• Les étapes sont mises à jour à la suite les unes des autres, donc pour les news fraîches, il faut aller voir en bas de page.

     

    Demain, dimanche 11 août, je prendrai le train pour rejoindre Roscoff, lieu de départ de ma 7ème Transe Gaule. Au fil des étapes j'essaierai dans la mesure du possible de mettre en ligne un petit CR que j'aurai rédigé, comme je l'ai fait depuis 2005, année de ma première grande traversée.

    Le départ sera donné au pied du phare de Roscoff pour un petit prologue de quelques kilomètres (5 environ) pour rejoindre Saint-Pol de Léon qui marquera le véritable début de cette longue course pédestre de près de 1200km dont voici un aperçu des étapes :

     

     

    1/ mardi 13 août : ROSCOFF – Plounévézel 68 Km (68 Km)

     

    J’ai passé une drôle de journée, sur la route, prenant un départ rapide car je sentais que j’étais bien, après le prologue de presque 6km que j’avais couru comme un échauffement, largement en dedans, marchant dans les côtes et essayant de réduire l’allure dès que la descente m’emportait. Je me suis chronométré pour le fun et j’ai vu que j’avais mis 37’45 pour les 5,4km.

    Donc une fois le départ officiel donné, un peu avant la ligne de départ de la course Saint-Pol Morlaix, j’ai commencé à courir à mon allure d’entraînement, à environ 10km/h et j’ai tenu ce rythme jusqu’au premier ravitaillement où je ne me suis arrêté qu’une petite minute histoire de boire et de remplir ma bouteille vide. Je suis reparti sur le même tempo mais le profil de la route a commencé à s’élever et j’ai donc ralenti car je ne pouvais pas aller plus vite. Jusqu’au second ravitaillement j’ai tenu la moyenne, mais après, progressivement je suis rentré dans le dur. Avancer me paraissait de plus en plus difficile, j’ai décidé d’alterner plus fréquemment la course et la marche. C’est dans cette seconde partie de l’étape aussi que l’ombre a commencé à se raréfier. Je suis parvenu à boucler l’étape néanmoins dans un temps honorable qui constitue mon second meilleur chrono sur cette ouverture de Transe Gaule. Ceci explique pourquoi j’ai un peu souffert pour arriver à Plounévézel. Des débuts de crampes sont apparus. J’ai sans doute payé une mauvaise hydratation avant la course et même la veille ainsi qu’une alimentation et un ravitaillement trop succincts lors des dernières 24h. A mon chrono, j’ai vu que j’avais mis 6H55’19 pour les 62km.

     

    2/ mercredi 14 août : Plounévézel - Pontivy 64 Km (132 Km)

    Pas de séquelles au réveil de la galère de la veille. Il faisait frais au départ, presque froid, et je me demandais si je n’aurais pas dû prendre un foulard pour éviter d’attraper mal à la gorge. J’ai pris un départ du même style qu’hier, en un peu moins rapide toutefois et je me suis retrouvé avec quelques uns de mes compères de la veille. On a discuté puis chacun est progressivement rentré dans sa course. La mienne prit une tournure comme j’aime bien : j’ai commencé à accélérer, me sentant de mieux en mieux et je me suis retrouvé avec mon copain – frère d’armes – Jean-Pierre avec qui j’allais finir l’étape. Que de souvenirs de courses ou plutôt d’étapes passées ensemble ! J’ai passé une excellente journée, sans trop voir le temps filer. Sur la fin ce fut un peu dur, le soleil étant plus fort et l’ombre moins fréquente. De plus, les 4 ou 5 km avant l’entrée de Pontivy n’est jamais facile, avec la circulation. Même le nouvel itinéraire pour rallier la nouvelle ligne d’arrivée semblait interminable. On a passé la ligne ensemble avec JP en 7h09’32 pour 64km (ou un peu plus).

    Demain une longue étape nous attend. On verra.

     

     

    3/ jeudi 15 août : Pontivy - Guer 75 Km (207 Km)

     

     

    Première grosse étape partant de Pontivy pour rallier Guer. Météo annoncée : ensoleillé et chaud. Heureusement que nous sommes partis à 6h30 et que les 19 derniers km se sont courus sur une voie verte. J’ai démarré l’étape en prenant un rythme relativement lent, laissant s’échapper les 6 ou 7 meilleurs de notre groupe des « moins rapides ». Les 6 premiers du général devaient partir une heure après. La sortie de Pontivy fut longue car nous sommes partis du gymnase et pas de la place habituelle. Bilan : 1km presque en plus qu’il fallait ajouter aux 75 prévus. La chevauchée sur cette longue route un matin du 15 août était moins dangereuse que lors des jours de semaine habituels. Il n’y avait que très peu de camions, mais plusieurs tracteurs et autres machines agricoles. Mais on n’était jamais en danger, ayant le temps de les voir arriver. Jusqu’au km 40 environ, j’étais avec d’autres gars (Robert et Renaud par exemple et peu à peu j’ai pris un peu le large, n’alternant pas aussi souvent la course et la marche qu’eux. Néanmoins, ils ont fait la jonction au poste de ravitaillement de Ploermël. Mais je suis reparti sans tarder et ils ne m’ont pas suivi. Je pensais qu’ils allaient revenir progressivement pour qu’on fasse la voie verte ensemble, mais je ne les ai pas vus et j’ai continué. Jean Jacques, le leader m’avait repris son heure depuis le km 47 et je m’attendais à voir d’autres coureurs du second groupe me passer. Seul Alain me dépassa sur le sentier ombragé et je me mis en tête de le suivre en haussant l’allure. J’ai tenu jusqu’au ravitaillement après les 6 premiers km de la voie verte et peu à peu il s’est détaché et a disparu loin devant. j’avais quand même remonté ma moyenne en tournant à plus de 10km/h. je suis arrivé en établissant ma seconde meilleure performance sur cette étape malgré les quelques hectomètres supplémentaires. 8h04’35 pour 75 km(ou plutôt 76km). Comme pour la première étape, j’étais fatigué mais content d’avoir fait le job.

     


    4/ vendredi 16 août : Guer - Châteaubriant 67 Km (274 Km)

     

    Quand on court un peu plus vite la veille, le lendemain on se calme un peu, en tout cas au début. Le nouvel itinéraire – la suite de la voie verte d’hier – s’est avéré être un bon terrain de mise en jambes et les 11km de long sont passés assez rapidement à plus de 10 de moyenne. Pour quelqu’un qui voulait se « calmer », c’était plutôt mal parti ! Une fois retourné sur l’ancien itinéraire, la route, les choses sont rentrées dans l’ordre et j’ai essayé de bien dérouler afin de retrouver une certaine aisance un peu difficile à avoir dès que la route montait. Avec Renaud et Robert nous avons repris Jean Michel, parti un peu vite comme à son habitude, puis Jean Pierre et tous les quatre nous avons couru ensemble pendant plusieurs km. Arrivés au ravitaillement 3 à la Dominelais, JP et moi-même sommes repartis avant eux et comme la veille j’ai pensé qu’ils allaient revenir progressivement. Ils nous avaient toujours en point de mire mais peu à peu ils ont décidé d’alterner marche et course ce qui les a empêché de revenir. Quant à JP et moi, nous avons pris des relais de 2km chacun par moment et de cette façon nous avons tenu la moyenne que nous nous étions fixés.

     

    La fin fut difficile, c’est normal, mais nous avons terminé ensemble en 7h20’32, ravis de notre journée qui avait été relativement fraîche et donc agréable avec une petite pluie qui n’a pas duré et qui nous a bien fait plaisir.

     


    5/ samedi 17 août : Châteaubriant - St-Georges-sur-Loire 71 Km (345 Km)

     

    Le départ a été donné à 6h31 et j’ai profité de la rue descendante pour imprimer tout de suite un rythme que j’allais conserver, ou essayer, pendant le plus long temps possible. Trois coureurs seulement devant moi, pas très loin, et qui n’avançaient pas beaucoup plus vite, il n’en fallait pas plus pour que je leur emboîte le pas. Jusqu’à la sortie de Châteaubriant nous sommes restés étalés sur 100m puis quand nous avons pris la route d’Erbray, cela s’est espacé. Un autre coureur nous a doublés peu avant le km 7 (Hervé) et j’en profitais pour passer devant Jennifer et Roland dont la vitesse en ce début d’étape ne convenait plus. Etais-je en train de faire une bêtise ? Je connaissais le profil de l’étape et savais que la première partie était peu accidentée ainsi je voulais engranger des km avant les premiers véritables reliefs. Les autres coureurs derrière notre petit quintette n’étaient pas si loin et certains nous ont même rejoints au ravitaillement du km 16. J’ai continué sur mon rythme de 10km/h encore pendant un bon moment, étant alors 4ème de ce groupe des partants de 6h30. Il faisait gris et un peu lourd, j’étais trempé de sueur et je buvais autant que je pouvais afin d’éviter de me retrouver déshydraté. Au second ravitaillement, plus personne en vue ni devant ni derrière et je continuais donc sur ma lancée. Au 3ème poste de ravitaillement, j’aperçus Jean Jacques au loin qui m’avait presque rattrapé, mais il a mis plus de 6km à me doubler, ne cherchant pas à aller plus vite qu’à son allure de croisière. Avant dernier poste de ravitaillement, à Villemoisan que je quittais au moment où Rémy et Jean Pierre arrivaient : un petit signe de la main et je filais sachant qu’ils me rejoindraient sous peu. Ils ont quand même mis plus de 8km à faire la jonction, au niveau de St Augustin des Bois. A ce ravitaillement, nous avons décidé de faire la suite et la fin de l’étape ensemble. Christian et Pierre, du groupe des 7h30 nous ont doublés et JP a demandé que nous continuions sans lui les 4 derniers km. Il se sentait fatigué et ne voulait plus tirer sur l’organisme. Rémy et moi avons fini l’étape ensemble en 7h33. C’est ma meilleure 5ème étape de mes 7 déjà courues.

    Ce soir le repas était assuré par Françoise (Fanfan) et Laurent, mon frère avec leur camion : ils nous ont fait une paëlla délicieuse. Ils nous quittent demain soir après l’étape et je crois que beaucoup de coureurs vont regretter le confort que la restauration rapide d’après-course pouvait apporter. On fera « à l’ancienne », on ira dans les superettes se ravitailler les soirs où les repas ne sont pas prévus.

    Demain, étape courte avec un changement d’itinéraire : pendant une quinzaine de km nous courrons sur une voie verte.

     

    6/ dimanche 18 août : St-Georges-sur-Loire - Doué-la-Fontaine 53 Km (398 Km)

    Sur mes anciens parcours d’entraînement lors des 15 premiers km, cette étape est souvent une journée de plaisir. Les souvenirs ressurgissent par paquets et les paysages me font revenir plus de 20 ans en arrière, mais comme j’y passe presque tous les ans depuis 2005, d’autres bons ou moins bons moments reviennent aussi.

    Le départ fut donné devant le château de St Georges sur Loire, la température était déjà douce. Comme le ciel était couvert, on espérait ne pas avoir trop chaud.

    Les 6,5km menant à Chalonnes – où j’ai habité – se sont bien passés, j’avais quitté le groupe des 8 ou 10 qui avait déjà pris un certain retard sur les coureurs de tête. Mais le rythme de ce groupe n’était pas celui que je souhaitais suivre, donc je me mis à prendre le sillage d’Hervé qui ne voulait pas avoir à trop bavarder avec un peu tout le monde même si c’est sympa et parfois assez marrant.

    A la sortie de Chalonnes, premier raidillon et je me mis à marcher afin de manger une barre énergétique, à mi-distance entre le départ et le 1er poste de ravitaillement. Charles m’avait déposé sur place à ce moment et je ne le reverrai plus de la journée, sauf en point de mire pendant les 10 km suivants. Le ravitaillement à St Aubin de Luigné se fit rapide, juste pour remplir une bouteille et échanger ma vide contre une pleine mise dans le bac R1 ce matin avant le départ et en emportant quelques gâteaux à grignoter je repris ma course, en solo cette fois. Nouveauté de cette année, à la sortie du village au lieu de franchir le Layon, nous avons emprunté la voie verte jusqu’aux abords de Thouarcé. Cette voie verte est très jolie et je ne connaissais pas cette partie. Un peu bitumée par endroits, la plupart du temps le revêtement était composé de terre stabilisée avec quelques gravillons. J’ai bien soutenu mon allure, dépassant Hervé qui ressentait une petite gêne et préférait ralentir, ainsi je suis arrivé au poste de ravitaillement N°2 (km 28 environ) poursuivi à quelques centaines de mètres par un petit groupe par qui je pensais me faire rattraper. Il n’en fut point car arrivé à Thouarcé, je ne voyais plus personne derrière. Passé ce dernier village, il restait 14km et la route n’est pas très agréable dans ce sens où le revêtement est grossier et râpe les chaussures si on a une foulée rasante. J’ai dû penser à maintes reprises à lever un peu plus les genoux afin de ne pas trop user mes semelles. La fin fut, comme toujours sur cette étape, assez longue à venir et je commençais à ressentir un peu la chaleur malgré le vent. Je suis arrivé en 5h28 établissant une nouvelle fois ma meilleure moyenne bien que cette année il faudra recalculer avec la véritable distance (52 au lieu de 53km). Mais bon, ce n’est pas important en soi, ça me montre juste que je suis sur les mêmes bases qu’en 2011 et je suis ainsi un peu rassuré sur mon état de forme.

    Demain, on quitte la région pour arriver à Monts sur Guesnes.

    Laurent, mon frère dont c’était l’anniversaire aujourd’hui (50 ans), et Françoise nous quittent demain. Il va falloir se réhabituer à faire des courses dans les superettes ou à déguster des Bolinos juste après les arrivées. Avec le camion pour préparer une grande variété de sandwiches ou de plats chauds, ils ont été très appréciés par la majorité des coureurs.


    7/ lundi 19 août : Doué-la-Fontaine - Monts-sur-Guesnes 58 Km (456 Km)

     

    Une petite pensée pour Laurent, mon frère, et Françoise ce matin au moment de partir. Cet après-midi à l’arrivée il n’y aura pas de camion pour se ravitailler. Si j’ai passé une belle première semaine, ils en  sont fortement pour quelque chose. Je pense revoir Rudy au départ pour nous accompagner quelques km, mais comme il doit travailler au zoo, il n’a pas réussi à se libérer. Il est venu nous voir hier et c’était sympa.

    Je prends le départ avec mes camarades, à 6h31. Sur la ligne, il y avait inscrit 398 soit le nombre de km déjà effectués depuis Roscoff. Que ça passe vite ! Dans deux jours ou au début de la 10ème étape on sera à mi-parcours. On n’y est pas, il y a encore du boulot avant.

    Donc je quitte Doué et arrive rapidement sur la célébrissime Voie Bonnot du nom de son génial inventeur qui a participé à la Transe Gaule à zéro abandons (2005, j’y étais aussi) et à la TransEurope 2012, il est accessoirement créateur de l’Ultra Trace de Saint-Jacques, course à étapes suivant les chemins de St J de C depuis Le Puy jusqu’à St Jean Pied de Porc. Mon rythme est bon, je ne suis pas tout seul à tenir ce train relativement rapide. Qui suivra ? Qui se détachera ? Qui devra ralentir ? C’est une sorte de poker menteur amical qui se joue et moi, je suis aux anges, ça m’amuse, c’est comme ça que je vois les courses. J’ai déjà emprunté ce parcours et beaucoup de souvenirs reviennent, comme si c’était hier, je sais à l’avance où marcher, où me ravitailler en attendant le vrai ravito d’après Montreuil Bellay. Je me détache peu à peu accompagné des deux plus jeunes du peloton, Charles et Angel avec qui je discute un peu. Ils ont déjà de l’expérience et je n’ai rien à leur apprendre, de toute façon ils sont grands et assument leur stratégie. A Montreuil, la montée au château me fait marcher et récupérer, je les laisse partir devant, derrière les autres copains sont proches. Au ravitaillement, une première cassure dans le groupe va s’opérer. Hervé, Charles et moi ne nous y attardons pas et prenons une bonne avance. Roland le suisse n’est pas loin, par contre devant, les autres sont déjà hors de vue depuis un bon moment. Les villages défilent, à flanc de coteau : Coulon, Antoigné, Pouançay, St Léger, et d’autres lieux-dits aux noms tout aussi exotiques.

    Charles s’est « envolé », je reprends Hervé et arrive avec lui au second point de ravitaillement. La suite, je connais et je n’apprécie que modérément, mais cette fois elle va bien se passer, en tout cas je vais trouver un bon rythme et le conserver malgré le soleil et la chaleur qui s’amplifie. J’atteins Loudun et son ravitaillement, j’y stoppe à peine le temps de boire une soupe chaude et salée, de manger des morceaux de melons et de pêche, je change ma bouteille pour une pleine et remplis l’autre qui est vide. J’ai (re)pris l’habitude de courir avec une bouteille dans chaque main (2 fois 50cl), plus une petite « de secours » dans mon holster (33cl). La traversée de Loudun m’est plus facile que lors de mes derniers passages et je suis rapidement sur ma copine la D14 (voir les épisodes des saisons précédentes). Là, j’engrange les bornes et malgré la chaleur et un fort soleil, je parviens assez facilement à en venir à bout. C’est que dans la tête me trotte l’idée d’établir mon meilleur score sur cette étape depuis que je la fais. Pour cela, il faut mettre moins de 6h03’. Roland me rattrape et peu à peu prend ses distances, je ne vais même pas essayer de le suivre, ça serait bête de couler une bielle pour finir avec lui. Le classement, pour le moment il n’y en a pas mais tout le monde sait où il en est, n’est pas ma priorité, ce que je vise, c’est de faire mieux que ce que j’ai fait les années précédentes et ce challenge est mon moteur. Jusqu’à présent, j’améliore mes temps sur certaines des étapes, mais aurais-je assez de force pour monter encore plus en régime, comme je l’avais fait en 2007 et 2008 ? On verra, ça laisse un peu de suspens pour les deux semaines à venir.

    Après le dernier ravitaillement, je vois encore Roland qui s’éloigne et je repars après avoir bien bu et rempli une seul bouteille. La voie verte se présente pour 4km avant les 1500 derniers mètres. Là aussi je cours à un bon rythme, les moins de 6h sont en vue si je ne me suis pas planté dans les prévisions. Je débouche du chemin un peu ombragé qui m’a redonné de l’énergie et je fais la fin en déroulant quitte à marcher lors de la dernière montée. Je passe l’arche à 12h30 soit 5h58’ après avoir quitté Doué. Record perso pour cette étape. J’ai fait le job.

    Surprise à l’arrivée, je reçois un t-shirt offert par Sébastien, qui fait aussi la TG, et qui est auto entrepreneur et concepteur de t-shirts de la marque Courtoujours. Un barbecue est installé et je prends des saucisses grillées accompagnées de pâtes préparées par Jean-Claude Le Gargasson et sa femme ; ça m’a rappelé qu’il y a un an on courait ensemble la première étape de la TransEurope, tout comme Jean-Benoît et Jean-Pierre.

    Douche fraîche bienfaisante, linge lavé et étendu, c’est à mon tour de me reposer avant les festivités de ce soir : vin d’honneur offert par la Mairie puis repas au restaurant qui va rouvrir rien que pour nous.

    Demain, nouvelle étape, nouveau challenge.

     

    8/ mardi 20 août : Monts-sur-Guesnes - Angles-sur-l'Anglin 63 Km (519 Km)

    Devant le château de Monts sur Guesnes, notre groupe de 52 a pris le départ sous les ordres du Maire peu après 6h30 pour une étape de longueur moyenne menant à Angles sur l’Anglin. La célèbre D14 allait nous servir de ligne pour écrire une nouvelle page de notre Transe Gaule. Les quelques blessés ou convalescents espéraient passer une journée meilleure que la précédente, certains sachant déjà qu’ils devraient serrer les dents pour atteindre l’arrivée dans les temps.

    Je suis parti vite –un peu trop ? On verra ça plus tard -  et j’ai emboîté le pas de Christian et Alain dont l’allure de début d’étape me convenait. Cette portion de D14 n’est pas si désagréable que ça sur ses 15 premiers km ainsi je tenais une bonne moyenne pour virer au ravitaillement N°1 en 1h30’. La « hiérarchie » était globalement respectée, même si Charles avait passé la vitesse supérieure, suivi de loin par Jean-Michel. Christian restait prudent et effectuait de nombreux arrêts pour réajuster un pansement et Jobst était encore dans le milieu du groupe de l’arrière. Les km qui menaient à Châtellerault sont devenus de moins en moins faciles surtout parce que la circulation automobile se densifiait et parfois m’obligeait à me mettre sur le bas-côté quand il y avait des croisements avec des camions.

    La traversée de cette ville moyenne s’est relativement bien passée, mais de devoir être attentif à plein de choses, de sauter d’un trottoir à un autre, de devoir attendre que les feux soient au vert, un coup de fatigue arriva juste avant le ravitaillement N°2. Rémy m’y rattrapa et nous avons fait la suite de l’étape ensemble. D’abord à distance (100m) puis peu à peu nous avons vu qu’il était moins monotone de pouvoir échanger quelques mots de temps en temps. Et de taper la discute, ça fait avancer et les km paraissent moins longs. La forte pente de Targé puis les coteaux vallonnés vers Senillé ont réduit notre cadence de course de manière significative, mais au moins nous avons pu récupérer quelques forces pour la longue portion de route menant à Pleumartin une fois le ravitaillement N°3 passé. C’est là que j’ai eu un bon coup de mou : mon allure au début de cette route et jusqu’au passage des 500km (km 44 de l’étape) était encore de 10km/h et avec Rémy nous faisions quelques relais afin de relancer l’un et de reposer l’autre. Peu à peu la cadence est passée à 6’10/km puis à 6’20 et je ressentais le besoin plus fréquent de marcher, ne serait-ce que quelques dizaines de mètres.

    Km 50, Pleumartin, plus que 13 bornes à faire. Le ravitaillement passé, Jobst nous avait rattrapés et laissés sur place depuis un bon quart d’heure, nous avons fait la jonction avec Jean-Michel qui n’allait plus aussi bien qu’au petit matin. Il ne nous a suivis que 500m puis nous nous sommes irrémédiablement détachés pour continuer à assurer l’étape et une moyenne assez satisfaisante compte-tenu de la chaleur, même si le vent la tempérait. Les derniers km, comme d’habitude quand on a joué avec le feu, se sont avérés rudes à avaler mais avec Rémy nous sommes quand même parvenus à les faire sans trop mollir. Je ne bats pas mon record de l’étape, il y avait 7’ de trop, mais au final je suis satisfait.

    Le folklore à Monts sur Guesnes, c’est qu’il n’y a pas de douches, alors une installation sommaire avec un jet d’eau froide nous a permis de nous laver. j’ai rusé en mettant de l’eau chaude (grâce à une bouilloire) dans ma petite bassine en plastique et j’ai pu me rincer à l’eau tiède sans pousser les cris comme les autres l’avaient fait avant moi. La salle des fêtes en revanche est toujours aussi belle et bien aménagée. On y dormira bien avant la longue étape de demain (69km).

    Après un petit repos, je suis allé faire du tourisme dans le village. C’est l’avantage de ne pas être blessé et d’être arrivé en début d’après-midi (13h15).

    Ce soir, dîner aux restaurants (il y en avait deux au choix), payés par l’organisation comme ceux des 5 prochaines étapes.

    Demain direction Saint-Sulpice les Feuilles.

     

    9/ mercredi 21 août : Angles-sur-l'Anglin - St-Sulpice-les-Feuilles 69 Km (588 Km)

     

    Une longue étape (69km) avec du relief nous attendait aujourd’hui. Après une nuit assez bonne, seulement réveillé en sursaut une demi-douzaine de fois par une porte que les « pissous nocturnes » ne retenaient pas et qui donc claquait juste à côté d’où j’avais installé mon couchage, je me sentais en assez grande forme. Vous savez, et je l’ai déjà vécu à de nombreuses reprises, comme quand on a l’impression de n’avoir pas couru la veille. Et bien en ce matin où la pleine lune allait se coucher, j’envisageais de me faire un peu plaisir.

    Le départ du bas du château en ruines s’effectue dans une forte pente où seulement quelques gars couraient. Les autres dont je fais partie n’Les autres dont je fais partie n’ont commencé à courir qu’en haut de ces 150m pentus. Je me suis vite retrouvé dans le groupe des poursuivants, de celui qui ne peut rester au contact des rapides, et mon allure a augmenté au fil des premiers km.

    Je savais que jusqu’à Le Blanc, c’était une belle route tranquille avec quelques bosses et c’était assez aisé de tenir le 10 voire le 10,5km/h. Comme la plupart du temps, je marquais une courte pause tous les quarts d’heure pour boire et toutes les 45’ pour manger une barre de céréales ou un Twix.

    Après Le Blanc, je suis parti sur la route de l’école de gendarmerie puis j’ai filé sur Belâbre où se tenait le second ravito. J’ai franchi le joli pont fleuri, suivit une longue route vallonnée mais tranquille menant à Lignac. Au fil des bornes, je me retrouvé avec Jennifer, Roland, Alain qui n’était pas en grande forme Rémy et Hervé. Nous avions dépassé Charles au poste de ravitaillement et pensions le revoir mais il n’en fut point. Avec Rémy, nous avons laissé Roland et Hervé se détacher et nous sommes restés ensemble.

    De Lignac jusqu’à Chaillac, ce fut une longue route au revêtement rugueux obligeant à faire l’effort de lever les pieds pour ne pas faire du rap (pour ne pas râper les semelles, je précise). Cette portion a été laborieuse, mais le train que nous avons adopté fit passer le temps assez vite. A Chaillac, ravitaillement N° 4 et plus que 19 voire 18km à courir, soit 2h environ. Nous sommes repartis, apercevant Hervé au loin devant et Jennifer au loin derrière. La succession des montées et descentes nous permit d’alterner course et marche ; chaque portion ombragée était la bienvenue, nous rafraîchissant, et comme il y avait un peu de vent, on n’avait pas trop chaud.

    Passage à Beaulieu puis au dernier ravitaillement avec un tour d’un petit étang en prime et il n’y avait plus que 7km à faire pour finir l’étape. Avec Rémy, on a égrainé les km pour finir enfin par la dernière montée vers l’arrivée à St Sulpice les Feuilles. 7h20’ de course qui se sont bien passées au final.

    J’ai eu le temps de faire plein de choses cet après-midi, notamment des courses pour refaire mon stock de boissons et de barres chocolatées. Ce soir, dîner au restaurant très copieux. Et maintenant il est l’heure de poste et de me coucher.

     


    10/ jeudi 22 août : St-Sulpice-les-Feuilles - Bourganeuf 62 Km (650 Km)

     

    Au revoir Angles sur l’Anglins et bonjour la Creuse et le Limousin dans lequel nous étions déjà depuis hier. Petit matin frais, mais bonne chaleur avec beaucoup de soleil prévus, alors il fallait s’être bien préparé et notamment les boissons qu’on peut mettre dans les caisses de ravitaillement. J’avais préparé mes trois bouteilles de coca dans lesquelles j’avais mis de la grenadine avec de l’eau. Les bouteilles portent des noms, c’est la nouvelle mode de coca cola et j’ai pris l’habitude de déposer au R2 (ravitaillement 2) Alexandra, au R3 Caroline et au R4 Elise ; ça change des boissons habituelles qu’on trouve sur les tables. Je me suis fait aussi 2 autres bouteilles que je transporte, l’une dans la main, l’autre dans le coffre (surnom de mon holster) et ainsi je peux tenir du départ au R1 puis une fois de nouveau remplies avec du coca je peux tenir jusqu’au R2. A ce moment, on a déjà fait environ 30km et à partir de là je porte deux bouteilles dans mes mains, « à l’ancienne », c'est-à-dire comme lors de mes premières courses d’ultra puis à étapes.

    Le départ donné, Jean-Benoît avait pourtant prévenu, les quatre ou cinq bolides s’emparèrent de la tête de course et prirent une mauvaise direction. Je me suis bien amusé à les rappeler pour les remettre dans le droit chemin, mais je crois que ce sera la dernière fois (non, je rigole). La route est vite devenue bosselée, de longues montées et de courtes descentes, parfois l’inverse, mais au total il y avait plus à monter qu’à descendre : on se rapproche peu à peu de la montagne, c’est normal.

    Dans le petit groupe qui s’était formé derrière les rapides, je courais à une allure un peu poussive et je me demandais si c’était l’effet des côtes ou celui de la fatigue qui tout à coup viendrait me rappeler qu’on ne court pas impunément la moitié de la France sans ressentir quelque usure.

    Je fis un pit-stop, nom donné aux arrêts imprévus dans la nature, je perdis plus de 3’ dans l’histoire. On venait de franchir le km 595, synonyme de moitié de Transe Gaule. Tant pis pour le temps perdu, mais du coup, j’avais gagné un objectif et je me mis tranquillement et sans paniquer à tenter la remontée vers ceux qui m’avaient distancé.

    Au R1, toujours personne de repris, je poursuivais sans véritablement forcer, cela aurait été risqué et bête tout ça pour quelques minutes de perdues, et progressivement j’ai commencé à apercevoir des silhouettes portant des tenues de couleur visibles de très loin. Au R2, j’ai passé deux ou trois gars, puis je continuais et en dépassais encore un autre puis rattrapais un petit groupe informel de trois arrêtés au R3. On était au km 40 et mentalement je me disais que ce qui restait (22km) n’était qu’un bon semi-marathon, donc que je pouvais poursuivre sur ma lancée. Au R3, comme sur la TransEurope (là c’était le R4 ou R5) on peut demander une soupe et même de par cette chaleur, j’en avais besoin pour avoir un goût salé qui change des boissons sucrées devenues tièdes et à peine buvables. Je refis le plein, échangeais Alexandra contre Caroline. J’étais avec Charles (26 ans), Angel (20 ans) et Jennifer (la politesse ne doit pas dévoiler l’âge des demoiselles), suivis de peu par Alain et Hervé et un peu plus derrière suivait avec son rythme régulier Renaud, puis Jean-Michel.

    Je bavardais avec Angel, très à l’écoute de conseils et très demandeur aussi, puis j’entrepris de me lâcher un peu pour voir et surtout en prévision de demain : je voulais savoir si je pouvais démarrer en côte et poursuivre l’effort assez longtemps. Pas assez à mon avis sur la première tentative, mais quand j’en remis une seconde couche dans la montée suivante, ça allait bien mieux. Ainsi, je passais le R4, au revoir Caroline bonjour Elise, et franchissais les multiples bosses qui suivaient plus ou moins rapidement. Je marchais de temps en temps pour bien récupérer et boire le coca sans que cela fasse Champagne, je m’arrosais avec une autre bouteille pour ressentir un peu de fraîcheur et de fil en aiguille j’atteignis le R5. Plus que 5km à faire, mais encore deux ou trois montées dont la dernière à 15% minimum.

    J’arrivais à Bourganeuf, devant le gymnase, en 6h32’, bien placé car seulement 7 coureurs étaient déjà arrivés avant moi.

    En consultant mes archives, j’ai vu que je n’avais pas battu le temps de l’an dernier sur cette étape lors de la TransEurope (à 5’ environ), mais j’ai établi mon nouveau record sur une étape 10 de la TG, de quelques secondes, qui datait de 2008, ma meilleure année.

    Voilà, au final je suis content et je crois que j’ai bien préparé les deux jours qui viennent : 49km demain et 75 après-demain. Mais sur la TG on ne peut jamais être sûr de rien, il peut s’en passer des choses. On verra.

     

     


    11/ vendredi 23 août : Bourganeuf - Peyrelevade 49 Km (699 Km)

     

    Bourganeuf nous a laissés partir à 50, Olivier Forti ayant abandonné hier.  La descente de la rue principale, à contre sens de la très faible circulation automobile s’est bien passée mais il fallait faire attention aux trottoirs et aux poteaux. Après cette trop courte partie en descente puis plane nous sommes arrivés au pied de l’habituel raidillon commençant la route vers Royères. Plusieurs centaines de mètres que beaucoup, dont moi-même, ont faites en marchant et quand survint une certaine platitude du terrain, c’était pour mieux raidir la montée. Après ces 1500 premiers mètres, la route redevint « normale » et je pus commencer véritablement à courir. La montée vers Royères n’est pas uniforme et les portions de descente succèdent aux côtes jusqu’au km où ça ne faisait plus que monter. Plus loin, des morceaux plats ou en descente encore permettaient de récupérer. J’avais commencé à faire quelques accélérations pour me tester et voir si je pouvais envoyer un peu. Je m’extirpais progressivement du petit groupe dans lequel j’étais resté jusqu’alors, mais ceux de devant n’étaient plus à portée de vue depuis belle lurette.

    J’étais rentré dans ma course et je cherchais à me faire plaisir dans l’effort au lieu de subir les évènements. Le passage au R1 fut bref, le temps de remplir ma bouteille de menthe et je repris ma chevauchée solitaire, comme j’aime bien. Ce n’était pas une lutte contre les autres coureurs mais contre moi. Je savais quels chronos j’avais déjà réalisés sur cette étape et l’objectif était de m’en rapprocher (4h48’ en 2008 et 4h54’ en 2007).

    La fin de la montée fut différente des autres éditions, un « raccourci » qui n’en était peut-être pas un la rendit moins dangereuse au cas où un gros camion de bois nous aurait croisés.

    La descente vers le lac puis le R2 me permirent de constater que derrière il n’y avait plus personne en vue. Un rapide arrêt et … à force de parler j’en ai oublié ma bouteille (j’espère qu’Alexandra ne se vexera pas, je rappelle que c’est le nom de ma bouteille pour ceux qui n’avaient pas lu l’épisode précédent) et après 400m j’entends quelqu’un qui m’appelle loin derrière pour m’en informer. Tant pis, je ferai sans, d’autant plus que le R3 n’était qu’à 10km à peine et que le temps était frais à souhait.

    Toujours personne en vue devant, je me disais qu’ils avaient mis le turbo, mais je ne m’en faisais pas plus, j’avais mon étape à assurer. Comme toujours, la montée vers Faux la Montagne portait bien son nom, presqu’en haut j’aperçu Françoise Paralluelo, la maman d’Angel, assise sur le banc des Gaulois à attendre son fils. le R3 fut rapide et j’appris alors que Hervé et Jennifer n’étaient pas devant moi, mais perdus sur une erreur d’itinéraire. Cela expliquait pourquoi personne n’était visible devant. La suite, il restait 15km, fut encore agréable malgré la percée franche du soleil qui rendait les parties de routes non ombragées de plus en plus chaudes, et dès que de l’ombre se présentait, je n’hésitais pas à changer de côté pour courir. Le R4 à 6km du but fut rapidement passé, juste histoire de prendre ma bouteille « Elise » et de repartir. La partie finale réservait une modification, Nicole qui flèche tous les jours le parcours a trouvé une petite route permettant de couper l’itinéraire et d’éviter qu’on ne le prenne deus fois (aujourd’hui puis demain a départ).

    Je franchis la ligne en un peu moins de 5h, à 10’ de mon meilleur score de 2008, mais j’étais ravi de ma journée, sans souffrance.

    Demain 76km sont au menu. La météo devrait tourner à l’orage, j’espère qu’on les évitera.


    12/ samedi 24 août : Peyrelevade - Mauriac 76 Km (775 Km)

     

     

    Pluie au réveil, à 4h30, de quoi me demander ce que je fais là. Mais une fois ce paramètre intégré, je me suis levé et tel un robot je procédais à ma mise en tenue : pansage des zones sensibles, crémage d’autres endroits irrités et enfilage du maillot, du cuissard et des chaussures. Ensuite, je rangeais ce dont je n’aurais plus besoin avant le départ, allais remplir mes bouteilles, avec du sirop de citron cette fois, et alors seulement j’allais prendre mon petit déjeuner. Petits pains au lait et Nutella que j’avais achetés, ne supportant plus le pain et les confitures proposées, et un bol de café au lait.

    Il pleuvait toujours et je préparais, après ma petite vaisselle, mon poncho, ma frontale (un départ à 6h s’effectue dans la nuit, surtout quand il pleut) et mon petit sac banane dans lequel je mettais des Twix et KitKat (pas la bouffe pour les chats, mais la gaufrette au chocolat). J’allais déposer dans les bacs R2 à R5 des bouteilles (celles aux prénoms féminins plus une de boisson énergétique achetée hier) et je commençais le grand pliage : lit, sacs, valise que je mettais dans le camion.

    Vint le briefing de Jean-Benoît, important pour se tenir au courant des éventuels changements et des consignes particulières, et l’heure du départ.

    Il pleuvait toujours, un peu plus fortement que la bruine qui nous avait réveillés. Le poncho bien installé, une lampe clignotante dans le sac à dos, la frontale bien positionnée et ce fut l’heure du départ.

    Rapidement je me mis en tête avec Pierre, servant de guide avec les leds clignotantes qui montraient le chemin aux poursuivants. La route plate pendant 800m laissa ensuite la place à une bonne montée aussi longue et la sortie du village fut vite atteinte. Pendant encore plusieurs hectomètres, les lampadaires montraient la route et quand il n’y eu eut plus, la frontale devint indispensable. Avec la grisaille et la pluie, le jour n’était pas prêt de se lever. Seul Renaud suivait mon allure, Pierre avait pris le large mais je ne me retournais pas non plus pour voir qui était où.

    J’ai ôté le poncho une fois la pluie arrêtée, vers le 6ème km et je me retrouvais encore plus mouillé en-dessous : les effets conjugués de la pluie et de la sudation sous le plastique avaient trempé ma tenue entièrement. Je n’avais heureusement pas froid et une fois arrivé au sommet de la côte, je savais que la route descendait jusqu’à Millevaches km10. La suite du parcours fut une succession de longues montées suivies de longues descentes et ça me plaisait, me permettant de courir à 10,5 voire 11km/h par moments.

    Au R1 je me débarrassais de mon débardeur et de ma frontale car ma vitesse faisait que je n’avais pas froid et le poncho était rangé dans mon holster au cas où. Seul Renaud arriva quand j’en repartais.

    La traversée de Meymac, après une très longue descente, marqua la fin de la première partie de l’étape que j’avais découpée mentalement en 4.

    La seconde partie, tout aussi vallonnée, me permit de continuer à courir à un bon rythme et de rester proche des 10 de moyenne. Au R2, je m’alimentais un peu plus et j’étais tout seul ce qui n’était pas pour me déplaire car j’aime rester maître de mon allure.

    Au R3, la soupe de Marie et Marcel me redonna du jus et je pus même faire un bref arrêt pour saluer Paulette, arrêt traditionnel des coureurs dans son épicerie. J’en étais au marathon. Allez Fab, plus que 35 bornes. Les km défilèrent ensuite et j’arrivais à la fin de mon 2ème tronçon : km 50, Neuvic.

    La 3ème partie était composée d’une route à circulation d’abord pas très pentue descendante principalement mais comportant aussi de nombreuses remontées. Quand vînt le début de la vraie descente. J’ai dévalé en me freinant, en faisant attention à ma foulée et à ma pose de pied, parfois proche de 12km/h. Le R4 fut un court arrêt et je continuais jusqu’au pont sur la Dordogne km64 ou 65. Plus que 11 ou 12km. Fin de la partie 3.

    La dernière portion de mon étape ne fut pas la plus facile : longue montée et retour de la pluie. J’ai couru sur une base de 7’/km car je prenais souvent quelques moments pour marcher. Jean-Jacques me dépassa, il m’avait repris une heure, ce sera le seul. De fil en aiguille je réussis à arriver à Mauriac, après avoir fait un passage éclair au R5.

    Temps final sous les 8h qui était mon objectif, mais j’ai été limite. Bon, c’est vrai qu’en définitive il y avait plus près des 77,5km que des 75 ou 76 recalculés selon l’endroit exact du départ. Belle moyenne quand on considère la météo et la longueur de l’étape.

    Demain, belle étape de montagne avec des cols : je salive déjà, pourvu que la météo soit propice à un bon déroulement de la journée.

     


    13/ dimanche 25 août : Mauriac - Jussac 64 Km (839 Km)

     

     

    Les jambes n’étaient pas trop lourdes au départ de Mauriac et rapidement je trouvais mon allure de croisière, 10km/h. je m’étais couvert, en prévision d’éventuelles averses et de fraîcheur. Le groupe de tête s’éloigna rapidement et j’étais dans les premiers du groupe qu’on pourrait appeler celui des poursuivants. Je mis 1h55’ pour arriver à Salers (km19) et après la visite « obligatoire » du village en suivant l’itinéraire concocté par le race director, j’entamais la descente vertigineuse vers Fontanges, avec le début à près de 15%. Fontanges passé en 2h30’ avec un petit détour devant une belle statue de la vierge blanche située sur un petit mont. Les 4km de faux plat en remontant doucement vers le pied de la montée vers le col m’ont permis de faire la jonction avec Jan et Roland et une fois le ravitaillement du km29 passé je pouvais attaquer la longue montée vers le Legal. 1h07’ de montée, seulement entrecoupée d’une portion descendante pour relancer la machine, et le ravitaillement N°3. Entre temps j’avais dépassé Pierre en panne sèche que j’avais dépanné d’une barre de céréales et je sentais que derrière les autres coureurs étaient loin mis à part Roland repassé devant et Ian resté au contact.

    Après le col, la descente, celle qui fait remonter la moyenne et le R4 pointa son nez assez vite. Après, ça remonta un peu, même beaucoup et même encore plus que dans mes souvenirs. Mais je savais qu’après la côte il y a la descente alors je patientais. Nouveauté sur la Transe Gaule, la route vers Jussac qui empruntait à l’identique celle que l’on avait suivie sur la TransEurope. 9km de belle et forte descente puis un long faux plat pour atteindre enfin Jussac après 6h46’ de course pour 64km. (Je finis 7ème, comme hier).

    La pluie s’est mise à tomber une demi-heure après mon arrivée, j’avais eu de la chance.

    Demain, autre longue étape rendue difficile par la traversée d’Aurillac et la sortie où l’on va croiser des centaines de véhicules. Si le temps redevient beau, ça ira sinon, ça va être assez costaud avant d’atteindre les paisibles routes de campagne qui arriveront vers le km15 ou 20.

     


    14/ lundi 26 août : Jussac - St-Cyprien-sur-Dourdou 69 Km (908 Km)

     

     

    69km, de Jussac à Saint-Cyprien sur Dourdou. « Du beau, du bon, du bosselé » pour plagier la pub d’une marque de vin cuit, c’était ce qui nous attendait.

    Deux départs, les 5 plus rapides de la veille quittant Jussac à 7h30 soit une heure après nous.

    Je me suis tout de suite mis en jambes, ne désirant pas « faire traîner les choses » comme on dit. Les 8km menant jusqu’au niveau de l’ancien départ à Aurillac étaient assez vallonnés et je les ai courus avec Alain David venu faire l’étape comme « journey runner ». On a discuté et les difficultés du parcours ont semblé bien atténuées. Il est resté avec moi jusqu’au R1, km14, à la sortie d’Arpajon sur Cère ; nous tenions un bon tempo et j’ai continué sur ma lancée une fois qu’il avait ralenti pour attendre un autre coureur. Je suis passé au km20 après Senilhès sur des bases de 9,3km/h, moyenne basse en raison du fort dénivelé avant, pendant et juste après Aurillac.

    L’itinéraire quittait la route à forte circulation à partir de ce moment et je décidais de mettre mon MP3 afin d’être en mode « voyage ». Je ne voyais plus depuis très longtemps les 3 coureurs me précédant (Carmen, Pierre et Jan) donc la route était pour moi tout seul. Je me régalais comme je le fais depuis quelques étapes, depuis que j’ai un peu accéléré. Lafeuillade en Vézie (km28), le R2, puis La Capelle del  Fraisse (km31) ont défilé à toute allure ; il ne restait que 13km de belle route d’abord vallonnée puis descendante sur plusieurs kilomètres ce qui m’a permis de faire remonter la moyenne et d’être dans de bonnes dispositions pour effectuer les 2 ou 3 km pour atteindre Cassaniouze. La traversée du village, assez joli et désertique malgré cette heure de milieu de matinée, brisa la monotonie de la route départementale. Peu après la sortie du village, juste après la station service, on a pris à gauche la direction de Conques et de la vallée du Lot qu’on devait franchir après une grosse douzaine de kilomètres de descente. Belle portion de route tranquille malgré quelques voitures où j’ai pu tourner entre 11 et 12km/h. J’ai eu la chance de démarrer cette partie de descente sur « Stairway to heaven » de Led Zeppelin et là c’était magique. Je reprenais Jan en difficulté dès que la route descend et le lâchais irrémédiablement. Le paysage au détour d’un virage fasiat apparaître la vallée du Lot, les piscines, les gîtes, les campings… ça me donnait l’impression d’être en vacances (en fait je le suis, mais ce n’est pas pareil que les vraies vacances). La fin fut marquée par le franchissement de la rivière sur l’ancien pont de Coursary, désaffecté, puis nous avons rejoint la route principale : encore une quinzaine de kilomètres avant l’arrivée. Comme j’étais bien, sur le plat j’ai continué de tenir mon tempo de 6’/km avec régulièrement une pause à la marche de quelques secondes afin de boire et de recharger les accus. David, photographe officiel de la course m’a pris à plusieurs reprises, il le fait depuis Roscoff et c’est sympa de la voir, ça casse la monotonie à certains moments de la journée.

    Dernier ravito, le R5, passé aussi rapidement que le R4, le temps d’échanger ma bouteille vide contre une pleine en emportant quelques gâteaux à grignoter en courant, puis Conques-Faubourg (en bas) et le plot marquant les 2 derniers km. Je voyais que ça allait être juste pour faire moins de 7h comme en 2008, mais je poursuivais mon effort quand même. Jean-Jacques me surprit en me dépassant à 500m du but, il déroulait tranquillement à 14 tandis que je n’étais qu’à 11.

    Au final, je suis 8ème, en 7h01’, à 2’ de mon record mais 2’ plus rapide que lors de la TransEurope. Donc la satisfaction était de mise une fois la ligne franchie.

    La suite : rituel puis repas au restaurant, repos, apéro offert par la municipalité de St Cyprien, restaurant à nouveau puis rédaction de ce CR. Maintenant je le poste et je me couche. 


    15/ mardi 27 août : St-Cyprien-sur-Dourdou - Cassagnes-Bégonhès 58 Km (966 Km)

     

    La douce pente menant de St Cyprien sur Dourdou à Marcillac, sur une longueur de 10km, fut une bonne mise en condition pour le reste de l’étape. Les véhicules roulant très vite venaient de temps en temps nous rappeler d’être constamment sur le qui vive. Les Aveyronnais sont peut-être des gens très sympathiques mais beaucoup deviennent de véritables chauffards dès qu’ils ont un volant entre les mains. Arrivé sain et sauf à Marcillac, km10 en 1h, il restait un km avant de quitter cette route dangereuse et grimper pendant 4km à plus de 10% : ça calme !

    La montée dans laquelle j’ai alterné course et marche m’a permis de me détacher un peu du groupe avec lequel j’étais. Nous n’étions pas un groupe compact, mais dispersé sur quelques centaines de mètres. Au R1, km 15, seul Jan avait repris le contact et nous sommes repartis à peu près ensemble sur la route bosselée mais en partie descendante menant vers la route de Rodez. On avait évité des zones à risques, nous allions en retrouver une nouvelle pendant 5km.

    Enfin arrivé sur la piste cyclable je pensais pouvoir retrouver un bon rythme, mais j’étais incapable de relancer, donc je me dis qu’on verrait après le R2 et la sortie de la préfecture de l’Aveyron. km 29 : 3h de course.

    La grande montée dans Rodez puis la descente vers le Monastère ne me rassurèrent pas et quand Renaud me rattrapa vers le km 35, il était étonné de voir que je tournais à un rythme poussif. Mais je m’étais un peu « endormi » sur une allure intermédiaire et ne parvenais plus à accélérer. Le R3, km 38 en 4h marqua enfin le début d’une partie plus plaisante, sans circulation et j’espérais que ça aille mieux. Avec Renaud, nous avons plus ou moins décidé de rester ensemble et que selon la forme de l’un ou de l’autre un de nous pouvait se détacher. Parfois il menait, d’autres c’était moi, mais nous faisions souvent la jonction. Ce rythme me convenait et à lui aussi semble-t-il.

    Le retour sur une grande route nous permit de remettre un peu les gaz car la route descendait pendant 8km environ. De la belle descente où nous n’avions pas à freiner même si notre allure frisait les 12km/h. Après quelques km la pente devint moins forte et l’allure baissa d’elle-même ce qui permit à Renaud de revenir sur moi au R4. Les derniers km avec une longue montée de 5km puis une descente de 2km ont été laborieux. J’étais fatigué mais souhaitais en finir le plus rapidement possible. Nous avons franchi ensemble l’arche d’arrivée en 6h06’, à une moyenne de 9,5km/h pour l’ensemble de l’étape. 9èmes ex-aequo, nous étions contents de notre course ensemble.

    Installation dans le hangar, navette pour aller aux douches, étendage du linge, repas de Bolinos, repos … pot offert par la Mairie, passage chez le coiffeur, quelques courses et repas du soir. Que le temps défile vite. J’ai préparé mon matériel pour demain et avant de dormir je rédige ce CR que je vais poster dans la foulée.


    16/ mercredi 28 août : Cassagnes-Bégonhès - St-Sernin-sur-Rance 55 54 Km (1020 Km)

     

    Une courte étape de 54km avant la longue et montagneuse de demain. Quelle stratégie adopter ? Se reposer en courant tranquillement afin de ne pas compromettre l’étape longue ou donner quand même et on verrait le lendemain ?

    La nuit fut froide dans le hangar et le réveil fut difficile car il fallait oser sortir le bout du nez dans la froidure. Je réussis cet exploit puis commençai à m’échauffer en prenant un café et en grignotant quelques pains au chocolat. Les rituels effectués, je repris un second petit déjeuner et finis de ranger mon matériel.

    Le départ donné, je mis quelques hectomètres à m’habituer au frais et comme j’avais prévu de quoi me couvrir chaudement, j’ai rapidement trouvé la température assez agréable. La montée des 5 premiers km me permit de bien arriver échauffé afin de descendre assez vivement vers La Selve. J’étais avec  Alain et Hervé pas loin derrière, nous dévalions à presque 12. Nouvelle montée puis redescente puis montée à nouveau vers Réquista, km19 franchi en 1h50. A la sortie de la ville Alain et Hervé qui m’avaient un peu lâché comptaient une centaine de mètres d’avance que je n’ai jamais pu combler. Cette longue descente de 5km menait à Lincou, km25 (2h23’) et au R2. On était au pied de la longue montée vers le R3, situé au km 35 et accessoirement passage du km 1000 de la Transe Gaule (3h27’). J’étais tout seul, mes compagnons avaient pris trop d’avance pour que je fasse la jonction sans risque. Je les apercevais parfois et constatais qu’ils possédaient plus de 3’ d’avance. Après le R3, le parcours tout en descente menait à Plaisance, km44 (4h18’) et le R4 avait été positionné juste à la sortie de ce village. Ce dernier poste de ravitaillement de la journée me permit de changer ma bouteille vide contre une pleine. Je finis les 10 derniers à un rythme assez soutenu et je franchis l’arche en 5h19’ pour 54km.

    Beau chrono pour une belle étape, à seulement 10’ de mes meilleures des années 2007 et 2008.

    L’enfant sauvage, Victor, nous attendait comme toujours, à quatre pattes l’air de vouloir rugir (c’est une petite statue située devant la salle où nous sommes hébergés. Installation sommaire, mais on a réussi à s’y mettre d’autant plus que beaucoup ont préféré aller à l’hôtel juste en face.

    L’après-midi fut longue à souhait (je suis arrivé peu avant midi) et j’ai pu faire plein de choses et surtout me reposer. Demain c’est du long, du relief accidenté avec plus de 1400m de dénivelé. Aujourd’hui nous n’en avions que 900 environ. la fin, les 11 derniers km sont en descente vers Saint-Pons de Thomières, alors il faudra être fort avant pour se laisser glisser tranquillement vers la vallée.

     

    17/ jeudi 29 août : St-Sernin-sur-Rance - St-Pons-de-Thomières 70 69Km (1090 1089Km)

     

     

    Comme j’avais terminé dans les 12 premiers hier, ce matin je faisais partie du groupe des « 7h30 », ceux qui ont le droit de faire la grasse matinée. Cela ne m’a pas empêché d’être réveillé comme les autres, à 5h et de me préparer comme si je devais partir avec le groupe des « 6h30 ».

    J’ai eu le temps de faire du rangement, de reprendre un autre petit-déjeuner et c’était l’heure du départ.

    Les premiers mètres furent pour prendre une ruelle étroite jonchée de pièges, de descentes courtes mais rudes et même d’une descente d’escaliers périlleuse avant d’atteindre la route. Heureusement pas de blessés.

    Le petit groupe s’étira rapidement et j’en fermais la marche. Pourtant je n’avais pas l’impression de manquer de jus, mais je me fis distancer peu à peu, avec l’impression de voir le train partir sans moi. Je commençais à me poser des questions : pourquoi est-ce que je n’arrive pas à les suivre ? C’est peut-être eux qui vont plus vite que ce que je suis capable de faire ? Enfin, après quelques km, il ne me restait plus en vue et au loin que Mickaël, l’allemand qui est un peu blessé en ce moment, et Jan dont j’ai connu des départs plus rapides.

    Un peu avant le col je commençais à revenir sur les derniers du premier groupe, je leur avais repris déjà 1h et je pensais à eux en imaginant qu’ils allaient passer plus de 10h sur la route. A chaque fois je glissais un petit mot d’encouragement ou je me permettais même de marcher quelques mètres pour bavarder brièvement. Cela me donnait aussi un peu de temps de récupération.

    Le R1, au 1er col (15,5km en 1h36’), me fit du bien, mais mes congénères du groupe 2 n’étaient plus en vue du tout. J’imaginais prendre en fin de journée un gros éclat s’ils continuaient d’avancer aussi vite. La descente vers Lacaune, qui ne commença qu’après quelques km, me fit du bien et j’arrivais au R2 après 2h55’ de course pour 28 ou 29km.

    La suite débuta par une très forte montée que j’effectuais en marchant puis quand le profil s’adoucit un peu je pus alterner course et marche. Il n’y avait que 4km pour atteindre le 2ème col, celui du Picotalen (km32 en 3h21) et la suite devait nous mener à La Salvetat après une longue descente de plusieurs km, seulement interrompue par quelques remontées, des faux plats et le R3 (km40 en 4h02’).

    La Salvetat et son ravitaillement N°4 (km 49 : 4h51) marqua le début de la dernière grosse difficulté du jour. Une longue montée, d’abord dans un chemin très pentu qui permettait de couper quelques lacets (pas ceux des chaussures bien sûr) puis sur la route principale où le trafic des camions et autos était parfois dangereux. Les routiers sont sympas et s’écartent quand ils nous voient, les automobilistes, un peu moins attentionnés.

    L’arrivée au 3ème col, ne marquait pas la fin de la partie pentue (col de la Barraque, km 55 en 5h34), il restait à atteindre le dernier col avant la descente de 10km vers St Pons.

    Au dernier col, je rattrapais Alain qui ne voulait plus trop forcer et qui me demanda si je voulais finir avec lui. Du col du Cabaretou (km 59 en 6h00) à l’arrivée, 10km plus loin, nous avons mis 54’. Dans la descente, je l’ai suivi la plupart du temps et je m’accrochais pour ne pas qu’il soit obligé de trop ralentir.

    L’arrivée franchie avec Alain en 6h54’ me rassura. Je n’avais pas couru en-dedans contrairement à l’impression poussive du début. Je ne bats pas mon record sur l’étape mais m’en approche à 4’ près.

    Une autre étape à 10km/h et ma moyenne générale remonte peu à peu pour passer j’espère demain les 9,5.

    C’est une semi nouvelle étape qui se présente avec l’arrivée à Moussan via le col de Ste Colombe et Minerve. les 30 premiers km sont les mêmes que ceux de l’étape de la TransEurope de l’an dernier. Le reste sera du nouveau sauf la partie du côté de Sallèles d’Aude déjà empruntée par la Transe Gaule. On verra.


    18/ vendredi 30 août : St-Pons-de-Thomières - Moussan 60 Km (1150 Km)

     

    Avant-dernière journée sur les routes de Gaule, qui commence par la longue mais jolie montée vers le Col de Sainte Colombe où je franchis mes 8000km de Transe Gaule depuis 2005. Il y a quelques jours, Daniel Müller avait passé le cap des 10000km de TG. Il ne me reste que 2 TG pour faire aussi bien, mais lui aura continué sans doute, et j’espère, à accumuler les km de TG.

    Au sommet du col, je suis bien, à 10 de moyenne et la descente qui suit se présente à point nommée pour récupérer tout en continuant de faire monter ma moyenne. Au km 13 et quelques, le parcours de l’ancienne TG est quitté et celui de la TransEurope 2012 poursuivi. On passe à Boisset après une longue et parfois vertigineuse route en forte descente, le paysage est magnifique et de temps à autres j’y jette un coup d’œil tout en me concentrant sur ma foulée. Il ne manquerait plus que ça, de se faire mal sur un moment d’inattention ! Le profil s’inverse et on franchit le village de Boisset (km 18 en 1h46’) et le raidillon long qui suit va un peu casser ma cadence. J’alterne course et marche et constate que mes accompagnateurs matinaux continuent peu à peu de se détacher. Mais je cours contre moi-même, éventuellement en jetant un coup d’œil sur les proches du classement (qui n’est pas officiel mais qu’on tient tous plus ou moins, on n’est pas là pour faire du tourisme non plus, c’est une compétition quoi qu’on en dise) et mon objectif du jour est de ne pas en prendre de trop dans la musette (de minutes bien sûr). Mon matelas est épais mais il peut rapidement se dégonfler au vu de la forme olympique de certains en troisième partie de TG. J’essaie de gérer sans maîtriser tous les paramètres, mais ça, j’adore, ça m’oblige à envoyer même quand la fatigue et l’effort constant commencent à faire mal aux jambes.

    Au sommet de cette rude ascension, on débouche sur un paysage grandiose : le Massif de la Clape qui sera au menu demain et la Méditerranée, but ultime de notre périple.

    La descente sur Minerve est un pur régal malgré les imperfections du revêtement et quand Jean Benoît nous a dit qu’on traverserait le village, même si ça allonge le parcours, on en prend plein les yeux : cañon, village très typique aux ruelles étroites, aux boutiques d’art ou d’autres produits locaux, l’ensemble sous des couleurs variant selon l’orientation des rues. Bref quand on en ressort, on est revigoré. Le ravitaillement 2 qui suit permet de lâcher ses émotions et ressentis sur ce beau morceau de course.

    La suite s’avère moins amusante. La Caunette, qui n’a pas de lien de parenté avec Lacaune traversée hier (non, ce n’est pas sa fille)  au km 32 (en 3h10’) puis Paguignan et ensuite Bize-Minervois (km 47, 4h41’) tous ces villages me voient quelque peu en difficultés : je ne pensais pas que ça allait être aussi vallonné, alors je découvre que ce nouvel itinéraire (on a quitté celui de la TransEurope après Minerve) est très accidenté et fatiguant.

    Les km ne passent pas assez vite à mon goût, mais ma patience et mon acharnement vont être récompensés. On atteint le Canal de la Robine puis Sallèles-d’Aude (km 56, 5h40) et ensuite on prend le pont Eiffel duquel on ne descend pas comme auparavant par la gauche, mais par la droite sur une sorte d’arête bétonnée débouchant dans un champ de maïs. Là, c’est de la pure course d’orientation : repérer les flèches, retrouver la sortie de ce qui s’apparente à un labyrinthe végétal sur quelques dizaines de mètres et quand soudain je débouche sur la route en voyant qu’il ne reste plus qu’à peine 2km je commence à me dire que mon étape s’est bien déroulée quand même. Je dois ralentir quelques instants afin de rappeler Mickaël, le coureur allemand de devant qui vient de se tromper de route. Il ne m’entend pas, j’essaie de le poursuivre, mais il est trop loin. J’aperçois Jeanine et l’avertis afin qu’elle puisse le réorienter quand il se sera aperçu de son erreur. J’arrive à Moussan après plus de 6h09’ de course (pour 61km en réalité) et constate que mon matelas a bien fui mais pas de manière si catastrophique que ça. Demain je pourrai donc lutter pour essayer de conserver la majeure partie de mes 44’ d’avance sur mon poursuivant.

    Super accueil à Moussan, repas comme ceux qui ont marqué les festivités de fin de TG les autres années, à la différence près qu’il reste une étape de 40km à courir avant d’atteindre la mer.

     

    19/ samedi 31 août : Moussan - GRUISSAN-Plage 40 Km (1190 Km)

     

    3 départs de programmés ce matin, pas de bagages à faire et à charger dans les camions : on revient ici après l’étape du jour et les congratulations mutuelles de chacun des membres de la caravane, coureurs, bénévoles et accompagnateurs.

    Le soleil brille déjà quand je pars avec le groupe des 12 « meilleurs » de la veille sauf Carmen, autorisée à partir dans le second groupe.

    Mon objectif : ne pas perdre plus d’une minute au km sur ces 40 bornes. Cela paraît facile, mais quand celui contre qui vous jouez est très fort et capable de courir à 14km/h, vous vous demandez combien vous allez en prendre.

    ça part très vite, on est à 12 à l’heure et je suis déjà distancé mais je ne m’affole pas, « il » ne peut pas tout me reprendre aujourd’hui si je maintiens ce tempo.

    Moussan-Coursan, 10,5km en 55’ puis Vinassan en 1h19’ (km15), le R1 rapidement passé le temps d’échanger 1 bouteille vide contre 2 pleines déjà préparées la veille au soir. Les cadors ne sont déjà plus en vue depuis une éternité et je me distrais en pensant au débours que je dois compter à ce moment.

    Viennent les contreforts du Massif de la Clape, au demeurant fort jolie petite montagne, mais qui ne sera pas du gâteau car la pente devient assez pesante et la jonction avec une route à forte circulation rend la course assez périlleuse. Pas ou peu de bas-côtés, beaucoup d’automobilistes qui ne respectent pas les coureurs, qui ne s’écartent pas et qui parfois klaxonnent pour nous témoigner leur mécontentement. Bref, je n’avais sans doute encore jamais vu autant d’abrutis derrière un volant que lors de cette étape. Ils surpassent ceux croisés dans l’Aveyron, c’est vous dire !

    Vivant au sommet, le R2 me permet de remplacer mes anciennes bouteilles par deux nouvelles et de porter mon sac à dos ce qui me libère une main. km 23 en 2h06’.

    La descente et l’arrivée à Narbonne-Plage ne sont pas très plaisantes malgré la beauté du paysage, la mer, les montagnes alentours, mais trop occupé à essayer d’éviter les chauffards, je gâche un peu mon plaisir. Km 27 en 2h26’ et enfin la route bleue, de celles qui vous calment malgré le revêtement un peu rugueux et le manque d’air et d’ombre. Le chemin vers Gruissan est encore long, il reste 13km soit 1h15’ si tout va bien et je commence à payer l’énergie dépensée dans la montée puis la redescente de la Clape.

    Le panneau Gruissan me libère quelques instants avant que je ne réalise qu’il reste encore 5km. 3h10’ pour 35km, j’ai tenu une bonne moyenne, mais maintenant il faut penser à finir vite pour ne pas regretter les atermoiements durant l’épisode des chauffards. Je remets deux ou trois bûches dans la chaudière et attise le feu. Je vois que JB nous fais lécher les bords de l’assiette, il nous fait suivre le tour de la ville le long des étangs sans nous faire couper dans le village. C’est long, c’est difficile, mais ça en vaut peut-être le coup. Quand je suis sur la piste cyclable et que j’aperçois le plot des 2km avant la fin, je remets une accélération pour arriver enfin sur la plage. Là, il reste 200 ou 300m de sable mou à passer et je sprinte presque comme lors d’un contre la montre.

    Quand je passe l’arche, je vois que j’ai conservé pour 7’ ma 9ème place. 10,8km/h de moyenne sur cette étape, ça m’a permis de voir que j’en avais un peu sous les semelles.

    Les embrassades et toutes les effusions de joie qui suivent rendent ce moment encore plus grand. Ma 7ème étoile est gagnée et je réalise ma seconde meilleure traversée de la France (à la moyenne).

    Je ne m’étends pas sur la suite de la journée, j’y reviendrai peut-être plus tard. 

     

     

    à+Fab******€*


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