• TransEurope 2012 : bilan et digressions

    Petit bilan à chaud de ma TransEurope.

    (Texte rédigé dans l’aéroport de Gibraltar, le 22 octobre 2012)

    Moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, après la fin de cette TransEurope 2012, je ne réalise pas vraiment l’ampleur du chemin parcouru pour atteindre mon objectif.

    La course ne s’est pas cantonnée aux soixante-quatre étapes, elle avait commencé bien avant, sans doute quelques mois après la fin de l’ « autre », l’inachevée, celle où j’avais fini à l’hôpital mais où auparavant j’avais quand même eu beaucoup de moments de souffrance. L’annonce de cette troisième édition avait fait tilt dans mon cerveau et je savais que, sauf impondérables dont la vie se charge d’avoir le secret, je serais au départ.

    Le temps fut long, une quarantaine de mois, un peu plus de trois années, et il n’y a pas eu une seule journée je crois où je n’y ai pas pensé. Les deux Transe Gaule ainsi que toutes les autres courses auxquelles j’ai pris part, du simple cross au plus longs challenges tels les cent kilomètres ou les vingt-quatre heures, tous ces moments ont été autant de maillons pour constituer cette chaîne me permettant de m’accomplir pendant cette TransEurope 2012. Tous mes entraînements aussi en ont fait partie, et comme je ne suis pas du genre à faire des pauses, j’étais « toujours dans la course » comme je le serai sans doute encore après.

    Cette TransEurope s’est déroulée comme je l’avais rêvée, espérée, c'est-à-dire sans blessures, ce qui est une chance mais aussi le résultat de tout ce que j’avais mis en œuvre auparavant pour ne pas me blesser. La blessure est une malchance mais ce n’est pas de la chance que de savoir s’en préserver, j’en suis maintenant convaincu.

    Il n’y a pas de préparation type pour ce genre de course, mais la mienne était celle qu’il me fallait. Pour un autre, cela n’aurait peut-être pas convenu, d’ailleurs ceux qui ont rallié Gibraltar s’étaient préparés chacun à leur manière, mais pour ce qui me concerne, j’ai vérifié que j’étais dans le vrai.

    Déjà en 2009 je l’avais été pendant plus de la moitié de la course et l’expérience des Transe Gaule courues depuis m’ont conforté dans ce choix d’entraînement.

    Au moment où je rédige ces lignes – dans l’avion qui me conduit de Gibraltar à Londres – je n’ai pas tous les éléments chiffrés sous les yeux mais je pense que ma TransEurope connut trois stades au niveau de sa gestion :

    le début, prudent, pendant lequel je prenais progressivement la mesure de la tâche qui m’attendait, qui a correspondu aux parties danoise et allemande, soit une grosse vingtaine d’étapes. J’ai couru prudemment et ma vitesse a progressivement augmenté. Je connaissais quelques étapes pour les avoir courues dans l’autre sens en 2009 et il y avait un enchaînement de plusieurs journées avec plus de 70km à faire quotidiennement ;

    la seconde partie, celle où nous avons traversé la France en 20 jours, fut une sorte de déclic pour faire le choix d’une course « au taquet », de celles où le classement compte, où la place et le chrono deviennent des priorités. Quand on est en pleine possession de ses moyens, on peut se le permettre ;

    le dernier stade de cette Transcontinentale, qui correspond à la traversée de l’Espagne, où il a fallu consolider ma 5ème place et qui fut une rude bataille, éprouvante tant physiquement que mentalement. Mais heureusement que j’ai eu à batailler ! Sinon je me serais ennuyé. Merci à Ambros, le coureur au drapeau autrichien, de m’avoir permis de garder tous mes sens en éveil et d’avoir toujours un objectif à essayer d’atteindre lors de chaque étape.

    Le fait de me retrouver de manière quasi permanente dans le groupe des « forts » ou des « rapides » m’a aussi permis de me rassurer. J’étais régulier et mises à part la première étape (15ème), la troisième et la dernière (10ème) toutes les autres m’ont vu finir entre la 4ème et la 9ème place. Les quatre premiers du classement général final étaient trop rapides, trop forts pour que je puisse prétendre rivaliser à long terme avec eux. Si l’on ajoute les trois coureurs qui ont abandonné à mi-parcours ou avant (Stéphane, Markus et Jos) mais qui étaient toujours devant moi ou presque jusqu’à leur arrêt, les autres coureurs qui ont été blessés et ont perdu de très nombreuses heures irrattrapables par la suite (Christian Fatton et Eiolf par exemple), je pense que je suis à ma place. 5ème c’est irréel, 10ème ça aurait été déjà exceptionnel, mais les faits de course qui en font aussi la beauté m’ont porté dans le top 5 d’une Transcontinentale : magique ! Mais je ne vais pas pavoiser pour autant. En 2009, beaucoup de coureurs ont gagné une place quand au matin de la 55ème étape je suis resté à quai, sur le billard de l’hôpital de Gälliväre.

    Certains diront que cette année-là, en 2009, le niveau général était plus relevé que celui de cette année : mais peut-on ou doit-on comparer ? A ce petit jeu des comparaisons ou pourrait aussi dire que l’édition III était plus facile que la seconde qui elle-même était moins difficile que la première. 5036km en 2003, 4489km en 2009, 4175km en 2012… Mais au départ chaque matin, on se met en configuration course en tenant compte justement de la longueur de l’étape. Si on doit faire 90km ou plus on ne part pas comme si on allait seulement en faire 65 ou 45. Au bout du compte, cela revient au même. On met moins de temps mais on est allé beaucoup plus vite, alors la fatigue est la même. En revanche, c’est au niveau du temps de récupération qu’on peut y gagner quoique de terminer tôt a souvent fait que nous sommes allés nous promener au lieu de penser à nous reposer.

    J’en ai fini avec ce petit bilan à chaud de ma TransEurope. Peut-être après quelques jours ou semaines referai-je un petit tour d’horizon des faits marquants de cette aventure. Pour l’instant, il me faut savourer même si au niveau émotionnel je n’ai pas encore vraiment réalisé que la TransEurope est terminée.

    A+Fab******€

     

    « TransEurope 2012 : étapes 44 à 64 (Espagne)TransEurope 2009 : l'avant-course »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :