• TransEurope 2009 : étapes 34 à 54 (Suède)

    Vendredi 22 mai, 34ème étape : Göteborg (Suède) – Sjövik (48,8km).

    Après une très bonne nuit dans la cabine du ferry, après un très copieux petit déjeuner pris à bord nous avons repris le cours de notre course.

    Le départ fut donné peu après 9h30 sous la pluie depuis le premier parking qui se trouve après la zone portuaire.

    Göteborg, c'est très joli, mais je n'ai pas eu le temps de regarder tout ce qu'il y avait parce qu'il fallait que je sois attentif aux différents changements de direction qu'il y avait sur notre parcours. Nous courrions sur une piste cyclable, mais à chaque carrefour il fallait attendre que le piéton soit vert pour passer et à ce petit jeu là, je me suis vite retrouvé distancé par la plupart des coureurs avec qui je me trouve d'habitude. Certains de devant ne se sont pas préoccupés d'attendre ou non le passage, ils ont foncé. Je n'ai pas voulu prendre ce risque. D'arrêts aux feux en arrêts toilettes, je ne voyais plus personne devant moi et ceux de derrière ne couraient pas aussi vite que moi mais me retrouvaient néanmoins dès que je marquais une pause.

    Au premier ravitaillement, km10,9 passé en 1h05' je me dis qu'il y avait un problème : soit j'étais vraiment rapide, mais avec tous les arrêts que j'avais faits j'en doutais, soit la distance indiquée était fausse. Je pensais plutôt n'avoir fait que 9 à 9,5km. Au second ravitaillement, j'ai eu la même impression, alors je me suis dit que l'étape allait peut-être être moins longue que prévue.

    Nous sommes sortis de l'agglomération de Göteborg au bout d'une douzaine de km et nous avons continué notre chemin sur une piste cyclable toujours, avec une seconde averse, un peu plus forte que la première. J'avais enfilé le poncho dès le départ et ne le quittais donc pas.

    C'était joli, les maisons en bois, la verdure environnante, le chant des oiseaux et l'impression que la nature en est toujours au même point depuis l'Italie. En effet, plus nous remontons vers le nord (et là, avec le ferry nous avons fait un saut de 400km vers le nord), plus on voit les plantes au même niveau de floraison, par exemple les lilas pour qui c'est flagrant. En Italie, ils commençaient à fleurir, en Allemagne on les voyait commencer à fleurir aussi et bien en Suède, leur floraison en est au même stade, au début de leur épanouissement.

    D'autres arbres comme les tilleuls montraient qu'il y a un décalage dans le temps entre le nord et le sud.

    La suite de l'étape fut plus difficile car les averses se sont succédées, la piste cyclable s'est transformée en chemin de terre avec des graviers, et la fatigue s'est installée progressivement.

    J'ai géré ma fin d'étape sans chercher à rattraper les coureurs de devant que j'apercevais depuis quelques km. Néanmoins, j'ai repris Takako qui avait ralenti et nous avons encore une fois terminé ensemble.

    La moyenne de cette étape semble trompeuse car en réalité il faudrait retirer 3km pour avoir la distance exacte, ce qui donne une moyenne plus conforme à mon ressenti et à ma valeur réelle.

     

    L'arrivée se fit dans une sorte de village de vacances et nous sommes logés dans des bungalows, à 4 pour une superficie de 12m², avec des lits superposés. C'est plus grand que les cabines du ferry, mais cela reste très exigu surtout quand chacun arrive avec ses bagages.

    Les douches et les sanitaires sont situés à 50m de là et quand on y va, c'est sous la pluie.

    Ce soir le dîner ne sera pas du même niveau que celui auquel nous avons eu droit hier soir : buffet à volonté à bord du ferry, poissons, viandes, saucisses, légumes, desserts... tout à volonté. Nous en avons bien profité, tout comme les touristes qui étaient à bord pour voyager eux aussi vers la Suède et qui étaient médusés quand on leur disait ce qu'on était en train de faire.

     

    Demain, une longue étape nous attend : 82km en espérant qu'on soit un peu mieux hébergés après près de 10h passées sur la route. J'espère que la météo sera meilleure car les averses ne sont pas pour faciliter la récupération après la course et n'aident pas à éviter les douleurs musculaires ou tendineuses.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 23 mai, 35ème étape : Sjövik – Kvänum, 82,0km.

    Fini de rire aujourd'hui : j'ai eu un aperçu de ce qu'on va vivre pendant les 29 prochaines étapes, c'est à dire de longues portions de route sans âme qui vive, malgré de beaux paysages composés de prairies et de bois ou de champs cultivés. Le bord des routes est pratiquement toujours boisé ce qui procure de l'ombre quand on en a besoin. De longues parties sans arbres ni haies ont été plus fréquentes sur la fin de l'étape, lui conférant un caractère interminable. Il y a des villages, très espacés les uns des autres, et des habitations, regroupées en sorte de hameaux mais pas à la "Française", plutôt à la Suédoise, c'est à dire construites le long de la route principale. Des abris bus fréquents traduisent que l'isolement n'est que relatif. Ce samedi, nous n'avons pu nous rendre compte du trafic qui emprunte cette route en temps normal. On découvrira cela lundi.

    J'ai démarré l'étape comme d'habitude, tranquillement le temps de m'échauffer, puis je suis passé en vitesse de croisière légèrement plus basse que lors des étapes précédentes en raison de la longueur de celle qui nous attendait aujourd'hui.

    Jusqu'au 30ème km, j'étais bien, même si j'avais l'impression de ne pouvoir aller plus vite. J'avais un peu mal au dos et cela irradiait jusque dans le haut de ma cuisse droite, au niveau de l'adducteur. C'est à peu près à ce moment que j'ai commencé à ressentir un léger tiraillement au niveau de l'ischio jambier de la jambe gauche. Etait-ce une conséquence du changement de foulée dû à la gêne de mon adducteur ? Tant et si bien que je ne pouvais plus allonger la foulée sans ressentir une douleur. Je voyais les autres coureurs avec qui j'étais s'éloigner progressivement et je n'ai pas cherché à rester dans leur sillage. Je me suis vite retrouvé devant le fait accompli : aujourd'hui allait être une journée de galère. Le mental ne tarda pas à suivre ce mauvais pas et je connus plusieurs longues et pénibles heures à lutter contre moi-même et contre les kilomètres.

    J'étais jusqu'au 30ème km à 9km/h de moyenne, je suis passé à 8/8,5, alternant les périodes de course avec les périodes de marche. Je me suis aussi fait reprendre par des coureurs qui d'habitude sont derrière moi, mais j'avais fait le deuil de cette étape depuis un moment pour en regretter la tournure.

    Jusqu'au km 70 environ j'ai donc pioché. J'avais mis le MP3 depuis le km65 pour m'aider à finir les deux heures qui devaient me rester à courir.

    Dans les 12 derniers km, je me suis fait violence pour retrouver un rythme de course plus rapide, sentant l'écurie comme on dit.

    Je finis donc sur une impression mitigée et avec une belle douleur à l'ischio gauche. J'ai mis de la glace après la douche et je me suis reposé.

    J'espère que demain ça va aller mieux car j'ai été épargné depuis le début de la course par les blessures et je n'aimerais pas rentrer dans un cycle où je devrais passer plus de temps sur la route que celui que j'ai prévu.

    Aujourd'hui, j'ai mis 9h40 à peine ce qui était mon objectif N°1, le second était de faire moins de 10h. Mais c'est la manière et la baisse de mon mental qui m'inquiètent. Si je repars avec une douleur demain, sur les 86km prévus, je sens que ça va être très très difficile à digérer.

    On verra bien.

    à+Fab****

     

    Dimanche 24 mai, 36ème étape, Kvänum – Hasslerör : 85,9km.

    Aujourd'hui, l'étape s'annonçait longue au niveau du kilométrage, pénible si mes douleurs de la veille persistaient et moralement difficile car mes pensées allaient être orientées vers ma maman qui nous a quittés il y a trois ans déjà.

    Le départ m'a surpris quant aux sensations, car je ne ressentais rien des douleurs de la veille et je fis les 10 premiers km à l'aise sur une route tranquille, sous un soleil à moitié voilé par une couche nuageuse. Le jour était levé depuis 3h30 du matin, donc à 6h le soleil était déjà bien haut par rapport aux levers de soleils italiens sur l'Adriatique. La température était aussi agréable, malgré un léger vent, mais j'ai conservé mon coupe-vent pendant les premières heures.

    Je pensais à ma famille, à ma mère qui aurait été fière de me voir rendu si loin dans l'aventure, elle qui était une de mes plus grandes supportrices, fière comme toute maman des "exploits" de son fils.

    Le premier ravitaillement passé, j'ai commencé à ressentir la même gêne puis douleur aux ischios jambiers qu'hier. Je me suis donc rendu à l'évidence, la journée allait vraiment être "particulière".

    Je pris la décision de m'enfermer dans ma bulle en mettant mon MP3 que j'avais réglé sur des stations locales, en l'occurrence sur une station spécialisée en country music. J'eus droit à toute la gamme des chansons américaines sur les trains, rock, folk, country, blues... ça m'a diverti pendant un bon moment jusqu'à ce que je n'arrive plus à capter la station. Je suis donc passé en mode "musique", avec mes pistes personnelles enregistrées. Un peu de Rap (Eminem, Tupac) puis du jazz (Zappa) suivi par la BO du film Kill Bill et des chansons françaises (Higelin, Bashung, Renaud) et quelques compilations étrangères.

    Le temps m'a paru moins long et les 15km de forêt par un sentier-route de terre se sont bien passés.

    Ce fut physiquement difficile, et donc moralement encore plus dur, jusqu'au 50ème km environ, suite au passage au ravitaillement de Thomas et sa bonne soupe. Quand j'en suis reparti, au bout de quelques minutes je ne souffrais plus de ma jambe gauche. J'ai continué de courir sans accélérer pour ne pas redéclancher le mal.

    J'ai poursuivi mon chemin tant bien que mal, les heures étaient interminables d'autant plus que nous avons emprunté par la suite de longues portions de route droite dont on n'apercevait pas le bout.

     

    Au final, j'ai tourné à la même moyenne que sur l'étape d'hier, je suis resté quand même plus de 10h sur la route. Mais ce soir, je suis un peu rassuré quant à ma douleur à l'ischio gauche. Elle ne s'est pas résorbée, mais elle m'a laissé tranquille. Demain, l'étape est courte (68km seulement, une paille !) je vais essayer de continuer de reposer cette jambe sans la solliciter par une vitesse de course trop grande. Le surlendemain une étape de 85km nous attend à nouveau.

     

    Le moral est meilleur ce soir, mais l'inquiétude demeure quand même un peu.

     

    à+Fab****

     

    Lundi 25 mai, 37ème étape, Hasslerör – Kristinehamn : 68,1km.

    Quand nous avons quitté Hasslerör, à 6h, il faisait frais, il y avait un petit vent qui renforçait l'impression de fraîcheur et le ciel était couvert.

    Nous avons rejoint au bout d'à peine un kilomètre la route N°26 que nous n'allions plus quitter jusqu'à l'entrée de Kristinehamn. Et cette route assez fréquentée par les camions, nous allons la poursuivre encore plusieurs jours. Pas très passionnant !

    Le paysage a été assez banal, on a eu droit de longer un lac pendant plusieurs kilomètres pour nous changer des champs, des prairies et des bois. Mais pour le reste, je me suis beaucoup ennuyé. J'ai mis la musique de mon MP3 pour essayer de faire passer le temps plus vite. Il n'y a pratiquement jamais d'agglomération à traverser qui pimenteraient le parcours.

    Je suis parti prudemment, comme hier, pour vérifier si ma jambe allait me laisser tranquille. Je n'ai rien ressenti de particulier mais j'ai choisi l'option prudence et me suis mis dans l'idée d'aller au bout de l'étape à 8,5km/h environ, ce qui au total ferait un temps de 8h.

    C'est ce que j'ai fait, à 5' près, et j'ai terminé avec Roger, Alain et Jenni.

    Je suis très loin des autres coureurs avec qui je courais les jours d'avant la Suède, mais je préfère être prudent quitte à perdre du temps que de foncer coûte que coûte et me blesser plus sérieusement.

    C'est frustrant pour un "attaquant" comme moi, mais je me suis fixé comme objectif N° 1 d'aller au Cap Nord.

    Certains coureurs vont mieux aussi, depuis qu'ils ont connu une période de blessures puis de ralentissement et maintenant ils reprennent leur véritable place. Donc, moi aussi, je suis retourné à la mienne.

    Le moral est revenu, je sais que demain il va me falloir être tout aussi prudent qu'aujourd'hui et me préparer à passer plus de 10h sur la route N°26.

    A bientôt : Fab****

     

    Mardi 26 mai, 38ème étape, Kristinehamn – Lesjöfors : 85,0km.

    Ce soir j'ai fait 2600km depuis Bari en à peine 300 heures, 38 jours se sont passés avec les mêmes rituels d'avant, pendant et après course.

    Ma journée s'est bien présentée, quand je me suis réveillé, il faisait jour depuis longtemps, le soleil éclairait déjà la cime des arbres qu'on apercevait par les fenêtres du gymnase placées en hauteur.

    Quelques raideurs aux jambes, mais ma tendinite à l'ischio jambier gauche semblait me laisser tranquille. Je l'avais bien soignée la veille (glace + Voltarène en gel) et toute la nuit j'ai bien suivi les recommandations du médecin, à savoir d'éviter de dormir en tendant cette jambe afin de ne pas solliciter le tendon endolori.

    L'étape commença sous un beau temps, à peine frais, et je me demandais si j'allais conserver longtemps mon coupe-vent.

    Je pris un rythme tranquille mais plus rapide que ces derniers jours, comme je le faisait avant la Suède.

    La route N°26 était peu fréquentée à cette heure, et sur ce tronçon il y avait moins de trafic que sur la partie empruntée hier.

    Au premier ravitaillement j'ai oté mon coupe-vent car j'avais chaud. Ma vitesse était satisfaisante et mes sensations excellentes. J'en ai profité pour poursuivre sur le même rythme.

    Le paysage n'était pas très différent de celui de la veille et je me concentrais plutôt sur ma course. Pour me distraire, j'ai trouvé un nouveau jeu, à partir des plaques minéralogiques des autos et camions. Je regardais les plaques et "montais" l'alphabet puis le redescendais. J'ai d'ailleurs remarqué qu'en Suède il n'ont ni I, ni Q et pas de V. Ce jeu me conduisit jusqu'au 50ème km environ sans que j'aie à trop penser pendant ma course. Les seules interruptions de ce jeu furent lors des ravitaillements qui arrivaient relativement rapidement sans que j'aie à les attendre.

    Nous avons transité par une ville plus importante située à un carrefour de routes fréquentées et par la suite nous avons retrouvé la relative tranquillité de notre chère N°26.

    J'ai terminé l'étape avec Werner, un ancien vainqueur de la Transe Gaule (2006) et quand nous sommes arrivés au gymnase, nous étions ravis que cette longue étape se soit relativement bien passée. J'ai couru à une vitesse plus en rapport avec mes étapes "Italiennes" ou "Allemandes".

    Ma 20ème place m'a surpris, mais beaucoup ont payé leurs gros efforts des deux dernières journées où certains ont attaqué et l'ont payé aujourd'hui.

     

    J'ai passé l'IRM pendant 1h, pour examiner mes poumons puis pour regarder ce qu'il reste de mes soucis de tendinites aux ischios. C'est en voie de guérison, pour peu que je sois prudent demain comme me l'a dit le médecin. Alors, on verra demain, il n'y a que 65km.

     

    Le moral est bon, il faut maintenant que je pense à me reposer car depuis mon arrivée peu avant 16h et maintenant (21h) je n'ai pas eu trop de temps à moi, malgré le glaçage de mes douleurs, la prise d'une petite collation, les bavardages avec les copains, le repas puis l'IRM.

    Je vous laisse.

    à+Fab****

     

    Mercredi 27 mai, 39ème étape, Lesjöfors – Vansbro : 64,9km.

    Cette courte étape, au lendemain d'une de 85km, devait permettre à beaucoup de coureurs de profiter de l'après-midi et de se reposer. Certains l'ont courue tranquillement, comme en récupération, d'autres ont eu du mal car ils n'ont pas récupéré de la veille, et il y a les autres qui font l'étape telle qu'elle se présente sans se poser de questions.

    J'ai choisi cette dernière option.

    Pourtant, la matinée avait mal commencé pour moi, car quand je suis allé aux WC, j'ai remarqué la présence importante e sang dans mes selles, ce qui m'a inquiété. Je suis allé trouver un des médecins de l'organisation pour lui demander conseil. Il m'a dit qu'il serait peut-être nécessaire d'aller passer un examen à l'hôpital si cela devait se reproduire, pour vérifier si tout est en ordre.

    J'ai donc démarré l'étape avec une grosse angoisse, celle du mec qui va peut-être finir la journée à l'hosto.

    J'ai couru les premiers kilomètres assez lentement afin de jauger les sensations qui se sont avérées bonnes une fois l'organisme échauffé. Rassuré, mais en ayant toujours une pensée pour ce "truc" bizarre, j'étais en train de réfléchir à la manière avec laquelle j'encaisserais un éventuel abandon. J'ai vite chassé cette idée de mes pensées et j'ai fait mon étape, à mon rythme "de quand je suis bien physiquement".

    J'ai tourné à plus de 9km/h pendant les ¾ de l'étape puis j'ai ralenti sur les derniers kilomètres, prenant plus de temps aux ravitaillements et pensant à l'étape de demain qui fera 73km.

     

    La météo fut fraîche avec quelques gouttes de temps en temps, un vent assez fort nous a poussés quand nous étions dans la partie vallonnée de l'étape. Et oui, on a eu droit à de belles côtes, longues mais pas très pentues, ainsi qu'à de belles descentes. De part et d'autre de la route, il y avait des forêts, de résineux mais aussi d'espèces à feuilles caduques. Très peu d'habitations, souvent isolées, bordaient la route 26 sur laquelle le trafic d'aujourd'hui n'était pas très important malgré une forte proportion de camions transportant ... du bois.

     

    La ville qui nous a accueillis est un peu plus importante que les dernières et nous sommes installés dans un gymnase tout près du centre. J'en ai profité pour aller retirer de l'argent, des Couronnes suédoises (taux environ d'1€ = 10K), et je suis allé au supermarché refaire le plein de gâteaux et de boissons.

     

    Ce soir ça va, je suis rassuré, j'attends demain matin sans inquiétude. Ce soir, je vais rater la finale de la ligue des Champions, mais je regarderai le résultat sur le SMS que Pascale m'enverra.

    Je vais me coucher tôt car la nuit dernière je n'ai pas beaucoup dormi à cause des lumières du gymnase qui étaient restées allumées toute la nuit sans qu'on puisse les éteindre.

     

    à+Fab****

     

    Jeudi 28 mai, 40ème étape, Vansbro – Mora : 72,8km.

     

    40 ! « Et qu'à ferme sa porte ! » comme disait la voisine.

    Aujourd'hui, c'était les 40èmes rugissants, la 40ème étape. Hier nous avons franchi en début d'étape le 60ème parallèle Nord. Nous nous rapprochons progressivement de notre Graal.

     

    Pour ma santé, et bien j'ai été vite rassuré et je suis parti le cœur léger contraste saisissant avec le Fab d'hier soir au bord des larmes de fatigue et d'inquiétude. Mon souci gastrique est passé.

     

    L'étape a démarré sous la pluie, fine au début donc ne nécessitant pas le port du poncho, mais au bout de quelques kilomètres j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il fallait l'enfiler sous peine de se retrouver trempé et transi de froid.

    Le cortège de ponchos rouges, ceux donnés par l'organisation, mais on a le droit d'en porter d'autres, bigarrait la route bordée de sapins verts. Il n'y avait pas beaucoup de circulation donc on pouvait choisir les portions de route en évitant les flaques d'eau.

    Mon rythme tranquille au début, le temps de m'échauffer et de me réchauffer, va progressivement s'accélérer. Nous avions dès les premiers hectomètres été stoppés par un train de bois qui manœuvrait sur la voie et avions dû attendre quelques minutes qu'il finisse son changement de voie (ce qui n'a pas empêché deux coureurs, dont je tairai les noms, d'être passés sous le train quand il était à l'arrêt. L'un d'eux en perdit son bidon qui se retrouva entre les rails pendant que le train avait repris sa manœuvre en sens inverse. Le malin a été obligé d'attendre.).

    Ils ont eu le droit de se faire gronder.

    Donc du retard dès le premier kilomètre, ça allait faire baisser la moyenne !

    Tant pis puisque tout le monde était concerné.

     

    Un peu plus tard j'ai refait un autre arrêt long (« technique » celui-là) dans les bois et quand j'en suis reparti, près de 5' plus tard, je m'étais fait dépasser par nombre de coureurs.

    J'ai repris mon rythme et rattrapais le petit groupe qui avait profité de mon arrêt et j'ai continué ainsi de ravitaillement en ravitaillement, où, à chacun de mes arrêts je me faisais à nouveau rattraper et dépasser par des coureurs qui prennent moins leur temps à se restaurer. J'ai retiré le poncho au moment où une embellie météo s'était installée. Malgré cela, j'ai eu droit à deux ou trois autres bonnes averses, mais je n'avais plus envie de sortir le poncho.

     

    Le reste de l'étape sur la route 26 fut une sorte de routine, j'égrainais les kilomètres en les décomptant toutes les 6'40 (soit 9km/h) et j'ai eu la surprise de voir que j'avais fait une erreur dans mes comptes et qu'il ne restait pas autant de km que je le croyais.

     

    Quand j'en ai eu terminé, j'étais soulagé que cette étape se fut bien passée, sans douleurs sinon celles de la fatigue dans les jambes sur une route à gros enrobé, légèrement bombée où il fallait profiter de l'absence de circulation pour trouver une partie plate et moins granuleuse.

     

    Le rituel d'après course passé, j'ai pu dormir un peu, ou plutôt somnoler car la boîte à chaussures qui nous sert de lieu d'hébergement, même si elle est moins petite que certaines précédentes, reste assez exigüe.

    Les douches étaient chaudes, mon linge lavé est presque sec, le ciel est bleu et on annonce une belle journée ensoleillée pour l'étape de 78km de demain.

    Quoi rêver de mieux ?

     

    Allez, je vous laisse et vous dis à demain.

    à+Fab****

     

    Vendredi 29 mai, 41ème étape, Mora – Västbacka : 78,3km.

    Après la pluie (d'hier), le beau temps. On s'est levé sous un beau soleil, et pourtant on n'a pas fait de grasse matinée : c'est que le jour était déjà levé depuis 3h30 et il était 4h.

    Il faisait frais, mais je me doutais qu'il allait y avoir des températures plus clémentes voire chaudes dans l'après-midi.

    L'étape démarra de la plus belle des manières, nous avons traversé la ville qui nous servait d'étape et nous avons pu découvrir ce que nous avions raté la veille parce que trop éloignés du centre. C'est ce qui est frustrant sur ce genre de course où la récupération et l'intendance prennent tellement de temps qu'on n'a pas souvent l'occasion d'aller voir les sites pittoresques.

    En tout cas, Mora est une très jolie petite ville d'une dizaine de milliers d'habitants, située au bord d'un lac sur lequel se reflétait le soleil. Il doit y avoir des photos sur le site de la TransEurope.

     

    Une fois sortis de Mora, nous avons retrouvé la route 45 que nous allons poursuivre plusieurs étapes encore. C'est tout pareil que la route 26, sauf le numéro.

     

    J'ai couru comme depuis les derniers jours, à un rythme qui me permet d'être efficace sans me faire violence et progressivement, j'ai avancé. Je ne me suis arrêté que trois fois 5' soit pour des besoins naturels soit pour me ravitailler plus longuement. Les autres arrêts ont été dans la moyenne des précédents, c'est à dire entre 30 secondes et 1 min 30.

     

    Le parcours était vallonné aujourd'hui et les forêts se sont progressivement dénuées de végétation sous arbustive. Avant il y avait des arbustes au pied des grands sapins, maintenant il y a des mousses et des lichens à leurs pieds, ainsi que nombre de rochers arrondis par l'érosion de milliers d'années.

    Les habitations sont de plus en plus rares et ce soir nous logeons dans des huttes en bois, à 6 par hutte, ce qui reste très exigu. Le lieu d'hébergement se situe à l'emplacement d'un restaurant, proche de lacs et de chemins forestiers.

    Il a fait beau aujourd'hui et nous commençons à voir quelques moustiques et d'autres moucherons.

     

    Mon étape s'est donc bien passée et à 5km du but, au dernier ravitaillement, j'ai décidé d'attendre Tom, un coureur allemand, qui était derrière moi depuis plusieurs heures. Nous avons fini ensemble en un peu plus de 9h.

     

    Pas de bobos, sinon une autre petite ampoule à un orteil qui jusque là avait été épargné. Je vais soigner ça et demain ça ira.

    Une petite étape nous attend, 61km, avant celle de dimanche qui en fera 25 de plus.

     

    Le soleil est encore haut ce soir après le dîner, mais il faut penser à aller se coucher pour être en forme demain.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 30 mai, 42ème étape, Västbacka – Sveg : 61,4km.

    Je suis installé à califourchon sur un banc dans un couloir de la salle des sports de Sveg, juste en face de Tom, le coureur avec qui j'ai fini l'étape d'hier, et qui va se faire tondre les cheveux par Uli, notre pasteur-dernier ravitailleur-coiffeur-chanteur... Uli est une personne très appréciée car lorsqu'on arrive à son ravitaillement, on sait qu'il ne reste plus grand chose à courir.

    Aujourd'hui, quand je suis arrivé à son poste de ravitaillement, j'ai eu la surprise d'apercevoir au loin des montagnes enneigées, alors qu'à cette heure il faisait plus de 25°.

     

    Aujourd'hui, il a fait beau et chaud. Notre réveil sous un ciel bleu, avec un peu de brume dans les sous bois qui a peu à peu disparu au fur et à mesure que les rayons du soleil réchauffaient l'atmosphère, laissait présager qu'on allait avoir chaud plus tard dans la journée et qu'il fallait penser dès le début de l'étape à bien s'hydrater.

    Pendant les premières heures, les arbres nous donnaient un peu d'ombre, mais plus on avançait dans la course et plus le soleil s'élevait dans le ciel ; il se trouvait assez souvent derrière nous et dans cette configuration, il n'y a plus de possibilité d'avoir des zones d'ombres et rafraîchissantes.

     

    Le paysage, pour ne pas changer, a été de toute beauté, au détour d'un virage nous pouvions découvrir un ruisseau dont on percevait le murmure dans le silence de notre progression. Peu de voitures et encore moins de camions en ce samedi, seulement quelques personnes se rendant en week-end avec leur caravane ou camping car. Parfois, un petit coup de klaxon amical nous sortait de notre concentration sur le bitume ou dans nos pensées.

    Il y eut quelques surprises quand nous descendions de longues portions de route : un lac s'étendait, avec ses nombreuses îles, ses petites baraques de pêcheurs, de chasseurs ou de personnes venant passer le week-end.

     

    Les postes de ravitaillement, espacés d'une dizaine de km à peine s'égrainaient environ toutes les 1h05 pour moi ce qui me donnait une moyenne de course de moins de 9km/h, arrêts comptés.

    Cette étape étant courte, il n'y avait pas lieu de prendre de risques surtout quand s'annonce une belle chevauchée de 86km le lendemain.

     

    Mais bon, quand on est joueur, on tente des petits trucs et je me suis mis dans l'idée d'accélérer entre le 45ème et le 50ème km et de maintenir la cadence jusqu'à l'arrivée si je le pouvais. A ce petit jeu, je suis revenu à portée de vue de mes compères suédois, talonné par le duo de français Roger/Alain.

    Un léger quiproquo m'a fait accélérer pour tenter de passer sous les 7h (mon objectif d'avant course) sans attendre mes compères français qui ne se trouvaient que deux cents mètres derrière. J'aurais pu les attendre et finir avec eux, mais j'ai préféré essayer de faire la jonction avec les suédois.

    En fait, je suis arrivé une vingtaine de secondes derrières le duo nordique et une petite minute devant la paire française.

     

    Le gymnase qui nous accueille est vaste, les douches chaudes, et une fois que j'ai terminé de me laver, de manger et d'installer mes affaires, j'ai vraiment pu me reposer. J'avais de la glace pour les quelques zones douloureuses, et je pus dormir quelques bonnes minutes.

    Dehors, il faisait chaud, plus de 30° au soleil, au moins 25 à l'ombre, et quand je me suis relevé pour aller faire quelques courses au supermarché du coin, j'ai attrapé une bonne suée. Il faut boire pour récupérer et préparer l'étape de demain qui s'annonce aussi chaude mais qui sera aussi plus longue de deux heures au minimum pour moi.

     

    Maintenant, je vais préparer mes affaires pour demain et me coucher, ce qui est frustrant à cette heure un samedi soir, mais la course ne permet pas de faire des petits écarts. Il faut une bonne dose de volonté et de ténacité pour accepter de passer à côté de petites choses comme celles de visiter la ville très pittoresque car touristique, ou inversement, d'aller manger une bonne glace en terrasse d'un café ou tout simplement de se poser sur un banc et de regarder le temps qui passe.

    Je garde toutes ces frustrations pour plus tard quand je serai de retour en France et là, je vais en profiter. C'est dans une aventure comme celle-là qu'on mesure à quel point les petites choses de tous les jours auxquelles on ne fait pas attention, car banales, sont importantes pour l'équilibre physique et mental.

     

    Je vous laisse méditer sur cette pensée philosophique et vous dis à demain.

     

    à+Fab****

     

    Dimanche 31 mai, 43ème étape, Sveg – Rätan : 85,7km.

    Et bien, quelle journée !

    85,7km sur la route 45, avec une température au départ de 14°, un soleil en pleine face et très peu de circulation.

    Heureusement, le revêtement routier était lisse, du bitume gris sans aspérités, pas comme celui de couleur orangée qui « gratte » les semelles avec ses gros graviers. Donc pas d'efforts à faire pour lever les pieds.

    Je m'étais fixé les postes de ravitaillement comme points de repères et j'avais prévu de grignoter une barre de céréale ou un Mars vers la 35/40ème minute qui suit le départ et entre chaque ravitaillement.

    Le temps a passé vite au début, au gré de l'orientation de la route on pouvait avoir un peu d'ombre qui faisait du bien car la température avait déjà dépassé les 20° vers 9h.

    Le soleil nous a tourné autour car de face il est passé à droite puis derrière et enfin à gauche dans l'après-midi.

    Les paysages n'ont pas beaucoup changé, j'ai juste remarqué que les lilas ne commençaient à fleurir que maintenant. On a donc pris de l'avance sur le printemps et la végétation.

     

    J'ai fait une cinquantaine de kilomètres sans gros soucis mais vers la 6ème heure de course j'ai commencé à ressentir une douleur sur le dessus du pied droit au niveau de la cheville (sur le côté droit aussi). J'ai desserré un peu ma chaussure mais le mal persistait. J'ai donc ralenti pour ne pas prendre de risques me faisant rattraper par deux coureurs qui s'arrêtent moins longtemps que moi aux ravitaillements.

    Comme en plus il faisait chaud, l'eau de mes bidons devenait assez rapidement tiède.

    Quand je suis arrivé, j'ai « expédié les affaires courantes », j'ai passé le « body measurement » comme le matin (79,8kg à 5h, 77,7kg à 17h).

    J'ai mis mes jambes en l'air le long d'un mur pour faire diminuer le gonflement de ma cheville, j'ai mis de la glace et je me suis un peu reposé.

    A 19h,j'ai dîné puis de 19h30 à 20h15 j'ai passé l'IRM.

    Donc après, je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi et ce CR, je l'ai écrit au crayon à 21h15, allongé sur mon matelas quand je me suis couché. Donc, je n'ai pas eu le temps de le mettre en ligne ni de l'envoyer, c'est pourquoi vous ne le recevez que ce soir, lundi.

     

    Lundi 1er juin, 44ème étape, Rätan – hackas : 57,9km.

    « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles » dit-on, et bien là, c'est plutôt le contraire.

    J'ai passé une sale journée, je me suis traîné sur le bitume car mon problème à la cheville m'a beaucoup handicapé et je n'ai pas voulu prendre de risques à aller plus vite, de toute façon je pense que j'en aurais été incapable.

    Le temps d'hier était oublié, quoique j'en ai gardé des séquelles au niveau fatigue, tout comme celles de la longueur de l'étape.

    Je ne me suis pas assez couvert et le vent frais défavorable cumulé à une vitesse réduite m'ont bien gêné.

    On a passé le km 3000 peu avant la mi-étape, c'est la seule note positive de cette journée de course.

    J'ai fini loin, très loin de ce que j'espérais, mais dans un temps conforme à mon allure de prudence.

     

    Nous sommes encore une fois hébergé dans une école, dans un petit gymnase, mais nous mangeons bien car la restauration est assurée par le personnel de cantine de l'école.

    Des enfants étaient là, avec leurs professeurs à nous attendre et on dut signer des autographes.

     

    J'ai soigné ma cheville qui avait de nouveau enflé, je me suis bien reposé et je me suis refait un bon moral en choisissant l'option prudence pour les 3 jours à venir (60,3km, 79,1km et 72,8km).

    Je n'ai pas d'autre choix, donc je vais certainement dégringoler dans les tableaux mais ce n'est pas là le plus important.

     

    J'espère pouvoir donner des nouvelles un peu plus optimistes demain soir.

     

    à+Fab****

     

    Mardi 2 juin, 45ème étape, Hackas – Lit : 60,3km.

     

    C'est avec le moral proche du néant que je rédige ce CR, mais si je continue de le faire c'est que j'ai encore un peu de jus, un peu d'énergie dans la « batterie ».

    Aujourd'hui, j'ai passé toute l'étape, certes courte, à moins de 8km/h, accompagné de Christophe qui m'a bien aidé, lui qui a connu les affres de l'abandon en Italie et qui connaît bien cet état d'âme quand on navigue dans les profondeurs du classement. Nous avons couru lentement, avalant doucement les kilomètres en 8 minutes voire plus. Les postes de ravitaillement semblaient très distants les uns des autres, parfois c'était interminable. Nous avons discuté pendant de longues heures ce qui nous a aidés à faire passer les heures.

    Nous avons eu un temps gris, pluvieux avec de belles averses froides, parfois ensoleillé, mais jamais chaud. Même les 20 dernières minutes ont été effectuées sous une pluie mêlée de grêle.

    Nous avons traversé une grande ville dont je n'ai plus le nom en tête alors que depuis plusieurs jours on a vu les panneaux l'annoncer sur la route 45 : d'abord à plus de 300km puis de jour en jour on voyait le décompte s'effectuer jusqu'à aujourd'hui. Pour y accéder, nous avons franchi un long pont de 1504m puis suivi une piste cyclable et tout un dédale de rues en côte qui nous ont amenés à la sortie de cette grande agglomération. Il y avait des stades et sans doute dans l'un d'eux doivent se dérouler les biathlons et autres disciplines nordiques.

     

    Je suis arrivé 36ème, loin, très très loin des autres coureurs avec qui je gravitais il y a peu encore, et je pense que ça va durer quelques jours encore. J'espère sortir vite de cette impasse, mais au niveau des sensations aux endroits où j'ai des inflammations (cheville et releveur droit, ischio gauche, douleurs au dos avec irradiation vers l'adducteur gauche) je ne suis pas optimiste.

    Bon, je ne vais pas abandonner pour si peu, mais le mental qui me sert d'habitude à outrepasser ce genre de bobos s'est peu à peu effrité et il y a un quart d'heure j'ai dû quitter à regrets la table où je mangeais (j'avais terminé mon repas) et ne pas assister au mini concert donné par les jeunes du lycée dans lequel nous sommes hébergés. Je suis parti dans mon coin et j'ai éclaté en sanglots. Je n'aime pas me livrer comme ça à la lecture de tout le monde, mais cela montre qu'en quelques jours on peut se retrouver moralement au fond du trou.

    J'espère en sortir vite et ne pas entrer dans un cycle « dépressif » qui me rendrait la fin de TransEurope comme une corvée, alors que je me fais (faisait ?) un plaisir de la courir.

     

    Demain s'annonce une journée longue et difficile, car les 79 kilomètres prévus vont sans doute me prendre plus de 11heures, soit me faire arriver vers 17heures, heure à partir de laquelle on n'a pas vraiment le temps de se reposer.

     

    Je vous laisse, écrire m'a un peu soulagé, je vais prendre sur moi pour passer une bonne nuit réparatrice et faire mes kilomètres de demain du mieux possible afin de guérir le plus rapidement possible. La prudence doit rester maitresse à bord, je souhaite qu'elle me mène à nouveau sur les chemins du plaisir de courir cette aventure.

     

    à+fab****

     

    Mercredi 3 juin, 46ème étape, Lit – Strömsund : 79,1km.

     

    Tout d'abord je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont envoyé des messages de soutien depuis qu'ils sont au courant de mon épisode de galère. Cela fait plaisir et ça va me rebooster pour la suite.

    Je vais aller au Cap Nord, et je sais que la route qui y mène va être très longue et très difficile, mais je vais me surpasser mentalement pour y arriver.

     

    Concernant mon étape d'aujourd'hui, voici en quelques lignes le compte-rendu.

    Après une bonne nuit de sommeil, je me suis levé et ma cheville et mon releveurs semblaient ne pas me gêner, juste un petit tiraillement qui me confortait dans l'idée d'effectuer une nouvelle étape prudemment accompagné de Christophe Midelet.

    J'avais une légère douleur au dos, au niveau du haut du bassin (côté gauche) sans doute due à un déplacement de ce même bassin, chose à laquelle je suis habitué et qui a dû se produire lors de l'étape de transition Kiel-Göteborg où j'ai trimballé mon lourd sac pendant plusieurs kilomètres (trajet vers les repas, puis la douche, puis montée dans le bateau etc...)

    Donc, ce matin, j'étais prêt mentalement à passer plus de 10 heures sur la route.

    Le départ fut donné sous une température fraîche, de l'ordre de 2°, avec un beau ciel bleu. J'avais remis le camel bag, comme hier, avec plusieurs petites choses à l'intérieur : MP3, barres de céréales, deux fioles d'eau (12cl), un poncho, des mouchoirs et du papier toilette, de l'argent, et deux ou trois autres bricoles ne pesant pas lourd.

    Les premiers kilomètres me donnèrent l'impression que la journée allait être longue et difficile car je n'arrivais pas à trouver un rythme et des sensations d'aisance.

    Avec Christophe nous avions convenu d'une vitesse de croisière de l'ordre de 7,5km/h ce qui avec les arrêts aux ravitaillements devait nous permettre d'atteindre l'arrivée entre 10h30 et 11h de course. Comme nous avons l'habitude de discuter en courant, le temps aurait dû passer plus vite.

    C'était sans compter les nombreuses averses de pluie et de grêle entrecoupées de périodes de soleil, le tout avec un vent défavorable et parfois très fort. Je n'avais pas de jus, je ne savais pas trop pourquoi, peut-être ai-je laissé hier soir beaucoup d'énergie à me remettre de mes émotions.

    Je compris un peu plus tard pourquoi. Pendant l'étape, je dus m'arrêter en urgence 6 fois pour aller aux toilettes dans les bois, alors qu'avant le départ j'étais déjà allé deux fois aux WC.

    La nourriture de la veille, chili con carne, était sans doute trop relevée et ce matin je le payais.

    Si l'on ajoute les arrêts prolongés aux ravitaillements et les nombreuses périodes de marche, on voit que les 7,5 étaient très difficiles à tenir. Entre le 30ème et le 60ème kilomètre, j'avais le moral dans les chaussettes et sans l'aide de Christophe pour me remotiver j'aurais sans doute rallié l'arrivée en marchant.

    Les 20 derniers km furent donc moins difficiles. A l'arrivée, j'étais une fois de plus soulagé d'en avoir fini et me dépêchais d'aller me doucher, de laver puis étendre mon linge, de manger quelque chose avant le repas du soir prévu à 19h, et de terminer l'installation de mon barda.

     

    Après le repas, le temps passe très vite et le temps de prendre connaissance de tous les messages reçus sur la boîte mail de la course, je me suis attaqué à mon petit CR.

     

    Je rassure tout le monde, le moral va bien avec des hauts et des bas, le physique va même si le dos me tracasse et m'empêche de courir sans avoir mal. Seule interrogation : vais-je avoir récupéré assez au niveau gastrique ? J'ai mangé des crudités (carottes et maïs) en entrée, des pâtes à la crème fraîche et aux petits lardons et n'ai pas eu de dessert (remplacé par plusieurs verres de lait frais).

    Donc l'appétit est là et j'ai refait de réserves pour demain qui seront, j'espère, suffisantes popur ne pas connaître la même baisse de régime qu'aujourd'hui.

     

    Je souhaite pouvoir écrire un nouveau CR encore plus optimiste demain soir.

    En attendant, je vous laisse et vais dormir.

    à+Fab****

     

    Jeudi 4 juin, 47ème étape, Strömsund – Dorotea : 72,8km.

    (Vous avez eu de brèves nouvelles par Pascale et Emmanuel car je n'ai pas eu la possibilité de me libérer du temps libre pour écrire et poster ce CR avant que les lumières de la salle ne s'éteignent.)

     

    L'étape d'aujourd'hui ressembla en tous points à celle d'hier mises à part deux choses :

    • la météo qui n'a pas été pluvieuse pendant toute l'étape (malgré un vent fort contraire et un ciel couvert);

    • la distance qui était moindre (72,8km contre 79,1km) ce qui pouvait laisser espérer une arrivée une heure plus tôt que la veille.

    J'ai couru avec Christophe, fidèle compagnon de mes heures de galère, même si aujourd'hui j'ai peu souffert physiquement. Mes douleurs s'estompent (cheville dégonflée, releveur moins sensible, hanche gauche moins douloureuse, dos sans trop de gêne), mais je n'ai plus « d'essence dans le moteur ». Les nombreuses fois où je me suis arrêté hier m'ont « vidé » au sens propre comme au sens figuré, et aujourd'hui, ça a recommencé. 4 arrêts en urgence dans les fourrés !

    Je suis parti avec un poids de 78,4kg au réveil, à jeun, ce qui constitue un « record » pour un matin, je suis arrivé et mon poids n'était plus que de 77,0kg, nouveau record pour une après course.

    Si je me compare avec les 84,5kg de Bari, vous imaginez comment j'ai pu fondre.

     

    L'étape nous a fait entrer en Laponie, à 10km du but. Au niveau paysage ça n'a rien changé, on a toujours des forêts, des lacs, des maisons isolées, de rares villages, de la route tantôt grise (qui n'use pas les semelles) tantôt rouge (qui érode les runnings), un peu de circulation avec souvent des camions transportant du bois et quelques touristes en camping car ou caravanes.

     

    J'ai eu l'impression que la fin de l'étape, les 25 derniers km, nous montrait une nature un peu moins en retard que celle rencontrée ces derniers jours. Il y avait des fleurs épanouies dans les fossés, dans les rares jardins des particuliers, et même les arbres semblaient avoir plus de feuilles.

    Ce n'est peut-être qu'une impression, mais c'est ce que j'ai ressenti, sans doute parce qu'aussi à la fin il faisait moins froid.

    Nous sommes partis, la pluie de la nuit venait de cesser, mais il faisait frais (4° environ) et le temps est resté gris jusque vers midi puis le ciel s'est éclairci sans toutefois laisser briller le soleil; il devait faire 12° à ce moment. Quand nous sommes arrivés, il ne faisait guère plus, mais le soleil avait transpercé la couche de nuages.

     

    Je suis allé acheter un nouveau bonnet, des gants plus chauds et un nouveau bidon de course dans un magasin d'articles de sport, je suis allé passer l'IRM puis je suis retourné au supermarché acheter de quoi manger qui sorte de l'ordinaire. Ensuite ce fut le repas où j'ai mangé des spaghettis sans sauce accompagnés de boulettes de viande. L'entrée était une salade de pâtes. Si avec ça je ne reprends pas de forces pour demain, ce sera à ne plus rien y comprendre.

     

    Je vais maintenant aller me coucher, demain une étape courte m'attend et j'espère voir enfin l'énergie revenir dans mon corps. Le moral est revenu, l'instinct de « guerrier » devrait suivre.

    à+fab****

     

    PS : Plus que 17 étapes !!!

     

    Vendredi 5 juin, 48ème étape, Dorotea – Wilhelmina : 56,2km.

     

    Les jours se suivent et ... se ressemblent. J'ai passé une « courte » journée de galère, toujours avec les mêmes soucis gastriques et donc toujours avec ce manque d'énergie quand vient le 30ème km. Même avant cela j'avais déjà compris qu'aujourd'hui je n'allais pas pouvoir recourir à un rythme se rapprochant de celui qui me rassurerait, c'est à dire au moins 8km/h. Car sur une telle « petite » distance, 1km/h d'écart ça fait quand même 1h à l'arrivée. Alors, quand je me souviens qu'il y a peu encore je tournais à plus de 8,5km/h, je me doutais qu'à l'arrivée j'aurais mis plus d'1h30 de plus que lors des étapes « italiennes » ou « allemandes » de tailles semblables.

     

    Il n'y avait que deux villes aujourd'hui sur notre route : celle du départ et celle de l'arrivée. Entre les deux, juste une agglomération située au carrefour de deux routes intermédiaires où se trouvaient quelques commerces. Ce qui fait drôle, c'est qu'il y a des petits carrefours où se rejoignent des routes de terre et sur les panneaux indicateurs on voit les noms des villes avec des kilométrages du type 140km ou 50km.

    Sur notre route, depuis quelques jours on voit le panneau indiquant la ville d'Arvidsjaur située à 448km il y a trois jours et dont on se rapproche petit à petit, aujourd'hui il ne doit plus y avoir que 220km car on y arrive lundi après des étapes de 68, 72 et 84km environ.

    Le temps a été frais et venteux alors que nous nous sommes réveillés sous un beau soleil et un ciel tout bleu. Les nuages cachés derrière les collines sont arrivés au bout d'une heure et à force de lutter et contre le vent et contre le froid, on s'épuise encore plus vite.

    Le long de notre route, des arbres, quelques lacs, une voie ferrée... Sur la route très peu de circulation et souvent un petit signe amical du conducteur ou un petit coup de klaxon venaient nous distraire.

    J'ai de nouveau fait route avec Christophe qui m'a traîné sur la fin quand vidé de toute énergie et après un ultime N ième arrêt dans les bois j'ai un peu laissé couler mon désarroi.

    Je suis dans une spirale négative mais je lutte, je lutte et je lutte encore en me persuadant que des jours meilleurs arriveront bien un jour.

    Aujourd'hui, j'aurais pu profiter de la relative petitesse de l'étape pour bien me reposer, mais je suis allé faire de nouveau quelques courses (pharmacie : vitamines, crèmes ; banque : retrait d'argent liquide) et comme en plus le restaurant se situait à 500m de la salle, il a fallu partir un quart d'heure plus tôt pour aller dîner. J'ai quand même bien mangé cet après-midi après la douche dans le camion de Gérard et Nicole qui nous avait préparé de la viande et des pommes de terre sautées. Ce soir au restaurant, on a eu aussi de la viande et des pommes de terres sautées, mais c'est tellement meilleur que les plats en sauce précédents que j'ai mangé d'un meilleur appétit. Il faut reprendre des forces donc je me suis forcé un peu.

    Je me suis couché une petite heure de 16h30 à 17h30 en glaçant les zones douloureuses en voie de guérison, et cela m'a fait du bien.

     

    J'ai même le temps de rédiger ce CR et de le poster accompagné de celui d'hier.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 6 juin, 49ème étape, Wilhelmina – Storuman : 68,3km.

    Quand nous sommes partis de Wilhelmina ce matin, le temps était couvert mais il n'y avait pas de vent ce qui n'a rendu le départ trop froid comme on l'avait craint un moment.

    Une côte dès les premiers hectomètres, ça calme, et une fois franchie, le long serpent gris pouvait se déployer pour nous mener à Storuman.

    Mes sensations étaient bonnes, quelques petites douleurs ici et là, mais j'étais assez optimiste en me disant que la fatigue généralisée disparaissait petit à petit.

    J'ai couru seul pendant une quarantaine de kilomètres, naviguant à vue derrière les coureurs avec qui (ou devant qui) j'étais il y a encore une huitaine de jours. Du 8km/h comme ça, je signais tout de suite et en extrapolant, je me faisait déjà un plan d'arrivée vers 14h30, soit après 8h30 de course.

    Mais .. car il y a un mais, c'était sans compter de nouveaux arrêts en forêt, des averses de pluie puis de neige et sans compter les quelques kilomètres de route en travaux où nous avons dû courir sur de gros graviers et sur une chaussée déformée, croisant de temps à autres des véhicules ne se souciant parfois pas du danger de nous projeter des graviers de par leur vitesse.

    Pour moi, ça a été le début de mes ennuis. Quand il y a une chaussée déformée, je suis obligé de lever plus haut les pieds et au bout d'un moment, des douleurs se sont réveillées : ischios, bassin, adducteurs, quadriceps (principalement sur la jambe gauche). A la fin de cette partie, je ne pouvais plus courir sur du 8km/h et quelques kilomètres plus loin, Christophe, que j'avais laissé courir à son rythme, me rattrapa a gré d'un ravitaillement. Nous avons donc terminé l'étape ensemble. J'étais déçu d'avoir flanché comme ça, pour une fois que j'avais de bonnes sensations. Le froid des averses m'a aussi gêné et j'ai conservé le poncho jusqu'à une dizaine de kilomètres de l'arrivée où le temps s'était éclairci.

    Les paysages, au fil de notre montée vers le Nord (on a passé le 65° parallèle Nord aujourd'hui), sont tout aussi forestiers qu'avant, mais les sous bois sont constitués de végétation rabougrie poussant parmi les roches arrondies sans doute restes d'anciens glaciers.

    Nous avons vu aussi de vastes étendues dénuées de haute végétation, sortes de steppes, dans lesquelles nous avons cherché en vain à apercevoir quelque animal, renne ou caribou.

    De nombreux petits lacs et ruisseaux montrent que la neige était encore là il y a peu, de petites fleurs poussant en nombre autour de ces zones humides.

    Toujours aussi peu d'habitations pendant ces longs kilomètres, quelques « hameaux », peu de circulation en ce samedi sinon des touristes hollandais, danois, allemands et même français. Donc, la compagnie de Christophe m'a été d'un grand secours au moment où psychologiquement j'aurais pu encore une fois sombrer.

    Ce sois, c'est dur à encaisser d'avoir passé tout ce temps supplémentaire sur la route (9h30 de course environ), mais le moral est là.

    J'appréhende tous les jours les nombreuses heures de bonus sur les routes suédoises, mais à la fin, elles finissent par passer quand même.

    Et point positif, je ne risque pas d'arriver à la tombée de la nuit ... car là où on est, elle ne tombe plus.

    Sur cette petite note d'humour, je vous laisse et vous dis à demain pour la suite des aventures nordiques de Fab****.

     

    à+Fab****

     

    PS : aujourd'hui, c'était ma 200ème course d'au moins la longueur d'un marathon. (72 étapes de la Transe Gaule, 49 étapes de la TEFR, 53 marathons, 20 « 100km » + 3 où j'ai abandonné après le km 45 au moins + 3 « 24h » = 200.

    Objectif : le 21 juin en être à 215.

     

    Dimanche 7 juin, 50ème étape, Storuman – Sorsele : 71,8km.

    Le ton de mon CR précédent avait pu laisser un sentiment de mieux être de ma part pour le lecteur, mais dans la réalité, je me suis peut-être caché derrière cette forme d'expression pour masquer mon inquiétude.

    Ce matin, j'ai été ramené à la cruelle réalité, celle que j'allais passer une journée interminable faite de souffrances physique et morale.

    Je n'ai pas pu vraiment commencer l'étape en courant, je sentais trop de douleurs à mon ischio jambier gauche ainsi qu'à mon bassin. J'ai démarré avec Christophe en alternant marche et semblant de course : nous n'étions même pas à 7km/h ! Et au bout d'une heure, de deux heures, de trois heures à ce rythme, pas d'amélioration. J'ai demandé à Christophe de filer afin de se ménager une récupération plus longue ce soir car je sentais que j'allais passer plus de 11 heures à galérer.

    Je me suis rapidement retrouvé en avant-avant dernière position, suivi seulement par le duo de japonaises qui termine toujours ou presque avant le cut-off ou temps limite.

    Peu à peu, je fis des essais de marche rapide en prenant des bâtons que j'avais ramassés sur le bas-côté de la route et cela semblait aller un peu mieux. Nicole me prêta même les bâtons de marche nordique de Gérard mais après un essai de quelques kilomètres, j'ai préféré faire sans car je ne pouvais pas porter mon bidon en même temps.

    Je refis aussi des essais de course et parfois j'arrivais à courir 100m sans trop avoir mal.

    Les postes de ravitaillement m'ont paru très éloignés les uns des autres (entre 9 et 11km, soit entre 1h25 et 1h45) et j'ai essayé de minimiser mes arrêts au maximum afin de garder de l'avance sur le cut-off.

    J'avais en point de mire trois coureurs que petit à petit je me décidais à rattraper en essayant de courir un peu plus longtemps et de marcher un peu plus vite. J'avais mal, mais parfois je me surprenais à courir sans douleur. Pas longtemps hélas !

    Nous avons fini tous les quatre ensemble après nous être regroupés à deux kilomètres de l'arrivée.

     

    Il a fait beau aujourd'hui, moins froid qu'hier, sans le vent et en raison de ce redoux, on a eu droit de voir quelques insectes tels des moustiques ou des moucherons. Il y a beaucoup de zones humides entre les arbres et il y a aussi beaucoup de rochers. Stéphane a vu un renne traverser devant lui et a eu le temps de le prendre en photo. Je n'ai pas eu cette chance, ça m'aurait distrait.

     

    Le temps a fini par passer, mais j'ai remué des idées noires toute la journée.

    C'était la 50ème étape et nombre de fois je me suis dit que ça allait être la dernière pour peu d'ailleurs que je n'aille pas au bout. Je me suis remotivé en pensant qu'on verrait ce soir après l'arrivée et que je prendrai le départ le lendemain et que j'aviserai en cours de route selon les sensations et surtout selon les douleurs. Je n'ai pas envie de me mettre en danger physiquement et encore moins mentalement, tout comme je n'ai pas le souhait que mon entourage soit inquiet et se tracasse de me savoir en si mauvaise posture.

    C'est peut-être pour ça que j'écris mes CR avec un certain « détachement » si l'on peut dire, mais pour moi, si le soir j'arrive encore à être assez lucide et capable d'en rédiger un, je me dis que le mental va m'aider à me surpasser et à encaisser les prochaines longues heures sur la route.

    Je pense mettre environ 13h30 demain (pour 84,5km), 15h après-demain (pour 95,1km) donc je crois qu'il n'y aura pas de CR avant mercredi prochain, sauf par Pascale à qui j'aurai donné des nouvelles par téléphone.

     

    à+Fab****

     

    J'ai essayé de poster ce CR le soir même, mais dimanche soir le réseau était saturé et je n'ai pas pu l'envoyer. Donc vous le recevez avec un peu de retard.

     

    Je poste trois CR d'un coup, mes arrivées tardives des jours précédents ne m'ayant pas permis de les taper sur le PC ni de les poster.

     

    Lundi 8 juin, 51ème étape, Sorsele – Arvidsjaur : 84,6km.

    Cette étape était redoutée car longue (84,6km) et comme je m'étais fixé environ 13h pour la courir, j'avais mis le camel bag avec mon portable, mes deux MP3 et l'appareil photos. J'avais aussi emporté le poncho et ma casquette plus un en-cas pour les deux premières heures.

    Je suis parti en boitant, comme d'habitude, et il m'a fallu plusieurs kilomètres pour me chauffer. Une fois chaud, les douleurs (ischios + dos) se firent moins intenses si bien que je pouvais courir longtemps, mais pas vite. Du moment que je prenais de l'avance sur le cut-off, le reste m'importait peu.

    J'ai tenu le 7,5km/h jusqu'au 30ème km environ, et par la suite j'ai fait route avec Christophe qui m'avait rattrapé au gré des postes de ravitaillement. Nous sommes restés ensemble et nous avons pu voir des rennes que nous avons pris en photo. D'abord un puis 4 plus loin et enfin un troupeau.

    De s'arrêter photographier les animaux et les paysages, ça fait perdre du temps : la moyenne avait chuté à 7km/h environ et je commençais sérieusement à avoir de plus en plus mal. J'ai serré les dents, je me suis accroché et j'ai fini par arriver en moins de 12h. J'avais gagné 1h de repos ce qui n'est pas négligeable quand on flirte avec la queue du peloton. J'ai pu me doucher, laver deux trois affaires, et préparer ma tenue avant d'aller dîner.

    J'étais installé sur un gros tapis de saut, merci Stéphane, et je n'avais pas à défaire mon matelas. C'est installé dessus qu'après mes soins, j'ai rédigé ce CR.

     

    Mardi 9 juin, 52ème étape, Arvidsjaur – Kabdalis : 95,1km.

    La plus longue, la plus redoutée de toutes, celle qui peut faire rentrer non pas à la nuit tombée, car il n'y a plus de nuit, mais tard le soir. Le cut-off est à 21h51, ce qui ne laisse que 6h de repos avant le réveil et 8h avant le départ de l'étape suivante.

    J'avais prévu de mettre entre 1h30 et 2h de plus qu'hier, soit entre 13h30 et 14h de route.

    La réalité fut tout autre.

    Pourtant le démarrage fut laborieux, je n'arrivais pas à courir ni même à marcher rapidement sans ressentir de fortes douleurs aux deux zones qui me gênent actuellement. Au bout de 30 minutes, pas beaucoup d'amélioration. Je dis à Christophe qu'il pouvait partir devant pour essayer d'avoir du temps à lui ce soir et pour ne pas arriver trop tard à m'attendre.

    Les kilomètres passèrent et peu à peu, les douleurs devinrent acceptables et je pus commencer à aller un peu plus vite. Ainsi je remontai tous les coureurs qui m'avaient dépassé en m'encourageant au passage et je continuai jusqu'à Alain et Roger avec qui je décidai de rester, sachant que Roger est un coureur à l'allure régulière et rassurante.

    Nous avons couru tout le reste de l'étape ensemble.

    A l'arrivée, nous terminons en moins de 12h, soit à 8km/h de moyenne. J'ai serré les dents pour rester avec mes deux compères car ce ne fut pas toujours facile, les douleurs revenant après chaque ravitaillement quand je m'arrêtais trop longtemps.

    Cette étape, au niveau du paysage, a été très agréable, nous avons encore vu de rennes qui parfois même traversaient la route devant nous !

    Le temps fut agréable voire chaud par moment, mais nous avons fini les 6 derniers kilomètres sous la pluie d'un orage. Nous avons sorti les ponchos.

    Ce soir, nous dormons dans une ancienne école dont les classes ont été aménagées en dortoirs avec des lits sur lesquels il va faire du bien de se reposer.

    Demain, 60km « seulement » avant la deuxième grande étape de 94,4km de jeudi; ça, ça sera une autre histoire.

    En tout cas, plus que 12 étapes et moins de 900km à faire.

     

    Mercredi 10 juin, 53ème étape, Kabdalis – Jokkmokk : 59,5km.

    La nuit fut bonne et ce qui fait drôle, c'est qu'au coucher, le soleil était d'un côté du bâtiment et qu'au réveil, il était toujours du même côté. Il avait seulement disparu derrière une colline.

    Le soleil brillait donc, la température était fraîche mais cela n'allait pas durer.

    Pas de sac à dos aujourd'hui, juste ma banane avec le minimum nécessaire, mon coupe-vent et mon MP3, on ne sait jamais.

    Le départ, comme les précédents se fit dans la douleur, mais aujourd'hui, celle-ci se fit moins handicapante pour pouvoir commencer à courir rapidement. Au fil des minutes, j'avais trouvé un rythme intéressant, proche de celui d'hier.

    Je décidais de passer le moins de temps possible aux ravitaillements afin de ne pas avoir à trop souffrir comme la veille à chaque redémarrage. Ainsi, je me retrouvais devant le duo Roger-Alain, devant le duo des suédois et devant quelques autres coureurs que je n'avais plus l'habitude de savoir derrière.

    Et oui, une semaine dans les « bas-fonds » du classement, ça marque et on n'espère même plus au bout d'un certain temps pouvoir graviter à nouveau dans les mêmes sphères qu'avant.

    Je suis resté concentré à fond sur ma course, les distances séparant chaque poste de ravitaillement (de 8 à 9,3km) aidant à garder un objectif d'environ 1h pour aller de l'un à l'autre.

    Le dernier poste de ravitaillement, situé à 8km du but était installé juste sur le parking où nous avons franchi le Cercle Polaire.

    Ce n'est qu'anecdotique, mais pour moi, ça m'a fait une impression que ceux qui ont franchi l'équateur doivent connaître. C'est symbolique et dans notre course vers le Cap Nord, et ça fait un nouvel objectif d'atteint.

     

    J'ai couru à 8,5km/h de moyenne, donc je suis arrivé à 13 heures ce qui m'a laissé du temps pour ranger mes affaires, faire quelques courses, passer l'IRM, et préparer mes affaires pour les deux jours qui suivent car demain on a une longue journée devant nous (94,4km) avec une arrivée devant un restaurant dans lequel on va manger avant d'être acheminés par véhicules à 6km de là pour prendre une douche et récupérer nos affaires pour dormir.

    Le lendemain, il est prévu de faire ses bagages avant de prendre les navettes pour aller manger le petit déjeuner et de partir du restaurant : quel bazar ! Ingo avait l'air bien ennuyé de nous annoncer ça ce soir lors d'une réunion avant le dîner.

    J'espère qu'on ne va pas laisser trop d'énergie avec tous ces transferts.

     

    à+Fab****

     

    A l'heure où j'ai écrit ce compte-rendu sur mon cahier, j'étais loin de me douter que je le recopierai sur l'ordinateur avec ma seule main gauche, moi qui suis droitier, plus de 36 heures après, depuis ma chambre d'hôpital.

     

    Jeudi 11 juin, 54ème étape, Jokkmokk – Gällivare : 94,4km.

    La seconde plus longue étape de la TRANSEUROPE ne pouvait pas plus mal commencer : il pleuvait à notre départ de Jokkmokk. Les ponchos étaient de sortie et notre long cortège se mit en route à 6 heures précises pour une non moins longue journée.

    Mes sensations étaient bonnes, un peu de mal à me mettre en route comme tout le monde, mais peu à peu la course se fit sans trop de douleurs. J'avais enfilé deux maillots, mon coupe-vent, mon camel bag, ma banane avec mes en-cas, deux bonnets l'un par-dessus l'autre et le tout recouvert par le poncho jaune : un look d'enfer ! Mais j'étais bien.

    Ma stratégie : courir le plus longtemps possible en effectuant le moins d'arrêts possible ou les plus brefs qui soient aux ravitaillements ou « ailleurs ».

    A ce rythme, je tenais une bonne cadence entre 8,5 et 9km/h et les postes de ravitaillement arrivaient assez rapidement.

     

    J'ai souffert vers le 25ème kilomètre (3h de course) et j'ai dû serrer les dents. De toute façon, mieux vaut souffrir à 9 à l'heure qu'à 7, les douleurs vont durer moins longtemps.

     

    Nous avons rencontré plusieurs lacs de barrage avec leurs centrales hydroélectriques. La végétation toujours majoritairement composée de sapins fut aussi à nouveau mixte avec la présence à nouveau de nombreux feuillus. Le sol des forêts est jonché d'énormes rochers arrondis par l'érosion et charriés par les glaciers il y a des milliers d'années. Et aujourd'hui, ils sont recouverts de mousses et de lichens et entourés de minuscules plantes ou arbustes d'une trentaine de cm de haut. J'ai été surpris aussi de voir un nombre important de tout petits sapins (10 cm de haut pas plus) qui poussent sur les bas-côtés de la route, sur les bords des larges fossés.

     

    J'ai couru seul la seconde moitié de l'étape, ayant lâché les coureurs avec qui j'étais à vue au début, seul un japonais m'a suivi et m'a distancé lors de mes deux plus longs arrêts aux ravitaillements, le n°6 (la soupe de Thomas) et le n°9 (la bière d'Uli).

     

    J'ai fini un peu difficilement, mais content d'avoir fait une nouvelle étape dans la lignée de ma période « d'avant blessure et coup de pompe ».

     

    Petit changement ce soir, dès l'arrivée j'ai été conduit à la salle distante de 6km en véhicule puis je suis allé au restaurant que les organisateurs avaient réussi à trouver dans la journée.

    J'ai eu le temps de refaire quelques courses car on va arriver dans des endroits moins peuplés avec peut-être peu de magasins, et j'avais besoin de refaire le plein de boissons et sucreries.

     

    Maintenant, place aux soins (glace et Voltarène sur mon ischio gauche toujours sensible mais en voie d'amélioration), à la préparation des affaires pour demain (dont le départ a été repoussé de 30 minutes pour avoir le temps de nous transférer en bus jusqu'au départ situé à 6km) et dodo.

     

    J'avais prévu de taper ce CR le lendemain après l'étape.

    Il n'en a pas été comme prévu : « La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. », le mien était « empoisonné », c'est pas de chance.

     

    à+Fab****

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