• TransEurope 2012 : étapes 44 à 64 (Espagne)

    CR étape 44

    J’ai trouvé un restaurant dans lequel j’ai mangé avec Jean Benoît, Jean Pierre, Christophe et Patrick. Cette courte étape (56km) nous a permis d’avoir du temps pour nous avant les trois prochaines qui nous feront courir 74, 65 et surtout 82km. On aura certainement moins de temps pour aller se faire plaisir après l’étape, tout dépendra de la configuration des lieux et de la proximité des restaurants.

    L’étape d’aujourd’hui s’est bien passée, j’ai couru à une moyenne de près de 10,5km/h sachant que le dénivelé total approchait les 800m voire peut-être les 900m. Le temps était agréable, un peu frais au départ, mais le fait que le profil de l’étape nous proposait une quinzaine de kilomètres en descente légère (avec quelques remontées néanmoins) j’ai pu rapidement trouver une allure me permettant de garder à l’œil mes accompagnateurs (Jean Claude, Ambros…).

    Le premier ravitaillement passé, il était tenu par Gérard et Nicole, je ne bus qu’un verre de cola et repartis assez vite pour ne pas me faire trop distancer par les autres. Le 15ème km marqua un changement d’itinéraire et par la même occasion le début d’une longue montée de 8km. Le début fut assez tranquille mais quand la pente s’amplifia, je commençai à peiner, mais ce qui m’a rassuré c’était qu’il n’y avait pas que moi. Je revins rapidement sur Ambros et Jean Claude au moment où le second ravitaillement arriva et je profitais de mon court arrêt pour passer devant l’autrichien. Pas longtemps certes, mais juste ce qu’il fallait pour lui mettre la même pression que celle qu’il m’avait mise en prenant un départ très rapide (plus de 11km/h). Je ne voulais pas perdre plus de 10 minutes sur lui lors de cette courte étape et je ramais pour rester le plus longtemps possible au contact et à ce moment, d’être devant me rassurait.

    La montée, dans le brouillard, se finit et une descente courte suivit, pendant laquelle je me fis reprendre et je pris mon adversaire en chasse afin qu’il ne me prenne pas trop de temps. Il ne m’en prit pas jusqu’au troisième ravitaillement où je fis comme lui, ne prenant pas de soupe qui d’habitude me fait perdre 2 minutes par rapport à lui et comme je marchais quand même un peu afin de manger mes gâteaux il me prit une centaine de mètres que je comblais dans la montée qui suivit. Nous sommes restés ensembles ou proches encore quelques kilomètres avant que progressivement sa « machine à essorer les concurrents » se mettre en marche. Aux pointages que je faisais, il avait 1’30 d’avance puis 2’ et petit à petit je ne pouvais plus vraiment savoir de combien il me distançait. Sur un pont à côté d’un barrage à 6 ou 7km de l’arrivée, j’avais environ 3’30 de retard et je me dis que ça allait et que je ne devrais pas perdre plus de 10’ dans l’histoire. Avant d’arriver à Berga, une longue et forte montée de 3km suivie de 2,5km de descente en ville nous attendait et j’ai limité les dégâts, ne concédant que 6’ au final je crois.

    L’arrivée devant un beau et grand gymnase, sous le soleil, ça réchauffe bien les cœurs après ces derniers jours froids et pluvieux ou humides. Les Pyrénées, nous y sommes encore, et demain sans doute qu’il faudra s’en prendre encore quelques contreforts, mais on nous avait prévenus qu’en Espagne on allait souffrir. Du plat il ne devrait pas y en avoir beaucoup et j’aime mieux ça.

    Je vais retourner au gymnase pour me reposer. Il est 17h15, je poste de CR et vous dis à bientôt au gré des connexions.

    A+Fab

     

    CR étape 45

    Longue étape au relief encore montagneux, mais l’Espagne du centre n’est pas un plat pays, météo au top, frais le matin et en altitude, ombre et descente vers Guissona sur une belle route. Tout était réuni pour que je passe une bonne journée, bonne mais longue. Remarque : je trouve long de passer plus de 7h sur la route, mais les autres qui y passent plus de 10h, comment doivent-ils la trouver leur journée ?

    Je suis parti dernier de mon groupe de 7, restant au contact (à moins de 200m) de mes camarades de jeu. Le profil prévoyait qu’après une entame de 7 km environ nous allions commencer à monter pour passer de 700m à 900m en 7km. La route était de bonne qualité, les bords assez larges pour cohabiter avec les autos et camions. Une fois ce premier mont gravi, une courte descente de 3 bornes suivie d’une remontée de 2km me permettaient de reprendre le contact avec Ambros et de le laisser derrière. J’avais bien senti qu’il était moins en forme que les autres jours, mais ça m’avait déjà fait cette impression les autres jours et il avait quand même réussi à finir devant moi. Mais aujourd’hui, j’ai vite vu qu’il ne suivait pas. J’en ai remis une bonne couche au moment où d’habitude je gère les événements et du coup, il n’a pas suivi pendant les 7km de descente, pourtant son point fort habituellement. Après le kilomètre 27, le parcours était un peu en tôle ondulée et il fallut attendre le 35ème km pour remonter pendant 12 bornes. Ce n’était pas très violent comme pente, et je réussis à trouver un bon rythme. Au sommet, du moins je pensais que ça l’était, nous attendait une autre partie de tôle ondulée pendant à peine 10km avant de vraiment redescendre sur Guissona. 9km de belle route pour passer de 800m à 400m. j’étais bien et j’ai pu donner encore un peu plus rattrapant au fil des kilomètres les derniers coureurs partis à 6h45 (nous on est partis à 7h45). Seuls deux résisteront, Jean Benoît et Makoto le japonais, qui descend bien. Un dernier effort pour gravir une côte violente à ce moment de la course (3km pour monter de 100m) puis le retse en roue libre, voyant que derrière j’avais dû creuser un trou important. Résultat, 7h15’ pour 74,4km (le site indique 75,5km) et donc j’ai encore tourné à plus de 10 de moyenne. Je suis moi-même étonné de cette forme et il va falloir que je guette le moment où je serai peut-être moins bien pour ne pas risquer la blessure qui me gâcherait la fin de cette TransEurope. J’ai repris presque une quinzaine de minutes à l’autrichien que je garde à distance raisonnable (6h30’).

    Ce soir, nous avons de la connexion, et j’ai lu mes mails, dont un qui m’a effondré quand j’ai appris le décès accidentel du fils d’un copain de mon club (Laurent). La fatigue, mais surtout le choc de cette nouvelle ont fait que pendant plusieurs minutes j’étais inconsolable. J’ai une grosse pensée pour Laurent et comme je suis très loin, je voudrais lui témoigner toute mon amitié pour qu’il réussisse à surmonter ce drame, mais le peut-on vraiment ?

    A côté de ces aléas de la vie, le reste n’a que peu d’importance et donc je vous laisse et vous dis à demain.

    A+Fab

     

    CR étape 46

    La journée s’annonçait belle au niveau de la météo, et elle le fut : on se serait cru en été et, même en Bretagne des étés avec du grand beau temps comme ça c’est rare. 13° seulement au départ et plus de 25° à l’arrivée. Très peu d’ombre car nous avons suivi une longue route relativement droite, peu vallonnée, sans arbres la bordant, et on a même suivi l’autoroute sur une voie parallèle. C’est dire que la compensation d’avoir du beau temps était quand même minime par rapport à l’ennui généré par ces longues lignes droites. Heureusement, les bas côtés et la circulation n’ont pas ajouté beaucoup d’éléments négatifs à cette journée coincée entre deux longues étapes. Ce ne fut pas de la récupération, mais je n’ai pas « tapé dedans ».

    J’ai encore tourné à plus de 10km/h à la poursuite du drapeau rouge et blanc avec l’aigle ou le faucon, emblème de l’Autriche. Il est arrivé 7’ avant moi et ne m’a pas repris ce que je lui avais « chipé » la veille. Mais le bougre est coriace et il attaque dès le départ. J’avais mis, comme hier, mon MP3 afin de me couper du monde et de penser à autre chose qu’à lui faire la chasse. Mais j’avais néanmoins toujours un œil à l’horizon.

    La journée a passé relativement vite, je calculais qu’avec ma vitesse et les 67,4km d’inscrits sur le road book je mettrais environ 6h30 et à deux minutes près, c’est ce que j’ai fait. Sur le site, ils mettent qu’on a fait 66,7km ; je ne saisis pas leur manière de les compter et surtout ensuite de les officialiser.

    Je n’ai pas de bobos, c’est le principal, et je m’apprête à passer la longue étape de 83km de demain. Il risque de faire chaud, il n’y a pas de difficulté particulière mise à part une montée assez forte à partir du km45 : on montera de 350m sur 9km. Ce qui rendra l’étape peut-être moins passionnante c’est les longues lignes droites que nous risquons d’avoir lors des premières heures de course. La fin sera plus variée car après la descente nous aurons des bosses régulièrement espacées d’environ 4km et ce, jusqu’à l’arrivée.

    Ce soir, nous avons encore eu un excellent dîner. Les espagnols sont très accueillants et le personnel qui nous a préparé et servi le repas a été très sympathique. Salade de pâtes avec ananas, surimi, dés de jambon, en entrée, puis saucisse grillée avec des chips en plat principal et un fruit en dessert. Le tout a été arrosé d’eau bien fraîche ou de vin rouge local que les japonais ont comme à leur habitude plus qu’honoré. J’ai rarement vu des picoleurs comme eux ! Ils sont fans des vins européens. Mais ils ne crachent pas non plus sur la bière d’après course. Et le lendemain, ils sont toujours vaillants, souriants même dans les plus difficiles épreuves. On ne les entend jamais chouiner et ils encaissent leurs bobos sans mot dire.

    Je vous quitte pour ce soir où comme depuis notre entrée en Espagne nous avons de la connexion sans code et sans frais. J’espère que demain ça sera pareil. La contrepartie est que les douches ont encore été froides. Mais en été, enfin ici on s’y croit, on les a trouvées assez bonnes quand même.

    A+Fab

     

    CR étape 47

    Nous avons couru aujourd’hui notre dernière très longue étape (de plus de 80km j’entends, car il reste encore le trio de 70/77/76 dans trois jours) et en plus de la longueur il fallait composer avec une seconde moitié très vallonnée ainsi qu’avec la chaleur dans cette région d’Aragon très aride. Il y avait tout au long du parcours du début d’étape des plantations d’arbres fruitiers (pêchers, amandiers, oliviers…) et plusieurs usines ou entreprises dont l’activité est en rapport avec ces productions fruitières. Les villes m’ont semblé quasi désertiques, même si le peu d’habitants présents nous regardait passer avec étonnement. Il doit y avoir aussi beaucoup de travailleurs saisonniers. Les bâtiments construits en brique rouge ne sont pas très beaux, mises à part quelques habitations de personnes un peu plus riches et qui ont essayé de donner un certain cachet à leur demeure.

    Quand nous sommes partis ce matin, il fallait traverser Lérida (Lleida) et ce ne fut pas une mince affaire de repérer le fléchage. Je me suis retrouvé dernier du groupe avec Jean Claude et nous nous repérions en suivant les autres qui étaient partis vite. Bien sûr quand ils se sont retrouvés perdus, cela a fait notre affaire car nous les avons rattrapés et une fois le groupe reconstitué, nous avons retrouvé notre chemin. Robert prit la tête du groupe et … c’était moi qui le suivais. Je suis même passé devant pendant un quart d’heure car je trouvais qu’il n’avançait pas assez vite pour mon rythme. Au premier ravitaillement, je stoppais pour un arrêt technique de telle façon qu’il passe le premier car je ne me voyais pas prendre mon ravitaillement avant les cadors. J’ai néanmoins poursuivi mon effort et restais second ou troisième assez longtemps puis les autres, Henry, Trond et Jean Claude ont repris leur place devant. Le seul qui ne m’avait pas rattrapé c’était Ambros qui avait été lâché.

    Les longues portions de route interminables et droites par moment étaient assez fréquentées, mais les bas côtés étaient encore assez larges pour que nous puissions courir tranquilles. Parfois une traversée de petite ville, parfois un giratoire ou un petit chemin permettant d’éviter la route principale nous changeaient de la routine, mais ce fut quand même un début d’étape laborieux malgré la vitesse de course (10,5km/h). Je passais le marathon en environ 4h et je savais qu’à partir du km 45 on allait changer de profil de course : ça allait monter et parfois assez fortement. Nous avons longé l’Ebre puis l’avons franchie en prenant un long pont d’où je voyais que derrière il n’y avait personne en vue. Un second pont un peu plus loin marqua le début de la montée : 9km environ où je peinais, le temps de me réhabituer à la côte et parfois au gré d’un faux plat ou d’un pourcentage moins élevé je relançais, ou j’essayais. Arrivé en haut, la descente fut la bienvenue, mais je mis quelques hectomètres avant de prendre une bonne allure. Jusqu’alors, le temps avait été frais, un peu de brume empêchant le soleil de réchauffer trop vite l’atmosphère. Mais quand nous fûmes sur les hauteurs, malgré la température encore agréable due à l’altitude, je sentais que le soleil n’allait pas être un bon allié.

    La vallée de l’Ebre a laissé la place à un paysage de western où j’avais toujours l’impression que des indiens allaient nous attaquer du haut des falaises. C’était beau, il y avait parfois de vieilles constructions en ruines d’autres servant de lieux de visites pour les amateurs de vieilles pierres. Il faisait chaud, mon cheval avait soif, au loin je croyais apercevoir les Daltons… Non, je n’avais pas d’hallucinations, c’était juste pour voir si vous suiviez. En guise de Dalton, c’étaient les coureurs du groupe parti une heure avant que je voyais au loin et que j’allais bientôt reprendre. Ce ne fut pas facile car la succession de violentes bosses suivies de non moins violentes descentes ne me permettait pas d’aller à un rythme de course régulier et je commençais à fatiguer. Je n’étais pas le seul car je rattrapais Trond avec qui je suis resté jusqu’à la fin de l’étape. Nous sommes arrivés en haut de la dernière bosse pour découvrir que Caspe, la ville étape, était perchée sur une hauteur qu’il allait falloir escalader. Ce fut moins difficile que prévu, mais sans doute était-ce parce que la fin de l’étape se profilait.

    Nous avons fini ensemble, 4ème ex aequo ce qui fait ma meilleure place depuis Skagen. J’ai repris quelques minutes à mon adversaire autrichien qui, comme dans la partie d’échecs que nous faisons depuis un bon mois, devrait essayer demain de reprendre du temps. On se tire la bourre, mais on se respecte et c’est sympa quand on se serre la main après les étapes en se félicitant l’un et l’autre.

    Cette étape marque le changement de province, nous ne sommes plus en Catalogne mais en Aragon (Sarragosse) et petit à petit, vers le sud ouest nous allons retrouver des montagnes pour je crois arriver dans la Mancha. On verra quand on y sera, en attendant il y a deux courtes étapes à faire (44km demain et 60 après demain) alors profitons-en pour nous refaire une santé.

    Aujourd’hui, Fred Gallais a renoncé à aller plus loin dans la douleur, son genou l’inquiétant de plus en plus et sa vitesse n’assurant plus une arrivée dans les délais. Ça m’a fait de la peine, mais je n’ose pas imaginer ce qu’il a dû endurer avant de jeter l’éponge et la dose de courage qu’il lui a fallu pour prendre cette décision et l’accepter.

    A demain

    Fabrice

     

    CR étape 48

    Une courte étape pour « se reposer », en tout cas pour mettre moins de temps que sur les autres et pour pouvoir bénéficier de temps à soi.

    Nous avons quitté Caspe dans la fraîcheur du jour se levant, le ciel était dégagé, et il fallait en profiter. La suite de la journée n’allait peut-être pas rester aussi tempérée. Le début de l’étape, en montée pas trop prononcée avec quelques portions quand même plus pentues, s’est bien déroulé. Je me suis vite mis dans le rythme et j’espérais tenir l’allure le plus longtemps possible sachant qu’après une douzaine de kilomètres on allait vraiment commencer à monter. Je courais à un peu plus de 10 à l’heure et je me trouvais en 4ème position, Ambros et Trond n’ayant pas suivi mon allure alors que je n’avais pas l’impression de tout donner. La côte me fit ralentir et après 5 bons kilomètres je me retrouvais sur le plateau avant la redescente après 3km de faux plat vers la vallée. Kilomètre 24, plus que 20, le temps passait vite et c’était mieux ainsi. Jusqu’alors, le soleil n’avait pas été bien vaillant, du brouillard ou des brumes de chaleur avaient envahi les hauteurs ce qui nous avait protégés et bien rafraîchis.

    Mis à part dans ces montagnes basses où la route était un peu plus sinueuse, le reste du temps on a couru sur de longues lignes droites et de part et d’autre on voyait de petits cañons ou des plantations d’arbres fruitiers, toujours les pêchers, les amandiers et autres oliviers. Parfois, les canaux d’irrigation, souvent à sec, bordaient des zones de verdure où paissaient des moutons. Mais c’était rare.

    Le long faux plat menant pendant 20km jusqu’à Calanda, parfois bosselé, passa rapidement, j’avais toujours la musique de mon MP3 et comme j’étais seul, je ne me posais pas de questions. Je doublais parfois des concurrents partis 45’ avant (c’était un « cadeau » d’Ingo) mais pour le reste, c’était la grande solitude du coureur de fond. Quelques conducteurs klaxonnaient pour m’encourager et je ne manquais pas de les saluer de la main.

    L’arrivée dans une zone semi aride, avec un collège et le complexe sportif en point de mire, était précédée par un passage dans une rue où une fête foraine était en train de s’installer. C’est le week-end qui commence.

    J’ai fini 4ème de l’étape, tout seul cette fois, et j’ai l’impression que ma journée a été bonne.

    Seul hic au programme : pas de connexion internet. Ainsi, ce CR vous le lirez avec plus de 24h de retard.

    A+Fab

     

    CR étape 49

    Notre groupe de départ s’est étoffé de 4 coureurs et nous sommes donc partis à 10 (+ le « trottinetteur » Peter) à 7h45. Le ciel était découvert et la journée s’annonçait chaude. Le dénivelé prévu était de plus de 1000m au total, avec des passages de cols à 1250m et une ville d’arrivée située à plus de 1000m d’altitude (Escucha).

    Les 15 premiers kilomètres en faux plat montant principalement ce qui n’écartait pas quelques bonnes petites portions plus rudes se passèrent assez bien. Notre petit groupe explosa vite et Henry, Robert et Jean Claude se détachèrent facilement. J’étais avec Jean Benoît, Trond et Ambros ; nous n’étions pas regroupés, mais espacés de quelques dizaines de mètres et le reste du groupe de 7h45 se retrouva vite assez loin derrière. Toujours de longues lignes droites sur une route de bonne qualité avec assez d’espace pour cohabiter avec le peu de véhicules la fréquentant. Quelques villes ressemblant à celles déjà traversées les jours précédents, le même genre de cultures sur ces plateaux parfois tronçonnés par des rivières aujourd’hui à sec. Paysage aride digne des westerns spaghetti, avec, pour faire plus vrai, les vautours ou autres oiseaux de proie survolant les collines. Quelques cultures en terrasse, beaucoup d’autres avec des systèmes d’irrigation (arrosage ou canaux), beaucoup de bâtisses en ruines. C’est à travers ces paysages de désolation, mais néanmoins superbes car dépaysant par rapport à ceux que nous voyons toute l’année, que nous traînions notre peine. La chaleur commençait à devenir gênante surtout dans les parties montantes et sans ombre. Parfois au détour d’un cañon nous nous retrouvions face au vent qui avec l’altitude progressive nous donnait un semblant de fraîcheur.

    C’est que du 15ème km au 33ème, nous étions passés de 600m à 1000m et par la suite nous allions rester sur un haut plateau entre 900 et 1250m. Ce plateau n’était pas vraiment plat tronçonné par d’anciens cours d’eau qui lui ont donné un profil très accidenté avec de belles bosses à escalader puis à dévaler.

    A 5km de la fin, une belle descente nous amena au pied d’Escucha, et après un dernier effort pour remonter dans la ville, JB, Trond et moi-même étions contents d’en avoir fini. Nous nous étions regroupés à 2km du but dans la longue et dernière descente. Nous avons fini 4èmes ex aequo.

    A+Fab

     

    CR étape 50

    Enfin de la connexion !

    Je suis dans une brasserie avec Jean Pierre, Patrick et Fred Gallais en train de siroter un panaché (ou deux même) et j’en profite pour écrire mon CR du jour. Il fait chaud, plus de 25° dans les rues de Teruel. C’est l’été, ce dimanche faisant penser aux vacances tant les gens sont de sortie.

    Bon, revenons à la course. D’abord, ma 4ème place du jour n’est pas due à ma vitesse et à ma belle étape, Trond qui avait largement fait le trou, plus de 5’, a trouvé le moyen de perdre l’itinéraire de vue et s’est retrouvé sur une mauvaise route. Quand il est arrivé, je ne le savais pas et j’ai constaté qu’il avait un sacré retard.

    Sinon, l’étape a commencé plein pot en côte, 6km de montée entre 5 et 7% au réveil, ça use bien, puis après une petite descente où on aurait pu récupérer un peu, longue de 9km, il fallait remonter encore à 1400m ou plus pendant 3km. Les éoliennes étaient mes seules compagnes car avec les autres coureurs on était dispersés sur la route, à une centaine de mètres les uns des autres. La fraîcheur bienvenue faisait que la transpiration était modérée et je suis plutôt resté en dedans sachant que j’avais une réserve de « puissance » au cas où. Je n’ai pas eu à m’en servir, considérant cette étape comme une journée de transition avant les deux prochaines (77 et 76km) et l’apparition de quelques petites courbatures ou douleurs depuis une semaine m’incitent à la prudence, même si j’aime bien « envoyer » un peu.

    Il restait plus de 50km quand j’avais atteint le dernier sommet de 1400m et le paysage changea petit à petit. La verdure refit son apparition et les terres rouges devinrent de plus en plus présentes. Une ancienne ligne de chemin de fer, dont il ne subsiste que d’anciennes gares ou de vieux entrepôts désaffectés, nous fit de la compagnie pendant de très longs kilomètres. Les espagnols ont parfois tenté de tirer parti de ce patrimoine historique, témoin des activités minières d’antan. Ils ont mis certains sites en valeur et on avait l’impression encore une fois de traverser les grands espaces que l’on voit dans les westerns. Toujours pas d’indiens par contre. Les villages, on ne les traversait pas car des déviations de bonne qualité – comme la route sur laquelle nous avons couru – avaient été aménagées. Très peu de circulation en ce dimanche d’octobre, sans doute parce que la région n’est pas fortement peuplée, mais souvent des petits coups de klaxon d’encouragement nous faisaient lever la tête et répondre d’un geste amical.

    Je suis arrivé en un temps d’un peu plus de 7h pour 69,6km ce qui montre que ma moyenne est un peu moins élevée que lors des étapes de ces derniers jours. Il ne reste que 14 jours de course, rien n’est joué, il faut continuer à être prudent, surtout lors des deux prochains jours où l’on va courir plus de 150km. La chaleur modérée jusqu’à présent le restera-t-elle ? Je le souhaite parce que ça permet de ne pas taper de trop dans les réserves.

    A demain, j’espère, si j’ai une connexion.

    Fab

     

    CR étape 51

    Après un repas tardif qui s’est terminé au-delà des 20h30, je suis allé me coucher et j’ai mis la radio pour écouter le « Classico » Barça-Real en direct sur une radio espagnole. Je me suis endormi après la fin du match toujours avec la radio branchée dans mes écouteurs et je me suis réveillé un peu plus tard dans la nuit pour tout couper.

    Ce matin, j’étais en forme malgré ce temps de sommeil raccourci et comme je n’avais pas pu me reposer dans l’après-midi pour cause de connexion dans un café, j’avais peur de ne pas avoir la pêche.

    Je me suis préparé et je suis parti dans le 3ème groupe, celui de 7h30, 30’ après le second et une heure après le premier.

    La sortie de la ville fut assez compliquée, avec des montées et des descentes assez fortes et quand je me suis retrouvé enfin sur la route plate j’étais soulagé. Une quarantaine de kilomètres de semi-descente (on est passé de 880m à 750m d’altitude en 40km) sur une route assez étroite par rapport à celles empruntées depuis l’entrée en Espagne, où il fallait faire attention aux camions du lundi matin, ainsi qu’aux autres véhicules déboulant dans les courbes comme s’il n’y avait personne, tout ça ça use un peu le mental et comme les jambes étaient un peu douloureuses, je me suis mis sur un faux rythme un peu tranquille pour anticiper la grande montée qui nous attendait à partir du km 40. J’étais avant dernier de mon groupe, seul Christian Fatton n’avait pas réussi à suivre, et j’ai dû m’arrêter pour une envie pressante, laissant les autres compagnons de ce groupe partir devant. Je ne m’en fis pas une montagne, sachant que je souhaitais gérer l’étape tant que les douleurs seraient présentes. J’ai compté jusqu’à 5’ de retard sur l’autrichien, les autres étant déjà très loin devant.

    Au pied de la côte qui devait nous faire passer de 750m à plus de 1300m en 11km, j’avais fait la jonction avec Ambros et je montais à mon rythme, ne le lâchant pas avant 5 ou 6 km. Après, je ne le revis plus et malgré de longues périodes de marche et d’autres d’alternance marche-course, je continuais de creuser l’écart. Plus on montait, plus il faisait chaud et moins il y avait d’ombre. C’était usant, mais pas autant que le vent de face que nous avons trouvé une fois le passage du Puerto (le Col). Moi qui pensais dérouler dans la descente, je dus piocher pour maintenir un bon tempo. Mais j’avais du mal à tourner à plus de 10km/h. j’avais repris beaucoup de coureurs partis 1h ou 30’ avant moi, et là, il n’y en avait plus beaucoup en vue, sinon Fred Borel et Neil, l’anglais, ainsi qu’un japonais et Wolfgang, un allemand.

    Le profil de cette partie descendante n’était pas très prononcé et j’eus le temps d’admirer le paysage. Autant avant le col c’était verdoyant et parfois nous avions cheminée dans des gorges ressemblant un peu à l’Ardèche, autant après ce fut le retour de terres sèches où paissaient néanmoins quelques troupeaux de moutons encadrés par leur berger et les chiens de troupeau.

    De longues lignes droites firent de cette fin d’étape une partition monotone dont on aimerait que cela cesse au plus vite. Le plus vite, ce ne fut pas le cas, mais comme j’avais été patient, la fin finit par arriver et avec soulagement je franchis pour la 51ème fois l’arche d’arrivée. Un peu plus de 8h pour 77km, ça me fait du 9,5km/h de moyenne, rythme un peu poussif par rapport aux dernières sorties, mais je pense que l’organisme – commandé par le mental - commence à dire « Vas-y mollo, Gibraltar n’est plus très loin, tu n’as plus rien à gagner, par contre tout à perdre. »

    Au final, je suis 6ème de l’étape, Jean Benoît – parti 30’ avant ayant profité de l’ « aspiration » derrière Jean Claude quand il l’a rattrapé – terminant l’étape avec 5’ de moins que moi.

    Ce soir, après une petite sieste d’1h30, nous sommes allés dans un excellent restaurant (d’où je peux rédiger puis envoyer ce CR) et maintenant, je vais vous laisser en souhaitant avoir demain la possibilité d’envoyer mon CR de l’étape suivante.

    A+Fab

     

    CR étape 52

    La plus longue des dernières étapes avant Gibraltar ne s’annonçait pas facile car elle survenait après trois autres étapes de 60, 70 et 77km. Un kilomètre de moins qu’hier à faire sur un parcours moins vallonné, mes prédictions de chrono étaient de l’ordre de 7h45 si je ne connaissais pas de problème majeur. La chaleur prévisible à partir de midi allait-elle me faire ralentir ? C’est avec toutes ces petites interrogations que je pris le départ ce matin à 7h30, dans le 3ème groupe, où nous n’étions que 6 (Henry, Robert, Trond, Jean Claude, JB et moi).

    Dès le début mes jambes étaient bonnes et cela me rassura car j’avais quelques douleurs aux adducteurs depuis deux ou trois étapes. Le train mené par Robert n’était pas trop rapide et je maintenais un écart « visible » avec les 4 de devant, seul Jean Claude était resté un peu derrière comme il le fait souvent, le temps que la machine s’échauffe. Les gars de tête de course ont l’habitude d’optimiser, plus ou moins à bon escient pour certains, les trajectoires et coupent donc de ce fait leurs virages. Quand au loin une longue courbe à droite se profile, on reste à droite de la chaussée et, comme les routes espagnoles sont larges et leurs bas côtés spacieux et bien entretenus, on ne craint pas d’être happés par quelque véhicule. Nous étions donc dans cette configuration quand les 4 hommes de tête qui m’avaient pris entre 200 et 500m ne virent pas le fléchage à gauche de la route qui disait de prendre la route de Boniches. A droite moi aussi, mais ayant l’avantage d’avoir révisé mon road-book, j’ai eu un doute et je suis retourné sur la gauche de la route pour voir les flèches de plus près : il fallait bien aller à droite ! Je criais pour rameuter les étourdis et je me retrouvais en tête du groupe avec une bonne avance puisque le temps qu’ils fassent demi-tour et qu’ils reprennent la bonne direction, les écarts avaient doublé en ma faveur. Seul Jean Claude ne s’était pas fait avoir puisqu’il était encore derrière moi à ce moment. Je passais au premier ravitaillement en tête au grand étonnement des bénévoles et je leur expliquais le pourquoi de la chose. Robert fut le premier à me rattraper et il me remercia, tout comme l’ont fait les autres par la suite.

    Cette anecdote avait eu comme conséquence de me redonner des jambes et ma moyenne dépassait les 10 et approchait les 10,5km/h. Pas mal pour un lendemain de grosse étape, mais je me résolus à réduire la cadence car il restait du chemin, plus de 60 km avant l’arrivée.

    Je commençais à rattraper des attardés du premier groupe puis certains du second. La température était encore agréable, fraîche, mais avec le lever du soleil et son apparition au-dessus des montagnes, je savais qu’on allait avoir chaud. Les ravitaillements n’étaient pas trop éloignés les uns des autres aujourd’hui et c’était une bonne chose pour ne pas se faire surprendre par la soif. Entre 6,5 et 8,5km, ça donne un passage toutes les 40 à 50 minutes pour remplir ses bouteilles et grignoter quelque chose.

    Bientôt la vallée ombragée se termina et nous nous sommes retrouvés de nouveau sur un haut plateau après une énorme montée de 3km avec des portions à 10% que je négociais en marchant car je n’avais pas envie de perdre trop d’énergie. Il restait encore une trentaine de kilomètres à faire, soit environ 3h sinon plus selon mon état futur.

    La partie qui suivit, sur le plateau, avec quelques montées, quelques descentes et surtout plein de faux-plats face au vent qui devenait chaud ne proposait plus d’ombre. Les camions quand ils me croisaient me scotchaient littéralement à la route et j’anticipais en baissant la tête et en tenant ma casquette que je n’avais pas envie d’aller rechercher dans les buissons ou au-delà des barrières de sécurité.

    J’étais poussif, mais j’avais déjà décidé de ne pas m’acharner à essayer de courir à la limite, ainsi j’alternais souvent marche et course. La fin fut interminable, mais quand l’arrivée fut atteinte, en 7h50’ à peine, j’étais content quand même de mon étape. Je finis 7ème, JB étant resté devant et deux autres coureurs du groupe parti à 7h ayant mis deux minutes de moins que moi. Seul Trond n’a pas eu assez de force pour courir aussi vite qu’il le faisait auparavant. Il a lâché un peu, souffrant encore de dérangements intestinaux.

    Maintenant, tous les coureurs sont soulagés d’avoir vu la fin de cette série de longues étapes et les trois prochains jours vont permettre à tous de se refaire une santé, à commencer par l’étape de demain, longue (ou courte) de 39km.

    A+Fab

     

    CR étape 53

    La plus courte étape de la TransEurope 2012, même pas un marathon ! Et bien elle s’est bien passée malgré un classement inférieur à ce que j’ai fait ces derniers temps. Pourtant, ma moyenne reste correcte, mais ce sont les autres, encore à la bagarre, qui sont allés plus vite qu’à l’habitude. Je n’ai pas cherché à les suivre, préférant savourer et gérer tout en ne prenant pas de risque qui puisse me plomber la fin de cette merveilleuse aventure.

    Le parcours fut plat, malgré quelques petits faux plats, et le temps fut tout aussi estival que depuis que sous sommes descendus des Pyrénées.

    Je suis parti assez vite, avec Jean Benoît dans mon sillage, et après 2h j’avais déjà fait plus de 21km. Ainsi il ne me restait que 18km à faire et je décidais alors de couper quelque peu mon effort et de finir en « roue libre », pas si libre que ça, quelques douleurs aux adducteurs venant perturber ma course. J’ai eu surtout des difficultés quand il fallait repartir des postes de ravitaillement car le passage de l’arrêt à la course s’accompagnait d’une difficile période de réadaptation.

    Je me suis fait dépasser par des coureurs qui reviennent en forme mais qui sont déjà très loin de moi au général et qui ne risquent pas de revenir sauf en cas de récidive de 2009.

    A ce propos, demain soir ce sera la fin de la 54ème étape et je vais tout faire pour prendre le départ de la N°55. A ce moment, j’aurai conjuré le sort qui m’avait laissé à l’hôpital le 12 juin 2009 et qui avait vu la caravane continuer son périple vers le Cap Nord sans moi.

    Je ne vais pas y penser, je savourerai en temps voulu. Ce que je sais, c’est qu’il ne reste que 11 jours et moins de 630km à faire. Demain, l’étape sera longue de 57km environ, et je vais continuer de gérer les choses comme depuis deux ou trois jours, en essayant toutefois de retrouver quelconque plaisir, car la lassitude commence à se faire sentir. C’est sans doute comme quand on sent l’écurie mais que celle-ci est encore lointaine. La moitié de l’Espagne (et même plus) a été traversée, souhaitons que le reste soit aussi sympathique. L’Espagne du « milieu » est très accueillante et comme le temps est au beau fixe, les terrasses des cafés sont souvent agréablement peuplées.

    Bien, sur ce, je vous laisse et vous dis à demain s’il y a de la connexion.

    A+Fab

     

    CR étape 54

    40 mois, depuis le 11 juin 2009, se sont écoulés. Pourquoi le 11 juin 2009 ? Parce qu’il s’agissait de ma dernière étape de la TransEurope 2009 et que le lendemain je n’avais pu prendre le départ pour cause d’opération en urgence pour un doigt de la main infecté. Il restait alors plus de 722km à faire en 10 jours, et j’en avais fait 3764,8 si ma mémoire est encore intacte.

    Cette année, nous avons parcouru 3606,8km (soit 158 de moins) et il ne nous en reste que – si l’on peut dire – 569,1 à faire (153 de moins qu’en 2009). Les conditions sont très différentes cette année : nous sommes moins nombreux, l’ambiance est meilleure (relation de cause à effet sans doute), l’Espagne en automne propose un climat meilleur que celui de la Suède à la fin du printemps, en tout cas moins contrasté et plutôt orienté vers le beau grand temps chaud que vers la froidure et la neige. Pour l’instant, la nourriture aussi est meilleure et les hébergements sont assez spacieux avec des sanitaires corrects pour pouvoir contenter tout le monde.

    C’est avec tous ces éléments dans la tête que j’ai pris le départ de cette 54ème étape ce matin. Nous étions 9 dans notre groupe et le train fut relativement modéré sur les premiers kilomètres. Peu à peu, les plus rapides se sont détachés et sur les nombreuses longues lignes droites on les apercevait de plus en plus loin. Un vent de ¾ de face a soufflé pratiquement dès le début de l’étape et quand nous croisions un camion, on se retrouvait scotché à faire du surplace.

    J’ai couru toujours à proximité de Jean Benoît, tantôt devant, tantôt derrière et parfois je lui proposais de s’abriter du vent quand celui-ci était véritablement handicapant. Entre le km 9 et le km 12, la ligne droite s’est interrompue pour nous faire prendre une petite vallée, donc avec une descente puis une remontée. Ensuite, ce fut à nouveau le vaste plateau et ses longues portions de routes rectilignes. De temps à autres, nous devions escalader un pont, comme celui sur la ligne de TGV espagnole Madrid-côte Est, ou au-dessus d’une route à grande circulation. Ça ne changeait rien à la monotonie du paysage avec des champs de maïs, ou d’autres fraîchement retournés où affleuraient des pierres, ou encore des plantations d’arbres fruitiers.

    Vers le milieu de l’étape, nous avons commencé à apercevoir le changement de programme qui nous attendait : une barrière montagneuse qui allait nous faire passer du plateau de 700m à plus de 900m d’altitude mais en plusieurs kilomètres une grosse quinzaine environ.

    Le vent était toujours défavorable et je choisis l’option « course sur le côté droit de la chaussée » (très large) pour ne plus me faire clouer sur place par les gros camions. A 11 kilomètres de l’arrivée, nous avons enfin changé de route, plus calme et aussi mieux exposée par rapport au vent qui était passé de côté voire de ¾ arrière. En revanche, le vallonnement était plus important mais cela me permit de retrouver un bon rythme de course pour terminer cette étape au plus vite. Jean Benoît, un moment distancé quand mes jambes me permirent d’accélérer dans les montées, me reprit et nous avons fini l’étape ensemble. Il a chuté à un kilomètre de l’arrivée, se prenant les pieds dans une branche qui traînait sur le bord de la chaussée, heureusement sans trop de bobos, juste quelques écorchures.

    Le chrono s’arrêta sur 5h55’55 et la place de 6ème ex-æquo nous contenta, tellement cette étape avait été difficile.

    Demain matin, en prenant le départ de la 55ème étape, j’aurai une pensée pour la mésaventure que je connus 40 mois auparavant, mais je ne vais plus focaliser là-dessus par la suite, l’objectif étant d’atteindre Gibraltar, en pleine forme de préférence.

    A+Fab

     

    CR étape 55

    Je suis arrivé à terme de cette 55ème étape et j’ai ainsi conjuré le mauvais sort de 2009.

    Cette étape s’est mieux passée que celle d’hier, même si j’ai ressenti les mêmes douleurs au bout de 15km. Les adducteurs puis le bassin sont un peu « fatigués » par la succession des jours et des kilomètres et ça tire un peu de partout.

    Le profil de l’étape était un peu plus accidenté et ce n’était pas pour me déplaire car la platitude n’est pas mon fort sur les longues distances. Bien sûr, j’aurais préféré ne pas attaquer tout de suite la montée, mais on ne pouvait pas y échapper : 6km pour passer de 900m à 1050m, avec parfois des passages à près de 10%.

    Nous étions 7 dans le groupe des « moins matinaux » et je suis toujours resté soit 5ème soit 6ème en ayant comme objectifs de ne pas trop traîner en route afin de passer le moins de temps possible sur le bitume et de ne pas pousser l’organisme afin de ne pas souffrir. Le vent encore défavorable a ajouté à la difficulté de maintenir un bon tempo de 5’45/km et ma cadence oscillait – en fonction des côtes et des descentes, des parties abritées ou non – entre 6’15 et 5’30. Pendant longtemps j’étais à plus de 10 de moyenne générale, mais j’ai pris un peu de temps aux ravitaillements et j’ai aussi souvent eu recours à des moments de marche.

    L’itinéraire emprunté entre le km 6 et le km29, fait de bosses et de creux, nous a montré que cette région, fort exposée aux vents, était aussi par voie de conséquence très fournie en éoliennes. Nous en avons vues des dizaines qui tournaient presque toutes. Parfois des forêts nous abritaient pendant quelques hectomètres, mais une fois sur les plateaux défrichés et cultivés, nous nous reprenions le vent de plein fouet. Les cultures céréalières souvent de blé déjà moissonné alternaient avec des plantations d’arbres fruitiers. Sur le bord de la route il y avait aussi beaucoup de petits chênes avec de petites feuilles. Les fossés ou bas côtés étaient rocailleux et souvent jonchés de détritus.

    Une fois arrivé à la moitié de l’étape, ou un peu plus que la moitié, la route descendait et en 15km nous avions perdu 250m, ce qui avait eu aussi comme conséquence de redonner un peu de « jus » à la moyenne, poussive jusque là. Les paysages changèrent aussi et nous nous sommes retrouvés dans une longue vallée bordée de massifs montagneux (les sierras) dont les pentes accueillaient des cultures ou plantations d’arbres fruitiers. Beaucoup de bâtisses en ruines, quelques sommets de collines témoin d’une occupation historique de seigneuries avec des restes d’enclos ou de fortifications de pierres. Nous avons souvent cheminé sur les routes de Don Quichotte qui aujourd’hui ont été remises en état pour le tourisme.

    Le temps était frais à souhait et on apercevait sur les chaînes de montagnes de gros nuages noirs qui devaient apporter des orages et de la pluie. Ce n’est qu’une fois arrivé et installé dans l’hôtel où j’avais réservé une chambre avec Jean Pierre et Jean Benoît que nous avons eu le droit aux orages et à la pluie, qui n’ont pas duré, simplement le temps de prendre la douche puis de se restaurer.

    L’hébergement dans un garage ne m’avait pas inspiré et j’ai bien fait de prévoir l’hôtel car tout y sera réuni : repas du soir et petit déjeuner. En plus de la douche chaude et d’un bon lit moelleux, toutes les conditions sont réunies pour me relancer vers Gibraltar.

    A+Fab

    PS : pas de connexion ce soir, alors ce CR sera lu en différé.

     

    CR étape 56

    Après une reposante nuit à l’hôtel dans un vrai lit, une longue étape nous attendait, 65,6km, une des dernières grandes avant Gibraltar – il n’en restera qu’une de 72, une de 62 et une de 60, les autres pouvant être considérées comme des courts moments de course même si le dénivelé sera parfois assez important. Nous avions eu un bel orage la veille au soir et la question du matin concernait la météo du jour. Au réveil, ça allait, le ciel était dégagé et la température ambiante fraîche mais pas froide, avec un petit peu de vent, sans rapport avec celui de la Mancha qui faisait tourner les moulins de Don Quichotte naguère et les éoliennes qui les ont remplacés depuis.

    Je suis parti et me suis retrouvé rapidement le dernier du groupe des 7, n’arrivant pas à suivre le rythme foldingue imprimé dès le départ par mes collègues. Je mis quelques minutes à me faire une raison et je refusais de lutter ce qui m’aurait peut-être provoqué quelque désagrément.

    Les 32 premiers kilomètres, en faux plat descendant, avec alternance aussi de quelques montées un peu plus prononcées et de descentes du même type, m’ont fait néanmoins adopter un rythme autour de 10,7km/h pendant la première heure puis ma moyenne est progressivement passée à 10 quand j’atteignis le km 32. Les arrêts aux ravitaillements ayant été plus longs qu’à l’habitude afin de bien m’alimenter.

    Les 20 km suivants ont été moins faciles à négocier, sur un parcours plat malgré quelques bosses légères et je n’avais qu’un hâte, que mon décompte mental pour atteindre la ligne d’arrivée passe le plus vite possible. Pour cela, j’avais mis la musique et je me permettais des petits moments de marche pour récupérer et retrouver un peu d’envie.

    Au kilomètre 52, je me suis retrouvé au pied d’une longue et forte montée et j’eus beaucoup de peine à la gravir en courant ; ainsi j’alternais marche et course. Devant, les autres devaient déjà avoir pris une grosse avance, ça faisait plusieurs heures que je ne les voyais plus, mais j’avais décidé de les ignorer afin de ne pas me mettre de pression inutile, que je fasse 7ème ou 5ème était pour moi la même chose et vue l’avance que j’avais sur mon suivant au général, je n’avais pas de crainte.

    Lorsque j’en eu terminé avec la première montée, 4500m et plus de 100m de dénivelé, la route redescendait pendant 2km puis … remontait jusqu’à l’arrivée où je faillis perdre mon chemin.

    Je finis à une moyenne modeste de moins de 10km/h, mais content d’être là. Demain, petite étape de moins de 50km, où tout devrait aller comme il faut, je vais la gérer tranquillement tout en essayant de préserver mon droit au départ avec le groupe des lève-tard.

    A demain.

    Fab

     

    CR étape 57

    Etape courte, mais pas d’envie ce matin au départ. Une forte montée pour débuter la séance ( 3,6km pour D+ 100m suivie d’une trop courte descente (1,8km pour D-50m) puis d’une nouvelle côte (2,2km pour D+50m), tout était réuni pour commencer à souffrir sans s’être véritablement échauffé. Les 12km de longue descente qui suivirent ne furent même pas suffisants pour faire remonter la moyenne au-delà de 10. Mes arrêts aux postes de ravitaillement de plus en plus longs traduisent bien du peu de volonté de m’arracher qui m’animait. Je repris quand même un peu de vigueur quand il fallut grimper la seconde difficulté (sur trois) de la journée. 8km pour un dénivelé de près de 200m, sur une route sans abri, sans ombre, mais comme il n’y avait pas de vent, ce n’était pas trop laborieux, la beauté du paysage, avec des cultures d’oliviers à perte de vue, et les chaînes de montagnes des sierras à l’horizon, faisaient que je passais quelques temps à l’observer et donc à ne plus penser aux douleurs aux quadriceps qui se faisaient de plus en plus pressantes.

    J’ai mentalement réussi à faire que cette étape pourtant courte ne devienne pas une galère et j’ai touché le but en 5h00’03’’ : raté les moins de 5h prévus, mais l’essentiel étant d’être parvenu jusqu’à Baeza sans bobos et blessures, j’ai atteint l’objectif principal.

    Demain, encore une courte étape (50,6km au lieu de 48,7 aujourd’hui) et j’espère mettre un peu moins de temps qu’aujourd’hui si le dénivelé n’est pas trop méchant et si surtout l’envie revient et les douleurs n’apparaissent pas trop rapidement.

    A+Fab

     

    CR étape 58

    Dernière semaine de course. Etape courte. Météo fraîche le matin, mais devenant douce au fil des heures. Grande ville de plus de 100000 habitants à l’arrivée. Dénivelé annoncé de l’ordre de 600m en positif et de 1000 en négatif. Départ dans le groupe des rapides…

    Tout était réuni pour que cette étape soit une belle occasion de reprendre goût à cette fin de TransEurope. De plus, les 11 premiers kilomètres étaient en longue descente, une fois sorti de la ville de Baeza.

    Et bien, la journée fut loin de celle espérée. Pourquoi tant de lassitude à ce moment de la course alors que je devrais être content, serein, et profiter au maximum des dernières étapes ? Je ne le sais pas moi-même. J’ai peut-être, sans doute même, trop donné depuis le début de cette course et aujourd’hui, tout comme depuis quelques jours, je sature. J’aimerais finir en roue libre, mais physiquement je ne le peux pas car après une heure de course je ressens toujours une douleur au niveau du quadriceps droit ce qui au fil du temps me tire sur le bassin et déclenche une gêne à ce niveau. Et mentalement, j’ai du mal et je ne supporte plus les arrivées où certains, attendant depuis longtemps car partis une heure avant, font des réflexions qui ne passent pas (ou plus) quand on a été toute la journée sur la corde raide. Les tensions – il y en a toujours sur ce genre d’aventure de plus de deux mois – sont exacerbées par la fatigue. Espérons que cela ne gâchera pas la fin de la TransEurope. Mon système de « défense » étant de m’isoler pendant la course où je mets le MP3 puis après où j’ai envie de rester seul, loin du bruit.

    Reprenons l’étape, après le franchissement du Rio Guadalquivir, au km 11. S’en suivit une longue montée d’une dizaine de kilomètres, sur une route à grande circulation en travaux car elle va bientôt se transformer en autoroute. Pas beaucoup de possibilité de regarder le paysage alors que dans la descente qui précédait j’avais vu des oliviers et encore des oliviers, mais aussi une large vallée surplombée par une chaîne de montagnes d’altitude sans doute proche de 2000m pour certains de ses sommets. La moyenne que j’avais adoptée jusqu’au bas de la descente était de l’ordre de 11,8 km/h et une fois le ravitaillement passé, comme ça remontait, cette moyenne fléchit pour retomber à 10,7 au bout de la seconde heure de course. Heureusement que le parcours nous fit quitter la grande route pour en emprunter une plus calme et aussi plus belle : beau revêtement, alternance de bosses et de creux, et … toujours les oliviers. Vers le km 30, nouveau virage à 90° pour trouver une route qui montait très fort alternant bitume et graviers, alternant aussi ensuite d’autres montées et descentes avec des pourcentages proches de 10% par endroits. Les oliviers la bordaient de chaque côté mais le panorama était agréable à admirer, au risque de se casser la figure si l’on ne regardait plus où l’on mettait les pieds. Ma vitesse avait de nouveau chuté car je n’hésitais plus à alterner course et marche et comme je prenais un peu plus de temps aux ravitaillements, j’étais sur du 9,3 de moyenne entre deux postes de ravitaillement et j’étais passé sous les 10km/h pour l’étape. Néanmoins je taillais quand même la route.

    La fin fut de nouveau pénible ; j’avais l’envie mais plus les forces, alors je pris mon mal en patience et regardais mon GPS pour suivre le décompte jusqu’à la ligne d’arrivée. Celle-ci se trouvait après un périple de plus de deux km dans la ville de Jaén, avec tout ce que cela comporte d’incertitudes dans la direction à prendre car le fléchage n’était pas forcément évident à repérer. Le road book et le fléchage n’étant pas toujours en adéquation, je me suis parfois retrouvé face à un dilemme tant que je ne voyais pas les stickers rouge fluo : devais-je prendre à gauche ou à droite ? Quand on est en fin d’étape et qu’on n’a qu’une envie, celle d’en finir, cela peut énerver. C’est un peu dans cet état que je suis arrivé et ceci peut expliquer que je n’ai pas supporté certaines réflexions ou remarques acerbes une fois l’arche d’arrivée franchi.

    Bon, demain ça ira mieux – j’espère – et comme l’étape est plus longue (60km) avec un gros dénivelé, il va falloir se préparer à mettre au moins une heure de plus.

    Nous sommes hébergés dans le gymnase de l’Université de Jaén et nous avons dîné au restaurant universitaire. C’est une grande fac abritant plusieurs milliers d’étudiants. La ville semble belle car à flanc de montagne et les habitations sont de plus en plus typiques de l’Andalousie.

    A+Fab

     

    CR étape 59

    Avant-propos

    Le CR rédigé chaque soir raconte ce qui s’est déroulé lors de la journée et donc on peut s’apercevoir en en lisant deux ou trois de suite que les états psychologique et physique sont soumis à de grosses variations à 24 ou 48 heures d’intervalle. Et quand on ne peut pas se connecter deux jours de suite, on écrit quand même un CR et lorsqu’on a une possibilité de se connecter, on envoie le tout. Ainsi, le lecteur doit être mis en garde s’il lit à la suite les CR.

    Si j’ai commencé ce CR par ça, c’est qu’aujourd’hui l’étape 59 s’est mieux passée que celle de la veille. Je suis arrivé tout aussi fatigué physiquement, mais mentalement j’ai mieux terminé. Pourtant l’étape ne fut pas facile, mais la façon de l’appréhender fut quelque peu différente. J’ai essayé de laisser toute forme de pression de côté, ne m’occupant que de ma course, ne regardant pas celle des autres.

    Le départ de Jaén en pleine heure de pointe ne fut pas très aisé et il fallait faire attention au fléchage à chaque carrefour. Plus de deux kilomètres de ville la plupart du temps en montée, puis ce fut la descente courte mais pentue qui nous fit sortir de l’agglomération. La route aperçue plus loin dans le fond de la vallée semblait monter assez tranquillement et je pensais que ça allait être assez facile d’atteindre le col ou ce qui pouvait ressembler à un col. Hélas, en vérité on nous fit emprunter une magnifique piste cyclable qui débutait par une portion à très fort pourcentage qui m’obligea à marcher. Par la suite, cette voie semi piétonne et cycliste continuait de monter en faisant de longs lacets. Tout au long il y avait des sculptures et des panneaux rappelant l’occupation préhistorique des lieux ou montrant que le paysage avait servi de modèle pour des peintres. C’était distrayant et faisait oublier la difficulté de la côte. Après 8km de cet itinéraire magnifique mais aussi difficile, nous avons atteint le « col » pour ensuite descendre fortement sur la route principale pendant plus de 3km.

    Par la suite, l’itinéraire devint plus tranquille, nous avons quitté la route principale, et les 14km de montée relativement modérée (+ 300m) furent moins périlleux que les 4km à 10% annoncés la veille, même si parfois un petit coup de forte pente nous attendait.

    Jusque-là, ma course avait été prudente et je l’avais gérée de telle façon à me faire plaisir, alternant marche et course quand j’en ressentais le besoin. Le second poste de ravitaillement étant placé à plus de 12km du premier, j’avais emporté une petite bouteille de jus d’ananas en complément afin de ne pas me retrouver en manque de boisson.

    Une longue descente d’abord régulière puis un peu bosselée me permit de faire remonter ma moyenne qui n’était que de 9,3km/h en fin d’ascension. Les jambes tournaient bien, j’avais quand même mal au quadriceps droit et un peu aux reins, mais je courais bien entre 10,5 et 11,5km/h. J’avais repris quelques décimales (9,6km/h de moyenne globale au km50) et je me disais que la fin allait pouvoir se négocier de belle manière et que je pourrais arriver en étant content de la journée. Certes il restait une douzaine de kilomètres et le parcours était maintenant bosselé, mais l’essentiel était préservé. Je finis 8ème et satisfait de ma journée, même si sans les douleurs cela aurait été meilleur.

    Demain, nous arriverons à Puente Genil où j’espère pouvoir me connecter et poster ce CR et celui de la veille.

    A+Fab

     

    CR étape 60

    Le départ dans la fraîcheur en pleine montée qui oblige à marcher au bout de 200m ça calme les ardeurs des plus téméraires et comme je n’avais pas envie de me faire mal, j’ai pris tout mon temps afin de bien m’échauffer. J’avais vu que la montée faisait environ 5km, bien sûr pas à un pourcentage aussi fort que celui des premiers 500m, et qu’il faudrait être patient avant de pouvoir retrouver un rythme de course « normal ». (passage au km 6 en 39’30’’).

    La descente qui prit la suite, d’environ 6km elle aussi, fut négociée plus rapidement et au km 12 j’étais à presque 10 de moyenne pour l’étape. Bien entendu, je souhaitais avant tout engranger afin de me permettre par la suite de gérer au cas où. Les premières douleurs ont fait alors leur réapparition, au quadriceps droit encore et toujours, si bien que je me suis dit de ne plus essayer de forcer et de continuer mon petit bonhomme de chemin clopinant parfois, mais souvent en essayant de me concentrer sur ma foulée pour tenter de limiter la gêne.

    Jusqu’au kilomètre 17, le parcours était peu accidenté, alternant parties montantes et d’autres descendantes, puis nous sommes arrivés à un endroit où nous avons pris une piste cyclable, ancienne ligne de chemin de fer réaménagée, et après une forte montée pour l’atteindre nous avons pu courir tranquille pendant une douzaine de kilomètres. J’étais relativement lent, mais j’avançais quand même. Quand on a quitté cette voie verte, on a rejoint la route principale qui descendait encore pendant quelques kilomètres, jusqu’au 47ème, et alors une forte montée pour traverser une ville nous attendait. Je la fis en marchant afin de me retrouver sur le plateau ? Là, les oliviers et la vigne dominaient le paysage. Ça changeait que de voir tout le temps les oliviers !

    Les plus de 20km en descente principalement, malgré quelques remontées bien usantes, ne furent qu’une formalité, pas facile à faire, mais qui s’est faite. Le bonheur d’avoir fini cette 60ème étape n’en fut que meilleur.

    Je vous laisse car la bibliothèque où je me suis réfugié pour rédiger et poster ce cr va fermer.

    A+Fab

     

    CR étape 61

    Aujourd’hui, nous avons franchi le 4000ème kilomètre depuis Skagen. On en était au marathon de cette 61ème étape et il ne restait à parcourir que 12km ;

    Jusque-là, l’étape s’était bien passée pour moi, j’étais partie assez rapidement par rapport aux dernières étapes où j’avais été un peu fatigué. Le départ en montée, en ville de surcroit, s’est bien passé, il fallait être attentif aux changements de direction et aux trottoirs, mais j’étais bien concentré et les jambes « avaient envie » de faire quelque chose aujourd’hui. Bien sûr, après 9km (51’) une longue ascension nous attendait et ces 8km se déroulèrent relativement bien. (km 17,4 en 1h40’).

    La suite, sur un plateau bosselé, n’empêchait pas de continuer à courir à bonne allure, en l’occurrence 10km/h environ pour moi, et mes sensations restaient bonnes, même si la douleur aux quadriceps et adducteurs commençait à se faire sentir. Pendant plus de 25km, cette tôle ondulée sur une route pas très facile à suivre car les bas côtés étaient très étroits voire inexistants, permettait de continuer d’engranger les bornes. Le passage du marathon, qui coïncidait avec celui des 4000km depuis le Danemark, marqua néanmoins un changement : le fort vent commençait à devenir véritablement un ennemi et je commençais à puiser avant la longue montée où, au sommet, il y avait des éoliennes heureuses de tourner grâce au vent fort et régulier. 3500m et 150m de dénivelé positif, ça casse bien l’allure et je me fis reprendre par Jean Benoît au dernier ravitaillement. Sans nous concerter, nous avons pris des relais dans la descente et sur le plat afin de lutter contre le vent. C’était efficace et nous avancions assez bien. La ville approchait et quand nous avons fait les 2500m séparant le panneau d’entrée de la ligne d’arrivée, nous étions soulagés d’en avoir fini avec cette 61ème journée de course : plus que 3 ! Encore 160km environ à faire en trois étapes, cela ne devrait plus poser de soucis majeur, il suffira d’être patient. Demain, vendredi, on annonce de la pluie, denrée rare sur cette TransEurope et surtout dans cette partie de l’Espagne. Espérons que nous n’en souffrirons pas trop afin de profiter pleinement de l’arrivée à Ronda après plus de 63km. La ville est au bout d’une longue et forte montée, mais elle est très jolie.

    A demain pour un autre CR.

    Fab

     

    CR étape 62

    Après une nuit un peu difficile en raison du bruit de la musique qui accompagnait un cours d’aérobic et de ceux provenant de la salle de musculation et aussi parce que mon 3ème matelas commençait à se dégonfler peu à peu, je me réveillai assez fatigué en ayant bien envie de faire une petite grasse matinée. Je m’octroyais 30’ supplémentaires car mon départ était prévu à 8h, puis je me levais enfin pour prendre le petit déjeuner. Celui-ci passe de moins en moins bien car il y a toujours les mêmes choses et je commence à en être écœuré. Je m’étais acheté des petits pains au lait et du chocolat la veille ainsi je pus me faire un peu plaisir. Le café au lait aussi ne m’inspire plus d’autant qu’il est souvent moins que tiède. La météo annoncée n’était pas bonne non plus, les fortes pluies de la veille dans la région Andalouse ayant causé quelques dégâts.

    Donc, beaucoup d’éléments étaient réunis pour que cette journée soit difficile, le dénivelé annoncé étant assez important (+550m en 22km + toutes les bosses à passer).

    Le départ fut donné sous une pluie très éparse dans la fraîcheur et l’obscurité de ce 19 octobre, deux mois jour pour jour après notre départ de Skagen. Les 22 premiers kilomètres ne furent pas trop compliqués, je passais la 1ère heure avec 10,7km et la seconde avec 20,4km au compteur. La suite fut moins facile car nous avons quitté la route principale pour courir sur une moins fréquentée mais plus accidentée et très endommagée par les fortes précipitations du mois dernier et par celles de la veille. Les coulées de boue ou mini glissements de terrain avaient laissé leurs traces sur le macadam ce qui rendait le sol glissant et les chaussures très lourdes avec la boue qui collait.

    Une fois cette partie terminée, nous avons repris une route à forte circulation où tour à tour nous avons vu des convois militaires, des camions transportant des Porsche et des Ferrari, des groupes de motards de la police, des véhicules d’intervention –pompiers et prompts secours – ainsi que de belles voitures de sport conduites par des britanniques. A tout ce trafic, il faut ajouter les autres véhicules, automobiles, camionnettes et camions habituels. Le paysage était devenu au fil de l’ascension du col de plus en plus montagnard, quelques cultures d’oliviers subsistant, des arbres et arbustes verts poussant là où il leur était possible de le faire. Le reste était plutôt rocailleux avec peu de végétation.

    Une fois arrivé au col je fus un peu soulagé d’avoir de la route descendante, surtout après 22km de montée même pas trop forte. La descente pas franche dura jusqu’à la fin de l’étape soit les 16 derniers km qui furent assez longs.

    Au total, la journée fut relativement belle au niveau météo, un peu moins en ce qui concerne la course, mais le principal est que je suis arrivé au bout. Plus que deux étape, ça sent l’écurie ! Petite ville demain soir pour nous accueillir. Peut-être y aura-t-il une connexion, en tout cas, ce soir, il n’y a rien. Donc vous lirez ce CR en décalé.

    A+Fab

     

    CR étape 63

    Après une mauvaise nuit passée dans une minuscule pièce surpeuplée dont la porte grinçait dès que quelqu’un l’ouvrait et la fermait pour aller aux toilettes, sur un matelas crevé, coincé entre de gros ronfleurs, à côté de deux grands gymnases où se sont déroulés des matches de foot en salle jusque vers 22 heures voire plus, avec de surcroît un petit déjeuner tout aussi peu appétissant qu’à force il dégoûte de le prendre (mais il faut bien se nourrir quand même) servi sans lumière car personne n’a trouvé comment remettre l’éclairage de la salle en marche, cette étape s’annonçait un peu compliquée.

    Le départ, avec la traversée de Ronda, très jolie ville dont nous n’avions rien vu la veille, se fit dans l’obscurité et il fallait avoir l’œil pour repérer le fléchage. Peu à peu nous avons découvert le charme de la ville mais rapidement nous en sommes sortis pour retrouver une route d’assez bonne qualité mais qui commençait par grimper. La montée n’était pas trop forte et les 8km pour passer de 680m à 1030m d’altitude se passèrent bien malgré la fraîcheur de l’atmosphère.

    Le profil de l’étape était annoncé comme très vallonné avec une succession de bosses et de creux jusqu’au 40ème kilomètre. Mais le paysage, montagnard, avec des villages perchés dont les maisons aux façades blanches faisaient ressortir la beauté, nous faisait quelque peu oublier l’effort à faire pour grimper. Au col du km 30, une surprise nous attendait : le panorama nous montrait le rocher de Gibraltar situé à une quarantaine de km de là à vol d’oiseau, avec en arrière plan l’Afrique, le Maroc et son arrière pays montagneux. Entre les deux on devinait la mer Méditerranée et on pouvait apercevoir les gros navires qui transitent de ou vers l’océan Atlantique. Dans la descente, je ne quittais plus le rocher des yeux, but final de notre épopée. Mais il faudrait attendre encore pour le toucher. La végétation dans la descente n’était plus composée d’oliviers, peu à peu nous avons vu des plantations d’orangers. Les 12 derniers km je les fis à plus de 11 voire de 12km/h tellement j’avais hâte d’en finir et comme je me sentais bien, j’en ai profité. J’ai fini avec Jean Benoît et Gilbert parti 30’ avant nous et dernier coureur du groupe « matinal » que nous avons rattrapé.

    Le gymnase est mieux que celui de la veille, le repas par contre même s’il était bon dut se prendre dans un restaurant situé à un gros kilomètre de la salle. Comme si on n’avait pas assez couru comme ça ! Enfin, c’est la dernière nuit dans un gymnase, demain ce sera l’hôtel et la fin de cette TransEurope.

    A+Fab

     

    CR étape 64

    Ça y est ! Je suis enfin finisher d’une transcontinentale !

    Honnêtement, 3 heures après l’arrivée, je ne réalise pas encore car je n’ai pas eu d’émotion particulière sinon celle d’avoir fini cette dernière manche. J’ai envoyé des SMS à ma famille et aux proches amis et leurs réponses pleines de bonheur ont quand même déclenché quelques frissons. On a attendu les copains et de voir leur joie ça aussi ça faisait quelque chose

    La journée s’est-elle bien passée ? J’ai souffert, de ma chute de la veille dans les douches, et parce que dans ma tête j’avais aussi un peu « coupé » l’envie. Il fallait faire cette dernière étape, je l’ai faite, sans saveur particulière car je n’avais plus le moteur pour aller à une vitesse qui m’aurait convenue. Certes je ne mets que 5’ de plus que ce que j’avais prévu, mais j’ai été laborieux. J’ai fini avec Neil, compagnon des premières étapes danoises et allemandes, et avec Fred Borel, les deux benjamins de la course (moins de 40 ans). Bravo à eux d’être allés au bout.

    J’avais emporté l’appareil photo et j’ai quand même passé les premières heures de course à mitrailler à gauche et à droite à la manière d’un japonais (NB : certains coureurs japonais ont pris des centaines de photos par jour !). Je trouvais le paysage joli, mais les mots me manquent pour le décrire, alors des photos seront plus « loquaces » et je ferai moins d’erreurs d’interprétation.

    J’ai couru pendant les trois premières heures sur un rythme de plus de 10km/h, mais les temps de pause aux ravitaillements ou pour marcher de temps à autres ont fait baisser ma moyenne à environ 9,7km/h. cela est très anecdotique car le but de cette journée était d’arriver au bout sain et sauf.

    J’ai quand même réussi à mettre moins de temps en 64 jours sur cette TransEurope (pour 4178,5km) que lors des 54 que j’avais faits en 2009 (3764,8km). Il est vrai que cette année ma moyenne générale, d’environ 9,35km/h ce qui correspond à celle de ma seconde meilleure Transe Gaule, m’a permis d’économiser beaucoup de temps et donc de fatigue ainsi que de matériel. On use moins les chaussures quand tout va bien.

    La météo a été bien fraîche, froide même au moment du départ car il n’y avait pas de nuages, et au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de Gibraltar, qu’on n’apercevait même pas contrairement à hier, les nuages sont venus couvrir le ciel. On a progressivement atteint cette grande zone urbanisée et industrialisée dont les usines, raffineries et autres unités de production ou de traitement pullulaient. Au dernier poste de ravitaillement, on a enfin découvert le rocher de Gibraltar, mais il restait encore plus de 6km à faire, le long des raffineries et dans les rues des petits villages avant La Linea, lieu de l’arrivée.

    Un dernier round sur le remblai et l’arche d’arrivée se profilait. On a terminé en croisant de nombreux promeneurs, certains étonnés, d’autres nous encourageant.

    Des photos, des boissons, des bises… puis ce fut l’hôtel où je me suis installé et où j’ai pris ma douche, refait mes sacs pour que demain je n’aie pas de mal à prendre l’avion. Ce sera une autre histoire, en sorte une 65ème étape pas si facile que ça. Demain soir, à 20h30 mon avion devrait atterrir à Nantes, après une escale et un changement à Londres. Je croise les doigts pour qu’il n’y ait pas de soucis.

    On verra, l’essentiel étant d’être allé au bout de mon aventure.

    Merci à tous ceux qui m’ont encouragé.

    A+Fab

     

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