établissant par là même ma meilleure performance sur mes 6 TG, performance améliorée de plus de 10 minutes. En ce qui concerne les copains, ils ont été très ralentis par leurs blessures anciennes ou naissantes et j’avais un peu le cœur gros de les savoir en galère.

    Étape 10 --> St-Sulpice-les-Feuilles (Haute-Vienne) - Bourganeuf (Creuse) - 60.8 km

    Étape chaude et humide, tellement le taux hygrométrique était élevé : j’étais déjà trempé de sueur au bout de 10 minutes, le temps de quitter St Sulpice et d’entrer dans la campagne encore embrumée. Le paysage était agréable, les routes assez belles avec de nombreux virages, montées ou descentes. J’accélérai comme à mon habitude après quelques km d’échauffement, mais je sentis vite que je ne pourrais pas courir aussi vite aussi longtemps que la veille. Mais mon allure me convenait et je prévoyais déjà quelques difficultés pour la seconde partie de l’étape. Le groupe des 10 avait depuis longtemps creusé le trou et seul Jean Michel avait couru à mon rythme avant de lâcher prise. Je gardais néanmoins en vue au gré des lignes droites Thierry P. L’ombre et la relative fraîcheur lourde du petit matin avaient maintenant laissé place à une chaleur plus brute et je souhaitais trouver des portions de route avec de l’ombre. Je rattrapai Erwin, souffrant d’une sciatique, le dépassai et filai vers Bourganeuf où ma 100ème arrivée d’étape de Transe Gaule m’attendait. Il restait de longs km au soleil avec du dénivelé, mais je m’accrochai et le soulagement fut égal au bonheur de terminer sans trop de bobos cette 100ème. Le chrono n’était pas le meilleur de mes TG - deuxième temps, à plus de 5 minutes - mais me satisfaisait.
    Les copains, JP et Vincent sont arrivés beaucoup plus tard et après une grosse journée comme on ne le souhaiterait à personne ils étaient vidés, mettant de longues minutes à récupérer et sans doute à cogiter. Heureusement, quelques heures après tout était redevenu comme avant, avec rigolades et chambrage comme il se doit.
    Le lendemain, une petite mais chaude étape nous attendait, il fallait récupérer, hors du gymnase, véritable étuve, si bien que nous nous sommes installés dehors à l’ombre.

    Étape 11 --> Bourganeuf (Creuse) - Peyrelevade (Corrèze) - 48.8 km

    Au départ de Bourganeuf, JB avait prévu le Champagne que nous n’avions pas bu la veille lors de mon arrivée pour fêter ma 100ème étape de TG. Quelques coureurs ont accepté de prendre une petite gorgée de cette boisson pétillante qui n’est pas habituellement servie aux ravitaillements. La TG s’est embourgeoisée certes un peu au fil des années, mais quand même pas au point de proposer du Champagne aux ravitos !
    Le départ donné, il fallait gravir une quinzaine de marches puis s’élancer sur une pente s’enraidissant au fil des mètres, laissant espérer au bout de 800m qu’elle s’adoucisse, mais qui reprenait de plus belle quelques centaines de mètres plus loin. Il n’y eut qu’au bout de 1500m où elle redevint « correcte ». Ensuite ça descendait un peu puis ça commençait à tournicoter et au bout d’un certain temps ça se remit à grimper. Pendant ce temps là, j’avais eu le temps de m’échauffer et de me retrouver en seconde position du groupe des seconds couteaux, derrière Jean Michel Frémery qui était parti assez vite comme il a l’habitude de le faire.
    Je sentais que le temps était lourd, parfois avec des zones où l’on trouvait l’air tiède ce qui de bon matin n’était pas très agréable d’autant plus qu’une journée quasi caniculaire avait été annoncée.
    Au gré des virages et des espaces boisés ou non, on alternait fraîcheur bienfaisante et atmosphère suffocante. Je suivais JM à distance me promettant de ne pas aller le chercher et que de toute façon je le reprendrais avant la fin de l’étape, comme d’habitude. Le bougre, il a tenu jusqu’au second ravitaillement, après Royères de Vassivière, km25, mais JM étant un excellent descendeur et je ne me focalisai pas sur sa course mais me concentrai sur la mienne pour ne pas froisser mes releveurs ou quelqu’autre tendon par inadvertance. C’est qu’il fallait rester prudent et lucide 24h/24 ou plutôt du début de l’étape jusqu’à la fin !
    Dans la montée vers Faux la Montagne, j’avais creusé l’écart, ne me retournant même pas pour vérifier si quelqu’un était encore dans mes pas. A Faux, nous eûmes droit comme tous les ans depuis 4 ou 5 ans à une fête lors de notre passage, avec speaker et ravitaillement : ça reboostait.
    Je savais que le reste de l’étape n’était pas facile et bien sûr je n’avais plus la niaque pour redonner un coup d’accélérateur. Ainsi je finis assez difficilement l’étape et commençai à tirer des plans sur la comète pour évaluer le temps final quand je croisai deux demoiselles à bicyclette, des touristes ai-je tout de suite pensé ou des vététistes. Mais l’une d’elle me héla : c’était Chantal qui nous avait fait la surprise de nous rendre une petite visite, aux copains du forum et à moi. Je lui dis que la fin était proche non que j’étais mourant ou agonisant, je parlais de l’arrivée. Les filles se sont donc remises en route pour aller à la pêche au Gouzy (poisson nîmois renommé pour sa faculté à faire se déclencher la bonne humeur ) et au JP (poisson tarnais tout aussi apprécié pour son humour et sa gentillesse). Les pauvres, je pensais à eux qui allaient se prendre la route en plein cagnard !
    Je finis mon étape un peu fatigué, heureusement sinon je n’aurais pas compris pourquoi je n’arrivais plus à avancer depuis plus d’une heure. Pas de record cette fois-ci, même avec le nouveau site d’arrivée, à l’entrée du gymnase, j’avais été meilleur en 2007 et 2008, passant sous les 5h. là, je me contentai d’un bon petit 5h12’, soit d’une moyenne de 9,3km/h (loin des 10 des deux années citées précédemment). Les copains sont arrivés très marqués et fatigués par cette pourtant courte étape. Heureusement que l’après-midi se déroula d’une manière très sympathique et conviviale avec Guy, JP, Vincent, Chantal, Gigi ainsi que la famille de JP. Les soucis de la course mis de côté, c’est la bonne humeur et les parties de rigolade qui avaient pris le dessus. Mais le repos aussi, allongés sur nos serviettes de bain comme à la plage à l’ombre de grands sapins au bord d’un lac. Il le fallait bien avant le gros gâteau qui nous attendait le lendemain : 76km avec une météo tout aussi chaude annoncée.

    Étape 12--> Peyrelevade (Corrèze) - Mauriac (Cantal) - 75.5 km

    L’étape épouvantail de cette TG, non seulement en raison de son kilométrage (76) mais surtout à cause de la chaleur annoncée. Le départ pour tout le monde avait été avancé à 6h, avec une partie neutralisée de 800m pour rejoindre l’intersection avec le parcours de la course.
    J’avais prévu d’anticiper sur les effets de la chaleur en plaçant avant le départ une ceinture porte-bidons supplémentaire que je devais prendre au km51, au ravitaillement à la sortie de Neuvic. Cette bouteille devait me servir à m’arroser.
    Le départ en montée nous amena jusqu’au site des arrivées et départs des éditions antérieures, devant les restaurant où nous avions péniblement dîné la veille, en raison de la chaleur étouffante qui y régnait. Ce matin, une pluie d’orage nous avait un peu humidifié quelques minutes avant le baisser de drapeau et en haut de la côte il faisait déjà assez doux, voire trop chaud pour un début d’étape. J’étais parti dans le groupe de tête, à l’arrière de celui-ci toutefois pour ne pas faire « désordre ». La montée, j’adore, alors au bout d’un moment voyant que ça n’avançait pas assez vite, je me permis, sans demander l’autorisation, de dépasser certains coureurs habitués au top 10. Erwin m’accompagna et j’étais suivi par Vincent P, Guy, Thierry et Jean Michel. A Millevaches, le compte n’y était toujours pas : j’ai beau les compter tous les ans, il n’y en a jamais le même nombre, de vaches. J’étais passé à presque 10 de moyenne depuis le départ et ça roulait tout seul, sauf qu’une pente plus forte allait calmer mes ardeurs. Jusqu’au ravitaillement du km16, je gardai bien en vue Erwin, mais mon « pit stop » dura plus longtemps que celui de tous les autres si bien que j’en repartis en dernier. Entre-temps, je m’étais bien amusé avec un petit moulin en plastique sans doute tombé d’une fenêtre de voiture lâché par un enfant qui devait le tenir. Je l’avais ramassé et je m’amusais comme un gosse à le tenir d’une main le regardant tourner tout en courant. Je repris seulement Jean Michel et gardai les autres dans ma ligne de mire sans céder à la tentation de repasser devant. A Meymac, j’étais encore bien, toujours avec mon petit moulin, et je fus accompagné un temps par Laurent Saint Martin, Transe Gaulois de 2008 venu courir l’étape du jour avec nous pour se préparer au Spartathlon. Au ravitaillement du km 40, peu avant Palisse, j’étais revenu sur Guy et Thierry et je me débarrassai de mon petit moulin que je glissai dans ma poche où gisait déjà ma frontale du matin. Guy nous fit un truc que je n’ai pas saisi tout de suite : il fit demi tour, sans doute avait-il oublié quelque chose en repartant trop vite. Quand il revint à ma hauteur, il me dépassa tellement vite que je me retournai pour voir si quelque taureau furieux le poursuivait : mais non ! il était peut-être pressé d’aller rendre visite à Paulette, la marraine de la TG. En tout cas, moi je pris le temps de m’arrêter deux minutes lui faire un petit bonjour, ce que beaucoup de coureurs ont fait d’ailleurs.
    Un peu plus loin, je reprenais Guy, à la dérive et je n’étais plus qu’avec Thierry, enfin, avec pas tout à fait car nous avons fait l’accordéon un moment avant qu’il ne me dépose pour de bon peu avant Neuvic que j’atteignis en 5h12, avec un passage au km49 en 5h06, soit plus vite que la veille sur la même distance. Mais, hier il n’y avait plus qu’à prendre sa douche, aujourd’hui il me restait 27km, environ 3h avec un rapide coup d’œil dans la table de 9. En théorie les 3h car je comptais mettre un peu moins mais mon arrêt au ravitaillement fut une nouvelle fois très long, le temps de mettre ma nouvelle ceinture porte-bidon, et quand j’en repartis, ma moyenne avait sérieusement baissé : pas grave car la descente qui devait arriver allait me redonner de la vitesse… Et bien non ! J’étais comme scotché à la route, qui ne descendait pas vraiment et le revêtement n’était pas pour améliorer les choses. L’ombre était devenue rare et la chaleur commençait à devenir inquiétante. De plus, au moment où j’aurais pu me lâcher un peu, il y avait des travaux et la route était dans un sale état avec sable, graviers plus ou moins gros et ornières dangereuses pour les chevilles en cas de croisement avec une auto. La descente fut une vraie galère et j’imaginais déjà le calvaire de la remontée. Tant pis, j’avais qu’à aller moins vite, me suis-je dit et j’ai arrêté de chouiner pour me reconcentrer sur ma descente périlleuse à … 9km/h ! Mais des releveurs en bonne santé doivent se payer parfois de cette façon, plus ou moins frustrante. Le passage sur le pont préfigurait la chaleur qui ne tarderait pas à venir lors de la montée, une fois les zones boisées dépassées. La fin fut un gros calvaire (tiens, comme hier, mais je n’avais pas les deux petites cyclistes pour me redonner un peu de jus). J’ai attendu le dernier ravito où il n’y avait que de l’eau, même pas de grenadine ou de menthe pour mes bouteilles dont l’eau n’allait pas tarder à tiédir et à devenir difficilement buvable.
    J’ai fini « à la ramasse », me ressaisissant juste pour le passage dans le centre du village de Mauriac pour ne pas donner une image trop négative des sportifs d’ultra que nous sommes et j’arrivai au gymnase en 10ème position, très loin des mes records passés, mais satisfait de n’avoir pas trop morflé.
    Il y eut de la casse dans le peloton, on verrait le lendemain qui allait s’en remettre ou pas.

    Étape 13 --> Mauriac (Cantal) - Aurillac (Cantal) - 64,3 km

    L’étape aux 4 cols, avec un passage au point culminant de la TG, au col du Legal, avec sa descente vertigineuse « qui fait pleurer les releveurs » après la traversée touristique de Salers, un paysage magnifique où l’horizon découpé montre la chaîne des Puys. De quoi passer une belle journée … ou pas ! Tout dépendait de la manière dont seraient assimilées les étapes quasi caniculaires de la semaine qui venait de s’écouler. Dans le meilleur des cas, cette dernière semaine devait pouvoir permettre de dérouler, de lâcher les chevaux qu’on avait tenus sous la bride lors des 12 premières étapes.
    Le départ fut donné dans une relative fraîcheur vite devenue tiédeur et les organismes pour beaucoup d’entre-nous allaient devoir patienter plusieurs longues minutes avant de donner pleine mesure ou au moins le minimum syndical. Je suis parti comme d’habitude dans les dix-douze premiers et je mis du temps avant de passer la barre des 9,5km/h de moyenne. Le lever de soleil sur les montagnes me distrait quelques temps et j’attendis le premier poste de ravitaillement pour faire le point. Ça pouvait aller, mais ma vitesse de réserve me semblait limitée, donc je me contentai de suivre à distance un petit groupe étiré composé de Erwin, Thierry P., Jean Michel et un peu plus à l’avant, Catherine M. J’atteignis Salers (km19) en un peu plus de 2h et je pris mon temps pour traverser cette petite ville fortifiée, sachant que nous avons emprunté les ruelles étroites, sinueuses et pentues de ce village touristique. A la sortie du village, j’empruntai la fameuse descente où je me surpris à trouver un bon rythme, parfois à plus de 11km/h, ce qui me fit rattraper les coureurs de devant, sauf Cathy. En me rapprochant de Fontanges, j’accélérai un peu pour voir si j’en avais sous le capot et si j’allais pouvoir me faire plaisir dans l’ascension du premier col.
    Au sortir du ravitaillement N°2, au pied du col, je repris la route en dernière position du groupe et je remontai progressivement JM, Cathy et Thierry. Seul Erwin continuait de bien avancer et je me dis que ce n’était pas pour me déplaire. Mais la montée devint de plus en plus difficile et dans un état de fatigue avancée je basculai au Legal non sans m’être arrêté au ravitaillement N° 3 quelques minutes pendant lesquelles Thierry et Cathy repassèrent devant. Je n’allais plus les voir, sinon au détour d’un lacet ou au ravitaillement suivant. Parfois, le soleil et la chaleur devenaient pénibles à partir du marathon, mais heureusement qu’il y avait beaucoup de zones boisées que je traversais avec un certain soulagement. Le ravitaillement du km48 allait me permettre de prendre une bouteille supplémentaire comme la veille, qui me servirait à m’arroser. Plus on avançait, plus le vent se levait, à moins que ce ne soit dû au changement de cap de l’itinéraire. Sur la route des crêtes, sorte de chameau à mille bosses, j’ai beaucoup souffert, de l’accumulation des km, de ma non possibilité de relancer et de la chaleur des rayons du soleil. J’étais seul, personne en vue ni devant, ni derrière, je fis le décompte de la distance qu’il restait au fil du défilement des bornes kilométriques. La fin me permit d’accélérer pour repasser au-dessus de 9km/h à mon GPS, ce qui en réalité ne sera que de 8,936km/h (JB ayant arrondi la distance à 64km alors que mon GPS avait trouvé 64,3).
    A la fin, je vis que j’étais 9ème de l’étape, performance ternie par l’annonce de l’abandon sur blessure de Vincent P. En ce qui concerne les copains du forum, Gouzy termina un quart d’heure derrière moi, mais content d’avoir pu reprendre un rythme de course à peu près normal. Nadine est arrivée un peu après, puis JP toujours très fatigué mais devenu un peu philosophe se fixant des mini objectifs de visites durant la semaine (mercredi, c’est le jour où Chantal revient nous voir, jeudi c’est la famille de JP…). Guy a galéré toute la journée : releveurs, tendons, brûlures dues au soleil sur le bas des tibias (là où les releveurs font mal). Souhaitons-lui de ne pas connaître à nouveau ce genre de journée galère. Bruno avait l’air serein, mais fatigué, recherchant l’ombre pour se reposer. Titi a fini 3ème, lui aussi un peu éprouvé par cette étape et sans doute par toutes les précédentes qui commencent à peser ; mais il a un gros moral et toujours le sourire. Demain, direction St Cyprien sur Dourdou ; la canicule est toujours d’actualité à moins que les orages viennent ajouter un peu de piment dans cette TG pas mal épicée depuis Roscoff.

    Étape 14--> Aurillac (Cantal) - St-Cyprien-sur-Dourdou (Aveyron) - 60,5 km

    Seconde étape de la descente kilométrique (après 68 hier, 61 ce jour et 58 puis 54 pour les deux jours suivants) qui devait permettre à tous les coureurs de gagner du temps de course et donc de récupération avant les deux « septuabornaires » de la fin de semaine devant se terminer par un grand plouf dans la Méditerranée.
    Pas trop de pression, mon prédécesseur au général était trop loin (6h d’avance) et celui qui me suivait était à plus de 5h. Guy était encore devant moi, mais vu les blessures dont il souffrait, je pensais que lors de cette 14ème étape il devait mettre plus de 2h de plus que moi, sauf bonne surprise et une totale rémission de ses bobos. Je démarrai un peu moins rapidement que d’habitude, laissant un groupe d’une douzaine de coureurs prendre la poudre d’escampette. Je les vis s’éloigner de moi de plus en plus au gré des grandes lignes droites. Mais mon objectif du jour était de faire du jus et de ne pas me mettre dans le dur. Je saivais qu’avec 5 TG déjà courues, il y avait une grosse confiance et une bonne maîtrise des situations de course, il n’empêche qu’on n’était jamais à l’abri d’un coup dur. Qu’aurais-je eu à gagner d’aller chercher Jean-Michel ou Vincent ou même un des 8 premiers ? Rien sinon des blessures. C’était donc dans cet état d’esprit que je fis mon étape, me faisant charrier par les accompagnateurs de Titi qui me disaient que puisque j’avais fait 11ème, puis 10ème et hier 9ème, aujourd’hui je devais faire 8ème. Ce challenge aurait pu m’intéresser si je ne ressentais pas des signes de fatigue depuis deux jours, et comme j’avais envie de faire les deux dernières pour le plaisir, donc de pousser un peu la machine, je souhaitais récupérer lors des plus courtes journées.
    La longue descente vers le Lot, qui un temps aurait pu m’amuser, fut un moment totalement déplaisant : d’abord, ça ne descendait pas vraiment au début, puis au moment où ça commençait à descendre, il y avait des travaux et des graviers plus ou moins gros sur la route, sans parler des voitures entraînant avec elles des nuages de poussière, et quand enfin le revêtement redevint plus lisse, le soleil tapait car la route n’était plus à l’ombre. J’ajouterai qu’avant la descente, le parcours était assez vallonné malgré la beauté des paysages traversés. Là, je m’étais peu à peu usé et n’avais plus les ressources pour lever les genoux et relancer une fois la route penchant dans le bon sens. La fin fut longue et je commis une erreur de débutant en oubliant mon bidon d’arrosage au dernier ravitaillement. Heureusement qu’il y avait deux points d’eau sur les 10 derniers km ! Quand j’arrivais, Vincent G, Thierry et Jean Michel avaient déjà fini depuis quelques minutes et ma 11ème place me convenait. Je n’aurai pas réussi à refaire le retard qui s’était accumulé depuis Aurillac. L’après-midi me permit de me restaurer d’une grosse salade composée suivie d’un steak frites, le tout arrosé de panachés bien frais. Et au dessert, la glace ne me suffisant pas, j’en reprenais une autre.
    Pendant la course, nous avions appris que le gymnase ne serait pas disponible et que quelqu’un essayait de trouver une solution. Nous avons emménagé dans des Algeco, servant d’école provisoire pour les enfants du village. Il faisait chaud, nous sommes allés sur l’herbe du parc voisin pour nous reposer à l’ombre.

    Étape 15--> St-Cyprien-sur-Dourdou (Aveyron) - Cassagnes-Bégonhès (Aveyron) - 56.3 km

    La nuit dans les Algeco s’est bien passée, comme il n’y avait pas de lumière ni de WC, je suis parti au village avec la frontale vers 4h du matin pour aller aux toilettes et commencer à me préparer. J’avais eu chaud toute la première partie de la nuit, puis il avait commencé à faire frais vers le milieu de la nuit. Et je ne dormais plus vraiment depuis un moment quand je me dis qu’au moins « ça » ça serait fait. Au retour, je me recouchais et somnolais avec plaisir, comme lors d’une grasse matinée en quelque sorte. Les rituels de préparation passés, le départ fut donné et 10 furieux dont je faisais partie ont pris la tête du groupe, Vincent G. se permettant de se placer devant les leaders de la course. Je restais calé à l’arrière de ce groupe dont la tête prenait peu à peu ses distances. Seul Erwin restait en vue, une fois que j’avais dépassé Thierry P. et Jean Michel. Peu avant Marcillac, je commençais à fondre sur Vincent G qui prenait une sorte de mur, l’inconscient qui était parti très (trop) vite, surtout après sa fin d’étape de la veille.
    A Marcillac, au km11, passé à près de 10,5km/h de moyenne, commençait une longue et forte montée de 4km. Je m’étais préparé à accélérer (ou à attaquer) à cet endroit, et seul Erwin m’accompagna puis il prit de l’avance. Derrière, plus personne ne suivait et je remis une seconde couche histoire de voir si j’avais les cannes. Au ravito du km15, je repartais alors que mon seul poursuivant vaillant (Thierry) y arrivait. Je repris ma chevauchée, pour atteindre Rodez en moins de 3h (pour 29km). Au ravito N°2 je ne traînai pas et continuai ma balade. Le parcours allait devenir un peu plus cabossé après Rodez et l’alternance de bosses et de creux commença à me ralentir. J’attendais le km 43 moment où l’on prenait une longue route en descente d’environ 10km. Je courais à 11km/h environ, relâché, sans personne en vue ni devant ni derrière. C’était une constante cette année, j’avais pratiquement couru mes étapes tout seul après les 5 premières effectuées avec les copains JP et Gouzy. Au bout d’un moment, je commençai à me demander où était placé le ravitaillement suivant prévu au km47 et que j’avais passé depuis 2 bornes. JB me dépassa en voiture pour me demander si tout allait bien et je lui dis que le ravito du km47 n’était pas au bon endroit, ce qui ne me gênait pas encore car il me restait de la boisson à la grenadine, mais je pensais à ceux qui allaient mettre 30’ de plus pour rallier ce poste. Il fonça voir et fit déplacer le ravito en le remontant de 3km en amont. Entre-temps, j’étais arrivé au point pour remplir mes bouteilles avant qu‘il n’y ait plus personne. Enfin, il ne restait plus que 8km, donc pas trop longtemps pour arriver. Il y avait toutefois 5km de montée et ça m’a un peu ralenti. Mais je terminais tranquillement, m’offrant une belle 8ème place, de quoi faire plaisir aux amis de Titi qui ne manquèrent pas de venir me féliciter.
    Titi a fini 3ème, en souffrant peut-être d’un releveur, Nadine exténuée mais ravie d’en avoir terminé, Bruno qui faisait une belle place aussi (4ème ADDM), JP en gérant sans enflammer plus son releveur arriva encore après, suivi d’assez loin de Gouzy qui avait explosé peu après le début de la côte de 4km en début d’étape. Grosse ombre au tableau, l’abandon de Guy, trop handicapé qui dut baisser pavillon à Rodez. Le soir, l’hébergement était prévu dans un grand hangar où il faisait chaud et le temps semblait tourner à l’orage. Cela devait apporter de la fraîcheur qui nous avait déjà accompagnés pendant la majeure partie de l’étape.
    Chantal est venue nous voir cela faisait bien plaisir de voir son sourire. Elle s’occupa de certains en leur offrant des glaces.
    Le lendemain, une plus petite étape nous attendait, qui se terminerait chez Victor, l’enfant sauvage, dans une salle plus que moyenne tant en taille qu’en qualité. Mais à force de s’embourgeoiser sur la TG, on en deviendrait presque exigeant !

    Étape 16 --> Cassagnes-Bégonhès (Aveyron) - St-Sernin-sur-Rance (Aveyron) - 53.4 km

    La possibilité d’avoir de la pluie nous avait été annoncée au départ de l’étape et je m’étais donc muni d’un poncho, bien calé dans mon petit sac banane, prêt à être sorti en cas de forte pluie. Le temps était lourd, à peine frais, et dès le départ le parcours montait. Je suis parti dans le groupe des 10/15 premiers, ne cherchant pas tout de suite à m’accrocher aux sous-groupes qui se constituaient. J’avais pour moi d’être assez bon en côte et au train j’avais prévu de remonter les quelques téméraires partis à l’arrache dès potron-minet. Mon rythme me convenait, pas de douleurs, comme d’habitude depuis le début de la TG, ou alors des toutes petites « habituelles » que j’avais apprivoisées (bursite, psoas…) ; la pente augmenta ce qui me fit revenir sur les gars de devant (pas ceux du top sept, trop forts). JB qui courait l’étape avec nous me rejoignit et nous avons parcouru plusieurs km en tapant la discute, bien sûr de la TG, mais aussi de la TransEurope 2012 au niveau de l’intendance dont nous sommes à un certain degré chargés par Ingo.
    De ce fait, le ravitaillement N°1 arriva tellement vite que je m’aperçus que j’avais oublié de boire une de mes deux bouteilles, ce qui au milieu de l’étape pouvait s’avérer être une faute sévère. Je me rattrapai et remplis à nouveau mes deux bouteilles (50 + 33cl), je pris quelques bouts de melon et de saucisson ainsi qu’une banane pour la route. Cap sur Lincou, second ravitaillement, avec une belle descente où j’envoyai à 11,5km/h sans prendre de risques inconsidérés, il n’aurait plus manqué que ça ! Lincou, km26, marquait le début des choses sérieuses avec une belle route de 10km, ombragée jusqu’au km8, et toute en montée. Je me régalais, ne puisant pas dans mes réserves, avec toujours un œil sur le cardio pour ne pas passer de l’autre côté de la force. Les différents virages et changements de versants de la vallée me permettaient d’apercevoir ceux qui étaient loin, très loin devant, à environ 15 ou 20 minutes et quand ce fut mon tour d’être rendu là-haut, j’essayai d’apercevoir ceux qui étaient encore en bas : il n’y en avait pas beaucoup, donc j’en déduisis qu’ils étaient assez proches derrière moi. Après le ravitaillement N°3, au sommet de la montée, on basculait dans la descente, d’une demi-douzaine de km avant de remonter un peu puis de replonger vers Plaisance où nous attendaient le ravitaillement N°4 et le passage du 1000ème km de la TG.
    Jusqu’alors, le temps avait été assez frais, avec l’ombre des forêts et la couverture nuageuse, mais après le ravitaillement la route était en plein soleil, celui-ci tapant aussi fort que lors des étapes chaudes qu’on croyait passées. Ce fut laborieux, mais comme ça montait encore avant la plongée vers l’arrivée, j’essayai de courir à 10km/h sachant que la dernière partie serait plus pentue et m’obligerait à ralentir. Je me fis passer par Ian, même pas courtois, sans aucun signe d’encouragement, surtout après les moments passés à le consoler lors de son abandon de l’an dernier dès l’étape N°3. J’essayai de m’accrocher pour finir avec lui, mais j’ai senti comme il se retournait sans cesse que ça n’en valait pas la peine, qu’il allait allumer encore plus. A l’arrivée, même pas un regard de sa part, ni même des félicitations comme on a l’habitude d’en donner. C’est le genre de type qui doit se la péter de faire une place dans les dix. J’ai attendu d’avoir des nouvelles des copains, pas très rassurantes pour Vincent G qui était au bord de l’abandon. Nadine arriva quand je revenais de ma douche puis ce fut au tour de JP, suivi de Bruno et nous avons attendu Vincent qui arriva dernier en 9h34 à un quart d’heure du cut-off.
    J’avais de la peine pour lui. J’espérais que le lendemain il pourrait s’accrocher et aller au bout, la dernière étape étant une formalité quand on quitte St Pons de Thomières.

    Étape 17 --> St-Sernin-sur-Rance (Aveyron) - St-Pons-de-Thomières (Hérault) - 69.4 km

    L’étape où l'anglais et moi nous sommes réconciliés.
    Le départ de l’avant dernière étape fut donné après la traditionnelle photographie où tous les coureurs sont assis sur les marches des escaliers, devant la statue de Victor, l’enfant sauvage. Les premiers 400m avaient été neutralisés en partie afin d’éviter qu’il ne se produise la même mésaventure que celle arrivée l’an dernier à Michel Robert, un coureur belge qui était tombé dans les escaliers et s’était tordu la cheville, heureusement sans gravité car il avait fini dans les 5 premiers de la TG 2010. Une fois ce trail urbain passé, JB lâcha ses grognards pour le début de l’ascension du premier col, comme ça, à froid dès le matin ! Bien entendu, qui dit « montée » dit « Fab attacks » et je croquai à pleines dents dans la côte. Délicieuse à souhait quoiqu’un peu tiède pour l’heure matinale, mais je savourais chaque virage, chaque relance. Et dire que d’habitude, hors Transe Gaule, je n’appréciais guère les pentes. Là, c’était différent, l’organisme s’était habitué et la côte me permettait de ne pas trop me diéséliser. Au premier col, de Peyronnenc, au km 15,5, j’avais bien avancé (1h42’) et quand je repartis du ravitaillement installé à cet endroit, j’aperçus un coureur qui y arrivait, seul. Le trou était fait, je pouvais me dégourdir les pattes dans la partie descendante qui précédait la nouvelle montée vers le second col, le col de Sié, qui fut toutefois un peu moins facile à négocier. La circulation s’était densifiée et les automobiles et les camions venaient troubler la quiétude de ce cadre pourtant très champêtre et forestier. Peu après le col de Sié, une forte descente de 2km nous amenait à Lacaune où se trouvait installé le second ravitaillement. Je n’y traînais pas, personne en vue ni derrière ni devant je continuai ma progression solitaire. Même pas besoin de mettre la musique, je ne m’ennuyais pas et je m’amusais à calculer ma vitesse en chronométrant le temps passé entre deux bornes kilométriques. Cette partie, en montée, était plus rude que les précédentes, mais elle finit vite et laissa place à une longue descente une fois atteint le col du Picotalen. La descente vers la Salvetat me permit de dérouler, 1h31’ pour 15,3km, sachant que j’avais effectué un arrêt au ravito N°3 et fait quelques pauses en marchant. Le poste de ravitaillement passé, km48, un raidillon de quelques hectomètres nous attendait ; je l’effectuai en marchant avant de reprendre la course une fois la route rejointe. Ça commençait à être dur et je dus m’armer de patience pour atteindre le col N°4 (col de la Baraque, km54) puis le suivant (col du Cabaretou, km59) où le ravito N°5 était positionné. A partir de là, il ne restait que 10km environ, en descente sur une belle route avec un peu de circulation, camions, autos et camping-cars. Je dévalais à 11km/h environ, avec des pointes à 11,5. A 500m de l’arrivée, en fin de descente, je me retournai et fus surpris d’apercevoir arrivant comme une bombe et comme hier, Ian, mon fameux copain qui m’avait grillé sans même un regard. Trop vexé et un peu rancunier, je décidai de placer une mine et je me mis à accélérer pour passer à 15km/h, ce qui aurait été de la folie en temps normal, mais pas sur l’avant dernière étape, et j’arrivai 2 secondes avant l’anglais, levant le poing de rage devant les yeux éberlués de JB, Christian et Charles charger d’officier aux arrivées. Je me gardai bien de faire le premier pas pour féliciter Ian, mais au bout d’un certain temps nous nous sommes serrés la main en s’expliquant cordialement sur le pourquoi des deux arrivées, celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Et pour ne pas rester sur un malentendu, nous nous sommes réconciliés, l’un comprenant l’autre et chacun s’excusant de sa conduite assez peu cavalière en la circonstance. Nous avons partagé le verre de l’amitié, que le syndicat d’initiative de St Pons nous avait préparé et avons attendu que d’autres coureurs arrivent avant d’aller au gymnase avec la navette.
    Ce soir-, tout le monde était bien arrivé, avec plus ou moins de bonheur et de souffrance, certains ayant même eu droit en prime à de la pluie et au froid. La nuit allait être courte, un premier départ ayant lieu à 5h pour les blessés et les moins rapides, un second à 6h pour la majorité des coureurs.

    Étape 18 -->St-Pons-de-Thomières (Hérault) Gruissan-Plage (Aude) - 72.1 km [Total = 1147 km]

    6ème étoile ! C’était la récompense prévue à la fin de cette dernière étape. Ce matin, au réveil, il y avait déjà beaucoup d’animation dans la salle, les coureurs les moins rapides devant partir à 5h et nous, les moins lents tout comme les très rapides, à 6h. Les préparatifs s’effectuèrent sur le mode « c’est la dernière fois que je fais ceci, ou cela », les rituels qui ne le seront plus dès le lendemain matin où le sommeil prendrait fin à la même heure que pendant la TG. Sans doute que l’esprit serait hésitant entre rêve et réalité : c’est quelle étape aujourd’hui ? Puis viendrait la raison qui reprendrait le dessus et me remettrait dans le bain de nouveaux préparatifs, ceux pour rentrer chez moi. Pas de crémage des pieds, ni de pansements à mettre sur les zones de frottements, pas besoin de choisir l’équipement ni de déposer dans les caisses de ravitaillement les différents en-cas…
    Notre départ, donné à 6h07, soit précisément une heure après le groupe de fin de classement, s’effectua sous un début de pluie, pas forte, mais rafraîchissant l’atmosphère déjà relativement froide de ce petit matin. Je descendis les 2 premiers kilomètres sans forcer, sans chercher à m’accrocher à quiconque, je ne voulais pas passer l’étape au taquet, simplement être frais après Narbonne, là où ça deviendrait chaud dans tous les sens du terme. La montée du col de Sainte Colombe, en pente assez régulière, sans véritable raidillon, fut agréable mais poussive : pas envie de donner un coup d’accélérateur. Fred Gallais (TG**) m’accompagna jusqu’au sommet et nous avons bavardé de choses et d’autres (TG, TEFR et autres courses) si bien que le temps passa vite. Comme il est aussi bon grimpeur que modeste descendeur, je le lâchai rapidement après le col et me retrouvai seul. Ma vitesse oscillait entre 10,5 et 12 km/h, selon la précision des bornes kilométriques et les sensations étaient excellentes. Le passage au ravitaillement me permit de voir que devant le trou avait été fait et que des coureurs habituellement derrière en profitaient pour jouer les filles de l’air. Pendant la descente vers Aigues-Vives je dépassai Sigrid, Don et Jean Claude (km 16 à 17) pourtant partis à 5h. Un peu après, je repris d’autres coureurs avant d’atteindre le ravitaillement N°2. En en repartant, je dépassai Vincent, sans oublier de l’encourager pour le calvaire qu’il s’apprêtait à vivre. Blessures physiques, mais aussi cassure mentale, la somme des deux pouvait le faire abandonner à tout moment et j’espérais qu’il s’accroche pour conquérir son étoile de finisher. Je poursuivis ma promenade et arrivai au ravitaillement N°3 (km34), le dernier avec des bénévoles présents. Je pris ma ceinture porte-bidon en plus des deux bouteilles déjà dans mon sac à dos. Je préférais prévenir une éventuelle remontée de la température. Ça devenait difficile, les jambes ne tournaient plus aussi facilement qu’en début d’étape et l’arrivée au canal ne fut même pas un soulagement. Je me fis passer par Laurent Martini puis par Wilma que je ne cherchai pas à suivre. Le long du canal, ma vitesse avait beaucoup chuté et ma moyenne encore de 10 à l’entrée de Sallèles d’Aude passa à 9,6. Le ravitaillement sauvage à l’épanchoir de Gaihousty me permit de remplir mes bouteilles, avec de la grenadine et de l’eau. J’allais être tranquille jusqu’à Narbonne, cheminant à l’ombre, croisant des péniches ou des bateaux de plaisance. Lors de l’arrivée à Narbonne, sur le quai, était installé un nouveau poste de ravitaillement, tenu par des membres de la famille de Daniel Müller. J’avais la possibilité aussi de rendre une petite visite à Jérôme et à Marie qui tenaient une boutique de chocolaterie pas loin de l’itinéraire. Jérôme était venu la veille au soir à St Pons me rendre visite. On se connaît depuis 2006 quand il était venu me voir avec sa femme au col du Legal, et depuis, tous les ans, il est un fidèle visiteur, qui lors de quelques éditions nous a fournis en flans, gâteaux énergétiques et même en pain. Un chic garçon qui avait lu mes récits qui l’avaient fait rêver. Compliment suprême quand il dit que l’été il attend deux événements avec impatience : le Tour et la Transe Gaule. Après Narbonne, les 17 derniers kilomètres furent assez laborieux, comme pressenti malgré ma prudence. Je me fis rattraper par Thierry et à nous deux nous refîmes notre retard sur Jean Michel. Le dernier ravito, sauvage, au km62, face au camping, me permit de remplir une dernière fois mes bouteilles et je repartis avec mes deux acolytes. Mais chacun préférant courir à son rythme, l’arrivée étant trop lointaine, je laissai Thierry partir et m’intercalai entre lui et Jean Michel. A 4 km de l’arrivée, je décidai de couper mon effort et de laisser Jean Michel revenir sur moi pour terminer avec lui, s’il était d’accord. Nous avons donc fait la partie sur la piste cyclable ensemble et avons franchi la ligne d’arrivée sur le sable de la plage de Gruissan, main dans la main. 13èmes ex-æquo, en 7h26’ environ, j’étais satisfait d’avoir tenu une bonne moyenne (9,6 environ) ce qui au final me rapproche des 9,3km/h.
    Les embrassades habituelles à l’arrivée, la fierté d’avoir conquis une sixième étoile de finisher, de terminer dans le top 10 (9ème), je ne réalisais pas tout de suite. Maintenant ça allait être l’heure des récompenses puis du repas de Gaulois : qui serait le barde ? Vincent, il le mériterait pour l’ensemble de la fin de sa TG, et peut-être allais-je réaliser que j’allais devoir prendre un rendez-vous chez mon tatoueur et compléter ma constellation.

    A+ Fab****** (et oui, il y en a 6 maintenant !)

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