• CR Transe Gaule 2010

    Transe Gaule 2010

    Mercredi 11 août

    Étape 1.a → Roscoff à St-Pol-de-Léon (Finistère) - 5 km neutralisés

    Étape 1.b → St-Pol-de-Léon (Finistère) - Plounévézel (Finistère) - 62,6 km

    La 1èreétape de cette 5èmeTG est réputée difficile pour beaucoup de coureurs en raison du manque d’adaptation des organismes, de la libération de tant de jours, semaines, mois d’attente du jour J, du fait que personne ne connaît véritablement la vitesse de croisière à adopter et d’autres raisons plus ou moins personnelles.

    Pour moi qui « devait » être à l’aise, me retrouver rapidement dans le contexte au vu de ma grande expérience des 4 précédentes auxquelles on peut ajouter l’équivalent de trois autres TG avec ma TransEurope « inachevée » (54 jours = 3x18), ce fut une vraie journée de galère.

    Pourtant tout avait commencé de manière « normale », j’avais pris le départ de manière prudente et attendais d’avoir effectué une quinzaine de kilomètres ou d’avoir atteint le premier ravitaillement (km 12) pour me faire une idée de mon niveau. Parti sur des bases de 9,5km/h sachant que de toute façon je réduirais mon allure, je me sentais bien, les voyants étaient au vert (cardio, sensations, douleurs qui étaient absentes…). Je courais avec des gens d’un niveau semble-t-il égal au mien, même si la notion de niveau est à prendre avec précautions tellement d’autres facteurs peuvent venir changer la hiérarchie théorique.

    Le temps était gris mais doux, un vent modéré mais soufflant souvent dans notre sens donnait une sensation rafraîchissante et les arbres bordant la montée vers Penzé apportaient un peu d’ombre quand le soleil perçait les nuages. Le paysage en était d’autant plus beau alternant des couleurs du vert de la végétation au marron des champs dans lesquels commençaient à pousser des choux, du céleri ou du maïs. La rivière qu’on apercevait en contrebas était belle car la marée haute lui avait apporté beaucoup d’eau.

    Peu après le ravitaillement de Penzé, je décidais de ne plus rester accroché aux basques des coureurs avec qui j’avais couru les 12 premiers kilomètres et je les laissais partir devant éprouvant le besoin de ralentir un peu afin de ne pas hypothéquer ma fin de course.

    Au kilomètre 26 j’eus soudain une tachycardie, une augmentation brutale de mon rythme cardiaque sans raison particulière car je n’avais pas accéléré. D’habitude je sais gérer ces petites choses qui peuvent passer en une ou deux minutes. Cette fois, voyant que ça ne passait pas je commençais à paniquer et à rechercher un endroit calme où m’allonger. J’en trouvais un au bout d’une dizaine de minutes, un peu plus loin sur le parcours. Je m’allongeais sur le banc de pierre en mettant mes jambes en l’air. Quelques coureurs m’avaient déjà dépassé et un groupe important d’autres participants à la TG eux aussi me passèrent devant sans oublier de venir aux nouvelles. Je restais là un bon quart d’heure avant de reprendre la route avec mes trois futurs compères, Robert, Jean Pierre et Gwenaël qui s’étaient arrêtés plus longuement aux nouvelles. La tachycardie a continué jusqu’au village suivant, situé à 5km effectués en marchant et elle semblait avoir disparu quand au sortir du ravitaillement elle recommença. Je m’allongeais à nouveau pour que le rythme cardiaque baisse et quand au bout de 5 minutes il revint à un niveau « normal » je repris la marche puis la course. Je rattrapais mes trois compères et décidais de rester avec eux tant que je le pouvais.

    Nous avons fini l’étape ensemble en nous relayant régulièrement et en alternant course et marche. Le temps final de 8h24’07" est anecdotique tellement j’étais soulagé d’être enfin venu à bout de cette première étape. Le classement aussi a sans doute surpris et inquiété beaucoup de personnes qui me connaissent.

    Jeudi 12 août - Étape 2 → Plounévézel (Finistère) - Pontivy (Morbihan) - 63.7 km

    Après une nuit difficile à cause de ma grande inquiétude et des nombreux moments où j'ai fait des cauchemars et me suis réveillé en sursaut, je pris le départ ce matin avec la ferme intention de rester à l'écoute de mes sensations et de guetter tout signe avant-coureur d'une récidive. Et quand j'ai atteint la deuxième heure de course sans ressentir quoi que ce soit d'anormal, j'ai pu enfin me libérer.

    J'ai donc couru à l'allure prudente mais plus élevée que la veille et j'ai terminé l'étape à la 16ème place en 7h04'45". Ce chrono est certes supérieur à celui de 2008, mais meilleur que celui de l'année précédente. Pas de douleurs ou des petits bobos raisonnables, pas de sensation de fatigue, je vais pouvoir dormir tranquillement et être en forme pour l'étape de demain, longue de 75km. Je ne vais pas forcer, mais courir à une vitesse plus en rapport avec mon envie.

    Vendredi 13 août - Étape 3 → Pontivy (Morbihan) - Guer (Morbihan) - 74.6 km

    Temps gris et frais à souhait, toutes les bonnes conditions pour courir étaient réunies. Rassuré par l’étape de la veille, je démarre tranquillement pour me retrouver avec Steph, Jobst, Jean-Michel F, Pascal R et Martina laissant partir devant Michel Robert et Maurice Chesnais qui ont rapidement pris la tête de la course sachant que les 11 premiers de la veille partaient à 7h 30 au lieu de 6 h 30. L’allure calée sur 9,5 km/h me convenait et allait nous amener à rester à vue les uns des autres pendant plus de deux heures. Passage au marathon en 4h45’ je m’étais déjà fait doubler par Jean-Jacques, Didier et Jan N. Peu après ce fut au tour de Brigitte. Jusqu’à Ploërmel ça allait même si je commençais à ressentir gêne, fatigue et légères douleurs. La traversée de Ploërmel suivie des 4 kilomètres jusqu’à la voie verte furent donc assez pénibles, je décidais de mettre le MP3 comme hier à 20 km de l’arrivée. La voie verte fut un véritable mauvais moment à passer : comment peut-on préférer courir sur des cailloux à courir sur du bitume bien lisse sachant que le chemin était plat et en travaux !?!? Enfin après plus de 2 heures passées à slalomer entre les grosses pierres jalonnant le parcours je terminais avec une bonne douleur à un genou et la chaussure droite bien abîmée. Mais ce soir ça va, je suis allé comme hier me faire masser par une des deux jeunes filles de l’école de kiné de Nantes, Camille et Tiphaine. Après le repas offert par la municipalité je suis allé me coucher car le lendemain, samedi il fallait que j’assure mon arrivée dans mon pays.

    Samedi 14 août - Étape 4 --> Guer (Morbihan) - Châteaubriant (Loire-Atlantique) - 67.8 km

    Il faisait un peu frais au départ et le temps gris ne présageait pas une journée ensoleillée. Sitôt le départ donné, sur un tronçon de la voie verte qui nous évitait d’emprunter les rues du centre ville, je sentais que j’avais les jambes lourdes mais cette impression allait rapidement disparaître et je réussis à trouver une bonne cadence. Dans notre groupe des « 6 h 30 » Jobst et Michel R prirent vite les devants suivis par le même petit peloton qu’hier (Stéphane, Jean-Michel, Martina, Pascal, Ulrich Z et moi). Les longues lignes droites ne constituaient pas un hors d’œuvre très appétissant et pour éviter l’écœurement je décidai de passer à l’action. Ta Ta Ta (musique de trompette comme dans les films). J’accélérai donc un peu, laissant mon gruppetto derrière à quelques hectomètres. Seuls Ulrich et Pascal suivirent. Je continuai ainsi jusqu’au 35èmekm où Pascale, ma femme, me croisa en voiture étonnée que je sois déjà là. Un petit arrêt bisou et je repris mon chemin vers le ravito du km 40 à la Dominelais où elle était allée m’attendre. Le passage du kilomètre 42 en 3h35’ m’indiqua que j’étais plus rapide que la veille mais la même fatigue commençait à m’envahir. Il se mit à pleuvoir peu après le 45èmekm ce qui eut pour conséquence de me titiller les tendons. Ulrich avait fait la jonction puis passa devant. Les 1ers du groupe des « 7h30 » avaient commencé à nous doubler après le 40 km et ce fut le tour de Brigitte de me dépasser accompagnée de ses deux gardes du corps, le camion d’assistance s’arrêtant tous les 500 m pour le ravitaillement… Son allure était régulière (11 km/h) et je pris la folle décision d’essayer de rester au contact ce que je fis pendant plusieurs km où le ravitaillement brisa mon élan. Une fois reparti, elle avait trop d’avance et je me résignai à « la jouer » plus prudente. La longue route entre Saint Aubin des Châteaux et Châteaubriant fut interminable, je me fis dépasser par 2 coureurs du Top 12 et à 2 km de l’arrivée je me mis à ralentir et à attendre Ulrich seulement à 200 m derrière. Nous avons fini ensemble comme hier : 14èmes ex-æquo.

    Au général je remonte encore de 3 places et entre dans les « 20 » (18ème). Ces 3 dernières étapes sont plus rapides qu’en 2007 mais loin de celle de 2008. Au gymnase le soir on a fait une Bolino-party, plus exactement on a pique-niqué ce qui est très sympa et permet de bien se marrer. N’est-ce pas Jean-Pierre et Robert ?

    Dimanche 15 août - Étape 5 --> Châteaubriant (Loire-Atlantique) - St-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) - 68.9 km

    La météo prévoyait de la pluie mais nous sommes partis avec un temps gris mais sec. Les 4 premières étapes ont fait des dégâts et le peloton des « 6h30 » s'étire péniblement, les claudications et grimaces sont fréquentes. Eric et Michel ont pris la tête du groupe et se sont vite détachés. Martina dans ma foulée, Stéphane et Pascal juste derrière, Ullrich tel un métronome qui nous passe pour se porter à la 3ème place … Le rituel des débuts de course, cette étape était bien lancée. Le parcours était plat au départ, souvent composé de longues lignes droites. Un peu monotone quand même. Les quelques montées et descentes étaient appréciées … Erbray, Petit Auverné, Freigné... les villages défilaient. Globalement j'allais bien, les ravitaillements situés aux km 17 puis 32 se sont fait attendre, la cadence de 9 à 9,5km/h me les proposait toutes les 1h35' à 1h50'. La course devint plus difficile vers la 4ème heure et je me fis reprendre l'heure de décalage par les trois hommes de tête, Didier, Jan N. et Jean-Jacques. Le 3ème ravitaillement se trouvait plus loin que je ne le pensais car prévu au km 42 « officiel » mais en réalité situé au km 44. La suite fut plus dure encore et je commençais à avoir un peu plus mal aux jambes. Ma cadence était retombée sous les 9km/h en raison des arrêts plus longs aux stands. Il faut dire que Pascale était venue m'assister hier et aujourd'hui, c'est pourquoi je prenais un peu plus de temps surtout que souvent je racontais une ou deux bêtises. Je finis un peu mieux une fois le parcours redevenu plat et je terminai à la 14ème place en 7h56'22. Au général je passais à la 18ème place. Le soir : apéro Coteaux du Layon puis repas traiteur puis dodo … enfin presque car le feu d'artifice du 15 août qui débuta à 22h45 réveilla nombre d'entre-nous, même ceux qui avaient mis les boules Quies. Heureusement que JB avait prévu de faire partir tout le monde à 7h30 : 1h de sommeil en plus, ça va compenser.

    Lundi 16 août - Étape 6 --> St-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) - Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) - 53.0 km

    Cela doit quand même être bien d'avoir une assistance totale pendant la course. Je fais cette remarque parce que je n'arrive pas à trouver le temps de faire et d'envoyer mes CR tous les soirs. Même quand Pascale était là, j'avais du retard. Pour en revenir à l'étape du jour, elle s'est bien déroulée sur les 40 premiers km puis ce fut difficile lors des 13 derniers. Partis à 7h30 comme tout le peloton j'eus un peu de difficultés à entrer dans la course car la mise en route de l'organisme a été longue : douleurs aux pieds, articulations des genoux qui « grinçaient » et sensations difficiles à retrouver. Cela a duré le temps de rallier Chalonnes – ville où j'ai résidé il y a vingt ans – et le départ tardif nous a même privés d'un lever de soleil sur la Loire. La montée vers la Haie Longue me fit retrouver un rythme et des moyens « normaux » et je pus donc commencer à être à l'aise. Le ravitaillement de St Aubin de Luigné était le bienvenu car il commençait à faire bon et soif. Une certaine fraîcheur résiduelle masquait le travail de sape du soleil qui allait nous accompagner toute la journée. St Lambert, Rablay, Thouarcé, à travers le vignoble du Layon, ça valait le coup d'œil et la course avançait tranquillement. La route menant de Thouarcé à Martigné Briand et au troisième ravito fut comme à l'accoutumée assez fastidieuse tant et si bien que j'arrivai au poste de ravitaillement tenu par les M et M's (Marcel et Marie) dans un état de « défraîcheur » avancé. Un demi litre de coca après, et le remplissage de mes gourdes effectué, ajoutés à un peu de bavardage ont fait qu'il me fut très pénible de repartir : douleurs aux genoux, aux pieds... et je mis quelques hectomètres avant de reprendre un rythme de course « correct ». De 9,5 de moyenne, j'étais passé à 9 à peine et les km restants furent déplaisants : longues lignes droites, revêtement granuleux, soleil, faux plats… L'arrivée à Doué sur la place du marché déjà désertée fut un soulagement. J'étais accompagné de Reinhold Lamp qui m'avait rattrapé à 1500m du but. DBB (Douche, Bolino, Bière), massage, repos, SMS aux potes du forum, coup de fil à Pascale et à mes frère et sœur, je m'endormis pendant une heure par la suite. Après ce fut le restaurant, de 19h à … 21h si bien que je n'ai pas eu le temps de poster mes CR. Je verrai ça demain, si j'ai le temps.

    Mardi 17 août - Étape 7 → Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) - Monts-sur-Guesnes (Vienne) - 58.6 km

    Le départ ne fut pas laborieux contrairement à ce que je craignais : absence de douleurs aux pieds et aux jambes, je démarrai cette étape dans de bonnes conditions d'autant plus que le temps était frais mais sec. Les hommes de tête ont rapidement fait le trou et le reste du peloton s'étirait au fil des premiers km. Je pus quelques minutes courir avec Brigitte suivi par Jean-Michel. Sur la Voie Bonnot, itinéraire parallèle à la route à grande circulation nous avons couru tranquillement, tantôt sur bitume tantôt sur chemin, mais dans le silence et la quiétude du vignoble. Je me calai sur du 9,5km/h, allure où je ne sentais pas trop mes efforts, vitesse « antalgique » pourrais-je préciser. Montreuil Bellay puis le premier poste de ravitaillement au km16, tout allait bien. Quelques champs de melons où les saisonniers commençaient à s'affairer à les ramasser jetant de temps à autres un œil étonné à cette troupe de fêlés qui courait cahin-caha sur les routes pentues de cette belle région. Des champs de céréales déjà moissonnés, pas de haie à l'horizon, le paysage se laissait déguster. Vers le km20, les côtes et descentes se firent plus dures et la course le devint aussi. Je me demandai si j'allais tenir comme ça encore longtemps sans douleur. Il y eut l'épisode du chien, un briard, qui nous a suivis pendant plusieurs kilomètres pour nous changer les idées, mais autrement il n'y avait rien à faire d'autre que de courir alors je mis le MP3 en route comme tous ces derniers jours pour me divertir. Au ravitaillement du km26, presque à mi-parcours, j'avais encore de bonnes jambes, mais après cet arrêt ce fut lentement la descente vers les douleurs et le mal être. Mais il y avait « pire » que moi. Au km33 je dépassais Brigitte aux prises avec des maux de ventre semblait-il et Jean Michel avait lâché prise depuis très longtemps déjà. Je n'étais qu'avec Erwin (Hollandais) Eric et Pascal. L'arrivée au ravitaillement de Loudun (km41) fut pénible, en descente et quand j'en repartis je ne pensais pas que j'allais me refaire une santé, ayant sombré dans la course avec douleurs depuis déjà plus d'une heure. La D14 m'a pourtant redonné du « peps » et je réussis à finir 14ème de l'étape, à 9 de moyenne totale sur cette étape. Au général, je suis toujours 16ème. Ce soir, j'ai eu le temps de faire quelques courses puis ensuite ce fut le repas puis le coucher dans une salle assez exiguë où j'avais quand même eu le temps de dormir un peu après les massages qui ont suivi mon arrivée.

    Mercredi 18 août -  Étape 8 --> Monts-sur-Guesnes (Vienne) - Angles-sur-l'Anglin (Vienne) - 62.9 km

    J’ai passé une difficile journée aujourd'hui. Je suis parti avec des douleurs aux genoux, surtout le droit, s'amplifiant au fil des heures. Mon rythme de croisière fut difficile à conserver. J’ai passé de trop longs moments aux ravitos tandis que les autres n'y restent que 1 à 2' maxi, moi c'était 3 ou 4’. Les coureurs allemands ont attaqué ou contre-attaqué, accompagnés d'un hollandais, si bien que demain je peux descendre d'une à trois places au général. Bon, l'essentiel est d'aller au bout, néanmoins je commençais à me (re)prendre au jeu, mais cette année, je n'ai pas assez de puissance de réserve et je devrais être tout content déjà de ce que j'ai fait, ce que je suis, mais il m'en faut toujours plus… A la limite, de ne pas avoir de marge au niveau de la vitesse n'est pas gênant en soi, ce qui me dérange le plus c'est que par moments je souffre beaucoup et j'essaie de trouver des positions de courses, des postures, qui ne me font pas mal. Les pieds aussi s'y mettent et c'est la cacophonie dans mon organisme quand tous ces endroits se mettent à grincer en même temps ! J'ai quand même de bonnes périodes où je ne ressens rien, le plus compliqué c'est de les reproduire et de trouver comment les déclencher. Pour les passages aux postes de ravitaillement, demain j'essaie le « pit-stop » ultracourt, c'est à dire juste le temps de remplir mes petites bouteilles de 25cl ( j'en ai 3) et d'emporter mon morceau de banane et mes deux biscuits et de les grignoter plus loin au moins en marchant. Je vais essayer de ne plus trop me disperser à discuter aux ravitos, ce qui ne sera pas aisé tel que je me connais. Mais j'ai envie de mettre la pression sur mes camarades de classement pour ne pas qu'ils enfoncent le clou trop vite et trop fort. Donc ça revient fort derrière, en même temps que ça « casse » devant. Jean Jacques, blessé s'est vu terminer en 4ème position et sa marge est très fine sur Didier qui ne s'est pas gêné pour gagner l'étape, poussé aussi par la remontée extraordinaire du prof d'Anglais Jobst, qui est allemand, et de Jan le hollandais toujours à l'affût. Les deux premières femmes ont aussi « sauté » aujourd'hui, Brigitte termine 40ème et Catherine démotivée une grande partie de l'étape a réussi à limiter son débours en se reprenant sur la fin. Vu de l'extérieur ça doit être intéressant, de l'intérieur aussi même si ça n'étonne pas lorsqu'on les voit courir, on voit bien les souffrances tant morales que physiques. Ce soir on a dîné à la salle, après être allés en terrasse siroter un sérieux panaché - pour moi, les autres étant au super pur. L'ambiance est bonne, on se marre bien, heureusement car avec ce qu'on s'enfile dans la journée, là je ne parle pas des bières après l'arrivée mais des kilomètres, on irait droit vers la déprime si on ne déconnait pas après les souffrances. On a eu des douches chaudes car Martine et Michel nous ont gracieusement ouvert l'accès à leur camping car. Ce sont des gens très chouettes et quand on sait qu'ils organisent une course à étapes en juillet sur 5 ou 6 jours dans les Alpes, on peut être certain que les coureurs y seront bichonnés comme les pionniers de cette année. Ça commence à ronfler autour de moi, je vais essayer de poster ce CR et je vous dis à demain, j'espère, pour vous faire profiter du léger différé sur la TG.

    Jeudi 19 août -  Étape 9 -> Angles-sur-l'Anglin (Vienne) - St-Sulpice-les-Feuilles (Haute-Vienne) - 68.8 km

    Bon, enfin un peu de temps pour taper mes CR en retard, mais j'ai passé les deux derniers jours un peu « à la ramasse ». L'étape 9, de jeudi, entre Angles Sur l'Anglin et St Sulpice les Feuilles longue de 69km avait pourtant bien débuté. Je suis parti avec le groupe des 6h30, l'habituel vu mon niveau, et rapidement je me suis retrouvé en seconde position derrière Stéphane Madec qui lui aussi avait envie de se faire plaisir. Il s'est détaché si bien que je ne l'ai plus revu de la journée, me contentant de le suivre à 10km/h de moyenne voire plus quand le parcours s'y prêtait. J'ai tenu pendant une quarantaine de kilomètres à ce rythme sans ressentir de douleurs et au gré des ravitaillements où je passais quelques minutes ma moyenne descendait sous les 10km/h sans que je ralentisse mon allure pour autant. Peu après le marathon, je me fis dépasser par la tête de course et rattraper aussi par deux coureurs, Eric et Laurent derrière qui je restai en contact visuel. Passé Beaulieu, le point de mi-Transe Gaule, au km57, j'eus soudain une petite frayeur au sortir d'un arrêt technique et je me retrouvai à avoir besoin de m'allonger car la tête me tournait et la FC s'était aussi emballée, à l'image du coup de « calcaire » de la première étape. Ça me fit comme si j'avais reçu un coup de batte dans la tête, mais sans voir celui qui la tenait ! Je parcourus les km suivants en zigzaguant sur la route et je me reposai tranquillement au ravitaillement. Les 7 derniers km avaient été courus ou marchés en 1h15', c'est dire la grosse claque que j'avais prise : coup de chaleur ? Alimentation insuffisante ? Malaise vagal comme me l'ont suggéré certains ? En tout cas quand cet épisode fut passé, je pus repartir en trottinant, ayant perdu entre 25 et 30' dans l'histoire. 7h40' environ, une belle place au classement de l'étape, mais plein d'inquiétude pour le lendemain. J'avais voulu me tester, chose que je fais fréquemment sur les courses à étapes, mais cette fois le test a échoué : je n'ai pas le niveau des dernières années. Il va falloir se faire à cette idée, de ne pas pouvoir donner un petit coup d'accélérateur sur les belles étapes qui arrivent.

    Vendredi 20 août - Étape 10 --> St-Sulpice-les-Feuilles (Haute-Vienne) - Bourganeuf (Creuse) - 60.8 km

    Au réveil, j'allais bien, j'avais presque oublié ma mésaventure de la veille et je décidai de partir tranquillement, en tout cas de réussir à retrouver de la confiance sur cette 10 étape. Je me suis fait un nouveau copain : le « nefaleur » - le neuf à l'heure – que j'essayai de suivre toute l'étape, sans le devancer ni me faire distancer par lui. Et mon nouvel ami m'a bien aidé à rester prudent. 6'40 au km, même si le parcours fut plus propice à tourner à 9,5 pendant un bon moment. Un comptage rapide me faisait espérer une arrivée en 6h54' environ. Tout allait donc bien. Mais c'était sans compter sur l'homme à la batte de la veille qui a récidivé, cette fois à 3km du but. Pas d'affolement, j'entrepris de finir en marchant. Coup de chaud plus sûrement aujourd'hui que la veille, mais assez imprévu. Comme j'avais quelques minutes d'avance, la marche n'a pas contrarié mon résultat puisque je mis 6h55'59’’. Mais je suis arrivé très stressé si bien que je m'écroulai sur un fauteuil pour récupérer et à la salle je dus m'allonger un bon quart d'heure pour retrouver toute ma lucidité. Il faisait chaud, 35° dans la salle. Comme la veille et tous les jours depuis la seconde étape, je demandai à me faire masser, petit moment de repos et de relâchement total, en même temps très sécurisant pour faire le point sur d'éventuelles blessures. Mises à part ma bursite et l'aponévrose que j'avais appris à gérer et qui me laissaient tranquille pendant l'étape, le reste allait bien. J'ai passé une bonne nuit après avoir dîné dans une pizzeria avec Jean Pierre. Nous avons fait des courses, à boire surtout, jus de fruits, eaux minérales, sirop de citron et nous sommes passés à la pharmacie pour refaire le stock de crème anti-frottements.

    Samedi 21 août - Étape 11 --> Bourganeuf (Creuse) - Peyrelevade (Corrèze) - 48.8 km

    Samedi, je suis parti la peur au ventre, espérant que je n'allais pas rencontrer de nouveau ce petit soucis de fin d'étape. Si l'homme à la batte m'attendait aux alentours du 60ème kilomètre, aujourd'hui il pourrait m'attendre car il n'y avait que 49km à faire. Je suis parti avec « nefaleur » et je l'ai gardé avec moi toute la course, même quand j'ai couru avec Catherine et Laurent. La montée depuis Bourganeuf s'est bien passée, je n'ai pas essayé d'en faire plus, me disant que de mettre 5h30' me conviendrait tout à fait. Le parcours était heureusement ombragé jusqu'au 45ème kilomètre et je n'ai pas souffert de la chaleur, m'arrosant très souvent profitant la présence de nombreuses fontaines dans les villages ou dans les hameaux. L'arrivée à Peyrelevade en côte sous un soleil de plomb fut difficile et avec Pascal nous avons franchi l'arche d'arrivée ensemble, soulagés d'avoir fini cette onzième marche vers l'étoile de finisher. 5h27' environ, 17ème encore, quelques coureurs se sont fait plaisir, Fred Gallais, Jean-Michel … et d'autres ont plutôt eu des difficultés à rallier l'arrivée. Demain, l'étape de 75km de Peyrelevade à Mauriac va sans doute laisser des traces en raison de la chaleur prévue, d'autant plus que nous serons au moins 3 sinon 4 heures plus longtemps sur le bitume et la fin d'étape, les 10 derniers kilomètres, ne seront pas ombragés.

    Dimanche 22 août - Étape 12--> Peyrelevade (Corrèze) - Mauriac (Cantal) - 75.5 km

    La température de la veille avait bien diminué pendant la nuit si bien que je dus prendre mon sac de couchage vers une heure du matin. Le réveil était prévu à 4h30 pour un départ à 6h en raison des risques de chaleur en fin d'étape. Le départ fut donné à 6h05 de l'endroit où nous étions arrivés la veille et le transport de la salle au site du départ se fit en véhicules, navettes, camping-cars, voitures des accompagnateurs. Rapidement, une vingtaine de coureurs se détacha et je restai derrière ne voulant pas prendre de risques et n'ayant pas les moyens physiques de suivre ce qui ressemblait à une sorte de poker menteur de la part de certains. L'air était certes relativement frais dans l'aube naissante et au fil des kilomètres on sentait des courants d'air tiède. Un peu avant Millevaches, au sommet de cette première partie en côte longue et digeste en guise d'apéritif, nous avons eu droit au panorama sur la chaîne des Puys et on voyait même le Puy de Dôme comme le ciel était dégagé. Nous avons traversé Meymac, km 22 à 24, et ensuite ce fut de la route tranquille mais assez vallonnée toutefois. Mes sensations étaient bonnes et je restais sur le tempo de mon pote virtuel le Nefaleur. Pallice puis Neuvic passés, je me demandai comment j'allais faire la descente de 14km, mais en réalité il n'y avait que la moitié qui était de la véritable descente. Et heureusement, car autant je monte bien les côtes, autant aujourd'hui j'avais mal à descendre, mon talon droit, là où je souffrais, d'une bursite me lançait à chaque foulée et, en essayant de compenser, je ressentis peu à peu une douleur au genou droit. Donc je dus effectuer une descente prudente où ceux que j'avais rattrapés dans la côte m'ont distancés à nouveau. Ouf ! Au km 64, le pont sur la Dordogne et le début de la remontée vers Mauriac ! J'ai décidé alors de faire une « Müller adaptée », c'est à dire de très courtes alternances de course et de marche (environ 25m/10m) et de cette manière, je pus reprendre un rythme plus rapide malgré la chaleur plus difficile à supporter et en raison du manque plus fréquent d'ombre. J'arrivai à Mauriac en 6h29' à la 16ème place, encore une fois satisfait d'en avoir fini. La suite, du grand classique : douche, lavage et étendage du linge, GPS à recharger, repas Bolino, hydratation, massage puis petite sieste jusqu'à 18h30 où je suis allé dîner avec d'autres coureurs sur la place du village. Les vacances quoi !

    Le soir, nous avons tous eu une pensée pour Camille (jeune étudiante de l'école de kiné ) qui a quitté la course suite au décès de son grand-père. Nous avons partagé sa peine dans ces moments difficiles.

    Lundi 23 août - Étape 13 --> Mauriac (Cantal) - Aurillac (Cantal) - 64,3 km

    Cette étape nous amenait aujourd'hui sur les sommets de la Transe Gaule, le col du Legal, 1230m environ au km 38, et pour atteindre ce col nous devions au préalable effectuer un petit échauffement de plus 4 heures. Nous prîmes le départ quand la pluie finissait de tomber, elle mit une heure pour stopper totalement mais elle n'était pas très forte. Le ciel couvert et un petit vent nous apportaient la fraîcheur tant espérée depuis plusieurs jours. Mon début de course fut des plus moyens, prudent si l'on veut jouer sur les mots, et je sentis tout de suite à mes petites douleurs aux pieds que ça allait être difficile de tenir derrière le groupe que je voyais s'éloigner de minutes en minutes. Anglards-de-Salers, km8, en à peine une heure, Salers, km20 à peine, abordée après 2h06' de cheminement sur une route vallonnée, j'abordai la furieuse descente vers Fontanges en mettant le pied sur le frein. Auparavant, j'avais remis Carmen sur le bon chemin ; elle s'était égarée à l'entrée de Salers. Nous traversâmes la ville par ses ruelles touristiques encore désertes à cette heure matinale et enfin nous commençâmes la vertigineuse plongée de 2km à très fort pourcentage. Une fois ce mauvais quart d'heure passé, un troupeau de bretons me dépassa (Gwen Q., Gérard H., Stéphane M. ainsi que Fred G., breton de souche). A Fontanges, je me retrouvai lâché par ce petit peloton augmenté de Catherine M. et de Carmen, l'ensemble courant plus vite que moi sur le plat et dans les descentes. Au ravitaillement situé au pied de la montée vers le col, km28,5 à mon GPS, je repartai bon dernier de ce groupe que j'allais remonter petit à petit pour franchir le Legal en seconde position, mettant 1h14' environ pour faire les 9km de montée. Le temps passé à me ravitailler me refit perdre des places, mais sans m'inquiéter car je savais que cela allait m'apporter de la distraction. Le temps était couvert mais ne laissait pas deviner que la suite se résumerait à une chevauchée dans les nuages, sorte de brumisateur géant qui faisait du bien. Seule Catherine avait réussi à prendre de l'avance et je n'essayais même pas de la rattraper, ça n'aurait servi à rien sinon de me faire prendre des risques inutiles. Dans la montée du col, j'eus la surprise de rencontrer un forumeur d'Athlète-Endurance (Franckauboulot, c'est son pseudo) qui m'accompagna les quatre derniers km de l'ascension. Cela me fit plaisir et me changea aussi les idées. La suite de l'étape fut difficile car la route descendait très souvent, parfois j'avais la chance qu'elle remonte hélas trop brièvement et mon tibia droit commençait à me titiller de plus en plus, douleurs résultant d'une claudication générée par mes maux de pieds. L'arrivée s'effectua sous un ciel moins couvert, finie la brume, et je fus encore une fois satisfait d'en avoir terminé. 15ème de l'étape, ça m'a étonné, mais certains coureurs de devant avaient quelques blessures qui les ont obligés à ralentir.

    Au gymnase, douche froide, la 1ère depuis Roscoff, puis massage, bière et Bolino. Un peu de temps pour taper mon CR et celui d'hier griffonné dans mon carnet à la lueur de la frontale. Le moral est bon à l'entame de cette dernière semaine (déjà ?!?!), le physique connaît quelques soucis pour courir sans douleur, mais quand je pense qu'en juillet j'étais très inquiet de ne pas savoir si j'étais capable d'encaisser la répétition des efforts sur ma bursite et mon aponévrose, je me contente de mes résultats et les prends avec philosophie et satisfaction.

    Mardi 24 août - Étape 14--> Aurillac (Cantal) - St-Cyprien-sur-Dourdou (Aveyron) - 60,5 km

    Dès le départ, j'ai senti que ça n'allait pas être une belle journée : il pleuviotait et la première descente située après seulement 50m de course étant très raide, j'eus mille difficultés à la prendre, me retenant de courir sur les 400 ou 500m qui précèdaient enfin un parcours plat. Déjà je me retrouvai lâché par mes habituels compagnons de route que je ne reverrai plus de la journée à une ou deux exceptions près. La traversée d'Aurillac me permit de courir à un rythme d'échauffement, en faux plat montant dont je savais la fin suivie d'une non moins terrible descente en zigzag de plusieurs centaines de mètres. Une fois ces montagnes russes avalées mais pas digérées, mes douleurs au genou et au tibia droits commencèrent à devenir peu à peu stressantes. Allaient-elles disparaître au fil des kilomètres ou me tenir compagnie des heures durant ? Pendant plusieurs kilomètres, nous avons cohabité, ma volonté prenant le dessus et me faisant rattraper progressivement des coureurs intercalés entre mon peloton de ces derniers jours et le groupe de mes poursuivants habituels. La pluie était devenue plus forte, mais je ne me décidai pas à mettre le poncho : mouillé pour mouillé, c'était trop tard et il ne faisait pas froid. Au premier ravitaillement, on bifurqua pour prendre une route calme sans circulation en tout cas sans rapport avec le flot des autos croisées pour sortir d'Aurillac. La pluie avait redoublé et je continuais à surnager, n'hésitant pas à alterner course et marche dans les côtes. A La Capelle-del-Fraisse, km23, JB nous proposa de prendre un café à l'abri dans un bar, mais je préférai continuer ma route par peur de ne plus pouvoir repartir. 5km plus loin se trouvait le second poste de ravitaillement et après avoir pris comme d'habitude de quoi me sustenter je repartis. Hélas, au bout de quelques mètres, je me rendis compte que je ne pouvais plus courir et que même la marche m'était difficile. Panique à bord car il restait encore 33km dont la longue descente vers la vallée du Lot. Je mis bien 5' avant de recourir et ma vitesse de déplacement était assez lente, à peine du 8km/h. Je serrais les dents et peu à peu ma vitesse redevint plus proche de celle prévue. Un peu avant Cassaniouze j'eus la surprise de voir un motard venir à ma rencontre et faire demi-tour : c'était Jérôme, le pâtissier de St Cyprien-sur-Dourdou rencontré sur la TG2006 et qui tous les ans vient sur la course et nous apporte des flans. On a discuté tout en courant et il me dit que ce soir il y aurait des flans pour les coureurs à la salle. Au ravitaillement suivant, km36, survint le même problème au moment de redémarrer qu'au ravitaillement précédent. J’effectuai la descente au ralenti, choisissant où mettre mes pieds sur la route gravillonnée. Il ne pleuvait plus, c'était déjà ça de pas perdu, mais je souffrais mille morts à chaque foulée. Jérôme m'attendait là puis me dit qu'il prendrait des photos un peu plus bas dans la vallée. A la fin de la descente, au pont de Coursary km46, l'avant dernier ravitaillement me coupa lui aussi les jambes et je me fis rattraper par d'autres coureurs d'habitude loin derrière. Les 15 dernières bornes furent un enfer mais la rage entre les dents je poursuivis ma route en gardant toutefois toute ma lucidité pour ne pas provoquer de blessure plus importante. Le dernier ravitaillement fut pris presque à la volée, juste le temps de mettre du coca dans une de mes bouteilles et je pus repartir sans autant de difficultés qu'avant. Je me remotivai en voyant les coureurs me rattraper et je luttai pour ne pas perdre trop de temps. Je dépassai Carmen, elle aussi en difficulté, me fis rattraper par Mickaël le suédois et par Markus l'allemand avec qui je terminai l'étape un peu plus vite à la 18ème place en 7h01'17. L'arrivée se faisait devant un bar-brasserie et je commandai un steak frites pour me restaurer avant d'aller à la douche et d'expédier les affaires courantes. Je suis fatigué, nerveusement car j'appréhende les jours suivants, mais on verra ça demain.

    Mercredi 25 août - Étape 15--> St-Cyprien-sur-Dourdou (Aveyron) - Cassagnes-Bégonhès (Aveyron) - 56.3 km

    Pas eu le temps de raconter la soirée d'hier car j'avais posté mon CR trop tôt, c'est à dire avant le pot offert par la mairie. Ensuite je suis allé dîner avec le groupe des néerlandais, rosbeef, frites, panaché de 50cl suivis d'un cône vanille fraise comme en vacances. Après une nuit en pointillés j'ai devancé la sonnerie pour me préparer le plus tranquillement possible m'apprêtant à passer une journée où tout pourrait m'arriver. Il faisait frais au départ, 10°, la pleine Lune entourée d'un halo dominait les monts environnants. La route cheminait en léger faux plat montant pendant 11km et je constatai que mon genou n'était pas très douloureux. Je courais à 8,5/9km/h, prudemment et j'attendais de voir quel itinéraire bis nous avait trouvé JB pour éviter de croiser les fous furieux qui sillonnent les routes de l'Aveyron tôt le matin, nous obligeant lors de certaines éditions de la TG à nous plaquer contre le rocher pour ne pas nous faire culbuter. Et bien, le petit itinéraire qui devait allonger l'étape de 2km quand même fut très rude lors de ses 4 premiers kilomètres. Une pente à 10% minimum, où je restais scotché au bitume, me déclarait la guerre. Les douleurs au genou se sont donc réveillées accompagnées d'une forte envie de retourner aux toilettes. Hélas pas de coin « isolé » et je dus attendre quelques minutes avant de trouver l'entrée d'un chemin à l'abri des regards. Le ravitaillement du km15 marquait la fin de cette montée furieuse où je m'étais fait dépasser par nombre de coureurs. Mais l'objectif du jour n'était pas la place, mais l'aisance et la non souffrance. Les 6km suivants s'effectuèrent sur les hauteurs, peu vallonnées, légèrement bosselées agrémentées d'un superbe paysage. Le retour sur la route normale nous fit vite comprendre que si nous en avions bavé, on n'avait pas pris de risque de se faire renverser par un camion ou une voiture. J'avais hâte d'arriver à Rodez et lorsque j'arrivai au début de la piste cyclable, mes douleurs diminuèrent progressivement. Donc je pus courir un peu plus vite et essayer de redonner un niveau « décent » à ma moyenne qui était alors proche de 8km/h, ou un peu au-dessus. L'entrée dans Rodez, je connaissais, donc je n'eus aucune hésitation à trouver par quelle route passer et lorsque je quittai le ravitaillement, je pris la montée raide avec un relatif plaisir car ne ressentant presque plus de douleurs. La descente vers Le Monastère se fit en déroulant puis j'atteignis le ravitaillement du km 38 en ayant rattrapé et dépassé beaucoup de ceux qui m'avaient doublé le matin, plus quelques coureurs en perdition (Maurice, Brigitte…). Les kilomètres suivants, sous la chaleur, défilèrent assez « vite » du moins j'avais la sensation d'avancer sans me traîner et lorsque j'en eus terminé avec la longue descente vers le Pont de GrandFuel, il restait alors 7km, je me dis que le plus dur était passé. Mais mes douleurs se réveillèrent avec la montée longue et chaude à cette heure (midi) et les deux km supplémentaires dus au détour du début d'étape commençaient à se faire regretter. J'arrivais à la 15ème place quand même, ce qui me surprit, en 6h47'30 soit longtemps après ce que j'avais envisagé, mais l'objectif du jour était atteint en terme de souffrances limitées.

    Jeudi 26 août - Étape 16 --> Cassagnes-Bégonhès (Aveyron) - St-Sernin-sur-Rance (Aveyron) - 53.4 km

    « Le jour où je me suis fait dévorer par le loup ».

    Le loup est le surnom de Stéphane Madec. Plus exactement son pseudonyme est « Le loup aux pieds verts », bien connu pour qui fréquente les trails bretons et le forum de yanoo. Donc ce fameux gentil loup m'a dépassé au classement général ce qui n'est aucunement une surprise tellement il tient la forme dans cette dernière partie de la Transe Gaule. Sans le rechercher expressément, il m'a repris mon avance en trois jours, effectuant un finish tel que je les aime mais dont je ne suis pas capable cette année : je n'ai pas la « caisse » et j'ai toujours la crainte de me blesser au genou qui a pourtant bien tenu aujourd'hui ne me faisant souffrir que lors des 10 derniers kilomètres.

    Petit retour en arrière, au moment du départ. Quand nous nous sommes élancés de Cassagnes-Bégonhès à 6h30, il faisait frais ce qui nous a obligé à porter un coupe-vent. Déjà dans la salle, ou plutôt le hangar d'hébergement, j'avais eu un peu froid pendant la nuit. Le contraste entre les 37° de la veille et la chaleur qui régnait dans notre abri frappé par les rayons du soleil jusqu'après 19 heures et le froid de ce petit matin était pour le moins saisissant. J’adoptai un rythme d'aisance et me retrouvai 24ème après quelques kilomètres de course. Le relief était doux, côtes et descentes faciles à digérer, jusqu'à la Selve (km 8) puis s'accentua jusqu'à Lincou (km25) : montées plus fortes suivies d'une longue descente pour rejoindre la vallée du Tarn. Heureusement, le temps s'était réchauffé rapidement et nous n'espérions qu'une chose, qu'il ne fasse pas trop chaud car du 40° pouvait être attendu dans l'après-midi. J'avais repris des concurrents dans les côtes et d'autres avaient fait la jonction dans la longue descente où j'étais moins à l'aise de peur de provoquer des douleurs à mon genou. Au ravitaillement N°2, km26, au pied d'une longue remontée de 9km, nous étions un petit groupe de 7 ou 8 et je repartis au train pour effectuer l'ascension, reprenant tout le monde sauf Fred Gallais qui se sentait des jambes de cabri, et ceci depuis deux ou trois jours. Nouvelle descente vers Plaisance (km44 et aussi km1000 de la TG) où je refis doubler par des bons descendeurs, puis long faux plat assez peu ombragé : ce fut le début des douleurs. La route remontait ensuite et après avoir été arrosé pour me rafraîchir par Sylvie, la femme de Stéphane, le loup, je finis très poussivement cette courte étape à la 18ème place en 6h07'47. Au final je descendais d'un étage au général (17ème). Mais j’étais content de mon étape en espérant que celle de 70km prévue le lendemain avec 1350m de dénivelé positif ne soit pas trop chaude parce qu'à l'heure où je tapais ce CR, il faisait plus de 40° au soleil et il n'y avait pas d'air. « On transgoutte à grosses spires » comme disait un copain.

    Aujourd'hui on a changé de leader, Jan Naaburs le néerlandais a gagné l'étape et Didier a connu une grosse défaillance (+ de 2h30).

    Vendredi 27 août - Étape 17 --> St-Sernin-sur-Rance (Aveyron) - St-Pons-de-Thomières (Hérault) - 69.4 km

    La veille de cette longue étape, avec les 41° qui régnaient sur la région, nous avons tous pensé que la journée qui suivrait serait du même acabit. Donc, la fin d'après midi fut consacrée à une bonne hydratation, et le repas du soir, excellent, composé d'une quiche aux légumes puis d'une blanquette de veau avec pommes de terre et riz avant un dessert digne d'un mariage (omelette norvégienne !) fut dévoré avec grand appétit. Car il fallait se ressourcer avant la « géante » du lendemain. Après une chaude nuit dans la petite salle de St Sernin-sur-Rance, nous nous sommes réveillés à 4h30 car le départ était programmé pour 6h afin d'éviter de prendre trop de soleil sur la tête passé midi. JB nous avais concocté un petit départ sympa, nous faisant traverser des ruelles plus ou moins pentues puis descendre des escaliers où certains ont failli compromettre leur Transe Gaule. Une fois cet épisode, digne des plus mauvais trails urbains, passé, nous avons pris la route normale qui n'a pas tardé à monter et ce pendant une bonne quinzaine de kilomètres, c'est à dire jusqu'au 1er ravitaillement. Mes sensations étaient bonnes malgré quelques tensions au genou et à un tendon d'Achille, mais je me disais que ça allait passer avec le temps et c'est ce qui se produisit. Étant assez bon grimpeur autant que je peux être un piètre descendeur, surtout cette année, je tenais une cadence en côte de 8km/h ce qui m'assura un matelas confortable par rapport à mes prévisions qui étaient de faire moins de 9h au pire. Le premier col franchi, le col de Peyronnenc (879m, alors que le départ fut donné de l'altitude 302m), la route s'est mise à redescendre quelques kilomètres puis à remonter pour atteindre le second col, celui de Sié (999m) où l'on pouvait s'éviter un long détour dans un lacet en coupant par un champ. On fait ça depuis 2005 et ça fait gagner 500m ou 4' selon le niveau. La descente vers Lacaune, km 28, fut très forte avec des pourcentages supérieurs à 15% par endroits et le second ravitaillement au pied d'une fontaine devait nous permettre de refaire le plein pour les 12 km suivants agrémentés d'un nouveau passage de col. Lacaune : alt 790m, col du Picotalen : alt 1004m, la montée s'effectuant sur seulement 4km. Ça allait encore, mais je sentais que je ne pouvais faire mieux, alors je me suis contenté de ce que je pouvais faire, laissant les autres courir à leur propre rythme. La descente sur La Salvetat a été longue et pas très pentue avec une circulation un peu plus importante, les camions se faisant assez nombreux : il fallait tenir la casquette pour ne pas devoir aller la chercher dans les fossés. Là, je n'avais plus personne à vue, ni devant, ni derrière. Le groupe des oranges pressées avait laissé sur place le citron ; plusieurs coureurs étaient habillés d'un t-shirt orange fluo parmi ceux qui m'avaient dépassé et moi je portais mon maillot jaune, fluo lui aussi. La Salvetat marquait le départ d'une nouvelle ascension, la dernière, et de 700m d'altitude on devait en 8km passer à 951m sur une route tantôt très pentue et tantôt avec des portions en faux plat descendant. Une fois atteint le col de la Baraque, il fallait en passer un autre après une série de montées-descentes. A ce dernier col, celui du Cabaretou (941m), il y avait le dernier ravitaillement puis 10km de descente sur St Pons de Thomières où était fixée l'arrivée. J'ai entamé la descente prudemment car ne voulant pas risquer la blessure (9km/h) puis progressivement je suis passé à 10 puis 11 mais pas plus. J'ai terminé encore à la 17ème place content de ne pas avoir souffert de la chaleur car toute la journée on a eu des nuages, du vent et des zones ombragées, exceptés sur les 5 derniers km. Demain, dernière étape, tout le monde part à 5h donc le réveil se fera à 3h30.

    Samedi 28 août - Étape 18 -->St-Pons-de-Thomières (Hérault) Gruissan-Plage (Aude) - 72.1 km [Total = 1147 km]

    (Juste après mon arrivée, j’ai envoyé ce petit SMS avant de faire un CR plus détaillé à mon retour.)

    « 5ème étoile gagnée en 8h23’ à la 19ème place ; beaucoup souffert sur les 40 derniers kilomètres mais très fier de cette nouvelle étoile... » (Après un long voyage en mini bus, je suis bien rentré chez moi et peux donc vous livrer un CR plus détaillé que le laconique SMS envoyé depuis la plage de Gruissan où j'ai savouré cette 5ème étoile.)

    Quelle fut difficile cette ultime étape !

    Je suis pourtant parti avec de bonnes sensations, de bonnes jambes et une grosse envie de croquer dans le bitume pour faire l'ascension du Col de Sainte Colombe dans la nuit étoilée où la Lune allait nous servir de frontale et le vent fort d'allié nous poussant souvent à accélérer. J'avais prévu large au niveau du ravitaillement, une bouteille de 25cl de plus, donc ça me faisait 1,25l de liquide sur moi, plus deux gourdes de 12cl de pur sirop de citron Teisseire ce qui me changeait des sucres au goût fade que j'ajoutais avant dans mes bouteilles qui tiédissaient assez vite par les chaleurs de la région. J'avais encore de quoi manger (Kitekat, noix de cajou, barre Isostar, chocos), une frontale "manuelle" car l'élastique s'était cassé depuis quelques jours et d'autres fournitures pour parer aux petits tracas de la course (papier toilette, gel hydroalcoolique, pansements...).

    Un groupe se détacha rapidement, mais je ne voulais pas "m'amuser" à les suivre de trop près, ne souhaitant pas hypothéquer ma fin d'étape que de tout temps j'ai connue difficile, même quand je tournais à 10,5 comme en 2007. Quand même un doute s'immisça quand je ne vis pas Carmen, la coureuse allemande avec qui j'ai lutté pour la 17ème place depuis quelques temps. Je ne possédais que 55' d'avance au classement avant l'étape et je me demandais si elle n'allait pas tout donner pour me coiffer sur le poteau lors de la dernière étape. Le challenge m'intéressa mais en même temps commença à me gâcher un peu la der des der de cette 5ème TG. En cas de soucis physique, 55' ce n'est rien face à quelqu'un qui remonte la pente après une période de blessures. Confirmation au premier ravitaillement, elle était déjà passée depuis un moment et comme au gré de certaines portions de route droite je ne l'apercevais pas, j'estimais mon retard entre 5 et 10' après une quinzaine de bornes ce qui pouvait donner une heure à la fin. Heureusement, je montais bien, le vent favorable rendant la pente moins forte, sans douleurs et la descente que j'appréhendais commença de belle manière et parfois je pus dépasser les 10 et même les 11km/h sans ressentir la moindre gêne. Les bourrasques de vent me poussaient mais je me forçais à ne pas me laisser emporter et je restais donc à l'écoute de mes jambes car les releveurs, les mollets, les quadriceps ou même mon genou pouvaient me déclarer à tout moment la guerre et la douleur me condamner à boiter tout le reste de l'étape. Pas de mauvaises sensations, juste un arrêt technique de 3' et je filai comme ça jusqu'au ravitaillement N°2, km 24, puis je prolongeai mon effort encore un moment en me disant que plus j'avançais, moins j'aurais à cogiter en cas de problème. La longue ligne droite avant Cabezac a sans doute usé peu à peu mon organisme et détérioré la "fluidité" de ma foulée tant et si bien qu'au sortir d'un arrêt pipi, je ne pus repartir : impossible de courir ! Même la marche m'était difficile. Je claudiquais quand même jusqu'au ravitaillement du km 35, le dernier assuré avec de la nourriture, et je mis du temps à en repartir et à pouvoir courir. Ce fut donc le début de la seconde moitié de l'étape et d'une longue période de galère et de souffrances. J'ai serré les dents, ça je savais le faire ; je l'avais appris sur les courses antérieures comme la Transe Europe ou ma première TG, et je me suis dit que l'objectif N°1 maintenant n'était plus la place, mais finir à tout prix. Le long du canal de la Robine je traînai ma carcasse en courant, peinant à conserver un 9km/h en vitesse de pointe et le passage par le pont SNCF puis la descente des marches du petit escalier pour retrouver à nouveau le canal furent épouvantables. Les 9km suivants, heureusement ombragés, avec le vent fort souvent favorable et parfois latéral, s'avalèrent en une heure et comme au ravitaillement sauvage du km44, celui déposé à l'entrée de Narbonne km54 fut bien agréable pour remplir les bouteilles et avoir de quoi tenir jusqu'au prochain ravitaillement sauvage du km62. La traversée de Narbonne n'est jamais très facile en raison de la forte circulation, des nombreux changements de direction et donc des traversées de carrefours, mais je réussis sans hésitation à retrouver mon chemin sans perte de temps, accompagné de Saïd heureux d'avoir avec lui quelqu'un pour confirmer qu'il se trouvait sur la bonne route. Nous avons terminé l'étape ensemble, restant à vue jusqu'au panneau d'entrée dans Gruissan (à 3km du but), mais la partie reliant Narbonne à Gruissan fut très désagréable elle aussi et nous avions préféré rester l'un derrière l'autre à une centaine de mètres, chacun ayant son propre rythme et sa propre gestion de ses temps de marche et de ravitaillement. A 3 km de la plage, nous avons pu cheminer ensemble sur la piste cyclable et petit à petit nous avons senti que nous tenions le bon bout que la délivrance se faisait de plus en plus proche. L'arrivée sur la plage fut une nouvelle fois un merveilleux moment à vivre et j'espérais pouvoir le savourer encore plus longtemps que les autres années. Nous avons fini l'étape en 8h23 et je vis que Carmen ne m'avait pas repris tout le temps d'avance que j'avais sur elle. J'étais donc encore plus content d'avoir su serrer les dents et m'accrocher, ce que je ne me croyais pas trop capable de faire.

    Au général, j'ai mis 130h53'20" pour faire cette 5ème Transe Gaule, ce qui la place à la 3ème place sur mes 5 courues et terminées. Loin des 118h de 2008 ou des 121h de 2007, mais quand même mieux que les 145 et 144h des années 2005 et 2006. La place ne signifie pas grand chose sachant que le niveau des coureurs varie selon les éditions, mais après avoir fait 16ème, 15ème, 7ème et 12ème, je suis très content de terminer dans les 20 premiers : 17ème ça me va.

    Au fil des jours qui viendront, j'aurai sans doute beaucoup de choses à raconter, mais je préfère d'abord savourer cette 5ème étoile.

    à+Fab***** ou Fab5*


    Bilan à froid TG 2010

    Si Jean-Benoît n'avait pas eu l'idée d'organiser cette épreuve, je ne sais pas où j'en serais au niveau de la course à pied. Serais-je resté sur les distances conventionnelles (marathon, 100km, 24 heures) ? Aurais-je tenté une autre aventure comme les courses en ligne de plus de 200km ? Le fait est que d'avoir découvert l'existence de la Transe Gaule a bouleversé ma pratique et m'a donné de nouveaux projets.

    Cette 5ème étoile, après mon passage sur la TransEurope, qui équivaut quand même à trois étoiles si l'on considère que j'ai couru 54 jours (soit 3x18 jours, 18 jours étant la durée d'une Transe Gaule), cette 5ème étoile donc ne fut pas facile à gagner. Parti en n'étant pas au mieux physiquement car souffrant de tendinite d'Achille du pied gauche (que j'appelais bursite) depuis la mi-janvier (date d'apparition des premiers symptômes) et d'un début d'aponévrose plantaire au pied droit, j'avais une énorme angoisse de ne pas être capable d'aller ne serait-ce qu'au terme de la première étape. Le problème quand on stresse, même si extérieurement je n'en laissais rien filtrer, c'est qu'il vous ronge de l'intérieur et finit par provoquer d'autres désagréments. Déjà sujet à quelques petites tachycardies que je savais maîtriser soit à l'entraînement soit en compétition, je ne pensais pas que l'angoisse pouvait en être à l'origine. J'avais toujours remarqué des circonstances quasi identiques lors de leurs survenues : ingestion trop brusque de liquide sucré, trop sucré tel le coca, arrêt de l'effort trop brusque comme après des séries de 400m ou quand je faisais des arrêts aux ravitaillements pendant les compétitions, d'où mon habitude de courir toujours avec mes petites bouteilles à la main, ou encore suite à un arrêt brusque pour uriner.

    La première étape pourtant avait bien démarré, je ne ressentais pas les douleurs auxquelles je m'étais attendu et je commençais à me dire que la journée n'allait pas être trop difficile contrairement aux premières étapes des courses multidays. L'adaptation de l'organisme s'effectue en effet à partir du second jour et "normalement" quand on a passé les trois premiers jours le cœur a mémorisé son rythme de croisière, les muscles et l'organisme en général s'étant adaptés pour ne pas demander plus que nécessaire. Donc on doit trouver l'équilibre ... et le conserver. Pour moi, il y a eu une rupture de "contrat" avec ces constantes que j'avais appris à maîtriser au gré des 72 étapes des précédentes TG et des 54 supplémentaires de la TEFR. La tachycardie me stoppant net pendant 45 minutes environ, sa durée réelle étant d'une heure. Mon GPS indique que sur cette étape j'ai couru ou marché pendant 7h38' pour aller de St Pol de Léon à Plounévézel, temps auquel il faut ajouter les 46' d'arrêt total (bien sûr, dans ce total du temps d'arrêt sont pris en compte les arrêts aux autres ravitaillements ainsi que les arrêts pour uriner, donc mon temps passé allongé doit plus certainement être de l'ordre de 30 à 35'). L'étape fut bouclée en 8h24' et je ne fus même pas déçu par mon temps et mon classement car en premier lieu soulagé d'être allé au bout et parce qu'ensuite, j'ai passé une très sympa seconde partie d'étape, courant-marchant-rigolant avec mes copains Jean Pierre, Robert et Gwen Le Ny.

    Les étapes qui suivirent se passèrent bien pour arriver en fin de première semaine, à St Georges/Loire, moment où on fait un premier point sur l'état physique et mental. Certes, je n'avais pas fait de miracles, mais j'avais réussi à retrouver une place dans le milieu-haut du classement, dans le groupe de tête des "seconds couteaux". Je naviguais entre la 16ème et la 14ème place de chacune des étapes et au général je me situais dans les 20 avec une moyenne générale "plombée" par ma première étape mais de 8,624km/h quand même. Ces quatre dernières étapes ont été courues plus vite que les mêmes en 2007, ce qui me donnait un bon point de repère et je savais aussi qu'en seconde semaine, en 2007, j'avais commencé à me lâcher un peu. En étais-je capable cette année ? On verrait ça dès le lendemain.

    La seconde semaine de course débuta de belle manière, j'améliorais toujours mes chronos de 2007, loin quand même de ceux de 2008. Le troisième jour, 8ème étape, j'aurais bien continué sur ma lancée et couru au moins au même rythme qu'il y a trois ans, mais mes tendinites aux deux pieds en ont provoqué une troisième plus problématique celle-là car touchant le genou droit. Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une tendinite du fascia-lata et le blocage ressenti après chaque arrêt a commencé à devenir inquiétant. J'étais peu à peu redevenu zen lors des 7 derniers jours et soudain je repartais dans une période de fort doute. Je n'avais pas la capacité à accélérer, ça je l'avais deviné à force d'analyser mes sensations lors de chacune des étapes, et en plus je devais traîner la jambe et donc retrouver la panoplie des souffrances. Comment avais-je fait pour gérer ça l'an dernier, lors de la TransEurope ? Arriverai-je à les mettre de côté et à courir l'esprit détaché ? C'étaient mes interrogations quotidiennes.

    Les deux étapes suivantes, les 9ème et 10ème, ajoutèrent encore plus de craintes à mes possibilités de terminer l'épreuve. J'ai voulu faire un test lors de l'étape 9, d'Angles-sur-l'Anglin à St Sulpice-les-Feuilles, et je suis parti sur des bases supérieures à celles de l'étape de 2008. A Beaulieu, km57, j'avais 14 minutes d'avance sur 2008 et 21 sur 2007. Soudain, j'ai dû payer ma témérité, je me suis retrouvé suite à un arrêt bref avec une nouvelle tachycardie accompagnée d'une sensation de tête qui tourne : je ne pouvais plus avancer. Je me suis allongé quelques minutes (au total je resterai 28' sans courir ni marcher, effectuant trois pauses, allongé). Un coup de chaud en plus, me voilà refroidi pour de bon. J'avais voulu voir, j'avais vu et le paradoxe fut que par moments en marchant je ne voyais rien ou au contraire je voyais double. Dans la mouise le Fab à ce moment. Quand je repris mes esprits je terminai mon étape au petit trot et au final j'étais satisfait de n'avoir pas payé cash en minutes mon malaise. Le lendemain, je courus avec la peur au ventre et jusqu'à 3 kilomètres du but j'avais géré mon affaire puis soudain le même malaise que la veille se produisit. Cette fois je décidais de continuer à avancer en marchant, calculant avec le peu de lucidité qui me restait que je pourrais au pire faire les trois kilomètres en une demi-heure. Quand je suis arrivé, j'étais moralement et physiquement très bas, m'écroulant sur un fauteuil et mettant de longues minutes avant de retrouver toute ma lucidité. Le problème dans l'histoire concernait mon entourage : Pascale, aux nouvelles depuis la maison, mais aussi mes amis organisateur et encadrants (bénévoles et staff médical) tous commençaient à s'inquiéter pour moi et je ne voulais pas de cette situation.

    Les jours qui suivirent furent courus toujours avec la peur au ventre que ça recommence, en tout cas ça a eu la conséquence de fixer un objectif plus raisonnable à ma TG : terminer, terminer sans blessures, terminer sans plus jamais ressentir de malaise, terminer en essayant toutefois de ne pas me retrouver à faire des étapes trop longues en temps. Donc le frein à main fut de rigueur à partir de ce moment. Mon objectif d'accélérer sur la fin et de faire mieux qu'en 2007 s'évanouissait et la pression retomba d'un coup. Il restait de très belles étapes à faire, le plaisir devait être le principal moteur à ma course. Il fallait assurer jusqu'à Mauriac qui marquait la fin de la seconde semaine et j'étais surpris à la fin de chaque étape de toujours me retrouver dans le top 20 du classement des étapes. Il faut dire, mais c'est aussi ça la course, que certains coureurs étaient blessés et devaient passer beaucoup plus d'heures sur la route qu'en début de Transe Gaule.

    16ème place au général en début de dernière ligne droite, 6 étapes à courir, le retour annoncé de la chaleur, les douleurs au genou et aux pieds, si je ne voulais pas sombrer dans le classement, j'avais quand même intérêt à contrôler et de toute façon, j'avais remarqué que j'avais autant mal à courir lentement qu'à courir à 9km/h, alors j'ai opté pour le "nefaleur". La fin de course ne fut pas facile, Stéphane m'avait logiquement dépassé, plus frais, pas blessé, l'allemand Reinhold, le néerlandais Erwin, la française Cathy avaient creusé le trou, j'aurais comme objectif, si tout allait bien, de conserver ma 17ème place. Je réussis ce challenge, non sans mal, car lors de la dernière étape Carmen a essayé de reprendre les 55 minutes d'avance que je possédais sur elle, en vain heureusement. Ce qui me rassure quand même c'est que j'ai toujours conservé mon instinct de compétiteur. Pour moi, améliorer mon meilleur chrono, faire la meilleure place possible, lutter pour être toujours meilleur (ou moins mauvais c'est selon) c'est ce qui me fait avancer. Si je ne me fixais pas d'autres challenges je pense que souvent j'aurais tendance à mettre le clignotant et à arrêter.

    Au final, je suis satisfait de cette 5ème Transe Gaule. Sur l'échelle des TG passées, elle se situe à la 3ème place en terme de moyenne, à la 5ème place en terme de classement, mais peut-on comparer un classement à 24 avec un classement à 44 ? D'ailleurs, je ne résiste pas - passion des chiffres quand tu nous tiens - à faire un petit récapitulatif de mes courses à étapes.

    Avec mes 5 Transe Gaule et ma TransEurope "inachevée", j'ai effectué la traversée de plusieurs pays :

    La France :

    - 2005 : 18 étapes, 1143km, 145h37'07", moyenne 7,849km/h, 16ème/24.

    - 2006 : 18 étapes, 1144km, 144h07'07", moyenne 7,938km/h, 15ème/27.

    - 2007 : 18 étapes, 1144km, 121h55'05", moyenne 9,383km/h, 7ème/31.

    - 2008 : 18 étapes, 1146km, 118h33'16", moyenne 9,666km/h, 12ème/44.

    - 2010 : 18 étapes, 1146km, 130h53'20", moyenne 8,748km/h, 17ème/44.

    L'Italie :

    - 2009 : 17 étapes, 1131,4km, 131h40'22", moyenne 8,593km/h, 25ème/58.

    L'Allemagne (+ un bout de l'Autriche) :

    - 2009 : 16 étapes, 1099,5km, 125h21'45", moyenne 8,771km/h, 17ème/52.

    La Suède (Göteborg à Gällivare) :

    - 2009 : 21 étapes, 1533,9km, 191h09'05", moyenne 8,024km/h, 23ème/49.

    Total courses à étapes :

    144 étapes9487,8km, 1109h17'07", moyenne 8,553km/h.

    Ce ne sont que des statistiques, sans aucune prétention, juste pour comparer avec d'autres adeptes des courses à étapes. Je remarque toutefois, et cela va peut-être servir à d'autres coureurs qui vont se lancer sur la prochaine TransEurope, que lors de la seconde partie de la TEFR2009 (si l'on considère qu'il y en avait 4) je suis allé plus vite que sur la première et plus vite aussi que sur cette dernière Transe Gaule.

    à+Fab*****


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