• TransEurope 2012 : étapes 23 à 43 (France)

    CR étape 23

    Nous avons quitté l’Allemagne ce matin et profité une dernière fois de la tranquillité de ses pistes cyclables. Partis dans l’obscurité qui a obligé la plupart des coureurs « sérieux » à porter une veste de sécurité nous avons vu le soleil se lever (en nous retournant tout de même car nous filions plein ouest) et au loin nous pouvions apercevoir le Massif Vosgien dont on reconnaissait le Ballon de Guebwiller. Mais les Vosges, ce n’était pas au programme pour le moment, elles devaient être abordées aux 2/3 de l’étape.

    Le premier à passer en France fut JB suivi d’Eilolf, le 3ème c’était moi. Ce départ qui semblait tranquille s’était avéré être assez rapide toutefois. Nous étions à 10km/h et plus parfois, alors quand nous avons franchi le Rhin, puis le canal latéral nous avons pu mesurer l’écart entre les 5 premiers et les autres.

    La suite du parcours allait s’avérer délicate car dangereuse avec la circulation automobile sur de longues lignes droites sans bas côté pour se réfugier en cas d’attaque de poids lourds ou de voitures. Une fois ces interminables tronçons routiers digérés, j’ai pu enfin trouver un rythme plus détendu et néanmoins tout aussi rapide. Le revêtement grossier de la route s’adoucit aussi et j’engrangeais les bornes. Ma moyenne cumulée depuis le matin était proche de 10, environ 9,7km/h, et une des raisons à cela était que je passais moins de temps à me ravitailler. Jusqu’au N°6, je ne restais pas plus d’1’ à 1’30 et rien que ça ça conforte une moyenne. Au ravito de la soupe, je ne m’attardais pas non plus car elle n’était pas prête : on allait trop vite avec JB et Eilolf.

    Je décidais d’accélérer encore un peu au sortir du ravito tenu par Gégé et Nicole où j’appris qu’un de nos futurs lieux d’hébergement avait décidé de ne plus nous recevoir (La Châtre). Ça m’a bien pris la tête et pour me calmer, je passais à la vitesse supérieure. J’ai tenu bon jusqu’à une dizaine de km du but, même si j’avais chaud et que je recherchais de l’ombre et de quoi tremper ma tenue.

    Je finis un peu moins vite, m’octroyant 5’ de marche pour récupérer et penser déjà à l’étape de demain qui fera 79km et nous mènera à Noisdans le Ferroux où nous allons dormir dans des gîtes et manger de la cancoillotte, plat régional.

    Un peu de stress ce soir au moment du dîner : le traiteur n’avait encore rien livré à 18h30 et avec Nicole nous sommes allés voir ce qui se passait. Comme on était lundi, le traiteur avait eu du mal à trouver du pain, et comme c’est son jour de fermeture, il n’a pas pu aller le prendre avant. Mais tout est rentré dans l’ordre et tout le monde a été ravi d’avoir des salades à volonté avec viande froide, pain, fromage et dessert. On est en France, c’est moi qui m’étais occupé de trouver le traiteur, j’en étais tout ému.

    Je vous quitte car demain sera un autre long et difficile jour de course. Espérons simplement que nous ne soyons pas en danger au moment des heures de pointe sur les départementales franc-comptoises. Aujourd’hui un coureur s’est un peu blessé en chutant après avoir évité une voiture qui ne s’était pas écartée. Un petit tour chez le médecin et le voilà réparé.

    A+Fab

    CR 24ème étape

    Dernière longue étape de la triplette à plus de 75 bornes (240km en trois jours) on va avoir deux jours de semi repos : 48km demain et 55km après demain. Je vais avoir le temps de me reposer ce que je n’ai encore pas pu faire aujourd’hui après mon arrivée étant sollicité à gauche et à droite pour régler des problèmes d’organisation (paiement des hébergements et repas).

    Ce matin, au départ, la nuit était noire malgré un timide croissant de Lune un peu flou dans un ciel semi couvert. J’avais consulté la météo et on annonçait l’arrivée d’orages pour l’après-midi et dans la soirée. J’avais ajouté à ma tenue un poncho que j’ai placé dans mon petit holster à côté de ma seconde bouteille remplie d’eau celle-là, l’autre, tenue à la main contenant une boisson glucosée pétillante et citronnée. J’avais aussi emporté ma frontale parce que je me doutais que le parcours ne nous ferait pas prendre le centre de Belfort et j’ai eu le nez car quelques hectomètres après la sortie de la ville, nous nous sommes retrouvés sur une piste cyclable dans le noir. Je menais donc un petit groupe de 4 ou 5 qui n’avaient pas prévu de lumière. La lampe était indispensable et je me demande comment ils auraient fait si je n’avais pas ouvert la route.

    Plusieurs kilomètres ont passé et nous avons rejoint la route, calme où le jour commençait à se lever et donc ma lampe n’était plus indispensable. Le premier ravitaillement devait se trouver au km 10, mais une erreur de pointage GPS l’a déplacé sur une autre route à 150m du lieu où il aurait dû se trouver. Je n’ai pas hésité à continuer ma route sachant que j’avais ma seconde bouteille, mais ceux qui étaient partis sans rien ont dû faire le détour avant que le ravitailleur ne revienne se placer au bon endroit.

    Après cette petite péripétie, nous n’étions plus que deux devant, Christian Fatton qui avait des jambes toutes neuves par rapport à la veille et moi. Nous avons continué notre échappée et le parcours devint un peu vallonné ce qui n’était pas pour me déplaire. De longues portions de route au revêtement abrasif m’obligeaient à lever un peu les jambes et à ne plus adopter ma foulée rasante. Jean-Claude Le Gargasson, touché aux releveurs depuis plus de 10 jours, me rattrapa et me lâcha progressivement. Il pouvait enfin reprendre sa vraie place, celle du groupe des rapides et je ne le revis plus de la journée sauf quand de longues lignes droites dégageaient la vue à plus de 2 ou 3km.

    Christian revenu en forme, Jean Claude reparti comme au début de la TEFR, je pouvais retourner « jouer dans ma cour » sorte de Ligue 2 de la TransEurope. Je n’ai ni l’étoffe ni le niveau pour jouer dans la cour des grands et si j’ai pu faire parti de cette sorte de Ligue 1 de la TransEurope ce ne fut qu’occasionnellement en fonction des aléas de la course.

    La journée fut de plus en plus laborieuse surtout une fois que le premier orage éclata : une bonne pluie qui cessa une fois que j’avais fini d’enfiler le poncho. Mais comme j’avais mis 5’ à me décider de le sortir, j’étais bien trempé. Le vent qui soufflait en rafale et souvent face à nous me sécha assez rapidement et je pus remettre le poncho à sa place. Bien sûr, on ne peut pas gagner à tous les coups, un nouvel orage arriva et je réussis à anticiper et à mettre – tout en continuant de courir – le joli poncho rouge qui devait étonner sinon faire rire les automobilistes croisés à ce moment. Là, la pluie redoublait et j’arrivais juste au ravitaillement de Gérard et Nicole quand j’aperçus un jogger en contre sens : c’était Martial Lanoue qui avait participé à la Transe Gaule 2007 mais qui avait été contraint à l’abandon au bout de quelques étapes, suite à une inflammation des releveurs. Il pleuvait fort, mais je ne voulais pas m’éterniser pour ne pas me refroidir et je repris ma route pataugeant

    dans les flaques. La pluie cessa peu avant l’entrée dans Vesoul et je rangeais alors pour la dernière fois j’espérais mon imper de fortune. C’est à ce moment que revint sur mes pas l’autrichien Ambros et que le premier du peloton des rapides partis à 7h me dépassa (Trond, le norvégien). Je ne fus pas étonné sachant que Stéphane devait encore avoir mal à cause de sa sciatique ce qui devait l’empêcher de courir à son rythme habituel.

    La traversée de Vesoul fut laborieuse et je dus laisser Ambros s’en aller, ne cherchant pas à le rattraper ce qui m’aurait coûté plus que cela m’aurait rapporté.

    La fin fut interminable et mon GPS indiquait déjà 79km que le village d’arrivée n’était pas encore vraiment proche. Je finis en 8ème position, avec 8h36’ de course dans les pattes.

    Après, l’installation dans les gîtes, la douche, le lavage du linge, l’étendage, la collation et l’hydratation, tout ça me prit du temps et au moment où j’allais enfin pouvoir me reposer en m’allongeant sur mon lit, on est venu me chercher pour régler des problèmes d’intendance, ce qui m’a pris 1h30 ! Il fallait aller voir les propriétaires des gîtes pour payer, mais comme les organisateurs n’étaient pas d’accord sur le nombre de personnes à compter ni sur le nombre de places occupées, il a fallu discuter (et moi je suis l’interprète qui parfois n’arrive pas à tout comprendre ou à tout traduire dans cette discussion de chiffonniers). On a réussi à trouver un arrangement et les propriétaires des gîtes ont été très sympathiques en ne comptant pas tout.

    Après il fallait transmettre des nouvelles, positives, concernant une ville étape où l’hébergement avait été annulé par le propriétaire de la salle. Nicole a réussi à convaincre la Mairie de cette ville de nous prêter une auberge de jeunesse qu’elle a mise en vente. Donc de ce côté-là aussi, ça m’a bouffé de l’énergie et j’espère que ça sera tout pour les petits soucis extra sportifs.

    Sur ce je vais poster mon CR puis éteindre et dormir.

    A+Fab

     

    CR étape 25

    Faisant partie du groupe des « lève-tard » en raison de mon bon classement sur l’étape d’hier, j’ai pu me préparer tranquillement pour cette courte étape.

    La nuit dans le gîte s’est bien passée, même si à 4 nous étions un peu à l’étroit dans une chambre faite pour 6. Mais les sacs et valises occupent plus de place que des personnes.

    Ce matin, le petit déjeuner fut pris au Matchiko, le restaurant qui nous avait servi à dîner la veille au soir (cancoillote, plat régional que m’avait fait découvrir Claude Gilard lors de la Transe Gaule 2011. A ce propos, je répare un gros oubli : il est venu nous voir à Valdoie il y a deux jours et sa visite nous a bien fait plaisir.)

    Le rangement de affaires et la préparation pour l’étape me prit plus de temps, mais j’en avais gagné un peu plus si bien que j’ai aussi pu faire du tri et du rangement dans mes affaires.

    Le départ fut donné à 7h précises, juste une heure après le groupe précédent, et je me retrouvais rapidement … bon dernier, ce qui est peu habituel pour moi. Je ne m’en faisais pas plus que ça, sachant que j’allais pouvoir courir à mon rythme, sans personne à me coller aux basques.

    Les premiers kilomètres, d’échauffement, passés, je pris une allure de croisière confortable et remarquais que j’étais à plus de 10km/h. mais même comme ça, je ne revenais sur personne.

    Au premier ravitaillement, je reprenais quand même Christian et Markus que je passais et je me rapprochais ensuite d’Ambros, parti encore plus vite que moi. La jonction se produisit vers la mi-course où nous avions déjà commencé à doubler des coureurs du groupe parti à 6h. Un petit signe ou mot d’encouragement pour chacun d’eux, un peu de compassion pour ces forçats de la route dont beaucoup souffrent pendant que je les laisse quasiment sur place. J’ai déjà été à leur place, naguère, et je sais ce que ça fait.

    Le parcours devint un peu accidenté et j’accélérais la cadence, j’adore attaquer dans les côtes. Je dépassais Ambros et le laissais courir derrière. Je devais être 5ème virtuellement, mais je ne le savais pas. Je poursuivis mon effort jusqu’au dernier ravitaillement où je ne m’arrêtais que pour remettre du cola dans ma bouteille, sans prendre le temps de boire une soupe. L’arrivée était trop proche pour que je reste flâner.

    Christian me rattrapa peu après et me laissa sur place, ainsi je me sentais un peu soulagé de n’avoir pas à essayer de le reprendre. J’ai fini avec Markus, jamais très loin derrière, et les derniers kilomètres ont paru oins longs.

    Moins de 5h pour 48,3km en 4h46’, une belle 6ème place ex-æquo, ni blessure ni courbatures, le bilan du jour est très positif. Moralement, après un coup de fatigue sans rapport avec la course mais plutôt en lien avec les à-côtés de la course (intendance par exemple), ça va mieux. J’avais trop de pression quant aux contacts que j’avais moi-même pris pour la course au niveau hébergement et restauration, que dès qu’il y avait un petit hic, je me prenais tout de plein fouet.

    Bon, il est tôt, 15h45, je poste ce CR et me repose.

    A+Fab

     

    CR 26ème étape

    Après la soirée d’hier où vers 17h une réunion dans la cour de la mairie, ancienne cour de l’école publique sans doute, fut programmée par les élus locaux qui nous ont offert le kir originaire de la région, nous avons pris notre repas sous barnum car il n’y avait pas assez de place dans les deux petites pièces de la salle polyvalente. La réactivité et les bonnes initiatives de la Mairie sont à noter, et le repas apporté par le traiteur que j’avais contacté dès décembre dernier semble avoir contenté tout le monde tant au niveau qualité que quantité. (NB : Traiteur « Le Colvert » à Gray)

    La nuit s’est bien passée malgré le très peu de place pour installer toutes nos affaires et tout notre matériel de couchage. Certains japonais ont même préféré aller dormir dans les vestiaires du stade où se trouvaient les douches.

    Comme je faisais partie du groupe des plus rapides, je devais partir à 7h15, les moins rapides de la veille partant à 6h15. Ces horaires légèrement décalés sont la conséquence de la nuit qui se prolonge de plus en plus du fait de notre avancée à la fois vers l’automne et vers l’ouest. Bientôt on partira à 6h30 puis sans doute à 7h quand nous serons dans le Massif Central.

    Je suis parti dernier du groupe et je le suis resté un bon moment. Mais j’étais un peu fatigué et n’avais pas envie de lutter à chercher à rattraper Christian et Markus. La pluie s’était invitée dès le départ et je mis quelques km à me rendre compte qu’elle était partie pour durer, ainsi j’enfilais mon poncho que je garderai jusqu’à 15km du but.

    La première partie de l’étape était plate, avec parfois un faux plat, mais pas de quoi fouetter un chat. Il n’y avait pas beaucoup de circulation et cela permettait de courir tranquillement sur les longues portions de route droite. Peu après le second ravitaillement je commençais à dépasser des coureurs de « 6h15 » et petit à petit je remontais le peloton éparpillé sur le parcours. Les grandes parties dégagées permettaient d’apercevoir au loin les prochaines « victimes » sur qui je mettais de plus en plus de temps à fondre. Je dépassais aussi Stéphane qui recommençait à souffrir de son bassin et de douleurs aux jambes.

    Après la mi-parcours, les côtes arrivèrent et il fallait les franchir. Après chacune d’elle j’espérais que ce soit fini, mais arrivé au sommet je m’apercevais qu’il y en avait une autre, puis encore une autre. Cela a duré une grosse dizaine de km et ce n’était pas fini.

    La fin approchait et je commençais à fatiguer et à avoir mal aux pieds qui étaient trempés. Le revêtement des routes de cette étape n’ont pas facilité ma foulée rasante.

    Je finis en moins de 6h, objectif atteint, à la 9ème place car des coureurs partis à 6h15ont terminé en moins de temps que moi.

    Demain, il y aura 83km, soit 28 de plus qu’aujourd’hui. Ce sera un autre morceau à bien gérer avant les étapes de samedi (83km elle aussi) et de dimanche (73km « seulement »). On aura franchi la barre des 2000km et il faudra continuer à être vigilants pour les 35 étapes restantes.

    A+Fab

     

    CR 27ème étape

    Le départ du groupe dans lequel j’ai été placé fut donné à 6h15 pour cette longue étape vers Avallon, où 83km nous attendaient. Il faisait nuit et il y avait du brouillard. J’avais donc come quelques coureurs prévu de prendre ma frontale et de mettre une tenue de sécurité pour être visible des éventuels véhicules roulant sur notre itinéraire si tôt le matin.

    La route pour quitter le village était pendant quelques centaines de mètres en descente et rapidement une longue montée se présenta devant nous, dans le noir. Je suis à l’aise les petits matins brumeux et frais au réveil dans les montées et j’ai donc attaqué tout de suite la côte. J’ai fait attention à n’allumer ma frontale que lorsqu’il y avait des carrefours ou des véhicules arrivant en sens inverse. Le reste du temps, je l’éteignais afin que derrière on ne puisse pas m’avoir en point de mire. Je n’avais pas envie d’emmener du monde sur mon porte bagages et j’en connais quelques uns qui pourtant aiment bien se faire piloter, surtout s’ils n’ont pas voulu s’encombrer d’une lampe. Mon avance s’est rapidement accrue au point que je ne voyais personne dans la pénombre qui me suivait. Une fois j’ai eu une hésitation à un embranchement de deux routes n’étant pas certain d’avoir suivi le bon chemin, mais en revenant 10m en arrière, j’ai vérifié que le fléchage m’orientait sur la route que j’avais choisie. Ça me fait souvent douter de ne pas voir le fléchage et je me dis que je vais continuer quand même et que si je me trompe, alors j’aurais fait un mauvais choix. Mais la vie est ainsi faite qu’il faut toujours faire des choix au risque que certains soient mauvais. Bon, sur le coup j’ai eu tout bon et j’ai pu poursuivre en en remettant un petit coup puisque les flèches aperçues plus loin m’avaient conforté dans mon option.

    Au premier ravitaillement, j’avais une grosse avance, idem aux deux suivants. Nous avons eu à escalader successivement plusieurs côtes comme celles que j’avais étudiées quand j’étais à la fac de Géographie. Et du coup, comme hier, je me suis dit que ce seraient d’excellents travaux pratiques pour faire comprendre aux étudiants ce qu’est un profil convexo-concave, pour leur faire sentir la différence de végétation entre un versant exposé plein est d’un autre plein ouest. Après le 30ème km, le relief se calma et nous avons atteint Semur en Auxois qui a un long mail ombragé sur plusieurs centaines de mètres. En me retournant, je ne vis personne derrière malgré une visibilité à perte de vue.

    Il restait quelques petites côtes, mais jamais très longues et souvent nous avons couru sur de très longues portions de routes droites et interminables. Les lignes de TGV étaient parfois le long de notre itinéraire ou alors nous devions emprunter des passages souterrains ou des ponts pour les franchir.

    Stéphane, parti dans le même groupe que moi car un peu blessé et en convalescence, me rattrapa après le 50ème km et me dépassa. Derrière, j’apercevais très loin un coureur habillé en route. Qui ? Je le saurai plus tard quand il m’aura rattrapé, s’il y parvient. La route prévue sur le road book fut modifiée en raison de travaux sur un pont d’autoroute et nous avons dû suivre une déviation. Quand je me rendis compte que cette déviation allait nous ajouter environ 3 km au final, je commençais à baisser un peu le pied. 3km, ça fait environ 20’ quand on lâche un peu le rythme et je sentais que la fatigue arrivait. J’ai pris mon mal en patience et je poursuivis mon étape en espérant seulement n’être dépassé que par des coureurs partis à 7h15 et pas par ceux de mon groupe. C’est ce qui se passa, Robert puis Henry furent les seuls à me dépasser. La fin de course vers Avallon fut très belle, les habitations, moulins, châteaux, bâtisses d’un autre temps rénovées ou laissées en état donnèrent une petite note touristique à cette étape.

    Avallon ! (les kilomètres) Le panneau d’entrée était situé à 4km de l’arrivée ce qui laissait penser que la fin allait être en côte car on apercevait sur les hauteurs de nombreuses habitations. En effet il a fallu remonter sur la côte pour trouver la ligne d’arrivée près du gymnase d’une cité populaire.

    Je finis 6ème, fatigué mais content de ma journée. Demain, rebelote, encore 83km, mais pas du 83 qui en faisait presque 86 comme aujourd’hui.

    Il fait tout noir maintenant dans le gymnase je vais poster puis éteindre.

    A+Fab

     

    CR étape 28 :

    Une étape en France un week-end, ça a du charme parce que beaucoup de personnes peuvent venir nous voir, et pour moi, ça a été l’occasion de voir Pascale, ma femme, Hélène (ma sœur) et Eric son ami. Nous avons aussi eu de la visite d’un trio nantais (Thierry Viaux, Philou Favreau et Dominique Chaillou), d’un breton transegaulois (Bruno Rouiller) et d’autres transegaulois (Didier Arpaillange et Xavier Servel).

    Au niveau intendance, j’ai pu échanger ma valise défoncée contre une autre moins volumineuse, je me suis aussi débarrassé d’affaires que je n’avais pas encore portées et j’ai récupéré deux ou trois bricoles en contre partie.

    Le soir je suis allé au restaurant, cela m’a bien changé les idées surtout après la longue étape que je venais de courir.

    Parti à 7h15 grâce à mon étape de la veille, j’ai été accompagné toute la journée par Thierry Viaux qui s’était inscrit pour faire cette étape. Nous sommes partis en dernier du groupe des 7h15 et le parcours du début a montré que cela n’allait pas être une simple formalité : il y aurait du dénivelé et pas beaucoup de descentes pour rattraper le temps passé à grimper. De plus, après les plus de 85km de la veille, on repartait pour du 83,3km ! Le rythme était pourtant bon mais la moyenne demeurait moins élevée que ces derniers jours et mon objectif de mettre moins de 9h avait du plomb dans l’aile.

    Il y a eu des moments où j’arrivais à relancer et à courir à plus de 10, d’autres où j’étais contraint d’alterner course et marche. Heureusement que Thierry m’encourageait à repartir, à m’accrocher, même s’il a couru presque toute l’étape derrière moi. Parfois il prenait quelques dizaines de mètres d’avance afin que j’aie un point de mire.

    Nous avons eu droit à quelques encouragements particuliers : « Allez le troupeau de Viaudx ! » surtout quand nous courions le long de pâtures où paissaient incrédules de jeunes vaches charolaises. La présence sur la course de copains ainsi que la perspective de voir Pascale, Hélène et Eric en fin d’étape m’ont boosté sur la fin pour terminer cette journée, mais j’étais bien fatigué. La surprise aussi fut grande de voir que le problème de salle avait été résolu et que j’allais pouvoir prendre rapidement une bonne douche. Il était presque 16h30 quand je franchis la ligne d’arrivée dans le site des Forges Royales de Guérigny, au demeurant fort joli.

    La soirée fut reposante et quand je me couchais sur mon nouveau matelas apporté par Pascale en échange des deux que j’avais crevés depuis Skagen, je m’endormis rapidement, n’étant réveillé que par un feu d’artifice tiré vers 23h. je devais prendre le départ avec le groupe des 6h15, une heure de sommeil en moins ça coûte cher.

     

    CR étape 29 :

    Au réveil, j’avais la forme ; l’entrecôte frites de la veille après les œufs meurette suivis d’un bon dessert, le tout accompagné d’un bon panaché et d’un petit verre de vin m’avaient redonné du peps. Je me préparais tranquillement essayant de me familiariser avec mon nouveau matériel (valise, sac…) et quand vint le moment du départ, j’étais prêt à ingurgiter les 73km proposés. Dès le début j’étais bien, dans la tête et dans les jambes, et je me calais derrière Ambros et JB qui progressivement ont adopté un rythme soutenu. Je ne cherchais pas à combler le retard sur l’autrichien qui s’envolait petit à petit. J’avais JB en point de mire et ça me permettait de ne pas me prendre trop l’esprit à chercher ma route.

    Nous avons franchi la Loire à Fourchambault et pour une fois, on prenait la direction de l’ouest au lieu du sud quand je traverse ce fleuve dans ma région. D’un côté, vers l’aval, le paysage était dégagé et en amont, un épais brouillard semblait bouillonner au-dessus de l’eau. Au loin, nous étions sur une longue ligne droite, j’apercevais les deux échappés et je m’accrochais pour ne pas les perdre de vue. Mieux vaut être derrière et observer que de servir de point de mire. Le temps resta frais et donc agréable jusqu’à midi et j’avais alors déjà rattrapé et dépassé JB qui passait plus de temps que moi aux ravitaillements, mais Ambros n’était plus visible devant depuis de longues minutes. Au village de Neuilly en Dun, midi sonnait à l’église et j’eus droit à une ola faite par le trio nantais auxquels se sont rajoutés Marie et Marcel, les bénévoles de la Transe Gaule qui m’avaient bien encouragés quand en 2005 j’avais connu les affres de la blessure aux releveurs. Ça m’a redonné un second élan et comme par magie, Ambros réapparaissait au gré des lignes droites et je voyais que je gagnais du terrain sur lui. Je fis la jonction à 15km du but et lui dit que je n’avais pas envie de continuer à combattre et que si on terminait ensemble ça serait sympa. Il acquiesça et nous avons donc cheminé côte à côte ou l’un derrière l’autre selon la configuration de la route et l’importance de la circulation. Deux bolides nous dépassèrent, Robert et Henry, et nous les gardâmes en point de mire le temps de passer au dernier ravitaillement. La suite fut un peu laborieuse car la route n’était plus ombragée et une dernière grande ligne droite de 5km devait nous faire atteindre Charenton du Cher où l’arrivée était programmée devant le dojo. Sur la ligne droite, Ambros s’était peu à peu détaché et je parvenais difficilement à conserver une distance me permettant de terminer avec lui. Alors quand j’arrivais près de la banderole d’arrivée, j’eus la surprise de le voir arrêté qui m’attendait. Ce geste a été très sympa de sa part sans doute parce que je lui avais déjà fait la même surprise en Allemagne et aussi certainement en raison du grand respect qui existe entre nous.

    Nous étions allés vite pendant cette étape bouclée en 7h31’ et nous avons terminé à la 5ème place ex-aequo.

    Cette journée fut marquée par la mauvaise nouvelle de l’abandon de Markus, coureur suisse, en proie à des douleurs dues à une hernie inguinale. Nous avons été très affectés car c’est un coureur très sympathique qui depuis quelques jours luttait sans doute déjà touché par son problème de hernie. D’autres coureurs ont eu aussi de grosses difficultés, sans doute à cause de l’accumulation des km depuis 3 jours : plus de 240 ! D’autres commencent à se sentir mieux mais conservent la conduite de prudence guidée par le souvenir de leur mauvaise passe.

    Pour moi tout baigne, mais je sais trop que tout peut arriver et ce à n’importe que moment de la course ou du hors course pour m’enflammer. Je prends ce qui vient au jour le jour tout en pensant aux suivants. Demain ce sera une étape courte, je partirai avec le groupe des 7h15, j’espère que la chaleur de la mi-journée ne me pénalisera pas trop.

    Pascale, Hélène et Eric sont repartis cet après midi après m’avoir installé mon barda et lavé mon linge. J’ai pris une bonne collation avant leur départ et ensuite j’ai pu aller dormir une heure et demie simplement agacé par les mouches qui squattent le dojo dans lequel nous sommes hébergés.

    A+Fab

     

    CR 30ème étape

    Comme nous avions franchi le 2000ème km de notre Grande Traversée de l’Europe hier, la tradition déjà instituée en 2009 s’est perpétuée et nous avons donc fait une photo de groupe entre français. Bien sûr qu’en 2000km certains nous ont quittés et nos pensées allaient vers eux.

    Markus, le coureur suisse qui a abandonné hier et un coureur japonais incapable de marcher ce matin au réveil – sinon à la manière de Robocop – nous ont laissés à 31. Déjà 18 abandons ! Souhaitons que la liste ne s’allonge plus. Au moment de la photo j’étais très ému par ces deux arrêts et j’en avais les larmes aux yeux.

    Je faisais mon retour en L1, en fait je « payais » ma belle étape d’hier terminée avec Ambros à une 5ème place dont je n’aurais même pas pensé un jour que cela fusse possible (hum, excusez pour l’éventuelle faute de conjugaison, mais je ne parle pas souvent français en ce moment, plutôt allemand et anglais).

    Le départ un peu plus tardif procure des avantages non négligeables : on a le temps de se préparer et on ne se bouscule pas aux sanitaires ou ailleurs ; on part et le jour est déjà levé ; en revanche, la circulation automobile est plus dense et je me retrouve souvent tout seul – ce que j’aime bien – mais en queue de peloton. Et ce matin, au bout de 30’ je ne voyais déjà plus personne devant. Les 8km de route en quasi ligne droite, avec le soleil levant dans le dos, donc en pleine face des automobilistes, m’ont fait passer une heure pas très agréable. Arrivé à St Amand Montrond, qu’il fallait traverser, ce n’était pas mieux, passant d’un trottoir à l’autre, devant suivre le fléchage et regarder tout autour les éventuels dangers, alors je fus très content quand je me retrouvai à l’autre bout de l’agglomération. Un dernier giratoire à franchir puis le Berry s’offrait à moi. D’abord une petite montée pour me régaler et mettre mes sens en éveil d’une autre manière que lors des 90 premières minutes. Ensuite je vis au loin un petit groupe de coureurs facilement reconnaissables à leurs tenues orange ou jaune fluo ou rouge. C’étaient mes copains Jean Pierre, Christophe, Patrick et Fred G qui étaient solidaires les uns des autres et s’encourageaient mutuellement afin que ce petit grupetto rallie l’arrivée dans les délais. Ils avaient de l’avance sur le cut off d’après mes calculs. Je les encourageais en les dépassant puis continuais ma remontée du peloton par l’arrière en doublant les japonais, qui ne sont plus que 10 en course mais dont certains qui ont abandonné refont des étapes entières ou partiellement. J’ai toujours l’impression qu’ils sont plus nombreux que ça encore et à chaque fois que j’en dépasse un il m’encourage tout comme je le fais moi-même depuis le début. Ils m’aiment bien car je fais des efforts de communication avec eux et je leur ai offert 6 bouteilles de vin de la région nantaise et angevine qu’ils ont appréciées.

    La remontée se poursuivit et j’arrivai derrière un duo dont un des éléments n’était pas à sa place habituelle : le pauvre Christian Fatton vidé de toute énergie n’avançait plus et était encouragé par Gérard Bertin resté quelques temps à ses côtés. Ensuite les coureurs à rattraper étaient de plus en plus rares mais je repris Christian Marti, Gilbert, Wolfgang et un dernier japonais. Il était prsde midi et le soleil commençait à devenir chaud. La campagne légèrement vallonnée alternait de longues portions de route sans ombre et quelques passages en zones boisées qui rafraîchissaient un peu. Au ravitaillement N° 3 je crois, j’eus le bonheur de revoir Jaquemine, Charles et Jeanine ainsi que les M&M’s (Marcel et Marie) tous bénévoles sur la Transe Gaule. Un petit arrêt pour les embrasser et c’était reparti pour boucler les plus de 20 bornes qui restaient à faire.

    Je revins à 3km de la fin sur Fred Borel avec qui je finis l’étape. On a passé ces km à bavarder et à rigoler ce qui fait du bien et fait passer le temps.

    L’arrivée à La Châtre était au bout d’une série de ruelles qui suivent le chemin de St Jacques de Compostelle et nous avons franchi l’arche de fin d’étape main dans la main. Contents et un peu fatigués aussi.

    L’hébergement se fait en auberge de jeunesse et je rédige ce Cr depuis mon lit, celui du haut, dans une chambre où se sont regroupés deux allemands et mon copain autrichien.

    C’est l’heure de vous quitter et de dormir, même si je ne pars qu’à 7h15.

    A demain. Fab

     

    CR étape 31

    Triste journée que ce mardi 18 septembre. Presque qu’un mois jour pour jour que nous avons quitté Skagen et aujourd’hui nous ne nous retrouvons plus qu’à 30, Stéphane Pélissier ayant été contraint à l’abandon, n’arrivant plus à avancer. Le corps ne pouvant plus l’emmener sur des bases lui permettant de rester dans les délais, la tête a aussi lâché et sa décision témoigne d’un extrême courage. Nous avons tous été très affectés par cette succession d’abandons à ce stade de la course où l’on pensait que tout le monde arriverait à gérer sa mauvaise passe, en étant patient et en serrant les dents. Mais parfois la douleur est trop intense et fait lâcher prise.

    Je l’avais rattrapé après moins de deux heures de course, étant parti à 7h15 soit une heure après lui, et déjà je voyais qu’il était en difficulté mais je pensais qu’après un plus long moment de réadaptation à la course avec douleur il allait reprendre au moins une allure lui permettant de rallier l’arrivée dans les délais. Mais à l’avant dernier ravitaillement, la nouvelle de son arrêt prématuré tomba et j’en fus très bouleversé.

    Pour le reste, l’étape fut anecdotique la pluie fine tombant à partir de 15km avant l’arrivée tout comme le temps gris qu’il a fait toute la journée me confortèrent dans mon choix de partir à 7h15 au lieu de 6h15.

    Les paysages agricoles, les vallons, la traversée de la Creuse, les villages, les fermes… je les ai regardés, c’était beau et calme à la fois. Quelques véhicules, utilitaires, camions, tracteurs, me rappelant fréquemment qu’il fallait rester vigilant, j’appréciais les longues montées et descentes en lacets. Aujourd’hui les postes de ravitaillement étaient espacés en moyenne de 8 à 9km ce qui permet d’y arriver assez vite et de ne pas s’encombrer de trop de poids. Ça donne un petit objectif de moins d’une heure et ça permet de garder le rythme sans s’endormir dans un train-train qui s’avère souvent laborieux. J’aime relancer quand je me sens mou et c’est ce que j’ai essayé de faire aujourd’hui.

    Ce soir, le restaurant de St Sulpice les Feuilles nous a proposé un bon repas, chaud avec un dessert – une île flottante – sans aucune commune mesure avec ceux des repas allemands ou traiteurs.

    Je vais me préparer à dormir, même si mes pensées vont certainement aller vers Stéphane. J’espère qu’il va rebondir, d’abord guérir puis revenir sur la course, même si ce ne sera plus la même chose. Le challenge de voir Gibraltar persiste.

    A demain

    Fab

     

    CR étape 32

    Encore bouleversé par l’abandon de Stéphane a qui j’ai dit au revoir au moment du départ (à 7h15 pour moi ainsi que les 4 premiers du classement général) j’ai mis du temps à rentrer dans la course. D’une part il faisait frais et malgré ma tenue adaptée je ressentais un peu le froid, d’autre part le parcours s’est vite montré vallonné et je n’étais pas encore bien réveillé musculairement. Bien sûr qu’aussi me trottait dans la tête ce que devait ressentir Stéphane au moment où il nous a vus quitter St Sulpice les Feuilles. Pour essayer de ne plus y penser, j’ai commencé à calquer mon allure sur celle de Jean Claude qui était parti prudemment mais qui court un peu plus vite que moi. Tantôt j’étais devant à la faveur d’une descente, tantôt il reprenait les devants quand les côtes arrivaient. Il faisait jour et donc il n’y avait aucune difficulté à retrouver sa route, mais de toute façon je la connais presque par cœur, l’ayant déjà suivie 6 fois lors de mes Transe Gaule. J’avais mis le pilote automatique et laissais défiler les kilomètres, faisant attention à ne pas rater le début d’un petit chemin de 1500m en plein virage et en pleine côte. Je me rappelais les noms des lieux-dits et des villages, en revanche le positionnement des postes de ravitaillement était différent car avec la TEFR on les trouve tous les 8 à 12km alors que sur la TG les deux premiers sont situés aux km15 et 30 environ.

    Au second ravitaillement, après La Souterraine, je commençais mon opération « rattrapage » des attardés du groupe de 6h15. Aujourd’hui, ce furent une demi-douzaine de japonais qui « passèrent à la casserole » en premier suivis – si l’on peut dire, car ils étaient derrière – par les Dalton (j’ai nommé Fred G, JP, Patrick et Christophe) et ensuite j’ai pu déguster un peu de rab de japonais avant de ne plus avoir personne à croquer. Je tourne un peu ce récit à la dérision, ce n’est pas dans le but d’être malveillant envers tous ces coureurs extrêmement courageux mais malheureusement dans l’impossibilité actuellement de pouvoir donner leur véritable potentiel. J’ai beaucoup de respect pour eux et c’est un peu ma famille avec qui on partage autant les mauvais moments que les bons (mais après l’étape, le partage).

    La température s’était adoucie mais restait agréablement fraîche, surtout au sortir des longues montées où j’avais bien transpiré pour garder ma vitesse. Les descentes, d’abord abordées lentement pour ne pas provoquer de blessure, se sont peu à peu faites de plus en plus rapidement, sans dépasser certaines limites où ça m’aurait mis en danger. Je me sentais à l’aise, parfois un petit doute sur une légère douleur ou un petit tiraillement me faisaient ralentir pour vérifier si c’était durable ou pas et deux minutes après c’était oublié.

    L’arrivée à Bourganeuf était un peu différente que sur la TG : on est arrivé directement au gymnase sans passer par la Tour Zizim où d’habitude nous nous arrêtions de courir. Le parcours dans la ville en fut donc aussi modifié et un dernier raidillon m’obligeant à marcher freina mon enthousiasme avant une dernière relance à 500m de l’arrivée. Je finis 5ème à une vingtaine de secondes de Jean Claude. Mon étape s’était bien passée, ça me remontait un peu le moral suite à ces dernières 24h et tous ces mauvais moments.

    Demain, 72,6km vers Meymac via le Lac de Vassivière et Millevaches. Ça va être beau mais long et vallonné.

    A+Fab

     

    CR étape 33

    Il y a des jours comme ça où on ne sait pour quelle raison on a un gros coup de blues alors que pourtant tout s’est très bien passé dans la journée. C’est peut-être la tension nerveuse qui provoque cet état et sans doute qu’après avoir écrit ce petit Cr je n’aurai plus aucun nuage noir dans la tête.

    On peut graviter dans le haut du classement, n’avoir aucun soucis physique, réussir ce qu’on avait prévu, mais on n’est pas à l’abri d’états d’âme après la course.

    L’étape fut belle, longue comme prévu, vallonnée à souhait pour ceux qui aiment les longues montées et les descentes et le départ fut donné par un temps clair mais très frais.

    Les premiers hectomètres pour rejoindre la route de Royère de Vassivière s’effectuèrent en sens interdit, dans une rue piétonne puis tout en restant sur du plat nous avons rejoint la sortie de la ville et c’est à ce moment-là qu’une forte montée se présenta. Obligé de marcher de peur de me blesser car pas encore échauffé je perdis rapidement de vue le groupe avec lequel je suis parti. Seul Peter et sa trottinette restèrent scotchés à la route et Peter fut obligé de marcher car il ne pouvait plus pousser avec ses jambes. Une fois ce raidillon franchi, le parcours redevint humain et je pus donc recourir. Il y avait une grosse vingtaine de kilomètres avant de redescendre sur le Lac de Vassivière et je savais que ça allait me prendre plus de 2 heures. Deux ravitaillements étaient prévus dans la montée ce qui me donnait de petits objectifs intermédiaires. Parfois la montée s’adoucissait et même certaines portions de descente permettaient de redonner un peu de vigueur à ma moyenne qu’ainsi j’arrivais à maintenir aux alentours de 9,3km/h. Je voulais arriver à la faire remonter au-dessus de 9,5 avant Faux la Montagne, en bénéficiant de l’élan que la descente vers le lac devait me redonner.

    Je commençais à rattraper les mêmes coureurs qu’hier, à peu près dans le même ordre et mon passage le long du lac m’apporta un peu de nostalgie car je repensais évidemment au séjour effectué ici en juillet avec Pascale et aux promenades et randonnées que nous y avions faites. A Faux la Montagne, comme sur la Transe Gaule, un comité d’accueil nous guettait et j’eus droit aux encouragements de rigueur.

    La suite de l’étape alternait forêts, lacs et champs, le soleil était présent mais ses rayons n’étaient pas forts et j’appréciais. Je m’étais débarrassé de mon coupe-vent au ravitaillement n° 3 mais j’avais conservé les manchons, buffs et gants tant que je n’avais pas trop chaud. Je décidais de tout retirer mais de les placer dans mes poches afin de les avoir sous la main dès l’arrivée pour les laver sans attendre que la bannette du poste de ravitaillement soit arrivée à la salle d’hébergement.

    Peyrelevade, habituellement terme de l’étape correspondante sur la Transe Gaule, se présenta (km 49) et je me dis qu’il y avait encore près de 24km à faire, dont une partie en descente, certes, mais avec aussi de beaux faux plats montants, à commencer par les 7km qui suivaient. Au bout de ces 7km, j’arrivai au croisement d’une route un peu plus fréquentée et j’apercevais de trois-quarts arrière la chaîne des Puys et Monts d’Auvergne. C’était magnifique.

    La route menait à Millevaches, nous étions sur le plateau et de loin j’apercevais plusieurs coureurs que j’allais peut-être rattraper avant Meymac. Mon rythme était meilleur puisque la route était en descente légère, mais j’avais apprécié d’accélérer dans la montée depuis Peyrelevade. Mon compte à rebours kilométrique était en marche, j’émettais des suppositions quant à mon heure d’arrivée et cela me redonna encore plus d’énergie.

    L’arrivée à Meymac après une succession de longues montées et descentes me permit de me souvenir qu’après Avallon, c’était la seconde ville où tout gamin j’avais été en colo. D’habitude, à Meymac, on y passe simplement pour continuer vers Mauriac, mais aujourd’hui c’était le lieu d’arrivée de cette 33ème étape de la TEFR.

    Je termine de nouveau 5ème, gagnant le droit de partir demain avec le groupe de 7h30 (et oui, on décale encore d’un quart d’heure, l’autre groupe partant à 6h30). Ça me plaît bien car je cours seul derrière les autres et je ne suis pas à essayer de remonter sur mes 4 compagnons de grasse matinée qui sont trop rapides pour moi. Aujourd’hui, nouveau changement de leader : c’est Henry Wehder qui a pris le maillot jaune en distançant l’ancien premier de près de 30 minutes. Moi, je reste calé à la 5ème place et quand j’y pense … ça me fait tout drôle. Mais je ne m’enflamme pas, je ne combattrai pas coûte que coûte pour la conserver si des coureurs devaient essayer de remonter au classement. Mon objectif reste quand même de toucher le rocher de Gibraltar.

    Je vous laisse et vous dis à demain, après une courte étape de 52km à peine où nous devrions aller sans doute un peu plus vite mais de toute façon arriver en début d’après midi voire avant pour les bolides.

    Fab

     

    CR étape 34

    Courte étape, mais beaucoup de dénivelé aujourd’hui, avec un temps « comme il faut » au départ de Meymac, pas trop frais voire même un peu chaud eu égard à la tenue que j’avais passée (la même que la veille où des gelées étaient venues blanchir les herbes). Mon départ prudent me permit de commencer à ressentir de bonnes sensations quand soudain je fus pris d’une abondante hémorragie nasale. Le temps de m’en apercevoir et le coupe-vent et mon mouchoir étaient souillés. Je dus m’arrêter mettre du papier dans ma narine et je repris mon chemin vers Combressol puis Palisse. Je changeais deux fois de papier avant de voir que l’hémorragie avait cessé. Je n’avais pas perdu de temps pour autant et ma moyenne était correcte compte tenu du fait que la portion plate des premiers hectomètres avait été suivie de montées et de descentes pas encore trop prononcées.

    La sensation de chaleur du départ avait disparu dès le premier changement de vallée et je me demandais si j’allais devoir courir avec le coupe-vent sali ou non. Au premier ravitaillement je décidai néanmoins de m’en débarrasser et la suite me donna raison car la température redevenait progressivement idéale même si les passages en sous bois étaient plus frais. Les kilomètres défilaient et le temps semblait aussi passer plus vite. Le dépassement des premiers attardés fut un peu plus tardif que ces derniers jours, sans doute à cause de la longueur modérée de cette étape. J’étais toujours avec Jean Claude ce qui en quelque sorte me donnait l’assurance d’aller à un bon rythme. J’étais tellement pris dans ma course que je ne l’avais pas vu s’arrêter dans les bois et je pensais au bout d’un moment qu’il avait pris une grande avance, profitant du fait qu’il est très bon en côte. Ce n’est qu’au 3ème ravitaillement, à Neuvic, que je m’aperçus qu’il était derrière moi. Cela ne changeait rien à ma course et j’abordais la descente vers la Dordogne avec envie même si je me souvenais que la véritable pente commençait au bout de plusieurs kilomètres de faux plats. Quand on l’atteignit, on était à l’ombre, et la foulée se déroulait toute seule, sans nécessité de relancer ou de freiner.

    Arrivés au pont qui franchissait le fleuve, j’avais repris une centaine de mètres d’avance sur JC et au dernier poste de ravitaillement il me rattrapa et me distança régulièrement pour finir avec 4’ d’avance sur moi. Sur cette dernière partie de l’étape, au lieu-dit La Besse, je me souvins avec nostalgie du ravitaillent placé ici en 2005 et tenue par Jacques Sirat qui s’était allongé dans son hamac en nous attendant. (Si tu me lis, Jacques, je te salue l’ami). La fin de l’étape n’était pas encore plate, quelques faux-plats montants puis une petite descente et enfin la remontée vers le centre de Mauriac précédèrent l’arrivée que je fis en compagnie de Neil, avec qui j’avais couru au début de la TransEurope mais à qui je venais de reprendre l’heure d’avance de son départ plus matinal.

    5ème encore, pas trop fatigué, un peu certes et c’est normal après les 2350km déjà effectués en 34 jours (2 Transe Gaule en kilomètres). Il en reste encore beaucoup (plus de 1800) et il faut continuer de faire attention, sinon plus qu’avant car la route est longue et usante.

    Demain, une belle étape de montagne se présente à nous avec des passages de cols (le Col du Legal à plus de 1200m), de jolis villages (Salers, Fontanges…) et une arrivée à Jussac au bout d’une longue descente dont la première partie propose une pente à 15% au moins. Attention aux releveurs !

    A demain.

    Fab

     

    CR étape 35

    L’étape de la Transe Gaule dite des 4 cols nous était proposée aujourd’hui dans le cadre de la 35ème étape de la TransEurope, avec une petite modification – et même plusieurs – dont notamment le lieu d’arrivée : Jussac au lieu d’Aurillac. La différence n’était pas très importante au niveau du kilométrage (quelques km de moins à faire qu’on aura demain en plus), elle ne le fut pas non plus au niveau du dénivelé total car nous avons franchi comme d’habitude les 4 cols habituels. En ce qui concerne l’hébergement, le gymnase est aussi vaste qu’à Aurillac, aussi « propre » mais les sanitaires sont de plain pied et les douches chaudes. Le repas du soir aussi était meilleur car pris dans un restaurant au lieu d’être pris sur place livré par un traiteur.

    Revenons à la course.

    Le matin était doux contrairement à ce que j’avais craint et une certaine humidité régnait. Le départ à 7h30 fut donné alors que le jour finissait de se lever, la circulation était très peu dense, je n’eus pas trop de difficultés à me mettre en route. Certes je me fis rapidement distancer par le groupe des 4 habituels auquel se sont ajoutés Jean Benoît et Ambros, auteurs d’une belle étape hier.

    Je ne cherchais pas à les rattraper, mais je tenais aussi à ne pas trop me faire distancer sur ce début d’étape que je savais plat. Je savais aussi que des belles côtes allaient se présenter et qu’à ce moment j’aviserais sur ma conduite à tenir. Respectant mon code de conduite – 15’ de course 30 secondes de marche pour boire – j’avançais quand même à près de 10km/h et quand vint le premier relief, je revins sur mes deux acolytes et les laissai sur place quand la pente se fit plus tendue. Je poursuivis mon effort, à la limite de me mettre dans le rouge, mais j’avais besoin de faire monter un peu les pulsations cardiaques et de ressentir le début de brûlure aux quadriceps. C’est une sensation agréable que j’arrive à contrôler et quand je veux récupérer, je n’ai qu’à baisser légèrement la vitesse et tout rentre dans l’ordre. Au ravitaillement peu avant Salers, je ne voyais plus ni JB ni Ambros et quand je repris la route – on partait directement vers Fontanges sans passer dans les ruelles piétonnières comme sur la Transe Gaule – je pus me préparer à la longue et forte descente qui suivait. J’avais déjà commencé l’opération « rattrapage des derniers » en l’occurrence les japonais, puis ce fut au tour des copains français dans les portions moins pentues de cette vertigineuse descente. La bifurcation vers Fontanges me calma un peu et je gérais en pensant que d’ici 5km allait commencer l’ascension du premier col. Un ravitaillement se trouvait juste au pied de la longue montée et j’y rejoins Jean Claude et Trond. Ils repartirent avant que j’aie fini de me ravitailler et je ne revis plus Jean Claude, très à l’aise quand ça « côte » (synonyme personnel des verbes grimper ou monter), par contre je dépassais Trond avec qui je discutais en anglais et qui me racontait avoir vu traverser devant lui une vingtaine de cochons sauvages (sans doute des sangliers). En effet, j’avais aperçu quelques véhicules de chasseurs ou gardes forestiers dont les passagers étaient en tenue.

    La longue montée vers le col m’obligea par moment à alterner marche et course afin de me ménager des plages de récupération car je continuais quand même « d’envoyer ». Le premier col franchi, je me concentrais sur le second à venir, le col de Legal (1231m) et son poste de ravitaillement. Trond me rattrapa juste avant et y arriva avant moi. Je me ravitaillais tranquillement et aperçut au loin Ambros qui n’avait pas tant décroché que ça. J’étais de nouveau remotivé pour faire une belle descente sachant qu’il y est très performant lui aussi. Le troisième col (Bruel) en descente suivie d’une partie remontant un peu vers le dernier col fut avalé goulûment mais je n’avais plus très faim pour la partie que je trouvais longue avant le carrefour où nous devions descendre vers Jussac. Quand j’y parvins, je fus soulagé de voir qu’il ne restait que 9km à peine à parcourir et que j’avais de la marge sur l’arrière. J’aperçus Ambros quand je quittais le dernier ravitaillement à 7km du but et pendant tous ces kilomètres je me disais que ça serait bien de l’attendre s’il n’était pas trop loin derrière moi une fois arrivé à l’entrée de Jussac. C’est ce que je fis quand j’aperçus qu’il n’était qu’à 2 ou 300m. Je me mis à marcher et l’attendis afin que nous puissions franchir ensemble la ligne d’arrivée. Il était content, et moi aussi, de notre 5ème place ex-æquo. J’avais été un peu gourmand à un moment pour imaginer l’éventualité de pouvoir revenir sur Jean Claude (3ème) et Trond (4ème), mais je suis trop juste encore pour jouer dans la cour des grands. Henry Wehder gagne une nouvelle fois creusant encore un écart sur Robert Wimmer, second.

    Tout va bien, ça va être l’heure d’éteindre, donc je poste et me couche (en fait je suis déjà couché pour taper ce CR).

    A+Fab

     

    CR étape 36

    Et de deux Transe Gaule ! Et oui, 36 jours de course, soit en équivalent TG deux fois la traversée de la France, mais en ce qui concerne le kilométrage, on a fait encore plus que ça : 2482,9km pour 2300km pour 2 TG.

    La forme est toujours là même si aujourd’hui j’ai été un peu moins véloce que prévu. La faute à l’étape d’hier et à son dénivelé qui m’est un peu resté dans les jambes, la faute aussi à un départ où le vallonnement était assez important m’empêchant de bien m’échauffer avant d’entamer les brusques montées et les descentes qui suivaient, la faute encore à un fort vent contraire qui nous a gênés à la sortie d’Arpajon sur Cère au moment où nous devions attaquer une longue montée. Arrivé au second ravitaillement, car j’avais volontairement ignoré le premier trop proche du départ, j’étais déjà bien entamé et quand j’en suis reparti, je me suis dit que l’étape ne serait pas aussi simple que je l’avais espéré.

    Ambros et les 4 autres membres du groupe des lève-tard m’avaient déjà bien distancé et quand je réussis à revenir sur l’autrichien, ce ne fut que l’espace d’une petite heure. Ensuite, il me distança progressivement et mit à profit ses facultés de descendeur pour irrémédiablement me laisser derrière lui. A Cassaniouze, village faisant partie d’une association de communes aux noms burlesques, il n’avait que 2’30 d’avance et au final, après 12km de descente et 14 de faux plat il en avait 10’ environ. Mais mon étape globalement s’est bien passée, j’ai réussi à limiter la casse et j’en ai doublé plusieurs, des coureurs, qui étaient plus en difficulté que moi. Certains vont mieux, certes, mais d’autres s’enfoncent de jour en jour dans la souffrance et sont contraints de courir dans la douleur et sans plaisir pour atteindre le but de chaque étape.

    Aujourd’hui il y avait un pot offert par la mairie de St Cyprien sur Dourdou et j’ai reçu un t-shirt en cadeau de la part des membres du club organisateur d’une course locale (Course des Découvertes et des Thermes) qui a lieu le 1er dimanche de juillet. C’est une course nature dans les environs de Decazeville. Le repas du soir aussi fut apprécié sous forme de plateaux repas avec l’aligot régional.

    Je vais terminer ce CR en vous disant à demain, après l’étape courte de 57,8km avec quelques portions de route dangereuse –on sera lundi matin et les gens iront travailler- et pas mal de dénivelé avant et après Rodez. De plus, la météo ne s’annonce pas très réjouissante avec de la pluie au programme. Mais en attendant, passons une bonne nuit et on verra bien demain ce qu’il en est.

    A+Fab

     

    CR étape 37

    Etape idéale pour tester ses réflexes et l’art de l’esquive dans les fossés. Un lundi matin, croiser des Aveyronnais partant au travail en voiture s’annonçait comme un beau challenge en plus de celui de mener l’étape à son terme. Le parcours – qui est la copie conforme de celui de la Transe Gaule – avait prévu de nous soulager quelque peu de la dangerosité de l’itinéraire le plus court. A partir du km 11, nous allions pouvoir souffler un peu et nous retrouver sur une longue montée de 10% sur 4km.

    Quand le départ fut donné, j’avais déjà intégré tous ces paramètres. Restait celui, plus aléatoire, concernant la météo : des orages et donc des pluies étaient annoncées et un vent parfois fort était aussi prévu. Nous sommes partis à 7h30, il faisait gris mais pas de pluie. Notre groupe de 7 s’élança rapidement et comme d’habitude je me retrouvais bon dernier mais en essayant cette fois de ne pas lâcher trop d’espace afin de revenir plus facilement une fois échauffé. C’est ce que je fis après une demi-heure de course où, le profil en faux plat montant m’aidant bien, je commençais à revenir puis à laisser derrière mes copains Ambros et JB. J’accélérais encore quand la machine montrait qu’elle pouvait donner plus et je dépassais même Jean Claude, me retrouvant à quelques dizaines de mètres derrière Trond. La circulation jusqu’alors avait été agréablement peu dense et les quelques véhicules roulant encore trop vite nous avaient bien respectés en se déportant quand ils nous croisaient.

    Marcillac, 10,5 km, premier ravitaillement passé en moins d’une heure, puis la traversée du village que je connais par cœur et enfin le début du raidillon de 4km. Je continuais sur ma lancée et grimpais comme un cabri la première partie menant jusqu’à un lacet en épingle à cheveu où je pris quelques mètres pour marcher, boire et me relancer. Jean Claude m’avait rattrapé et distancé peu à peu, c’est un excellent grimpeur qui semble ne jamais piocher contrairement à moi qui fais du bruit quand je commence à être dans le dur. Trond restait à portée de vue, en revanche derrière je n’apercevais plus mes compères Ambros et JB. En pleine montée, il commença à pleuvoir, d’abord modérément puis ensuite un peu plus fort, mais les haies et les arbres protégeaient bien du vent latéral et de la pluie. Arrivé en haut de la côte, on bifurqua sur notre droite et la pluie se fit plus gênante ; je me retrouvais trempé mais sans envie de mettre le poncho, il ne faisait pas froid. Je doublais 10 japonais en l’espace de 2 ou 3 km puis ce fut au tour de mes copains français, Fred G, Christophe et Patrick. Au ravitaillement N°2, nous étions ensemble sous une pluie battante, les tables où se trouvaient boissons et nourriture avaient du mal à rester en place, les ravitailleuses étaient trempées et frigorifiées. Je ne m’y attardais pas et redémarrais en espérant que ça se calme un peu. La déviation prit fin et je me retrouvais sur la route à grande circulation vers Rodez, croisant des camions qui m’obligeaient à tenir ma casquette à la main. Le danger venait de l’arrière, non pas que je craignais un retour de mes poursuivants, mais j’avais peur à chaque fois qu’un véhicule qui arrivait de l’arrière se faisait doubler par un autre véhicule qui me frôlait. Ce n’était pas de tout repos. Vivement la piste cyclable que je savais proche, et encore un peu de concentration jusque là.

    La piste cyclable marqua la fin de la première partie de l’étape et je rattrapais Trond qui lui aussi s’était épuisé à lutter contre la pluie, le froid, le vent, les voitures… arrivé à Rodez, je connaissais encore une fois l’itinéraire le plus direct pour rejoindre la route vers Le Monastère, ainsi je pouvais anticiper les changements de direction. Je dépassais encore d’autres coureurs, notamment Jean Pierre qui allait mieux depuis deux étapes.

    Au ravitaillement N° 3 (Le Monastère) je pris une soupe et repartis vers la suite de mon étape. Ça remontait, ce n’était pas pour me déplaire, et j’accélérais encore un peu pour rejoindre les routes plus tranquilles qui suivaient. Prochain objectif, le km 42 où une route tout en descente douce allait me mener jusqu’à Pont de Granfuel, à moins de 8km de l’arrivée. En bas de cette longue descente, Ambros me rattrapa – décidément le copain autrichien est un coriace – et nous avons couru ensemble quelques hectomètres avant que le profil de la course ne redevienne pentu et me permette de reprendre une bonne avance. A 2km du but, j’avais creusé un gros écart et je me dis qu’Ambros étant un meilleur descendeur que moi il n’aurait aucun mal à me rattraper d’autant plus que j’avais ralenti la cadence dans le but de finir avec lui. Mais personne en vue derrière, alors quand j’entrai dans le village, je trouvai une murette sur laquelle je m’assis pour l’attendre. Au bout de deux minutes, toujours personne en vue, alors je me relevais et marchais tranquillement vers l’arrivée, le guettant afin de finir avec lui. Mais au bout de 4 minutes, comme il ne venait pas je franchis la ligne et … 30 secondes après il déboucha enfin de la ruelle. J’étais un peu désolé de l’avoir attendu soit de trop soit pas assez. Il ne m’en a pas voulu.

    L’hébergement de ce soir est sous un hangar, au sol bétonné mais poussiéreux. Les douches étaient au stade à 800m de là et nous y sommes allés en véhicule – celui des japonais. Le syndicat d’initiative nous a offert un pot d’accueil et j’ai eu le temps de faire quelques course à la supérette d’à côté. Ce soir, on a dîné au restaurant et tout le monde est bien vite rentré pour se coucher. Il va faire frais cette nuit et j’espère que la météo de demain sera meilleure qu’aujourd’hui. Certes il n’y a que 54,8km à faire, mais sous le grand beau ce serait quand même mieux.

    A demain.

    Fab

     

    CR étape 38

    Quitter Cassagnes-Bégonhès au lever du jour quand la météo est douce et quand le corps attend sa dose de kilomètres, ça procure un sentiment jubilatoire et le plus difficile dans l’affaire ce fut pour moi de canaliser ce trop plein d’envie d’aller vite dès le départ. Pourtant je ne laissais pas ma part au chien et je démarrais l’étape en essayant de ne pas laisser mes compagnons de route de 7h30 me distancer et comme le profil du début d’étape était plutôt en montée qu’en descente, je pris rapidement la mesure de l’effort à accomplir pour me détacher petit à petit. Et comme hier j’avais fini un peu au ralenti après avoir fait la descente sans me lâcher, j’avais décidé de tenter de descendre un peu plus vite. Je passais à La Selve (km 8) en 44’ puis dans la remontée vers Requista je maintenais mon rythme et passais au km 19 en 1h48’. Ensuite la belle descente vers Lincou et le franchissement du Tarn confirmaient que mes jambes avaient du jus (km 25 en 2h21’) et le 3ème ravitaillement juste au pied d’une longue montée de près de 10km me permit de prendre un peu de temps pour déguster une soupe et prendre quelques gâteaux pour la suite. Ambros m’avait rattrapé et distancé le temps que je déguste mon breuvage chaud et salé, mais à peine un kilomètre plus loin je l’avais déjà rattrapé et je le laissais sur place en accélérant. Risqué ? Je ne sais pas, mais quand on a les jambes qui peuvent vous emmener sur un rythme un peu supérieur à celui des jours précédents, on ne refuse pas de se laisser aller et de se faire plaisir. J’arrivais en haut de la longue montée, m’étant fait doubler par Jean Claude que j’avais distancé quelques temps avant – au moment de la descente sur Lincou – et mon chrono indiquait 3h16’ soit une montée de 9km effectuée en 55’20’’ (dénivelé 300m). Toujours à plus de 10 de moyenne je fis la descente vers Plaisance, d’abord lentement le temps que les jambes et le reste du corps se rappellent la posture idéale à prendre, puis de plus en plus vite tout en gardant à l’esprit que le jeu pouvait s’avérer très dangereux. Je rattrapais à nouveau Jean Claude, moins à l’aise en descente qu’en montée, et je touchais Plaisance en 4h13’ (km44) non sans m’être ravitaillé 2km auparavant. La suite fut un peu moins facile car il fallait tout de suite embrayer sur une série de côtes et de faux-plats très souvent en plein soleil qui commençait un peu à devenir chaud. J’ai tenu jusqu’à 6km de l’arrivée où je connus un petit coup de mou qui m’obligea à m’arrêter et à marcher un peu (perte de temps 4’) ce qui permit à Jean Claude de repasser devant. Je repris la course en me méfiant, ayant un peu mal au ventre, mais je repris mon rythme progressivement une fois l’alerte passée. Derrière, j’avais entraperçu Ambros à quelques centaines de mètres de moi et comme le profil de la fin d’étape était en montée je me suis dit qu’il ne pourrait pas me revenir dessus avant le village d’arrivée et que s’il descendait bien, au pire on finirait ensemble. Il ne me rattrapa pas et cette fois, je ne cherchais pas non plus à l’attendre. Je franchis la ligne d’arrivée en un peu plus de 5h18’ l’étape n’étant pas exactement identique à celle de la Transe Gaule il y avait au moins 1200m de plus à faire afin d’arriver directement au gymnase nous hébergeant à la sortie de St Sernin sur Rance (total 54,8km).

    J’étais content d’avoir bien pris du plaisir à faire cette étape. Demain, au programme on aura une longue série de cols pour atteindre Saint Pons de Thomières sur une étape longue de près de 73km.

    Nous avons eu de la visite aujourd’hui : Paul Macombe et Marie Thérèse Salvat (Transe Gaulois 2011, qui seront encore là demain), Maurice Chénais (TG 2011) qui prépare les 100km de Millau. C’était sympa de les voir sur le parcours même si je n’ai pas eu le temps de m’arrêter les saluer. Mais on s’est vus après et c’était bien sympa.

    J’ai eu le temps de prendre une collation après la douche puis de me reposer pendant une heure et demie. Ce soir, nous avons dîné au Lycée et maintenant que j’ai fini d’écrire ce CR, je vais aller dormir. A demain. Fabrice

     

    CR étape 39

    Dernière longue étape en France : Saint Sernin sur Rance – Saint Pons de Thomières, plus de 72km au programme avec quelques cols à franchir et de belles descentes pour les digérer, d’autant plus qu’une des descentes nous menait à La Salvetat.

    Le départ depuis le site d’hébergement rallongeait – comme pour l’étape de la veille – notre étape de 1300m environ et nous n’avons pas pris le même itinéraire que celui proposé par JB sur la Transe Gaule pour quitter la ville. Pas de ruelles peu éclairées et pas d’escaliers glissants aux marches inégales et dangereuses, mais à la place un petit détour pour rejoindre la route qui descendait moins violemment. Une fois le pont franchi, la route s’est mise à monter et cette longue montée dura jusqu’à un col au km17. Je fus lâché par mes 6 compagnons de route et je me résignais à continuer l’escalade à mon rythme qui pourtant ne semblait pas si lent que ça. C’étaient les autres qui avaient accéléré et je ne m’en suis plus préoccupé préférant me concentrer sur les kilomètres restants. J’avais mis la musique un peu plus fort dans mes écouteurs – n’en déplaise à certains – pour m’isoler complètement du reste du monde. C’est ma façon de gérer quand je suis dans le dur. 1h47 quand même pour les 17 premiers kilomètres et presque 600m de dénivelé, j’étais loin d’être lent.

    Une descente de quelques kilomètres me permit de reprendre un peu de vitesse et j’entamais mon second col que je passais en 2h49 (km 27). Il pleuvait un peu depuis quelques minutes et je me couvris pour éviter d’attraper froid surtout dans les portions exposées au vent. Suivit une descente infernale de 3km entre 15 et 20% par endroits pour atteindre la ville de Lacaune où se trouvait le poste de ravitaillement N°3. J’avais rattrapé JB qui en avait fini avec sa chevauchée mais Ambros était très loin devant, trop pour que je puisse le rattraper. C’est qu’aujourd’hui j’ai découvert qu’il est aussi très fort en montée alors que jusqu’à présent il n’était bon qu’en descente. Nous avons eu la surprise de rencontrer Emmanuel Fontaine qui fait partie de l’équipe de France des 24 heures récemment médaillée par équipe tant au championnat d’Europe que du Monde. Il avait couru 251km lors de son championnat. Là, il est venu spécialement pour nous encourager ce qui nous a fait très plaisir.

    La côte qui suivait Lacaune (5km dénivelé 250m) démarrait fort et j’eus du mal à courir tout le temps. Je relançais néanmoins dès que le profil s’adoucissait et quand j’eus atteint le sommet de cette montée je ne me souvenais plus qu’une longue descente de plus de 13km allait me permettre de reprendre des forces. Cette descente débouchait sur la ville de La Salvetat. Une fois la rivière l’Agout franchie, un raccourci de 2km sur un chemin d’abord bitumé puis caillouteux de 2km de long nous a fait monter de 200m en évitant une série de lacets sur une route où la circulation pouvait être dangereuse. Au sortir de ce chemin, reprendre la route normale, toujours en côte, fut un vrai soulagement surtout pour les cuisses qui brûlaient de l’effort précédent. Un petit effort de 8km plus ou moins vallonné, avec alternance de hauts et de bas, puis ce serait la descente vers St Pons, descente de 10km environ à 6% de moyenne.

    Je me lâchais peu à peu dans la descente pour maintenir voire réduire si cela était encore possible l’écart avec Ambros que je ne voyais pas. J’eus une nouvelle surprise en rencontrant mon ami Jérôme rencontré en 2006 sur la Transe Gaule et qui depuis cette date vient tous les ans me rendre visite. Comme il était pâtissier, il a gardé l’habitude de nous apporter des gâteaux et demain à Lézignan-Corbières, il doit venir nous offrir des flans : c’est un gars très gentil, avec le cœur sur la main. Avec sa moto il m’accompagna quelques centaines de mètres puis il fila jusqu’à l’arrivée pour me laisser finir mon étape sans ralentir. Je suis content d’avoir réussi à limiter la perte de temps sur Ambros (8’) et aussi d’avoir chipé la 5ème place de l’étape à Jean Claude qui d’habitude me dépasse et me laisse sur place quand ça monte. Mais là, ça descendait et j’étais plus à l’aise.

    Ce soir, il s’est remis à pleuvoir, mon linge ne va pas sécher dans les vestiaires, on verra demain s’il fait beau après l’arrivée car j’aurai du temps, l’étape ne faisant que 50,8km.

    A+Fab

     

    CR étape 40

    La montée vers le Col de Sainte Colombe maintes fois effectuée lors de mes Transe Gaule m’a laissé des souvenirs impérissables, tels que lors de l’édition 2005 où j’étais parti avec Gérard Denis et Sigrid Eichner à 4h30 car blessé – j’avais vu ce matin-là des étoiles filantes – ou encore quelques années plus tard quand je courais pour essayer de terminer l’étape sur le podium ou cette autre année où je bataillais ferme pour garder à distance Sebastiaõ le Brésilien qui voulait me reprendre ma place au classement. Cette ascension marquait le début de la dernière étape, celle où l’on conquiert une étoile.

    Ce matin il ne s’agissait que de la 40ème étape de notre longue transhumance vers le sud de l’Europe. L’étape, de surcroît, était plus courte et nous avons quitté l’itinéraire de la Transe Gaule en pleine descente du col, avant Rieussec, pour découvrir une magnifique petite route sans circulation pour prendre la direction de Minerve. Cette route tranquille montait, d’abord de manière assez abrupte, puis redescendait nous faisant admirer au fil des kilomètres et des nombreux méandres une vallée au fond de laquelle se trouvait un non moins magnifique petit hameau, Boisset. Ce paysage de toute beauté me fit oublier un peu que mon ami Ambros était devant. « L’adversaire est l’ami qui vous fait progresser » est, me semble-t-il, la devise de la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail) et j’ajouterai que cet adversaire me permet de me surpasser et donne un peu de piquant ou de saveur – selon la difficulté de l’effort à fournir – à la course sans quoi je m’ennuierais certainement.

    « Oh le fou ! » entends-je d’ici. Oui, peut-être, mais la dose de plaisir est telle que tous les petits tracas éventuels – fatigue physique et mentale, risque de début de blessure, défaillance, etc – sont mis de côté. Je cours mon rêve, je sais raison garder, mais aussi j’ai besoin de cette débauche d’énergie.

    Après cet épisode de course dans cette région où la végétation était encore majoritairement composée de pins, nous sommes arrivés au sommet d’une longue et forte montée d’où un tout autre paysage tout aussi magique nous apparut : la vallée, si l’on peut la nommer ainsi tellement elle est vaste, était recouverte de nuages qui donnaient l’impression d’être une mer blanche. Seuls les sommets de collines du Minervois dépassaient et ressemblaient à des îles (avec quelques éoliennes en guise de cocotiers). La longue descente pouvait faire gonfler la moyenne pourtant déjà assez conséquente, mais je n’arrivais toujours pas à faire la jonction avec l’autrichien, très fort, trop fort en ce moment pour moi. Au ravitaillement N°3, celui de la soupe, j’arrivais quand il en repartait et je consultais mon chrono pour constater qu’il avait 1’30 d’avance, le temps que je boive ma soupe. Je repartis et au bout d’un certain temps, une fois le joli village de Minerve contourné, je me dis qu’il avait accéléré car je ne le voyais plus. Comme ça remontait assez fort, je remis un peu de bois dans le fourneau et attaquait la côte avec gourmandise et … inquiétude aussi. En haut, personne à l’horizon sinon des attardés du groupe de 6h30 et je me dis qu’il avait lui aussi mis le turbo. Deux heures durant j’allais mener la chasse ne revenant jamais sur lui, ne l’apercevant même pas. Au village d’Azillanet puis plus loin à Olonzac je pensais toujours être à sa poursuite, puis soudain à un ravitaillement, je jetai un coup d’œil derrière et vit … mon bon Ambros ! Que s’était-il passé ? Je le saurai plus tard, il s’était trompé de route peu avant Minerve et dut faire deux kilomètres de plus.

    Donc j’avais couru après un coureur qui était non pas devant moi, mais derrière moi. Rassuré de ne pas prendre un autre éclat après celui d’hier (-8’) je finissais mon étape en roue libre en pensant que s’il me rattrapait et même passait devant il ne me prendrait pas grand-chose.

    Arrivé à Lézignan-Corbières, à un carrefour avec des feux tricolores, je regardais derrière et ne l’aperçus pas. Je traversais le carrefour (au piéton vert bien sûr) et confondis le sens de la flèche et pris la direction de droite au lieu de gauche… je me retrouvais au bout de quelques centaines de mètres perdu dans la ville. Je fis demi-tour et vis que la flèche indiquait l’autre direction. J’avais été troublé par la présence d’un véhicule à l’arrêt juste devant d’où ma confusion. En colère contre moi-même et un peu contre le flècheur je repris la course en essayant de combler les minutes perdues et j’aperçus devant à 100m Ambros sur lequel j’essayais en vain de revenir. Il franchit la ligne quelques secondes avant moi, tout étonné de me voir derrière lui comme je le fus quelques kilomètres plus tôt. Il m’expliqua la raison de son retard et je me dis maintenant que la morale a été respectée, car sans son erreur il aurait néanmoins terminé devant moi.

    A l’arrivée, Jérôme mon copain de Narbonne avait apporté une quarantaine de flans pour les coureurs et je me régalais. Il m’avait aussi fait quelques courses pour les jours à venir. Très sympa. J’ai pris ma douche, lavé mon linge et nous sommes allés ensuite tous les deux dans une brasserie déguster une entrecôte frites avec un grand panaché. Le temps avait été beau toute la journée, le soleil et la chaleur de l’après-midi donnait des airs de vacances à cette journée où l’étape courte a favorisé la récupération.

    Demain, direction Estagel. Nous abordons le pied des Pyrénées, je crois, ou tout au moins nous nous en approchons. 66km de course avec un dénivelé correct (500m). Ça devrait bien se passer, espérons que la météo reste aussi belle qu’aujourd’hui.

    A demain

    Fabrice

     

    CR étape N°41

    L’étape du jour nous faisait passer des contre forts du Massif Central à ceux des Pyrénées en traversant une partie du pays Cathare ainsi que le terroir des vins de l’Aude (Corbières). La route que nous avons prise était globalement tranquille et le peu de circulation n’a pas été gênant. Le dénivelé était globalement digeste, les montées ou descentes ni très fortes ni très longues. La météo fut douce à souhait si bien que j’avais allégé ma tenue dès le départ, ne mettant qu’un t-shirt et un cuissard, et des chaussures bien évidemment.

    Je suis parti avec le groupe des 7h30, nous étions 6, et je me retrouvais comme d’habitude rapidement avec mon ami Ambros, soit devant soit derrière, mais jamais côte à côte, et toujours à une distance raisonnable (entre 20 et 50m) pour ne pas se gêner, car c’est très pénible d’avoir un « colle-bottes » toute la journée dans son sillage.

    Le tempo adopté fut rapide dès le départ et les 10 km/h étaient l’allure minimale. Qui aurait pensé que j’aurais été encore capable de courir à cette allure après plus de 40 jours de course et plus de 2700km ? Mais je suis monté en puissance et je me suis habitué peu à peu à cette allure. Bientôt les premières pentes des Pyrénées vont sans doute faire baisser la vitesse car on ne grimpe pas un col à 1500m comme une petite côte de 5km.

    Avec l’autrichien, nous avons toujours été en vue l’un de l’autre, une sorte de marquage « à la culotte » comme on dit au foot, et j’étais bien content qu’il n’aille pas plus vite.

    La végétation que j’avais le temps de regarder était composée d’arbustes à feuilles persistantes, ce qui marque un profond changement avec celle –hormis quand il y avait des forêts de résineux – que nous avions eue jusqu’alors. Finis les chênes, hêtres et autres arbres à feuilles caduques, sauf peut-être aux abords des villages avec leurs alignement de platanes. J’ai vu beaucoup d’oliviers mais ce qui dominait quand même dans la région, c’était la vigne. Beaucoup d’endroits ont déjà été vendangés, d’autres étaient en train de l’être lors de notre passage et au détour d’une ruelle dans un village ou au passage devant un viticulteur des aromes de marc de raisin titillaient nos narines. Parfois, une débroussailleuse en plein travail exhalait des odeurs de plantes fraîchement coupées telles que le fenouil sauvage ou de thym.

    J’avais l’esprit occupé par tout ce beau paysage, mes pensées passaient d’un petit endroit pittoresque à un autre, me donnant envie d’y revenir en vacances pour avoir le temps de s’y arrêter et d’en profiter. Là, avec la course, certes on ne va pas aussi vite qu’à vélo ou en voiture, mais ça défile quand même et comme je n’ai pas d’appareil photo, j’emmagasine des souvenirs et des images. Me paraîtront-elles aussi magiques quand je reviendrai ?

    L’arrivée suite à une descente de quelques kilomètres permit à mon compagnon de route de creuser un petit écart qu’il avait déjà fait en ne s’arrêtant pas au dernier ravitaillement contrairement à moi qui y « perdais » 30 secondes. Après, plus moyen de revenir et il a conservé moins d’une minute à l’arrivée. J’ai encore plus de 6h40 d’avance au général sur lui, mais je me méfie d’une éventuelle défaillance qui me ferait perdre une heure par jour ou même plus. Donc la vigilance est toujours de mise afin de ne pas me blesser.

    A demain, dernier jour de connexion certaine, après, ce sera une autre histoire. On verra bien.

    A+Fab

     

    CR étape 42

    Cette étape courte nous a fait quitter Estagel et les Corbières par une petite route tranquille, mais en montée, de 5km débouchant sur un Col à 200m d’altitude qui nous a offert un magnifique panorama sur la vaste plaine où se situe Perpignan et les villages alentours. Lignes à haute tension, autoroute et encore de grands espaces viticoles meublaient peu à peu le paysage. En arrière plan, la chaîne des Pyrénées avec comme point de repère le Pic du Canigou (2784m). Les 5km de descente qui suivirent le col me permirent de digérer l’entame en côte et sur la partie plane qui continuait la descente je pus apercevoir les éclairs qui zébraient le piémont pyrénéen et les nuées de pluie qui tombaient. Ça, c’était promis on allait se le prendre sur la tête, et l’option poncho choisie ce matin lors de la préparation de ma tenue était la bonne. J’étais à une allure assez correcte (environ 10,5km/h) les jambes étaient bonnes, le bombé de la route pas trop méchant malgré quelques bosses et creux. Pezilla la rivière, Le Soler, Ponteilla, autant de villages typiques de cet arrière pays perpignanais cassaient la monotonie de l’étape. La montée commença vraiment à partir du 27 ou 28ème kilomètre, après le village de Fourques, mais la pluie n’avait pas attendu pour nous tremper, néanmoins j’étais bien abrité du vent sous mon poncho. La côte jusqu’à Llauro fut pénible à gravir sous l’orage et je sentais que je n’avançais plus aussi bien que lors des étapes du Massif Central. Après le village, il y a eu du rab de côte : 2km avant enfin de basculer dans la descente. Mais celle-ci fut tout aussi difficile à faire, le froid, l’humidité, les rafales de vent, les voitures qu’on n’entendait qu’au dernier moment ne permettant pas d’être très serein. J’avais fait déjà un choix : celui de ne pas partir à la poursuite de mon camarade de compétition autrichien. Il semblait très à son aise et je ne voulais courir aucun risque qui eût pu compromettre la suite de ma TransEurope, même si le cœur m’en disait.

    La vallée du Vallespir était apparue un peu dégagée et laissait espérer du temps meilleur pour la suite. J’ai vite perdu espoir de trouver du soleil quand un second orage rendit la pluie encore plus forte. Les 7km de descente assez forte débouchèrent sur la ville de Céret qui une fois traversée nous laissait 10km de montée via les villes de La Forge, Amélie les Bains (rebaptisée Amélie les Bains Douche pour l’occasion). La circulation automobile, les trottoirs inondés, les routes elles aussi gorgées d’eau et de flaques, le fléchage peu visible, tout se liguait contre moi. C’était l’impression donnée par cette étape qui restera sûrement comme une des moins agréables que j’ai faites.

    L’arrivée à Arles sur Tech, au complexe sportif de la Baillie, fut un grand soulagement. Trempé, fatigué, je n’avais qu’une hâte, de me doucher pour me réchauffer, mais avant il fallait s’installer et devant l’ampleur de la tâche je commençais à déprimer. Je me repris vite et préparai tout mon matériel que j’installai dans la salle. Une fois douché et après une petite collation, ça allait beaucoup mieux et j’eus le temps de me reposer.

    Demain, la longueur de l’étape (65km) masque sa véritable difficulté : départ de l’altitude 275m, passage du Col d’Ares (1513m) 35 kilomètres plus loin, bascule en Espagne pour une trentaine de bornes en descente pour atteindre notre première ville-étape espagnole. San Joan de les Abadesses. Je n’ai qu’un souhait, que la météo soit plus clémente que celle d’aujourd’hui, car passer un col à plus de 1500m par temps pluvieux ça doit presque donner des températures proches de 0°.

    On verra bien demain.

    Ce soir, je suis un peu triste de ne pouvoir être avec ma famille pour fêter les 20 ans de ma fille, Lucile. Restaurant, cinéma, elle va m’envoyer un MMS avec la photo de groupe au restaurant. On se rattrapera fin octobre quand je serai de retour, on se fera un deuxième repas d’anniversaire.

    A+Fab

    CR étape 43

    Dernier jour de septembre, dernière fois que nous courions en France. Le départ d’Arles sur Tech au moment où le jour se levait fut meilleur que ce que j’espérais. Le temps était doux, relativement, et surtout sec. La route principale que nous avons rejointe au bout de 400m était calme et elle nous fit traverser la ville que nous n’avions atteinte la veille puisque le centre d’hébergement était situé à l’entrée de l’agglomération. Quand nous avons quitté Arles, la route s’est mise à monter, mais doucement si bien que j’ai réussi à trouver une bonne cadence de course. Il y avait 34 kilomètres de montée avant d’atteindre le Col d’Ares et de passer en Espagne. Ça me paraissait long avant d’y parvenir et mentalement il me fallait trouver quelque chose qui me fasse passer le temps et les kilomètres plus vite. J’essayais de penser à plein de trucs sans rapport avec la course et quand je passais une borne kilométrique je me disais qu’il ne restait plus que tant à faire.

    Après Prats de Mollo, la pente devint plus raide et je commençais à ralentir le rythme, trouvant que l’alternance course marche pouvait me faire passer ce cap difficile. Un peu plus haut encore, après le troisième ravitaillement situé à 4km du col, la côte se fit encore plus rude et je n’avançais plus très vite. Quand je parvins au sommet, en 3h41’ pour 34km, je savais qu’il ne resterait que 31km à courir, dont la plus grande partie en descente. Cette dernière commença de la plus belle des manières car autant le revêtement routier en France jusqu’au col avait été très inégal en qualité, autant celui de la route espagnole était lisse : un vrai billard ! Je trouvais rapidement mon allure de croisière, entre 11 et 12km/h et les bornes défilèrent. Bien sûr, le pourcentage de la descente avait été trop important pour que je continue de croire que ça allait durer jusqu’à l’arrivée. Une montée nous attendait pour rejoindre Camprodon et la suite ne fut plus aussi pentue, même si elle comportait beaucoup plus de descentes que de côtes. La circulation automobile était peu intense, mais il fallait quand même se méfier dans les virages serrés ou lors du croisement de deux véhicules.

    Le paysage côté espagnol ressemblait beaucoup à celui rencontré côté français lors de l’ascension du col, mais peu à peu j’ai remarqué que la végétation était plus verdoyante du côté ibérique. Les villages et les habitations que j’ai à peine eus le temps de regarder sont différents de ce qu’on a vu dans le Haut Vallespir, côté français, beaucoup de maisons étant construites en briques jaunes. Beaucoup de drapeaux catalans aux bandes rouges et jaunes, avec une étoile blanche sur un triangle bleu, étaient accrochés aux balcons des immeubles.

    Nous sommes encore à près de 800m d’altitude et l’étape de demain devrait continuer de nous faire descendre, sur 15km, en douceur, puis une remontée de 8km à fort pourcentage nous fera ralentir et ensuite ce sera de la tôle ondulée. Mais je me méfierai car je ne connais pas les contreforts pyrénéens du côté espagnol et le dénivelé total prévu sera proche de 900m pour seulement 55,6km. La prochaine ville d’accueil sera Berga, c’est une ville assez importante de plus de 15000 habitants. Espérons que l’hébergement et les sanitaires seront meilleurs que ceux d’aujourd’hui car deux petites salles froides et des douches tout aussi froides n’ont pas réussi à nous réchauffer après l’étape où la température n’a pas excédé 14°. Heureusement que le repas servi dans une grande salle de sport nous a bien réchauffés.

    A+Fab

    PS : j’ai fini l’étape en 6h33’22 pour 65,1km (à peine 10 de moyenne) mais sur la seconde moitié, j’ai tourné en 2h52 pour 31km. Je suis encore 6ème et ne perds que 7’ sur « mon autrichien préféré ».

     

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