• Mercredi 6 mai, 18ème étape, Pfunds – Nassereith: 60,1km.

     

    D'abord, je répare un petit oubli non négligeable dans notre vie de tous les jours : nous avons depuis deux jours la visite de Gilbert Codet et de son épouse ainsi que celle de Michel, son frère et de sa femme.

    C'est sympa et on peut recevoir des encouragements à certains endroits des étapes. De plus, Gilbert, en courant, et son frère, à vélo, viennent à notre rencontre en fin d'étape et nous renseignent sur ce qu'il reste à faire et sur les éventuelles difficultés.

    Autres moments sympathiques, les invitations à dîner dans les camping-cars où avant-hier nous avons mangé à neuf. Le couscous "façon Codet" m'a donné des ailes hier et j'avais encore des restes de cet élan aujourd'hui sur cette nouvelle étape alpine.

    Nous sommes partis sous un petit crachin, par un temps pas trop froid, sur une route parallèle à la route principale, utilisée par les lignes de cars scolaires et les résidents des villages traversés. Ces petites bourgades, caractéristiques du Tyrol autrichien, étaient bien agréables à traverser et cahin-caha nous avons passé les deux premiers ravitaillements sans grosses difficultés. Pour vous dire, j'étais à 10km/h de moyenne.

    Là, le profil allait carrément changer : 8,6km de route en montée qui nous a fait passer de 870m à 1504m d'altitude. Parfois, il y avait un pourcentage de l'ordre de 15% où j'étais contraint de marcher comme beaucoup d'autres. J'ai néanmoins rattrapé encore une fois un bon paquet de coureurs plus rapides que moi sur le plat, les laissant à bonne distance dès les premiers hectomètres d'ascension. Au gré des virages je voyais qu'en une heure plus personne ne me suivait de près, par contre devant j'en apercevais certains. Au passage du premier col, ma moyenne avait chuté à moins de 9km/h, soit une montée à 7,2km/h. J'ai alterné course et marche et je me sentais bien. Une fois le col passé, après une légère descente, un second col se profilait, moins pentu et une fois celui-ci lui aussi franchi, j'en profitais même pour faire une boule de neige avec celle que je trouvais sur le bas côté de la route, je remis mon coupe-vent comme les cyclistes qui redescendent des cols pendant le Tour de France. Je l'avais retiré pendant la montée car je commençais à avoir un peu chaud.

    La descente n'est pas mon point fort, surtout avec des portions elles aussi à 15%, alors à chaque foulée j'essayais de contrôler, pour ne pas me blesser. Je ne me fis pas rattraper, en tout cas pas tout de suite. J'avais dû assurer un bon train quand même environ à 9,5km/h de moyenne malgré des arrêts techniques pour retirer les cailloux entrés dans les chaussures et retendre les chaussettes. Jusqu'au marathon environ, j'étais bien et j'avais entamé mon compte à rebours mental habituel "plus que 18km, soit 2h environ..."

    Le parcours à partir de ce moment devint moins agréable, avec plus de circulation, le franchissement d'une vallée où il fallait rester sur ses gardes pour ne pas se tromper de route et guetter les camions et les voitures nous rasant quand ils se croisaient.

    Par la suite, nous avons rejoint une piste cyclable d'abord en dur puis une fois en forêt elle devint caillouteuse. C'était plus agréable que de continuer sur la route. J'ai été dépassé par un gros peloton... de cyclistes. C'étaient des collégiens qui étaient en randonnée avec leurs profs. J'étais à nouveau tout seul, Werner et un coureur venu faire l'étape du jour m'avaient rattrapé et lâché depuis un bon moment, et les autres coureurs de devant s'étaient encore plus détachés.

    Au total, je termine encore à une bonne place, quinzième, et je suis arrivé relativement frais. Pas de blessure, pas de douleurs, seule une ampoule a du mal à sécher et me gêne un peu dans les descentes.

    Du côté des Français, Roger et Alain ont fait l'étape à leur main, souffrant quelque peu des restes de leurs anciennes douleurs, même si Alain disait que l'extérieur de son genou l'avait ennuyé encore une fois. Gérard est arrivé un peu après comme Jean Benoît, mais sans se plaindre. Seul Stéphane avait souffert d'un releveur pendant toute la descente où il fut obligé de marcher pour ne pas aggraver son mal.

    Nicole et Christophe encore en convalescence nous ont bien encouragés à chaque fois qu'on les a vus. J'ai croisé Gilbert à six ou sept kilomètres de l'arrivée, quand j'étais un peu dans le dur, et ça m'a redonné l'envie de relancer pour finir cette étape.

    Au final, encore une belle étape au niveau des paysages, de la météo et de ma gestion de course.

     

    Jeudi 7 mai, 19ème étape, Nassereith (Autriche) – Seeg (Allemagne) : 68,9km officiellement, mais sans doute plus proche des 71km avec les variantes.

     

    L'étape a commencé comme dans un conte pour enfants. Vous connaissez l'histoire d'Hansel et Gretel ? Et bien ce matin, c'est tout juste si on avait voulu nous perdre dans la forêt.

    Nous étions partis depuis quelques minutes sur une route tranquille quand il y a eu une bifurcation prévue nous faisant passer par un chemin au lieu de continuer sur la route qui aurait été dangereuse. Or, dans ce chemin, le balisage avait disparu à une fourche et la tête de course s'engouffra par le mauvais côté et le reste du peloton, à l'image des moutons de Panurge, suivit. Barrière fermée, infranchissable, que faire ? Demi-tour ? Pour aller où ? Nous avons tergiversé pendant plusieurs minutes avant de nous rendre compte qu'une barrière avait été ouverte ce matin tandis qu'elle était fermée hier lors du balisage et le fléchage était donc impossible à voir. Cela commençait bien !

    Par la suite, nous avons dû monter un col, à 1217m, en empruntant au début une voie forestière assez vallonnée puis la route principale où la circulation devenait de plus en plus forte et dangereuse avec un nombre important de camions. La partie en descente fut tout aussi dangereuse et souvent j'ai été contraint de me plaquer contre la rambarde de sécurité car les camions ne me laissaient pas de place. De la folie quoi !

    Heureusement le calvaire prit fin au quatorzième kilomètre où nous avons rejoint une route plus tranquille, bordée d'une piste cyclable d'abord bitumée puis devenant un chemin avec des pierres plus ou moins grosses. Et ce chemin ne fut pas très facile à suivre car, très bosselé, il avait tendance à faire alterner des pentes fortes avec des descentes raides, contrairement à la route qui serpentait toujours avec le même pourcentage.

    Cette partie fut usante, tant physiquement que mentalement car on n'a pas eu une seconde de répit quand il a fallu anticiper où mettre les pieds. Nous avons même eu droit à une déviation qui a rajouté quelques centaines de mètres au périple. Heureusement, mais maigre compensation, le paysage fut très beau, cette partie du Tyrol Autrichien était très verdoyante, et tout autour on apercevait les sommets encore enneigés.

    Nous avons franchi la frontière au kilomètre 51 pour nous retrouver sur une piste cyclable en dur puis nous avons pu admirer la première ville d'Allemagne depuis la frontière, Füssen, que nous avons traversée en empruntant la Promenade Ludwig surplombant la ville. Nous étions entrés en Bavière. Des affiches publicitaires vantant les effets du lait produit dans cette région du sud de l’Allemagne nous le confirmaient à chaque village traversé. La route principale que nous avons suivie par la suite était elle aussi bordée d'une voie destinée aux vélos, piétons et machines agricoles. Il y avait du trafic pendant que nous cheminions à l'écart, en sécurité. La fin d’étape était interminable et comme si ça ne suffisait pas à mon impatience d’en avoir terminé, au dernier ravitaillement on nous fit prendre un autre chemin que la route principale qui aurait été trop dangereuse. En conséquence nous avons dû courir entre un et deux kilomètres supplémentaires et ce, sur des sentiers très vallonnés. Même l'arrivée sur Seeg fut longue et laborieuse, le village apparaissant dès la dernière colline et ne donnant pas l'impression de se rapprocher au fil de notre avancée.

    L'arrivée fut toutefois une de celles qui ont été les plus sympathiques, avec sirène des pompiers et applaudissements des nombreux habitants venus assister aux arrivées. Il y avait même les enfants de la ville, certains portant la tenue folklorique bavaroise. Nous avons été pris en photos, nous avons pu les écouter jouer de la musique avec leurs instruments et les regarder danser.

    J'ai mis plus de huit heures pour couvrir cette étape, mais avec les nombreuses rallonges auxquelles nous avons eu droit, je suis quand même satisfait. Je suis fatigué, mentalement et physiquement, mais ça va quand même car je n'ai pas de blessures. J'ai passé une IRM comme tous les quatre ou cinq jours, et je m'y suis endormi !

    Voilà les nouvelles pour aujourd'hui.

    Demain, étape un peu plus courte, 64,9km, et après, 3 étapes à plus de 80km. Là, il va falloir se forcer à ralentir. On verra bien.

    ****rendu ici

    Vendredi 8 mai, 20ème étape : Seeg – Pfaffenhausen : 64,9km.

     

    Belle étape, tranquille au niveau de la circulation car le parcours nous a fait passer par de petites routes de campagne où s'étendaient de vastes prairies avec des pissenlits. Les collines, nombreuses, dans lesquelles serpentait notre étape, étaient souvent coiffées de bois et de forêts que nous avons aussi traversés.

    Les villages, tous les un à trois kilomètres, nous les avons traversés sous les yeux des quelques habitants déjà levés puis au fil des heures le public se fit plus nombreux. Bon, ce n'était quand même pas le Tour de France et les gens n'étaient pas là pour passer la journée à regarder les coureurs.

    L'activité économique principale de cette région est donc à vocation agricole et à dominante élevage laitier; nous avons vu quelques troupeaux de bovins. Il persiste aussi une forte activité artisanale autour du travail du bois.

     

    Ma journée a été bonne, j'ai effectué un départ prudent car les trois jours qui suivront seront les étapes "eighties" en rapport avec leur longueur : 81,0 km, 80,5km et 82,0km.

    Aujourd'hui il fallait donc faire du jus pour assimiler sans problème la fin de week-end et le lundi en prime.

    Il y a eu une grosse côte d'un kilomètre à un moment de la course où j'ai pris du plaisir à accélérer ce qui, sur ma lancée, m'a fait terminer l'étape de manière un peu plus dynamique.

     

    Nous sommes hébergés dans un immense gymnase où tiennent 3 terrains de basket côte à côte.

    La fanfare du village est là et nous a fait un petit concert juste après le mot du maire.

    Ce soir, le repas est sans doute encore traditionnel, donc copieux et il ne faudra pas faire de vieux os pour trouver rapidement le sommeil.

     

    Demain, Jean-Benoît courra l'étape, sa dernière avant de rentrer en France. Le club France va se retrouver à 6, plus Nicole la femme de Gérard qui tiendra un ravitaillement avec Christophe qui devrait, je l'espère, pouvoir reprendre la course lundi ou mardi.

     

    A bientôt pour de nouvelles aventures, qui seront peut-être moins denses car les étapes vont durer au moins 2 heures de plus si ce n'est pas 3 (pour moi).

     

    Samedi 9 mai, 21ème étape, Pfaffenhausen – Nattheim : 81,0km.

    Nous avons pris le départ sous un temps couvert avec quelques gouttes puis le ciel s'est éclairci. Le soleil s'est levé et le paysage est devenu magnifique, composé de champs ouverts (sans haies) cultivés ou en herbage (toujours avec des pissenlits) enrobés de brume. A l'horizon, s'élevaient des collines boisées pendant que nous serpentions tranquillement dans le petit matin.

    Peu à peu les chants des oiseaux ajoutaient une note musicale à cette longue symphonie que nous étions en train de jouer. Un coucou se faisait entendre comme s'il voulait nous saluer.

    A chaque village traversé, coïncidence de mes temps de passage, les cloches des églises frappaient l'heure ou les quarts d'heure.

    Petit à petit les habitants s'éveillaient et la circulation automobile, jusque-là très faible, devint un peu plus importante, de quoi nous sortir de la quiétude dans laquelle nous nous étions enfermés pour nous plonger en plein stress car les Allemands aiment à faire ronfler leurs puissantes cylindrées surtout sur des routes qu'ils ont l'habitude de voir désertes et non pas envahies par des coureurs aux allures d'"extra-terrestres".

     

    La journée fut longue, longue, longue. Quand on a franchi le Danube, assez quelconque en cette partie de l'Allemagne, on n'avait à peine fait 50km et ... il en restait 30 ! 5h30 de course, il fallait en prévoir plus de 4 de plus. Au poste de ravitaillement N°5, je pris comme d'habitude une soupe chaude avec des pâtes en prenant tout mon temps (4' d'arrêt) et quand je suis reparti je n'avais pas trop envie. C'était la tête qui flanchait alors que je ne connaissais toujours pas la blessure. Je ne savais plus quoi faire pour m'occuper, ni à quoi penser, ni quoi regarder... Ce fut interminable...

    Je repris un peu le contrôle de la situation à une douzaine de kilomètres de l'arrivée car je savais qu'il y aurait encore deux postes de ravitaillement espacés de 6km l'un de l'autre.

    Donc la fin ne fut pas aussi pénible que les heures précédentes. J'avais déjà mis le MP3 depuis plus d'une heure et cela m'a aidé à oublier le temps.

     

    Je suis arrivé, fatigué sur le coup, mais j'ai vite récupéré, je me suis allongé après la douche pendant 1h30, j'ai mangé et bu pour me refaire une santé, j'ai préparé mon matériel pour le lendemain où une autre longue étape de plus de 80km m'attendait.

     

    Dimanche 10 mai, 22ème étape, Nattheim - Schillingsfürst : 80,5km.

     

    Rien à voir avec hier, cette étape, sinon le paysage aussi beau tôt le matin.

    J'avais des jambes, de l'envie, et j'ai tout de suite mis le MP3 pour m'isoler mentalement le plus rapidement possible.

    Et je suis parti, tranquillement, à mon rythme, ne me souciant pas des autres, ni du chrono, ni du road-book, j'avais prévu de regarder de temps à autres où mes compagnons se trouvaient afin de ne pas filer tout droit lorsqu'il aurait fallu tourner. Ma casquette, à l'endroit, bien enfoncée sur ma tête de façon à ne voir que la ligne blanche délimitant le bas côté de la chaussée, je courais sans aucune gêne ni douleur, en parfait équilibre. Cela a duré des heures, entrecoupées d'arrêts aux ravitaillements ou techniques, ou de courtes portions de marche quand l'envie m'en prenait.

    Le paysage m'a beaucoup rappelé la Bretagne du côté de Huelgoat, en fin de première étape de la Transe Gaule, et aussi les contreforts du Limousin. Car cette étape n'était pas plate. Le nord de la Bavière est vallonné et ce n'était pas pour me déplaire.

    J'ai tourné à 9km/h pendant plus de 45km et sur la fin j'avais encore assez de réserve pour continuer à assurer un bon 8,5km/h.

    Au total, j'ai mis près de 30 minutes de moins que sur l'étape d'hier qui était de la même longueur à 500m près. La météo a été aussi belle, un peu moins chaude qu'hier.

    Nouvel accueil avec beaucoup de spectateurs et des musiciens. Des pâtisseries nous attendaient aussi, comme hier.

     

    Pour ce qui concerne mes petits camarades français, ils vont bien, Stéphane a encore bien couru, Roger a accompagné Alain qui va mieux, Gérard a fait l'étape à son rythme.

    Jean Benoît est rentré en France ce matin après le départ de l'étape et Michel et Martine sont aussi repartis chez eux. Il ne reste plus que Nicole et Christophe comme supporters, et encore, Christophe va bientôt reprendre la course.

     

    Demain, 23ème étape, 82,1km. On a déjà fait le tiers de la TransEurope. L'Italie me semble lointaine, comme si c'était l'année dernière. On passe aussi le km 1500 demain.

     

    Afin de donner un autre angle de vue sur les trois premières semaines de course, je copie le CR que Jean Benoît a écrit peu après son retour en France :

     

    « Ben en deux mots, c’était achement bien. Seuls ceux qui ont couru une Transe Gaule, une Deutschlandlauf, une TransEurope, une Trans
    Australia ou une TransAmerica peuvent imaginer comment ça se passe et ce que représente l’acte de repartir en peloton chaque matin pour quelque 70 km de routes inconnues et 6 à 12 heures le nez au vent sur une paire de guiboles pas vraiment neuves.

    Pour les autres, la seule façon de savoir, c’est d’essayer car ça reste assez difficilement descriptible. Ceux qui iront au bout de ce qui représente 4 Transe Gaule mises bout à bout pourront dire par combien sont multipliées les émotions à l’approche du Cap Nord et du soleil de minuit.

    Pour moi, les 3 premières heures dans la quiétude et les pâles lumières du matin étaient toujours les plus agréables. Ensuite, invariablement, je faiblissais physiquement et mentalement et je décomptais alors les km et les
    postes de ravitaillements pour en finir. Souvent la lassitude disparaissait dans les deux dernières heures de course, à l’odeur de l’écurie et du foin frais.
    Pour d’autres comme Gérard Denis qui craint les étapes courtes car, à 65 ans, il lui faut plusieurs heures pour trouver le bon rythme, les étapes longues étaient les meilleures. Gérard part toujours en queue de peloton puis remonte tout ce qu’il peut (« la Chasse aux Jap’ est ouverte ») dans les deuxièmes moitiés d’étape où il se sent toujours mieux.

    J’ai eu 2 étapes difficiles où, endormi debout, j’ai dû marcher plusieurs heures en slalomant dangereusement sur la route. Dans ces moments-là, à 4 ou 5 km/h, j’ai toujours l’impression de subir la même séance de torture mentale et ce qui me permet de tenir est de me dire que j’ai une certaine chance d’être là, de ne pas être blessé, de savoir aussi que ça va revenir tôt ou tard, que je ne suis pas seul sur la route et que je
    dois retrouver le troupeau avant la fin de journée pour avoir le droit de repartir demain. Bien conscient que tout ça ne sert à rien mais que ça fait avancer et qu’avancer est bien le seul but de ce jeu stupide de gamins immatures de 50 ans et plus qui feraient un concours pour savoir qui pissera le plus loin.

    D’un point de vue pratique, cette TransEurope se déroule suivant exactement le même schéma que la DL puisque l’organisateur et la grande majorité de la vingtaine de bénévoles sont les mêmes personnes. Réveille-matin 4 heures, petit-déjeuner (café, thé, lait, pain, beurre, fromage, jambon, salami) sur place dans le gymnase ou à proximité de la salle de couchage à 5 heures, premier départ 6 heures, 2è départ 7 heures pour la dizaine de coureurs les plus rapides de la veille. Postes de ravitaillement tous les 8 à 12 km, le premier uniquement liquide, tous les autres complets, soupette chaude aux pâtes ou au riz bien reconstituante au 4è ravitaillement tous les jours. Pas de ravitaillement ni de Bolino à l’arrivée mais bières et boissons à 1 euro et
    petit snack ambulant pas cher au gymnase (par ex. œuf au plat + saucisse à 2 euros). La plupart des coureurs font de petites courses au supermarket le plus proche lorsque c’est possible. Les arrivées se jugeant toujours devant les
    gymnases (il y a eu 2 entorses à la règle en 21 étapes), le centre-ville est souvent trop éloigné pour y aller se promener.

    Après la douche (chaude, tiède ou parfois froide), l’éventuelle lessive plus ou moins quotidienne (ne pas laver ses chaussettes est selon certains grands sages la meilleure façon de
    protéger ses pieds), les soins si nécessaire, l’après midi, évidemment plus ou moins longue selon la vitesse de course, se passe beaucoup à l’horizontale. Sieste ou relaxation en musique, prise de notes, massages (1 seul kiné, service
    payant, prix modéré), connexions Internet, téléphone copains et famille. Dîner en général à 18 heures, parfois 17 heures 30. En Italie ce fut souvent assez moyen en qualité et variété (pâtes ou pâtes et rarement dessert) mais toujours
    suffisant en quantité sauf la veille du départ à Bari où le Race Direktor Ingo a failli se faire Hara-kiri de honte et à préféré sauver la course et oublier son dépit en plongeant dans la bouteille de pinard.

    Couchage le plus souvent dans des salles de sport, parfois écoles et, c’était annoncé, plusieurs campings au cours de la première semaine (chaque coureur est venu avec une tente). Comme le temps était particulièrement pourri dans le sud de l’Italie, l’organisateur a payé des bungalows à partager à 4 ou 5 coureurs à 3 reprises pour éviter de devoir monter les tentes sous la pluie, une autre fois c’était choix entre un lit à 7 euros ou alors tente sous la pluie. Parfois les salles sont très limites en taille et il faut alors s’entasser les uns contre les autres (c’était le cas hier soir peut-on lire sur les blogs des coureurs). Extinction des feux chaque soir à 21 heures mais beaucoup sont déjà endormis à cette heure-là. Quelques coureurs ont fait le choix de faire suivre un camping-car pour dormir en paix et loin des pets (surcoût non négligeable).

    On pense que Ingo, qui a tablé sur 50% de Finishers comme en 2003, s’attendait à plus d’abandons à ce stade de la course (seulement 12 à ce jour et le plus dur est sans doute fait) et il
    semble qu’il soit actuellement, à une semaine d’embarquer dans le bateau pour la Suède, en train de faire le forcing pour que les abandons incapables de reprendre la course quittent la caravane et rentrent chez eux (c’était prévu
    ainsi dans le règlement : la Trans Europe n’est pas un Tour Operateur touristique transportant des gens en véhicule de ville en ville).

    Ambiance toujours excellente en rapport avec les conditions de vie spartiates et la solidarité de
    ceux qui partagent un quotidien qui n’est pas de tout repos pour personne, coureurs comme bénévoles. La plupart des coureurs se connaissent de longue date pour s’être rencontrés sur la DL ou la TG. Que des gens positifs et tous portés par un objectif commun. Atmosphère saine, pas de télé, pas de journaux, peu de
    nouvelles du monde ni du championnat de foot, pas de fumeurs.

    La traversée de l’Italie fut souvent décevante, entre la désormais fameuse « SS16 » (on peut traduire par Route Nationale 16), parfois franchement dangereuse, la météo fraîche et maussade, et la côte adriatique triste, farcie de béton et de plages aussi peu avenantes pour un Breton que lamentablement privées. Le pompon
    de l’étape la plus démente revient à la 11è qui s’est terminée sous une forte et froide pluie à slalomer sur une route étroite le long de la barrière de sécurité entre les flaques d’eau, les poids lourds et les connards d’automobilistes aux téléphones portables vissés à l’oreille. Un simple coup de patin malencontreux suffisait à se faire aplatir contre le rail. Décor d’apocalypse où quelques inconscients continuent gaiement de courir tout de noir vêtus ! J’ai fini celle-là dans une grosse colère en me disant que ça commençait à bien faire et que j’attendais de voir à quoi ressemblait la suivante pour décider d’arrêter…
    Et puis après une courte mais bonne nuit réparatrice, tu as déjà oublié le cauchemar et tu repars comme un robot.


    Il est étonnant de voir que personne ne vient jamais réellement se plaindre de ces conditions parfois à la limite de l’absurde. Sur ce type de course la règle du jeu est d’être toujours
    capable de s’adapter lorsque les choses vont moins bien (repas trop light, couchage inadapté, route dangereuse, mauvaises sensations, blessure, mal de tête, rhume ou caca mou et tout ce qui peut forcément arriver en deux mois de
    route).
    Après les deux premières semaines de grisaille quasi permanente, la récompense fut à la hauteur pour ceux qui sont revenus en troisième semaine : 7 jours somptueux dans les Alpes (Etapes 14 à 20) entre Tyrol italien, 2 jours
    d’Autriche, sud de la Bavière et arrivée du soleil. Paysages lumineux, fleuris, parfumés, sur pistes cyclables et forestières au milieu des pâturages et
    d’océans de pissenlits agrémentés de petits cols entre 1200 et 1578 mètres pour le point culminant, bref du pur jus de bonheur 100% naturel et bio qui remet la tête à l’endroit et donne envie de gambader sans fin.
    L’unique très mauvais souvenir personnel et traumatisant pour moi restera d’avoir vu à deux
    reprises en deux jours successifs des coureurs (8 exactement et j’ai les noms) franchir des passages à niveau fermés pour éviter d’attendre et de perdre 2 ou 3 minutes. La deuxième fois une Japonaise et un Allemand (quelle déception !) ont traversé la voie sous mes yeux à un endroit avec peu de visibilité juste une petite quinzaine de secondes avant que le train ne déboule à bonne allure, klaxon bloqué. Je peux comprendre l’envie de le faire, pris dans la course, mais
    passer à l’acte rabaisse l’homme au pitoyable état de sportif décérébré. L’accident expédierait son responsable à l’hôpital ou en enfer et c’est un moindre mal, mais aussi probablement l’organisateur en taule et tous les autres coureurs prématurément à la maison. Les deux fois, l’incident m’a gâché toute la journée.


    Oui la TransEurope, en plus d’être une formidable aventure, est sans conteste une course mais la vie en est-elle une aussi où il faut se presser à ce point d’atteindre la ligne d’arrivée ?
     »

     

    Lundi 11 mai 2009, 23ème étape: Schillingsfürst – Prosselsheim : 82,1km.

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    Ces trois étapes à plus de 80km ont laissé des traces. Des abandons, des arrivées répétées hors délais, des blessures qui ne veulent pas guérir, certains commencent à craquer moralement. Physiquement et mentalement, une grande partie des concurrents en a pris un coup, et j'avoue que j'en fais partie même si je ne connais pas encore les affres de la blessure.

    Pourtant la journée avait relativement bien commencé : comme il avait plu toute la nuit, nous nous étions tous préparés à partir équipés de nos ponchos et on s'attendait tous à passer une difficile journée mais, comme par miracle, quelques minutes avant le départ la pluie a cessé.

     

    J'ai remis le mode "musique" dès le départ afin de faire passer le temps plus vite et en effet les 40 premiers kilomètres se sont passés sans que j'aie à trouver le temps trop long. Par la suite, comme la pile de mon MP3 était morte, je n'ai pas souhaité la changer tout de suite, j'ai essayé de trouver autre chose. J'ai pensé à ma famille, à mon fils dont c'était l'anniversaire (19 ans) et cela m'a rappelé l'époque de mes débuts en course à pied. Je n’étais encore qu'un débutant et n'avais pas encore couru mon premier marathon.

     

    Je me trouvais bien positionné en raison d'une vitesse de course de l'ordre de 9km/h ce qui, avec les différents arrêts, me faisait passer au km48 en 5h30' puis au 60ème en moins de 7h.

    Je comptais énormément sur la fin de course pour garder un rythme régulier et commencer à récupérer en vue des étapes suivantes, mais c'était sans compter sur des modifications de dernière minute proposées par Rainer Koch et mises en application sans qu'on en soit informés.

    A Dettelbach, la ville d'où Rainer est originaire, nous avons eu droit à un ravitaillement surprise tenu par sa maman et auquel je ne me suis pas arrêté car trop proche du précédent et le suivant devait se situer à moins de 4km de là. Je préférais refaire le plein au dernier point de ravitaillement surtout qu'il est tenu par Uli, un pasteur, et qu'il y a de la bière qui aide à bien terminer les étapes.

    Dans le village, on nous fit passer par des jolies petites ruelles pavées qui, dans un contexte de fatigue de fin d'étape de 80km, n'étaient pas les bienvenues car aussi fort pentues. Ensuite le parcours emprunta un chemin de terre collante et glissante qui ne permettait pas de courir. Normalement, on aurait dû passer par une route jusqu'à l'arrivée, mais là, de surprise en surprise, nous avons été contraints de courir tour à tour dans des chemins de terre, sur une voie cyclable sableuse, dans des chemins herbeux avec des virages à 90° voire en épingle à cheveux pour contourner les champs ou éviter les cours d'eau. La galère ! Cette fin d'étape était de surcroît fort risquée pour les articulations bien entamées : combien de fois ai-je failli me tordre les chevilles en courant dans des trous !

    Quand je suis arrivé, j'avais le masque des mauvais jours, j'étais en colère que j'ai gardée pour moi et pour les arbres qui ont dû m'entendre exprimer mon courroux de manière assez virulente.

     

    Une fin d'étape à oublier et à ne pas proposer à nouveau aux coureurs.

     

    Mardi 12 mai, 24ème étape : Prosselsheim – Weissenbach, 65,6km.

    Cette étape démarra difficilement pour tout le monde. Les séquelles des 240km avalés en 72h étaient bien présentes et il fallut plusieurs kilomètres pour trouver un rythme de course satisfaisant.

    Ce n'étaient pas les douleurs qui m'empêchaient de courir à l'aise, mais la fatigue accumulée depuis plus de trois semaines et mise en relief avec la triplette des "eighties" de ces derniers jours.

    Il fallait garder toute sa vigilance car le fléchage n'est pas au top et il ne faut pas toujours se fier au road-book qui parfois n'est pas tout à fait correct (cf les variantes "surprises"). Cela n'a pas manqué, certains coureurs se sont trompés de chemin, et moi-même j'ai failli faire la même erreur qu'eux, n'étant repêché que par un coup de chance quand j'ai regardé du bon côté à un carrefour.

    Cette étape était bien vallonnée, avec quelques raidillons casse-pattes et des descentes à plus de 10% dans lesquelles il était difficile de freiner. La météo a été fraiche toute la journée, à peine pluvieuse, et j'ai couru avec mon bonnet et mon coupe-vent fluo par-dessus deux maillots.

    J'ai globalement bien couru, mais je crois avoir effectué ma plus faible moyenne depuis Bari, tout en faisant une place habituelle. Comme quoi, tout le monde semble avoir du mal à digérer les dernières étapes.

    Les hébergements sont aussi assez spartiates. Pour la seconde soirée consécutive nous sommes entassés dans des petites pièces, par exemple ce soir où nous sommes à 7 dans une pièce de 15M² plus un dans un cagibi.

    J'ai eu de la chance d'avoir une petite place, à côté d'une prise de surcroît, et je n'ai pas eu de pluie. Ceux qui sont arrivés 15 minutes après ont eu de la pluie et ceux qui ont encore plus tardé à arriver n'ont pas trouvé de belle place pour s'installer.

    Je pense que les organisateurs n'avaient pas pensé qu'après 3 semaines il resterait autant de participants en course, sans compter tous les accompagnateurs. L'organisation a aussi donné un ultimatum à certains coureurs blessés depuis très longtemps : si vous ne prenez pas le départ de l'étape, vous devez rentrer chez vous. Un japonnais, Kaz, a dû rentrer chez lui car dans l'incapacité de reprendre la course. Pour d'autres, l'ultimatum va arriver à son terme et s'ils ne reprennent pas la course, ils devront aussi quitter la TE-FR.

     

    Voilà les news pour hier et ce soir.

     

    J'espère que par la suite les hébergements seront plus spacieux et que nous pourrons profiter des 9 dernières étapes d'Allemagne.

     

    à+Fab****

     

    Mercredi 13 mai, 25ème étape, Weissenbach – Queck, 71,5km.

     

    Encore une longue étape de passée, une belle étape pour les deux premiers tiers avec un paysage de montagnes ressemblant au Massif Central, en un peu moins haut, mais avec des côtes entre 10 et 17%, et les descentes qui vont avec. Paysage agricole, verdoyant, avec aussi des champs de colza parmi les cultures de céréales et les herbages.

    Quelques forêts aussi qui ont donné une petite note sympathique au parcours.

    Les villages traversés sont devenus au fil des kilomètres assez typiques, certaines maisons ressemblant à celles qu'on peut voir en Alsace.

    Une grande agglomération (Fulda) avec ses maisons à flanc de coteau et sa rivière nous a rappelé que l'Allemagne ce n'était pas que de la campagne. Nous y avons rejoint une piste cyclable qui allait nous mener presque jusqu'à l'arrivée.

     

    Ma course fut sympa, je suis parti prudemment avec une douleur sur le dessus du pied au niveau du gros orteil, mais quand arrivèrent les premières montées (à 10%) j'ai trouvé mon rythme et je me suis "détaché" du groupe avec qui je suis d'habitude. Les descentes au début étaient appréhendées de manière prudente afin de ne pas me blesser et comme je ressentais une légère douleur au pied, il n'y avait pas à forcer.

    La succession pendant plus de 30km de côtes et de descentes n'était pas pour me déplaire et je continuais comme ça mon petit bonhomme de chemin, sans avoir à utiliser quelque accessoire pour me distraire. Aujourd'hui, je n'ai pas trouvé le temps long, sauf vers la fin, les 20 derniers km, mais je me suis forcé à ne pas utiliser mon MP3. Je le garde pour demain, sur la petite étape (64,4km).

     

    Tout va bien, je soigne mon dessus de pied et je suis content car j'ai réussi à m'allonger une heure, à faire sécher mon linge et à préparer mon matériel pour demain.

    J'ai aussi pu répondre aux questions posées par les gars du forum concernant certains petits détails de la course.

     

    à+Fab****

     

    Jeudi 14 mai, 26ème étape, Queck – Waldkappel, 64,4km.

    Jusqu'à présent, je n'aimais pas le plat, les parcours sans relief, un peu comme la première semaine italienne, mais aujourd'hui, j'ai apprécié les longues portions de pistes cyclables sans bosses. Du relief, il y en a eu sur la fin, avec une belle montée à 12% et la descente qui lui correspondait, plus quelques vallons à franchir, mais j'avais assez bien avancé dans l'étape pour ne pas trop piocher quand ces côtes sont arrivées.

    Le parcours depuis le matin avait été tranquille, même la route empruntée sur une quinzaine de km avait été agréable car pratiquement sans trafic.

    J'ai pris mon temps pour partir, comme beaucoup de coureurs qui sont aussi rentrés dans une sorte de seconde phase de la TransEurope, celle où la prudence est de mise au niveau de la vitesse, parce que c'est maintenant qu'on est en train de se préparer à une bonne traversée de la Suède ou à une grosse galère interminable.

    J'ai pris un rythme de 8,5km/h soit 0,5 à 1 km/h moins vite que les étapes précédentes en me disant que j'aurais peut-être plus de réserves sur la fin de la journée. J'ai même fait un long arrêt de 5' pour aller aux toilettes en pleine campagne, et ce n'est pas facile de trouver un petit coin tranquille en plaine, mais j'ai fini par en repérer un.

    Quand j'en suis reparti, une bonne partie des coureurs que je devance habituellement est passée devant moi, mais ce n'était pas un problème car j'avais prévu une étape de "transition", sans forcer, une sorte de régénération avant les 5 suivantes (68/77/70/77/70) qui nous amèneront aux portes de la mer entre l'Allemagne et la Suède.

    J'ai effectué ma petite remontée, sans la rechercher, passant les uns après les autres la plupart des coureurs qui avaient profité de mon arrêt pour tracer la route.

    Mentalement j'étais bien, j'arrivais à penser à tout un tas de choses, à regarder le paysage avec ses champs de colza, de céréales ou d'herbages, avec ses bois et ses villages traversés dans la plus grande intimité.

    A mi-parcours, nous sommes passés par une portion de piste cyclable aménagée et où un parcours d'initiation à l'astronomie avait été installé.

    Dans un virage, il y avait le soleil (boule de pierre de x cm de diamètre, sachant qu'il était représenté à l'échelle 1cm=20000km, faites le calcul) et progressivement au fil du parcours nous sommes passés devant des stèles où étaient représentées les planètes du système solaire, les stèles étant elles aussi distantes du soleil avec la même échelle (ça va vous en faire des calculs pour savoir à combien de km j'ai trouvé Neptune, après être passé successivement devant Mercure, Vénus, la Terre (et sa Lune), Mars, Jupiter (plus grosse boule de toutes celles représentant les planètes, bien sûr), Saturne avec ses anneaux, Uranus et donc Neptune. Pluton n'y figure plus depuis qu'on l'a retirée des planètes du système solaire, mais elle fut citée.

    Cela m'a occupé un bon moment ainsi que l'heure qui a suivi car j'étais en train de penser à quel genre de CR j'allais bien pouvoir écrire le soir.

    Bon, bonne nouvelle, si le cerveau fonctionne encore comme ça, c'est que je ne suis pas encore trop usé par les plus de 1700km parcourus depuis Bari.

    J'aurais même pu vous proposer un autre problème, toujours concernant les planètes : si l'on considère la distance Bari – Cap Nord comme étant celle qui sépare le Soleil de Neptune, lors de quelles étapes avons-nous rencontré Mercure, Vénus, La Terre, etc...

    Pas marrant le Fab quand il s'y met. En tout cas, ça distrait et ça fait passer le temps plus vite, même si les scientifiques me diraient le contraire avec la théorie de la relativité ou une autre.

    Fin du cours de maths-sciences, et revenons à la fin de course.

    Et bien, j'avais des jambes, et une tête qui m'a conseillé de ne pas jouer à faire l'idiot et de rester concentré sur la fin de l'étape sans changer de tempo.

    Je termine frais, 20ème derrière la petite japonnaise Takako qui est la seule que je n'ai pas rattrapée suite à mon arrêt technique du matin.

    Voilà, tout va bien ce soir, j'ai mis de la glace sur mon pied droit qui semble aller mieux et qui ne m'a gêné que lors des grosses descentes à fort pourcentage.

    A bientôt pour un autre CR, et peut-être aussi pour un autre petit exercice de Maths.

    "Oh ! Non, pitié Fab !!", ai-je cru entendre, ah ! Bon, alors plus de maths.

    Biz à tous.

    Fab****

     

    Vendredi 15 mai, 27ème étape : Waldkappel – Ebergötzen, 68,0km.

    Quand la pluie a cessé (tiens c'est drôle, ça me rappelle un CR d'il y a peu) je me suis dit qu'on avait décidément beaucoup de chance pour l'instant car avec ce qu'il tombait encore à 5h au moment du petit déjeuner, on avait tous préparé les éventuels imperméables et autres ponchos.

    Le mien, je l'ai glissé dans la manche de mon coupe-vent afin de le sortir dès qu'il se remettrait à pleuvoir.

    L'étape est partie doucement, comme il est de coutume depuis quelques temps maintenant, sauf Hiroko la japonaise qui a démarré dès la fin du décompte fait par Ingo (en anglais : 10, 9, 8, 7, ...3, 2, 1, GO !). Elle ne veut pas partir avec l'autre groupe car ça lui déplaît de ne pas faire la course en tête. Au bout de 2km, on ne la voyait déjà plus. Les autres, une dizaine de coureurs, sont restés groupés à quelques dizaines de mètres devant moi pendant un bon moment, puis les premières côtes sont arrivées et j'ai décidé de me faire plaisir tout en me testant. J'avais repéré qu'il allait s'agir d'une étape avec du relief, donc des côtes et des descentes à répétition. J'ai remonté tout le monde au train dans les côtes et je me suis retrouvé en tête de ce groupe, non sans avoir eu du mal à dépasser Eiolff le norvégien qui ne supporte pas qu'un "sans grade" lui passe devant, mais sur le coup, il n'a pas pu suivre surtout quand, une fois passé devant lui, j'en ai remis une petite couche, histoire de le calmer. Je dépassais aussi Janne, le finlandais vainqueur de la Transe Gaule 2005. Dans les descentes, j'assurai aussi, mes pieds ne me faisant pas mal, et je conservais mon avance, certes de quelques centaines de mètres seulement, mais ça fait toujours plaisir.

    Bon, comme j'étais le seul poursuivant d'Hiroko que je n'apercevais pas, même dans les rares lignes droites qu'on pouvait rencontrer, j'ai continué à mon rythme. Mes temps de passages n'étaient pourtant pas extraordinaires, 9,5km/h de moyenne au km 10, puis 9,3 aux 20ème et 30ème, puis 9,2 au 45ème. C'est là que je me suis dit qu'il fallait penser maintenant à l'étape de demain et je décidai donc de relâcher mon effort, surtout que je sentais aussi le groupe de poursuivants revenir sur mes talons au prix de ravitaillements beaucoup plus courts que les miens. Ainsi, au poste de ravitaillement N°5 (km 45,5) où je fis une pause "soupe chaude" de près de 5', je me fis rattraper par plusieurs de mes poursuivants qui repartirent des stands avant moi.

    Je les ai gardés à vue pendant plusieurs km avant qu'ils ne me lâchent irrémédiablement au fil des minutes.

    Mais j'étais content, j'avais vu qu'à J+27 j'étais encore capable de monter en pulsations cardiaques et une journée comme celle-là ne peut qu'être bénéfique pour la suite (ça, c'est ma théorie, certainement contraire à celle de beaucoup, mais qui ne tente rien ne peut pas savoir).

     

    Au final, je termine à une moyenne de près de 9km/h, dans les 20 premiers, et je n'ai pas de bobos.

     

    Un stand de vente de saucisses grillées et de gaufres, sans oublier les bières, était installé par le club sportif local, et je m'y suis restauré après une bonne douche et une petite lessive (petite, car le temps a tourné à la pluie lors du dernier quart d'heure de course et je ne savais pas où étendre mon linge).

    A 15h15, j'ai passé mon IRM (du mollet aujourd'hui) afin de voir les pertes en graisses et d'autres modifications depuis le départ.

    Après, je suis allé dans le village trouver une superette et refaire le plein de matériel de lavage ainsi que de nourriture.

     

    Voilà, tout va bien, ce soir j'ai déjà parcouru 1838,4km (sans compter les nombreux détours ou erreurs de parcours) en 213h15' environ.

    Je ne suis pas usé ni mentalement ni physiquement, alors quoi d'autre ? Pourvu que ça dure.

    Demain ça sera une autre histoire, 76,7km.

    à+Fab****

     

    Samedi 16 mai, 28ème étape, Ebergötzen – Gebhardshagen : 76,7km.

    Aujourd'hui, j'ai couru ma 100ème étape en course "Multidays" : 4 TG (= 72) + 28 (TEFR).

    C'est anecdotique, mais ça montre le chemin parcouru depuis mon premier départ de Roscoff, où tout ému j'avais versé quelques larmes dans la Manche peu avant de prendre le départ de ma 1ère TG.

     

    L'étape du jour avait un profil qui s'annonçait vallonné; il n'en fut rien mises à part deux ou trois grimpettes de rien du tout, en tout cas pas de quoi amuser un Fab qui adore attaquer dans les côtes.

    Mais la journée s'est quand même bien passée. J'ai tourné entre 9 et 9,5 km/h pendant plus de 6 heures puis quand j'ai vu que j'avais bien avancé j'ai pensé aux jours qui vont suivre et j'ai terminé en "roue libre" si l'on peut dire.

    Le paysage n'est pas très varié, composé toujours de ses champs de céréales, de colza ou en herbe, ses collines boisées, ses routes serpentant entre les vallons, quoiqu'aujourd'hui nous ayons surtout eu quelques grandes lignes droites. Les villages semblent avoir peu à peu changé en quelques jours, ils ont un aspect légèrement différent bien qu'en ne faisant que les traverser on ne puisse pas vraiment se rendre compte de la réalité de l'impression. Quoiqu'il en soit, j'ai remarqué plus de villages-rues que de bourgs agglomérés autour de leur église et autres bâtiments historiques.

     

    Ce matin, deux coureurs n'ont pas pris le départ, deux Allemands : Hans et Théo. Hans, j'ai couru avec lui la TG et cela m'a fait très mal au coeur de le voir baisser pavillon sur panne mentale. Il n'en pouvait plus et quand le mental ne veut plus, le corps dit non aussi. Théo a sans doute payé ses étapes "euphoriques" lors de la traversée de la Bavière, sa région, où il fut souvent accompagné de copains de club et accueilli à chaque poste de ravitaillement. Mais ça, sur le coup c'est "magique", mais les lendemains peuvent s'avérer très difficiles surtout lorsque vous combinez ça avec une forte gastro entérite.

    Du coup, je gagne deux places au général, mais ma camarade japonnaise s'est bien amusée à son tour à me repousser un peu plus loin alors que je n'étais revenu hier qu'à moins de 5'.

    Pas grave, ce n'est pas Takako que je veux battre, c'est le Cap Nord que je veux atteindre.

     

    à+Fab****

     

    Dimanche 17 mai, 29ème étape, Gebhardshagen - Stüde (70, km) 

    Vous n'aurez pas ce soir un CR "made in Fab" car il n'a pas pu se connecter sur secteur  : il n'y avait pas de prises disponibles. Et oui cela arrive !

    Les conditions d'hébergement pour cette nuit sont assez spartiates : la salle est minuscule (Stéphane et Fab ont dû se dépécher à leur arrivée pour se trouver une place dans (je cite) "cette boîte à chaussure", les douches étaient froides (Roger et Alain ne sont pas douchés. Roger ne voulait pas que sa bronchite s'aggrave!)

    La journée fut bonne malgré les longues lignes droites (Fab préfère quand il y a du relief) et les 19 derniers kilomètres le long du canal de l'Elbe et son chemin caillouteux. Heureusement qu'il y a un peu d'herbe au milieu pour pouvoir soulager les pieds ! Le pire c'est que la course va continuer ce chemin pendant 70 km demain...

    Côté bobos, Fab compte ce soir une ampoule de plus ! (Il pense que ce sont les gravillons des 19 derniers km). Le moral est là.

    Au repas (pris à 17 h 30 !) Ingo a fait un discours de rappel des règles de sécurité et a menacé de disqualifier tous ceux et toutes celles qui ne les respecteraient pas !

    à+Pascale

     

    Lundi 18 mai, 30ème étape : Stüde – Bienenbüttel, 76,9km.

     

    Le réveil de la nuit passée dans la "boîte à chaussures" taille 36 s'est bien passée, la nuit fut bonne aussi. La promiscuité avec Sigrid ne fut pas de tout repos surtout quand elle m'avait réveillé la veille dans l'après-midi pour me dire d'aller manger et je l'ai envoyée se promener car le repas n'était qu'une heure plus tard. Elle n'a pas arrêté de tousser pendant la nuit, mais elle n'est pas la seule, beaucoup de coureurs et d'accompagnateurs sont pris par de gros rhumes ou de belles bronchites.

    Le départ de cette étape, où nous allions passer les 2000 km au km 15, s'est effectué progressivement, chacun mettant plusieurs minutes avant de retrouver une aisance de course "normale". Nous avons commencé par les 1200 derniers mètres de la veille, du canal de l'Elbe à la salle, mais en sens inverse, et lorsque nous avons rejoint à nouveau le canal, on savait que cela allait durer 70km !

    Donc, pas de description du canal, j'ai passé plus de temps à regarder le chemin de gravillons ou de terre et le bout de mes chaussures qu'à admirer le paysage. J'ai au moins effectué une dizaine d'arrêts si ce n'est plus afin de retirer ces petits cailloux qui s'introduisaient dans les chaussures et qui risquaient de me blesser (ampoules) si je les laissais trop longtemps.

    J'ai vu des péniches, des grosses (barges), dans les deux sens, transportant du minerais ou d'autres denrées industrielles. Il n'y avait qu'une écluse que nous avons dû contourner l'espace d'un kilomètre, et plusieurs petits ports avec des bateaux de plaisance. Nous avons pu aussi croiser ces derniers en promenades sur le canal avec des personnes en train de bronzer sur le pont. Il a fait beau, heureusement qu'il n'a pas fait trop chaud avec un petit vent bien agréable rarement défavorable. L'orientation du tracé du canal (vers le nord) nous a procuré un peu d'ombre grâce aux arbres le bordant.

    Je suis arrivé avec Takako, la coureuse japonaise avec qui je suis au coude à coude au classement. Mais on a fait un pacte de non agression, je fais mes étapes en partant plus vite qu'elle et elle me rattrape à la fin. Nous sommes bien calés aux 19ème et 20ème places, avec les coureurs de devant à 7h et ceux de derrière avec à peu près le même retard. Aujourd'hui, le duo suédois a souffert, surtout Andréas que Mattias a attendu toute l'étape en raison d'une blessure à une jambe. Espérons pour lui que demain tout rentrera dans l'ordre et que j'aurai le plaisir de courir avec eux.

     

    Je suis en pleine forme, le physique va bien, pas de douleurs sauf une ampoule difficile à soigner quand il y a des cailloux toute la journée mais qui devrait cicatriser dans les prochaines 48h. Le moral est bon, même si aujourd'hui je me suis demandé quel plaisir on pouvait trouver à courir le long d'un canal pendant des km et des km. Vivement mon bon vieux bitume !

    Demain, étape de 69,5km "seulement" où j'espère continuer sur ma lancée avec une vitesse de course assez agréable.

     

    Hier soir, un vendeur de glaces est venu devant la salle (la boîte à chaussure taille 36) et j'en avais profité pour me faire un petit plaisir : une glace à 4 boules (2,40€)! Ce soir, le restaurant d'à côté en vendait aussi au même prix : je n'en ai pris que trois, mais c'était tellement bon !

    Le must serait d'avoir des crêpes, mais là, il ne faut pas trop rêver. A la place on a de la goulash que je commence à ne plus supporter, heureusement qu'après ma course je suis allé dans le camion de Nicole et Gérard me restaurer avec nos aliments personnels que Nicole s'occupe d'acheter avant qu'on ne soit arrivés.

     

    à+Fab****

     

    Mardi 19 mai, 31ème étape, Bienenbüttel – Trittau, 69,5km.

    Retour sur la route pour cette longue étape, mais qui reste quand même dans la moyenne qui est de plus de 70km par jour.

    Nous sommes partis dans le grand silence qui règne sur les villages de campagne, sur une route quasi déserte, avec de nombreux passages dans des zones boisées. Une petite brume persistait dans les champs que le soleil éclairait déjà depuis plusieurs minutes. Plus on monte vers le nord, plus il se lève tôt.

    Nous avons franchi rapidement un pont sur le canal latéral de l'Elbe, notre copain de la veille le long duquel on a tourné et tourné mille pensées dans nos têtes de coureurs un peu usés par sa longueur.

    Par la suite, nous avons emprunté une piste cyclable nous permettant de ne pas avoir à anticiper le passage des autos qui au fil des heures se faisaient plus nombreuses : les gens partent au travail tôt, avant 7h et doivent embaucher entre 7 et 8.

    Après plus de 30km, nous avons traversé l'Elbe, le vrai fleuve, pas sa dérivation, et nous avons pu admirer le long de ce fleuve majestueux une non moins belle ville : Lauenburg. Nous avons d'ailleurs traversé une partie de cette ville par des ruelles pavées et fort pentues.

    Une fois rendus sur les hauteurs, les routes se firent à nouveau plus droites et les villages plus espacés. Parfois une piste cyclable parallèle à la route nous menait tranquillement au village suivant et nous procurait un peu d'ombre bienvenue sur les coups de midi où le soleil se faisait sentir plus fortement.

    Il y avait quelques nuages de beau temps, un léger vent à peine perceptible mais néanmoins rafraîchissant et à cette heure de la course, l'objectif était d'atteindre le prochain point de ravitaillement.

    On en eut un "surprise" au km 50 (à Schwartzenbek) mais je ne m'y suis pas arrêté car "programmé " pour le suivant 4km plus loin et le précédent où j'avais dégusté une bonne soupe salée n'était lui aussi qu'à 4km.

    C'est comme toujours à ce moment de l'étape, où j'ai assuré 6h à 9km/h que j'ai commencé à mollir un peu, mais comme je suis habitué, je n'ai pas eu à m'inquiéter, juste à recalculer mes temps de passage prévus et mon heure approximative d'arrivée.

    J'étais donc reparti pour finir à 14h, soit après 8h de course.

     

    La ville étape, Trittau, nous a réservé une belle surprise : quand je suis arrivé dans le centre ville, à 1500m de l'arrivée, on annonça mon nom, en fait ils ont annoncé celui de Gérard mais je n'oubliais pas de faire corriger l'erreur, puis deux collégiennes sont venues courir avec moi munies de petits drapeaux français. Nous avons donc couru ensemble jusqu'à l'arrivée où une grosse animation nous attendait : musique, micro, goûter, spectacle de gymnastique effectué par des enfants, mini-concert rock, chorale... La totale quoi !

    Sans doute le meilleur accueil depuis Bari.

    Le repas du soir fut aussi très bon, avec des boulettes de viande à la sauce piquante accompagnées de riz. Comme dessert, on a pu terminer les gâteaux proposés au goûter.

     

    Voilà une étape comme je les aime.

    Demain, 44km seulement, on a donc droit à une grasse matinée jusqu'à 4h30 au lieu de 4h.

     

    Stéphane m'a demandé d'ajouter ce message à toutes les personnes qui veulent aller sur son site mais qui n'y parviennent pas : "Personne ne peut aller sur le site et il ne peut pas l'alimenter, il va tenter de résoudre le problème."

    Les 4 autres copains du club des frenchies vont bien.

    à+Fab****

     

    Mercredi 20 mai, 32ème étape : Trittau – Bad Segeberg, 44,0km.

    L'étape la plus courte, avec l'ultime au Cap Nord, devait permettre soit de se reposer en y allant tout doucement sans forcer, soit de faire comme d'habitude c'est à dire de courir à sa vitesse "normale" soir de se tester en fonçant un peu. Vous devinez l'option que j'ai rapidement choisie pendant cette étape.

    D'abord, j'avais plein de trucs auxquels penser, concernant les mésaventures de ma petite famille dont je suis loin en ce moment et pour plus d'un mois encore.

    Cela a commencé lundi quand Pascale a renversé un cycliste en allant travailler, je me suis imaginé ce qu'elle avait dû ressentir, mais la jeune fille renversée n'a pas été blessée. Le plus difficile fut sans doute d'aller travailler après et de contacter l'assurance, de visiter le garagiste pour l'expertise ...

    Second soucis : la chaudière qui est tombée en panne et comme c'est moi qui gère ça d'habitude, je pense que Pascale a encore dû avoir beaucoup de courage et de patience pour entrer en contact avec le dépanneur qui n'était pas disponible tout de suite.

    Troisième soucis : plus de connexion internet à la maison, donc plus de téléphone non plus. Pascale a "bouffé" son forfait de portable à essayer de résoudre le problème avec l'opérateur.

    Quatrième chose à laquelle j'ai eu le loisir de penser : le devis proposé pour changer les gouttières à la maison, ce qui dans le budget va faire un bon trou.

    Il y a d'autres points concernant la vie en France qui m'ont aussi interpellé, comme le permis de conduire que mon fils, Lorris, va bientôt passer, les résulats de ses partiels, le stage de ma fille...

    Bref, j'avais de l'occupation aujourd'hui ce qui peut expliquer la suite de ce CR.

     

    J'ai commencé tranquillement, pour m'échauffer et sentir le terrain : on est parti à 6h30 au lieu de 6h, cadeau de l'organisation, et le jour était déjà bien levé. Une belle journée ensoleillée se préparait. La route était calme, la piste cyclable bordée d'arbres et de buissons qui donnaient à cette matinée un caractère champêtre malgré le revêtement en bitume.

    Les premiers kilomètres avalés à bon rythme, mais sans plus, m'avaient "ouvert l'appétit" et quand j'ai vu que je revenais sur quelques coureurs partis plus vite que moi, je me suis amusé à hausser le tempo, de les dépasser et de les laisser sur place. Je tournais soudain à plus de 10km/h et je me sentais capable de continuer ainsi des kilomètres. Au fil des postes de ravitaillement j'ai vu que derrière j'avais fait le trou, personne ne profitait de mes courts moments de pause pour refaire la jonction.

    La suite fut du même tonneau, un peu moins vite quand même, ayant repris une allure moins risquée (entre 9,5 et 10km/h) mais efficace. Le parcours était varié, avec de tout petits reliefs, des villages à traverser ainsi qu'une ville moyenne (Bad Oldesloe) où la circulation m'obligea à attendre parfois aux feux tricolores que le piéton soit vert avant de passer car si on se fait prendre à "griller" un feu, on risque d'être pénalisé (avertissement) voire même "fired" exclu de la course en cas de récidive. Alors, j'ai fait celui qui respecte le code du piéton, même si c'est pénible car d'autres derrière (ou devant) ne se gênent pas à prendre des risques.

    J'ai donc perdu mon bon rythme et il m'a fallu plusieurs minutes avant de retrouver la même aisance qu'avant.

    L'avant-dernier ravitaillement, celui avec la soupe de la femme de Thomas, je ne l'ai pas zappé : ça me porte chance depuis le début, ne tentons pas la malchance et faisons comme d'habitude. Il ne restait plus que 16km à ce moment de la course et je ne voyais toujours personne revenir dans mes rétroviseurs, pas même les coureurs qui partent une heure après et qui immanquablement me reprennent leur retard avant la fin de l'étape.

    Et bien aujourd'hui, malgré un ultime arrêt bière chez Uli lors du dernier ravitaillement-rituel lui aussi, je ne me suis pas fait croquer !

    Rainer est arrivé peu de temps après moi, mais ne m'a pas repris l'heure de décalage.

    Je termine à la 14ème place en 4h28' et je suis satisfait car j'ai allié le plaisir à la course, j'ai réussi mon petit test de forme et de vitesse. C'est là que je vois l'utilité de tout le travail acharné de fractionné sur route ou sur piste que je m'enfile en hiver et au début du printemps. Je possède une petite réserve de vitesse qu'il fait du bien de mettre à l'épreuve de temps à autres.

     

    Stéphane a fait une nouvelle belle étape et finit avec Hiroko en 4h18' environ à la 10ème place. Roger et Alain ont fait aussi une belle étape, plus prudente que la mienne, mais avec autant de plaisir je pense tout comme Gérard. Christophe aussi a terminé l'étape, un peu "déboussolé" de n'avoir pas couru plus longtemps que ça (6h environ).

     

    Demain, l'étape nous emmène à Kiel, fief du Hand-Ball européen où jouent (ou ont joué) plusieurs internationaux Français.

    Nous arriverons sur le port, je pense, puis nous monterons vers 15h dans le ferry avec nos sacs spéciaux fournis par l'organisation dans lesquels nous aurons mis nos affaires de toilette et celles utilisées pour la première étape suédoise qui partira de Göteborg vendredi.

    J'essaierai de transporter l'ordinateur afin de pouvoir me connecter sur le bateau, mais rien n'est moins sûr.

     

    Bilan : tout baigne, paré pour la der des der en Allemagne.

    à+fab****

     

    Jeudi 21 mai, 33ème étape, Bad Segeberg – Kiel : 55,1km.

    Je suis installé sur mon lit dans la cabine du ferry sur lequel j'ai embarqué à 15h.

    Mon étape s'est terminée vers midi, soit après 6h06' d'efforts et je suis arrivé en même temps que Takako qui m'a accompagné les 10 derniers kilomètres.

    Cette étape fut agréable à courir au niveau des paysages rencontrés et les routes, pistes cyclables ou chemins tranquilles empruntés étaient très ombragés et nous avons eu droit pendant plusieurs heures à un concert de chants d'oiseaux. Quelques petites bosses assez faciles à monter, laissant apparaître à chaque fois un nouveau paysage, faisaient changer le rythme de notre progression. Des lacs, des champs, des collines, beaucoup de haies... la variété fut grande et nous avons eu de quoi nous distraire.

    En ce qui concerne la forme, c'était bien au début puis c'est devenu plus poussif par la suite. La difficulté des étapes courtes tient au fait qu'on se dit qu'elles ne dureront pas longtemps, mais quand on y est, il faut quand même assurer la course. Alors au bout d'une trentaine de kilomètres, j'ai commencé à ne plus avoir de bonnes sensations. Il se peut que ce soit la belle étape d'hier qui se rappelait à mon bon souvenir aujourd'hui.

    Je n'avais pas de douleurs particulières, mais je n'étais pas "à l'aise" comme d'habitude. J'ai pris mon temps et comme Takako se trouvait dans le coin, je me suis résolu à finir la course avec elle, ce qui n'était pas pour me déplaire et inversement. Pas d'attaque aujourd'hui ! On reste sur nos positions.

     

    L'arrivée eut lieu sur les quais d'embarquement des ferrys où tous les véhicules de l'organisation attendaient. J'ai récupéré mon sac spécial pour le bateau, donné hier soir par Ingo, j'ai pris un petit goûter et une collation dans le camion de Gérard, puis je me retrouvais avec plus de deux heures à ne pas savoir quoi faire. Quelques coureurs commencèrent à se déplacer avec leur sac et je les suivis pensant aller dans une salle pour me reposer, mais en fait il s'agissait d'un déplacement pour rejoindre un restaurant où la mairie de Kiel nous offrait un goûter. De bons gâteaux, du café, de l'eau pétillante, encore des gâteaux (oops !) en tout cas un bon moment de repos. Après, je suis retourné vers le quai et on nous indiqua qu'il y avait une salle où nous pouvions prendre une douche. Il me restait plus d'une heure, j'en profitai pour me laver et me changer car ce n'est pas agréable de rester avec sa tenue de la journée de course sur soi.

     

    Par la suite, nous avons embarqué et c'est donc pour cela que je peux vous écrire ce CR.

     

    Briefing du commandant du ferry à 17h suivi d'un "snack" et départ à 19h.

    Arrivée prévue demain matin pour un départ d'étape à 9h.

     

    Tout va bien encore une fois pour moi, ainsi que pour les autres français. Seul petit bémol, Alain a dû aller consulter un dentiste en raison d'une rage de dents. Maintenant ça semble aller mieux, mais il a des médicaments à prendre pendant 2 semaines.

     

    à+Fab****

     


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  • Dimanche 19 avril, 1ère étape, Bari – Barletta : 57,0km.



    La nuit fut courte. La chaleur de la salle, l’excitation et la peur mêlées, les divers bruits pourtant habituels d’un gymnase accueillant des coureurs la nuit précédant le départ d’une course avec ses ronflements, ses levers nocturnes pour aller aux toilettes, ses tâtonnements et « trébuchements » dans les pieds des dormeurs installés un peu partout dans la salle et sur le chemin des sanitaires… Ce sont tous ces petits moments qui ajoutent du piment à l’aventure. Mais quand on a vraiment envie de dormir, on s’en passerait. Et puis quelques sonneries de portables ou de réveils se mettent à jouer, certaines trop tôt par rapport à l’heure du départ, d’autres trop fortes et assez peu mélodieuses. Des frontales envoient des traits de lumière sur cet étalage de dormeurs, un peu comme des phares sur la mer. Enfin, cette impression de n’avoir pas assez dormi, compensée par le fait qu’ « on y est enfin ». Le silence de la préparation de chaque coureur est à peine troublé par des conversations chuchotées. Un coureur, un rituel, chacun observant son voisin d’un œil intéressé, amusé parfois de voir qu’on reproduit les mêmes gestes à l’identique ou qu’au contraire on procède de manière différente. On apprend beaucoup à observer les autres et on se dit que les autres aussi vont apprendre de nous. L’expérience se forge de cette manière.

    Le petit déjeuner avalé, ce sont les derniers préparatifs, ceux qui conditionneront la course et l’après-course. J’ai pris l’habitude, avec mes nombreuses étapes passées, de préparer dès le matin mes affaires afin que, le soir après l’arrivée, je ne sois pas obligé de farfouiller partout dans mes sacs et valise pour trouver ma trousse de toilette et ma tenue de rechange. Pour cette première étape, il ne faut pas oublier le rituel du crémage et du pansage afin de ne pas avoir à le regretter pendant l’étape et le soir sous la douche.

    Une fois tout rangé et bouclé, on charge nos bagages dans les camions. J’ai préparé mes bouteilles depuis un moment, j’ai placé l’appareil photo et quelques autres fournitures dans ma banane et maintenant je suis prêt à affronter la Grande Aventure.

    Nous nous rendons progressivement derrière le stade, sur un vaste parking situé un peu sur le côté. Tous les coureurs se font prendre en photo soit seuls, soit en groupes par nations, soit entre copains, sous la banderole de départ. On sent une atmosphère particulière, comme si on allait tous se quitter pour effectuer un long voyage en solitaire, comme une transat en bateau par exemple. J’ai toujours comparé mon envie de courir loin et longtemps aux navigateurs solitaires se lançant dans de longues traversées d’océans à la voile. C’est du moins l’impression que j’ai et c’est aussi ce à quoi j’aspire : être seul face à moi-même, ne compter sur personne, me débrouiller tout seul. Pas besoin des autres, ne pas tenir compte du classement, faire ma course à mon rythme.

    Ingo, l’organisateur, après avoir fait un petit briefing entame le décompte en anglais: “Ten, nine, eight, seven, six, five, four, three, two, one, go !”. Ce sera le rituel quotidien.

    Les premiers hectomètres me donnent de drôles de sensations, tantôt euphoriques, car ce départ était tant attendu depuis de longs mois que je me lâche un peu émotionnellement parlant, tantôt nostalgiques ou avec un sentiment s'en rapprochant : on vient quand même de démarrer une sacrée aventure où on va passer par toute une panoplie d'états plus ou moins désagréables à supporter. Je connais ma résistance aux efforts sur une durée de 18 jours, qu’en sera-t-il de cette succession de 64 étapes ?

    La première partie d'étape nous fait emprunter la route du front de mer puis une route parallèle à la SS16, ce qui est assez tranquille pour un début d’étape. Il fait quand même déjà chaud, ou lourd plutôt, et je sens bien qu'au niveau des pulsations cardiaques je suis déjà au-dessus de ce que j'avais prévu. Mais je ne vais quand même pas commencer à marcher ! Le plus étonnant c'est de voir plusieurs coureurs et coureuses, que je sais moins rapides pour les avoir rencontrés sur mes différentes Transe Gaule, partir devant et me distancer. Je ne suis pas une référence, mais il y a des comportements pour le moins assez étonnants et suicidaires au vu des plus de 4000 kilomètres à parcourir lors des neuf prochaines semaines. Mais chacun gère sa course comme il l'entend et viendra bien assez tôt le temps des blessures et des regrets. L’expérience montre que sur ce genre de course, il ne faut pas regarder les résultats antérieurs des autres coureurs sur d’autres distances et se dire qu’on est meilleur ou moins bon sur marathon, sur 100km ou sur 24h. Ici, tout est remis en question. Bien sûr qu’un gars valant 7h sur 100km a de fortes chances de terminer loin devant un autre mettant plus de 10h sur la même distance, mais personne n’est à l’abri d’une blessure, d’un jour sans, d’une maladie…

    Pour être certain de me modérer, je m’arrête prendre des photos, mais je me rends compte que l’appareil est gênant, en tout cas son utilisation n’est pas facile et je ne veux quand même pas perdre trop de temps à bidouiller les réglages et effectuer des poses trop longues. Certaines risquent donc d’être floues. On verra ça ce soir avec l’ordinateur si j’ai le temps de les transférer.

    La seconde partie de l'étape s’avère assez difficile parce que ponctuée de traversées de villes - Giovinazzo, Molfetta et Bisceglie - à l'heure de la messe puis à midi, nous obligeant à effectuer de nombreux slaloms entre les voitures sur la chaussée et les piétons sur le trottoir. Tout ça ne facilite pas l’adoption d’un rythme régulier.

    Je ne connais pas de bobos jusque-là, juste une période de malaise ponctuée d’un arrêt de quinze minutes après le ravitaillement de la mi-course pour récupérer de maux de ventre et d'une légère montée de la fréquence cardiaque. Je m’allonge alors sur un petit parapet et laisse passer mes vertiges pendant que des coureurs me demandent si tout va bien. Une fois passé ce moment désagréable je reprends la course et décide d’adopter un rythme tranquille.

    Mais la fin de cette première étape se fait attendre, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous : les lignes blanches et les panneaux stop ne servent que de décoration, je l’avais découvert le soir de mon arrivée à Bari. Les limitations de vitesse ne sont pas respectées. J’ai l’impression que les panneaux indiquent les vitesses en miles. Les agglomérations étirées sur le littoral ne contribuent pas à donner le sentiment d’avancer : sept kilomètres pour traverser Trani, cinq presque entre l’entrée dans Barletta et l’arrivée au stade. La hâte d’en finir se fait de plus en plus pressante.

    Quand j’arrive, je franchis l’arche en 6h28min54s à la moyenne de 8,8km/h, à la 39ème place sur 67 partants, en compagnie de Jean-Benoît, d’Ullrich Zach, de Klaus Wanner et d’un autre coureur. Je suis néanmoins content de ma journée et soulagé d'avoir terminé sans gros soucis, mise à part ma petite montée d’adrénaline en milieu d’étape. Ma fréquence cardiaque moyenne pendant la course a été de 137 avec un pic à 192 pendant les treize minutes qu’a duré ma tachycardie. Ces sensations toujours désagréables quand il s’agit de la première étape – je connais tous les ans la même difficulté lors de l’étape d’ouverture de la Transe Gaule – m’ont bien conforté dans ma logique de prudence. J’ai aussi testé les ravitaillements et constaté avec regret et étonnement qu’il n’y avait pas de sucre à disposition des coureurs sur les tables : uniquement de l’eau, des jus de fruits, Ice Tea ou cola. Moi qui ne carbure qu’à l’eau sucrée, je vais devoir revoir mon système de ravitaillement : acheter du sucre et en emporter avec moi. Cela fera du poids supplémentaire et m’obligera à aller en acheter dès le soir après l’étape. L’alimentation solide était composée de toasts de charcuterie et fromage, de barres de céréales, de fruits secs ou frais et de gâteaux secs et gaufrettes. Le premier ravitaillement, au dixième kilomètre environ ne proposait que du liquide et il faudrait prévoir tous les jours d’emporter une ou deux barres énergétiques pour atteindre le second poste de ravitaillement sans risque de fringale.

    L'installation dans la salle, la douche, le lavage du linge et la préparation de la tenue pour la seconde étape sont les premières choses que je fais après mon arrivée, tout comme boire une bière pour épancher ma soif. Je me mets aussi à la recherche de bouteilles d’eau comme il est naturel d’en trouver après les courses, mais là, rien ! Obligé de boire de l’eau du robinet – non sans risque – ou d’en acheter, chose facile en soi quand les commerces sont à proximité, mais le site d’arrivée est assez distant du premier centre commercial et après une première journée quelque peu éprouvante, l’envie de marcher est moindre. D’habitude, je bois entre deux et trois litres d’eau après la course, là, ça ne me donne pas envie de boire autant d’eau des robinets des sanitaires. Ajouté au fait qu’il n’y aura pas de sucre aux tables de ravitaillement pendant 64 jours, ça fait quand même deux contre temps, des choses pourtant tellement évidentes quand on a affaire à des coureurs d’ultra. Dans les magasins, il n’est pas facile de trouver de l’eau plate, les Italiens préférant l’eau « frizzante », c'est-à-dire pétillante, et le sucre n’est pas vendu sous la même forme qu’en France où on le trouve en morceaux.

    Je trouve une prise de courant, difficilement car beaucoup de coureurs ou de membres de l’organisation ont aussi besoin de recharger leurs appareils, montre, GPS, photos, MP3 et j’en passe et je réussis à écrire mon C.R. que je peux envoyer à Pascale et à Emmanuel.

    Bonsoir,
    6h29', seconde partie difficile car traversées de villes à l'heure de la messe et du midi à slalomer entre les voitures et les piétons sur le trottoir, ça ne facilite pas le rythme.
    Pas de bobos, juste un arrêt de 15' après le ravito de mi-course pour récupérer de maux de ventre et de légère montée de la fréquence cardiaque.
    La fin, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous (les lignes blanches et les stops ne servent que de décoration!) et les limitations de vitesse ... On dirait que les panneaux donnent les vitesses en miles.
     Demain, même chose en plus long 69,3km contre 57 aujourd'hui. 
    Un peu de pluie avant le départ, quelques gouttes en cours de route, mais en général temps moite mais quand même agréable avec un vent dans le dos pour finir.
    Stéphane termine loin devant, Jean-Hervé à 1km devant lui aussi, moi avec Jean Benoît, Gérard un peu derrière et le groupe des jumeaux avec Roger un petit peu plus loin.
    Mais tout le monde va bien.

    à+Fab****

    Demain, la même chose en plus long nous attend, ai-je écrit, 69,3km contre 57,0km aujourd’hui. On verra bien au départ s'il subsiste des séquelles de cette première marche vers le Cap Nord.

    Lundi 20 avril, 2ème étape, Barletta – Foggia : 69,3km.

    Tout le monde va bien, j’écrivais hier, mais en réalité l'Italie c'est un peu le gros bordel. On est sollicité à gauche et à droite, on n’a pas ou peu de temps pour se reposer. A côté, la Transe Gaule, c'est les vacances. En plus, pas de cartes postales, je ne peux donc pas écrire aux écoles et à la famille ! Un peu frustré de ce côté-là, donc je me contente de rédiger mon C.R. quotidien.

    L'étape du jour fut longue, monotone et parfois dangereuse à cause de la circulation.
    Ça a pourtant été, j'ai géré les cinquante premiers kilomètres puis j'ai essayé d'aller un peu plus vite. Les jambes étaient lourdes à la fin, alors que le matin, au départ, c'était comme si je n'avais pas couru la veille !

    J’ai fini à la 31ème place en 8h01’28’’ à la moyenne de 8,63km/h et je suis passé au 36ème rang au classement général. Si certains disent qu’ils ne le regardent pas, sans doute un peu hypocritement, moi j’avoue consulter le classement, tant celui de l’étape du jour que le classement général. Je ne suis quand même pas là non plus pour faire du tourisme et sans parler de faire le zouave et me griller prématurément, je sais que je vais essayer de donner le meilleur de moi-même. On ne peut pas changer de tempérament comme ça du jour au lendemain.

    J’ai décrypté les données de mon cardio et j’ai observé que mes arrêts aux postes de ravitaillement duraient à chaque fois de deux à cinq minutes et donc que pour cette seconde étape j’avais stoppé dix-sept minutes au total pour l’ensemble des sept postes, sachant que je ne me suis pas arrêté au premier, trimballant dans mes mains de quoi boire pendant deux heures environ. Tous les soirs, je prévois de faire un petit bilan de ma journée en consultant et étudiant mes temps de passage aux points de contrôles, en l’occurrence les postes de ravitaillement qui sont disposés relativement précisément par rapport aux indications kilométriques du road-book.

    Après cette seconde étape, on a théoriquement trois jours d’hébergement en camping à suivre, donc sous la tente, j'espère donc que le temps sera comme sur la fin de l'étape avec du soleil et une relative douceur : 21° à l'ombre ! Mais la petite pluie qu'on a eue pendant deux heures et la température assez fraîche du début n’auraient pas été les malvenues si elles ne nous avaient pas obligés à prendre le coupe-vent avec nous. Si on devait avoir du vent autant qu'il soit à nouveau dans le dos ce qui pourra aussi nous aider à bien finir.

     

    Mardi 21 avril, 3ème étape, Foggia- Campomarino Lido : 72,2km.


    Très longue étape que cette troisième journée de course de la TransEurope : 72,2km et une grande partie sur la SS16, une sorte d'équivalent de la N137 ou même de la N20. Que de camions et de voitures ! Et dire que le soir il nous en resterait encore plus de 500 km à subir de cette SS16 !

    La journée s'est néanmoins bien passée, j'ai mis 8h22min. La fin, comme la veille, fut un peu difficile avec les longues lignes droites et le réflexe quasi permanent de mettre la main sur la casquette pour éviter d'aller la ramasser sur les bas-côtés : comme dirait l'autre, "ça décoiffe les camions !". Surtout que certains passaient très près de nous quand même.
    J'ai couru en solo toute la journée sauf pendant la dernière heure où j'ai terminé avec mes deux copains suédois Matthias et Andréas. Je les avais en point de mire depuis près de quatre heures et je ne les ai rattrapés qu’au dernier ravitaillement à dix kilomètres du but.
    Je ne me suis fait dépasser, une fois la course lancée et les plus rapides partis devant, que par les coureurs du haut du classement, les dix premiers, qui avaient un départ plus tardif, une heure après le peloton, en raison de leur plus grande vitesse de course.
    Seul bémol à la journée quand à un kilomètre de l'arrivée, on nous a fait prendre un raccourci sous un pont de chemin de fer, mais comme le chemin était inondé, nous avons été contraints de mettre les pieds dans l'eau jusqu'aux chevilles ! J’étais bon pour trouver du papier journal afin de faire sécher mes chaussures.

    Une surprise nous attendait une fois passée la ligne d'arrivée et après les congratulations réciproques entre coureurs : on nous annonça qu'il y avait des bungalows dans lesquels on était hébergés ! Pour une bonne nouvelle, c'était en effet une bonne nouvelle. Pas besoin de monter la tente.
    En fin d’après-midi, Nicole, la femme de Gérard, avait acheté des saucisses et des barbecues jetables : nous avons fait une grillades-party juste avant le repas de 18 heures.
    Les bungalows avaient des douches et des prises de courant, on pouvait donc se connecter.
    Je suis allé grignoter et quand je suis revenu j'ai pu envoyer mon compte-rendu ce qui était aussi une façon de refaire le bilan de la journée avec un peu de recul.

     

    Mercredi 22 avril, 4ème étape, Campomarino Lido - Torino di Sangro : 62,2km.

     

    J’avais laissé mes coordonnées au correspondant du journal Ouest-France de ma commune de résidence et je lui avais dit que de temps à autres je lui enverrais un compte-rendu. Le soir, après l’étape, je lui ai donc écrit le texte suivant, envoyé par mail, répondant au sien dans lequel il me posait quelques questions :

    « Bonsoir Mr S.

    La 4ème étape de Campomarino à Torino di Sangro (62,2km) s'est bien passée, les paysages changent peu à peu au fil de notre remontée vers le nord.

    Aujourd'hui nous avons retrouvé le bord de mer, et vu des torrents se jeter dans l'Adriatique charriant de la boue et des branchages. L'eau du bord de mer de cette région touristique en est toute marron. J'ai l'impression que plus on remonte vers le nord, moins les gens semblent pauvres.

    Ma course a été prudente pendant les 4 premières heures puis j'ai rencontré des côtes et j'ai accéléré un peu pour me tester. Cela a duré 1h30 puis je suis redevenu "sage" pour finir dans de bonnes conditions.

    Demain, l'étape est courte 55,9km (Torino Di Sangro - Silvi Marina) et après-demain elle sera encore plus courte (49,8km de Silvi Marina à San Benedetto del Tronto). On pourra refaire le plein de santé avant les 5 jours suivants où les étapes s'échelonneront entre 69,6 et 84,8km.

    La météo a été bonne, le vent nous rafraîchissant mais nous ralentissant car de ¾ de face.

    Encore une longue randonnée sur la SS16, avec un petit passage plus sympathique, mais toutefois vallonné, sur une plus petite départementale et la traversée d'une petite ville (Vasto) d'où nous avons eu le droit à un joli panorama sur la partie de l'Italie que nous avons quittée depuis trois jours.

    On va se rapprocher de la région où a eu lieu le tremblement de terre (les Abruzzes) : on y arrive demain je crois.

      Pour ce qui concerne ma préparation, il faut préciser qu'il n'y en a pas une spéciale comme on peu en trouver pour le marathon ou d'autres courses plus courtes. Il y a autant de façons de s'entraîner qu'il y a de coureurs.

    La mienne a consisté en une succession d'entraînements (quotidiennement) en conservant la variété qu'on rencontre sur les préparations au marathon ou aux 100km ou 24 heures : travail de la vitesse, de l'endurance, et des sorties longues avec des changements de rythme. 10 à 12 heures par semaine, pour un kilométrage d'environ 100 à 140km par semaine.

    J'ai fait une course de 24 heures un mois avant la TransEurope pour me réhabituer aux efforts de longue haleine où il faut savoir puiser dans ses ressources mentales pour continuer à avancer.

    Je cours souvent et longtemps : plus de 6000km pour 2008 et plus de 300 séances (courses incluses).

     

    Dernières compétitions de la plus récente à la plus ancienne :

    24 heures de Rennes (21/22 mars 2009) : 177km

    Semi marathon d'Orvault (8 mars 2009)

    10km de Varades (1er mars 2009)

    Marathon de La Rochelle (fin novembre 2008)

    24 heures d'Aulnat (début novembre 2008) : 190,7km

    Marathon de Vannes (octobre 2008)

    Transe Gaule 2008 (août 2008) 1146km en 18 étapes.

      Voilà pour l'instant.

    Ce soir, nous sommes encore hébergés dans un camping et dans des bungalows, ça permet de rester au sec et au chaud car le vent souffle fort et il y a un risque de pluie pour la nuit.

      À bientôt : Fabrice Viaud. »

     

    Jeudi 23 avril, 5ème étape, Torino di Sangro – Silvi Marina : 55,9km.

     

    Après quatre étapes un peu pénibles à cause du trafic important sur la SS16, et parce que le paysage n'était pas très varié, nous avons été ravis aujourd’hui d'avoir droit enfin à une belle étape.

    Déjà, la veille, on avait senti un léger changement avec le retour sur le bord de mer, et donc mis à part les 20 premiers km sur la SS16 avec tout son trafic, le reste s’est couru sur une route littorale malgré une parenthèse urbaine quand il a fallu traverser Ortona et son dénivelé important.

    Les vingt derniers kilomètres ont été courus sur une route qui longeait la mer, un remblai, avec d'un côté les commerces surtout de restauration, et de l'autre le front de mer avec ses palmiers, ses pistes cyclables, ses plages avec leurs parasols alignés... C'était une station balnéaire. La saison allait bientôt commencer, tout le monde s'affairait à nettoyer les plages, à remettre en état les bars-restaurants... Il y avait quand même déjà beaucoup de monde à se promener d'autant plus que le soleil était de la partie. J'ai beaucoup profité de l'ombre des palmiers pour courir au frais. J'ai vu beaucoup d'orangers et de citronniers, c’était la saison.

     

    Cela a été, au niveau de la course, j'ai fini dans les temps escomptés, mais je ne focalisais pas sur le classement sinon un peu le soir au dîner pour me tenir au courant de la course des autres concurrents. J’en connaissais beaucoup avec ou contre qui j’avais déjà couru et c’était intéressant de comparer leur gestion de la TransEurope avec la mienne. Globalement, il n’y avait pas beaucoup de surprises, au bout de la cinquième étape les moyennes individuelles devenaient plus « régulières » sauf en cas de blessure bien évidemment.

    Ce soir-là, le dîner fut servi à 17h30, soit trente minutes avant l'heure habituelle, mais cela équivalait à un 19h30 en France de l'Ouest d'où je suis originaire.

     

    Nous étions installés dans un camping, et j'ai dû monter ma tente de camping car la salle était trop petite et déjà complète quand je suis arrivé : il me faudrait gagner des étapes si je voulais avoir de la place, quoique les copains des derniers ne se gênaient pas pour leur réserver leur emplacement. Une sorte de chacun pour soi par groupe de copains.

    Les bungalows étaient tous occupés par les sinistrés du tremblement de terre ce qui explique la petitesse de l’hébergement en dur.

     

    Vendredi 24 avril, 6ème étape, Silvi Marina (Province des Abruzzes) – San Benedetto Del Tronto (Province des Marches) : 49,8km.

     

    La nuit sous la tente s'est bien passée, le réveil ne fut pas trop difficile et le rangement des affaires ainsi que le pliage de la tente assez faciles. Il faut dire que j'avais pris mes dispositions pour préparer tout mon barda la veille au soir. Donc, au petit matin, pas de précipitation contrairement à la veille où j'avais été un peu "à la bourre". De plus, pendant la nuit il n’avait pas plu et le vent s’était chargé de faire sécher mon linge.

    Un temps gris et frais nous attendait toutefois. Le début d'étape nous fit reprendre la fameuse SS16, mais en version plus calme que les précédentes portions empruntées. Il y a eu un peu plus de circulation à l'heure de l'embauche, mais à mi-parcours (km 25) on a rejoint la route du bord de mer avec ses immeubles, ses habitations, ses commerces. Nous avons couru sur la piste cyclable ou sur la chaussée réservée aux piétons quand il y en avait une. C'était comme une grande station balnéaire ininterrompue qui nous servait de paysage, avec la mer et ses plages plus ou moins nettoyées, prêtes pour certaines à accueillir les touristes dès le week-end, celui de l'ouverture de la saison, la basse saison italienne. Seuls les cinq derniers kilomètres nous ont replongés dans un monde urbain avec sa circulation plus importante, sa traversée de zones industrielles, ses centres commerciaux, ses rocades, ses ponts… Que de changements de directions ! De quoi se perdre pour celui qui aurait été distrait.

     

    Mon étape s'est bien passée, pas de courbatures au départ, signe que les jours précédents avaient été prudents. Quelques petites douleurs au fil de la course, normales dirais-je, nous avions fait 366,4km en six jours, mais rien d'alarmant.

    Le matin, un coureur n'est pas reparti, touché par le shin-split, inflammation des releveurs, que je connais bien pour l'avoir subie aux deux jambes lors de ma première Transe Gaule en 2005. Plusieurs autres coureurs, dont certains avaient pris un départ rapide lors des premières étapes, étaient atteintes par le même mal, d'autres souffraient de tendinites, mais leur mental leur permettait de continuer et de patienter jusqu'à ce que ces douleurs ne fussent plus que des mauvais souvenirs.

    J’étais calé à la 27ème place au général, ce qui ne devait pas beaucoup changer si tout restait en l'état, mais... il pouvait s'en passer des choses, et le classement importait peu quand on voyait ce qu'on avait fait en rapport avec ce qu'il restait à faire.

     

    Cinq étapes à longs kilométrage nous attendaient, on allait faire en cinq jours ce qu'on avait parcouru en six. J’avais prévu de refaire un petit bilan à ce moment-là. En tout cas, j’étais satisfait de mes six premiers jours de course.

    L'ambiance était bonne dans "la caravane". Certes, il y avait un peu de "chacun pour soi" car au niveau du choix des emplacements pour le couchage, de l'utilisation des sanitaires, des repas ... si on se laissait faire, on passait en dernier et on ramassait les miettes, mais un grand respect existait néanmoins entre tous les membres de cette fabuleuse équipe de la TransEurope.

     

    Entre Français, on se regroupait, comme le faisaient les Japonais et les Allemands. Au camping, cela avait des airs de village Gaulois. J'avais pris des photos destinées à être mises en ligne afin de montrer les différents paysages et constructions pittoresques du sud de l’Italie et pour illustrer les mails que j’envoyais à Pascale et Emmanuel qui les réacheminaient vers ma liste de diffusion.

    Le moral était bon, le physique suivait, et je me répétais souvent : « Pourvu que ça dure ! ». De plus, on avait du soleil et à cette heure où on avait un peu de temps pour se reposer, il était à peine 16h, ça réchauffait les cœurs.

     

    Samedi 25 avril, 7ème étape, San Benedetto del Tronto – Porto Recanati : 71km.

     

    Sans conteste, ce fut l'étape la plus difficile depuis le début. On était déjà en piste depuis une semaine et nous avions couru l'équivalent de plus de dix marathons.

    Le matin, en quittant San Benedetto le ciel était clair, la température fraîche, mais on savait que ça allait "chauffer". Nous eûmes droit à un lever de soleil sur l'Adriatique ; c’était étonnant pour moi car étant de l'Ouest de la France, j’étais plus habitué à voir le soleil « tomber » dans l'eau que d'en « ressortir ».

    Seize kilomètres de bord de mer sur les promenades quasi désertiques si tôt en ce jour de fête pour l'Italie : le 65ème anniversaire de la Libération du pays. C'était un paysage de petit matin comme j'en avais connus du côté de la Baule, du Pouliguen et de la Grande Côte Sauvage du Croisic, à l'heure de mon footing matinal, mais ce samedi, ce footing allait être long de 71km.

    Une étape sans un morceau de SS16, ce n'était pas une véritable étape. Les quinze kilomètres suivants nous la firent emprunter. Pas trop de circulation, un paysage assez agréable fait de collines d'un côté et de la voie ferrée de l'autre ; parfois on avait le droit de voir la mer. Après un arrêt technique de plusieurs minutes dont je ressortais soulagé, ma course pouvait commencer véritablement. C'est peut-être là que j'ai grillé quelques cartouches qui me feront défaut lors des vingt derniers kilomètres.

    Retour sur le bord de mer... Plein de monde à se promener, des joggeurs, des cyclistes, des personnes se rendant sur les marchés... Difficile de se frayer un chemin.

    J'ai l'habitude, en France de dire bonjour aux personnes que je croise, et là, en Italie, j'avais pris l'habitude de murmurer un "Buon giorno" aux gens qui me répondaient souvent en me demandant de quelle course il s'agissait. Là, c'était plus difficile à expliquer, car mon Italien était très limité, mais j'avais appris à répéter "quattro mille cinque cento km" pour donner la distance qu'on avait à parcourir. Sinon, je leur montrais le road book pour qu'ils comprennent ce qu'on devait faire dans la journée.

    La fin de l'étape fut difficile, c’était déjà devenu une constante. Même pour les étapes passées j’avais connu des fins peu agréables, parfois douloureuses et je me doutais que j’allais rencontrer les mêmes sensations pour celles à venir, mais je préférais gérer mes étapes en "taillant la route" pendant que le temps n'était pas trop chaud quitte à ralentir sur la fin plutôt que de faire le contraire : de toute façon, en démarrant à 8km/h, je n’étais pas certain d'être en mesure d'accélérer à la fin.

    J'ai terminé cette étape avec Markus, un coureur Suisse, qui m'a tenu compagnie la dernière heure. On avait discuté dans une langue mélangeant l’allemand et l’anglais avant de s’apercevoir qu’on pouvait aussi discuter en français.

    Depuis le début de cette TransEurope, malgré ma relative expérience, j’avais appris beaucoup de choses surtout concernant les différentes façons de s’organiser matériellement. A observer les Japonais, j’avais trouvé leur système d’étendage du linge dans le gymnase très intéressant, composé de deux arceaux télescopiques, tels ceux que l’on trouve dans les tentes de camping, qui me rappelaient les croisées d’ogives des voûtes des cathédrales. Markus, le Suisse, avait un petit trépied télescopique ingénieux qui une fois déplié lui donnait une bonne surface d’étendage, ce qui lui évitait d’aller à la « chasse aux lieux de séchage du linge » qui souvent étaient les filets des buts de hand-ball, les filets des paniers de basket, les espaliers des salles de sport ou, si l’on avait de la chance et qu’il restait une petite place, les grillages des enceintes sportives, avec le risque de retrouver son linge trempé après une grosse averse.

    Le soir, au camping de Porto Recanati nous avons couché sous un grand hall, mi-barnum, mi-espace « resto-en-cas-de-pluie ». On avait la possibilité de monter notre toile de tente sur un emplacement du camping, mais pour ne pas perdre de temps lors du réveil à plier leur tente, beaucoup ont préféré la solution de facilité sous le barnum. Il y avait des machines à laver et j’en profitai pour laver mon pantalon de survêtement ainsi que quelques autres affaires difficiles à laver à la main. Le séchage se fit sur un fil accroché au grillage de la piscine qui n’était pas encore ouverte. Le repas fut servi dans un restaurant situé à plusieurs centaines de mètres du terrain de camping et je n’ai pas traîné après avoir mangé afin d’aller me reposer le plus rapidement possible en vue de l’étape longue du lendemain.

     

    Dimanche 26 avril, 8ème étape, Porto Recanati – Fano : 73,8km.

     

    Le réveil fut frisquet car le grand hall-barnum n'était pas fermé.

    La préparation et le rangement des affaires puis le petit-déjeuner ont été bien assurés et, comme toujours, il n’y eut pas de temps d'attente : ce fut déjà le départ ! Nous eûmes droit à un magnifique lever de soleil sur la mer, surtout quand on prit cette petite rue menant sur le front de mer face à l'Adriatique.

    La première partie de l'étape, avec quatre kilomètres de plat puis de la montagne, me rappela la Transe Gaule et ses étapes du Massif Central. Je trouvai rapidement mon rythme en côte et décidai de me faire plaisir.

    Cette partie était magnifique, le haut des monts était couvert par les nuages, mais lors de la descente sur Ancône tout s'éclaircit.

    Ancône est une grande agglomération et il fallut plus d'une heure pour la traverser. Elle est très vallonnée, mais une fois sur le port, nous eûmes droit à de longs boulevards plats et interminables.

    Nous avons aussi emprunté le front de mer où de nombreux Italiens occupaient peu à peu les restaurants de cette ville aux ramifications rappelant qu’on était dans une station balnéaire, dans une région très touristique pour les Italiens qui veulent connaître les joies de la mer. Comme le temps s'était peu à peu couvert, le vent s'était renforcé, les Italiens avaient préféré s'enfermer dans les nombreux restaurants plutôt que de se mettre en terrasse. Il y avait moins de monde que la veille.

     

    J'ai pratiquement toujours couru tout seul, mis à part quand les premiers m’ont dépassé. Rainer et René semblaient très rapides, ils devaient courir à près de 13km/h, ils avaient fait le trou avec leurs poursuivants qui m’ont dépassé presque une heure après.

    L'étape allait toucher à sa fin quand je me suis perdu. J'avais suivi aveuglément le road-book, chose que je décidai de ne plus refaire à l’avenir : j'avais respecté l'indication en anglais disant de tourner à gauche dès le panneau d'entrée dans la ville. Mais, il y avait une erreur sur le road-book, ce devait être "tourner à droite". Malin ! Avec un autre coureur que j'ai attendu, Hans Jürgen Schlotter dit Schlotti, nous avons été « repêchés » par Angela et René Strosny qui étaient dans un café et qui nous avaient vus passer.

    Nous fîmes demi tour et courûmes les cinq cents mètres à faire pour retrouver la ruelle qui ne portait même pas le nom indiqué sur le road-book : un peu en colère le Fab surtout quand en plus il s’était mis à pleuvoir et que le camping ne proposait plus que des places dans le couloir d'une auberge de jeunesse ou sous un préau aussi peu abrité qu'on risquait d'y attraper du mal.

    Enfin, c'était le folklore TransEuropéen.

    Sinon, tout allait bien physiquement, contrairement à certains du « club France » qui avaient souffert pour rallier l'arrivée.

     

    Lundi 27 avril, 9ème étape, Fano – Bellaria : 73,0km.

     

    Après une bonne nuit au chaud dans le couloir, sur un matelas épais, j'étais encore une fois fin prêt juste à l'heure : finies les jongleries avec les bidons et les sachets de sucre.

    Le départ donné, nous avons d’abord rejoint la SS16, puis rapidement on nous fit prendre une déviation sur une piste cyclable coincée entre la plage et ses cabanons et la voie ferrée, mais loin de la route et de sa circulation matinale à l'heure de l'embauche.

    Le temps était couvert, mais sec et doux, et le paysage agréable à regarder. Je pensais que l'été ça devait être infernal de venir ici passer des journées à la plage.

    Par la suite, une fois dans les reliefs, nous avons eu droit à une variété de beaux paysages, tantôt de campagne, parfois vallonnée et boisée, tantôt de littoral sur une corniche surplombant la mer et nous laissant admirer un somptueux panorama sur l'Adriatique. De temps à autres survenait un village que l'on traversait en dégustant la beauté de certains de ses édifices : château, chapelle, église, monument...

    La descente sur la ville de Rimini nous amena dans un autre monde : luxueuses villas, résidences de haut standing, hôtels avec piscines... La proximité de la République de San Marin explique peut-être une partie de cette richesse. Le front de mer était tout aussi luxueux avec ses dizaines ou centaines d'hôtels à étoiles, de trois à cinq, auxquels je n'avais rien à envier avec les quatre miennes chèrement conquises lors de mes Transe Gaule. Les plages de Rimini aussi sont privées, chaque hôtel devant posséder la sienne et, à cette époque, c'est le moment où elles sont nettoyées et aménagées.

    Ce fut comme ça jusqu'à Bellaria.

    La partie de course sur le front de mer fut un peu perturbée par le renforcement du vent de trois-quarts arrière, projetant souvent violemment le sable et me faisant parfois courir de travers : j'ai vite été "sablé".

    La fin de course fut difficile, mais une belle salle, enfin, nous attendait.

     

    Mardi 28 avril, 10ème étape, Bellaria – Lugo : 69,6km.

     

    Je n'ai eu pas beaucoup de temps ce mardi soir pour rédiger un long CR, j'ai réinitialisé la clé 3G+, puis j'ai tapé les CR en stand by des trois étapes précédentes.

    Tout va bien pour moi, je démarre les étapes comme si c'était la première, pas de courbatures, pas de douleurs, j'ai de la chance.

    Pour les copains, c'est un peu différent : Jean-Hervé a abandonné, plus envie dans la tête de passer plus de dix heures sur la route.

    Les autres se remettent peu à peu de leurs petits bobos. Christophe semble encore souffrir, mais il ne le montre pas. Roger va mieux, Alain est OK, JB va à son rythme et Stéphane commence à ressentir un petit "truc" aux releveurs, alors aujourd'hui il a un peu levé le pied. Gérard arrive frais et comme il ne se plaint jamais, j'en déduis qu'il est comme moi, sans blessure et sans bobos.

    Cette étape a été marquée par deux faits : le premier concerne la bifurcation de la TransEurope vers l’Ouest ; nous avons quitté les bords de l’Adriatique : finies les vacances ! Finie aussi la « maudite » SS16 et son important trafic. Le second événement fut plus tragique car mettant en scène un semi remorque et trois voitures. Bilan : un mort, plusieurs blessés. Nous avons été légèrement déviés, à travers un champ suite à ce carambolage meurtrier. Le réseau routier italien en Emilie-Romagne ne prévoit pas ou peu d'espaces pour les cyclistes et piétons. Cela change de tous ces kilomètres courus sur le littoral, souvent sur des trottoirs ou des pistes cyclables depuis quelques étapes. Et on en venait presque à regretter cette SS16 où les bas côtés nous proposaient un refuge quand une série de poids lourds nous croisaient. A l’horizon, j’ai aperçu une chaîne de montagne que je n’ai pas réussie sur le moment à identifier, me demandant quand même si ce n’étaient pas déjà les Alpes. En réalité, les sommets en bout de paysage étaient ceux des Apennins.

    Demain, une autre étape nous attend où j’aurai l’occasion d’admirer à nouveau cette plaine et de scruter l’horizon : 84,8km que j'ai prévu de boucler en plus de dix heures. On verra bien mais je vais partir prudemment, si, si, promis, juré.

     

    Mercredi 29 avril, 11ème étape, Lugo – Alberone : 84,8km.

     

    Très longue étape que celle reliant Lugo à Alberone. Nous avions quitté hier le bord de la mer Adriatique pour entrer dans la plaine du Pô et commencer à la traverser.

    L'infléchissement de la course vers l'ouest s'est accompagné d'un changement de paysage : cette partie de l’Italie, l’Emilie-Romagne, entre Ravenne et Bologne n'est plus une zone touristique, mais une grande région agricole, très humide, avec de grandes cultures fruitières, céréalières et des rizières.

    Cette étape en plus d'être interminable s'est aussi avérée être tout aussi périlleuse que celle de la veille. Combien de fois a-t-on failli être heurtés par des véhicules refusant de faire un écart et arrivant trop souvent à vive allure, et quand on conduit si vite avec son portable à la main, on se fiche éperdument des piétons. Que fait la police ?

    Ajoutons à cette longue journée de galère des orages à partir de la mi-journée rendant la course de plus en plus difficile et périlleuse.

    Heureusement aucun pépin n'est à déplorer, tous les coureurs au départ de Lugo sont arrivés à Alberone avec 84,8km de plus au compteur et pour certains après plus de 14h de course (ou de marche pour les plus handicapés). Il y eut la veille et l'avant veille des abandons, dont notamment celui de Jean Hervé qui n'avait plus l'envie de combattre, alors que son état physique s'était bien amélioré. Il a préféré ne pas rester un jour de plus sur la course suite à son arrêt, je le comprends, et avec sa petite famille ils vont certainement aller plus au nord. Ainsi, peut-être reprendra-t-il la course une fois guéri. Dommage quand même que le clan Français soit amputé d'un de ses membres.

    En ce qui me concerne, j'ai eu de la chance, mon état de fraîcheur m'a permis d'effectuer un départ rapide si bien qu'au bout de quelques km je me suis retrouvé en tête du peloton des "6h", sachant que les dix ou douze meilleurs de la veille prennent le départ à sept heures au lieu de six heures. Je suis resté environ quatre heures en tête de « mon groupe », courant entre 9,5 et 10km/h. Folie ? Non, juste un petit test sur la première moitié, qui équivalait à un marathon, que j'ai passé en 4h30 environ. Cela a dû en énerver certains et à partir du quatrième ravitaillement, celui du 42ème km, j'ai commencé à ralentir et donc à me faire doubler. Je finis en "roue libre" non sans difficultés, mais pas moins vite que les fins des étapes précédentes. J'ai été un peu poussé par deux événements : le premier est qu'à la suite d'un long arrêt de cinq minutes environ à l'abri de la pluie violente et froide qui s'abattait, je me suis fait distancer par un groupe de coureurs qui m'aurait évité de me tromper de route car je les aurais eus à vue. Mais là, point de coureur en repère et ce qui devait arriver arriva : je me suis trompé de route dans une petite ville, Cento, et quand j'en eus atteint la limite territoriale, je me doutais bien qu'il se passait quelque chose de bizarre. Il n'y avait plus de flèches, mon road-book n'indiquait pas ce que je voyais. Donc je fis demi tour et après avoir demandé à des passants, qui ont du me prendre pour un fou, s'ils n'avaient pas vu d'autres coureurs (imaginez, moi qui ne parle pas l'Italien en train de leur baragouiner un dialecte latino britannique !), je retrouvais enfin l'endroit où je m'étais trompé. En colère après moi-même et la pluie et le flécheur et ... (de toute façon, c'est toujours de la faute des autres quand on perd de sa lucidité) je me mis à accélérer pour compenser ma perte de temps. J'en rattrapai Stéphane qui m'avait aperçu me tromper, mais qui était trop loin pour que je l'entende m'appeler et qui n'allait pas me suivre non plus, lui qui avait déjà assez souffert de ses releveurs.

    Au final, je n'ai sans doute pas perdu de temps car avec Stéphane nous finîmes l'étape ensemble à son rythme qui était un peu supérieur à celui que j'aurais adopté si je ne l'avais pas rattrapé.

     

    Jeudi 30 avril, 12ème étape, Alberone – Ostiglia : 50km.

     

    Au réveil, je fus surpris de ne pas ressentir de séquelles de ma chevauchée de la veille. Le temps était couvert, légèrement pluvieux, alors la tenue "coupe-vent fluo" était de rigueur et comme le vent me faisait mal aux oreilles je me couvris de mon buff et de ma casquette positionnée par-dessus. Un look d'enfer, quoi.

    L'étape nous menait d'Alberone à Ostiglia et ne faisait que cinquante kilomètres.

    Nous avons couru près de trente kilomètres en plaine, sur des routes peu fréquentées et quand nous avons franchi le Pô sur un long pont métallique, nous avons rejoint une route sur une levée longeant le fleuve jusqu'à Ostiglia.

    Le Pô était couleur de boue; j'appris qu'il y avait eu des inondations, en amont, à Turin, et le spectacle de ce fleuve sorti de son lit me fit regretter de ne pas avoir pris mon appareil photos.

    Sur la digue, on apercevait les Alpes et leurs sommets enneigés, sans doute ceux de la région de Cortina. Je vis aussi mon premier troupeau depuis Bari : des moutons broutant les berges du Pô et de sa levée, qui iront passer l'été bientôt dans les alpages.

    L'arrivée dans la ville nous fit passer sur une route à côté d'une centrale thermique, au fioul je supposais.

    Je finis comme la veille, avec Stéphane qui depuis deux jours est obligé de ralentir de crainte d'aggraver ses bobos aux releveurs.

    Mon arrivée à 11h40 m'a donné la possibilité de faire du rangement et de finir de faire sécher mon linge. J’en ai profité pour me reposer et faire le point avec mon matériel, avec mes CR ainsi qu’avec mes pointages chronométriques. Il était 17h30, bientôt l'heure de dîner, quand un gros orage arriva, le ciel s’assombrit, et des grondements se firent entendre.

    J’espérais que le lendemain on n'ait rien de cela. L'arrivée était prévue tout près du Lac de Garde, à Pescantina. On allait piquer plein Nord, vers les Alpes.

    Ça allait devenir plus intéressant et certainement très dépaysant.

     

    Vendredi 1er mai, 13ème étape, Ostiglia – Pescantina : 67,9km.

     

    Suite à notre courte journée de course d'hier, de cinquante kilomètres, considérée par beaucoup comme un jour de récupération, on attaquait aujourd'hui une petite série d'étapes nous menant vers les Alpes.

    Ah ! Les Alpes, si proches quand on aperçoit leurs sommets enneigés et si lointaines encore parce que la route qui y mène n'est pas droite. Que de détours, et que je tourne à gauche puis à droite, puis encore à gauche... et que je file vers l'ouest, puis vers le nord et vers l'est puis à nouveau vers le nord. Un vrai labyrinthe cette étape !

    Les Alpes se laissaient désirer et l'étape dans son ensemble fut plate. Comme à mon habitude, je suis parti prudemment, laissant la tête de course devant - l'autre jour j'avais envie de m'amuser, mais je ne voulais plus prendre de risques - et je me suis calé sur une allure tranquille d'environ 9 à 9,5km/h. J'avais calculé que pour mettre huit heures sur ces 68km, il fallait que je coure à la moyenne de 8,5km/h, j'avais donc de la marge, destinée aux arrêts ravitaillements et autres (graviers dans les chaussures, pauses toilettes, prise de photos...).

    Cette partie de l'Italie quitte tranquillement la plaine du Pô mais on continue de voir des champs cultivés et des zones fruitières sans oublier les nombreuses rizières et de la jeune vigne, sans doute en attente d'être replantée une fois arrivée à maturation. Quelques élevages sont peu à peu apparus se faisant plus nombreux plus on avançait vers le nord.

    Des canaux d'irrigation nous ont aussi accompagnés tout le long de l'étape, apportant une sensation de fraîcheur qui se faisait plus pressante au fil des heures en raison du beau temps qui régnait sur cette partie de l'Italie.

    Au loin, toujours les Alpes, mais avec l'impression de les voir grandir au fil des heures et des kilomètres.

    La fin d'étape fut un peu moins intéressante car nous faisant transiter par une route à grande circulation. Heureusement en ce jour de 1er mai, jour de fête chez les Italiens aussi, le trafic était peu important.

    L'arrivée à Pescantina, en passant par Bussolengo, fut agréable malgré l'accumulation des kilomètres : des ponts sur des rivières, un pont-canal, des bâtiments de toute beauté...

    J'ai eu un petit coup de mou à quinze kilomètres de l'arrivée, un coup de chaud ou de fatigue ou de je ne sais pas trop quoi, et je fus contraint de stopper deux fois cinq minutes pour m'asseoir et récupérer à l'ombre d'un lampadaire ou d'un arbre.

    Quand je suis reparti, je rattrapai Elke et Marcel son copain avec qui je terminais l'étape, tout en prenant des photos.

    Je tenais à faire moins de 8h : je mis 7h59'52 et mon objectif était atteint sans même avoir à sprinter à la fin.

    J’ai profité du temps que j’avais de libre pour poursuivre ma récupération. Il était 17h30 quand j’émergeais, le dîner avait lieu à l'heure des poules, à 18h, mais comme on doit se réveiller à 4h du matin, cela équivalait à un dîner à 20h.

    Lors de l’étape du jour, il y eut un nouvel abandon, celui de Kaz, un coureur japonais très sympathique et fan de foot européen : il portait souvent le maillot du Barça avec son nom flocké dessus. A noter quand même qu'il a à son palmarès une 4ème place à la TransAmerica 2004.

    Il reprendrait certainement la course plus tard quand il en aurait fini avec ses bobos. C'est ce que je lui souhaitais.

     

    Samedi 2 mai, 14ème étape, Pescantina – Nomi : 69,4km.

     

    Avec cette quatorzième journée de course nous sommes entrés dans les Alpes, certes pas d'une manière très violente car le dénivelé total n'a pas été important, de l'ordre de 250 à 300m sur l'ensemble de l'étape, les seuls raidillons ayant été les franchissements des ponts autoroutiers ou les passages au-dessus du canal ou de la rivière Adige, mais on a néanmoins commencé doucement notre ascension.

    Le paysage a été à la hauteur de ce qu'on attendait tous depuis Bari et qu'on apercevait déjà depuis quelques jours : la vallée de l'Adige, avec la rivière et son canal parallèle, l'autoroute, une ligne de chemin de fer, des routes secondaires, une piste cyclable et de nombreux villages devenant de plus en plus typiques de la région du Tyrol Italien. Et sans parler des montagnes nous encadrant, aux sommets desquelles la neige persistait.

    Notre étape a commencé sur une route départementale peu fréquentée en ce week-end du 1er mai et si tôt à l'aube. Le chant des oiseaux, le bruit de la rivière, le paysage avec un lever de soleil sur les sommets puis dans la vallée, toutes les conditions étaient réunies pour passer une bonne journée.

    C'était sans compter sur le vent descendant de la vallée que nous avons trouvé au bout d'une heure de course. A partir de ce moment, ce fut une autre histoire car il était assez soutenu et on a dû lutter tout le reste de l'étape contre ce vent tiède. Le soleil fut aussi de la partie, et heureusement, après trente-cinq kilomètres nous avons pris une piste cyclable que nous n'allions plus quitter jusqu'au dernier pont sur l'Adige qui nous menait à l'arrivée. Sur cette piste cyclable, toujours avec le vent contraire, nous avons pu profiter de nombreuses parties ombragées. La fin d'étape fut difficile car le travail de sape d'Eole avait bien usé les organismes.

    J'ai mis 8h05'20, je terminais à la 22ème place, j'avais donc couru à la même moyenne qu'hier. Je restais 26ème au classement général. Je terminais en compagnie de Christian Fatton, coureur international Suisse en proie à des blessures aux releveurs.

    Deux petites ampoules chacune au bout de chaque gros orteil sont venues ternir ma journée. Je les ai soignées avec l'aide de Ian, un infirmier-pompier volontaire Allemand, afin de repartir le lendemain sans boiter. Il fallait qu'elles sèchent pendant la nuit.

    Pour le reste, tout allait bien, avec toujours cette même impression le matin de n'avoir pas couru la veille, mais les kilomètres s'accumulaient et je ressentais quand même une grande fatigue générale surtout lors des deux heures qui suivaient l'arrivée. Je me suis couché après la douche, la lessive, les soins et une petite collation, il faisait entre 25 et 30°, mais j'avais froid. Deux heures de repos plus tard, c'était passé. Comme j'avais couru avec l'appareil photo que j'ai souvent utilisé, je souhaitais mettre en ligne les photos un peu plus tard, car il fallait préparer la journée suivante où l'on avait une longue chevauchée de 77km environ à faire et je devinais que je risquais sans doute d’être encore plus fatigué que cet après-midi.

     

    Dimanche 3 mai, 15ème étape, Nomi – San Michele (Eppan ou Apiano) : 76,9km.

     

    Comme prévu, ce fut une longue étape, avec plus de 60 km sur une piste cyclable assez peu fréquentée jusqu'à neuf heures et qui est devenue une « autoroute » après cette heure où les Italiens ont commencé à aller se promener, faire leur jogging ou un peu de vélo. Comme cette piste cyclable possédait un grand nombre d'aires aménagées pour pique-niquer, nous avons vu progressivement les gens s'installer, déjeuner puis se reposer et enfin retourner se promener.

    Le paysage était encore très beau à contempler, même si j'ai tendance à regarder le bout de mes chaussures quand la fatigue vient contrarier ma lucidité.

    J'ai couru assez tranquillement jusqu'au marathon, sachant qu'il restait encore trente-cinq kilomètres à effectuer une fois le marathon atteint. Par la suite, comme d'habitude, j'ai alterné de longues périodes de course avec de courtes périodes de marche pour me détendre. Les ravitaillements, disposés tous les huit à dix kilomètres permettaient d'emporter à boire en quantité nécessaire dans mon bidon de 60cl et ma bouteille d'eau de 50cl. A celle-ci, je n'y toucherai que très rarement dans les premières heures, puis au moment où la température s'est élevée, et me servit à m'arroser la tête pour me rafraîchir. Le vent a peu soufflé et globalement, même s'il était défavorable, il n'a pas été aussi usant que le jour précédent.

    La sortie de la piste cyclable pour rejoindre le réseau routier fut épique, et pas uniquement pour moi. Le flècheur, chargé tôt le matin de disposer les petits stickers rouge fluo qui nous servent de repères pour nous orienter en plus du road-book, n'avait pas anticipé la présence possible de gros véhicules type camping-cars devant les marques directionnelles si bien que je me suis trompé de chemin. Pas longtemps, juste histoire de maudire le fléchage, mais j'ai bien perdu cinq minutes dans l'histoire, et j'ai dû demander à des cyclistes s'ils n'avaient pas croisé des coureurs avec des dossards. Leur réponse négative me fit faire demi-tour et j'aperçus alors Takako, coureuse Japonaise avec qui j’étais souvent en début d'étape et qui me doublait la plupart du temps en fin d'étape. Elle me fit signe de revenir et de tourner à gauche, là où j'avais pris à droite. Mille mercis à toi Takako. Nous fîmes route ensemble par la suite. Je n'ai pas souhaité la distancer. Pourtant je courais plus vite qu'elle, mais elle m’aurait rattrapé ensuite car elle s'arrêtait marcher moins souvent que moi et prenait moins de temps aux ravitaillements d'où sa moyenne finale supérieure. Nous aurions fait l’accordéon comme ça jusqu’à l’arrivée.

    Nous avons « passé l'Emile » après le dernier ravitaillement. L'Emile ? Les mille kilomètres depuis Bari, alors au dernier ravitaillement nous avons eu le droit à une petite coupe de vin mousseux pour marquer le coup et franchir cette marque dans la bonne humeur. Le reste de l'étape fut pénible en raison de dénivelés assez prononcés et d'une circulation plus importante : les Italiens s'en allaient passer le dimanche après-midi au bord d'un lac que nous avions aperçu du haut d'une des premières hauteurs.

    Le paysage ressemblait beaucoup à celui des Vosges, côté Alsacien, avec les vignes et les routes ou chemins serpentant dans le vignoble. Les villages sont toutefois un peu différents car on est arrivé dans le sud du Tyrol.

    La fin mit du temps à arriver, mais quel soulagement de franchir main dans la main avec Takako cette quinzième ligne d'arrivée !

    Hier, c'était avec Christian Fatton, aujourd'hui avec une japonaise très sympathique qui se moque de ma foulée et de mon allure, elle qui "trotte menu" toujours bien droite.

    Je n’ai pas encore vraiment eu le temps d’effectuer une bonne récupération, j’ai eu beaucoup d’occasions de me disperser. D'abord j'ai mangé, des œufs avec une saucisse et deux yaourts, arrosés de bière et de Fanta, le tout payé par moi-même car non fournis par l'organisation. Je suis allé ensuite faire soigner mes deux ampoules qui n’avaient pas encore guéri. Je suis allé passer une IRM, comme tous les quatre ou cinq jours, j’ai eu ma prise de sang du millième kilomètre, je me suis fait peser, prendre la masse grasse un peu partout (jambes, bras, dos, ventre...) et le temps d'écrire mon CR et de faire le bilan chronométrique de la journée, ce fut rapidement l'heure de dîner.

    Les copains semblaient se porter assez bien : Gérard, Roger et Alain ont terminé éprouvés comme tout le monde, mais contents de leur étape ; Roger a un peu souffert car Alain avec qui il fait route quotidiennement n'a pas arrêté de ronchonner ; il a un début de tendinite derrière le genou et ça ne doit pas être agréable d'où ses ronchonnements ; Gérard est heureux, il avait ses bières aux ravitaillements ; Christophe vient d'arriver après près de 14h sur la route. Il y a encore une heure courait un bruit comme quoi il se serait égaré. On a espéré que non, lui qui flirte tous les soirs avec le cut-off ; Jean-Benoît a franchi aussi la Mil'Kil Italienne et semble bien revenir en forme pour effectuer les 20 étapes qu'il s'était fixées ; pour Stéphane, ça revient bien, il retrouve un tempo plus en rapport avec son niveau.

    Au moins deux abandons se produisirent aujourd'hui, celui d'un japonais et celui de Sigrid Eichner.

    Moi ça va, je ne me plains pas, j'ai des bobos, mais il y a pire.

    Il reste aussi 49 étapes, alors ... prudence et attention aux ampoules ! Qu'elles sèchent vite !

     

    Lundi 4 mai, 16ème étape : San Michele – Schlanders (Silandro) : 64,8km.

     

    Total kilométrique cumulé au départ : 1002,8km, à l'arrivée : 1067,6km. 16/64=1/4, pour les matheux, mais si l'on considère uniquement le kilométrage, on est loin du quart de ce qu'on a à parcourir pendant la TransEurope.

    Aujourd'hui nous avons quitté le village de San Michele dans le Tyrol Italien sous un temps frais mais découvert. Nous avons été bien accueillis, la municipalité de cette commune de 2400 habitants ayant mis à notre disposition un complexe sportif à en faire pâlir de jalousie certaines communes beaucoup plus peuplées.

    La route vers les Alpes nous a fait cheminer sur une route départementale (si l'on peut comparer avec la France), peu fréquentée, et au bout de quelques hectomètres nous avons descendu ce que nous avions monté la veille. Quatre kilomètres de descente en guise de petit déjeuner, il y aurait pu y avoir pire. La suite fut assez sympathique, car nous avons longé des zones de cultures fruitières, des vignobles, et nous avons pu admirer au passage les nombreuses villas de propriétaires ou d'autres à louer.

    La course pour ce début d'étape fut donc relativement reposante et nous avons rejoint une piste cyclable en site propre, c'est à dire loin de la circulation automobile. Seuls les trains venaient de temps à autre nous tirer de ce silence bucolique parfois interrompu par les chants des oiseaux.

    On nous avait dit que ça allait monter, mais à mi-étape, je me demandais encore ce qu'ils voulaient entendre par "monter".

    Je ne tardais pas à me rendre compte qu'il fallait que je sois patient. En effet, le profil allait devenir un peu accidenté vers le milieu de course. Ce n'était pas pour me déplaire car j'adore grimper.

    De jolis panoramas s'offraient à nous au gré des virages et lorsque nous avons eu à redescendre ce que nous venions de monter, nous avons rejoint une nouvelle piste cyclable qui longeait un torrent et qui par voie de conséquence était pentue.

    La fin de course nous fit reprendre une partie moins agréable de route à circulation peu importante mais il fallait se méfier des voitures et des camions, surtout dans les virages. Les trois derniers kilomètres du parcours traversaient des vergers plantés de poiriers tous en fleurs à cette saison. Quand je suis arrivé, j'étais fatigué, comme d'habitude, mais aussi très soulagé que cette étape au lendemain d'une longue journée se soit bien passée.

    Le village nous hébergeant est joli, pittoresque, typique sans doute de cette région du Tyrol, et ce qui diffère beaucoup de la France c’est que dans des petites bourgades de ce type, qu’on croirait isolées du reste du pays comme certains villages montagnards français, on trouve des équipements sportifs très modernes comme la salle de sport où nous allons dormir. Pour un village de cinq mille habitants situé dans une vallée alpine cela témoigne d’une volonté de développer le sport et donc de vouloir conserver sa population jeune.

    Pour couronner le tout, cette ultime halte en Italie nous propose un paysage magnifique : nous sommes entourés de sommets enneigés. Ces sommets vont peu à peu voir disparaître leur couverture neigeuse et cet été les alpages libérés seront certainement des lieux de pâture pour tous les troupeaux de la plaine du Pô.

    On a eu aujourd'hui un beau temps, pas trop chaud, avec un peu de vent défavorable sur la fin. C’est le climat du printemps, toujours, mais avec ses caractéristiques piémontaises et même montagnardes.

    Une étape de plus au compteur mais la joie d’en avoir presque fini avec l’Italie fut un peu ternie par l’abandon de Christophe. Lassé de devoir se battre contre le cut-off, le temps limite fixé par l'organisation et qui est basé sur une allure de course de 6km/h, il a préféré arrêter la compétition. Il l'a pris avec philosophie et recourra dès qu'il sera rétabli.

    Demain, nous franchirons un premier col à 1500m d'altitude, le Reschenpass, et nous connaîtrons un premier passage dans un tunnel long de trois kilomètres donc la tenue de sécurité sera obligatoire. On sera magnifiques dans nos tenues fluo style Lagerfeld.

     

    Mardi 5 mai, 17ème étape, Schlanders (Italie) – Pfunds (Autriche) : 63,8km.

     

    Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien et que les journées tournent comme d'habitude. Et nous pendant c'temps là on ... tourne aussi sur notre circuit en ligne pas très droite qui nous mène lentement mais sûrement vers le Cap Nord.

    Sûrement ? Il ne faut jurer de rien, il y a déjà quelques abandons, dont deux dans nos rangs, Jean-Hervé et Christophe, et cela peut toucher tout le monde. Ce que je remarque quand même, c'est que ces abandons ont touché pour une bonne partie des gens qui étaient partis beaucoup trop vite lors de la première semaine.

    Mais la patience, c'est quelque chose qui ne s'apprend pas comme ça, il faut avoir payé une fois pour ne plus refaire les mêmes erreurs, même si certains semblent avoir la mémoire courte à ce sujet.

    L'étape d'aujourd'hui, la dix-septième, nous faisant passer d'Italie en Autriche a été superbe, et avec du beau temps très frais dès le petit matin, nous sommes tous sortis couverts; de plus, le gilet fluo était quasi obligatoire pour franchir les tunnels de fin d'étape. J'ai gardé mon bonnet, mes gants, deux foulards et mon bazar habituel pendant toute l'étape.

    C'était la première véritable étape de montagne et ... quand y a de la côte, je me fais plaisir ! Cela n'a pas manqué, après les vingt et quelques premiers kilomètres d'échauffement sur une piste cyclable assez plate, dès que le relief a commencé à pointer son nez, j'ai conservé mon rythme, ne marchant que lorsque la pente devenait trop raide. Peu à peu, j'ai creusé l'écart sur mes poursuivants puis j'ai rattrapé ceux qui d'habitude me collent un gros quart d'heure voire trente minutes et même plus. Je me suis retrouvé avec des gars qui sont classés dans les quinze premiers du général et ça m'a bien plu de voir que je n'avais aucun mal à les suivre.

    Bon, la prudence m'a quand même fait mettre le frein et j'en ai profité pour prendre une vingtaine de photos. Vingt, ça paraît beaucoup, mais comme souvent certaines sont floues j'essaie de toutes les faire en double.

    J'ai attendu le passage de la frontière pour reprendre un rythme plus rapide, on venait de passer le col et la route, ou plutôt la piste cyclable, avait tendance à plus descendre que monter.

    Par la suite, revenu sur la route principale avec les tunnels à passer, je me suis bien lâché. Oh, ce n'est pas du 20km/h ni même du 16, mais entre du 11 et du 12 pour cette partie en descente. Pas idiot non plus le gars, ça aurait été des coups à se flinguer les releveurs et à suivre le reste de la TE dans la voiture balai ! Toujours en "contrôle" de la situation, ce qui m'a permis de me faire prendre une heure par ceux qui sont partis une heure après nous. Mais aujourd'hui, ils m'ont dépassé plus tard que d'habitude et il y en avait moins.

    Je termine avec Théo, un Allemand avec qui j'ai fait les cinq derniers km à 12km/h sur du plat. Nous sommes quatorzièmes de l’étape, ex-æquo, et je gagne une place au classement général.

    Fut-ce une vilaine prise de risque ? Peut-être, mais de temps à autres il faut bien « décalaminer le pot » comme on disait quand on était ados avec nos mobs.

    Le team Français s'est bien comporté aussi, d'après les échos recueillis ici et là. Chacun va sans doute faire un petit C.R. pour raconter sa journée.

    Demain, le même genre d'étape est prévu, mais je serai plus sage.

    à+Fab


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  • When you walk through a storm
    Hold your head up high
    And don't be afraid of the dark.
    At the end of the storm
    There's a golden sky,
    And the sweet silver song of a lark.
    Walk on through the wind,
    Walk on through the rain,
    Though your dreams be tossed and blow...
    Walk on, walk on, with hope in your heart,
    And you'll never walk alone...
    You'll never walk alone.

    Chant du kop de Liverpool: You'll never walk alone.


    Traduction française

    Quand tu marches au cœur de la tempête
    Redresse la tête bien haut
    Et ne sois pas effrayé par l'obscurité.
    Lorsque la tempête se calme
    Elle laisse place à un ciel d'or,
    Et au doux chant d'argent de l'alouette.
    Marche dans le vent,
    Marche sous la pluie,
    Bien que tes rêves soient balayés et soufflés...
    Marche, marche, l'espoir au cœur,
    Et tu ne marcheras jamais seul...
    Tu ne marcheras jamais seul.

     

     

    Mercredi 15 avril 2009, le voyage.

    14h36, le TGV s'élance laissant Nantes sous la pluie. Après un dernier petit coucou à Pascale à travers les vitres fumées de ce train, quelques larmes viennent gonfler mes yeux, mais je ne les laisserai pas couler comme le fait la pluie sur les vitres du wagon. Je quitte les miens pour plus de deux mois, je sais que par moments j'aurai besoin d'eux, de les entendre, de les voir, de les embrasser...

     

    Je me mets rapidement en mode voyage, le MP3 sur les oreilles, le journal l'Equipe dans les mains. J’écoute "Never say never", un morceau de Rap de Tupac Shakur, un rappeur américain assassiné à la fin des années 90. « Ne jamais dire jamais », dont j’avais fait ma devise avant d’oser prendre la décision de me lancer dans cette aventure et je me remémore ces deux dernières années pendant que le train longe la Loire à Sainte Luce, Thouaré... ce qui me rappelle l'ancien parcours du Marathon de Nantes. Dimanche, je ne serai pas au départ de cette course qui aurait été mon 18ème Marathon de Nantes consécutif, et pour cause...

     

    D’abord il y eut un mail reçu pour m’informer que certains coureurs de mes connaissances étaient inscrits en vue de participer à la seconde édition de la TransEurope. En consultant le site web de la course, je m’aperçus qu’il n’y avait plus de place, la liste des 40 préinscrits étant complète. Mais j’envoyai quand même un mail de demande d’informations à Ingo Schulze, l’organisateur, le mercredi 21 mars 2007 à 11h14 précises et moins de dix minutes plus tard, la réponse arriva : j’étais placé sur la liste d’attente, en quatrième position, mais d’après la réponse d’Ingo, j’allais être mis sur la liste des inscrits définitifs dès réception des arrhes ; il suffisait simplement que j’envoie 800€ d’acompte. L’après-midi même, j’étais à la banque pour effectuer un ordre de transfert de fonds en Allemagne. Je jubilais intérieurement même si je ne réalisais pas entièrement dans quel pétrin je m’étais fourré. J’en profitais pour poster les informations nécessaires à l’inscription : photos d’identité, date de naissance, adresse, numéro de portable ainsi qu’une courte biographie sportive. Objectif : être au départ dans 23 mois, le 19 avril 2009.

     

    Déjà à Mauves ! Puis après des petits tunnels, voici Le Cellier avec la Loire toujours comme voisine, ensuite Oudon et sa tour, Ancenis... Le voyage est véritablement commencé.

    Premier arrêt à Angers, ville dans laquelle j'ai habité à l'époque où j'ai commencé à courir de manière structurée, il y a une vingtaine d'années déjà.

     

    A l’époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je serais assis dans un train en gare d’Angers en partance vers une course dont je n’imaginais même pas l’existence. Je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler d’épreuves de ce calibre, et d’une certaine manière, heureusement car je crois que j’aurais été rapidement attiré avec les risques que cela aurait comporté à l’époque : pas d’expérience en matière de course à pied, une situation professionnelle tout juste stable, la famille qui commence à s’agrandir… Aurais-je pu résister à un concept quasi identique à celui du Tour de France cycliste qui m’avait fait rêver depuis tout petit ?

     

    Le train repart et je replonge dans mes pensées.

     

    Mon inscription envoyée, validée, la partie la moins facile de l’aventure commençait. Comment m’organiser ? Au niveau du travail, je me demandais quelles alternatives j’avais à ma disposition si l’on peut dire : disponibilité ou année sabbatique ? Congé de formation ? Mi-temps annualisé ? Ou tout simplement une demande de congé sans solde de trois mois ? Cette dernière solution me semblait la moins coûteuse, mais ma détermination me poussait aussi à prendre quelques risques. Il fallait que je demande une entrevue avec mon Inspecteur afin d’étudier toutes les possibilités qui m’étaient offertes. L’obtention de ce genre de congés n’est pas de droit mais ne s’attribue uniquement qu’après autorisation. Je fis une demande d’entretien qui me fut accordée. Là, je présentai mon projet et questionnai l’Inspecteur pour connaître les différentes possibilités. Après plusieurs recherches dans les textes officiels, il m’annonça que je n’avais que trois solutions : en premier lieu, la demande de mise en disponibilité pour l’année scolaire entière, c'est-à-dire sans paie ni couverture sociale. Il me faudrait alors trouver du travail. J’avais déjà effectué quelques recherches auprès des agences d’intérim et l’affaire ne s’annonçait pas très simple : trop âgé, pas assez d’expérience multi professionnelle, marché de l’emploi saturé, etc. Et d’effectuer des petits boulots au « black », ça ne rapporte pas grand-chose. La seconde possibilité consistait à faire une demande de travail à mi-temps annualisé, mais il fallait alors que je « perde » mon poste de remplaçant afin d’être mis en doublette sur une classe avec quelqu’un dans le même cas de figure que moi. Je travaillerais de la rentrée scolaire jusqu’à la fin janvier à plein service puis la personne avec qui je devais composer le binôme prendrait la suite jusqu’à la fin de l’année scolaire. Ce n’était pas sans risques : classe dont le niveau ne m’aurait pas convenu, école située loin de mon domicile, école située dans des quartiers réputés « difficiles », etc. Mais c’était néanmoins la solution la moins coûteuse car malgré le fait de n’être payé qu’à 50%, je conserverais ma couverture sociale. Je n’aurais qu’à essayer de m’occuper pendant les deux mois et demi qui me sépareraient du départ. Ce n’est pas les tâches ménagères ni le bricolage qui manqueraient à la maison. La dernière solution, le congé de formation professionnelle, était trop contraignante car certains de mes diplômes ne me permettaient pas de tenter un Master de Géographie, en deux ans qui plus est. L’Inspecteur avait rapidement éliminé la solution qui me paraissait la plus judicieuse : le congé sans solde de trois mois, des vacances de Pâques jusqu’à la fin de l’année scolaire. Pourtant avec mon poste de titulaire remplaçant, cela n’aurait gêné personne. Sans doute pour ne pas créer de précédent a-t-il voulu rester dans le cadre « réglementaire ».

     

    Le Mans puis Chartres sont vite dépassées et le TGV arrive déjà aux portes de la capitale à partir desquelles il commence à ralentir. J’écoute toujours la musique et je me dis que j’aurais du prévoir une plus grande variété de titres parce que je commence à les connaître par cœur. J’ai 16 heures de musique sur un lecteur MP3 et 8 heures sur un autre, mais je les ai tellement écoutés que je sais quel morceau vient après celui que j’écoute. En cas de lassitude, je pourrais toujours mettre la fonction lecture aléatoire. Certaines chansons me rappellent des souvenirs de courses, surtout de la Transe Gaule quand je voulais m’isoler un peu pendant les étapes, là où il n’y avait aucun risque de rencontrer brusquement une voiture que je n’aurais pas entendue arriver. J’ai quelques morceaux « d’anthologie » comme par exemple The lonely shepherd, interprété par Zamfir, extrait de la B.O. du film Kill Bill, qui me rappelle l’avant dernière étape entre St Sernin sur Rance et St Pons de Thomières quand tout au long de la longue ascension vers le Col de Peyronnenc je découvrais avec le jour qui se levait de magnifiques paysages. En 2007, sur cette étape, j’avais des ailes et j’avais couru à plus de 10 km/h sur les 70km que comptait l’étape. Il faut dire que je voulais creuser l’écart avec certains de mes poursuivants et j’avais pris goût à terminer les étapes dans le top 5. Ah ! Orgueil, quand tu nous tiens…

     

    Comme beaucoup de provinciaux, je ressens le stress de l’approche de la capitale. Je commence à ranger peu à peu mes affaires afin de ne pas être surpris par l’arrivée à la gare de Roissy. C’est que j’ai emporté ma valise à roulettes qui pèse assez lourd, sans doute une vingtaine de kg et j’ai l’ordinateur portable que mon sponsor m’a prêté qui lui aussi fait un bon poids, supérieur à cinq kg en tout cas.

     

    18h53, ça y est, je suis à l'hôtel F1 de Roissy. Le voyage s'est bien terminé, même si la dernière heure fut plus longue, ponctuée de nombreux ralentissements et arrêts : c'était le contournement de Paris. Cela changeait de la traversée de la Beauce à 300km/h ! Après la descente du train, j'ai trouvé assez facilement le lieu où prendre les navettes, au niveau cinq, et le temps d'attendre l'une d'entre-elles, vingt minutes environ, j'ai pu me rendre compte qu'il y a du monde en transit à Paris et notamment à l'aéroport. Le trajet en navette rose et blanche, c'est le signe de reconnaissance de celles qui desservent les hôtels de la ZAC Paris Nord, a été long car passant auparavant par tous les autres terminaux.

     

    19h45, enfin installé dans ma chambre, sans WC ni douche qu'il faut trouver sur le palier. Ce n'était pas indiqué sur les formulaires quand j'ai effectué ma réservation par Internet. Tant pis, on s'adaptera. Je commence à préparer mes affaires pour le lendemain, avale mes sandwiches et me couche tôt car je dois me lever à 4h30 pour prendre le petit déjeuner servi à partir de 5h avant de monter dans la navette de 5h30 qui me conduira au Terminal F.

     

    Jeudi 16 avril : le voyage (suite) quelque peu mouvementé.

     

    La nuit fut courte, le sommeil en pointillés, je n’ai même pas l'impression d'avoir dormi, comme avant les compétitions où l'on doit se réveiller tôt, 3h avant le départ, pour manger. Le match de football d'hier soir sur Canal+ en Ligue des Champions (Arsenal - Villareal) puis le résumé de Porto - Manchester United auraient pu me fatiguer, mais il n'en fut rien.

    4h27, je me réveille devançant l'alarme de mon portable de trois minutes. Une petite toilette, le rangement de mes affaires, puis c’est la descente en ascenseur vers le petit déjeuner : trois morceaux de baguette de pain avec de la confiture, un café au lait et c'est déjà l'heure de rejoindre la navette. Quand même je prends le temps de me brosser les dents.

    Celle-ci, à l'heure, m'emmène au Terminal F. Après quelques tergiversations je trouve les bornes d'enregistrement, et là, je lis : "Billet refusé, allez au guichet..." ou quelque chose comme ça, sur l'écran, ce que je fais. J’essaie de trouver le guichet d’Alitalia, mais comme il n’est pas encore ouvert, on m’envoie à celui d'Air France, le seul d’ouvert, où la personne chargée de me donner ma carte d'embarquement m'annonce que je ne figure pas sur la liste des passagers de ce vol. Après renseignements, elle ajoute que mon billet a été annulé, mais pas celui de Milan à Bari.

    Stupeur ! Que faire ?

    On me conseille de me mettre directement en relation avec mon voyagiste, mais il est 6h30 et l'agence de Nantes n'ouvre pas avant 10h.

    Autre possibilité qui m'est proposée : acheter un nouveau billet à plus de 700€, mais dont le prix est ramené à 548€ si je prends un aller-retour. Que du bonheur ! Moi qui avais acheté mon aller Paris-Bari, en août 2008, pour 141€ TTC.

     

    C’est vrai que l’histoire de ce billet aller Paris-Bari a été assez rocambolesque à moins que ce ne soit habituel pour les usagers des voyages en low cost. Je m’y suis pris tôt, en août 2008, afin d’être certain d’avoir de la place sur le vol Paris-Bari et pour payer moins cher. Selon la date et l’heure de départ, les tarifs variaient du simple au triple voire au quadruple, le choix de la compagnie aérienne faisant faire des bonds aux tarifs. J’ai cherché sur le net et j’ai trouvé un prix de voyage très intéressant. Je suis allé dans une agence de voyages pour vérifier si je pouvais obtenir le même genre de billet par leur intermédiaire, comptant aussi sur le fait d’être assuré en cas d’annulation de vol, on ne sait jamais. J’ai acheté le billet à l’agence. Par la suite, j’ai tour à tour reçu des modifications d’horaires, de trajets, de numéros de vol, de nom de compagnies... Régulièrement, l’agence de voyage à laquelle je m’étais adressé me téléphonait pour m’indiquer qu’il y avait eu des changements et qu’elle allait m’envoyer mon nouveau billet électronique par mail. J’en ai eu une bonne demi-douzaine, sans exagérer. Jusqu’au dernier en date, seulement quelques jours avant le départ. J’avais prévu l’hôtel à Roissy, réservé depuis plusieurs mois, le billet de train Nantes-Roissy acheté par internet deux mois avant pour payer moins cher et que j’ai réglé avec ma nouvelle carte bleue, celle qui me procurait une assurance en cas d’annulation ou d’interruption de voyage, et maintenant j’avais le fameux sésame pour rallier Bari via les airs et Milan où je devais faire escale.

     

    J'attends un long moment, assis sur un banc dans le hall, avant d'appeler Pascale que je ne veux pas réveiller, mais mon petit monde construit autour de ce projet est entrain de s'écrouler et je n'en peux plus.

    7h15, je l’appelle pour lui demander quoi faire et, ressentant ma grosse inquiétude, elle me console et m'encourage à acheter ce nouveau billet ajoutant qu'elle irait à l'agence dès son ouverture. De toute façon, je l'aurais acheté quand même ce sésame vers l'Italie et mon projet fou de traverser l'Europe à pied.

    Maintenant il faut faire vite car l'avion suivant est programmé pour 9h35, et après coup, je ne sais pas si j'aurais eu la patience d'attendre que l'agence soit ouverte pour prendre un hypothétique avion dans l'après-midi qui ne m'aurait peut-être pas permis d'avoir ma correspondance à Milan.

    Que d'émotions en si peu de temps ! Si j'avais su il y a huit mois que les low costs étaient aussi risqués et aussi peu fiables...

    Bref. J'ai mon billet pour Milan par le vol de 9h35.

    Comme j’ai décidé de faire des comptes-rendus de ma course le soir de chacune des étapes et que j’ai quelques minutes devant moi, je prends le stylo et commence à rédiger quelques lignes pour ne pas oublier les péripéties de ce début de voyage. Je suis dans la zone d’attente F21 et je dois prendre un bus qui doit m’emmener vers l’avion. J’espère maintenant qu’il n’y aura plus de surprises et qu’à Milan j’aurai mon avion sans problème. Une fois ces quelques lignes d’écrites, je procède à l’enregistrement de ma valise dont le poids n’est que de 19,4kg pour un maxi de 20kg, donc je n’ai pas d'excédent de bagages à payer. Je suis rassuré et j’ai bien fait de confier à Gérard, qui va courir la TransEurope lui aussi, et à sa femme Nicole, qui l’accompagne et qui tiendra des postes de ravitaillement, une partie de mes bagages qu’ils vont emporter avec eux dans leur camping-car. Ils m’ont délesté de cinq paires de chaussures, de ma tente de camping et de quelques bricoles que je retrouverai à Bari. Là bas, je verrai si le poids total de 30kg sera dépassé ou non et si j’aurai un supplément bagages lourds à régler à l’organisation, comme il était indiqué dans le règlement. Cinquante centimes d’Euro par kilo supplémentaire et par jour, ça peut vite faire du 100€ de supplément pour peu que mes sacs et valise dépassent la limite de trois kg, si ce n’est encore davantage.

    Peu avant de monter à bord, j’appelle Pascale pour lui donner ma position : c’est bon, j’ai un billet, mais je l’ai payé près de 550€ alors il faut voir avec l’agence comment se le faire rembourser. Je coupe le portable et m’installe en constatant qu’entre le règlement strict de n’emporter que de petits bagages peu volumineux dont un gabarit détermine la taille maximale et la réalité, je n’aurais pas dû me faire de soucis quant au nombre de sacs ou à leur dimension. Je ne me sens pas très à l’aise néanmoins dans cet avion, non pas que j’aie une quelconque peur des voyages aériens, mais j’ai opté pour une tenue confortable et ai enfilé mon survêtement aux trois bandes. Il est ancien, élimé par endroit, et j’ai quelques complexes à voyager à côté de personnes bien habillées, en costume, tailleur ou autre tenue correcte. J’ai l’impression de détoner et je regrette alors de ne pas être parti en jean, tenue décontractée portée par nombre de voyageurs de cet appareil quitte à le jeter une fois à Bari si l’excédent de poids de bagage devait être trop coûteux.

     

    Jeudi 16 avril, Milan Linate.

     

    Le voyage Paris-Milan s'est bien passé. Pour le paysage, je repasserai car j'étais placé côté hublot, certes, mais au-dessus d'une aile - on ne peut pas être un winner tout le temps - et le ciel était couvert, d'abord au-dessus puis au-dessous. Je me suis à nouveau réfugié dans ma musique n’étant dérangé que lors de la collation où je pris une boisson et des gâteaux secs.

    Arrivé à Milan, je me rends au guichet de la compagnie pour vérifier si la suite de mon voyage allait être du même style que le début. Ouf ! Je suis bien inscrit sur la liste des passagers. J'en profite même pour aller me faire enregistrer et récupérer ma carte d'embarquement. Et en plus, ma valise doit suivre, m’annonce-t-on… J'espère, pensé-je...

     

    J'achète des timbres à 0,65€ pour la France et des cartes postales puis je vais manger un sandwich et un gâteau. Oh! Les arnaqueurs ! 6,90€ pour le sandwich et le gâteau et comme si ça ne suffit pas, le vendeur ne me rend qu’1,10€ sur 10€. Je dois réclamer deux fois pour récupérer ma monnaie. Bon, je mets ça sur le compte de sa fatigue ou de sa distraction, mais je n'en pense pas moins.

    Voilà, maintenant j'ai quatre heures à tuer, alors je fais un essai de connexion avec ma clé et tente l'envoi de messages : je dois faire court car l'autonomie de la batterie de l'ordinateur indique moins de 50% de charge, soit une durée de 30 minutes environ, et je souhaite pouvoir envoyer un message de Bari ce soir à mon arrivée.


    > Bien, ma galère semble s'être arrêtée.
    > J'explique pour berurier : mon billet d'avion de ce matin avait été annulé !! Il a fallu que j'en rachète un (548€) au dernier moment.
    > Enfin, je suis à Milan et j'ai fait mon enregistrement pour Bari.
    > Espérons qu'il n'y aura plus de soucis et que je récupérerai ma valise
    > sans problèmes.
    > Je n'ai presque plus de batterie, alors je vous dis à+
    > Fab**** qui se dit qu'il y avait une 65ème étape plus éprouvante > moralement que les 64 à faire en course.

    Réponse de Pascale à 13h11 :
    > Oh je t'ai raté dommage, on arrivera peut être à se parler ce soir. On est allées faire quelques emplettes à Ikea avec Lili.
    Bisous
    Pascale.

    Je décide ensuite d'aller me reposer et de guetter si je ne vois pas de tête connue. On ne sait jamais, mais trois autres frenchies doivent passer par Milan aujourd'hui et peut-être y a-t-il d’autres futurs TransEuropéens.

     

    Vers 16h, nouveau rebondissement : j'apprends que mon vol est annulatto ou cancelled selon la langue. Stupeur ! Que faire ? Je suis un passager qui, je crois comprendre, se rend au guichet échanger sa place contre une sur un autre vol, plus tard dans la soirée. J'en fais de même non sans lui avoir demandé s’il s’agit bien du même vol Milan-Bari.

    Et voilà le vol Milan-Bari de 17h35 transformé en vol de 19h30 ! En compensation, on nous offre un ticket pour aller se restaurer gratuitement au bar de l'aéroport (un sandwich et une boisson). Deux heures de plus à tuer pendant lesquelles je ne sais pas trop comment m’occuper : me balader dans l’aéroport, m’asseoir tranquillement sur un banc et attendre que ça se passe, écouter de la musique, aller dans un café prendre une nouvelle consommation… Je préfère rester dans les alentours et me tenir au courant des éventuels rebondissements.

    L'embarquement, après plusieurs changements de l'heure du vol, a enfin lieu : il est 19h45.

    Le voyage se déroule correctement même si l'avion est plein, contrairement au vol Paris-Bari, à moitié vide. J'atterris peu après 21h après avoir survolé quelques régions que je vais traverser dans les jours et semaines qui vont suivre et que j’essaie d’apercevoir, mais l’avion vole trop haut. Je devine néanmoins le littoral et peu à peu l’obscurité de la nuit tombante me fait supposer qu’on doit survoler telle ou telle ville.

    A Bari, je retrouve mes copains Transe Gaulois qui sont arrivés sur un autre vol quelques minutes auparavant. Le temps de récupérer ma valise et nous prenons un taxi. 25€ pour quatre passagers avec des bagages volumineux, ça ne paraît pas cher.

    Le chauffeur nous met tout de suite au parfum de ce qui va nous attendre en Italie : conduite rapide, c'est peu dire, non respect des feux, des panneaux stop des ralentisseurs et autres lignes blanches. C'est un remake du film Taxi (1, 2, 3 ou 4) mais à Bari, pas à Marseille. D'ailleurs l'association des noms me fait me rappeler qu'à Bari, l'OM avait perdu en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions en 1991 contre l’Etoile Rouge de Belgrade, aux tirs au but. En attendant d’arriver à destination, tout le monde est un peu crispé.

    Déposés sains et saufs devant le Stadio della Vittoria, on s'installe dans la salle d’hébergement non sans saluer les nombreux coureurs déjà arrivés. Que de retrouvailles qui rappellent les courses effectuées ensemble, lors de mes quatre Transe Gaule principalement.

    Bien fatigués après avoir étalé chacun notre matelas et disposé nos sacs et valises tout autour de manière à tout avoir sous la main, nous allons nous coucher. L’excitation d’être enfin à Bari m’empêche de profiter pleinement de cette nuit de repos, mais il reste deux jours pleins à passer avant le départ, j’aurai l’occasion de récupérer des émotions du voyage.

     

    Vendredi 17 avril : les formalités

     

    Au réveil, après avoir grignoté un ou deux biscuits et bu un café Expresso, je décide d’effectuer, un petit footing d'une heure en solo le long de la mer avec une petite visite de la ville en prime. Cela fait 48 heures que je n’ai pas couru et ça me démange. De plus, ça va faire passer le temps, les dernières heures avant un événement attendu depuis très longtemps paraissent toujours interminables. Le footing est sympa, j’ai les jambes un peu ankylosées – le manque – et j’essaie de profiter pleinement du paysage en longeant la route du bord de mer que j’ai atteinte après avoir emprunté le boulevard situé devant le stade. J’ai l’appareil photo avec moi et de temps à autres je mitraille les monuments, les bâtiments et le port. Il fait relativement doux voire chaud même en cette matinée d’avril. Dimanche, on risque d’avoir chaud toute la journée si le printemps de cette partie sud de l’Italie s’apparente beaucoup à l’été de la côte Atlantique. Je décide d’aller jusqu’à la vieille ville et de faire demi-tour au bout de trente minutes de course. Je n’ose pas pénétrer dans les ruelles pourtant pittoresques, et je rebrousse chemin. Mes sensations sont bonnes, mais pas au top. On verra bien dans deux jours.

    Au retour, après la douche, on procède aux enregistrements et à la passation des consignes. J’en profite même pour passer un petit bilan médical, basé sur le volontariat. Prise de sang, relevés de masse grasse à différents endroits, mesures diverses (diamètres des muscles des jambes, des bras, tour de taille…), pesage (84,4kg) et réception d’un questionnaire qu’il faudra renseigner et rendre d’ici quelques jours. On m’explique que tous les quatre jours environ je passerai une IRM. Cette étude menée par des médecins chercheurs de la Clinique Universitaire d’Ulm, en Allemagne, semble sérieuse et nul doute que lors de son exploitation il y aura des constatations et conclusions intéressantes et utiles aux coureurs ainsi qu’au monde médical.

    En soirée, après avoir passé une partie de l’après-midi à ranger les affaires dans la valise, à organiser mes sacs à chaussures et à me reposer un peu, je me joins au groupe des Français pour faire une petite promenade dans les environs afin de trouver un restaurant. Pâtes, pizzas, bières, c’est tout ce dont on a besoin. Ce sont là les repas typiques d'avant course et nous avons quand même quelques difficultés à trouver un endroit qui peut nous servir, comme si accueillir une dizaine de personnes n’intéressait pas les restaurateurs. A la nuit tombée, après quelques bières, nous retournons au stade. Pour des raisons de sécurité, il y a beaucoup de personnes en situation irrégulière dans cette région de l’Italie, les grilles de l’enceinte sont fermées ; elles l’ont été à partir de 22h, et comme il est plus de 23h, nous sommes contraints de faire le mur parce qu’enfermés dehors ! À la manière de ces nombreux clandestins vivant dans les environs.

     

    Samedi 20 avril : l'attente est longue

     

    Ce samedi, nous traînons notre misère si l’on peut dire, en essayant de faire passer le temps plus vite tellement on a hâte de commencer notre course. Cela débute par un long trajet à pied pour rejoindre la mairie où nous devons écouter le discours du Maire. Sur les marches du bâtiment nous avons droit à une séance interminable de photos pour les journalistes et pour les nombreux coureurs et accompagnateurs désirant immortaliser cette rencontre. Suit un long déplacement toujours à pied sur le port pour rejoindre la terrasse d’un restaurant. Là, nous est servie une maigre collation apéritive où certains ayant pris un peu plus que de raison ne permettent pas à tous d'avoir de quoi grignoter. Est-ce un aperçu de ce qui nous attendra tous les soirs après chaque étape, à savoir que les premiers arrivés seront les premiers servis ? Quelque peu désabusés par la tournure des événements, avec la french team nous décidons de nous en aller compléter le déjeuner dans une pizzeria et le tour est joué.

     

    En fin de journée, une autre cérémonie protocolaire se déroule, suivie elle aussi d'un repas aussi frugal que long : les restaurateurs italiens ne semblent pas habitués à servir autant de monde en pâtes. Au niveau des quantités, ils ne doivent pas savoir que nous sommes tous des ultra marathoniens avec de gros besoins énergétiques. En fin de soirée nous allons tous nous coucher, chacun après avoir préparé sa tenue et ses affaires sachant que la grande aventure va vraiment commencer demain.

     


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  • Petit bilan à chaud de ma TransEurope.

    (Texte rédigé dans l’aéroport de Gibraltar, le 22 octobre 2012)

    Moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, après la fin de cette TransEurope 2012, je ne réalise pas vraiment l’ampleur du chemin parcouru pour atteindre mon objectif.

    La course ne s’est pas cantonnée aux soixante-quatre étapes, elle avait commencé bien avant, sans doute quelques mois après la fin de l’ « autre », l’inachevée, celle où j’avais fini à l’hôpital mais où auparavant j’avais quand même eu beaucoup de moments de souffrance. L’annonce de cette troisième édition avait fait tilt dans mon cerveau et je savais que, sauf impondérables dont la vie se charge d’avoir le secret, je serais au départ.

    Le temps fut long, une quarantaine de mois, un peu plus de trois années, et il n’y a pas eu une seule journée je crois où je n’y ai pas pensé. Les deux Transe Gaule ainsi que toutes les autres courses auxquelles j’ai pris part, du simple cross au plus longs challenges tels les cent kilomètres ou les vingt-quatre heures, tous ces moments ont été autant de maillons pour constituer cette chaîne me permettant de m’accomplir pendant cette TransEurope 2012. Tous mes entraînements aussi en ont fait partie, et comme je ne suis pas du genre à faire des pauses, j’étais « toujours dans la course » comme je le serai sans doute encore après.

    Cette TransEurope s’est déroulée comme je l’avais rêvée, espérée, c'est-à-dire sans blessures, ce qui est une chance mais aussi le résultat de tout ce que j’avais mis en œuvre auparavant pour ne pas me blesser. La blessure est une malchance mais ce n’est pas de la chance que de savoir s’en préserver, j’en suis maintenant convaincu.

    Il n’y a pas de préparation type pour ce genre de course, mais la mienne était celle qu’il me fallait. Pour un autre, cela n’aurait peut-être pas convenu, d’ailleurs ceux qui ont rallié Gibraltar s’étaient préparés chacun à leur manière, mais pour ce qui me concerne, j’ai vérifié que j’étais dans le vrai.

    Déjà en 2009 je l’avais été pendant plus de la moitié de la course et l’expérience des Transe Gaule courues depuis m’ont conforté dans ce choix d’entraînement.

    Au moment où je rédige ces lignes – dans l’avion qui me conduit de Gibraltar à Londres – je n’ai pas tous les éléments chiffrés sous les yeux mais je pense que ma TransEurope connut trois stades au niveau de sa gestion :

    le début, prudent, pendant lequel je prenais progressivement la mesure de la tâche qui m’attendait, qui a correspondu aux parties danoise et allemande, soit une grosse vingtaine d’étapes. J’ai couru prudemment et ma vitesse a progressivement augmenté. Je connaissais quelques étapes pour les avoir courues dans l’autre sens en 2009 et il y avait un enchaînement de plusieurs journées avec plus de 70km à faire quotidiennement ;

    la seconde partie, celle où nous avons traversé la France en 20 jours, fut une sorte de déclic pour faire le choix d’une course « au taquet », de celles où le classement compte, où la place et le chrono deviennent des priorités. Quand on est en pleine possession de ses moyens, on peut se le permettre ;

    le dernier stade de cette Transcontinentale, qui correspond à la traversée de l’Espagne, où il a fallu consolider ma 5ème place et qui fut une rude bataille, éprouvante tant physiquement que mentalement. Mais heureusement que j’ai eu à batailler ! Sinon je me serais ennuyé. Merci à Ambros, le coureur au drapeau autrichien, de m’avoir permis de garder tous mes sens en éveil et d’avoir toujours un objectif à essayer d’atteindre lors de chaque étape.

    Le fait de me retrouver de manière quasi permanente dans le groupe des « forts » ou des « rapides » m’a aussi permis de me rassurer. J’étais régulier et mises à part la première étape (15ème), la troisième et la dernière (10ème) toutes les autres m’ont vu finir entre la 4ème et la 9ème place. Les quatre premiers du classement général final étaient trop rapides, trop forts pour que je puisse prétendre rivaliser à long terme avec eux. Si l’on ajoute les trois coureurs qui ont abandonné à mi-parcours ou avant (Stéphane, Markus et Jos) mais qui étaient toujours devant moi ou presque jusqu’à leur arrêt, les autres coureurs qui ont été blessés et ont perdu de très nombreuses heures irrattrapables par la suite (Christian Fatton et Eiolf par exemple), je pense que je suis à ma place. 5ème c’est irréel, 10ème ça aurait été déjà exceptionnel, mais les faits de course qui en font aussi la beauté m’ont porté dans le top 5 d’une Transcontinentale : magique ! Mais je ne vais pas pavoiser pour autant. En 2009, beaucoup de coureurs ont gagné une place quand au matin de la 55ème étape je suis resté à quai, sur le billard de l’hôpital de Gälliväre.

    Certains diront que cette année-là, en 2009, le niveau général était plus relevé que celui de cette année : mais peut-on ou doit-on comparer ? A ce petit jeu des comparaisons ou pourrait aussi dire que l’édition III était plus facile que la seconde qui elle-même était moins difficile que la première. 5036km en 2003, 4489km en 2009, 4175km en 2012… Mais au départ chaque matin, on se met en configuration course en tenant compte justement de la longueur de l’étape. Si on doit faire 90km ou plus on ne part pas comme si on allait seulement en faire 65 ou 45. Au bout du compte, cela revient au même. On met moins de temps mais on est allé beaucoup plus vite, alors la fatigue est la même. En revanche, c’est au niveau du temps de récupération qu’on peut y gagner quoique de terminer tôt a souvent fait que nous sommes allés nous promener au lieu de penser à nous reposer.

    J’en ai fini avec ce petit bilan à chaud de ma TransEurope. Peut-être après quelques jours ou semaines referai-je un petit tour d’horizon des faits marquants de cette aventure. Pour l’instant, il me faut savourer même si au niveau émotionnel je n’ai pas encore vraiment réalisé que la TransEurope est terminée.

    A+Fab******€

     


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  • CR étape 44

    J’ai trouvé un restaurant dans lequel j’ai mangé avec Jean Benoît, Jean Pierre, Christophe et Patrick. Cette courte étape (56km) nous a permis d’avoir du temps pour nous avant les trois prochaines qui nous feront courir 74, 65 et surtout 82km. On aura certainement moins de temps pour aller se faire plaisir après l’étape, tout dépendra de la configuration des lieux et de la proximité des restaurants.

    L’étape d’aujourd’hui s’est bien passée, j’ai couru à une moyenne de près de 10,5km/h sachant que le dénivelé total approchait les 800m voire peut-être les 900m. Le temps était agréable, un peu frais au départ, mais le fait que le profil de l’étape nous proposait une quinzaine de kilomètres en descente légère (avec quelques remontées néanmoins) j’ai pu rapidement trouver une allure me permettant de garder à l’œil mes accompagnateurs (Jean Claude, Ambros…).

    Le premier ravitaillement passé, il était tenu par Gérard et Nicole, je ne bus qu’un verre de cola et repartis assez vite pour ne pas me faire trop distancer par les autres. Le 15ème km marqua un changement d’itinéraire et par la même occasion le début d’une longue montée de 8km. Le début fut assez tranquille mais quand la pente s’amplifia, je commençai à peiner, mais ce qui m’a rassuré c’était qu’il n’y avait pas que moi. Je revins rapidement sur Ambros et Jean Claude au moment où le second ravitaillement arriva et je profitais de mon court arrêt pour passer devant l’autrichien. Pas longtemps certes, mais juste ce qu’il fallait pour lui mettre la même pression que celle qu’il m’avait mise en prenant un départ très rapide (plus de 11km/h). Je ne voulais pas perdre plus de 10 minutes sur lui lors de cette courte étape et je ramais pour rester le plus longtemps possible au contact et à ce moment, d’être devant me rassurait.

    La montée, dans le brouillard, se finit et une descente courte suivit, pendant laquelle je me fis reprendre et je pris mon adversaire en chasse afin qu’il ne me prenne pas trop de temps. Il ne m’en prit pas jusqu’au troisième ravitaillement où je fis comme lui, ne prenant pas de soupe qui d’habitude me fait perdre 2 minutes par rapport à lui et comme je marchais quand même un peu afin de manger mes gâteaux il me prit une centaine de mètres que je comblais dans la montée qui suivit. Nous sommes restés ensembles ou proches encore quelques kilomètres avant que progressivement sa « machine à essorer les concurrents » se mettre en marche. Aux pointages que je faisais, il avait 1’30 d’avance puis 2’ et petit à petit je ne pouvais plus vraiment savoir de combien il me distançait. Sur un pont à côté d’un barrage à 6 ou 7km de l’arrivée, j’avais environ 3’30 de retard et je me dis que ça allait et que je ne devrais pas perdre plus de 10’ dans l’histoire. Avant d’arriver à Berga, une longue et forte montée de 3km suivie de 2,5km de descente en ville nous attendait et j’ai limité les dégâts, ne concédant que 6’ au final je crois.

    L’arrivée devant un beau et grand gymnase, sous le soleil, ça réchauffe bien les cœurs après ces derniers jours froids et pluvieux ou humides. Les Pyrénées, nous y sommes encore, et demain sans doute qu’il faudra s’en prendre encore quelques contreforts, mais on nous avait prévenus qu’en Espagne on allait souffrir. Du plat il ne devrait pas y en avoir beaucoup et j’aime mieux ça.

    Je vais retourner au gymnase pour me reposer. Il est 17h15, je poste de CR et vous dis à bientôt au gré des connexions.

    A+Fab

     

    CR étape 45

    Longue étape au relief encore montagneux, mais l’Espagne du centre n’est pas un plat pays, météo au top, frais le matin et en altitude, ombre et descente vers Guissona sur une belle route. Tout était réuni pour que je passe une bonne journée, bonne mais longue. Remarque : je trouve long de passer plus de 7h sur la route, mais les autres qui y passent plus de 10h, comment doivent-ils la trouver leur journée ?

    Je suis parti dernier de mon groupe de 7, restant au contact (à moins de 200m) de mes camarades de jeu. Le profil prévoyait qu’après une entame de 7 km environ nous allions commencer à monter pour passer de 700m à 900m en 7km. La route était de bonne qualité, les bords assez larges pour cohabiter avec les autos et camions. Une fois ce premier mont gravi, une courte descente de 3 bornes suivie d’une remontée de 2km me permettaient de reprendre le contact avec Ambros et de le laisser derrière. J’avais bien senti qu’il était moins en forme que les autres jours, mais ça m’avait déjà fait cette impression les autres jours et il avait quand même réussi à finir devant moi. Mais aujourd’hui, j’ai vite vu qu’il ne suivait pas. J’en ai remis une bonne couche au moment où d’habitude je gère les événements et du coup, il n’a pas suivi pendant les 7km de descente, pourtant son point fort habituellement. Après le kilomètre 27, le parcours était un peu en tôle ondulée et il fallut attendre le 35ème km pour remonter pendant 12 bornes. Ce n’était pas très violent comme pente, et je réussis à trouver un bon rythme. Au sommet, du moins je pensais que ça l’était, nous attendait une autre partie de tôle ondulée pendant à peine 10km avant de vraiment redescendre sur Guissona. 9km de belle route pour passer de 800m à 400m. j’étais bien et j’ai pu donner encore un peu plus rattrapant au fil des kilomètres les derniers coureurs partis à 6h45 (nous on est partis à 7h45). Seuls deux résisteront, Jean Benoît et Makoto le japonais, qui descend bien. Un dernier effort pour gravir une côte violente à ce moment de la course (3km pour monter de 100m) puis le retse en roue libre, voyant que derrière j’avais dû creuser un trou important. Résultat, 7h15’ pour 74,4km (le site indique 75,5km) et donc j’ai encore tourné à plus de 10 de moyenne. Je suis moi-même étonné de cette forme et il va falloir que je guette le moment où je serai peut-être moins bien pour ne pas risquer la blessure qui me gâcherait la fin de cette TransEurope. J’ai repris presque une quinzaine de minutes à l’autrichien que je garde à distance raisonnable (6h30’).

    Ce soir, nous avons de la connexion, et j’ai lu mes mails, dont un qui m’a effondré quand j’ai appris le décès accidentel du fils d’un copain de mon club (Laurent). La fatigue, mais surtout le choc de cette nouvelle ont fait que pendant plusieurs minutes j’étais inconsolable. J’ai une grosse pensée pour Laurent et comme je suis très loin, je voudrais lui témoigner toute mon amitié pour qu’il réussisse à surmonter ce drame, mais le peut-on vraiment ?

    A côté de ces aléas de la vie, le reste n’a que peu d’importance et donc je vous laisse et vous dis à demain.

    A+Fab

     

    CR étape 46

    La journée s’annonçait belle au niveau de la météo, et elle le fut : on se serait cru en été et, même en Bretagne des étés avec du grand beau temps comme ça c’est rare. 13° seulement au départ et plus de 25° à l’arrivée. Très peu d’ombre car nous avons suivi une longue route relativement droite, peu vallonnée, sans arbres la bordant, et on a même suivi l’autoroute sur une voie parallèle. C’est dire que la compensation d’avoir du beau temps était quand même minime par rapport à l’ennui généré par ces longues lignes droites. Heureusement, les bas côtés et la circulation n’ont pas ajouté beaucoup d’éléments négatifs à cette journée coincée entre deux longues étapes. Ce ne fut pas de la récupération, mais je n’ai pas « tapé dedans ».

    J’ai encore tourné à plus de 10km/h à la poursuite du drapeau rouge et blanc avec l’aigle ou le faucon, emblème de l’Autriche. Il est arrivé 7’ avant moi et ne m’a pas repris ce que je lui avais « chipé » la veille. Mais le bougre est coriace et il attaque dès le départ. J’avais mis, comme hier, mon MP3 afin de me couper du monde et de penser à autre chose qu’à lui faire la chasse. Mais j’avais néanmoins toujours un œil à l’horizon.

    La journée a passé relativement vite, je calculais qu’avec ma vitesse et les 67,4km d’inscrits sur le road book je mettrais environ 6h30 et à deux minutes près, c’est ce que j’ai fait. Sur le site, ils mettent qu’on a fait 66,7km ; je ne saisis pas leur manière de les compter et surtout ensuite de les officialiser.

    Je n’ai pas de bobos, c’est le principal, et je m’apprête à passer la longue étape de 83km de demain. Il risque de faire chaud, il n’y a pas de difficulté particulière mise à part une montée assez forte à partir du km45 : on montera de 350m sur 9km. Ce qui rendra l’étape peut-être moins passionnante c’est les longues lignes droites que nous risquons d’avoir lors des premières heures de course. La fin sera plus variée car après la descente nous aurons des bosses régulièrement espacées d’environ 4km et ce, jusqu’à l’arrivée.

    Ce soir, nous avons encore eu un excellent dîner. Les espagnols sont très accueillants et le personnel qui nous a préparé et servi le repas a été très sympathique. Salade de pâtes avec ananas, surimi, dés de jambon, en entrée, puis saucisse grillée avec des chips en plat principal et un fruit en dessert. Le tout a été arrosé d’eau bien fraîche ou de vin rouge local que les japonais ont comme à leur habitude plus qu’honoré. J’ai rarement vu des picoleurs comme eux ! Ils sont fans des vins européens. Mais ils ne crachent pas non plus sur la bière d’après course. Et le lendemain, ils sont toujours vaillants, souriants même dans les plus difficiles épreuves. On ne les entend jamais chouiner et ils encaissent leurs bobos sans mot dire.

    Je vous quitte pour ce soir où comme depuis notre entrée en Espagne nous avons de la connexion sans code et sans frais. J’espère que demain ça sera pareil. La contrepartie est que les douches ont encore été froides. Mais en été, enfin ici on s’y croit, on les a trouvées assez bonnes quand même.

    A+Fab

     

    CR étape 47

    Nous avons couru aujourd’hui notre dernière très longue étape (de plus de 80km j’entends, car il reste encore le trio de 70/77/76 dans trois jours) et en plus de la longueur il fallait composer avec une seconde moitié très vallonnée ainsi qu’avec la chaleur dans cette région d’Aragon très aride. Il y avait tout au long du parcours du début d’étape des plantations d’arbres fruitiers (pêchers, amandiers, oliviers…) et plusieurs usines ou entreprises dont l’activité est en rapport avec ces productions fruitières. Les villes m’ont semblé quasi désertiques, même si le peu d’habitants présents nous regardait passer avec étonnement. Il doit y avoir aussi beaucoup de travailleurs saisonniers. Les bâtiments construits en brique rouge ne sont pas très beaux, mises à part quelques habitations de personnes un peu plus riches et qui ont essayé de donner un certain cachet à leur demeure.

    Quand nous sommes partis ce matin, il fallait traverser Lérida (Lleida) et ce ne fut pas une mince affaire de repérer le fléchage. Je me suis retrouvé dernier du groupe avec Jean Claude et nous nous repérions en suivant les autres qui étaient partis vite. Bien sûr quand ils se sont retrouvés perdus, cela a fait notre affaire car nous les avons rattrapés et une fois le groupe reconstitué, nous avons retrouvé notre chemin. Robert prit la tête du groupe et … c’était moi qui le suivais. Je suis même passé devant pendant un quart d’heure car je trouvais qu’il n’avançait pas assez vite pour mon rythme. Au premier ravitaillement, je stoppais pour un arrêt technique de telle façon qu’il passe le premier car je ne me voyais pas prendre mon ravitaillement avant les cadors. J’ai néanmoins poursuivi mon effort et restais second ou troisième assez longtemps puis les autres, Henry, Trond et Jean Claude ont repris leur place devant. Le seul qui ne m’avait pas rattrapé c’était Ambros qui avait été lâché.

    Les longues portions de route interminables et droites par moment étaient assez fréquentées, mais les bas côtés étaient encore assez larges pour que nous puissions courir tranquilles. Parfois une traversée de petite ville, parfois un giratoire ou un petit chemin permettant d’éviter la route principale nous changeaient de la routine, mais ce fut quand même un début d’étape laborieux malgré la vitesse de course (10,5km/h). Je passais le marathon en environ 4h et je savais qu’à partir du km 45 on allait changer de profil de course : ça allait monter et parfois assez fortement. Nous avons longé l’Ebre puis l’avons franchie en prenant un long pont d’où je voyais que derrière il n’y avait personne en vue. Un second pont un peu plus loin marqua le début de la montée : 9km environ où je peinais, le temps de me réhabituer à la côte et parfois au gré d’un faux plat ou d’un pourcentage moins élevé je relançais, ou j’essayais. Arrivé en haut, la descente fut la bienvenue, mais je mis quelques hectomètres avant de prendre une bonne allure. Jusqu’alors, le temps avait été frais, un peu de brume empêchant le soleil de réchauffer trop vite l’atmosphère. Mais quand nous fûmes sur les hauteurs, malgré la température encore agréable due à l’altitude, je sentais que le soleil n’allait pas être un bon allié.

    La vallée de l’Ebre a laissé la place à un paysage de western où j’avais toujours l’impression que des indiens allaient nous attaquer du haut des falaises. C’était beau, il y avait parfois de vieilles constructions en ruines d’autres servant de lieux de visites pour les amateurs de vieilles pierres. Il faisait chaud, mon cheval avait soif, au loin je croyais apercevoir les Daltons… Non, je n’avais pas d’hallucinations, c’était juste pour voir si vous suiviez. En guise de Dalton, c’étaient les coureurs du groupe parti une heure avant que je voyais au loin et que j’allais bientôt reprendre. Ce ne fut pas facile car la succession de violentes bosses suivies de non moins violentes descentes ne me permettait pas d’aller à un rythme de course régulier et je commençais à fatiguer. Je n’étais pas le seul car je rattrapais Trond avec qui je suis resté jusqu’à la fin de l’étape. Nous sommes arrivés en haut de la dernière bosse pour découvrir que Caspe, la ville étape, était perchée sur une hauteur qu’il allait falloir escalader. Ce fut moins difficile que prévu, mais sans doute était-ce parce que la fin de l’étape se profilait.

    Nous avons fini ensemble, 4ème ex aequo ce qui fait ma meilleure place depuis Skagen. J’ai repris quelques minutes à mon adversaire autrichien qui, comme dans la partie d’échecs que nous faisons depuis un bon mois, devrait essayer demain de reprendre du temps. On se tire la bourre, mais on se respecte et c’est sympa quand on se serre la main après les étapes en se félicitant l’un et l’autre.

    Cette étape marque le changement de province, nous ne sommes plus en Catalogne mais en Aragon (Sarragosse) et petit à petit, vers le sud ouest nous allons retrouver des montagnes pour je crois arriver dans la Mancha. On verra quand on y sera, en attendant il y a deux courtes étapes à faire (44km demain et 60 après demain) alors profitons-en pour nous refaire une santé.

    Aujourd’hui, Fred Gallais a renoncé à aller plus loin dans la douleur, son genou l’inquiétant de plus en plus et sa vitesse n’assurant plus une arrivée dans les délais. Ça m’a fait de la peine, mais je n’ose pas imaginer ce qu’il a dû endurer avant de jeter l’éponge et la dose de courage qu’il lui a fallu pour prendre cette décision et l’accepter.

    A demain

    Fabrice

     

    CR étape 48

    Une courte étape pour « se reposer », en tout cas pour mettre moins de temps que sur les autres et pour pouvoir bénéficier de temps à soi.

    Nous avons quitté Caspe dans la fraîcheur du jour se levant, le ciel était dégagé, et il fallait en profiter. La suite de la journée n’allait peut-être pas rester aussi tempérée. Le début de l’étape, en montée pas trop prononcée avec quelques portions quand même plus pentues, s’est bien déroulé. Je me suis vite mis dans le rythme et j’espérais tenir l’allure le plus longtemps possible sachant qu’après une douzaine de kilomètres on allait vraiment commencer à monter. Je courais à un peu plus de 10 à l’heure et je me trouvais en 4ème position, Ambros et Trond n’ayant pas suivi mon allure alors que je n’avais pas l’impression de tout donner. La côte me fit ralentir et après 5 bons kilomètres je me retrouvais sur le plateau avant la redescente après 3km de faux plat vers la vallée. Kilomètre 24, plus que 20, le temps passait vite et c’était mieux ainsi. Jusqu’alors, le soleil n’avait pas été bien vaillant, du brouillard ou des brumes de chaleur avaient envahi les hauteurs ce qui nous avait protégés et bien rafraîchis.

    Mis à part dans ces montagnes basses où la route était un peu plus sinueuse, le reste du temps on a couru sur de longues lignes droites et de part et d’autre on voyait de petits cañons ou des plantations d’arbres fruitiers, toujours les pêchers, les amandiers et autres oliviers. Parfois, les canaux d’irrigation, souvent à sec, bordaient des zones de verdure où paissaient des moutons. Mais c’était rare.

    Le long faux plat menant pendant 20km jusqu’à Calanda, parfois bosselé, passa rapidement, j’avais toujours la musique de mon MP3 et comme j’étais seul, je ne me posais pas de questions. Je doublais parfois des concurrents partis 45’ avant (c’était un « cadeau » d’Ingo) mais pour le reste, c’était la grande solitude du coureur de fond. Quelques conducteurs klaxonnaient pour m’encourager et je ne manquais pas de les saluer de la main.

    L’arrivée dans une zone semi aride, avec un collège et le complexe sportif en point de mire, était précédée par un passage dans une rue où une fête foraine était en train de s’installer. C’est le week-end qui commence.

    J’ai fini 4ème de l’étape, tout seul cette fois, et j’ai l’impression que ma journée a été bonne.

    Seul hic au programme : pas de connexion internet. Ainsi, ce CR vous le lirez avec plus de 24h de retard.

    A+Fab

     

    CR étape 49

    Notre groupe de départ s’est étoffé de 4 coureurs et nous sommes donc partis à 10 (+ le « trottinetteur » Peter) à 7h45. Le ciel était découvert et la journée s’annonçait chaude. Le dénivelé prévu était de plus de 1000m au total, avec des passages de cols à 1250m et une ville d’arrivée située à plus de 1000m d’altitude (Escucha).

    Les 15 premiers kilomètres en faux plat montant principalement ce qui n’écartait pas quelques bonnes petites portions plus rudes se passèrent assez bien. Notre petit groupe explosa vite et Henry, Robert et Jean Claude se détachèrent facilement. J’étais avec Jean Benoît, Trond et Ambros ; nous n’étions pas regroupés, mais espacés de quelques dizaines de mètres et le reste du groupe de 7h45 se retrouva vite assez loin derrière. Toujours de longues lignes droites sur une route de bonne qualité avec assez d’espace pour cohabiter avec le peu de véhicules la fréquentant. Quelques villes ressemblant à celles déjà traversées les jours précédents, le même genre de cultures sur ces plateaux parfois tronçonnés par des rivières aujourd’hui à sec. Paysage aride digne des westerns spaghetti, avec, pour faire plus vrai, les vautours ou autres oiseaux de proie survolant les collines. Quelques cultures en terrasse, beaucoup d’autres avec des systèmes d’irrigation (arrosage ou canaux), beaucoup de bâtisses en ruines. C’est à travers ces paysages de désolation, mais néanmoins superbes car dépaysant par rapport à ceux que nous voyons toute l’année, que nous traînions notre peine. La chaleur commençait à devenir gênante surtout dans les parties montantes et sans ombre. Parfois au détour d’un cañon nous nous retrouvions face au vent qui avec l’altitude progressive nous donnait un semblant de fraîcheur.

    C’est que du 15ème km au 33ème, nous étions passés de 600m à 1000m et par la suite nous allions rester sur un haut plateau entre 900 et 1250m. Ce plateau n’était pas vraiment plat tronçonné par d’anciens cours d’eau qui lui ont donné un profil très accidenté avec de belles bosses à escalader puis à dévaler.

    A 5km de la fin, une belle descente nous amena au pied d’Escucha, et après un dernier effort pour remonter dans la ville, JB, Trond et moi-même étions contents d’en avoir fini. Nous nous étions regroupés à 2km du but dans la longue et dernière descente. Nous avons fini 4èmes ex aequo.

    A+Fab

     

    CR étape 50

    Enfin de la connexion !

    Je suis dans une brasserie avec Jean Pierre, Patrick et Fred Gallais en train de siroter un panaché (ou deux même) et j’en profite pour écrire mon CR du jour. Il fait chaud, plus de 25° dans les rues de Teruel. C’est l’été, ce dimanche faisant penser aux vacances tant les gens sont de sortie.

    Bon, revenons à la course. D’abord, ma 4ème place du jour n’est pas due à ma vitesse et à ma belle étape, Trond qui avait largement fait le trou, plus de 5’, a trouvé le moyen de perdre l’itinéraire de vue et s’est retrouvé sur une mauvaise route. Quand il est arrivé, je ne le savais pas et j’ai constaté qu’il avait un sacré retard.

    Sinon, l’étape a commencé plein pot en côte, 6km de montée entre 5 et 7% au réveil, ça use bien, puis après une petite descente où on aurait pu récupérer un peu, longue de 9km, il fallait remonter encore à 1400m ou plus pendant 3km. Les éoliennes étaient mes seules compagnes car avec les autres coureurs on était dispersés sur la route, à une centaine de mètres les uns des autres. La fraîcheur bienvenue faisait que la transpiration était modérée et je suis plutôt resté en dedans sachant que j’avais une réserve de « puissance » au cas où. Je n’ai pas eu à m’en servir, considérant cette étape comme une journée de transition avant les deux prochaines (77 et 76km) et l’apparition de quelques petites courbatures ou douleurs depuis une semaine m’incitent à la prudence, même si j’aime bien « envoyer » un peu.

    Il restait plus de 50km quand j’avais atteint le dernier sommet de 1400m et le paysage changea petit à petit. La verdure refit son apparition et les terres rouges devinrent de plus en plus présentes. Une ancienne ligne de chemin de fer, dont il ne subsiste que d’anciennes gares ou de vieux entrepôts désaffectés, nous fit de la compagnie pendant de très longs kilomètres. Les espagnols ont parfois tenté de tirer parti de ce patrimoine historique, témoin des activités minières d’antan. Ils ont mis certains sites en valeur et on avait l’impression encore une fois de traverser les grands espaces que l’on voit dans les westerns. Toujours pas d’indiens par contre. Les villages, on ne les traversait pas car des déviations de bonne qualité – comme la route sur laquelle nous avons couru – avaient été aménagées. Très peu de circulation en ce dimanche d’octobre, sans doute parce que la région n’est pas fortement peuplée, mais souvent des petits coups de klaxon d’encouragement nous faisaient lever la tête et répondre d’un geste amical.

    Je suis arrivé en un temps d’un peu plus de 7h pour 69,6km ce qui montre que ma moyenne est un peu moins élevée que lors des étapes de ces derniers jours. Il ne reste que 14 jours de course, rien n’est joué, il faut continuer à être prudent, surtout lors des deux prochains jours où l’on va courir plus de 150km. La chaleur modérée jusqu’à présent le restera-t-elle ? Je le souhaite parce que ça permet de ne pas taper de trop dans les réserves.

    A demain, j’espère, si j’ai une connexion.

    Fab

     

    CR étape 51

    Après un repas tardif qui s’est terminé au-delà des 20h30, je suis allé me coucher et j’ai mis la radio pour écouter le « Classico » Barça-Real en direct sur une radio espagnole. Je me suis endormi après la fin du match toujours avec la radio branchée dans mes écouteurs et je me suis réveillé un peu plus tard dans la nuit pour tout couper.

    Ce matin, j’étais en forme malgré ce temps de sommeil raccourci et comme je n’avais pas pu me reposer dans l’après-midi pour cause de connexion dans un café, j’avais peur de ne pas avoir la pêche.

    Je me suis préparé et je suis parti dans le 3ème groupe, celui de 7h30, 30’ après le second et une heure après le premier.

    La sortie de la ville fut assez compliquée, avec des montées et des descentes assez fortes et quand je me suis retrouvé enfin sur la route plate j’étais soulagé. Une quarantaine de kilomètres de semi-descente (on est passé de 880m à 750m d’altitude en 40km) sur une route assez étroite par rapport à celles empruntées depuis l’entrée en Espagne, où il fallait faire attention aux camions du lundi matin, ainsi qu’aux autres véhicules déboulant dans les courbes comme s’il n’y avait personne, tout ça ça use un peu le mental et comme les jambes étaient un peu douloureuses, je me suis mis sur un faux rythme un peu tranquille pour anticiper la grande montée qui nous attendait à partir du km 40. J’étais avant dernier de mon groupe, seul Christian Fatton n’avait pas réussi à suivre, et j’ai dû m’arrêter pour une envie pressante, laissant les autres compagnons de ce groupe partir devant. Je ne m’en fis pas une montagne, sachant que je souhaitais gérer l’étape tant que les douleurs seraient présentes. J’ai compté jusqu’à 5’ de retard sur l’autrichien, les autres étant déjà très loin devant.

    Au pied de la côte qui devait nous faire passer de 750m à plus de 1300m en 11km, j’avais fait la jonction avec Ambros et je montais à mon rythme, ne le lâchant pas avant 5 ou 6 km. Après, je ne le revis plus et malgré de longues périodes de marche et d’autres d’alternance marche-course, je continuais de creuser l’écart. Plus on montait, plus il faisait chaud et moins il y avait d’ombre. C’était usant, mais pas autant que le vent de face que nous avons trouvé une fois le passage du Puerto (le Col). Moi qui pensais dérouler dans la descente, je dus piocher pour maintenir un bon tempo. Mais j’avais du mal à tourner à plus de 10km/h. j’avais repris beaucoup de coureurs partis 1h ou 30’ avant moi, et là, il n’y en avait plus beaucoup en vue, sinon Fred Borel et Neil, l’anglais, ainsi qu’un japonais et Wolfgang, un allemand.

    Le profil de cette partie descendante n’était pas très prononcé et j’eus le temps d’admirer le paysage. Autant avant le col c’était verdoyant et parfois nous avions cheminée dans des gorges ressemblant un peu à l’Ardèche, autant après ce fut le retour de terres sèches où paissaient néanmoins quelques troupeaux de moutons encadrés par leur berger et les chiens de troupeau.

    De longues lignes droites firent de cette fin d’étape une partition monotone dont on aimerait que cela cesse au plus vite. Le plus vite, ce ne fut pas le cas, mais comme j’avais été patient, la fin finit par arriver et avec soulagement je franchis pour la 51ème fois l’arche d’arrivée. Un peu plus de 8h pour 77km, ça me fait du 9,5km/h de moyenne, rythme un peu poussif par rapport aux dernières sorties, mais je pense que l’organisme – commandé par le mental - commence à dire « Vas-y mollo, Gibraltar n’est plus très loin, tu n’as plus rien à gagner, par contre tout à perdre. »

    Au final, je suis 6ème de l’étape, Jean Benoît – parti 30’ avant ayant profité de l’ « aspiration » derrière Jean Claude quand il l’a rattrapé – terminant l’étape avec 5’ de moins que moi.

    Ce soir, après une petite sieste d’1h30, nous sommes allés dans un excellent restaurant (d’où je peux rédiger puis envoyer ce CR) et maintenant, je vais vous laisser en souhaitant avoir demain la possibilité d’envoyer mon CR de l’étape suivante.

    A+Fab

     

    CR étape 52

    La plus longue des dernières étapes avant Gibraltar ne s’annonçait pas facile car elle survenait après trois autres étapes de 60, 70 et 77km. Un kilomètre de moins qu’hier à faire sur un parcours moins vallonné, mes prédictions de chrono étaient de l’ordre de 7h45 si je ne connaissais pas de problème majeur. La chaleur prévisible à partir de midi allait-elle me faire ralentir ? C’est avec toutes ces petites interrogations que je pris le départ ce matin à 7h30, dans le 3ème groupe, où nous n’étions que 6 (Henry, Robert, Trond, Jean Claude, JB et moi).

    Dès le début mes jambes étaient bonnes et cela me rassura car j’avais quelques douleurs aux adducteurs depuis deux ou trois étapes. Le train mené par Robert n’était pas trop rapide et je maintenais un écart « visible » avec les 4 de devant, seul Jean Claude était resté un peu derrière comme il le fait souvent, le temps que la machine s’échauffe. Les gars de tête de course ont l’habitude d’optimiser, plus ou moins à bon escient pour certains, les trajectoires et coupent donc de ce fait leurs virages. Quand au loin une longue courbe à droite se profile, on reste à droite de la chaussée et, comme les routes espagnoles sont larges et leurs bas côtés spacieux et bien entretenus, on ne craint pas d’être happés par quelque véhicule. Nous étions donc dans cette configuration quand les 4 hommes de tête qui m’avaient pris entre 200 et 500m ne virent pas le fléchage à gauche de la route qui disait de prendre la route de Boniches. A droite moi aussi, mais ayant l’avantage d’avoir révisé mon road-book, j’ai eu un doute et je suis retourné sur la gauche de la route pour voir les flèches de plus près : il fallait bien aller à droite ! Je criais pour rameuter les étourdis et je me retrouvais en tête du groupe avec une bonne avance puisque le temps qu’ils fassent demi-tour et qu’ils reprennent la bonne direction, les écarts avaient doublé en ma faveur. Seul Jean Claude ne s’était pas fait avoir puisqu’il était encore derrière moi à ce moment. Je passais au premier ravitaillement en tête au grand étonnement des bénévoles et je leur expliquais le pourquoi de la chose. Robert fut le premier à me rattraper et il me remercia, tout comme l’ont fait les autres par la suite.

    Cette anecdote avait eu comme conséquence de me redonner des jambes et ma moyenne dépassait les 10 et approchait les 10,5km/h. Pas mal pour un lendemain de grosse étape, mais je me résolus à réduire la cadence car il restait du chemin, plus de 60 km avant l’arrivée.

    Je commençais à rattraper des attardés du premier groupe puis certains du second. La température était encore agréable, fraîche, mais avec le lever du soleil et son apparition au-dessus des montagnes, je savais qu’on allait avoir chaud. Les ravitaillements n’étaient pas trop éloignés les uns des autres aujourd’hui et c’était une bonne chose pour ne pas se faire surprendre par la soif. Entre 6,5 et 8,5km, ça donne un passage toutes les 40 à 50 minutes pour remplir ses bouteilles et grignoter quelque chose.

    Bientôt la vallée ombragée se termina et nous nous sommes retrouvés de nouveau sur un haut plateau après une énorme montée de 3km avec des portions à 10% que je négociais en marchant car je n’avais pas envie de perdre trop d’énergie. Il restait encore une trentaine de kilomètres à faire, soit environ 3h sinon plus selon mon état futur.

    La partie qui suivit, sur le plateau, avec quelques montées, quelques descentes et surtout plein de faux-plats face au vent qui devenait chaud ne proposait plus d’ombre. Les camions quand ils me croisaient me scotchaient littéralement à la route et j’anticipais en baissant la tête et en tenant ma casquette que je n’avais pas envie d’aller rechercher dans les buissons ou au-delà des barrières de sécurité.

    J’étais poussif, mais j’avais déjà décidé de ne pas m’acharner à essayer de courir à la limite, ainsi j’alternais souvent marche et course. La fin fut interminable, mais quand l’arrivée fut atteinte, en 7h50’ à peine, j’étais content quand même de mon étape. Je finis 7ème, JB étant resté devant et deux autres coureurs du groupe parti à 7h ayant mis deux minutes de moins que moi. Seul Trond n’a pas eu assez de force pour courir aussi vite qu’il le faisait auparavant. Il a lâché un peu, souffrant encore de dérangements intestinaux.

    Maintenant, tous les coureurs sont soulagés d’avoir vu la fin de cette série de longues étapes et les trois prochains jours vont permettre à tous de se refaire une santé, à commencer par l’étape de demain, longue (ou courte) de 39km.

    A+Fab

     

    CR étape 53

    La plus courte étape de la TransEurope 2012, même pas un marathon ! Et bien elle s’est bien passée malgré un classement inférieur à ce que j’ai fait ces derniers temps. Pourtant, ma moyenne reste correcte, mais ce sont les autres, encore à la bagarre, qui sont allés plus vite qu’à l’habitude. Je n’ai pas cherché à les suivre, préférant savourer et gérer tout en ne prenant pas de risque qui puisse me plomber la fin de cette merveilleuse aventure.

    Le parcours fut plat, malgré quelques petits faux plats, et le temps fut tout aussi estival que depuis que sous sommes descendus des Pyrénées.

    Je suis parti assez vite, avec Jean Benoît dans mon sillage, et après 2h j’avais déjà fait plus de 21km. Ainsi il ne me restait que 18km à faire et je décidais alors de couper quelque peu mon effort et de finir en « roue libre », pas si libre que ça, quelques douleurs aux adducteurs venant perturber ma course. J’ai eu surtout des difficultés quand il fallait repartir des postes de ravitaillement car le passage de l’arrêt à la course s’accompagnait d’une difficile période de réadaptation.

    Je me suis fait dépasser par des coureurs qui reviennent en forme mais qui sont déjà très loin de moi au général et qui ne risquent pas de revenir sauf en cas de récidive de 2009.

    A ce propos, demain soir ce sera la fin de la 54ème étape et je vais tout faire pour prendre le départ de la N°55. A ce moment, j’aurai conjuré le sort qui m’avait laissé à l’hôpital le 12 juin 2009 et qui avait vu la caravane continuer son périple vers le Cap Nord sans moi.

    Je ne vais pas y penser, je savourerai en temps voulu. Ce que je sais, c’est qu’il ne reste que 11 jours et moins de 630km à faire. Demain, l’étape sera longue de 57km environ, et je vais continuer de gérer les choses comme depuis deux ou trois jours, en essayant toutefois de retrouver quelconque plaisir, car la lassitude commence à se faire sentir. C’est sans doute comme quand on sent l’écurie mais que celle-ci est encore lointaine. La moitié de l’Espagne (et même plus) a été traversée, souhaitons que le reste soit aussi sympathique. L’Espagne du « milieu » est très accueillante et comme le temps est au beau fixe, les terrasses des cafés sont souvent agréablement peuplées.

    Bien, sur ce, je vous laisse et vous dis à demain s’il y a de la connexion.

    A+Fab

     

    CR étape 54

    40 mois, depuis le 11 juin 2009, se sont écoulés. Pourquoi le 11 juin 2009 ? Parce qu’il s’agissait de ma dernière étape de la TransEurope 2009 et que le lendemain je n’avais pu prendre le départ pour cause d’opération en urgence pour un doigt de la main infecté. Il restait alors plus de 722km à faire en 10 jours, et j’en avais fait 3764,8 si ma mémoire est encore intacte.

    Cette année, nous avons parcouru 3606,8km (soit 158 de moins) et il ne nous en reste que – si l’on peut dire – 569,1 à faire (153 de moins qu’en 2009). Les conditions sont très différentes cette année : nous sommes moins nombreux, l’ambiance est meilleure (relation de cause à effet sans doute), l’Espagne en automne propose un climat meilleur que celui de la Suède à la fin du printemps, en tout cas moins contrasté et plutôt orienté vers le beau grand temps chaud que vers la froidure et la neige. Pour l’instant, la nourriture aussi est meilleure et les hébergements sont assez spacieux avec des sanitaires corrects pour pouvoir contenter tout le monde.

    C’est avec tous ces éléments dans la tête que j’ai pris le départ de cette 54ème étape ce matin. Nous étions 9 dans notre groupe et le train fut relativement modéré sur les premiers kilomètres. Peu à peu, les plus rapides se sont détachés et sur les nombreuses longues lignes droites on les apercevait de plus en plus loin. Un vent de ¾ de face a soufflé pratiquement dès le début de l’étape et quand nous croisions un camion, on se retrouvait scotché à faire du surplace.

    J’ai couru toujours à proximité de Jean Benoît, tantôt devant, tantôt derrière et parfois je lui proposais de s’abriter du vent quand celui-ci était véritablement handicapant. Entre le km 9 et le km 12, la ligne droite s’est interrompue pour nous faire prendre une petite vallée, donc avec une descente puis une remontée. Ensuite, ce fut à nouveau le vaste plateau et ses longues portions de routes rectilignes. De temps à autres, nous devions escalader un pont, comme celui sur la ligne de TGV espagnole Madrid-côte Est, ou au-dessus d’une route à grande circulation. Ça ne changeait rien à la monotonie du paysage avec des champs de maïs, ou d’autres fraîchement retournés où affleuraient des pierres, ou encore des plantations d’arbres fruitiers.

    Vers le milieu de l’étape, nous avons commencé à apercevoir le changement de programme qui nous attendait : une barrière montagneuse qui allait nous faire passer du plateau de 700m à plus de 900m d’altitude mais en plusieurs kilomètres une grosse quinzaine environ.

    Le vent était toujours défavorable et je choisis l’option « course sur le côté droit de la chaussée » (très large) pour ne plus me faire clouer sur place par les gros camions. A 11 kilomètres de l’arrivée, nous avons enfin changé de route, plus calme et aussi mieux exposée par rapport au vent qui était passé de côté voire de ¾ arrière. En revanche, le vallonnement était plus important mais cela me permit de retrouver un bon rythme de course pour terminer cette étape au plus vite. Jean Benoît, un moment distancé quand mes jambes me permirent d’accélérer dans les montées, me reprit et nous avons fini l’étape ensemble. Il a chuté à un kilomètre de l’arrivée, se prenant les pieds dans une branche qui traînait sur le bord de la chaussée, heureusement sans trop de bobos, juste quelques écorchures.

    Le chrono s’arrêta sur 5h55’55 et la place de 6ème ex-æquo nous contenta, tellement cette étape avait été difficile.

    Demain matin, en prenant le départ de la 55ème étape, j’aurai une pensée pour la mésaventure que je connus 40 mois auparavant, mais je ne vais plus focaliser là-dessus par la suite, l’objectif étant d’atteindre Gibraltar, en pleine forme de préférence.

    A+Fab

     

    CR étape 55

    Je suis arrivé à terme de cette 55ème étape et j’ai ainsi conjuré le mauvais sort de 2009.

    Cette étape s’est mieux passée que celle d’hier, même si j’ai ressenti les mêmes douleurs au bout de 15km. Les adducteurs puis le bassin sont un peu « fatigués » par la succession des jours et des kilomètres et ça tire un peu de partout.

    Le profil de l’étape était un peu plus accidenté et ce n’était pas pour me déplaire car la platitude n’est pas mon fort sur les longues distances. Bien sûr, j’aurais préféré ne pas attaquer tout de suite la montée, mais on ne pouvait pas y échapper : 6km pour passer de 900m à 1050m, avec parfois des passages à près de 10%.

    Nous étions 7 dans le groupe des « moins matinaux » et je suis toujours resté soit 5ème soit 6ème en ayant comme objectifs de ne pas trop traîner en route afin de passer le moins de temps possible sur le bitume et de ne pas pousser l’organisme afin de ne pas souffrir. Le vent encore défavorable a ajouté à la difficulté de maintenir un bon tempo de 5’45/km et ma cadence oscillait – en fonction des côtes et des descentes, des parties abritées ou non – entre 6’15 et 5’30. Pendant longtemps j’étais à plus de 10 de moyenne générale, mais j’ai pris un peu de temps aux ravitaillements et j’ai aussi souvent eu recours à des moments de marche.

    L’itinéraire emprunté entre le km 6 et le km29, fait de bosses et de creux, nous a montré que cette région, fort exposée aux vents, était aussi par voie de conséquence très fournie en éoliennes. Nous en avons vues des dizaines qui tournaient presque toutes. Parfois des forêts nous abritaient pendant quelques hectomètres, mais une fois sur les plateaux défrichés et cultivés, nous nous reprenions le vent de plein fouet. Les cultures céréalières souvent de blé déjà moissonné alternaient avec des plantations d’arbres fruitiers. Sur le bord de la route il y avait aussi beaucoup de petits chênes avec de petites feuilles. Les fossés ou bas côtés étaient rocailleux et souvent jonchés de détritus.

    Une fois arrivé à la moitié de l’étape, ou un peu plus que la moitié, la route descendait et en 15km nous avions perdu 250m, ce qui avait eu aussi comme conséquence de redonner un peu de « jus » à la moyenne, poussive jusque là. Les paysages changèrent aussi et nous nous sommes retrouvés dans une longue vallée bordée de massifs montagneux (les sierras) dont les pentes accueillaient des cultures ou plantations d’arbres fruitiers. Beaucoup de bâtisses en ruines, quelques sommets de collines témoin d’une occupation historique de seigneuries avec des restes d’enclos ou de fortifications de pierres. Nous avons souvent cheminé sur les routes de Don Quichotte qui aujourd’hui ont été remises en état pour le tourisme.

    Le temps était frais à souhait et on apercevait sur les chaînes de montagnes de gros nuages noirs qui devaient apporter des orages et de la pluie. Ce n’est qu’une fois arrivé et installé dans l’hôtel où j’avais réservé une chambre avec Jean Pierre et Jean Benoît que nous avons eu le droit aux orages et à la pluie, qui n’ont pas duré, simplement le temps de prendre la douche puis de se restaurer.

    L’hébergement dans un garage ne m’avait pas inspiré et j’ai bien fait de prévoir l’hôtel car tout y sera réuni : repas du soir et petit déjeuner. En plus de la douche chaude et d’un bon lit moelleux, toutes les conditions sont réunies pour me relancer vers Gibraltar.

    A+Fab

    PS : pas de connexion ce soir, alors ce CR sera lu en différé.

     

    CR étape 56

    Après une reposante nuit à l’hôtel dans un vrai lit, une longue étape nous attendait, 65,6km, une des dernières grandes avant Gibraltar – il n’en restera qu’une de 72, une de 62 et une de 60, les autres pouvant être considérées comme des courts moments de course même si le dénivelé sera parfois assez important. Nous avions eu un bel orage la veille au soir et la question du matin concernait la météo du jour. Au réveil, ça allait, le ciel était dégagé et la température ambiante fraîche mais pas froide, avec un petit peu de vent, sans rapport avec celui de la Mancha qui faisait tourner les moulins de Don Quichotte naguère et les éoliennes qui les ont remplacés depuis.

    Je suis parti et me suis retrouvé rapidement le dernier du groupe des 7, n’arrivant pas à suivre le rythme foldingue imprimé dès le départ par mes collègues. Je mis quelques minutes à me faire une raison et je refusais de lutter ce qui m’aurait peut-être provoqué quelque désagrément.

    Les 32 premiers kilomètres, en faux plat descendant, avec alternance aussi de quelques montées un peu plus prononcées et de descentes du même type, m’ont fait néanmoins adopter un rythme autour de 10,7km/h pendant la première heure puis ma moyenne est progressivement passée à 10 quand j’atteignis le km 32. Les arrêts aux ravitaillements ayant été plus longs qu’à l’habitude afin de bien m’alimenter.

    Les 20 km suivants ont été moins faciles à négocier, sur un parcours plat malgré quelques bosses légères et je n’avais qu’un hâte, que mon décompte mental pour atteindre la ligne d’arrivée passe le plus vite possible. Pour cela, j’avais mis la musique et je me permettais des petits moments de marche pour récupérer et retrouver un peu d’envie.

    Au kilomètre 52, je me suis retrouvé au pied d’une longue et forte montée et j’eus beaucoup de peine à la gravir en courant ; ainsi j’alternais marche et course. Devant, les autres devaient déjà avoir pris une grosse avance, ça faisait plusieurs heures que je ne les voyais plus, mais j’avais décidé de les ignorer afin de ne pas me mettre de pression inutile, que je fasse 7ème ou 5ème était pour moi la même chose et vue l’avance que j’avais sur mon suivant au général, je n’avais pas de crainte.

    Lorsque j’en eu terminé avec la première montée, 4500m et plus de 100m de dénivelé, la route redescendait pendant 2km puis … remontait jusqu’à l’arrivée où je faillis perdre mon chemin.

    Je finis à une moyenne modeste de moins de 10km/h, mais content d’être là. Demain, petite étape de moins de 50km, où tout devrait aller comme il faut, je vais la gérer tranquillement tout en essayant de préserver mon droit au départ avec le groupe des lève-tard.

    A demain.

    Fab

     

    CR étape 57

    Etape courte, mais pas d’envie ce matin au départ. Une forte montée pour débuter la séance ( 3,6km pour D+ 100m suivie d’une trop courte descente (1,8km pour D-50m) puis d’une nouvelle côte (2,2km pour D+50m), tout était réuni pour commencer à souffrir sans s’être véritablement échauffé. Les 12km de longue descente qui suivirent ne furent même pas suffisants pour faire remonter la moyenne au-delà de 10. Mes arrêts aux postes de ravitaillement de plus en plus longs traduisent bien du peu de volonté de m’arracher qui m’animait. Je repris quand même un peu de vigueur quand il fallut grimper la seconde difficulté (sur trois) de la journée. 8km pour un dénivelé de près de 200m, sur une route sans abri, sans ombre, mais comme il n’y avait pas de vent, ce n’était pas trop laborieux, la beauté du paysage, avec des cultures d’oliviers à perte de vue, et les chaînes de montagnes des sierras à l’horizon, faisaient que je passais quelques temps à l’observer et donc à ne plus penser aux douleurs aux quadriceps qui se faisaient de plus en plus pressantes.

    J’ai mentalement réussi à faire que cette étape pourtant courte ne devienne pas une galère et j’ai touché le but en 5h00’03’’ : raté les moins de 5h prévus, mais l’essentiel étant d’être parvenu jusqu’à Baeza sans bobos et blessures, j’ai atteint l’objectif principal.

    Demain, encore une courte étape (50,6km au lieu de 48,7 aujourd’hui) et j’espère mettre un peu moins de temps qu’aujourd’hui si le dénivelé n’est pas trop méchant et si surtout l’envie revient et les douleurs n’apparaissent pas trop rapidement.

    A+Fab

     

    CR étape 58

    Dernière semaine de course. Etape courte. Météo fraîche le matin, mais devenant douce au fil des heures. Grande ville de plus de 100000 habitants à l’arrivée. Dénivelé annoncé de l’ordre de 600m en positif et de 1000 en négatif. Départ dans le groupe des rapides…

    Tout était réuni pour que cette étape soit une belle occasion de reprendre goût à cette fin de TransEurope. De plus, les 11 premiers kilomètres étaient en longue descente, une fois sorti de la ville de Baeza.

    Et bien, la journée fut loin de celle espérée. Pourquoi tant de lassitude à ce moment de la course alors que je devrais être content, serein, et profiter au maximum des dernières étapes ? Je ne le sais pas moi-même. J’ai peut-être, sans doute même, trop donné depuis le début de cette course et aujourd’hui, tout comme depuis quelques jours, je sature. J’aimerais finir en roue libre, mais physiquement je ne le peux pas car après une heure de course je ressens toujours une douleur au niveau du quadriceps droit ce qui au fil du temps me tire sur le bassin et déclenche une gêne à ce niveau. Et mentalement, j’ai du mal et je ne supporte plus les arrivées où certains, attendant depuis longtemps car partis une heure avant, font des réflexions qui ne passent pas (ou plus) quand on a été toute la journée sur la corde raide. Les tensions – il y en a toujours sur ce genre d’aventure de plus de deux mois – sont exacerbées par la fatigue. Espérons que cela ne gâchera pas la fin de la TransEurope. Mon système de « défense » étant de m’isoler pendant la course où je mets le MP3 puis après où j’ai envie de rester seul, loin du bruit.

    Reprenons l’étape, après le franchissement du Rio Guadalquivir, au km 11. S’en suivit une longue montée d’une dizaine de kilomètres, sur une route à grande circulation en travaux car elle va bientôt se transformer en autoroute. Pas beaucoup de possibilité de regarder le paysage alors que dans la descente qui précédait j’avais vu des oliviers et encore des oliviers, mais aussi une large vallée surplombée par une chaîne de montagnes d’altitude sans doute proche de 2000m pour certains de ses sommets. La moyenne que j’avais adoptée jusqu’au bas de la descente était de l’ordre de 11,8 km/h et une fois le ravitaillement passé, comme ça remontait, cette moyenne fléchit pour retomber à 10,7 au bout de la seconde heure de course. Heureusement que le parcours nous fit quitter la grande route pour en emprunter une plus calme et aussi plus belle : beau revêtement, alternance de bosses et de creux, et … toujours les oliviers. Vers le km 30, nouveau virage à 90° pour trouver une route qui montait très fort alternant bitume et graviers, alternant aussi ensuite d’autres montées et descentes avec des pourcentages proches de 10% par endroits. Les oliviers la bordaient de chaque côté mais le panorama était agréable à admirer, au risque de se casser la figure si l’on ne regardait plus où l’on mettait les pieds. Ma vitesse avait de nouveau chuté car je n’hésitais plus à alterner course et marche et comme je prenais un peu plus de temps aux ravitaillements, j’étais sur du 9,3 de moyenne entre deux postes de ravitaillement et j’étais passé sous les 10km/h pour l’étape. Néanmoins je taillais quand même la route.

    La fin fut de nouveau pénible ; j’avais l’envie mais plus les forces, alors je pris mon mal en patience et regardais mon GPS pour suivre le décompte jusqu’à la ligne d’arrivée. Celle-ci se trouvait après un périple de plus de deux km dans la ville de Jaén, avec tout ce que cela comporte d’incertitudes dans la direction à prendre car le fléchage n’était pas forcément évident à repérer. Le road book et le fléchage n’étant pas toujours en adéquation, je me suis parfois retrouvé face à un dilemme tant que je ne voyais pas les stickers rouge fluo : devais-je prendre à gauche ou à droite ? Quand on est en fin d’étape et qu’on n’a qu’une envie, celle d’en finir, cela peut énerver. C’est un peu dans cet état que je suis arrivé et ceci peut expliquer que je n’ai pas supporté certaines réflexions ou remarques acerbes une fois l’arche d’arrivée franchi.

    Bon, demain ça ira mieux – j’espère – et comme l’étape est plus longue (60km) avec un gros dénivelé, il va falloir se préparer à mettre au moins une heure de plus.

    Nous sommes hébergés dans le gymnase de l’Université de Jaén et nous avons dîné au restaurant universitaire. C’est une grande fac abritant plusieurs milliers d’étudiants. La ville semble belle car à flanc de montagne et les habitations sont de plus en plus typiques de l’Andalousie.

    A+Fab

     

    CR étape 59

    Avant-propos

    Le CR rédigé chaque soir raconte ce qui s’est déroulé lors de la journée et donc on peut s’apercevoir en en lisant deux ou trois de suite que les états psychologique et physique sont soumis à de grosses variations à 24 ou 48 heures d’intervalle. Et quand on ne peut pas se connecter deux jours de suite, on écrit quand même un CR et lorsqu’on a une possibilité de se connecter, on envoie le tout. Ainsi, le lecteur doit être mis en garde s’il lit à la suite les CR.

    Si j’ai commencé ce CR par ça, c’est qu’aujourd’hui l’étape 59 s’est mieux passée que celle de la veille. Je suis arrivé tout aussi fatigué physiquement, mais mentalement j’ai mieux terminé. Pourtant l’étape ne fut pas facile, mais la façon de l’appréhender fut quelque peu différente. J’ai essayé de laisser toute forme de pression de côté, ne m’occupant que de ma course, ne regardant pas celle des autres.

    Le départ de Jaén en pleine heure de pointe ne fut pas très aisé et il fallait faire attention au fléchage à chaque carrefour. Plus de deux kilomètres de ville la plupart du temps en montée, puis ce fut la descente courte mais pentue qui nous fit sortir de l’agglomération. La route aperçue plus loin dans le fond de la vallée semblait monter assez tranquillement et je pensais que ça allait être assez facile d’atteindre le col ou ce qui pouvait ressembler à un col. Hélas, en vérité on nous fit emprunter une magnifique piste cyclable qui débutait par une portion à très fort pourcentage qui m’obligea à marcher. Par la suite, cette voie semi piétonne et cycliste continuait de monter en faisant de longs lacets. Tout au long il y avait des sculptures et des panneaux rappelant l’occupation préhistorique des lieux ou montrant que le paysage avait servi de modèle pour des peintres. C’était distrayant et faisait oublier la difficulté de la côte. Après 8km de cet itinéraire magnifique mais aussi difficile, nous avons atteint le « col » pour ensuite descendre fortement sur la route principale pendant plus de 3km.

    Par la suite, l’itinéraire devint plus tranquille, nous avons quitté la route principale, et les 14km de montée relativement modérée (+ 300m) furent moins périlleux que les 4km à 10% annoncés la veille, même si parfois un petit coup de forte pente nous attendait.

    Jusque-là, ma course avait été prudente et je l’avais gérée de telle façon à me faire plaisir, alternant marche et course quand j’en ressentais le besoin. Le second poste de ravitaillement étant placé à plus de 12km du premier, j’avais emporté une petite bouteille de jus d’ananas en complément afin de ne pas me retrouver en manque de boisson.

    Une longue descente d’abord régulière puis un peu bosselée me permit de faire remonter ma moyenne qui n’était que de 9,3km/h en fin d’ascension. Les jambes tournaient bien, j’avais quand même mal au quadriceps droit et un peu aux reins, mais je courais bien entre 10,5 et 11,5km/h. J’avais repris quelques décimales (9,6km/h de moyenne globale au km50) et je me disais que la fin allait pouvoir se négocier de belle manière et que je pourrais arriver en étant content de la journée. Certes il restait une douzaine de kilomètres et le parcours était maintenant bosselé, mais l’essentiel était préservé. Je finis 8ème et satisfait de ma journée, même si sans les douleurs cela aurait été meilleur.

    Demain, nous arriverons à Puente Genil où j’espère pouvoir me connecter et poster ce CR et celui de la veille.

    A+Fab

     

    CR étape 60

    Le départ dans la fraîcheur en pleine montée qui oblige à marcher au bout de 200m ça calme les ardeurs des plus téméraires et comme je n’avais pas envie de me faire mal, j’ai pris tout mon temps afin de bien m’échauffer. J’avais vu que la montée faisait environ 5km, bien sûr pas à un pourcentage aussi fort que celui des premiers 500m, et qu’il faudrait être patient avant de pouvoir retrouver un rythme de course « normal ». (passage au km 6 en 39’30’’).

    La descente qui prit la suite, d’environ 6km elle aussi, fut négociée plus rapidement et au km 12 j’étais à presque 10 de moyenne pour l’étape. Bien entendu, je souhaitais avant tout engranger afin de me permettre par la suite de gérer au cas où. Les premières douleurs ont fait alors leur réapparition, au quadriceps droit encore et toujours, si bien que je me suis dit de ne plus essayer de forcer et de continuer mon petit bonhomme de chemin clopinant parfois, mais souvent en essayant de me concentrer sur ma foulée pour tenter de limiter la gêne.

    Jusqu’au kilomètre 17, le parcours était peu accidenté, alternant parties montantes et d’autres descendantes, puis nous sommes arrivés à un endroit où nous avons pris une piste cyclable, ancienne ligne de chemin de fer réaménagée, et après une forte montée pour l’atteindre nous avons pu courir tranquille pendant une douzaine de kilomètres. J’étais relativement lent, mais j’avançais quand même. Quand on a quitté cette voie verte, on a rejoint la route principale qui descendait encore pendant quelques kilomètres, jusqu’au 47ème, et alors une forte montée pour traverser une ville nous attendait. Je la fis en marchant afin de me retrouver sur le plateau ? Là, les oliviers et la vigne dominaient le paysage. Ça changeait que de voir tout le temps les oliviers !

    Les plus de 20km en descente principalement, malgré quelques remontées bien usantes, ne furent qu’une formalité, pas facile à faire, mais qui s’est faite. Le bonheur d’avoir fini cette 60ème étape n’en fut que meilleur.

    Je vous laisse car la bibliothèque où je me suis réfugié pour rédiger et poster ce cr va fermer.

    A+Fab

     

    CR étape 61

    Aujourd’hui, nous avons franchi le 4000ème kilomètre depuis Skagen. On en était au marathon de cette 61ème étape et il ne restait à parcourir que 12km ;

    Jusque-là, l’étape s’était bien passée pour moi, j’étais partie assez rapidement par rapport aux dernières étapes où j’avais été un peu fatigué. Le départ en montée, en ville de surcroit, s’est bien passé, il fallait être attentif aux changements de direction et aux trottoirs, mais j’étais bien concentré et les jambes « avaient envie » de faire quelque chose aujourd’hui. Bien sûr, après 9km (51’) une longue ascension nous attendait et ces 8km se déroulèrent relativement bien. (km 17,4 en 1h40’).

    La suite, sur un plateau bosselé, n’empêchait pas de continuer à courir à bonne allure, en l’occurrence 10km/h environ pour moi, et mes sensations restaient bonnes, même si la douleur aux quadriceps et adducteurs commençait à se faire sentir. Pendant plus de 25km, cette tôle ondulée sur une route pas très facile à suivre car les bas côtés étaient très étroits voire inexistants, permettait de continuer d’engranger les bornes. Le passage du marathon, qui coïncidait avec celui des 4000km depuis le Danemark, marqua néanmoins un changement : le fort vent commençait à devenir véritablement un ennemi et je commençais à puiser avant la longue montée où, au sommet, il y avait des éoliennes heureuses de tourner grâce au vent fort et régulier. 3500m et 150m de dénivelé positif, ça casse bien l’allure et je me fis reprendre par Jean Benoît au dernier ravitaillement. Sans nous concerter, nous avons pris des relais dans la descente et sur le plat afin de lutter contre le vent. C’était efficace et nous avancions assez bien. La ville approchait et quand nous avons fait les 2500m séparant le panneau d’entrée de la ligne d’arrivée, nous étions soulagés d’en avoir fini avec cette 61ème journée de course : plus que 3 ! Encore 160km environ à faire en trois étapes, cela ne devrait plus poser de soucis majeur, il suffira d’être patient. Demain, vendredi, on annonce de la pluie, denrée rare sur cette TransEurope et surtout dans cette partie de l’Espagne. Espérons que nous n’en souffrirons pas trop afin de profiter pleinement de l’arrivée à Ronda après plus de 63km. La ville est au bout d’une longue et forte montée, mais elle est très jolie.

    A demain pour un autre CR.

    Fab

     

    CR étape 62

    Après une nuit un peu difficile en raison du bruit de la musique qui accompagnait un cours d’aérobic et de ceux provenant de la salle de musculation et aussi parce que mon 3ème matelas commençait à se dégonfler peu à peu, je me réveillai assez fatigué en ayant bien envie de faire une petite grasse matinée. Je m’octroyais 30’ supplémentaires car mon départ était prévu à 8h, puis je me levais enfin pour prendre le petit déjeuner. Celui-ci passe de moins en moins bien car il y a toujours les mêmes choses et je commence à en être écœuré. Je m’étais acheté des petits pains au lait et du chocolat la veille ainsi je pus me faire un peu plaisir. Le café au lait aussi ne m’inspire plus d’autant qu’il est souvent moins que tiède. La météo annoncée n’était pas bonne non plus, les fortes pluies de la veille dans la région Andalouse ayant causé quelques dégâts.

    Donc, beaucoup d’éléments étaient réunis pour que cette journée soit difficile, le dénivelé annoncé étant assez important (+550m en 22km + toutes les bosses à passer).

    Le départ fut donné sous une pluie très éparse dans la fraîcheur et l’obscurité de ce 19 octobre, deux mois jour pour jour après notre départ de Skagen. Les 22 premiers kilomètres ne furent pas trop compliqués, je passais la 1ère heure avec 10,7km et la seconde avec 20,4km au compteur. La suite fut moins facile car nous avons quitté la route principale pour courir sur une moins fréquentée mais plus accidentée et très endommagée par les fortes précipitations du mois dernier et par celles de la veille. Les coulées de boue ou mini glissements de terrain avaient laissé leurs traces sur le macadam ce qui rendait le sol glissant et les chaussures très lourdes avec la boue qui collait.

    Une fois cette partie terminée, nous avons repris une route à forte circulation où tour à tour nous avons vu des convois militaires, des camions transportant des Porsche et des Ferrari, des groupes de motards de la police, des véhicules d’intervention –pompiers et prompts secours – ainsi que de belles voitures de sport conduites par des britanniques. A tout ce trafic, il faut ajouter les autres véhicules, automobiles, camionnettes et camions habituels. Le paysage était devenu au fil de l’ascension du col de plus en plus montagnard, quelques cultures d’oliviers subsistant, des arbres et arbustes verts poussant là où il leur était possible de le faire. Le reste était plutôt rocailleux avec peu de végétation.

    Une fois arrivé au col je fus un peu soulagé d’avoir de la route descendante, surtout après 22km de montée même pas trop forte. La descente pas franche dura jusqu’à la fin de l’étape soit les 16 derniers km qui furent assez longs.

    Au total, la journée fut relativement belle au niveau météo, un peu moins en ce qui concerne la course, mais le principal est que je suis arrivé au bout. Plus que deux étape, ça sent l’écurie ! Petite ville demain soir pour nous accueillir. Peut-être y aura-t-il une connexion, en tout cas, ce soir, il n’y a rien. Donc vous lirez ce CR en décalé.

    A+Fab

     

    CR étape 63

    Après une mauvaise nuit passée dans une minuscule pièce surpeuplée dont la porte grinçait dès que quelqu’un l’ouvrait et la fermait pour aller aux toilettes, sur un matelas crevé, coincé entre de gros ronfleurs, à côté de deux grands gymnases où se sont déroulés des matches de foot en salle jusque vers 22 heures voire plus, avec de surcroît un petit déjeuner tout aussi peu appétissant qu’à force il dégoûte de le prendre (mais il faut bien se nourrir quand même) servi sans lumière car personne n’a trouvé comment remettre l’éclairage de la salle en marche, cette étape s’annonçait un peu compliquée.

    Le départ, avec la traversée de Ronda, très jolie ville dont nous n’avions rien vu la veille, se fit dans l’obscurité et il fallait avoir l’œil pour repérer le fléchage. Peu à peu nous avons découvert le charme de la ville mais rapidement nous en sommes sortis pour retrouver une route d’assez bonne qualité mais qui commençait par grimper. La montée n’était pas trop forte et les 8km pour passer de 680m à 1030m d’altitude se passèrent bien malgré la fraîcheur de l’atmosphère.

    Le profil de l’étape était annoncé comme très vallonné avec une succession de bosses et de creux jusqu’au 40ème kilomètre. Mais le paysage, montagnard, avec des villages perchés dont les maisons aux façades blanches faisaient ressortir la beauté, nous faisait quelque peu oublier l’effort à faire pour grimper. Au col du km 30, une surprise nous attendait : le panorama nous montrait le rocher de Gibraltar situé à une quarantaine de km de là à vol d’oiseau, avec en arrière plan l’Afrique, le Maroc et son arrière pays montagneux. Entre les deux on devinait la mer Méditerranée et on pouvait apercevoir les gros navires qui transitent de ou vers l’océan Atlantique. Dans la descente, je ne quittais plus le rocher des yeux, but final de notre épopée. Mais il faudrait attendre encore pour le toucher. La végétation dans la descente n’était plus composée d’oliviers, peu à peu nous avons vu des plantations d’orangers. Les 12 derniers km je les fis à plus de 11 voire de 12km/h tellement j’avais hâte d’en finir et comme je me sentais bien, j’en ai profité. J’ai fini avec Jean Benoît et Gilbert parti 30’ avant nous et dernier coureur du groupe « matinal » que nous avons rattrapé.

    Le gymnase est mieux que celui de la veille, le repas par contre même s’il était bon dut se prendre dans un restaurant situé à un gros kilomètre de la salle. Comme si on n’avait pas assez couru comme ça ! Enfin, c’est la dernière nuit dans un gymnase, demain ce sera l’hôtel et la fin de cette TransEurope.

    A+Fab

     

    CR étape 64

    Ça y est ! Je suis enfin finisher d’une transcontinentale !

    Honnêtement, 3 heures après l’arrivée, je ne réalise pas encore car je n’ai pas eu d’émotion particulière sinon celle d’avoir fini cette dernière manche. J’ai envoyé des SMS à ma famille et aux proches amis et leurs réponses pleines de bonheur ont quand même déclenché quelques frissons. On a attendu les copains et de voir leur joie ça aussi ça faisait quelque chose

    La journée s’est-elle bien passée ? J’ai souffert, de ma chute de la veille dans les douches, et parce que dans ma tête j’avais aussi un peu « coupé » l’envie. Il fallait faire cette dernière étape, je l’ai faite, sans saveur particulière car je n’avais plus le moteur pour aller à une vitesse qui m’aurait convenue. Certes je ne mets que 5’ de plus que ce que j’avais prévu, mais j’ai été laborieux. J’ai fini avec Neil, compagnon des premières étapes danoises et allemandes, et avec Fred Borel, les deux benjamins de la course (moins de 40 ans). Bravo à eux d’être allés au bout.

    J’avais emporté l’appareil photo et j’ai quand même passé les premières heures de course à mitrailler à gauche et à droite à la manière d’un japonais (NB : certains coureurs japonais ont pris des centaines de photos par jour !). Je trouvais le paysage joli, mais les mots me manquent pour le décrire, alors des photos seront plus « loquaces » et je ferai moins d’erreurs d’interprétation.

    J’ai couru pendant les trois premières heures sur un rythme de plus de 10km/h, mais les temps de pause aux ravitaillements ou pour marcher de temps à autres ont fait baisser ma moyenne à environ 9,7km/h. cela est très anecdotique car le but de cette journée était d’arriver au bout sain et sauf.

    J’ai quand même réussi à mettre moins de temps en 64 jours sur cette TransEurope (pour 4178,5km) que lors des 54 que j’avais faits en 2009 (3764,8km). Il est vrai que cette année ma moyenne générale, d’environ 9,35km/h ce qui correspond à celle de ma seconde meilleure Transe Gaule, m’a permis d’économiser beaucoup de temps et donc de fatigue ainsi que de matériel. On use moins les chaussures quand tout va bien.

    La météo a été bien fraîche, froide même au moment du départ car il n’y avait pas de nuages, et au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de Gibraltar, qu’on n’apercevait même pas contrairement à hier, les nuages sont venus couvrir le ciel. On a progressivement atteint cette grande zone urbanisée et industrialisée dont les usines, raffineries et autres unités de production ou de traitement pullulaient. Au dernier poste de ravitaillement, on a enfin découvert le rocher de Gibraltar, mais il restait encore plus de 6km à faire, le long des raffineries et dans les rues des petits villages avant La Linea, lieu de l’arrivée.

    Un dernier round sur le remblai et l’arche d’arrivée se profilait. On a terminé en croisant de nombreux promeneurs, certains étonnés, d’autres nous encourageant.

    Des photos, des boissons, des bises… puis ce fut l’hôtel où je me suis installé et où j’ai pris ma douche, refait mes sacs pour que demain je n’aie pas de mal à prendre l’avion. Ce sera une autre histoire, en sorte une 65ème étape pas si facile que ça. Demain soir, à 20h30 mon avion devrait atterrir à Nantes, après une escale et un changement à Londres. Je croise les doigts pour qu’il n’y ait pas de soucis.

    On verra, l’essentiel étant d’être allé au bout de mon aventure.

    Merci à tous ceux qui m’ont encouragé.

    A+Fab

     


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