• TransEurope 2009 : étapes 1 à 17 (Italie)

    Dimanche 19 avril, 1ère étape, Bari – Barletta : 57,0km.



    La nuit fut courte. La chaleur de la salle, l’excitation et la peur mêlées, les divers bruits pourtant habituels d’un gymnase accueillant des coureurs la nuit précédant le départ d’une course avec ses ronflements, ses levers nocturnes pour aller aux toilettes, ses tâtonnements et « trébuchements » dans les pieds des dormeurs installés un peu partout dans la salle et sur le chemin des sanitaires… Ce sont tous ces petits moments qui ajoutent du piment à l’aventure. Mais quand on a vraiment envie de dormir, on s’en passerait. Et puis quelques sonneries de portables ou de réveils se mettent à jouer, certaines trop tôt par rapport à l’heure du départ, d’autres trop fortes et assez peu mélodieuses. Des frontales envoient des traits de lumière sur cet étalage de dormeurs, un peu comme des phares sur la mer. Enfin, cette impression de n’avoir pas assez dormi, compensée par le fait qu’ « on y est enfin ». Le silence de la préparation de chaque coureur est à peine troublé par des conversations chuchotées. Un coureur, un rituel, chacun observant son voisin d’un œil intéressé, amusé parfois de voir qu’on reproduit les mêmes gestes à l’identique ou qu’au contraire on procède de manière différente. On apprend beaucoup à observer les autres et on se dit que les autres aussi vont apprendre de nous. L’expérience se forge de cette manière.

    Le petit déjeuner avalé, ce sont les derniers préparatifs, ceux qui conditionneront la course et l’après-course. J’ai pris l’habitude, avec mes nombreuses étapes passées, de préparer dès le matin mes affaires afin que, le soir après l’arrivée, je ne sois pas obligé de farfouiller partout dans mes sacs et valise pour trouver ma trousse de toilette et ma tenue de rechange. Pour cette première étape, il ne faut pas oublier le rituel du crémage et du pansage afin de ne pas avoir à le regretter pendant l’étape et le soir sous la douche.

    Une fois tout rangé et bouclé, on charge nos bagages dans les camions. J’ai préparé mes bouteilles depuis un moment, j’ai placé l’appareil photo et quelques autres fournitures dans ma banane et maintenant je suis prêt à affronter la Grande Aventure.

    Nous nous rendons progressivement derrière le stade, sur un vaste parking situé un peu sur le côté. Tous les coureurs se font prendre en photo soit seuls, soit en groupes par nations, soit entre copains, sous la banderole de départ. On sent une atmosphère particulière, comme si on allait tous se quitter pour effectuer un long voyage en solitaire, comme une transat en bateau par exemple. J’ai toujours comparé mon envie de courir loin et longtemps aux navigateurs solitaires se lançant dans de longues traversées d’océans à la voile. C’est du moins l’impression que j’ai et c’est aussi ce à quoi j’aspire : être seul face à moi-même, ne compter sur personne, me débrouiller tout seul. Pas besoin des autres, ne pas tenir compte du classement, faire ma course à mon rythme.

    Ingo, l’organisateur, après avoir fait un petit briefing entame le décompte en anglais: “Ten, nine, eight, seven, six, five, four, three, two, one, go !”. Ce sera le rituel quotidien.

    Les premiers hectomètres me donnent de drôles de sensations, tantôt euphoriques, car ce départ était tant attendu depuis de longs mois que je me lâche un peu émotionnellement parlant, tantôt nostalgiques ou avec un sentiment s'en rapprochant : on vient quand même de démarrer une sacrée aventure où on va passer par toute une panoplie d'états plus ou moins désagréables à supporter. Je connais ma résistance aux efforts sur une durée de 18 jours, qu’en sera-t-il de cette succession de 64 étapes ?

    La première partie d'étape nous fait emprunter la route du front de mer puis une route parallèle à la SS16, ce qui est assez tranquille pour un début d’étape. Il fait quand même déjà chaud, ou lourd plutôt, et je sens bien qu'au niveau des pulsations cardiaques je suis déjà au-dessus de ce que j'avais prévu. Mais je ne vais quand même pas commencer à marcher ! Le plus étonnant c'est de voir plusieurs coureurs et coureuses, que je sais moins rapides pour les avoir rencontrés sur mes différentes Transe Gaule, partir devant et me distancer. Je ne suis pas une référence, mais il y a des comportements pour le moins assez étonnants et suicidaires au vu des plus de 4000 kilomètres à parcourir lors des neuf prochaines semaines. Mais chacun gère sa course comme il l'entend et viendra bien assez tôt le temps des blessures et des regrets. L’expérience montre que sur ce genre de course, il ne faut pas regarder les résultats antérieurs des autres coureurs sur d’autres distances et se dire qu’on est meilleur ou moins bon sur marathon, sur 100km ou sur 24h. Ici, tout est remis en question. Bien sûr qu’un gars valant 7h sur 100km a de fortes chances de terminer loin devant un autre mettant plus de 10h sur la même distance, mais personne n’est à l’abri d’une blessure, d’un jour sans, d’une maladie…

    Pour être certain de me modérer, je m’arrête prendre des photos, mais je me rends compte que l’appareil est gênant, en tout cas son utilisation n’est pas facile et je ne veux quand même pas perdre trop de temps à bidouiller les réglages et effectuer des poses trop longues. Certaines risquent donc d’être floues. On verra ça ce soir avec l’ordinateur si j’ai le temps de les transférer.

    La seconde partie de l'étape s’avère assez difficile parce que ponctuée de traversées de villes - Giovinazzo, Molfetta et Bisceglie - à l'heure de la messe puis à midi, nous obligeant à effectuer de nombreux slaloms entre les voitures sur la chaussée et les piétons sur le trottoir. Tout ça ne facilite pas l’adoption d’un rythme régulier.

    Je ne connais pas de bobos jusque-là, juste une période de malaise ponctuée d’un arrêt de quinze minutes après le ravitaillement de la mi-course pour récupérer de maux de ventre et d'une légère montée de la fréquence cardiaque. Je m’allonge alors sur un petit parapet et laisse passer mes vertiges pendant que des coureurs me demandent si tout va bien. Une fois passé ce moment désagréable je reprends la course et décide d’adopter un rythme tranquille.

    Mais la fin de cette première étape se fait attendre, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous : les lignes blanches et les panneaux stop ne servent que de décoration, je l’avais découvert le soir de mon arrivée à Bari. Les limitations de vitesse ne sont pas respectées. J’ai l’impression que les panneaux indiquent les vitesses en miles. Les agglomérations étirées sur le littoral ne contribuent pas à donner le sentiment d’avancer : sept kilomètres pour traverser Trani, cinq presque entre l’entrée dans Barletta et l’arrivée au stade. La hâte d’en finir se fait de plus en plus pressante.

    Quand j’arrive, je franchis l’arche en 6h28min54s à la moyenne de 8,8km/h, à la 39ème place sur 67 partants, en compagnie de Jean-Benoît, d’Ullrich Zach, de Klaus Wanner et d’un autre coureur. Je suis néanmoins content de ma journée et soulagé d'avoir terminé sans gros soucis, mise à part ma petite montée d’adrénaline en milieu d’étape. Ma fréquence cardiaque moyenne pendant la course a été de 137 avec un pic à 192 pendant les treize minutes qu’a duré ma tachycardie. Ces sensations toujours désagréables quand il s’agit de la première étape – je connais tous les ans la même difficulté lors de l’étape d’ouverture de la Transe Gaule – m’ont bien conforté dans ma logique de prudence. J’ai aussi testé les ravitaillements et constaté avec regret et étonnement qu’il n’y avait pas de sucre à disposition des coureurs sur les tables : uniquement de l’eau, des jus de fruits, Ice Tea ou cola. Moi qui ne carbure qu’à l’eau sucrée, je vais devoir revoir mon système de ravitaillement : acheter du sucre et en emporter avec moi. Cela fera du poids supplémentaire et m’obligera à aller en acheter dès le soir après l’étape. L’alimentation solide était composée de toasts de charcuterie et fromage, de barres de céréales, de fruits secs ou frais et de gâteaux secs et gaufrettes. Le premier ravitaillement, au dixième kilomètre environ ne proposait que du liquide et il faudrait prévoir tous les jours d’emporter une ou deux barres énergétiques pour atteindre le second poste de ravitaillement sans risque de fringale.

    L'installation dans la salle, la douche, le lavage du linge et la préparation de la tenue pour la seconde étape sont les premières choses que je fais après mon arrivée, tout comme boire une bière pour épancher ma soif. Je me mets aussi à la recherche de bouteilles d’eau comme il est naturel d’en trouver après les courses, mais là, rien ! Obligé de boire de l’eau du robinet – non sans risque – ou d’en acheter, chose facile en soi quand les commerces sont à proximité, mais le site d’arrivée est assez distant du premier centre commercial et après une première journée quelque peu éprouvante, l’envie de marcher est moindre. D’habitude, je bois entre deux et trois litres d’eau après la course, là, ça ne me donne pas envie de boire autant d’eau des robinets des sanitaires. Ajouté au fait qu’il n’y aura pas de sucre aux tables de ravitaillement pendant 64 jours, ça fait quand même deux contre temps, des choses pourtant tellement évidentes quand on a affaire à des coureurs d’ultra. Dans les magasins, il n’est pas facile de trouver de l’eau plate, les Italiens préférant l’eau « frizzante », c'est-à-dire pétillante, et le sucre n’est pas vendu sous la même forme qu’en France où on le trouve en morceaux.

    Je trouve une prise de courant, difficilement car beaucoup de coureurs ou de membres de l’organisation ont aussi besoin de recharger leurs appareils, montre, GPS, photos, MP3 et j’en passe et je réussis à écrire mon C.R. que je peux envoyer à Pascale et à Emmanuel.

    Bonsoir,
    6h29', seconde partie difficile car traversées de villes à l'heure de la messe et du midi à slalomer entre les voitures et les piétons sur le trottoir, ça ne facilite pas le rythme.
    Pas de bobos, juste un arrêt de 15' après le ravito de mi-course pour récupérer de maux de ventre et de légère montée de la fréquence cardiaque.
    La fin, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous (les lignes blanches et les stops ne servent que de décoration!) et les limitations de vitesse ... On dirait que les panneaux donnent les vitesses en miles.
     Demain, même chose en plus long 69,3km contre 57 aujourd'hui. 
    Un peu de pluie avant le départ, quelques gouttes en cours de route, mais en général temps moite mais quand même agréable avec un vent dans le dos pour finir.
    Stéphane termine loin devant, Jean-Hervé à 1km devant lui aussi, moi avec Jean Benoît, Gérard un peu derrière et le groupe des jumeaux avec Roger un petit peu plus loin.
    Mais tout le monde va bien.

    à+Fab****

    Demain, la même chose en plus long nous attend, ai-je écrit, 69,3km contre 57,0km aujourd’hui. On verra bien au départ s'il subsiste des séquelles de cette première marche vers le Cap Nord.

    Lundi 20 avril, 2ème étape, Barletta – Foggia : 69,3km.

    Tout le monde va bien, j’écrivais hier, mais en réalité l'Italie c'est un peu le gros bordel. On est sollicité à gauche et à droite, on n’a pas ou peu de temps pour se reposer. A côté, la Transe Gaule, c'est les vacances. En plus, pas de cartes postales, je ne peux donc pas écrire aux écoles et à la famille ! Un peu frustré de ce côté-là, donc je me contente de rédiger mon C.R. quotidien.

    L'étape du jour fut longue, monotone et parfois dangereuse à cause de la circulation.
    Ça a pourtant été, j'ai géré les cinquante premiers kilomètres puis j'ai essayé d'aller un peu plus vite. Les jambes étaient lourdes à la fin, alors que le matin, au départ, c'était comme si je n'avais pas couru la veille !

    J’ai fini à la 31ème place en 8h01’28’’ à la moyenne de 8,63km/h et je suis passé au 36ème rang au classement général. Si certains disent qu’ils ne le regardent pas, sans doute un peu hypocritement, moi j’avoue consulter le classement, tant celui de l’étape du jour que le classement général. Je ne suis quand même pas là non plus pour faire du tourisme et sans parler de faire le zouave et me griller prématurément, je sais que je vais essayer de donner le meilleur de moi-même. On ne peut pas changer de tempérament comme ça du jour au lendemain.

    J’ai décrypté les données de mon cardio et j’ai observé que mes arrêts aux postes de ravitaillement duraient à chaque fois de deux à cinq minutes et donc que pour cette seconde étape j’avais stoppé dix-sept minutes au total pour l’ensemble des sept postes, sachant que je ne me suis pas arrêté au premier, trimballant dans mes mains de quoi boire pendant deux heures environ. Tous les soirs, je prévois de faire un petit bilan de ma journée en consultant et étudiant mes temps de passage aux points de contrôles, en l’occurrence les postes de ravitaillement qui sont disposés relativement précisément par rapport aux indications kilométriques du road-book.

    Après cette seconde étape, on a théoriquement trois jours d’hébergement en camping à suivre, donc sous la tente, j'espère donc que le temps sera comme sur la fin de l'étape avec du soleil et une relative douceur : 21° à l'ombre ! Mais la petite pluie qu'on a eue pendant deux heures et la température assez fraîche du début n’auraient pas été les malvenues si elles ne nous avaient pas obligés à prendre le coupe-vent avec nous. Si on devait avoir du vent autant qu'il soit à nouveau dans le dos ce qui pourra aussi nous aider à bien finir.

     

    Mardi 21 avril, 3ème étape, Foggia- Campomarino Lido : 72,2km.


    Très longue étape que cette troisième journée de course de la TransEurope : 72,2km et une grande partie sur la SS16, une sorte d'équivalent de la N137 ou même de la N20. Que de camions et de voitures ! Et dire que le soir il nous en resterait encore plus de 500 km à subir de cette SS16 !

    La journée s'est néanmoins bien passée, j'ai mis 8h22min. La fin, comme la veille, fut un peu difficile avec les longues lignes droites et le réflexe quasi permanent de mettre la main sur la casquette pour éviter d'aller la ramasser sur les bas-côtés : comme dirait l'autre, "ça décoiffe les camions !". Surtout que certains passaient très près de nous quand même.
    J'ai couru en solo toute la journée sauf pendant la dernière heure où j'ai terminé avec mes deux copains suédois Matthias et Andréas. Je les avais en point de mire depuis près de quatre heures et je ne les ai rattrapés qu’au dernier ravitaillement à dix kilomètres du but.
    Je ne me suis fait dépasser, une fois la course lancée et les plus rapides partis devant, que par les coureurs du haut du classement, les dix premiers, qui avaient un départ plus tardif, une heure après le peloton, en raison de leur plus grande vitesse de course.
    Seul bémol à la journée quand à un kilomètre de l'arrivée, on nous a fait prendre un raccourci sous un pont de chemin de fer, mais comme le chemin était inondé, nous avons été contraints de mettre les pieds dans l'eau jusqu'aux chevilles ! J’étais bon pour trouver du papier journal afin de faire sécher mes chaussures.

    Une surprise nous attendait une fois passée la ligne d'arrivée et après les congratulations réciproques entre coureurs : on nous annonça qu'il y avait des bungalows dans lesquels on était hébergés ! Pour une bonne nouvelle, c'était en effet une bonne nouvelle. Pas besoin de monter la tente.
    En fin d’après-midi, Nicole, la femme de Gérard, avait acheté des saucisses et des barbecues jetables : nous avons fait une grillades-party juste avant le repas de 18 heures.
    Les bungalows avaient des douches et des prises de courant, on pouvait donc se connecter.
    Je suis allé grignoter et quand je suis revenu j'ai pu envoyer mon compte-rendu ce qui était aussi une façon de refaire le bilan de la journée avec un peu de recul.

     

    Mercredi 22 avril, 4ème étape, Campomarino Lido - Torino di Sangro : 62,2km.

     

    J’avais laissé mes coordonnées au correspondant du journal Ouest-France de ma commune de résidence et je lui avais dit que de temps à autres je lui enverrais un compte-rendu. Le soir, après l’étape, je lui ai donc écrit le texte suivant, envoyé par mail, répondant au sien dans lequel il me posait quelques questions :

    « Bonsoir Mr S.

    La 4ème étape de Campomarino à Torino di Sangro (62,2km) s'est bien passée, les paysages changent peu à peu au fil de notre remontée vers le nord.

    Aujourd'hui nous avons retrouvé le bord de mer, et vu des torrents se jeter dans l'Adriatique charriant de la boue et des branchages. L'eau du bord de mer de cette région touristique en est toute marron. J'ai l'impression que plus on remonte vers le nord, moins les gens semblent pauvres.

    Ma course a été prudente pendant les 4 premières heures puis j'ai rencontré des côtes et j'ai accéléré un peu pour me tester. Cela a duré 1h30 puis je suis redevenu "sage" pour finir dans de bonnes conditions.

    Demain, l'étape est courte 55,9km (Torino Di Sangro - Silvi Marina) et après-demain elle sera encore plus courte (49,8km de Silvi Marina à San Benedetto del Tronto). On pourra refaire le plein de santé avant les 5 jours suivants où les étapes s'échelonneront entre 69,6 et 84,8km.

    La météo a été bonne, le vent nous rafraîchissant mais nous ralentissant car de ¾ de face.

    Encore une longue randonnée sur la SS16, avec un petit passage plus sympathique, mais toutefois vallonné, sur une plus petite départementale et la traversée d'une petite ville (Vasto) d'où nous avons eu le droit à un joli panorama sur la partie de l'Italie que nous avons quittée depuis trois jours.

    On va se rapprocher de la région où a eu lieu le tremblement de terre (les Abruzzes) : on y arrive demain je crois.

      Pour ce qui concerne ma préparation, il faut préciser qu'il n'y en a pas une spéciale comme on peu en trouver pour le marathon ou d'autres courses plus courtes. Il y a autant de façons de s'entraîner qu'il y a de coureurs.

    La mienne a consisté en une succession d'entraînements (quotidiennement) en conservant la variété qu'on rencontre sur les préparations au marathon ou aux 100km ou 24 heures : travail de la vitesse, de l'endurance, et des sorties longues avec des changements de rythme. 10 à 12 heures par semaine, pour un kilométrage d'environ 100 à 140km par semaine.

    J'ai fait une course de 24 heures un mois avant la TransEurope pour me réhabituer aux efforts de longue haleine où il faut savoir puiser dans ses ressources mentales pour continuer à avancer.

    Je cours souvent et longtemps : plus de 6000km pour 2008 et plus de 300 séances (courses incluses).

     

    Dernières compétitions de la plus récente à la plus ancienne :

    24 heures de Rennes (21/22 mars 2009) : 177km

    Semi marathon d'Orvault (8 mars 2009)

    10km de Varades (1er mars 2009)

    Marathon de La Rochelle (fin novembre 2008)

    24 heures d'Aulnat (début novembre 2008) : 190,7km

    Marathon de Vannes (octobre 2008)

    Transe Gaule 2008 (août 2008) 1146km en 18 étapes.

      Voilà pour l'instant.

    Ce soir, nous sommes encore hébergés dans un camping et dans des bungalows, ça permet de rester au sec et au chaud car le vent souffle fort et il y a un risque de pluie pour la nuit.

      À bientôt : Fabrice Viaud. »

     

    Jeudi 23 avril, 5ème étape, Torino di Sangro – Silvi Marina : 55,9km.

     

    Après quatre étapes un peu pénibles à cause du trafic important sur la SS16, et parce que le paysage n'était pas très varié, nous avons été ravis aujourd’hui d'avoir droit enfin à une belle étape.

    Déjà, la veille, on avait senti un léger changement avec le retour sur le bord de mer, et donc mis à part les 20 premiers km sur la SS16 avec tout son trafic, le reste s’est couru sur une route littorale malgré une parenthèse urbaine quand il a fallu traverser Ortona et son dénivelé important.

    Les vingt derniers kilomètres ont été courus sur une route qui longeait la mer, un remblai, avec d'un côté les commerces surtout de restauration, et de l'autre le front de mer avec ses palmiers, ses pistes cyclables, ses plages avec leurs parasols alignés... C'était une station balnéaire. La saison allait bientôt commencer, tout le monde s'affairait à nettoyer les plages, à remettre en état les bars-restaurants... Il y avait quand même déjà beaucoup de monde à se promener d'autant plus que le soleil était de la partie. J'ai beaucoup profité de l'ombre des palmiers pour courir au frais. J'ai vu beaucoup d'orangers et de citronniers, c’était la saison.

     

    Cela a été, au niveau de la course, j'ai fini dans les temps escomptés, mais je ne focalisais pas sur le classement sinon un peu le soir au dîner pour me tenir au courant de la course des autres concurrents. J’en connaissais beaucoup avec ou contre qui j’avais déjà couru et c’était intéressant de comparer leur gestion de la TransEurope avec la mienne. Globalement, il n’y avait pas beaucoup de surprises, au bout de la cinquième étape les moyennes individuelles devenaient plus « régulières » sauf en cas de blessure bien évidemment.

    Ce soir-là, le dîner fut servi à 17h30, soit trente minutes avant l'heure habituelle, mais cela équivalait à un 19h30 en France de l'Ouest d'où je suis originaire.

     

    Nous étions installés dans un camping, et j'ai dû monter ma tente de camping car la salle était trop petite et déjà complète quand je suis arrivé : il me faudrait gagner des étapes si je voulais avoir de la place, quoique les copains des derniers ne se gênaient pas pour leur réserver leur emplacement. Une sorte de chacun pour soi par groupe de copains.

    Les bungalows étaient tous occupés par les sinistrés du tremblement de terre ce qui explique la petitesse de l’hébergement en dur.

     

    Vendredi 24 avril, 6ème étape, Silvi Marina (Province des Abruzzes) – San Benedetto Del Tronto (Province des Marches) : 49,8km.

     

    La nuit sous la tente s'est bien passée, le réveil ne fut pas trop difficile et le rangement des affaires ainsi que le pliage de la tente assez faciles. Il faut dire que j'avais pris mes dispositions pour préparer tout mon barda la veille au soir. Donc, au petit matin, pas de précipitation contrairement à la veille où j'avais été un peu "à la bourre". De plus, pendant la nuit il n’avait pas plu et le vent s’était chargé de faire sécher mon linge.

    Un temps gris et frais nous attendait toutefois. Le début d'étape nous fit reprendre la fameuse SS16, mais en version plus calme que les précédentes portions empruntées. Il y a eu un peu plus de circulation à l'heure de l'embauche, mais à mi-parcours (km 25) on a rejoint la route du bord de mer avec ses immeubles, ses habitations, ses commerces. Nous avons couru sur la piste cyclable ou sur la chaussée réservée aux piétons quand il y en avait une. C'était comme une grande station balnéaire ininterrompue qui nous servait de paysage, avec la mer et ses plages plus ou moins nettoyées, prêtes pour certaines à accueillir les touristes dès le week-end, celui de l'ouverture de la saison, la basse saison italienne. Seuls les cinq derniers kilomètres nous ont replongés dans un monde urbain avec sa circulation plus importante, sa traversée de zones industrielles, ses centres commerciaux, ses rocades, ses ponts… Que de changements de directions ! De quoi se perdre pour celui qui aurait été distrait.

     

    Mon étape s'est bien passée, pas de courbatures au départ, signe que les jours précédents avaient été prudents. Quelques petites douleurs au fil de la course, normales dirais-je, nous avions fait 366,4km en six jours, mais rien d'alarmant.

    Le matin, un coureur n'est pas reparti, touché par le shin-split, inflammation des releveurs, que je connais bien pour l'avoir subie aux deux jambes lors de ma première Transe Gaule en 2005. Plusieurs autres coureurs, dont certains avaient pris un départ rapide lors des premières étapes, étaient atteintes par le même mal, d'autres souffraient de tendinites, mais leur mental leur permettait de continuer et de patienter jusqu'à ce que ces douleurs ne fussent plus que des mauvais souvenirs.

    J’étais calé à la 27ème place au général, ce qui ne devait pas beaucoup changer si tout restait en l'état, mais... il pouvait s'en passer des choses, et le classement importait peu quand on voyait ce qu'on avait fait en rapport avec ce qu'il restait à faire.

     

    Cinq étapes à longs kilométrage nous attendaient, on allait faire en cinq jours ce qu'on avait parcouru en six. J’avais prévu de refaire un petit bilan à ce moment-là. En tout cas, j’étais satisfait de mes six premiers jours de course.

    L'ambiance était bonne dans "la caravane". Certes, il y avait un peu de "chacun pour soi" car au niveau du choix des emplacements pour le couchage, de l'utilisation des sanitaires, des repas ... si on se laissait faire, on passait en dernier et on ramassait les miettes, mais un grand respect existait néanmoins entre tous les membres de cette fabuleuse équipe de la TransEurope.

     

    Entre Français, on se regroupait, comme le faisaient les Japonais et les Allemands. Au camping, cela avait des airs de village Gaulois. J'avais pris des photos destinées à être mises en ligne afin de montrer les différents paysages et constructions pittoresques du sud de l’Italie et pour illustrer les mails que j’envoyais à Pascale et Emmanuel qui les réacheminaient vers ma liste de diffusion.

    Le moral était bon, le physique suivait, et je me répétais souvent : « Pourvu que ça dure ! ». De plus, on avait du soleil et à cette heure où on avait un peu de temps pour se reposer, il était à peine 16h, ça réchauffait les cœurs.

     

    Samedi 25 avril, 7ème étape, San Benedetto del Tronto – Porto Recanati : 71km.

     

    Sans conteste, ce fut l'étape la plus difficile depuis le début. On était déjà en piste depuis une semaine et nous avions couru l'équivalent de plus de dix marathons.

    Le matin, en quittant San Benedetto le ciel était clair, la température fraîche, mais on savait que ça allait "chauffer". Nous eûmes droit à un lever de soleil sur l'Adriatique ; c’était étonnant pour moi car étant de l'Ouest de la France, j’étais plus habitué à voir le soleil « tomber » dans l'eau que d'en « ressortir ».

    Seize kilomètres de bord de mer sur les promenades quasi désertiques si tôt en ce jour de fête pour l'Italie : le 65ème anniversaire de la Libération du pays. C'était un paysage de petit matin comme j'en avais connus du côté de la Baule, du Pouliguen et de la Grande Côte Sauvage du Croisic, à l'heure de mon footing matinal, mais ce samedi, ce footing allait être long de 71km.

    Une étape sans un morceau de SS16, ce n'était pas une véritable étape. Les quinze kilomètres suivants nous la firent emprunter. Pas trop de circulation, un paysage assez agréable fait de collines d'un côté et de la voie ferrée de l'autre ; parfois on avait le droit de voir la mer. Après un arrêt technique de plusieurs minutes dont je ressortais soulagé, ma course pouvait commencer véritablement. C'est peut-être là que j'ai grillé quelques cartouches qui me feront défaut lors des vingt derniers kilomètres.

    Retour sur le bord de mer... Plein de monde à se promener, des joggeurs, des cyclistes, des personnes se rendant sur les marchés... Difficile de se frayer un chemin.

    J'ai l'habitude, en France de dire bonjour aux personnes que je croise, et là, en Italie, j'avais pris l'habitude de murmurer un "Buon giorno" aux gens qui me répondaient souvent en me demandant de quelle course il s'agissait. Là, c'était plus difficile à expliquer, car mon Italien était très limité, mais j'avais appris à répéter "quattro mille cinque cento km" pour donner la distance qu'on avait à parcourir. Sinon, je leur montrais le road book pour qu'ils comprennent ce qu'on devait faire dans la journée.

    La fin de l'étape fut difficile, c’était déjà devenu une constante. Même pour les étapes passées j’avais connu des fins peu agréables, parfois douloureuses et je me doutais que j’allais rencontrer les mêmes sensations pour celles à venir, mais je préférais gérer mes étapes en "taillant la route" pendant que le temps n'était pas trop chaud quitte à ralentir sur la fin plutôt que de faire le contraire : de toute façon, en démarrant à 8km/h, je n’étais pas certain d'être en mesure d'accélérer à la fin.

    J'ai terminé cette étape avec Markus, un coureur Suisse, qui m'a tenu compagnie la dernière heure. On avait discuté dans une langue mélangeant l’allemand et l’anglais avant de s’apercevoir qu’on pouvait aussi discuter en français.

    Depuis le début de cette TransEurope, malgré ma relative expérience, j’avais appris beaucoup de choses surtout concernant les différentes façons de s’organiser matériellement. A observer les Japonais, j’avais trouvé leur système d’étendage du linge dans le gymnase très intéressant, composé de deux arceaux télescopiques, tels ceux que l’on trouve dans les tentes de camping, qui me rappelaient les croisées d’ogives des voûtes des cathédrales. Markus, le Suisse, avait un petit trépied télescopique ingénieux qui une fois déplié lui donnait une bonne surface d’étendage, ce qui lui évitait d’aller à la « chasse aux lieux de séchage du linge » qui souvent étaient les filets des buts de hand-ball, les filets des paniers de basket, les espaliers des salles de sport ou, si l’on avait de la chance et qu’il restait une petite place, les grillages des enceintes sportives, avec le risque de retrouver son linge trempé après une grosse averse.

    Le soir, au camping de Porto Recanati nous avons couché sous un grand hall, mi-barnum, mi-espace « resto-en-cas-de-pluie ». On avait la possibilité de monter notre toile de tente sur un emplacement du camping, mais pour ne pas perdre de temps lors du réveil à plier leur tente, beaucoup ont préféré la solution de facilité sous le barnum. Il y avait des machines à laver et j’en profitai pour laver mon pantalon de survêtement ainsi que quelques autres affaires difficiles à laver à la main. Le séchage se fit sur un fil accroché au grillage de la piscine qui n’était pas encore ouverte. Le repas fut servi dans un restaurant situé à plusieurs centaines de mètres du terrain de camping et je n’ai pas traîné après avoir mangé afin d’aller me reposer le plus rapidement possible en vue de l’étape longue du lendemain.

     

    Dimanche 26 avril, 8ème étape, Porto Recanati – Fano : 73,8km.

     

    Le réveil fut frisquet car le grand hall-barnum n'était pas fermé.

    La préparation et le rangement des affaires puis le petit-déjeuner ont été bien assurés et, comme toujours, il n’y eut pas de temps d'attente : ce fut déjà le départ ! Nous eûmes droit à un magnifique lever de soleil sur la mer, surtout quand on prit cette petite rue menant sur le front de mer face à l'Adriatique.

    La première partie de l'étape, avec quatre kilomètres de plat puis de la montagne, me rappela la Transe Gaule et ses étapes du Massif Central. Je trouvai rapidement mon rythme en côte et décidai de me faire plaisir.

    Cette partie était magnifique, le haut des monts était couvert par les nuages, mais lors de la descente sur Ancône tout s'éclaircit.

    Ancône est une grande agglomération et il fallut plus d'une heure pour la traverser. Elle est très vallonnée, mais une fois sur le port, nous eûmes droit à de longs boulevards plats et interminables.

    Nous avons aussi emprunté le front de mer où de nombreux Italiens occupaient peu à peu les restaurants de cette ville aux ramifications rappelant qu’on était dans une station balnéaire, dans une région très touristique pour les Italiens qui veulent connaître les joies de la mer. Comme le temps s'était peu à peu couvert, le vent s'était renforcé, les Italiens avaient préféré s'enfermer dans les nombreux restaurants plutôt que de se mettre en terrasse. Il y avait moins de monde que la veille.

     

    J'ai pratiquement toujours couru tout seul, mis à part quand les premiers m’ont dépassé. Rainer et René semblaient très rapides, ils devaient courir à près de 13km/h, ils avaient fait le trou avec leurs poursuivants qui m’ont dépassé presque une heure après.

    L'étape allait toucher à sa fin quand je me suis perdu. J'avais suivi aveuglément le road-book, chose que je décidai de ne plus refaire à l’avenir : j'avais respecté l'indication en anglais disant de tourner à gauche dès le panneau d'entrée dans la ville. Mais, il y avait une erreur sur le road-book, ce devait être "tourner à droite". Malin ! Avec un autre coureur que j'ai attendu, Hans Jürgen Schlotter dit Schlotti, nous avons été « repêchés » par Angela et René Strosny qui étaient dans un café et qui nous avaient vus passer.

    Nous fîmes demi tour et courûmes les cinq cents mètres à faire pour retrouver la ruelle qui ne portait même pas le nom indiqué sur le road-book : un peu en colère le Fab surtout quand en plus il s’était mis à pleuvoir et que le camping ne proposait plus que des places dans le couloir d'une auberge de jeunesse ou sous un préau aussi peu abrité qu'on risquait d'y attraper du mal.

    Enfin, c'était le folklore TransEuropéen.

    Sinon, tout allait bien physiquement, contrairement à certains du « club France » qui avaient souffert pour rallier l'arrivée.

     

    Lundi 27 avril, 9ème étape, Fano – Bellaria : 73,0km.

     

    Après une bonne nuit au chaud dans le couloir, sur un matelas épais, j'étais encore une fois fin prêt juste à l'heure : finies les jongleries avec les bidons et les sachets de sucre.

    Le départ donné, nous avons d’abord rejoint la SS16, puis rapidement on nous fit prendre une déviation sur une piste cyclable coincée entre la plage et ses cabanons et la voie ferrée, mais loin de la route et de sa circulation matinale à l'heure de l'embauche.

    Le temps était couvert, mais sec et doux, et le paysage agréable à regarder. Je pensais que l'été ça devait être infernal de venir ici passer des journées à la plage.

    Par la suite, une fois dans les reliefs, nous avons eu droit à une variété de beaux paysages, tantôt de campagne, parfois vallonnée et boisée, tantôt de littoral sur une corniche surplombant la mer et nous laissant admirer un somptueux panorama sur l'Adriatique. De temps à autres survenait un village que l'on traversait en dégustant la beauté de certains de ses édifices : château, chapelle, église, monument...

    La descente sur la ville de Rimini nous amena dans un autre monde : luxueuses villas, résidences de haut standing, hôtels avec piscines... La proximité de la République de San Marin explique peut-être une partie de cette richesse. Le front de mer était tout aussi luxueux avec ses dizaines ou centaines d'hôtels à étoiles, de trois à cinq, auxquels je n'avais rien à envier avec les quatre miennes chèrement conquises lors de mes Transe Gaule. Les plages de Rimini aussi sont privées, chaque hôtel devant posséder la sienne et, à cette époque, c'est le moment où elles sont nettoyées et aménagées.

    Ce fut comme ça jusqu'à Bellaria.

    La partie de course sur le front de mer fut un peu perturbée par le renforcement du vent de trois-quarts arrière, projetant souvent violemment le sable et me faisant parfois courir de travers : j'ai vite été "sablé".

    La fin de course fut difficile, mais une belle salle, enfin, nous attendait.

     

    Mardi 28 avril, 10ème étape, Bellaria – Lugo : 69,6km.

     

    Je n'ai eu pas beaucoup de temps ce mardi soir pour rédiger un long CR, j'ai réinitialisé la clé 3G+, puis j'ai tapé les CR en stand by des trois étapes précédentes.

    Tout va bien pour moi, je démarre les étapes comme si c'était la première, pas de courbatures, pas de douleurs, j'ai de la chance.

    Pour les copains, c'est un peu différent : Jean-Hervé a abandonné, plus envie dans la tête de passer plus de dix heures sur la route.

    Les autres se remettent peu à peu de leurs petits bobos. Christophe semble encore souffrir, mais il ne le montre pas. Roger va mieux, Alain est OK, JB va à son rythme et Stéphane commence à ressentir un petit "truc" aux releveurs, alors aujourd'hui il a un peu levé le pied. Gérard arrive frais et comme il ne se plaint jamais, j'en déduis qu'il est comme moi, sans blessure et sans bobos.

    Cette étape a été marquée par deux faits : le premier concerne la bifurcation de la TransEurope vers l’Ouest ; nous avons quitté les bords de l’Adriatique : finies les vacances ! Finie aussi la « maudite » SS16 et son important trafic. Le second événement fut plus tragique car mettant en scène un semi remorque et trois voitures. Bilan : un mort, plusieurs blessés. Nous avons été légèrement déviés, à travers un champ suite à ce carambolage meurtrier. Le réseau routier italien en Emilie-Romagne ne prévoit pas ou peu d'espaces pour les cyclistes et piétons. Cela change de tous ces kilomètres courus sur le littoral, souvent sur des trottoirs ou des pistes cyclables depuis quelques étapes. Et on en venait presque à regretter cette SS16 où les bas côtés nous proposaient un refuge quand une série de poids lourds nous croisaient. A l’horizon, j’ai aperçu une chaîne de montagne que je n’ai pas réussie sur le moment à identifier, me demandant quand même si ce n’étaient pas déjà les Alpes. En réalité, les sommets en bout de paysage étaient ceux des Apennins.

    Demain, une autre étape nous attend où j’aurai l’occasion d’admirer à nouveau cette plaine et de scruter l’horizon : 84,8km que j'ai prévu de boucler en plus de dix heures. On verra bien mais je vais partir prudemment, si, si, promis, juré.

     

    Mercredi 29 avril, 11ème étape, Lugo – Alberone : 84,8km.

     

    Très longue étape que celle reliant Lugo à Alberone. Nous avions quitté hier le bord de la mer Adriatique pour entrer dans la plaine du Pô et commencer à la traverser.

    L'infléchissement de la course vers l'ouest s'est accompagné d'un changement de paysage : cette partie de l’Italie, l’Emilie-Romagne, entre Ravenne et Bologne n'est plus une zone touristique, mais une grande région agricole, très humide, avec de grandes cultures fruitières, céréalières et des rizières.

    Cette étape en plus d'être interminable s'est aussi avérée être tout aussi périlleuse que celle de la veille. Combien de fois a-t-on failli être heurtés par des véhicules refusant de faire un écart et arrivant trop souvent à vive allure, et quand on conduit si vite avec son portable à la main, on se fiche éperdument des piétons. Que fait la police ?

    Ajoutons à cette longue journée de galère des orages à partir de la mi-journée rendant la course de plus en plus difficile et périlleuse.

    Heureusement aucun pépin n'est à déplorer, tous les coureurs au départ de Lugo sont arrivés à Alberone avec 84,8km de plus au compteur et pour certains après plus de 14h de course (ou de marche pour les plus handicapés). Il y eut la veille et l'avant veille des abandons, dont notamment celui de Jean Hervé qui n'avait plus l'envie de combattre, alors que son état physique s'était bien amélioré. Il a préféré ne pas rester un jour de plus sur la course suite à son arrêt, je le comprends, et avec sa petite famille ils vont certainement aller plus au nord. Ainsi, peut-être reprendra-t-il la course une fois guéri. Dommage quand même que le clan Français soit amputé d'un de ses membres.

    En ce qui me concerne, j'ai eu de la chance, mon état de fraîcheur m'a permis d'effectuer un départ rapide si bien qu'au bout de quelques km je me suis retrouvé en tête du peloton des "6h", sachant que les dix ou douze meilleurs de la veille prennent le départ à sept heures au lieu de six heures. Je suis resté environ quatre heures en tête de « mon groupe », courant entre 9,5 et 10km/h. Folie ? Non, juste un petit test sur la première moitié, qui équivalait à un marathon, que j'ai passé en 4h30 environ. Cela a dû en énerver certains et à partir du quatrième ravitaillement, celui du 42ème km, j'ai commencé à ralentir et donc à me faire doubler. Je finis en "roue libre" non sans difficultés, mais pas moins vite que les fins des étapes précédentes. J'ai été un peu poussé par deux événements : le premier est qu'à la suite d'un long arrêt de cinq minutes environ à l'abri de la pluie violente et froide qui s'abattait, je me suis fait distancer par un groupe de coureurs qui m'aurait évité de me tromper de route car je les aurais eus à vue. Mais là, point de coureur en repère et ce qui devait arriver arriva : je me suis trompé de route dans une petite ville, Cento, et quand j'en eus atteint la limite territoriale, je me doutais bien qu'il se passait quelque chose de bizarre. Il n'y avait plus de flèches, mon road-book n'indiquait pas ce que je voyais. Donc je fis demi tour et après avoir demandé à des passants, qui ont du me prendre pour un fou, s'ils n'avaient pas vu d'autres coureurs (imaginez, moi qui ne parle pas l'Italien en train de leur baragouiner un dialecte latino britannique !), je retrouvais enfin l'endroit où je m'étais trompé. En colère après moi-même et la pluie et le flécheur et ... (de toute façon, c'est toujours de la faute des autres quand on perd de sa lucidité) je me mis à accélérer pour compenser ma perte de temps. J'en rattrapai Stéphane qui m'avait aperçu me tromper, mais qui était trop loin pour que je l'entende m'appeler et qui n'allait pas me suivre non plus, lui qui avait déjà assez souffert de ses releveurs.

    Au final, je n'ai sans doute pas perdu de temps car avec Stéphane nous finîmes l'étape ensemble à son rythme qui était un peu supérieur à celui que j'aurais adopté si je ne l'avais pas rattrapé.

     

    Jeudi 30 avril, 12ème étape, Alberone – Ostiglia : 50km.

     

    Au réveil, je fus surpris de ne pas ressentir de séquelles de ma chevauchée de la veille. Le temps était couvert, légèrement pluvieux, alors la tenue "coupe-vent fluo" était de rigueur et comme le vent me faisait mal aux oreilles je me couvris de mon buff et de ma casquette positionnée par-dessus. Un look d'enfer, quoi.

    L'étape nous menait d'Alberone à Ostiglia et ne faisait que cinquante kilomètres.

    Nous avons couru près de trente kilomètres en plaine, sur des routes peu fréquentées et quand nous avons franchi le Pô sur un long pont métallique, nous avons rejoint une route sur une levée longeant le fleuve jusqu'à Ostiglia.

    Le Pô était couleur de boue; j'appris qu'il y avait eu des inondations, en amont, à Turin, et le spectacle de ce fleuve sorti de son lit me fit regretter de ne pas avoir pris mon appareil photos.

    Sur la digue, on apercevait les Alpes et leurs sommets enneigés, sans doute ceux de la région de Cortina. Je vis aussi mon premier troupeau depuis Bari : des moutons broutant les berges du Pô et de sa levée, qui iront passer l'été bientôt dans les alpages.

    L'arrivée dans la ville nous fit passer sur une route à côté d'une centrale thermique, au fioul je supposais.

    Je finis comme la veille, avec Stéphane qui depuis deux jours est obligé de ralentir de crainte d'aggraver ses bobos aux releveurs.

    Mon arrivée à 11h40 m'a donné la possibilité de faire du rangement et de finir de faire sécher mon linge. J’en ai profité pour me reposer et faire le point avec mon matériel, avec mes CR ainsi qu’avec mes pointages chronométriques. Il était 17h30, bientôt l'heure de dîner, quand un gros orage arriva, le ciel s’assombrit, et des grondements se firent entendre.

    J’espérais que le lendemain on n'ait rien de cela. L'arrivée était prévue tout près du Lac de Garde, à Pescantina. On allait piquer plein Nord, vers les Alpes.

    Ça allait devenir plus intéressant et certainement très dépaysant.

     

    Vendredi 1er mai, 13ème étape, Ostiglia – Pescantina : 67,9km.

     

    Suite à notre courte journée de course d'hier, de cinquante kilomètres, considérée par beaucoup comme un jour de récupération, on attaquait aujourd'hui une petite série d'étapes nous menant vers les Alpes.

    Ah ! Les Alpes, si proches quand on aperçoit leurs sommets enneigés et si lointaines encore parce que la route qui y mène n'est pas droite. Que de détours, et que je tourne à gauche puis à droite, puis encore à gauche... et que je file vers l'ouest, puis vers le nord et vers l'est puis à nouveau vers le nord. Un vrai labyrinthe cette étape !

    Les Alpes se laissaient désirer et l'étape dans son ensemble fut plate. Comme à mon habitude, je suis parti prudemment, laissant la tête de course devant - l'autre jour j'avais envie de m'amuser, mais je ne voulais plus prendre de risques - et je me suis calé sur une allure tranquille d'environ 9 à 9,5km/h. J'avais calculé que pour mettre huit heures sur ces 68km, il fallait que je coure à la moyenne de 8,5km/h, j'avais donc de la marge, destinée aux arrêts ravitaillements et autres (graviers dans les chaussures, pauses toilettes, prise de photos...).

    Cette partie de l'Italie quitte tranquillement la plaine du Pô mais on continue de voir des champs cultivés et des zones fruitières sans oublier les nombreuses rizières et de la jeune vigne, sans doute en attente d'être replantée une fois arrivée à maturation. Quelques élevages sont peu à peu apparus se faisant plus nombreux plus on avançait vers le nord.

    Des canaux d'irrigation nous ont aussi accompagnés tout le long de l'étape, apportant une sensation de fraîcheur qui se faisait plus pressante au fil des heures en raison du beau temps qui régnait sur cette partie de l'Italie.

    Au loin, toujours les Alpes, mais avec l'impression de les voir grandir au fil des heures et des kilomètres.

    La fin d'étape fut un peu moins intéressante car nous faisant transiter par une route à grande circulation. Heureusement en ce jour de 1er mai, jour de fête chez les Italiens aussi, le trafic était peu important.

    L'arrivée à Pescantina, en passant par Bussolengo, fut agréable malgré l'accumulation des kilomètres : des ponts sur des rivières, un pont-canal, des bâtiments de toute beauté...

    J'ai eu un petit coup de mou à quinze kilomètres de l'arrivée, un coup de chaud ou de fatigue ou de je ne sais pas trop quoi, et je fus contraint de stopper deux fois cinq minutes pour m'asseoir et récupérer à l'ombre d'un lampadaire ou d'un arbre.

    Quand je suis reparti, je rattrapai Elke et Marcel son copain avec qui je terminais l'étape, tout en prenant des photos.

    Je tenais à faire moins de 8h : je mis 7h59'52 et mon objectif était atteint sans même avoir à sprinter à la fin.

    J’ai profité du temps que j’avais de libre pour poursuivre ma récupération. Il était 17h30 quand j’émergeais, le dîner avait lieu à l'heure des poules, à 18h, mais comme on doit se réveiller à 4h du matin, cela équivalait à un dîner à 20h.

    Lors de l’étape du jour, il y eut un nouvel abandon, celui de Kaz, un coureur japonais très sympathique et fan de foot européen : il portait souvent le maillot du Barça avec son nom flocké dessus. A noter quand même qu'il a à son palmarès une 4ème place à la TransAmerica 2004.

    Il reprendrait certainement la course plus tard quand il en aurait fini avec ses bobos. C'est ce que je lui souhaitais.

     

    Samedi 2 mai, 14ème étape, Pescantina – Nomi : 69,4km.

     

    Avec cette quatorzième journée de course nous sommes entrés dans les Alpes, certes pas d'une manière très violente car le dénivelé total n'a pas été important, de l'ordre de 250 à 300m sur l'ensemble de l'étape, les seuls raidillons ayant été les franchissements des ponts autoroutiers ou les passages au-dessus du canal ou de la rivière Adige, mais on a néanmoins commencé doucement notre ascension.

    Le paysage a été à la hauteur de ce qu'on attendait tous depuis Bari et qu'on apercevait déjà depuis quelques jours : la vallée de l'Adige, avec la rivière et son canal parallèle, l'autoroute, une ligne de chemin de fer, des routes secondaires, une piste cyclable et de nombreux villages devenant de plus en plus typiques de la région du Tyrol Italien. Et sans parler des montagnes nous encadrant, aux sommets desquelles la neige persistait.

    Notre étape a commencé sur une route départementale peu fréquentée en ce week-end du 1er mai et si tôt à l'aube. Le chant des oiseaux, le bruit de la rivière, le paysage avec un lever de soleil sur les sommets puis dans la vallée, toutes les conditions étaient réunies pour passer une bonne journée.

    C'était sans compter sur le vent descendant de la vallée que nous avons trouvé au bout d'une heure de course. A partir de ce moment, ce fut une autre histoire car il était assez soutenu et on a dû lutter tout le reste de l'étape contre ce vent tiède. Le soleil fut aussi de la partie, et heureusement, après trente-cinq kilomètres nous avons pris une piste cyclable que nous n'allions plus quitter jusqu'au dernier pont sur l'Adige qui nous menait à l'arrivée. Sur cette piste cyclable, toujours avec le vent contraire, nous avons pu profiter de nombreuses parties ombragées. La fin d'étape fut difficile car le travail de sape d'Eole avait bien usé les organismes.

    J'ai mis 8h05'20, je terminais à la 22ème place, j'avais donc couru à la même moyenne qu'hier. Je restais 26ème au classement général. Je terminais en compagnie de Christian Fatton, coureur international Suisse en proie à des blessures aux releveurs.

    Deux petites ampoules chacune au bout de chaque gros orteil sont venues ternir ma journée. Je les ai soignées avec l'aide de Ian, un infirmier-pompier volontaire Allemand, afin de repartir le lendemain sans boiter. Il fallait qu'elles sèchent pendant la nuit.

    Pour le reste, tout allait bien, avec toujours cette même impression le matin de n'avoir pas couru la veille, mais les kilomètres s'accumulaient et je ressentais quand même une grande fatigue générale surtout lors des deux heures qui suivaient l'arrivée. Je me suis couché après la douche, la lessive, les soins et une petite collation, il faisait entre 25 et 30°, mais j'avais froid. Deux heures de repos plus tard, c'était passé. Comme j'avais couru avec l'appareil photo que j'ai souvent utilisé, je souhaitais mettre en ligne les photos un peu plus tard, car il fallait préparer la journée suivante où l'on avait une longue chevauchée de 77km environ à faire et je devinais que je risquais sans doute d’être encore plus fatigué que cet après-midi.

     

    Dimanche 3 mai, 15ème étape, Nomi – San Michele (Eppan ou Apiano) : 76,9km.

     

    Comme prévu, ce fut une longue étape, avec plus de 60 km sur une piste cyclable assez peu fréquentée jusqu'à neuf heures et qui est devenue une « autoroute » après cette heure où les Italiens ont commencé à aller se promener, faire leur jogging ou un peu de vélo. Comme cette piste cyclable possédait un grand nombre d'aires aménagées pour pique-niquer, nous avons vu progressivement les gens s'installer, déjeuner puis se reposer et enfin retourner se promener.

    Le paysage était encore très beau à contempler, même si j'ai tendance à regarder le bout de mes chaussures quand la fatigue vient contrarier ma lucidité.

    J'ai couru assez tranquillement jusqu'au marathon, sachant qu'il restait encore trente-cinq kilomètres à effectuer une fois le marathon atteint. Par la suite, comme d'habitude, j'ai alterné de longues périodes de course avec de courtes périodes de marche pour me détendre. Les ravitaillements, disposés tous les huit à dix kilomètres permettaient d'emporter à boire en quantité nécessaire dans mon bidon de 60cl et ma bouteille d'eau de 50cl. A celle-ci, je n'y toucherai que très rarement dans les premières heures, puis au moment où la température s'est élevée, et me servit à m'arroser la tête pour me rafraîchir. Le vent a peu soufflé et globalement, même s'il était défavorable, il n'a pas été aussi usant que le jour précédent.

    La sortie de la piste cyclable pour rejoindre le réseau routier fut épique, et pas uniquement pour moi. Le flècheur, chargé tôt le matin de disposer les petits stickers rouge fluo qui nous servent de repères pour nous orienter en plus du road-book, n'avait pas anticipé la présence possible de gros véhicules type camping-cars devant les marques directionnelles si bien que je me suis trompé de chemin. Pas longtemps, juste histoire de maudire le fléchage, mais j'ai bien perdu cinq minutes dans l'histoire, et j'ai dû demander à des cyclistes s'ils n'avaient pas croisé des coureurs avec des dossards. Leur réponse négative me fit faire demi-tour et j'aperçus alors Takako, coureuse Japonaise avec qui j’étais souvent en début d'étape et qui me doublait la plupart du temps en fin d'étape. Elle me fit signe de revenir et de tourner à gauche, là où j'avais pris à droite. Mille mercis à toi Takako. Nous fîmes route ensemble par la suite. Je n'ai pas souhaité la distancer. Pourtant je courais plus vite qu'elle, mais elle m’aurait rattrapé ensuite car elle s'arrêtait marcher moins souvent que moi et prenait moins de temps aux ravitaillements d'où sa moyenne finale supérieure. Nous aurions fait l’accordéon comme ça jusqu’à l’arrivée.

    Nous avons « passé l'Emile » après le dernier ravitaillement. L'Emile ? Les mille kilomètres depuis Bari, alors au dernier ravitaillement nous avons eu le droit à une petite coupe de vin mousseux pour marquer le coup et franchir cette marque dans la bonne humeur. Le reste de l'étape fut pénible en raison de dénivelés assez prononcés et d'une circulation plus importante : les Italiens s'en allaient passer le dimanche après-midi au bord d'un lac que nous avions aperçu du haut d'une des premières hauteurs.

    Le paysage ressemblait beaucoup à celui des Vosges, côté Alsacien, avec les vignes et les routes ou chemins serpentant dans le vignoble. Les villages sont toutefois un peu différents car on est arrivé dans le sud du Tyrol.

    La fin mit du temps à arriver, mais quel soulagement de franchir main dans la main avec Takako cette quinzième ligne d'arrivée !

    Hier, c'était avec Christian Fatton, aujourd'hui avec une japonaise très sympathique qui se moque de ma foulée et de mon allure, elle qui "trotte menu" toujours bien droite.

    Je n’ai pas encore vraiment eu le temps d’effectuer une bonne récupération, j’ai eu beaucoup d’occasions de me disperser. D'abord j'ai mangé, des œufs avec une saucisse et deux yaourts, arrosés de bière et de Fanta, le tout payé par moi-même car non fournis par l'organisation. Je suis allé ensuite faire soigner mes deux ampoules qui n’avaient pas encore guéri. Je suis allé passer une IRM, comme tous les quatre ou cinq jours, j’ai eu ma prise de sang du millième kilomètre, je me suis fait peser, prendre la masse grasse un peu partout (jambes, bras, dos, ventre...) et le temps d'écrire mon CR et de faire le bilan chronométrique de la journée, ce fut rapidement l'heure de dîner.

    Les copains semblaient se porter assez bien : Gérard, Roger et Alain ont terminé éprouvés comme tout le monde, mais contents de leur étape ; Roger a un peu souffert car Alain avec qui il fait route quotidiennement n'a pas arrêté de ronchonner ; il a un début de tendinite derrière le genou et ça ne doit pas être agréable d'où ses ronchonnements ; Gérard est heureux, il avait ses bières aux ravitaillements ; Christophe vient d'arriver après près de 14h sur la route. Il y a encore une heure courait un bruit comme quoi il se serait égaré. On a espéré que non, lui qui flirte tous les soirs avec le cut-off ; Jean-Benoît a franchi aussi la Mil'Kil Italienne et semble bien revenir en forme pour effectuer les 20 étapes qu'il s'était fixées ; pour Stéphane, ça revient bien, il retrouve un tempo plus en rapport avec son niveau.

    Au moins deux abandons se produisirent aujourd'hui, celui d'un japonais et celui de Sigrid Eichner.

    Moi ça va, je ne me plains pas, j'ai des bobos, mais il y a pire.

    Il reste aussi 49 étapes, alors ... prudence et attention aux ampoules ! Qu'elles sèchent vite !

     

    Lundi 4 mai, 16ème étape : San Michele – Schlanders (Silandro) : 64,8km.

     

    Total kilométrique cumulé au départ : 1002,8km, à l'arrivée : 1067,6km. 16/64=1/4, pour les matheux, mais si l'on considère uniquement le kilométrage, on est loin du quart de ce qu'on a à parcourir pendant la TransEurope.

    Aujourd'hui nous avons quitté le village de San Michele dans le Tyrol Italien sous un temps frais mais découvert. Nous avons été bien accueillis, la municipalité de cette commune de 2400 habitants ayant mis à notre disposition un complexe sportif à en faire pâlir de jalousie certaines communes beaucoup plus peuplées.

    La route vers les Alpes nous a fait cheminer sur une route départementale (si l'on peut comparer avec la France), peu fréquentée, et au bout de quelques hectomètres nous avons descendu ce que nous avions monté la veille. Quatre kilomètres de descente en guise de petit déjeuner, il y aurait pu y avoir pire. La suite fut assez sympathique, car nous avons longé des zones de cultures fruitières, des vignobles, et nous avons pu admirer au passage les nombreuses villas de propriétaires ou d'autres à louer.

    La course pour ce début d'étape fut donc relativement reposante et nous avons rejoint une piste cyclable en site propre, c'est à dire loin de la circulation automobile. Seuls les trains venaient de temps à autre nous tirer de ce silence bucolique parfois interrompu par les chants des oiseaux.

    On nous avait dit que ça allait monter, mais à mi-étape, je me demandais encore ce qu'ils voulaient entendre par "monter".

    Je ne tardais pas à me rendre compte qu'il fallait que je sois patient. En effet, le profil allait devenir un peu accidenté vers le milieu de course. Ce n'était pas pour me déplaire car j'adore grimper.

    De jolis panoramas s'offraient à nous au gré des virages et lorsque nous avons eu à redescendre ce que nous venions de monter, nous avons rejoint une nouvelle piste cyclable qui longeait un torrent et qui par voie de conséquence était pentue.

    La fin de course nous fit reprendre une partie moins agréable de route à circulation peu importante mais il fallait se méfier des voitures et des camions, surtout dans les virages. Les trois derniers kilomètres du parcours traversaient des vergers plantés de poiriers tous en fleurs à cette saison. Quand je suis arrivé, j'étais fatigué, comme d'habitude, mais aussi très soulagé que cette étape au lendemain d'une longue journée se soit bien passée.

    Le village nous hébergeant est joli, pittoresque, typique sans doute de cette région du Tyrol, et ce qui diffère beaucoup de la France c’est que dans des petites bourgades de ce type, qu’on croirait isolées du reste du pays comme certains villages montagnards français, on trouve des équipements sportifs très modernes comme la salle de sport où nous allons dormir. Pour un village de cinq mille habitants situé dans une vallée alpine cela témoigne d’une volonté de développer le sport et donc de vouloir conserver sa population jeune.

    Pour couronner le tout, cette ultime halte en Italie nous propose un paysage magnifique : nous sommes entourés de sommets enneigés. Ces sommets vont peu à peu voir disparaître leur couverture neigeuse et cet été les alpages libérés seront certainement des lieux de pâture pour tous les troupeaux de la plaine du Pô.

    On a eu aujourd'hui un beau temps, pas trop chaud, avec un peu de vent défavorable sur la fin. C’est le climat du printemps, toujours, mais avec ses caractéristiques piémontaises et même montagnardes.

    Une étape de plus au compteur mais la joie d’en avoir presque fini avec l’Italie fut un peu ternie par l’abandon de Christophe. Lassé de devoir se battre contre le cut-off, le temps limite fixé par l'organisation et qui est basé sur une allure de course de 6km/h, il a préféré arrêter la compétition. Il l'a pris avec philosophie et recourra dès qu'il sera rétabli.

    Demain, nous franchirons un premier col à 1500m d'altitude, le Reschenpass, et nous connaîtrons un premier passage dans un tunnel long de trois kilomètres donc la tenue de sécurité sera obligatoire. On sera magnifiques dans nos tenues fluo style Lagerfeld.

     

    Mardi 5 mai, 17ème étape, Schlanders (Italie) – Pfunds (Autriche) : 63,8km.

     

    Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien et que les journées tournent comme d'habitude. Et nous pendant c'temps là on ... tourne aussi sur notre circuit en ligne pas très droite qui nous mène lentement mais sûrement vers le Cap Nord.

    Sûrement ? Il ne faut jurer de rien, il y a déjà quelques abandons, dont deux dans nos rangs, Jean-Hervé et Christophe, et cela peut toucher tout le monde. Ce que je remarque quand même, c'est que ces abandons ont touché pour une bonne partie des gens qui étaient partis beaucoup trop vite lors de la première semaine.

    Mais la patience, c'est quelque chose qui ne s'apprend pas comme ça, il faut avoir payé une fois pour ne plus refaire les mêmes erreurs, même si certains semblent avoir la mémoire courte à ce sujet.

    L'étape d'aujourd'hui, la dix-septième, nous faisant passer d'Italie en Autriche a été superbe, et avec du beau temps très frais dès le petit matin, nous sommes tous sortis couverts; de plus, le gilet fluo était quasi obligatoire pour franchir les tunnels de fin d'étape. J'ai gardé mon bonnet, mes gants, deux foulards et mon bazar habituel pendant toute l'étape.

    C'était la première véritable étape de montagne et ... quand y a de la côte, je me fais plaisir ! Cela n'a pas manqué, après les vingt et quelques premiers kilomètres d'échauffement sur une piste cyclable assez plate, dès que le relief a commencé à pointer son nez, j'ai conservé mon rythme, ne marchant que lorsque la pente devenait trop raide. Peu à peu, j'ai creusé l'écart sur mes poursuivants puis j'ai rattrapé ceux qui d'habitude me collent un gros quart d'heure voire trente minutes et même plus. Je me suis retrouvé avec des gars qui sont classés dans les quinze premiers du général et ça m'a bien plu de voir que je n'avais aucun mal à les suivre.

    Bon, la prudence m'a quand même fait mettre le frein et j'en ai profité pour prendre une vingtaine de photos. Vingt, ça paraît beaucoup, mais comme souvent certaines sont floues j'essaie de toutes les faire en double.

    J'ai attendu le passage de la frontière pour reprendre un rythme plus rapide, on venait de passer le col et la route, ou plutôt la piste cyclable, avait tendance à plus descendre que monter.

    Par la suite, revenu sur la route principale avec les tunnels à passer, je me suis bien lâché. Oh, ce n'est pas du 20km/h ni même du 16, mais entre du 11 et du 12 pour cette partie en descente. Pas idiot non plus le gars, ça aurait été des coups à se flinguer les releveurs et à suivre le reste de la TE dans la voiture balai ! Toujours en "contrôle" de la situation, ce qui m'a permis de me faire prendre une heure par ceux qui sont partis une heure après nous. Mais aujourd'hui, ils m'ont dépassé plus tard que d'habitude et il y en avait moins.

    Je termine avec Théo, un Allemand avec qui j'ai fait les cinq derniers km à 12km/h sur du plat. Nous sommes quatorzièmes de l’étape, ex-æquo, et je gagne une place au classement général.

    Fut-ce une vilaine prise de risque ? Peut-être, mais de temps à autres il faut bien « décalaminer le pot » comme on disait quand on était ados avec nos mobs.

    Le team Français s'est bien comporté aussi, d'après les échos recueillis ici et là. Chacun va sans doute faire un petit C.R. pour raconter sa journée.

    Demain, le même genre d'étape est prévu, mais je serai plus sage.

    à+Fab

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