• Mardi 16 juin, 10H45.

    5ème jour à Gällivare, dans cet hôpital où j'ai été admis vendredi matin à l'heure où les autres coureurs s'apprêtaient à démarrer leur 55ème étape vers le Cap Nord.

    Je dois sortir aujourd'hui, les soins prodigués par le docteur lors de mon changement de pansement et son avis sur mon état de santé l'ont conforté dans son opinion. Je suis en bonne voie de guérison et je peux donc sortir de l'hôpital, mais il faut qu'avant 48 heures j'aie vu une infirmière pour changer à nouveau mon pansement. Il va aussi me donner des antidouleurs et antibiotiques à prendre régulièrement.

    Je ne sais pas encore où et comment je vais voyager, j'attends l'avis du médecin de l'assurance-assistance qui aura au préalable discuté avec le chirurgien. J'espère être rapatrié en France, je n'ai plus le cœur à rester et je veux vite oublier, faire le vide et rebondir de manière positive sur mon expérience.

    J'ai recherché des moyens « autonomes » pour quitter cette région, mais je n'ai rien trouvé. La quantité de bagages, leur poids et l'impossibilité d'utiliser ma main droite vont me rendre la tâche ardue, sauf si je suis assisté.

    Mes collègues coureurs ont entamé depuis près de 5 heures leur 59ème étape les faisant quitter la Finlande où ils étaient arrivés hier et ils vont donc entrer dans le dernier pays hôte de la TransEurope : la Norvège.

    Ce soir, ils n'auront plus que 370km à faire, en 5 jours. Ils tiennent le bon bout et je leur souhaite tous de tenir et d'atteindre leur objectif.

     

    J'ai presque terminé de boucler ma valise et mes sacs, il ne me restera plus qu'à m'habiller avec mes propres vêtements car pour l'instant je porte toujours ceux de l'hôpital.

    Short ? Pantalon de survêtement ? Je ne sais pas comment est le temps dehors sinon qu'il fait gris et qu'il y a du vent. La température ? On verra, j'ai prévu maillots et sweat en plus de ma veste.

     

    Mardi 16 juin, 15H45.

    Toujours à l'hôpital, mais avec des nouvelles fraîches : je reste encore 24 heures ici car mon rapatriement n'est possible qu'à partir de demain par avion (il n'y en a pas avant). Je prendrai un premier vol à 15H40 de Gällivare pour arriver à Stockholm à 18H05, puis après avoir récupéré et réenregistré mes bagages en moins d'1H20 (sera-ce possible ?) je prendrai un second vol vers Paris CGD2 à 19H25 pour un atterrissage prévu à 22H05 en France. Puis après la récupération de mes bagages, je serai reconduit chez moi par VSL. Mon arrivée à mon domicile est prévue dans la nuit de mercredi à jeudi.

     

    Je sens que ça va être « folklo » car je m'imagine à Stockholm devoir courir avec tout mon barda et ... une seule main valide ! On verra, peut-être en ferai-je suivre certains pour le lendemain.

     

    J'ai envoyé un message de soutien à tous les « rescapés » de la TEFR : en voici la copie.

     

    Bonjour à tous

    J'espère que vous réussirez à recevoir ce message qui s'adresse à tous les coureurs, accompagnateurs et organisateurs.

    Je suis encore à l'hôpital que je quitte demain pour être rapatrié en France. Mon doigt va mieux, mais tel qu'il est encore je ne pourrais pas envisager sérieusement et sans séquelles possibles ultérieures de devoir vous rejoindre et de courir une ou plusieurs étapes.

    De toute façon, dans ma tête j'ai tout "coupé" et je me suis reprojeté vers l'avenir plutôt que de repenser au passé.

    J'aurai l'occasion de me "rebrancher" sur la TEFR, mais pour l'instant, même si je vous suis tous les jours, c'est trop difficile de m'imaginer que je suis passé tout près d'un exploit que vous n'allez pas manquer de réaliser, je vous le souhaite de tout mon coeur. Même si ce que j'ai fait peut paraître exceptionnel aux yeux de certains, pour moi c'est, pour l'instant, comme si je n'avais rien fait : je ne suis pas allé au bout. Un point c'est tout.

    Ces 5 jours m'ont paru longs et je m'imagine que ce n'est rien à côté de vos 5 jours sous une météo pas favorable au plaisir de courir.

    Ce soir il ne vous restera "que" 5 jours, dont 3 assez longs, profitez-en au maximum : carpe diem !

    à bientôt 

    Fabrice



    A l'heure actuelle, on vient de me demander ce que je désire au petit déjeuner et au déjeuner de demain, je suis prêt à me recoucher et à dormir un petit peu avant le repas du soir qui va arriver dans ... moins d'une heure maintenant.

    Je vous laisse.

    Voilà pour ce CR un peu différent des précédents, sans rapport direct avec la course à pied, ce pour quoi j'ai fait ce voyage, mais le destin en a voulu autrement. C'est la vie !

     

    À +Fab****

     

    Vendredi 19 juin, à mon domicile de Rezé, 10H45.

    Deux jours et demi se sont passés depuis mon dernier CR.

    J'ai passé une dernière journée à l'hôpital (mercredi), j'ai effectué mon voyage retour (de mercredi après-midi à jeudi matin 3H), j'ai reçu des soins infirmiers à domicile (jeudi matin, 10H), je suis retourné consulter mon médecin généraliste (jeudi 17H) et surtout j'ai retrouvé ma petite famille.

     

    (Je suis interrompu dans la rédaction de ce CR par l'arrivée de l'infirmière, puis par un coup de téléphone de Nicole depuis la Norvège où elle assure le ravitaillement N°9. On a discuté quelques minutes pour que je lui donne des nouvelles que vous imaginez pas très optimistes tant au niveau physique qu'au niveau mental et inversement elle m'en a donné de bonnes sur les gars qui sont en train de courir l'antépénultième étape longue de 92,6km. Ils n'ont pas chaud, même si la météo est plus calme que celle, pluvieuse, des jours précédents. Ils sont tous emmitouflés dans des tenues d'hiver.)

     

    Chronologiquement, ces dernières 72h m'ont paru interminables, sans doute aussi longues que si j'avais été encore en course.

    La fin de la journée de mardi, après mon dernier CR fut consacrée au rangement de mes affaires dans ma valise et dans mes deux sacs en essayant d'en garder un qui sera considéré comme bagage à mains. Ce fut long, pas facile à faire avec une seule main, mais j'ai réussi à tout refermer pour pouvoir voyager en ayant la possibilité de tout transporter moi-même dans le cas où je n'aurais pas d'aide.

    Après, je me suis reposé en regardant la chaîne « découverte » et en somnolant quelque peu.

    C'était difficile de dormir car il y avait tout le temps du jour, même avec les stores et les rideaux fermés, il y avait aussi toujours quelqu'un qui venait me voir soit pour me remettre une poche d'antibiotiques en perfusion, soit pour m'apporter mes médicaments, soit encore pour m'apporter à manger.

    Les horaires des repas ou collations sont à peine décalés par rapport à ceux de notre pays:

    8H30 : petit déjeuner (fromage et tranches de saucisse de viande, café, fromage blanc, jus de fruits)

    12H30 : déjeuner

    17H00 : dîner

    20H00 : thé et sandwiches (fromage et tranches de saucisse de viande, jus de fruits)

    La soirée jusqu'au moment où j'éteignais la télé et décidais de m'endormir était très longue et dans ma tête ça cogitait un maximum. J'essayais pourtant de faire le vide dans ma tête mais n'y parvenais pas.

     

    Jeudi 18 juin.

    La nuit pendant laquelle il faisait toujours jour était entrecoupée par l'intervention d'une infirmière qui me faisait prendre des médicaments à 2H, me posait une perf à 4H, me prenait ma température à 6H, me redonnait d'autres médicaments à 8H, une autre perf à 10H, etc... Le soleil avait fait une apparition à travers les stores de la chambre vers 3H du matin, me réveillant ou me sortant de mon état entre somnolence et vrai sommeil.

    Le médecin est passé une dernière fois mercredi en fin de matinée pour me donner les papiers de sortie et ceux à transmettre à mon généraliste ainsi qu'une ordonnance pour retirer mon traitement médicamenteux à la pharmacie de l'hôpital. J'en profitais pour aller refaire quelques provisions à la boutique, barres chocolatées, pour mon voyage.

    Le dernier repas, je l'ai pris dans la salle à manger de l'hôpital, comme la veille à midi : le menu fut assez « surprenant ». Pudding au sang de renne accompagné de petits légumes bouillis et de sa confiture d'airelles ! De quoi dégoûter n'importe qu'elle personne qui aurait le choix, mais là, je n'avais même plus la force et le courage de lutter et j'engloutis le tout sans grande conviction mais en me disant que ce n'était rien par rapport à tout ce que j'avais vécu jusque-là et par rapport à ce qui allait m'attendre dans les prochains jours.

     

    Le chauffeur de taxi se pointa à l'heure, 13H30, me prit tous mes bagages sauf mes bagages à main que je souhaitais porter moi-même, et il me conduit jusqu'à l'aéroport (ou -drome, selon l'idée qu'on se fait de la chose). J'étais bien en avance et je dus attendre 1H30 dans le hall d'abord désertique puis se remplissant peu à peu de mes futurs compagnons de voyage.

    L'enregistrement des bagages terminé, et sans facturation supplémentaire, ce qui m'a étonné, je me rendis en salle d'attente et embarquai dans un petit bimoteur à hélices où une cinquantaine d'autres passagers allaient voyager avec moi. Départ à 15H40.

    Une petite escale dans l'est de la Suède vers 17H00, puis l'atterrissage à Stockholm à 18H10 après un voyage moyennement confortable et assez bruyant (je n'ai pas pu mettre mon MP3 car je n'entendais pas la musique à cause du bruit des moteurs), il me restait alors une épreuve courte et intensive à passer.

    Récupérer mes bagages fut assez aisé, je les déposai difficilement sur un chariot puis pilotai mon « véhicule » du terminal 2 jusqu'au terminal 5, où j'arrivai une bonne trentaine de minutes après avoir slalomé parmi les autres voyageurs, empruntant divers ascenseurs, escalators ou autres longs couloirs. On me balada ensuite d'un guichet d'enregistrement à l'autre et après avoir été taxé de 1350KR (120€ environ) pour excédents de bagages, je pus rejoindre la salle d'embarquement. Là, ce n'était plus le même monde ! Des hommes d'affaires en costume-cravate, des femmes en tailleur, enfin, ça tranchait par rapport au grand barbu décharné en survêtement à la main bandée qui allait les côtoyer dans ce vol d'Air-France vers Paris CDG2. Par contre, dans l'avion c'était « royal », avec un plateau repas des plus garnis : serviette en tissu avec porte serviette, petits plats gastronomiques, boissons...

    Le voyage fut long et éprouvant car j'étais placé entre deux personnes et ne pouvais trop me mouvoir pour me dégourdir les jambes qui étaient ankylosées par le voyage, par la dernière semaine d'immobilisation à l'hôpital et aussi par l'altitude. Mon doigt aussi me faisait souffrir car il avait quand même subi pas mal de chocs avec tous mes transferts.

    L'arrivée à Paris vers 22H me soulagea et me donna une sensation bizarre : il commençait à faire nuit ce à quoi je m'étais progressivement déshabitué depuis plus d'un mois. Le soleil qui m'avait rendu visite ce matin en Suède à 3H était parti derrière un horizon que j'avais abandonné bien malgré moi.

    Un chauffeur de taxi-ambulance m'attendait après la récupération des bagages avec une petite pancarte où était mentionné mon nom. Nous avons pris la route vers mon domicile auquel j'arrivais peu avant 3H du matin, en pleine nuit noire (quel changement !). Nous avions bien voyagé en discutant pendant un bon moment pendant le trajet, ce qui l'a rendu moins long.

     

    Arrivé à la maison, je me couchai sans faire de bruit. Pascale s'était réveillée en entendant un peu de bruit. J'essayai de dormir, mais il s'était passé tellement d'événements depuis une semaine que je ne pus vraiment réussir à sombrer dans un sommeil profond. D'ailleurs, un véritable sommeil profond, je ne sais plus ce que c'est depuis plus de deux mois.

    Le matin, vers 8h, quand je me suis levé, Pascale et mon fils étaient déjà partis travailler, ma fille dormait encore et je me suis fait mon petit déjeuner en tâtonnant car ayant perdu mes habitudes d' »avant ».

    La journée ne me laissa pas beaucoup de temps pour me reposer car entre ma douche, l'intervention de l'infirmière, mes deux trajets à pied vers le cabinet médical, mes temps d'attente, mon passage à la pharmacie, le premier rangement d'une partie de mon matériel, le lavage et l'étendage de mon linge... et c'était déjà le soir où je revis avec une grande joie toute ma petite famille au complet.

    Mais pour l'émotion, je n'ai toujours pas « réalisé », sans doute, ce que je vis depuis une semaine et ce à côté de quoi je vais passer.

    J'ai « comaté » sur le canapé devant la télé, je n'avais pas envie d'aller sur le net ni de me tenir au courant de quoi que ce soit concernant la course que j'avais abandonnée pour ne pas me faire encore plus de mal.

    La nuit fut meilleure que la précédente, même si le sommeil fut en pointillés, et ce matin au réveil, je repris les bonnes habitudes d' »avant », sauf celle d'aller courir car je ne le peux pas encore avec mon doigt infecté et les séquelles de ma blessure à mon ischio jambier gauche qui est encore assez douloureux.

     

    Vendredi 19 juin, donc aujourd'hui.

    L'infirmière a changé mon pansement, m'a dit qu'on n'était pas prêt de retirer le « Stéristrip » qui maintien les plaies pour qu'elles cicatrisent et m'a donné rendez-vous pour un nouveau nettoyage demain. De ce côté-là, je ne suis pas encore tiré d'affaires.

    L'infirmière partait quand Nicole m'a appelé (cf la parenthèse de début de CR).

    Ensuite, je me suis lancé dans le rangement de mes affaires de course dans le placard qui leur est réservé.

     

    Et c'est après, jusqu'à maintenant, que j'ai écrit ce CR.

     

    à+Fab****

     

    Dimanche 21 juin, chez moi... Etats d'âme.

     

    Les 10 jours les plus longs de ma vie, sans doute les 10 jours les plus longs de beaucoup des finishers de la TransEurope 2009.

     

    J'aurais pu y être, j'aurais dû y être. À un doigt près...

    Je n'y ai pas été, je suis rentré chez moi avant la fin du grand voyage.

    Regrets éternels.

     

    À l'heure de l'arrivée des concurrents de cette TE-FR09 au Cap Nord, j'étais en train de déjeuner, essayant de ne pas penser à ce que j'ai raté. Je me suis concentré au maximum pour être avec ma famille autour de la table sur ma terrasse et non pas là-bas où je n'irai sans doute jamais.

    « Never say never » , «Ne jamais dire jamais » est pourtant une de mes devises. Un jour peut-être exorciserai-je cet acte manqué et retournerai-je « terminer le travail », je ne sais pas.

    Pourtant, mon esprit sans cesse repartait auprès de mes compagnons Français, Stéphane, Roger, Alain, Gérard et Christophe et aussi auprès de tous les autres coureurs et coureuses que j'ai côtoyés pendant 8 semaines, auprès des accompagnateurs (Nicole et Ian entre autres), ravitailleurs (Uli par exemple), organisateurs avec qui il s'était noué des liens d'amitié.

    Je les admire tous, ces finishers qui vont entrer dans le gotha des courses transcontinentales, chacun à leur niveau, depuis le supersonique Rainer jusqu'aux deux petits bouts de femmes japonaises qui pratiquement tous les jours ont clôturé les étapes.

    Moi aussi j'aurais tant voulu aller au bout, laisser ma trace dans le Grand Livre de ces épopées transcontinentales.

     

    10 jours tels que je les ai vécus, c'est horrible, physiquement en raison de mon opération et de ses suites et psychologiquement car de laisser partir le train sans y être est très difficile à accepter, mais quand je vois les conditions dans lesquelles les rescapés de la TE-FR09 ont couru les 10 dernières étapes, cela a dû être tout aussi horrible pour certains, voire pour une grande majorité.

    Sur les 54 premières étapes je peux considérer avoir eu une certaine chance au niveau des conditions météo, malgré quelques mauvaises journées soit trop chaudes, soit trop froides, soit venteuses, soit pluvieuses ou combinant plusieurs de ces facteurs. Plus on se rapprochait à la fois du Nord et de l'été, plus on pensait que le beau temps allait être de la partie, mais en fait, à partir de la 55ème étape, celle dont je n'ai pas pu prendre le départ en raison de mon opération du doigt, les conditions atmosphériques se sont avérées plus hivernales que celles espérées.

     

    à+Fab****

     

    Article de synthèse écrit en plusieurs fois entre le jeudi 18 et le lundi 22 juin, à mon domicile.

     

    TransEurope 2009 : Mission inachevée, interrompue, avortée, non accomplie... ce ne sont pas les adjectifs qui manquent pour qualifier cet échec.

     

    Ce que j'ai accompli du 19 avril au 11 juin 2009 va en faire rêver plus d'un, même moi dans quelques temps je n'en reviendrai sans doute pas de ces 3763 kilomètres parcourus de Bari (Italie), point de départ de l'aventure, à Gällivare (Suède), lieu « maudit » où elle s'est prématurément arrêtée après 54 des 64 jours prévus.

     

    Je suis passé par tous les stades de ce qu'un humain peut rencontrer en termes de sentiments, d'émotions et de ressentis physiques. En voici une liste sans ordre précis : plaisir, joie, bonheur, euphorie, bien être, découverte, modestie, retenue, ambition, orgueil, optimisme, espoir, anticipation, doute, douleur, blessure, pessimisme, désespoir, fatigue, interrogations, mal être, envie de combattre, envie d'arrêter, honte, ennui, déplaisir, manque de lucidité, peine, déprime ... Et j'en oublie des dizaines d'autres plus ou moins synonymes des précédents.

     

    Dans le milieu médical, il existe une échelle de 1 à 10 pour quantifier la douleur et le patient indique à quelle hauteur il l'a ressent. C'est assez subjectif comme détermination, mais seul le patient est en mesure d'effectuer les comparaisons, le corps médical ne sachant pas la mesurer de manière précise et certaine.

    En procédant de la même manière pour évaluer mon ressenti en course et hors course, je pense que sur l'échelle de la douleur je suis monté à 7 ou 8 pendant certaines étapes en Suède et qu'avec mon expérience je suis parvenu à la faire baisser à 5 ou 6 au bout d'un moment d'acceptation de cette douleur. Lors de l'après course, le soir et la nuit, je pense qu'il m'est arrivé de monter à 5 ou plus, mais là, je pouvais prendre un antidouleur du type Doliprane (1000) pour m'aider à dormir et aussi pour faire baisser la fièvre qui s'emparait souvent de mon organisme dans la nuit.

    Comparativement, mon doigt infecté, le majeur de la main droite, m'a fait monter presque jusqu'à 10 sur cette échelle de douleur, ceci avant mon hospitalisation. Deux jours après l'opération, la douleur pouvait monter à nouveau à plus de 8 ce qui m'obligeait à demander des cachets d'antidouleur (morphine) afin de pouvoir la supporter.

     

    Les douleurs dont je souffrais pendant la course étaient de deux sortes : la première, liée à l'accumulation des kilomètres, concernait les tendons, la seconde, liée à ma morphologie et à ma posture en course, provenait d'un déplacement du bassin.

    Le premier type de douleur débuta par une légère inflammation d'un releveur accompagnée d'un gonflement de la cheville, mais, traités à temps et nécessitant quelques jours de réduction d'allure, ces deux points sensibles furent assez rapidement domptés malgré leur présence quasi permanente (légère douleur et gêne lors de la phase de propulsion). Cette première inflammation a son origine à deux niveaux : l'état de la route et l'état des chaussures.

    Les routes en Suède, mais aussi en Italie, en Allemagne et en Autriche, ne sont pas forcément de belles bandes de roulement lisses et sans dévers. Mais, lors des trois premiers pays traversés, le revêtement variait souvent, même si la fameuse et interminable SS16 italienne nous a fait avaler des centaines de kilomètres sur le même type de bitume et que quelques morceaux d'étapes se sont aussi courus sur des trottoirs de stations balnéaires.

    Au nord de l'Italie et jusqu'au nord de l'Allemagne, nous avons couru plus fréquemment sur des pistes cyclables et sur des chemins plus ou moins bien entretenus. Cela avait le mérite de faire varier les appuis, malgré l'inconfort certain de devoir emprunter des routes à gravillons pendant de très longues heures et d'être assez fréquemment obligés de s'arrêter pour vider les chaussures de ces intrus. Les bobos les plus fréquents étaient donc des échauffements et des ampoules aux pieds, mais rien de grave si c'était soigné comme il faut et à temps.

    Les routes suédoises n'ont pas présenté la même variété. Seule la première étape, qui nous a fait traverser Göteborg puis emprunter une piste cyclable bitumée avant de terminer sur un chemin de terre et de graviers, a évité la route. En revanche, comme il a plu toute la journée, beaucoup d'organismes avaient souffert. De quoi prédisposer les muscles et les tendons à de nouvelles atteintes sur le revêtement que nous allions devoir supporter plus de 1500 km. Des routes avec un dévers droit, tandis qu'on cheminait pourtant sur la gauche de la chaussée, ont provoqué chez un grand nombre de coureurs des tendinites à différents endroits. En ce qui me concerne, celle à l'ischio jambier gauche allait me pourrir la vie quelques jours, me contraignant à ralentir, ce que je mis du temps à accepter, et à terminer loin des temps que j'avais prévus. Seul point « positif », la réduction puis la disparition progressive de mes douleurs au releveur du pied droit.

    Il était très difficile de trouver une partie de route convenable pour courir et changer un peu le dévers. Il s'avérait dangereux de courir sur le côté droit de la route, il était tout aussi risqué de courir vers le milieu de la chaussée ou même là où l'usure du bitume lui donnait un dévers gauche.

    Nos routes françaises sont bombées et quand nous courons à gauche il n'y a pas de soucis car c'est le même dévers qu'à l'entraînement, pour peu que l'on s'entraîne sur la route. C'est ce qui pose problème à de nombreux coureurs de marathon ou de cent kilomètres qui s'entraînent sur la gauche de la chaussée face au danger en semaine (pour respecter le code de la route français) et qui doivent courir sur la droite lors des compétitions (pour respecter le code de la route « en course hors stade sur les routes non fermées à la circulation »).

    L'état des routes n'est pas seul à l'origine de mes tendinites, il faut que j'admette que je n'avais pas prévu de chaussures en assez grand nombre et en assez bon état. Pourtant, financièrement j'avais mis le paquet, partant avec 8 paires relativement peu utilisées, mais ce ne fut pas suffisant. Certaines paires n'étaient pas adaptées aux longues étapes et je les avais justement réservées pour les courtes chevauchées, mais arrivé en Suède, ces paires avaient déjà atteint un état d'usure de la semelle et de l'amorti tels qu'elles se sont avérées inaptes à assurer une étape même courte sans risquer de me donner des soucis tendineux. Mais dans mon stock, certaines autres étaient prévues pour les étapes longues (plus de 80km) et je ne souhaitais pas commencer à les sur-utiliser au risque de les user, elles aussi, prématurément. Deux paires devaient être utilisées mais je n'ai pu en mettre qu'une en Italie à trois reprises sur des étapes courtes : ces paires ne faisaient qu'une demie pointure de plus que ma taille habituelle (au lieu d'une pointure de plus pour les autres) et quand j'ai souhaité les remettre, mes pieds (surtout le droit) avaient un peu gonflé. Donc pour ne pas risquer quoique ce soit, je ne les ai pas mises par la suite. J'ai usé au fur et à mesure mes autres chaussures jusqu'à ne plus avoir que des runnings ayant fait plus de 1000km chacune, sauf deux paires à 875 km « seulement » (et il restait 700km à faire à ce moment). J'ai essayé d'en acheter d'autres, mais je n'ai pas trouvé de magasin en vendant et celui qui aurait pu me dépanner « s'arrêtait » à la taille 46 ½. Quand je voyais les autres coureurs « jeter gras », c'est à dire mettre à la poubelle leurs runnings paraissant presque neuves, je me disais qu'ils avaient les moyens. Si j'avais su, je serais parti avec 10 paires neuves, mais cela aurait fait un sacré trou dans mon budget. Mais c'est à retenir pour une prochaine aventure de ce genre s'il y en a une.

    D'un autre point de vue, la question des chaussures « manquant d'amorti » est un faux problème car il y a plusieurs années la technologie n'était pas aussi développée en terme de chaussures de course à pied et les coureurs se satisfaisaient quand même du matériel mis à leur disposition et faisaient des courses d'ultra sans plus de soucis physiques que de nos jours. Devient-on plus « douillets » ou sensibles au mal au fil des évolutions technologiques ?

     

    La seconde source de douleur pendant la course est venue de mon bassin. C'est un mal récurrent que je traîne depuis plusieurs années lié à un déplacement du bassin qui provoque un déséquilibre de tout l'ensemble locomoteur et irradie les douleurs dans les zones situées à proximité : adducteur, quadriceps, pubis, hanche... Ce sont les symptômes faisant penser à une pubalgie. Je ne suis pas médecin, mais je commence à les connaître ces douleurs.

    L'origine de ce nouveau déplacement du bassin est, à mon avis, à placer lors des deux jours où nous avons changé de pays, entre l'Allemagne et la Suède. Après l'arrivée à Kiel, j'ai dû transporter mon sac, que j'avais bien chargé avec entre-autres l'ordinateur, et je n'ai pas été très lucide en le portant et j'ai dû faire bouger mon bassin lors de l'une des nombreuses fois où j'ai dû replacer mon sac sur mon épaule d'un coup de hanche, comme on le fait tous quand on porte un sac en bandoulière.

    Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite mais au bout de quelques jours quand la gêne est devenue de plus en plus présente et qu'elle a progressivement tourné à la douleur. En course, cette douleur je l'évalue à 5 environ, mais à chaque foulée, ce qui à la fin de la journée indique ce que j'ai enduré.

    Le plus difficile était de repartir suite à un arrêt, les premières minutes étaient très pénibles (douleur 8) et diminuaient jusqu'à quelque chose d'acceptable.

     

    Les douleurs font partie de la course. Savoir les apprivoiser, les contrôler, les diminuer, c'est tout un travail et jusqu'à présent, j'avais de manière générale bien réussi à le faire.

     

    Il est des maux qui par contre peuvent survenir sans rapport avec ces douleurs, ni même sans rapport direct avec la course.

    Il y a eu un mauvais concours de circonstances qui a fait se cumuler les douleurs musculaires et tendineuses avec un mal plus profond : le manque d'énergie. Il est très difficile de lutter contre la fatigue généralisée, quand le corps ne peut plus avancer comme avant, quand chaque pas se fait plus court, plus lent et tout aussi douloureux qu'avant.

    L'origine de ce coup de fatigue, qui s'est d'abord traduit concrètement par un nombre incalculable d'arrêts pendant la course pour aller à la selle puis par une impression d'être complètement dénué d'énergie, tiendrait dans le fait que le sang irait en priorité alimenter les muscles sollicités en permanence pendant la course au détriment de l'estomac qui donc n'effectuerait plus correctement ni totalement son travail et renverrait les aliments dans les intestins sans les avoir digérés intégralement. Là non plus je ne suis pas médecin et ne peux donc pas avoir de certitudes sur ce que j'avance.

    Mes défenses immunitaires ont sans doute été très affectées par la course, sa durée, sa difficulté, ses trop courtes heures de récupération et de régénération auxquelles on pourrait aussi ajouter les différentes formes d'alimentation proposées.

    Et c'est là, à mon avis, mais je ne suis pas le seul à le penser, que le bas blesse : après les arrivées d'étapes, il n'y avait pratiquement jamais rien à manger. Parfois une ville-étape nous offrait des gâteaux ou des sandwiches, mais c'était rare et la plupart du temps nous étions obligés d'aller faire des courses nous-mêmes ou de nous organiser comme nous avons essayé de le faire avec les autres Français.

    Donc, plus d'une étape sur deux m'a vu ne pas m'alimenter assez dans les deux heures suivant mon arrivée, sans parler de la difficulté à trouver de l'eau plate que j'étais obligé d'aller acheter moi-même si je ne voulais pas boire celle, risquée, des robinets où l'on ne sait pas qui est venu faire quoi juste avant. Parfois, le magasin le plus proche m'interdisait tout déplacement car situé à plusieurs kilomètres du lieu d'hébergement.

    Une sous-alimentation suivie de repas parfois à la limite aux niveaux quantité et qualité, il n'en faut sans doute pas plus pour entamer un organisme déjà un peu atteint par la fatigue, en considérant une incomplète hydratation.

    Les postes de ravitaillement étaient bien garnis, mais au bout d'un certain temps on aurait aimé un peu de variété. Manger de la « cochonaille » ça ne me plaît pas beaucoup en course, surtout si c'est des tranches de cervelas, mortadelle ou autres saucisses de viande dans le genre; manger du fromage, c'est bien, mais quand c'est sur du pain de seigle ou d'autres céréales que nos organismes ne sont pas habitués à digérer, c'est plus difficile à assimiler; manger des gâteaux, c'est agréable quand c'est varié : gaufrettes, chocos fourrés, génoise, bretzels, gâteaux à apéritif salés... mais au fil des heures on aspire à trouver autre chose; les barres de céréales ou du type Snickers, Mars ou Bounty étaient trop peu fréquentes alors que ce genre de produit passe mieux au bout de plusieurs heures de course. Du coup, dès que je le pouvais, j'allais m'en acheter afin d'être autonome à ce niveau, ce qui n'est plus « normal » si l'on considère le slogan du départ : « Le coureur n'aura qu'à courir, manger et dormir ».

     

    Quand le mental tient, à l'image de la charpente d'un bâtiment, l'édifice ne peut pas s'écrouler, mais quand il est petit à petit attaqué par une accumulation de détails insignifiants sur le moment, il suffit d'un jour de tempête pour le voir s'effondrer.

     

    J'ai réussi à éviter l'effondrement, je suis revenu de mon passage à vide, cela m'a pris une grosse semaine, et au moment où tout semblait revenir « à la normale », je n'ai pas résisté à une ultime attaque de mon organisme, sournoise car pénétrant par une toute petite coupure située à la base de l'ongle, là où il y a des petites peaux qui font mal quand on les écorche, et j'ai dû arrêter net mon rêve.

     

    C'est ce qui m'amène au sujet concernant l'hygiène. Les conditions de propreté n'ont pas toujours été optimales selon les différents endroits où nous étions hébergés.

    Les salles, halls ou gymnases nous abritant n'étaient pas systématiquement propres, les places les meilleures ayant déjà été prises d'office par les bénévoles et les coureurs ou groupes de coureurs accompagnés, pour les autres il ne restait que les coins et recoins parfois à peine dignes d'héberger des êtres humains. J'écris ça maintenant comme si j'avais des comptes à régler avec qui que ce soit, mais loin de moi l'idée de le faire, même si cela m'a rappelé étrangement la dernière Transe Gaule. Donc une fois l'étape terminée, non alimenté et mal hydraté pour les raisons invoquées précédemment, il fallait se trouver un petit endroit où s'installer. Stéphane m'a souvent placé à côté de lui et m'a donc évité de me retrouver « au placard » ou dans un bout de couloir. La course à la douche commençait; on a rarement eu des douches froides, c'est un point positif, mais le niveau de propreté général des sanitaires après le passage d'une centaine de personnes devenait très très limite. Le nombre de WC mis à notre disposition était totalement ridicule : parfois, un seul WC pour les hommes et autant pour les femmes ! Imaginez le matin de 4 heures à 6 heures, les files d'attente. Chacun voulant se soulager avant l'étape, mais aussi remplir ses bidons d'eau, se laver les dents ... C'est à se demander comment font les sportifs utilisant ces salles, que ce soit d'ailleurs en Italie, en Allemagne ou en Suède.

    Donc, les conditions sanitaires n'étant pas respectées, il fallait faire attention à tout ce que l'on touchait et bien se laver les mains. Facile à dire et à faire quand tout va bien, quand la forme est là accompagnée de toute sa lucidité, mais il dut y avoir des fois où l'on a pris quelques risques et peut-être d'une certaine manière ai-je contracté mon infection suite à une série de négligences de ma part concernant l'hygiène de mes mains. J'écris ça sans savoir si je serais passé à côté de cette inflammation si j'avais respecté les règles de base de propreté lors des dernières 72 heures précédant mon atteinte au doigt.

     

    Ce sont des pistes à travailler en vue d'une prochaine aventure de ce genre et je vais tenter d'en faire un récapitulatif :

    • Renforcer les défenses immunitaires avant, pendant et après l'épreuve : Comment ? Existe-t-il un traitement de fond ? Si oui, lequel ? La prise de Pénicilline (ou autre) pendant la course est-elle recommandée, souhaitable, inutile, dangereuse ?

    • Prévoir des savons antiseptiques, des affaires de toilette à renouveler fréquemment (jetables), insister sur le nettoyage systématique des parties du corps en contact avec les zones à fort risque de contamination (mains, pieds, bouche).

    • Envisager de changer de chaussures tous les 500 à 750 km, même si cela s'apparente à du gaspillage, car si l'on compte les kilomètres effectués à l'entraînement pour les faire à ses pieds (une centaine environ), ça fait une paire par semaine au moins.

    • Se prévoir des repas en autonomie puisqu'une partie (collation à l'arrivée des étapes, rationnement au petit déjeuner et au dîner) n'est semble-t-il pas assurée par l'organisation, ce qui en plus des 6000€ d'inscription commence à faire sérieusement augmenter le budget.

    • L'idéal serait d'être accompagné par un véhicule d'assistance, comme plusieurs coureurs sur la course, mais là, ce n'est plus de l'amateurisme pur. Mais comme le but ultime est d'arriver au bout de la course, pourquoi ne pas mettre toutes les chances de son côté de cette manière.

    • Au niveau des bagages, trouver un compromis entre volume et commodité : la valise à roulettes était parfaite, mais très lourde à transporter dès qu'il y avait des étages à monter ou à descendre, ou des trajets entre les camions et les hébergements sur des sentiers pleins de graviers. Mon sac à chaussures était bien assez grand et j'ai réussi à y mettre mes affaires assez facilement et surtout à les y retrouver. J'ai dû quand même faire un troisième sac, volumineux mais pas très lourd, contenant ma tente (utilisée une seule fois), mon matelas gonflable (un peu étroit et trop peu épais à la longue), mon sac de couchage (avec drap et oreiller gonflable), et parfois mes affaires de douche et de rechange pour l'après étape.

    • Utiliser les choses ingénieuses vues chez les autres coureurs : l'étendoir à linge de Markus, les arceaux des tentes de camping des japonais, le petit siège pliant de Russel ou de Gérard.

    • Emporter plus de crèmes protectrices style Nok pour les pieds ou vaseline pour le short et les aisselles et gels et tissus anti-inflammatoires (Voltarène) afin de ne pas être obligé d'en rechercher le jour où il n'y en a plus.

     

     

    Concernant les différentes tenues, j'en avais emporté de trop, comme toujours, mais j'avais pris l'essentiel au niveau textile. Seuls un nouveau bonnet et une paire de gants plus épais m'ont fait défaut ce que j'ai corrigé en en achetant à la fin d'une étape dans un magasin de sport.

    La météo de la première partie (Italie, Autriche, Allemagne) fut correcte pour ce genre de course. Peu de grosses variations thermiques, parfois du temps frais le matin et en montagne, parfois des fortes chaleurs l'après-midi avec un vent plus ou moins fort, peu de pluie.

    En Suède, on a connu une grande variété de conditions climatiques allant de la journée entièrement pluvieuse à la journée ensoleillée et chaude quand il n'y avait pas d'ombre. Des étapes plus au nord ont nécessité le port du coupe-vent et même du poncho. Des températures proches de 0° au départ avec une « montée » jusqu'à 12° dans l'après-midi n'encouragent pas à se découvrir.

    A revoir, le port du camel bag, celui d'un sac banane, celui d'un bidon à la main ou à la ceinture...

    A envisager l'achat d'un I-Pod « facile d'utilisation » et plus de 1000 heures de musique, d'un téléphone-appareil photos-ordinateur tout-en-un » avec le forfait et la connectique adaptés.

     

    à+Fab****

     

    Quelques chiffres :

     

    3764,8 km en 448h11'12''

     

    (54 étapes sur 64) (3764,8 km / 4487,7 km)

     

    Manquent :

    10 étapes, 722,9 km.

     

     


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  • Vendredi 22 mai, 34ème étape : Göteborg (Suède) – Sjövik (48,8km).

    Après une très bonne nuit dans la cabine du ferry, après un très copieux petit déjeuner pris à bord nous avons repris le cours de notre course.

    Le départ fut donné peu après 9h30 sous la pluie depuis le premier parking qui se trouve après la zone portuaire.

    Göteborg, c'est très joli, mais je n'ai pas eu le temps de regarder tout ce qu'il y avait parce qu'il fallait que je sois attentif aux différents changements de direction qu'il y avait sur notre parcours. Nous courrions sur une piste cyclable, mais à chaque carrefour il fallait attendre que le piéton soit vert pour passer et à ce petit jeu là, je me suis vite retrouvé distancé par la plupart des coureurs avec qui je me trouve d'habitude. Certains de devant ne se sont pas préoccupés d'attendre ou non le passage, ils ont foncé. Je n'ai pas voulu prendre ce risque. D'arrêts aux feux en arrêts toilettes, je ne voyais plus personne devant moi et ceux de derrière ne couraient pas aussi vite que moi mais me retrouvaient néanmoins dès que je marquais une pause.

    Au premier ravitaillement, km10,9 passé en 1h05' je me dis qu'il y avait un problème : soit j'étais vraiment rapide, mais avec tous les arrêts que j'avais faits j'en doutais, soit la distance indiquée était fausse. Je pensais plutôt n'avoir fait que 9 à 9,5km. Au second ravitaillement, j'ai eu la même impression, alors je me suis dit que l'étape allait peut-être être moins longue que prévue.

    Nous sommes sortis de l'agglomération de Göteborg au bout d'une douzaine de km et nous avons continué notre chemin sur une piste cyclable toujours, avec une seconde averse, un peu plus forte que la première. J'avais enfilé le poncho dès le départ et ne le quittais donc pas.

    C'était joli, les maisons en bois, la verdure environnante, le chant des oiseaux et l'impression que la nature en est toujours au même point depuis l'Italie. En effet, plus nous remontons vers le nord (et là, avec le ferry nous avons fait un saut de 400km vers le nord), plus on voit les plantes au même niveau de floraison, par exemple les lilas pour qui c'est flagrant. En Italie, ils commençaient à fleurir, en Allemagne on les voyait commencer à fleurir aussi et bien en Suède, leur floraison en est au même stade, au début de leur épanouissement.

    D'autres arbres comme les tilleuls montraient qu'il y a un décalage dans le temps entre le nord et le sud.

    La suite de l'étape fut plus difficile car les averses se sont succédées, la piste cyclable s'est transformée en chemin de terre avec des graviers, et la fatigue s'est installée progressivement.

    J'ai géré ma fin d'étape sans chercher à rattraper les coureurs de devant que j'apercevais depuis quelques km. Néanmoins, j'ai repris Takako qui avait ralenti et nous avons encore une fois terminé ensemble.

    La moyenne de cette étape semble trompeuse car en réalité il faudrait retirer 3km pour avoir la distance exacte, ce qui donne une moyenne plus conforme à mon ressenti et à ma valeur réelle.

     

    L'arrivée se fit dans une sorte de village de vacances et nous sommes logés dans des bungalows, à 4 pour une superficie de 12m², avec des lits superposés. C'est plus grand que les cabines du ferry, mais cela reste très exigu surtout quand chacun arrive avec ses bagages.

    Les douches et les sanitaires sont situés à 50m de là et quand on y va, c'est sous la pluie.

    Ce soir le dîner ne sera pas du même niveau que celui auquel nous avons eu droit hier soir : buffet à volonté à bord du ferry, poissons, viandes, saucisses, légumes, desserts... tout à volonté. Nous en avons bien profité, tout comme les touristes qui étaient à bord pour voyager eux aussi vers la Suède et qui étaient médusés quand on leur disait ce qu'on était en train de faire.

     

    Demain, une longue étape nous attend : 82km en espérant qu'on soit un peu mieux hébergés après près de 10h passées sur la route. J'espère que la météo sera meilleure car les averses ne sont pas pour faciliter la récupération après la course et n'aident pas à éviter les douleurs musculaires ou tendineuses.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 23 mai, 35ème étape : Sjövik – Kvänum, 82,0km.

    Fini de rire aujourd'hui : j'ai eu un aperçu de ce qu'on va vivre pendant les 29 prochaines étapes, c'est à dire de longues portions de route sans âme qui vive, malgré de beaux paysages composés de prairies et de bois ou de champs cultivés. Le bord des routes est pratiquement toujours boisé ce qui procure de l'ombre quand on en a besoin. De longues parties sans arbres ni haies ont été plus fréquentes sur la fin de l'étape, lui conférant un caractère interminable. Il y a des villages, très espacés les uns des autres, et des habitations, regroupées en sorte de hameaux mais pas à la "Française", plutôt à la Suédoise, c'est à dire construites le long de la route principale. Des abris bus fréquents traduisent que l'isolement n'est que relatif. Ce samedi, nous n'avons pu nous rendre compte du trafic qui emprunte cette route en temps normal. On découvrira cela lundi.

    J'ai démarré l'étape comme d'habitude, tranquillement le temps de m'échauffer, puis je suis passé en vitesse de croisière légèrement plus basse que lors des étapes précédentes en raison de la longueur de celle qui nous attendait aujourd'hui.

    Jusqu'au 30ème km, j'étais bien, même si j'avais l'impression de ne pouvoir aller plus vite. J'avais un peu mal au dos et cela irradiait jusque dans le haut de ma cuisse droite, au niveau de l'adducteur. C'est à peu près à ce moment que j'ai commencé à ressentir un léger tiraillement au niveau de l'ischio jambier de la jambe gauche. Etait-ce une conséquence du changement de foulée dû à la gêne de mon adducteur ? Tant et si bien que je ne pouvais plus allonger la foulée sans ressentir une douleur. Je voyais les autres coureurs avec qui j'étais s'éloigner progressivement et je n'ai pas cherché à rester dans leur sillage. Je me suis vite retrouvé devant le fait accompli : aujourd'hui allait être une journée de galère. Le mental ne tarda pas à suivre ce mauvais pas et je connus plusieurs longues et pénibles heures à lutter contre moi-même et contre les kilomètres.

    J'étais jusqu'au 30ème km à 9km/h de moyenne, je suis passé à 8/8,5, alternant les périodes de course avec les périodes de marche. Je me suis aussi fait reprendre par des coureurs qui d'habitude sont derrière moi, mais j'avais fait le deuil de cette étape depuis un moment pour en regretter la tournure.

    Jusqu'au km 70 environ j'ai donc pioché. J'avais mis le MP3 depuis le km65 pour m'aider à finir les deux heures qui devaient me rester à courir.

    Dans les 12 derniers km, je me suis fait violence pour retrouver un rythme de course plus rapide, sentant l'écurie comme on dit.

    Je finis donc sur une impression mitigée et avec une belle douleur à l'ischio gauche. J'ai mis de la glace après la douche et je me suis reposé.

    J'espère que demain ça va aller mieux car j'ai été épargné depuis le début de la course par les blessures et je n'aimerais pas rentrer dans un cycle où je devrais passer plus de temps sur la route que celui que j'ai prévu.

    Aujourd'hui, j'ai mis 9h40 à peine ce qui était mon objectif N°1, le second était de faire moins de 10h. Mais c'est la manière et la baisse de mon mental qui m'inquiètent. Si je repars avec une douleur demain, sur les 86km prévus, je sens que ça va être très très difficile à digérer.

    On verra bien.

    à+Fab****

     

    Dimanche 24 mai, 36ème étape, Kvänum – Hasslerör : 85,9km.

    Aujourd'hui, l'étape s'annonçait longue au niveau du kilométrage, pénible si mes douleurs de la veille persistaient et moralement difficile car mes pensées allaient être orientées vers ma maman qui nous a quittés il y a trois ans déjà.

    Le départ m'a surpris quant aux sensations, car je ne ressentais rien des douleurs de la veille et je fis les 10 premiers km à l'aise sur une route tranquille, sous un soleil à moitié voilé par une couche nuageuse. Le jour était levé depuis 3h30 du matin, donc à 6h le soleil était déjà bien haut par rapport aux levers de soleils italiens sur l'Adriatique. La température était aussi agréable, malgré un léger vent, mais j'ai conservé mon coupe-vent pendant les premières heures.

    Je pensais à ma famille, à ma mère qui aurait été fière de me voir rendu si loin dans l'aventure, elle qui était une de mes plus grandes supportrices, fière comme toute maman des "exploits" de son fils.

    Le premier ravitaillement passé, j'ai commencé à ressentir la même gêne puis douleur aux ischios jambiers qu'hier. Je me suis donc rendu à l'évidence, la journée allait vraiment être "particulière".

    Je pris la décision de m'enfermer dans ma bulle en mettant mon MP3 que j'avais réglé sur des stations locales, en l'occurrence sur une station spécialisée en country music. J'eus droit à toute la gamme des chansons américaines sur les trains, rock, folk, country, blues... ça m'a diverti pendant un bon moment jusqu'à ce que je n'arrive plus à capter la station. Je suis donc passé en mode "musique", avec mes pistes personnelles enregistrées. Un peu de Rap (Eminem, Tupac) puis du jazz (Zappa) suivi par la BO du film Kill Bill et des chansons françaises (Higelin, Bashung, Renaud) et quelques compilations étrangères.

    Le temps m'a paru moins long et les 15km de forêt par un sentier-route de terre se sont bien passés.

    Ce fut physiquement difficile, et donc moralement encore plus dur, jusqu'au 50ème km environ, suite au passage au ravitaillement de Thomas et sa bonne soupe. Quand j'en suis reparti, au bout de quelques minutes je ne souffrais plus de ma jambe gauche. J'ai continué de courir sans accélérer pour ne pas redéclancher le mal.

    J'ai poursuivi mon chemin tant bien que mal, les heures étaient interminables d'autant plus que nous avons emprunté par la suite de longues portions de route droite dont on n'apercevait pas le bout.

     

    Au final, j'ai tourné à la même moyenne que sur l'étape d'hier, je suis resté quand même plus de 10h sur la route. Mais ce soir, je suis un peu rassuré quant à ma douleur à l'ischio gauche. Elle ne s'est pas résorbée, mais elle m'a laissé tranquille. Demain, l'étape est courte (68km seulement, une paille !) je vais essayer de continuer de reposer cette jambe sans la solliciter par une vitesse de course trop grande. Le surlendemain une étape de 85km nous attend à nouveau.

     

    Le moral est meilleur ce soir, mais l'inquiétude demeure quand même un peu.

     

    à+Fab****

     

    Lundi 25 mai, 37ème étape, Hasslerör – Kristinehamn : 68,1km.

    Quand nous avons quitté Hasslerör, à 6h, il faisait frais, il y avait un petit vent qui renforçait l'impression de fraîcheur et le ciel était couvert.

    Nous avons rejoint au bout d'à peine un kilomètre la route N°26 que nous n'allions plus quitter jusqu'à l'entrée de Kristinehamn. Et cette route assez fréquentée par les camions, nous allons la poursuivre encore plusieurs jours. Pas très passionnant !

    Le paysage a été assez banal, on a eu droit de longer un lac pendant plusieurs kilomètres pour nous changer des champs, des prairies et des bois. Mais pour le reste, je me suis beaucoup ennuyé. J'ai mis la musique de mon MP3 pour essayer de faire passer le temps plus vite. Il n'y a pratiquement jamais d'agglomération à traverser qui pimenteraient le parcours.

    Je suis parti prudemment, comme hier, pour vérifier si ma jambe allait me laisser tranquille. Je n'ai rien ressenti de particulier mais j'ai choisi l'option prudence et me suis mis dans l'idée d'aller au bout de l'étape à 8,5km/h environ, ce qui au total ferait un temps de 8h.

    C'est ce que j'ai fait, à 5' près, et j'ai terminé avec Roger, Alain et Jenni.

    Je suis très loin des autres coureurs avec qui je courais les jours d'avant la Suède, mais je préfère être prudent quitte à perdre du temps que de foncer coûte que coûte et me blesser plus sérieusement.

    C'est frustrant pour un "attaquant" comme moi, mais je me suis fixé comme objectif N° 1 d'aller au Cap Nord.

    Certains coureurs vont mieux aussi, depuis qu'ils ont connu une période de blessures puis de ralentissement et maintenant ils reprennent leur véritable place. Donc, moi aussi, je suis retourné à la mienne.

    Le moral est revenu, je sais que demain il va me falloir être tout aussi prudent qu'aujourd'hui et me préparer à passer plus de 10h sur la route N°26.

    A bientôt : Fab****

     

    Mardi 26 mai, 38ème étape, Kristinehamn – Lesjöfors : 85,0km.

    Ce soir j'ai fait 2600km depuis Bari en à peine 300 heures, 38 jours se sont passés avec les mêmes rituels d'avant, pendant et après course.

    Ma journée s'est bien présentée, quand je me suis réveillé, il faisait jour depuis longtemps, le soleil éclairait déjà la cime des arbres qu'on apercevait par les fenêtres du gymnase placées en hauteur.

    Quelques raideurs aux jambes, mais ma tendinite à l'ischio jambier gauche semblait me laisser tranquille. Je l'avais bien soignée la veille (glace + Voltarène en gel) et toute la nuit j'ai bien suivi les recommandations du médecin, à savoir d'éviter de dormir en tendant cette jambe afin de ne pas solliciter le tendon endolori.

    L'étape commença sous un beau temps, à peine frais, et je me demandais si j'allais conserver longtemps mon coupe-vent.

    Je pris un rythme tranquille mais plus rapide que ces derniers jours, comme je le faisait avant la Suède.

    La route N°26 était peu fréquentée à cette heure, et sur ce tronçon il y avait moins de trafic que sur la partie empruntée hier.

    Au premier ravitaillement j'ai oté mon coupe-vent car j'avais chaud. Ma vitesse était satisfaisante et mes sensations excellentes. J'en ai profité pour poursuivre sur le même rythme.

    Le paysage n'était pas très différent de celui de la veille et je me concentrais plutôt sur ma course. Pour me distraire, j'ai trouvé un nouveau jeu, à partir des plaques minéralogiques des autos et camions. Je regardais les plaques et "montais" l'alphabet puis le redescendais. J'ai d'ailleurs remarqué qu'en Suède il n'ont ni I, ni Q et pas de V. Ce jeu me conduisit jusqu'au 50ème km environ sans que j'aie à trop penser pendant ma course. Les seules interruptions de ce jeu furent lors des ravitaillements qui arrivaient relativement rapidement sans que j'aie à les attendre.

    Nous avons transité par une ville plus importante située à un carrefour de routes fréquentées et par la suite nous avons retrouvé la relative tranquillité de notre chère N°26.

    J'ai terminé l'étape avec Werner, un ancien vainqueur de la Transe Gaule (2006) et quand nous sommes arrivés au gymnase, nous étions ravis que cette longue étape se soit relativement bien passée. J'ai couru à une vitesse plus en rapport avec mes étapes "Italiennes" ou "Allemandes".

    Ma 20ème place m'a surpris, mais beaucoup ont payé leurs gros efforts des deux dernières journées où certains ont attaqué et l'ont payé aujourd'hui.

     

    J'ai passé l'IRM pendant 1h, pour examiner mes poumons puis pour regarder ce qu'il reste de mes soucis de tendinites aux ischios. C'est en voie de guérison, pour peu que je sois prudent demain comme me l'a dit le médecin. Alors, on verra demain, il n'y a que 65km.

     

    Le moral est bon, il faut maintenant que je pense à me reposer car depuis mon arrivée peu avant 16h et maintenant (21h) je n'ai pas eu trop de temps à moi, malgré le glaçage de mes douleurs, la prise d'une petite collation, les bavardages avec les copains, le repas puis l'IRM.

    Je vous laisse.

    à+Fab****

     

    Mercredi 27 mai, 39ème étape, Lesjöfors – Vansbro : 64,9km.

    Cette courte étape, au lendemain d'une de 85km, devait permettre à beaucoup de coureurs de profiter de l'après-midi et de se reposer. Certains l'ont courue tranquillement, comme en récupération, d'autres ont eu du mal car ils n'ont pas récupéré de la veille, et il y a les autres qui font l'étape telle qu'elle se présente sans se poser de questions.

    J'ai choisi cette dernière option.

    Pourtant, la matinée avait mal commencé pour moi, car quand je suis allé aux WC, j'ai remarqué la présence importante e sang dans mes selles, ce qui m'a inquiété. Je suis allé trouver un des médecins de l'organisation pour lui demander conseil. Il m'a dit qu'il serait peut-être nécessaire d'aller passer un examen à l'hôpital si cela devait se reproduire, pour vérifier si tout est en ordre.

    J'ai donc démarré l'étape avec une grosse angoisse, celle du mec qui va peut-être finir la journée à l'hosto.

    J'ai couru les premiers kilomètres assez lentement afin de jauger les sensations qui se sont avérées bonnes une fois l'organisme échauffé. Rassuré, mais en ayant toujours une pensée pour ce "truc" bizarre, j'étais en train de réfléchir à la manière avec laquelle j'encaisserais un éventuel abandon. J'ai vite chassé cette idée de mes pensées et j'ai fait mon étape, à mon rythme "de quand je suis bien physiquement".

    J'ai tourné à plus de 9km/h pendant les ¾ de l'étape puis j'ai ralenti sur les derniers kilomètres, prenant plus de temps aux ravitaillements et pensant à l'étape de demain qui fera 73km.

     

    La météo fut fraîche avec quelques gouttes de temps en temps, un vent assez fort nous a poussés quand nous étions dans la partie vallonnée de l'étape. Et oui, on a eu droit à de belles côtes, longues mais pas très pentues, ainsi qu'à de belles descentes. De part et d'autre de la route, il y avait des forêts, de résineux mais aussi d'espèces à feuilles caduques. Très peu d'habitations, souvent isolées, bordaient la route 26 sur laquelle le trafic d'aujourd'hui n'était pas très important malgré une forte proportion de camions transportant ... du bois.

     

    La ville qui nous a accueillis est un peu plus importante que les dernières et nous sommes installés dans un gymnase tout près du centre. J'en ai profité pour aller retirer de l'argent, des Couronnes suédoises (taux environ d'1€ = 10K), et je suis allé au supermarché refaire le plein de gâteaux et de boissons.

     

    Ce soir ça va, je suis rassuré, j'attends demain matin sans inquiétude. Ce soir, je vais rater la finale de la ligue des Champions, mais je regarderai le résultat sur le SMS que Pascale m'enverra.

    Je vais me coucher tôt car la nuit dernière je n'ai pas beaucoup dormi à cause des lumières du gymnase qui étaient restées allumées toute la nuit sans qu'on puisse les éteindre.

     

    à+Fab****

     

    Jeudi 28 mai, 40ème étape, Vansbro – Mora : 72,8km.

     

    40 ! « Et qu'à ferme sa porte ! » comme disait la voisine.

    Aujourd'hui, c'était les 40èmes rugissants, la 40ème étape. Hier nous avons franchi en début d'étape le 60ème parallèle Nord. Nous nous rapprochons progressivement de notre Graal.

     

    Pour ma santé, et bien j'ai été vite rassuré et je suis parti le cœur léger contraste saisissant avec le Fab d'hier soir au bord des larmes de fatigue et d'inquiétude. Mon souci gastrique est passé.

     

    L'étape a démarré sous la pluie, fine au début donc ne nécessitant pas le port du poncho, mais au bout de quelques kilomètres j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il fallait l'enfiler sous peine de se retrouver trempé et transi de froid.

    Le cortège de ponchos rouges, ceux donnés par l'organisation, mais on a le droit d'en porter d'autres, bigarrait la route bordée de sapins verts. Il n'y avait pas beaucoup de circulation donc on pouvait choisir les portions de route en évitant les flaques d'eau.

    Mon rythme tranquille au début, le temps de m'échauffer et de me réchauffer, va progressivement s'accélérer. Nous avions dès les premiers hectomètres été stoppés par un train de bois qui manœuvrait sur la voie et avions dû attendre quelques minutes qu'il finisse son changement de voie (ce qui n'a pas empêché deux coureurs, dont je tairai les noms, d'être passés sous le train quand il était à l'arrêt. L'un d'eux en perdit son bidon qui se retrouva entre les rails pendant que le train avait repris sa manœuvre en sens inverse. Le malin a été obligé d'attendre.).

    Ils ont eu le droit de se faire gronder.

    Donc du retard dès le premier kilomètre, ça allait faire baisser la moyenne !

    Tant pis puisque tout le monde était concerné.

     

    Un peu plus tard j'ai refait un autre arrêt long (« technique » celui-là) dans les bois et quand j'en suis reparti, près de 5' plus tard, je m'étais fait dépasser par nombre de coureurs.

    J'ai repris mon rythme et rattrapais le petit groupe qui avait profité de mon arrêt et j'ai continué ainsi de ravitaillement en ravitaillement, où, à chacun de mes arrêts je me faisais à nouveau rattraper et dépasser par des coureurs qui prennent moins leur temps à se restaurer. J'ai retiré le poncho au moment où une embellie météo s'était installée. Malgré cela, j'ai eu droit à deux ou trois autres bonnes averses, mais je n'avais plus envie de sortir le poncho.

     

    Le reste de l'étape sur la route 26 fut une sorte de routine, j'égrainais les kilomètres en les décomptant toutes les 6'40 (soit 9km/h) et j'ai eu la surprise de voir que j'avais fait une erreur dans mes comptes et qu'il ne restait pas autant de km que je le croyais.

     

    Quand j'en ai eu terminé, j'étais soulagé que cette étape se fut bien passée, sans douleurs sinon celles de la fatigue dans les jambes sur une route à gros enrobé, légèrement bombée où il fallait profiter de l'absence de circulation pour trouver une partie plate et moins granuleuse.

     

    Le rituel d'après course passé, j'ai pu dormir un peu, ou plutôt somnoler car la boîte à chaussures qui nous sert de lieu d'hébergement, même si elle est moins petite que certaines précédentes, reste assez exigüe.

    Les douches étaient chaudes, mon linge lavé est presque sec, le ciel est bleu et on annonce une belle journée ensoleillée pour l'étape de 78km de demain.

    Quoi rêver de mieux ?

     

    Allez, je vous laisse et vous dis à demain.

    à+Fab****

     

    Vendredi 29 mai, 41ème étape, Mora – Västbacka : 78,3km.

    Après la pluie (d'hier), le beau temps. On s'est levé sous un beau soleil, et pourtant on n'a pas fait de grasse matinée : c'est que le jour était déjà levé depuis 3h30 et il était 4h.

    Il faisait frais, mais je me doutais qu'il allait y avoir des températures plus clémentes voire chaudes dans l'après-midi.

    L'étape démarra de la plus belle des manières, nous avons traversé la ville qui nous servait d'étape et nous avons pu découvrir ce que nous avions raté la veille parce que trop éloignés du centre. C'est ce qui est frustrant sur ce genre de course où la récupération et l'intendance prennent tellement de temps qu'on n'a pas souvent l'occasion d'aller voir les sites pittoresques.

    En tout cas, Mora est une très jolie petite ville d'une dizaine de milliers d'habitants, située au bord d'un lac sur lequel se reflétait le soleil. Il doit y avoir des photos sur le site de la TransEurope.

     

    Une fois sortis de Mora, nous avons retrouvé la route 45 que nous allons poursuivre plusieurs étapes encore. C'est tout pareil que la route 26, sauf le numéro.

     

    J'ai couru comme depuis les derniers jours, à un rythme qui me permet d'être efficace sans me faire violence et progressivement, j'ai avancé. Je ne me suis arrêté que trois fois 5' soit pour des besoins naturels soit pour me ravitailler plus longuement. Les autres arrêts ont été dans la moyenne des précédents, c'est à dire entre 30 secondes et 1 min 30.

     

    Le parcours était vallonné aujourd'hui et les forêts se sont progressivement dénuées de végétation sous arbustive. Avant il y avait des arbustes au pied des grands sapins, maintenant il y a des mousses et des lichens à leurs pieds, ainsi que nombre de rochers arrondis par l'érosion de milliers d'années.

    Les habitations sont de plus en plus rares et ce soir nous logeons dans des huttes en bois, à 6 par hutte, ce qui reste très exigu. Le lieu d'hébergement se situe à l'emplacement d'un restaurant, proche de lacs et de chemins forestiers.

    Il a fait beau aujourd'hui et nous commençons à voir quelques moustiques et d'autres moucherons.

     

    Mon étape s'est donc bien passée et à 5km du but, au dernier ravitaillement, j'ai décidé d'attendre Tom, un coureur allemand, qui était derrière moi depuis plusieurs heures. Nous avons fini ensemble en un peu plus de 9h.

     

    Pas de bobos, sinon une autre petite ampoule à un orteil qui jusque là avait été épargné. Je vais soigner ça et demain ça ira.

    Une petite étape nous attend, 61km, avant celle de dimanche qui en fera 25 de plus.

     

    Le soleil est encore haut ce soir après le dîner, mais il faut penser à aller se coucher pour être en forme demain.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 30 mai, 42ème étape, Västbacka – Sveg : 61,4km.

    Je suis installé à califourchon sur un banc dans un couloir de la salle des sports de Sveg, juste en face de Tom, le coureur avec qui j'ai fini l'étape d'hier, et qui va se faire tondre les cheveux par Uli, notre pasteur-dernier ravitailleur-coiffeur-chanteur... Uli est une personne très appréciée car lorsqu'on arrive à son ravitaillement, on sait qu'il ne reste plus grand chose à courir.

    Aujourd'hui, quand je suis arrivé à son poste de ravitaillement, j'ai eu la surprise d'apercevoir au loin des montagnes enneigées, alors qu'à cette heure il faisait plus de 25°.

     

    Aujourd'hui, il a fait beau et chaud. Notre réveil sous un ciel bleu, avec un peu de brume dans les sous bois qui a peu à peu disparu au fur et à mesure que les rayons du soleil réchauffaient l'atmosphère, laissait présager qu'on allait avoir chaud plus tard dans la journée et qu'il fallait penser dès le début de l'étape à bien s'hydrater.

    Pendant les premières heures, les arbres nous donnaient un peu d'ombre, mais plus on avançait dans la course et plus le soleil s'élevait dans le ciel ; il se trouvait assez souvent derrière nous et dans cette configuration, il n'y a plus de possibilité d'avoir des zones d'ombres et rafraîchissantes.

     

    Le paysage, pour ne pas changer, a été de toute beauté, au détour d'un virage nous pouvions découvrir un ruisseau dont on percevait le murmure dans le silence de notre progression. Peu de voitures et encore moins de camions en ce samedi, seulement quelques personnes se rendant en week-end avec leur caravane ou camping car. Parfois, un petit coup de klaxon amical nous sortait de notre concentration sur le bitume ou dans nos pensées.

    Il y eut quelques surprises quand nous descendions de longues portions de route : un lac s'étendait, avec ses nombreuses îles, ses petites baraques de pêcheurs, de chasseurs ou de personnes venant passer le week-end.

     

    Les postes de ravitaillement, espacés d'une dizaine de km à peine s'égrainaient environ toutes les 1h05 pour moi ce qui me donnait une moyenne de course de moins de 9km/h, arrêts comptés.

    Cette étape étant courte, il n'y avait pas lieu de prendre de risques surtout quand s'annonce une belle chevauchée de 86km le lendemain.

     

    Mais bon, quand on est joueur, on tente des petits trucs et je me suis mis dans l'idée d'accélérer entre le 45ème et le 50ème km et de maintenir la cadence jusqu'à l'arrivée si je le pouvais. A ce petit jeu, je suis revenu à portée de vue de mes compères suédois, talonné par le duo de français Roger/Alain.

    Un léger quiproquo m'a fait accélérer pour tenter de passer sous les 7h (mon objectif d'avant course) sans attendre mes compères français qui ne se trouvaient que deux cents mètres derrière. J'aurais pu les attendre et finir avec eux, mais j'ai préféré essayer de faire la jonction avec les suédois.

    En fait, je suis arrivé une vingtaine de secondes derrières le duo nordique et une petite minute devant la paire française.

     

    Le gymnase qui nous accueille est vaste, les douches chaudes, et une fois que j'ai terminé de me laver, de manger et d'installer mes affaires, j'ai vraiment pu me reposer. J'avais de la glace pour les quelques zones douloureuses, et je pus dormir quelques bonnes minutes.

    Dehors, il faisait chaud, plus de 30° au soleil, au moins 25 à l'ombre, et quand je me suis relevé pour aller faire quelques courses au supermarché du coin, j'ai attrapé une bonne suée. Il faut boire pour récupérer et préparer l'étape de demain qui s'annonce aussi chaude mais qui sera aussi plus longue de deux heures au minimum pour moi.

     

    Maintenant, je vais préparer mes affaires pour demain et me coucher, ce qui est frustrant à cette heure un samedi soir, mais la course ne permet pas de faire des petits écarts. Il faut une bonne dose de volonté et de ténacité pour accepter de passer à côté de petites choses comme celles de visiter la ville très pittoresque car touristique, ou inversement, d'aller manger une bonne glace en terrasse d'un café ou tout simplement de se poser sur un banc et de regarder le temps qui passe.

    Je garde toutes ces frustrations pour plus tard quand je serai de retour en France et là, je vais en profiter. C'est dans une aventure comme celle-là qu'on mesure à quel point les petites choses de tous les jours auxquelles on ne fait pas attention, car banales, sont importantes pour l'équilibre physique et mental.

     

    Je vous laisse méditer sur cette pensée philosophique et vous dis à demain.

     

    à+Fab****

     

    Dimanche 31 mai, 43ème étape, Sveg – Rätan : 85,7km.

    Et bien, quelle journée !

    85,7km sur la route 45, avec une température au départ de 14°, un soleil en pleine face et très peu de circulation.

    Heureusement, le revêtement routier était lisse, du bitume gris sans aspérités, pas comme celui de couleur orangée qui « gratte » les semelles avec ses gros graviers. Donc pas d'efforts à faire pour lever les pieds.

    Je m'étais fixé les postes de ravitaillement comme points de repères et j'avais prévu de grignoter une barre de céréale ou un Mars vers la 35/40ème minute qui suit le départ et entre chaque ravitaillement.

    Le temps a passé vite au début, au gré de l'orientation de la route on pouvait avoir un peu d'ombre qui faisait du bien car la température avait déjà dépassé les 20° vers 9h.

    Le soleil nous a tourné autour car de face il est passé à droite puis derrière et enfin à gauche dans l'après-midi.

    Les paysages n'ont pas beaucoup changé, j'ai juste remarqué que les lilas ne commençaient à fleurir que maintenant. On a donc pris de l'avance sur le printemps et la végétation.

     

    J'ai fait une cinquantaine de kilomètres sans gros soucis mais vers la 6ème heure de course j'ai commencé à ressentir une douleur sur le dessus du pied droit au niveau de la cheville (sur le côté droit aussi). J'ai desserré un peu ma chaussure mais le mal persistait. J'ai donc ralenti pour ne pas prendre de risques me faisant rattraper par deux coureurs qui s'arrêtent moins longtemps que moi aux ravitaillements.

    Comme en plus il faisait chaud, l'eau de mes bidons devenait assez rapidement tiède.

    Quand je suis arrivé, j'ai « expédié les affaires courantes », j'ai passé le « body measurement » comme le matin (79,8kg à 5h, 77,7kg à 17h).

    J'ai mis mes jambes en l'air le long d'un mur pour faire diminuer le gonflement de ma cheville, j'ai mis de la glace et je me suis un peu reposé.

    A 19h,j'ai dîné puis de 19h30 à 20h15 j'ai passé l'IRM.

    Donc après, je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi et ce CR, je l'ai écrit au crayon à 21h15, allongé sur mon matelas quand je me suis couché. Donc, je n'ai pas eu le temps de le mettre en ligne ni de l'envoyer, c'est pourquoi vous ne le recevez que ce soir, lundi.

     

    Lundi 1er juin, 44ème étape, Rätan – hackas : 57,9km.

    « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles » dit-on, et bien là, c'est plutôt le contraire.

    J'ai passé une sale journée, je me suis traîné sur le bitume car mon problème à la cheville m'a beaucoup handicapé et je n'ai pas voulu prendre de risques à aller plus vite, de toute façon je pense que j'en aurais été incapable.

    Le temps d'hier était oublié, quoique j'en ai gardé des séquelles au niveau fatigue, tout comme celles de la longueur de l'étape.

    Je ne me suis pas assez couvert et le vent frais défavorable cumulé à une vitesse réduite m'ont bien gêné.

    On a passé le km 3000 peu avant la mi-étape, c'est la seule note positive de cette journée de course.

    J'ai fini loin, très loin de ce que j'espérais, mais dans un temps conforme à mon allure de prudence.

     

    Nous sommes encore une fois hébergé dans une école, dans un petit gymnase, mais nous mangeons bien car la restauration est assurée par le personnel de cantine de l'école.

    Des enfants étaient là, avec leurs professeurs à nous attendre et on dut signer des autographes.

     

    J'ai soigné ma cheville qui avait de nouveau enflé, je me suis bien reposé et je me suis refait un bon moral en choisissant l'option prudence pour les 3 jours à venir (60,3km, 79,1km et 72,8km).

    Je n'ai pas d'autre choix, donc je vais certainement dégringoler dans les tableaux mais ce n'est pas là le plus important.

     

    J'espère pouvoir donner des nouvelles un peu plus optimistes demain soir.

     

    à+Fab****

     

    Mardi 2 juin, 45ème étape, Hackas – Lit : 60,3km.

     

    C'est avec le moral proche du néant que je rédige ce CR, mais si je continue de le faire c'est que j'ai encore un peu de jus, un peu d'énergie dans la « batterie ».

    Aujourd'hui, j'ai passé toute l'étape, certes courte, à moins de 8km/h, accompagné de Christophe qui m'a bien aidé, lui qui a connu les affres de l'abandon en Italie et qui connaît bien cet état d'âme quand on navigue dans les profondeurs du classement. Nous avons couru lentement, avalant doucement les kilomètres en 8 minutes voire plus. Les postes de ravitaillement semblaient très distants les uns des autres, parfois c'était interminable. Nous avons discuté pendant de longues heures ce qui nous a aidés à faire passer les heures.

    Nous avons eu un temps gris, pluvieux avec de belles averses froides, parfois ensoleillé, mais jamais chaud. Même les 20 dernières minutes ont été effectuées sous une pluie mêlée de grêle.

    Nous avons traversé une grande ville dont je n'ai plus le nom en tête alors que depuis plusieurs jours on a vu les panneaux l'annoncer sur la route 45 : d'abord à plus de 300km puis de jour en jour on voyait le décompte s'effectuer jusqu'à aujourd'hui. Pour y accéder, nous avons franchi un long pont de 1504m puis suivi une piste cyclable et tout un dédale de rues en côte qui nous ont amenés à la sortie de cette grande agglomération. Il y avait des stades et sans doute dans l'un d'eux doivent se dérouler les biathlons et autres disciplines nordiques.

     

    Je suis arrivé 36ème, loin, très très loin des autres coureurs avec qui je gravitais il y a peu encore, et je pense que ça va durer quelques jours encore. J'espère sortir vite de cette impasse, mais au niveau des sensations aux endroits où j'ai des inflammations (cheville et releveur droit, ischio gauche, douleurs au dos avec irradiation vers l'adducteur gauche) je ne suis pas optimiste.

    Bon, je ne vais pas abandonner pour si peu, mais le mental qui me sert d'habitude à outrepasser ce genre de bobos s'est peu à peu effrité et il y a un quart d'heure j'ai dû quitter à regrets la table où je mangeais (j'avais terminé mon repas) et ne pas assister au mini concert donné par les jeunes du lycée dans lequel nous sommes hébergés. Je suis parti dans mon coin et j'ai éclaté en sanglots. Je n'aime pas me livrer comme ça à la lecture de tout le monde, mais cela montre qu'en quelques jours on peut se retrouver moralement au fond du trou.

    J'espère en sortir vite et ne pas entrer dans un cycle « dépressif » qui me rendrait la fin de TransEurope comme une corvée, alors que je me fais (faisait ?) un plaisir de la courir.

     

    Demain s'annonce une journée longue et difficile, car les 79 kilomètres prévus vont sans doute me prendre plus de 11heures, soit me faire arriver vers 17heures, heure à partir de laquelle on n'a pas vraiment le temps de se reposer.

     

    Je vous laisse, écrire m'a un peu soulagé, je vais prendre sur moi pour passer une bonne nuit réparatrice et faire mes kilomètres de demain du mieux possible afin de guérir le plus rapidement possible. La prudence doit rester maitresse à bord, je souhaite qu'elle me mène à nouveau sur les chemins du plaisir de courir cette aventure.

     

    à+fab****

     

    Mercredi 3 juin, 46ème étape, Lit – Strömsund : 79,1km.

     

    Tout d'abord je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont envoyé des messages de soutien depuis qu'ils sont au courant de mon épisode de galère. Cela fait plaisir et ça va me rebooster pour la suite.

    Je vais aller au Cap Nord, et je sais que la route qui y mène va être très longue et très difficile, mais je vais me surpasser mentalement pour y arriver.

     

    Concernant mon étape d'aujourd'hui, voici en quelques lignes le compte-rendu.

    Après une bonne nuit de sommeil, je me suis levé et ma cheville et mon releveurs semblaient ne pas me gêner, juste un petit tiraillement qui me confortait dans l'idée d'effectuer une nouvelle étape prudemment accompagné de Christophe Midelet.

    J'avais une légère douleur au dos, au niveau du haut du bassin (côté gauche) sans doute due à un déplacement de ce même bassin, chose à laquelle je suis habitué et qui a dû se produire lors de l'étape de transition Kiel-Göteborg où j'ai trimballé mon lourd sac pendant plusieurs kilomètres (trajet vers les repas, puis la douche, puis montée dans le bateau etc...)

    Donc, ce matin, j'étais prêt mentalement à passer plus de 10 heures sur la route.

    Le départ fut donné sous une température fraîche, de l'ordre de 2°, avec un beau ciel bleu. J'avais remis le camel bag, comme hier, avec plusieurs petites choses à l'intérieur : MP3, barres de céréales, deux fioles d'eau (12cl), un poncho, des mouchoirs et du papier toilette, de l'argent, et deux ou trois autres bricoles ne pesant pas lourd.

    Les premiers kilomètres me donnèrent l'impression que la journée allait être longue et difficile car je n'arrivais pas à trouver un rythme et des sensations d'aisance.

    Avec Christophe nous avions convenu d'une vitesse de croisière de l'ordre de 7,5km/h ce qui avec les arrêts aux ravitaillements devait nous permettre d'atteindre l'arrivée entre 10h30 et 11h de course. Comme nous avons l'habitude de discuter en courant, le temps aurait dû passer plus vite.

    C'était sans compter les nombreuses averses de pluie et de grêle entrecoupées de périodes de soleil, le tout avec un vent défavorable et parfois très fort. Je n'avais pas de jus, je ne savais pas trop pourquoi, peut-être ai-je laissé hier soir beaucoup d'énergie à me remettre de mes émotions.

    Je compris un peu plus tard pourquoi. Pendant l'étape, je dus m'arrêter en urgence 6 fois pour aller aux toilettes dans les bois, alors qu'avant le départ j'étais déjà allé deux fois aux WC.

    La nourriture de la veille, chili con carne, était sans doute trop relevée et ce matin je le payais.

    Si l'on ajoute les arrêts prolongés aux ravitaillements et les nombreuses périodes de marche, on voit que les 7,5 étaient très difficiles à tenir. Entre le 30ème et le 60ème kilomètre, j'avais le moral dans les chaussettes et sans l'aide de Christophe pour me remotiver j'aurais sans doute rallié l'arrivée en marchant.

    Les 20 derniers km furent donc moins difficiles. A l'arrivée, j'étais une fois de plus soulagé d'en avoir fini et me dépêchais d'aller me doucher, de laver puis étendre mon linge, de manger quelque chose avant le repas du soir prévu à 19h, et de terminer l'installation de mon barda.

     

    Après le repas, le temps passe très vite et le temps de prendre connaissance de tous les messages reçus sur la boîte mail de la course, je me suis attaqué à mon petit CR.

     

    Je rassure tout le monde, le moral va bien avec des hauts et des bas, le physique va même si le dos me tracasse et m'empêche de courir sans avoir mal. Seule interrogation : vais-je avoir récupéré assez au niveau gastrique ? J'ai mangé des crudités (carottes et maïs) en entrée, des pâtes à la crème fraîche et aux petits lardons et n'ai pas eu de dessert (remplacé par plusieurs verres de lait frais).

    Donc l'appétit est là et j'ai refait de réserves pour demain qui seront, j'espère, suffisantes popur ne pas connaître la même baisse de régime qu'aujourd'hui.

     

    Je souhaite pouvoir écrire un nouveau CR encore plus optimiste demain soir.

    En attendant, je vous laisse et vais dormir.

    à+Fab****

     

    Jeudi 4 juin, 47ème étape, Strömsund – Dorotea : 72,8km.

    (Vous avez eu de brèves nouvelles par Pascale et Emmanuel car je n'ai pas eu la possibilité de me libérer du temps libre pour écrire et poster ce CR avant que les lumières de la salle ne s'éteignent.)

     

    L'étape d'aujourd'hui ressembla en tous points à celle d'hier mises à part deux choses :

    • la météo qui n'a pas été pluvieuse pendant toute l'étape (malgré un vent fort contraire et un ciel couvert);

    • la distance qui était moindre (72,8km contre 79,1km) ce qui pouvait laisser espérer une arrivée une heure plus tôt que la veille.

    J'ai couru avec Christophe, fidèle compagnon de mes heures de galère, même si aujourd'hui j'ai peu souffert physiquement. Mes douleurs s'estompent (cheville dégonflée, releveur moins sensible, hanche gauche moins douloureuse, dos sans trop de gêne), mais je n'ai plus « d'essence dans le moteur ». Les nombreuses fois où je me suis arrêté hier m'ont « vidé » au sens propre comme au sens figuré, et aujourd'hui, ça a recommencé. 4 arrêts en urgence dans les fourrés !

    Je suis parti avec un poids de 78,4kg au réveil, à jeun, ce qui constitue un « record » pour un matin, je suis arrivé et mon poids n'était plus que de 77,0kg, nouveau record pour une après course.

    Si je me compare avec les 84,5kg de Bari, vous imaginez comment j'ai pu fondre.

     

    L'étape nous a fait entrer en Laponie, à 10km du but. Au niveau paysage ça n'a rien changé, on a toujours des forêts, des lacs, des maisons isolées, de rares villages, de la route tantôt grise (qui n'use pas les semelles) tantôt rouge (qui érode les runnings), un peu de circulation avec souvent des camions transportant du bois et quelques touristes en camping car ou caravanes.

     

    J'ai eu l'impression que la fin de l'étape, les 25 derniers km, nous montrait une nature un peu moins en retard que celle rencontrée ces derniers jours. Il y avait des fleurs épanouies dans les fossés, dans les rares jardins des particuliers, et même les arbres semblaient avoir plus de feuilles.

    Ce n'est peut-être qu'une impression, mais c'est ce que j'ai ressenti, sans doute parce qu'aussi à la fin il faisait moins froid.

    Nous sommes partis, la pluie de la nuit venait de cesser, mais il faisait frais (4° environ) et le temps est resté gris jusque vers midi puis le ciel s'est éclairci sans toutefois laisser briller le soleil; il devait faire 12° à ce moment. Quand nous sommes arrivés, il ne faisait guère plus, mais le soleil avait transpercé la couche de nuages.

     

    Je suis allé acheter un nouveau bonnet, des gants plus chauds et un nouveau bidon de course dans un magasin d'articles de sport, je suis allé passer l'IRM puis je suis retourné au supermarché acheter de quoi manger qui sorte de l'ordinaire. Ensuite ce fut le repas où j'ai mangé des spaghettis sans sauce accompagnés de boulettes de viande. L'entrée était une salade de pâtes. Si avec ça je ne reprends pas de forces pour demain, ce sera à ne plus rien y comprendre.

     

    Je vais maintenant aller me coucher, demain une étape courte m'attend et j'espère voir enfin l'énergie revenir dans mon corps. Le moral est revenu, l'instinct de « guerrier » devrait suivre.

    à+fab****

     

    PS : Plus que 17 étapes !!!

     

    Vendredi 5 juin, 48ème étape, Dorotea – Wilhelmina : 56,2km.

     

    Les jours se suivent et ... se ressemblent. J'ai passé une « courte » journée de galère, toujours avec les mêmes soucis gastriques et donc toujours avec ce manque d'énergie quand vient le 30ème km. Même avant cela j'avais déjà compris qu'aujourd'hui je n'allais pas pouvoir recourir à un rythme se rapprochant de celui qui me rassurerait, c'est à dire au moins 8km/h. Car sur une telle « petite » distance, 1km/h d'écart ça fait quand même 1h à l'arrivée. Alors, quand je me souviens qu'il y a peu encore je tournais à plus de 8,5km/h, je me doutais qu'à l'arrivée j'aurais mis plus d'1h30 de plus que lors des étapes « italiennes » ou « allemandes » de tailles semblables.

     

    Il n'y avait que deux villes aujourd'hui sur notre route : celle du départ et celle de l'arrivée. Entre les deux, juste une agglomération située au carrefour de deux routes intermédiaires où se trouvaient quelques commerces. Ce qui fait drôle, c'est qu'il y a des petits carrefours où se rejoignent des routes de terre et sur les panneaux indicateurs on voit les noms des villes avec des kilométrages du type 140km ou 50km.

    Sur notre route, depuis quelques jours on voit le panneau indiquant la ville d'Arvidsjaur située à 448km il y a trois jours et dont on se rapproche petit à petit, aujourd'hui il ne doit plus y avoir que 220km car on y arrive lundi après des étapes de 68, 72 et 84km environ.

    Le temps a été frais et venteux alors que nous nous sommes réveillés sous un beau soleil et un ciel tout bleu. Les nuages cachés derrière les collines sont arrivés au bout d'une heure et à force de lutter et contre le vent et contre le froid, on s'épuise encore plus vite.

    Le long de notre route, des arbres, quelques lacs, une voie ferrée... Sur la route très peu de circulation et souvent un petit signe amical du conducteur ou un petit coup de klaxon venaient nous distraire.

    J'ai de nouveau fait route avec Christophe qui m'a traîné sur la fin quand vidé de toute énergie et après un ultime N ième arrêt dans les bois j'ai un peu laissé couler mon désarroi.

    Je suis dans une spirale négative mais je lutte, je lutte et je lutte encore en me persuadant que des jours meilleurs arriveront bien un jour.

    Aujourd'hui, j'aurais pu profiter de la relative petitesse de l'étape pour bien me reposer, mais je suis allé faire de nouveau quelques courses (pharmacie : vitamines, crèmes ; banque : retrait d'argent liquide) et comme en plus le restaurant se situait à 500m de la salle, il a fallu partir un quart d'heure plus tôt pour aller dîner. J'ai quand même bien mangé cet après-midi après la douche dans le camion de Gérard et Nicole qui nous avait préparé de la viande et des pommes de terre sautées. Ce soir au restaurant, on a eu aussi de la viande et des pommes de terres sautées, mais c'est tellement meilleur que les plats en sauce précédents que j'ai mangé d'un meilleur appétit. Il faut reprendre des forces donc je me suis forcé un peu.

    Je me suis couché une petite heure de 16h30 à 17h30 en glaçant les zones douloureuses en voie de guérison, et cela m'a fait du bien.

     

    J'ai même le temps de rédiger ce CR et de le poster accompagné de celui d'hier.

     

    à+Fab****

     

    Samedi 6 juin, 49ème étape, Wilhelmina – Storuman : 68,3km.

    Quand nous sommes partis de Wilhelmina ce matin, le temps était couvert mais il n'y avait pas de vent ce qui n'a rendu le départ trop froid comme on l'avait craint un moment.

    Une côte dès les premiers hectomètres, ça calme, et une fois franchie, le long serpent gris pouvait se déployer pour nous mener à Storuman.

    Mes sensations étaient bonnes, quelques petites douleurs ici et là, mais j'étais assez optimiste en me disant que la fatigue généralisée disparaissait petit à petit.

    J'ai couru seul pendant une quarantaine de kilomètres, naviguant à vue derrière les coureurs avec qui (ou devant qui) j'étais il y a encore une huitaine de jours. Du 8km/h comme ça, je signais tout de suite et en extrapolant, je me faisait déjà un plan d'arrivée vers 14h30, soit après 8h30 de course.

    Mais .. car il y a un mais, c'était sans compter de nouveaux arrêts en forêt, des averses de pluie puis de neige et sans compter les quelques kilomètres de route en travaux où nous avons dû courir sur de gros graviers et sur une chaussée déformée, croisant de temps à autres des véhicules ne se souciant parfois pas du danger de nous projeter des graviers de par leur vitesse.

    Pour moi, ça a été le début de mes ennuis. Quand il y a une chaussée déformée, je suis obligé de lever plus haut les pieds et au bout d'un moment, des douleurs se sont réveillées : ischios, bassin, adducteurs, quadriceps (principalement sur la jambe gauche). A la fin de cette partie, je ne pouvais plus courir sur du 8km/h et quelques kilomètres plus loin, Christophe, que j'avais laissé courir à son rythme, me rattrapa a gré d'un ravitaillement. Nous avons donc terminé l'étape ensemble. J'étais déçu d'avoir flanché comme ça, pour une fois que j'avais de bonnes sensations. Le froid des averses m'a aussi gêné et j'ai conservé le poncho jusqu'à une dizaine de kilomètres de l'arrivée où le temps s'était éclairci.

    Les paysages, au fil de notre montée vers le Nord (on a passé le 65° parallèle Nord aujourd'hui), sont tout aussi forestiers qu'avant, mais les sous bois sont constitués de végétation rabougrie poussant parmi les roches arrondies sans doute restes d'anciens glaciers.

    Nous avons vu aussi de vastes étendues dénuées de haute végétation, sortes de steppes, dans lesquelles nous avons cherché en vain à apercevoir quelque animal, renne ou caribou.

    De nombreux petits lacs et ruisseaux montrent que la neige était encore là il y a peu, de petites fleurs poussant en nombre autour de ces zones humides.

    Toujours aussi peu d'habitations pendant ces longs kilomètres, quelques « hameaux », peu de circulation en ce samedi sinon des touristes hollandais, danois, allemands et même français. Donc, la compagnie de Christophe m'a été d'un grand secours au moment où psychologiquement j'aurais pu encore une fois sombrer.

    Ce sois, c'est dur à encaisser d'avoir passé tout ce temps supplémentaire sur la route (9h30 de course environ), mais le moral est là.

    J'appréhende tous les jours les nombreuses heures de bonus sur les routes suédoises, mais à la fin, elles finissent par passer quand même.

    Et point positif, je ne risque pas d'arriver à la tombée de la nuit ... car là où on est, elle ne tombe plus.

    Sur cette petite note d'humour, je vous laisse et vous dis à demain pour la suite des aventures nordiques de Fab****.

     

    à+Fab****

     

    PS : aujourd'hui, c'était ma 200ème course d'au moins la longueur d'un marathon. (72 étapes de la Transe Gaule, 49 étapes de la TEFR, 53 marathons, 20 « 100km » + 3 où j'ai abandonné après le km 45 au moins + 3 « 24h » = 200.

    Objectif : le 21 juin en être à 215.

     

    Dimanche 7 juin, 50ème étape, Storuman – Sorsele : 71,8km.

    Le ton de mon CR précédent avait pu laisser un sentiment de mieux être de ma part pour le lecteur, mais dans la réalité, je me suis peut-être caché derrière cette forme d'expression pour masquer mon inquiétude.

    Ce matin, j'ai été ramené à la cruelle réalité, celle que j'allais passer une journée interminable faite de souffrances physique et morale.

    Je n'ai pas pu vraiment commencer l'étape en courant, je sentais trop de douleurs à mon ischio jambier gauche ainsi qu'à mon bassin. J'ai démarré avec Christophe en alternant marche et semblant de course : nous n'étions même pas à 7km/h ! Et au bout d'une heure, de deux heures, de trois heures à ce rythme, pas d'amélioration. J'ai demandé à Christophe de filer afin de se ménager une récupération plus longue ce soir car je sentais que j'allais passer plus de 11 heures à galérer.

    Je me suis rapidement retrouvé en avant-avant dernière position, suivi seulement par le duo de japonaises qui termine toujours ou presque avant le cut-off ou temps limite.

    Peu à peu, je fis des essais de marche rapide en prenant des bâtons que j'avais ramassés sur le bas-côté de la route et cela semblait aller un peu mieux. Nicole me prêta même les bâtons de marche nordique de Gérard mais après un essai de quelques kilomètres, j'ai préféré faire sans car je ne pouvais pas porter mon bidon en même temps.

    Je refis aussi des essais de course et parfois j'arrivais à courir 100m sans trop avoir mal.

    Les postes de ravitaillement m'ont paru très éloignés les uns des autres (entre 9 et 11km, soit entre 1h25 et 1h45) et j'ai essayé de minimiser mes arrêts au maximum afin de garder de l'avance sur le cut-off.

    J'avais en point de mire trois coureurs que petit à petit je me décidais à rattraper en essayant de courir un peu plus longtemps et de marcher un peu plus vite. J'avais mal, mais parfois je me surprenais à courir sans douleur. Pas longtemps hélas !

    Nous avons fini tous les quatre ensemble après nous être regroupés à deux kilomètres de l'arrivée.

     

    Il a fait beau aujourd'hui, moins froid qu'hier, sans le vent et en raison de ce redoux, on a eu droit de voir quelques insectes tels des moustiques ou des moucherons. Il y a beaucoup de zones humides entre les arbres et il y a aussi beaucoup de rochers. Stéphane a vu un renne traverser devant lui et a eu le temps de le prendre en photo. Je n'ai pas eu cette chance, ça m'aurait distrait.

     

    Le temps a fini par passer, mais j'ai remué des idées noires toute la journée.

    C'était la 50ème étape et nombre de fois je me suis dit que ça allait être la dernière pour peu d'ailleurs que je n'aille pas au bout. Je me suis remotivé en pensant qu'on verrait ce soir après l'arrivée et que je prendrai le départ le lendemain et que j'aviserai en cours de route selon les sensations et surtout selon les douleurs. Je n'ai pas envie de me mettre en danger physiquement et encore moins mentalement, tout comme je n'ai pas le souhait que mon entourage soit inquiet et se tracasse de me savoir en si mauvaise posture.

    C'est peut-être pour ça que j'écris mes CR avec un certain « détachement » si l'on peut dire, mais pour moi, si le soir j'arrive encore à être assez lucide et capable d'en rédiger un, je me dis que le mental va m'aider à me surpasser et à encaisser les prochaines longues heures sur la route.

    Je pense mettre environ 13h30 demain (pour 84,5km), 15h après-demain (pour 95,1km) donc je crois qu'il n'y aura pas de CR avant mercredi prochain, sauf par Pascale à qui j'aurai donné des nouvelles par téléphone.

     

    à+Fab****

     

    J'ai essayé de poster ce CR le soir même, mais dimanche soir le réseau était saturé et je n'ai pas pu l'envoyer. Donc vous le recevez avec un peu de retard.

     

    Je poste trois CR d'un coup, mes arrivées tardives des jours précédents ne m'ayant pas permis de les taper sur le PC ni de les poster.

     

    Lundi 8 juin, 51ème étape, Sorsele – Arvidsjaur : 84,6km.

    Cette étape était redoutée car longue (84,6km) et comme je m'étais fixé environ 13h pour la courir, j'avais mis le camel bag avec mon portable, mes deux MP3 et l'appareil photos. J'avais aussi emporté le poncho et ma casquette plus un en-cas pour les deux premières heures.

    Je suis parti en boitant, comme d'habitude, et il m'a fallu plusieurs kilomètres pour me chauffer. Une fois chaud, les douleurs (ischios + dos) se firent moins intenses si bien que je pouvais courir longtemps, mais pas vite. Du moment que je prenais de l'avance sur le cut-off, le reste m'importait peu.

    J'ai tenu le 7,5km/h jusqu'au 30ème km environ, et par la suite j'ai fait route avec Christophe qui m'avait rattrapé au gré des postes de ravitaillement. Nous sommes restés ensemble et nous avons pu voir des rennes que nous avons pris en photo. D'abord un puis 4 plus loin et enfin un troupeau.

    De s'arrêter photographier les animaux et les paysages, ça fait perdre du temps : la moyenne avait chuté à 7km/h environ et je commençais sérieusement à avoir de plus en plus mal. J'ai serré les dents, je me suis accroché et j'ai fini par arriver en moins de 12h. J'avais gagné 1h de repos ce qui n'est pas négligeable quand on flirte avec la queue du peloton. J'ai pu me doucher, laver deux trois affaires, et préparer ma tenue avant d'aller dîner.

    J'étais installé sur un gros tapis de saut, merci Stéphane, et je n'avais pas à défaire mon matelas. C'est installé dessus qu'après mes soins, j'ai rédigé ce CR.

     

    Mardi 9 juin, 52ème étape, Arvidsjaur – Kabdalis : 95,1km.

    La plus longue, la plus redoutée de toutes, celle qui peut faire rentrer non pas à la nuit tombée, car il n'y a plus de nuit, mais tard le soir. Le cut-off est à 21h51, ce qui ne laisse que 6h de repos avant le réveil et 8h avant le départ de l'étape suivante.

    J'avais prévu de mettre entre 1h30 et 2h de plus qu'hier, soit entre 13h30 et 14h de route.

    La réalité fut tout autre.

    Pourtant le démarrage fut laborieux, je n'arrivais pas à courir ni même à marcher rapidement sans ressentir de fortes douleurs aux deux zones qui me gênent actuellement. Au bout de 30 minutes, pas beaucoup d'amélioration. Je dis à Christophe qu'il pouvait partir devant pour essayer d'avoir du temps à lui ce soir et pour ne pas arriver trop tard à m'attendre.

    Les kilomètres passèrent et peu à peu, les douleurs devinrent acceptables et je pus commencer à aller un peu plus vite. Ainsi je remontai tous les coureurs qui m'avaient dépassé en m'encourageant au passage et je continuai jusqu'à Alain et Roger avec qui je décidai de rester, sachant que Roger est un coureur à l'allure régulière et rassurante.

    Nous avons couru tout le reste de l'étape ensemble.

    A l'arrivée, nous terminons en moins de 12h, soit à 8km/h de moyenne. J'ai serré les dents pour rester avec mes deux compères car ce ne fut pas toujours facile, les douleurs revenant après chaque ravitaillement quand je m'arrêtais trop longtemps.

    Cette étape, au niveau du paysage, a été très agréable, nous avons encore vu de rennes qui parfois même traversaient la route devant nous !

    Le temps fut agréable voire chaud par moment, mais nous avons fini les 6 derniers kilomètres sous la pluie d'un orage. Nous avons sorti les ponchos.

    Ce soir, nous dormons dans une ancienne école dont les classes ont été aménagées en dortoirs avec des lits sur lesquels il va faire du bien de se reposer.

    Demain, 60km « seulement » avant la deuxième grande étape de 94,4km de jeudi; ça, ça sera une autre histoire.

    En tout cas, plus que 12 étapes et moins de 900km à faire.

     

    Mercredi 10 juin, 53ème étape, Kabdalis – Jokkmokk : 59,5km.

    La nuit fut bonne et ce qui fait drôle, c'est qu'au coucher, le soleil était d'un côté du bâtiment et qu'au réveil, il était toujours du même côté. Il avait seulement disparu derrière une colline.

    Le soleil brillait donc, la température était fraîche mais cela n'allait pas durer.

    Pas de sac à dos aujourd'hui, juste ma banane avec le minimum nécessaire, mon coupe-vent et mon MP3, on ne sait jamais.

    Le départ, comme les précédents se fit dans la douleur, mais aujourd'hui, celle-ci se fit moins handicapante pour pouvoir commencer à courir rapidement. Au fil des minutes, j'avais trouvé un rythme intéressant, proche de celui d'hier.

    Je décidais de passer le moins de temps possible aux ravitaillements afin de ne pas avoir à trop souffrir comme la veille à chaque redémarrage. Ainsi, je me retrouvais devant le duo Roger-Alain, devant le duo des suédois et devant quelques autres coureurs que je n'avais plus l'habitude de savoir derrière.

    Et oui, une semaine dans les « bas-fonds » du classement, ça marque et on n'espère même plus au bout d'un certain temps pouvoir graviter à nouveau dans les mêmes sphères qu'avant.

    Je suis resté concentré à fond sur ma course, les distances séparant chaque poste de ravitaillement (de 8 à 9,3km) aidant à garder un objectif d'environ 1h pour aller de l'un à l'autre.

    Le dernier poste de ravitaillement, situé à 8km du but était installé juste sur le parking où nous avons franchi le Cercle Polaire.

    Ce n'est qu'anecdotique, mais pour moi, ça m'a fait une impression que ceux qui ont franchi l'équateur doivent connaître. C'est symbolique et dans notre course vers le Cap Nord, et ça fait un nouvel objectif d'atteint.

     

    J'ai couru à 8,5km/h de moyenne, donc je suis arrivé à 13 heures ce qui m'a laissé du temps pour ranger mes affaires, faire quelques courses, passer l'IRM, et préparer mes affaires pour les deux jours qui suivent car demain on a une longue journée devant nous (94,4km) avec une arrivée devant un restaurant dans lequel on va manger avant d'être acheminés par véhicules à 6km de là pour prendre une douche et récupérer nos affaires pour dormir.

    Le lendemain, il est prévu de faire ses bagages avant de prendre les navettes pour aller manger le petit déjeuner et de partir du restaurant : quel bazar ! Ingo avait l'air bien ennuyé de nous annoncer ça ce soir lors d'une réunion avant le dîner.

    J'espère qu'on ne va pas laisser trop d'énergie avec tous ces transferts.

     

    à+Fab****

     

    A l'heure où j'ai écrit ce compte-rendu sur mon cahier, j'étais loin de me douter que je le recopierai sur l'ordinateur avec ma seule main gauche, moi qui suis droitier, plus de 36 heures après, depuis ma chambre d'hôpital.

     

    Jeudi 11 juin, 54ème étape, Jokkmokk – Gällivare : 94,4km.

    La seconde plus longue étape de la TRANSEUROPE ne pouvait pas plus mal commencer : il pleuvait à notre départ de Jokkmokk. Les ponchos étaient de sortie et notre long cortège se mit en route à 6 heures précises pour une non moins longue journée.

    Mes sensations étaient bonnes, un peu de mal à me mettre en route comme tout le monde, mais peu à peu la course se fit sans trop de douleurs. J'avais enfilé deux maillots, mon coupe-vent, mon camel bag, ma banane avec mes en-cas, deux bonnets l'un par-dessus l'autre et le tout recouvert par le poncho jaune : un look d'enfer ! Mais j'étais bien.

    Ma stratégie : courir le plus longtemps possible en effectuant le moins d'arrêts possible ou les plus brefs qui soient aux ravitaillements ou « ailleurs ».

    A ce rythme, je tenais une bonne cadence entre 8,5 et 9km/h et les postes de ravitaillement arrivaient assez rapidement.

     

    J'ai souffert vers le 25ème kilomètre (3h de course) et j'ai dû serrer les dents. De toute façon, mieux vaut souffrir à 9 à l'heure qu'à 7, les douleurs vont durer moins longtemps.

     

    Nous avons rencontré plusieurs lacs de barrage avec leurs centrales hydroélectriques. La végétation toujours majoritairement composée de sapins fut aussi à nouveau mixte avec la présence à nouveau de nombreux feuillus. Le sol des forêts est jonché d'énormes rochers arrondis par l'érosion et charriés par les glaciers il y a des milliers d'années. Et aujourd'hui, ils sont recouverts de mousses et de lichens et entourés de minuscules plantes ou arbustes d'une trentaine de cm de haut. J'ai été surpris aussi de voir un nombre important de tout petits sapins (10 cm de haut pas plus) qui poussent sur les bas-côtés de la route, sur les bords des larges fossés.

     

    J'ai couru seul la seconde moitié de l'étape, ayant lâché les coureurs avec qui j'étais à vue au début, seul un japonais m'a suivi et m'a distancé lors de mes deux plus longs arrêts aux ravitaillements, le n°6 (la soupe de Thomas) et le n°9 (la bière d'Uli).

     

    J'ai fini un peu difficilement, mais content d'avoir fait une nouvelle étape dans la lignée de ma période « d'avant blessure et coup de pompe ».

     

    Petit changement ce soir, dès l'arrivée j'ai été conduit à la salle distante de 6km en véhicule puis je suis allé au restaurant que les organisateurs avaient réussi à trouver dans la journée.

    J'ai eu le temps de refaire quelques courses car on va arriver dans des endroits moins peuplés avec peut-être peu de magasins, et j'avais besoin de refaire le plein de boissons et sucreries.

     

    Maintenant, place aux soins (glace et Voltarène sur mon ischio gauche toujours sensible mais en voie d'amélioration), à la préparation des affaires pour demain (dont le départ a été repoussé de 30 minutes pour avoir le temps de nous transférer en bus jusqu'au départ situé à 6km) et dodo.

     

    J'avais prévu de taper ce CR le lendemain après l'étape.

    Il n'en a pas été comme prévu : « La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. », le mien était « empoisonné », c'est pas de chance.

     

    à+Fab****


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  • Mercredi 6 mai, 18ème étape, Pfunds – Nassereith: 60,1km.

     

    D'abord, je répare un petit oubli non négligeable dans notre vie de tous les jours : nous avons depuis deux jours la visite de Gilbert Codet et de son épouse ainsi que celle de Michel, son frère et de sa femme.

    C'est sympa et on peut recevoir des encouragements à certains endroits des étapes. De plus, Gilbert, en courant, et son frère, à vélo, viennent à notre rencontre en fin d'étape et nous renseignent sur ce qu'il reste à faire et sur les éventuelles difficultés.

    Autres moments sympathiques, les invitations à dîner dans les camping-cars où avant-hier nous avons mangé à neuf. Le couscous "façon Codet" m'a donné des ailes hier et j'avais encore des restes de cet élan aujourd'hui sur cette nouvelle étape alpine.

    Nous sommes partis sous un petit crachin, par un temps pas trop froid, sur une route parallèle à la route principale, utilisée par les lignes de cars scolaires et les résidents des villages traversés. Ces petites bourgades, caractéristiques du Tyrol autrichien, étaient bien agréables à traverser et cahin-caha nous avons passé les deux premiers ravitaillements sans grosses difficultés. Pour vous dire, j'étais à 10km/h de moyenne.

    Là, le profil allait carrément changer : 8,6km de route en montée qui nous a fait passer de 870m à 1504m d'altitude. Parfois, il y avait un pourcentage de l'ordre de 15% où j'étais contraint de marcher comme beaucoup d'autres. J'ai néanmoins rattrapé encore une fois un bon paquet de coureurs plus rapides que moi sur le plat, les laissant à bonne distance dès les premiers hectomètres d'ascension. Au gré des virages je voyais qu'en une heure plus personne ne me suivait de près, par contre devant j'en apercevais certains. Au passage du premier col, ma moyenne avait chuté à moins de 9km/h, soit une montée à 7,2km/h. J'ai alterné course et marche et je me sentais bien. Une fois le col passé, après une légère descente, un second col se profilait, moins pentu et une fois celui-ci lui aussi franchi, j'en profitais même pour faire une boule de neige avec celle que je trouvais sur le bas côté de la route, je remis mon coupe-vent comme les cyclistes qui redescendent des cols pendant le Tour de France. Je l'avais retiré pendant la montée car je commençais à avoir un peu chaud.

    La descente n'est pas mon point fort, surtout avec des portions elles aussi à 15%, alors à chaque foulée j'essayais de contrôler, pour ne pas me blesser. Je ne me fis pas rattraper, en tout cas pas tout de suite. J'avais dû assurer un bon train quand même environ à 9,5km/h de moyenne malgré des arrêts techniques pour retirer les cailloux entrés dans les chaussures et retendre les chaussettes. Jusqu'au marathon environ, j'étais bien et j'avais entamé mon compte à rebours mental habituel "plus que 18km, soit 2h environ..."

    Le parcours à partir de ce moment devint moins agréable, avec plus de circulation, le franchissement d'une vallée où il fallait rester sur ses gardes pour ne pas se tromper de route et guetter les camions et les voitures nous rasant quand ils se croisaient.

    Par la suite, nous avons rejoint une piste cyclable d'abord en dur puis une fois en forêt elle devint caillouteuse. C'était plus agréable que de continuer sur la route. J'ai été dépassé par un gros peloton... de cyclistes. C'étaient des collégiens qui étaient en randonnée avec leurs profs. J'étais à nouveau tout seul, Werner et un coureur venu faire l'étape du jour m'avaient rattrapé et lâché depuis un bon moment, et les autres coureurs de devant s'étaient encore plus détachés.

    Au total, je termine encore à une bonne place, quinzième, et je suis arrivé relativement frais. Pas de blessure, pas de douleurs, seule une ampoule a du mal à sécher et me gêne un peu dans les descentes.

    Du côté des Français, Roger et Alain ont fait l'étape à leur main, souffrant quelque peu des restes de leurs anciennes douleurs, même si Alain disait que l'extérieur de son genou l'avait ennuyé encore une fois. Gérard est arrivé un peu après comme Jean Benoît, mais sans se plaindre. Seul Stéphane avait souffert d'un releveur pendant toute la descente où il fut obligé de marcher pour ne pas aggraver son mal.

    Nicole et Christophe encore en convalescence nous ont bien encouragés à chaque fois qu'on les a vus. J'ai croisé Gilbert à six ou sept kilomètres de l'arrivée, quand j'étais un peu dans le dur, et ça m'a redonné l'envie de relancer pour finir cette étape.

    Au final, encore une belle étape au niveau des paysages, de la météo et de ma gestion de course.

     

    Jeudi 7 mai, 19ème étape, Nassereith (Autriche) – Seeg (Allemagne) : 68,9km officiellement, mais sans doute plus proche des 71km avec les variantes.

     

    L'étape a commencé comme dans un conte pour enfants. Vous connaissez l'histoire d'Hansel et Gretel ? Et bien ce matin, c'est tout juste si on avait voulu nous perdre dans la forêt.

    Nous étions partis depuis quelques minutes sur une route tranquille quand il y a eu une bifurcation prévue nous faisant passer par un chemin au lieu de continuer sur la route qui aurait été dangereuse. Or, dans ce chemin, le balisage avait disparu à une fourche et la tête de course s'engouffra par le mauvais côté et le reste du peloton, à l'image des moutons de Panurge, suivit. Barrière fermée, infranchissable, que faire ? Demi-tour ? Pour aller où ? Nous avons tergiversé pendant plusieurs minutes avant de nous rendre compte qu'une barrière avait été ouverte ce matin tandis qu'elle était fermée hier lors du balisage et le fléchage était donc impossible à voir. Cela commençait bien !

    Par la suite, nous avons dû monter un col, à 1217m, en empruntant au début une voie forestière assez vallonnée puis la route principale où la circulation devenait de plus en plus forte et dangereuse avec un nombre important de camions. La partie en descente fut tout aussi dangereuse et souvent j'ai été contraint de me plaquer contre la rambarde de sécurité car les camions ne me laissaient pas de place. De la folie quoi !

    Heureusement le calvaire prit fin au quatorzième kilomètre où nous avons rejoint une route plus tranquille, bordée d'une piste cyclable d'abord bitumée puis devenant un chemin avec des pierres plus ou moins grosses. Et ce chemin ne fut pas très facile à suivre car, très bosselé, il avait tendance à faire alterner des pentes fortes avec des descentes raides, contrairement à la route qui serpentait toujours avec le même pourcentage.

    Cette partie fut usante, tant physiquement que mentalement car on n'a pas eu une seconde de répit quand il a fallu anticiper où mettre les pieds. Nous avons même eu droit à une déviation qui a rajouté quelques centaines de mètres au périple. Heureusement, mais maigre compensation, le paysage fut très beau, cette partie du Tyrol Autrichien était très verdoyante, et tout autour on apercevait les sommets encore enneigés.

    Nous avons franchi la frontière au kilomètre 51 pour nous retrouver sur une piste cyclable en dur puis nous avons pu admirer la première ville d'Allemagne depuis la frontière, Füssen, que nous avons traversée en empruntant la Promenade Ludwig surplombant la ville. Nous étions entrés en Bavière. Des affiches publicitaires vantant les effets du lait produit dans cette région du sud de l’Allemagne nous le confirmaient à chaque village traversé. La route principale que nous avons suivie par la suite était elle aussi bordée d'une voie destinée aux vélos, piétons et machines agricoles. Il y avait du trafic pendant que nous cheminions à l'écart, en sécurité. La fin d’étape était interminable et comme si ça ne suffisait pas à mon impatience d’en avoir terminé, au dernier ravitaillement on nous fit prendre un autre chemin que la route principale qui aurait été trop dangereuse. En conséquence nous avons dû courir entre un et deux kilomètres supplémentaires et ce, sur des sentiers très vallonnés. Même l'arrivée sur Seeg fut longue et laborieuse, le village apparaissant dès la dernière colline et ne donnant pas l'impression de se rapprocher au fil de notre avancée.

    L'arrivée fut toutefois une de celles qui ont été les plus sympathiques, avec sirène des pompiers et applaudissements des nombreux habitants venus assister aux arrivées. Il y avait même les enfants de la ville, certains portant la tenue folklorique bavaroise. Nous avons été pris en photos, nous avons pu les écouter jouer de la musique avec leurs instruments et les regarder danser.

    J'ai mis plus de huit heures pour couvrir cette étape, mais avec les nombreuses rallonges auxquelles nous avons eu droit, je suis quand même satisfait. Je suis fatigué, mentalement et physiquement, mais ça va quand même car je n'ai pas de blessures. J'ai passé une IRM comme tous les quatre ou cinq jours, et je m'y suis endormi !

    Voilà les nouvelles pour aujourd'hui.

    Demain, étape un peu plus courte, 64,9km, et après, 3 étapes à plus de 80km. Là, il va falloir se forcer à ralentir. On verra bien.

    ****rendu ici

    Vendredi 8 mai, 20ème étape : Seeg – Pfaffenhausen : 64,9km.

     

    Belle étape, tranquille au niveau de la circulation car le parcours nous a fait passer par de petites routes de campagne où s'étendaient de vastes prairies avec des pissenlits. Les collines, nombreuses, dans lesquelles serpentait notre étape, étaient souvent coiffées de bois et de forêts que nous avons aussi traversés.

    Les villages, tous les un à trois kilomètres, nous les avons traversés sous les yeux des quelques habitants déjà levés puis au fil des heures le public se fit plus nombreux. Bon, ce n'était quand même pas le Tour de France et les gens n'étaient pas là pour passer la journée à regarder les coureurs.

    L'activité économique principale de cette région est donc à vocation agricole et à dominante élevage laitier; nous avons vu quelques troupeaux de bovins. Il persiste aussi une forte activité artisanale autour du travail du bois.

     

    Ma journée a été bonne, j'ai effectué un départ prudent car les trois jours qui suivront seront les étapes "eighties" en rapport avec leur longueur : 81,0 km, 80,5km et 82,0km.

    Aujourd'hui il fallait donc faire du jus pour assimiler sans problème la fin de week-end et le lundi en prime.

    Il y a eu une grosse côte d'un kilomètre à un moment de la course où j'ai pris du plaisir à accélérer ce qui, sur ma lancée, m'a fait terminer l'étape de manière un peu plus dynamique.

     

    Nous sommes hébergés dans un immense gymnase où tiennent 3 terrains de basket côte à côte.

    La fanfare du village est là et nous a fait un petit concert juste après le mot du maire.

    Ce soir, le repas est sans doute encore traditionnel, donc copieux et il ne faudra pas faire de vieux os pour trouver rapidement le sommeil.

     

    Demain, Jean-Benoît courra l'étape, sa dernière avant de rentrer en France. Le club France va se retrouver à 6, plus Nicole la femme de Gérard qui tiendra un ravitaillement avec Christophe qui devrait, je l'espère, pouvoir reprendre la course lundi ou mardi.

     

    A bientôt pour de nouvelles aventures, qui seront peut-être moins denses car les étapes vont durer au moins 2 heures de plus si ce n'est pas 3 (pour moi).

     

    Samedi 9 mai, 21ème étape, Pfaffenhausen – Nattheim : 81,0km.

    Nous avons pris le départ sous un temps couvert avec quelques gouttes puis le ciel s'est éclairci. Le soleil s'est levé et le paysage est devenu magnifique, composé de champs ouverts (sans haies) cultivés ou en herbage (toujours avec des pissenlits) enrobés de brume. A l'horizon, s'élevaient des collines boisées pendant que nous serpentions tranquillement dans le petit matin.

    Peu à peu les chants des oiseaux ajoutaient une note musicale à cette longue symphonie que nous étions en train de jouer. Un coucou se faisait entendre comme s'il voulait nous saluer.

    A chaque village traversé, coïncidence de mes temps de passage, les cloches des églises frappaient l'heure ou les quarts d'heure.

    Petit à petit les habitants s'éveillaient et la circulation automobile, jusque-là très faible, devint un peu plus importante, de quoi nous sortir de la quiétude dans laquelle nous nous étions enfermés pour nous plonger en plein stress car les Allemands aiment à faire ronfler leurs puissantes cylindrées surtout sur des routes qu'ils ont l'habitude de voir désertes et non pas envahies par des coureurs aux allures d'"extra-terrestres".

     

    La journée fut longue, longue, longue. Quand on a franchi le Danube, assez quelconque en cette partie de l'Allemagne, on n'avait à peine fait 50km et ... il en restait 30 ! 5h30 de course, il fallait en prévoir plus de 4 de plus. Au poste de ravitaillement N°5, je pris comme d'habitude une soupe chaude avec des pâtes en prenant tout mon temps (4' d'arrêt) et quand je suis reparti je n'avais pas trop envie. C'était la tête qui flanchait alors que je ne connaissais toujours pas la blessure. Je ne savais plus quoi faire pour m'occuper, ni à quoi penser, ni quoi regarder... Ce fut interminable...

    Je repris un peu le contrôle de la situation à une douzaine de kilomètres de l'arrivée car je savais qu'il y aurait encore deux postes de ravitaillement espacés de 6km l'un de l'autre.

    Donc la fin ne fut pas aussi pénible que les heures précédentes. J'avais déjà mis le MP3 depuis plus d'une heure et cela m'a aidé à oublier le temps.

     

    Je suis arrivé, fatigué sur le coup, mais j'ai vite récupéré, je me suis allongé après la douche pendant 1h30, j'ai mangé et bu pour me refaire une santé, j'ai préparé mon matériel pour le lendemain où une autre longue étape de plus de 80km m'attendait.

     

    Dimanche 10 mai, 22ème étape, Nattheim - Schillingsfürst : 80,5km.

     

    Rien à voir avec hier, cette étape, sinon le paysage aussi beau tôt le matin.

    J'avais des jambes, de l'envie, et j'ai tout de suite mis le MP3 pour m'isoler mentalement le plus rapidement possible.

    Et je suis parti, tranquillement, à mon rythme, ne me souciant pas des autres, ni du chrono, ni du road-book, j'avais prévu de regarder de temps à autres où mes compagnons se trouvaient afin de ne pas filer tout droit lorsqu'il aurait fallu tourner. Ma casquette, à l'endroit, bien enfoncée sur ma tête de façon à ne voir que la ligne blanche délimitant le bas côté de la chaussée, je courais sans aucune gêne ni douleur, en parfait équilibre. Cela a duré des heures, entrecoupées d'arrêts aux ravitaillements ou techniques, ou de courtes portions de marche quand l'envie m'en prenait.

    Le paysage m'a beaucoup rappelé la Bretagne du côté de Huelgoat, en fin de première étape de la Transe Gaule, et aussi les contreforts du Limousin. Car cette étape n'était pas plate. Le nord de la Bavière est vallonné et ce n'était pas pour me déplaire.

    J'ai tourné à 9km/h pendant plus de 45km et sur la fin j'avais encore assez de réserve pour continuer à assurer un bon 8,5km/h.

    Au total, j'ai mis près de 30 minutes de moins que sur l'étape d'hier qui était de la même longueur à 500m près. La météo a été aussi belle, un peu moins chaude qu'hier.

    Nouvel accueil avec beaucoup de spectateurs et des musiciens. Des pâtisseries nous attendaient aussi, comme hier.

     

    Pour ce qui concerne mes petits camarades français, ils vont bien, Stéphane a encore bien couru, Roger a accompagné Alain qui va mieux, Gérard a fait l'étape à son rythme.

    Jean Benoît est rentré en France ce matin après le départ de l'étape et Michel et Martine sont aussi repartis chez eux. Il ne reste plus que Nicole et Christophe comme supporters, et encore, Christophe va bientôt reprendre la course.

     

    Demain, 23ème étape, 82,1km. On a déjà fait le tiers de la TransEurope. L'Italie me semble lointaine, comme si c'était l'année dernière. On passe aussi le km 1500 demain.

     

    Afin de donner un autre angle de vue sur les trois premières semaines de course, je copie le CR que Jean Benoît a écrit peu après son retour en France :

     

    « Ben en deux mots, c’était achement bien. Seuls ceux qui ont couru une Transe Gaule, une Deutschlandlauf, une TransEurope, une Trans
    Australia ou une TransAmerica peuvent imaginer comment ça se passe et ce que représente l’acte de repartir en peloton chaque matin pour quelque 70 km de routes inconnues et 6 à 12 heures le nez au vent sur une paire de guiboles pas vraiment neuves.

    Pour les autres, la seule façon de savoir, c’est d’essayer car ça reste assez difficilement descriptible. Ceux qui iront au bout de ce qui représente 4 Transe Gaule mises bout à bout pourront dire par combien sont multipliées les émotions à l’approche du Cap Nord et du soleil de minuit.

    Pour moi, les 3 premières heures dans la quiétude et les pâles lumières du matin étaient toujours les plus agréables. Ensuite, invariablement, je faiblissais physiquement et mentalement et je décomptais alors les km et les
    postes de ravitaillements pour en finir. Souvent la lassitude disparaissait dans les deux dernières heures de course, à l’odeur de l’écurie et du foin frais.
    Pour d’autres comme Gérard Denis qui craint les étapes courtes car, à 65 ans, il lui faut plusieurs heures pour trouver le bon rythme, les étapes longues étaient les meilleures. Gérard part toujours en queue de peloton puis remonte tout ce qu’il peut (« la Chasse aux Jap’ est ouverte ») dans les deuxièmes moitiés d’étape où il se sent toujours mieux.

    J’ai eu 2 étapes difficiles où, endormi debout, j’ai dû marcher plusieurs heures en slalomant dangereusement sur la route. Dans ces moments-là, à 4 ou 5 km/h, j’ai toujours l’impression de subir la même séance de torture mentale et ce qui me permet de tenir est de me dire que j’ai une certaine chance d’être là, de ne pas être blessé, de savoir aussi que ça va revenir tôt ou tard, que je ne suis pas seul sur la route et que je
    dois retrouver le troupeau avant la fin de journée pour avoir le droit de repartir demain. Bien conscient que tout ça ne sert à rien mais que ça fait avancer et qu’avancer est bien le seul but de ce jeu stupide de gamins immatures de 50 ans et plus qui feraient un concours pour savoir qui pissera le plus loin.

    D’un point de vue pratique, cette TransEurope se déroule suivant exactement le même schéma que la DL puisque l’organisateur et la grande majorité de la vingtaine de bénévoles sont les mêmes personnes. Réveille-matin 4 heures, petit-déjeuner (café, thé, lait, pain, beurre, fromage, jambon, salami) sur place dans le gymnase ou à proximité de la salle de couchage à 5 heures, premier départ 6 heures, 2è départ 7 heures pour la dizaine de coureurs les plus rapides de la veille. Postes de ravitaillement tous les 8 à 12 km, le premier uniquement liquide, tous les autres complets, soupette chaude aux pâtes ou au riz bien reconstituante au 4è ravitaillement tous les jours. Pas de ravitaillement ni de Bolino à l’arrivée mais bières et boissons à 1 euro et
    petit snack ambulant pas cher au gymnase (par ex. œuf au plat + saucisse à 2 euros). La plupart des coureurs font de petites courses au supermarket le plus proche lorsque c’est possible. Les arrivées se jugeant toujours devant les
    gymnases (il y a eu 2 entorses à la règle en 21 étapes), le centre-ville est souvent trop éloigné pour y aller se promener.

    Après la douche (chaude, tiède ou parfois froide), l’éventuelle lessive plus ou moins quotidienne (ne pas laver ses chaussettes est selon certains grands sages la meilleure façon de
    protéger ses pieds), les soins si nécessaire, l’après midi, évidemment plus ou moins longue selon la vitesse de course, se passe beaucoup à l’horizontale. Sieste ou relaxation en musique, prise de notes, massages (1 seul kiné, service
    payant, prix modéré), connexions Internet, téléphone copains et famille. Dîner en général à 18 heures, parfois 17 heures 30. En Italie ce fut souvent assez moyen en qualité et variété (pâtes ou pâtes et rarement dessert) mais toujours
    suffisant en quantité sauf la veille du départ à Bari où le Race Direktor Ingo a failli se faire Hara-kiri de honte et à préféré sauver la course et oublier son dépit en plongeant dans la bouteille de pinard.

    Couchage le plus souvent dans des salles de sport, parfois écoles et, c’était annoncé, plusieurs campings au cours de la première semaine (chaque coureur est venu avec une tente). Comme le temps était particulièrement pourri dans le sud de l’Italie, l’organisateur a payé des bungalows à partager à 4 ou 5 coureurs à 3 reprises pour éviter de devoir monter les tentes sous la pluie, une autre fois c’était choix entre un lit à 7 euros ou alors tente sous la pluie. Parfois les salles sont très limites en taille et il faut alors s’entasser les uns contre les autres (c’était le cas hier soir peut-on lire sur les blogs des coureurs). Extinction des feux chaque soir à 21 heures mais beaucoup sont déjà endormis à cette heure-là. Quelques coureurs ont fait le choix de faire suivre un camping-car pour dormir en paix et loin des pets (surcoût non négligeable).

    On pense que Ingo, qui a tablé sur 50% de Finishers comme en 2003, s’attendait à plus d’abandons à ce stade de la course (seulement 12 à ce jour et le plus dur est sans doute fait) et il
    semble qu’il soit actuellement, à une semaine d’embarquer dans le bateau pour la Suède, en train de faire le forcing pour que les abandons incapables de reprendre la course quittent la caravane et rentrent chez eux (c’était prévu
    ainsi dans le règlement : la Trans Europe n’est pas un Tour Operateur touristique transportant des gens en véhicule de ville en ville).

    Ambiance toujours excellente en rapport avec les conditions de vie spartiates et la solidarité de
    ceux qui partagent un quotidien qui n’est pas de tout repos pour personne, coureurs comme bénévoles. La plupart des coureurs se connaissent de longue date pour s’être rencontrés sur la DL ou la TG. Que des gens positifs et tous portés par un objectif commun. Atmosphère saine, pas de télé, pas de journaux, peu de
    nouvelles du monde ni du championnat de foot, pas de fumeurs.

    La traversée de l’Italie fut souvent décevante, entre la désormais fameuse « SS16 » (on peut traduire par Route Nationale 16), parfois franchement dangereuse, la météo fraîche et maussade, et la côte adriatique triste, farcie de béton et de plages aussi peu avenantes pour un Breton que lamentablement privées. Le pompon
    de l’étape la plus démente revient à la 11è qui s’est terminée sous une forte et froide pluie à slalomer sur une route étroite le long de la barrière de sécurité entre les flaques d’eau, les poids lourds et les connards d’automobilistes aux téléphones portables vissés à l’oreille. Un simple coup de patin malencontreux suffisait à se faire aplatir contre le rail. Décor d’apocalypse où quelques inconscients continuent gaiement de courir tout de noir vêtus ! J’ai fini celle-là dans une grosse colère en me disant que ça commençait à bien faire et que j’attendais de voir à quoi ressemblait la suivante pour décider d’arrêter…
    Et puis après une courte mais bonne nuit réparatrice, tu as déjà oublié le cauchemar et tu repars comme un robot.


    Il est étonnant de voir que personne ne vient jamais réellement se plaindre de ces conditions parfois à la limite de l’absurde. Sur ce type de course la règle du jeu est d’être toujours
    capable de s’adapter lorsque les choses vont moins bien (repas trop light, couchage inadapté, route dangereuse, mauvaises sensations, blessure, mal de tête, rhume ou caca mou et tout ce qui peut forcément arriver en deux mois de
    route).
    Après les deux premières semaines de grisaille quasi permanente, la récompense fut à la hauteur pour ceux qui sont revenus en troisième semaine : 7 jours somptueux dans les Alpes (Etapes 14 à 20) entre Tyrol italien, 2 jours
    d’Autriche, sud de la Bavière et arrivée du soleil. Paysages lumineux, fleuris, parfumés, sur pistes cyclables et forestières au milieu des pâturages et
    d’océans de pissenlits agrémentés de petits cols entre 1200 et 1578 mètres pour le point culminant, bref du pur jus de bonheur 100% naturel et bio qui remet la tête à l’endroit et donne envie de gambader sans fin.
    L’unique très mauvais souvenir personnel et traumatisant pour moi restera d’avoir vu à deux
    reprises en deux jours successifs des coureurs (8 exactement et j’ai les noms) franchir des passages à niveau fermés pour éviter d’attendre et de perdre 2 ou 3 minutes. La deuxième fois une Japonaise et un Allemand (quelle déception !) ont traversé la voie sous mes yeux à un endroit avec peu de visibilité juste une petite quinzaine de secondes avant que le train ne déboule à bonne allure, klaxon bloqué. Je peux comprendre l’envie de le faire, pris dans la course, mais
    passer à l’acte rabaisse l’homme au pitoyable état de sportif décérébré. L’accident expédierait son responsable à l’hôpital ou en enfer et c’est un moindre mal, mais aussi probablement l’organisateur en taule et tous les autres coureurs prématurément à la maison. Les deux fois, l’incident m’a gâché toute la journée.


    Oui la TransEurope, en plus d’être une formidable aventure, est sans conteste une course mais la vie en est-elle une aussi où il faut se presser à ce point d’atteindre la ligne d’arrivée ?
     »

     

    Lundi 11 mai 2009, 23ème étape: Schillingsfürst – Prosselsheim : 82,1km.

    ***********************************

    Ces trois étapes à plus de 80km ont laissé des traces. Des abandons, des arrivées répétées hors délais, des blessures qui ne veulent pas guérir, certains commencent à craquer moralement. Physiquement et mentalement, une grande partie des concurrents en a pris un coup, et j'avoue que j'en fais partie même si je ne connais pas encore les affres de la blessure.

    Pourtant la journée avait relativement bien commencé : comme il avait plu toute la nuit, nous nous étions tous préparés à partir équipés de nos ponchos et on s'attendait tous à passer une difficile journée mais, comme par miracle, quelques minutes avant le départ la pluie a cessé.

     

    J'ai remis le mode "musique" dès le départ afin de faire passer le temps plus vite et en effet les 40 premiers kilomètres se sont passés sans que j'aie à trouver le temps trop long. Par la suite, comme la pile de mon MP3 était morte, je n'ai pas souhaité la changer tout de suite, j'ai essayé de trouver autre chose. J'ai pensé à ma famille, à mon fils dont c'était l'anniversaire (19 ans) et cela m'a rappelé l'époque de mes débuts en course à pied. Je n’étais encore qu'un débutant et n'avais pas encore couru mon premier marathon.

     

    Je me trouvais bien positionné en raison d'une vitesse de course de l'ordre de 9km/h ce qui, avec les différents arrêts, me faisait passer au km48 en 5h30' puis au 60ème en moins de 7h.

    Je comptais énormément sur la fin de course pour garder un rythme régulier et commencer à récupérer en vue des étapes suivantes, mais c'était sans compter sur des modifications de dernière minute proposées par Rainer Koch et mises en application sans qu'on en soit informés.

    A Dettelbach, la ville d'où Rainer est originaire, nous avons eu droit à un ravitaillement surprise tenu par sa maman et auquel je ne me suis pas arrêté car trop proche du précédent et le suivant devait se situer à moins de 4km de là. Je préférais refaire le plein au dernier point de ravitaillement surtout qu'il est tenu par Uli, un pasteur, et qu'il y a de la bière qui aide à bien terminer les étapes.

    Dans le village, on nous fit passer par des jolies petites ruelles pavées qui, dans un contexte de fatigue de fin d'étape de 80km, n'étaient pas les bienvenues car aussi fort pentues. Ensuite le parcours emprunta un chemin de terre collante et glissante qui ne permettait pas de courir. Normalement, on aurait dû passer par une route jusqu'à l'arrivée, mais là, de surprise en surprise, nous avons été contraints de courir tour à tour dans des chemins de terre, sur une voie cyclable sableuse, dans des chemins herbeux avec des virages à 90° voire en épingle à cheveux pour contourner les champs ou éviter les cours d'eau. La galère ! Cette fin d'étape était de surcroît fort risquée pour les articulations bien entamées : combien de fois ai-je failli me tordre les chevilles en courant dans des trous !

    Quand je suis arrivé, j'avais le masque des mauvais jours, j'étais en colère que j'ai gardée pour moi et pour les arbres qui ont dû m'entendre exprimer mon courroux de manière assez virulente.

     

    Une fin d'étape à oublier et à ne pas proposer à nouveau aux coureurs.

     

    Mardi 12 mai, 24ème étape : Prosselsheim – Weissenbach, 65,6km.

    Cette étape démarra difficilement pour tout le monde. Les séquelles des 240km avalés en 72h étaient bien présentes et il fallut plusieurs kilomètres pour trouver un rythme de course satisfaisant.

    Ce n'étaient pas les douleurs qui m'empêchaient de courir à l'aise, mais la fatigue accumulée depuis plus de trois semaines et mise en relief avec la triplette des "eighties" de ces derniers jours.

    Il fallait garder toute sa vigilance car le fléchage n'est pas au top et il ne faut pas toujours se fier au road-book qui parfois n'est pas tout à fait correct (cf les variantes "surprises"). Cela n'a pas manqué, certains coureurs se sont trompés de chemin, et moi-même j'ai failli faire la même erreur qu'eux, n'étant repêché que par un coup de chance quand j'ai regardé du bon côté à un carrefour.

    Cette étape était bien vallonnée, avec quelques raidillons casse-pattes et des descentes à plus de 10% dans lesquelles il était difficile de freiner. La météo a été fraiche toute la journée, à peine pluvieuse, et j'ai couru avec mon bonnet et mon coupe-vent fluo par-dessus deux maillots.

    J'ai globalement bien couru, mais je crois avoir effectué ma plus faible moyenne depuis Bari, tout en faisant une place habituelle. Comme quoi, tout le monde semble avoir du mal à digérer les dernières étapes.

    Les hébergements sont aussi assez spartiates. Pour la seconde soirée consécutive nous sommes entassés dans des petites pièces, par exemple ce soir où nous sommes à 7 dans une pièce de 15M² plus un dans un cagibi.

    J'ai eu de la chance d'avoir une petite place, à côté d'une prise de surcroît, et je n'ai pas eu de pluie. Ceux qui sont arrivés 15 minutes après ont eu de la pluie et ceux qui ont encore plus tardé à arriver n'ont pas trouvé de belle place pour s'installer.

    Je pense que les organisateurs n'avaient pas pensé qu'après 3 semaines il resterait autant de participants en course, sans compter tous les accompagnateurs. L'organisation a aussi donné un ultimatum à certains coureurs blessés depuis très longtemps : si vous ne prenez pas le départ de l'étape, vous devez rentrer chez vous. Un japonnais, Kaz, a dû rentrer chez lui car dans l'incapacité de reprendre la course. Pour d'autres, l'ultimatum va arriver à son terme et s'ils ne reprennent pas la course, ils devront aussi quitter la TE-FR.

     

    Voilà les news pour hier et ce soir.

     

    J'espère que par la suite les hébergements seront plus spacieux et que nous pourrons profiter des 9 dernières étapes d'Allemagne.

     

    à+Fab****

     

    Mercredi 13 mai, 25ème étape, Weissenbach – Queck, 71,5km.

     

    Encore une longue étape de passée, une belle étape pour les deux premiers tiers avec un paysage de montagnes ressemblant au Massif Central, en un peu moins haut, mais avec des côtes entre 10 et 17%, et les descentes qui vont avec. Paysage agricole, verdoyant, avec aussi des champs de colza parmi les cultures de céréales et les herbages.

    Quelques forêts aussi qui ont donné une petite note sympathique au parcours.

    Les villages traversés sont devenus au fil des kilomètres assez typiques, certaines maisons ressemblant à celles qu'on peut voir en Alsace.

    Une grande agglomération (Fulda) avec ses maisons à flanc de coteau et sa rivière nous a rappelé que l'Allemagne ce n'était pas que de la campagne. Nous y avons rejoint une piste cyclable qui allait nous mener presque jusqu'à l'arrivée.

     

    Ma course fut sympa, je suis parti prudemment avec une douleur sur le dessus du pied au niveau du gros orteil, mais quand arrivèrent les premières montées (à 10%) j'ai trouvé mon rythme et je me suis "détaché" du groupe avec qui je suis d'habitude. Les descentes au début étaient appréhendées de manière prudente afin de ne pas me blesser et comme je ressentais une légère douleur au pied, il n'y avait pas à forcer.

    La succession pendant plus de 30km de côtes et de descentes n'était pas pour me déplaire et je continuais comme ça mon petit bonhomme de chemin, sans avoir à utiliser quelque accessoire pour me distraire. Aujourd'hui, je n'ai pas trouvé le temps long, sauf vers la fin, les 20 derniers km, mais je me suis forcé à ne pas utiliser mon MP3. Je le garde pour demain, sur la petite étape (64,4km).

     

    Tout va bien, je soigne mon dessus de pied et je suis content car j'ai réussi à m'allonger une heure, à faire sécher mon linge et à préparer mon matériel pour demain.

    J'ai aussi pu répondre aux questions posées par les gars du forum concernant certains petits détails de la course.

     

    à+Fab****

     

    Jeudi 14 mai, 26ème étape, Queck – Waldkappel, 64,4km.

    Jusqu'à présent, je n'aimais pas le plat, les parcours sans relief, un peu comme la première semaine italienne, mais aujourd'hui, j'ai apprécié les longues portions de pistes cyclables sans bosses. Du relief, il y en a eu sur la fin, avec une belle montée à 12% et la descente qui lui correspondait, plus quelques vallons à franchir, mais j'avais assez bien avancé dans l'étape pour ne pas trop piocher quand ces côtes sont arrivées.

    Le parcours depuis le matin avait été tranquille, même la route empruntée sur une quinzaine de km avait été agréable car pratiquement sans trafic.

    J'ai pris mon temps pour partir, comme beaucoup de coureurs qui sont aussi rentrés dans une sorte de seconde phase de la TransEurope, celle où la prudence est de mise au niveau de la vitesse, parce que c'est maintenant qu'on est en train de se préparer à une bonne traversée de la Suède ou à une grosse galère interminable.

    J'ai pris un rythme de 8,5km/h soit 0,5 à 1 km/h moins vite que les étapes précédentes en me disant que j'aurais peut-être plus de réserves sur la fin de la journée. J'ai même fait un long arrêt de 5' pour aller aux toilettes en pleine campagne, et ce n'est pas facile de trouver un petit coin tranquille en plaine, mais j'ai fini par en repérer un.

    Quand j'en suis reparti, une bonne partie des coureurs que je devance habituellement est passée devant moi, mais ce n'était pas un problème car j'avais prévu une étape de "transition", sans forcer, une sorte de régénération avant les 5 suivantes (68/77/70/77/70) qui nous amèneront aux portes de la mer entre l'Allemagne et la Suède.

    J'ai effectué ma petite remontée, sans la rechercher, passant les uns après les autres la plupart des coureurs qui avaient profité de mon arrêt pour tracer la route.

    Mentalement j'étais bien, j'arrivais à penser à tout un tas de choses, à regarder le paysage avec ses champs de colza, de céréales ou d'herbages, avec ses bois et ses villages traversés dans la plus grande intimité.

    A mi-parcours, nous sommes passés par une portion de piste cyclable aménagée et où un parcours d'initiation à l'astronomie avait été installé.

    Dans un virage, il y avait le soleil (boule de pierre de x cm de diamètre, sachant qu'il était représenté à l'échelle 1cm=20000km, faites le calcul) et progressivement au fil du parcours nous sommes passés devant des stèles où étaient représentées les planètes du système solaire, les stèles étant elles aussi distantes du soleil avec la même échelle (ça va vous en faire des calculs pour savoir à combien de km j'ai trouvé Neptune, après être passé successivement devant Mercure, Vénus, la Terre (et sa Lune), Mars, Jupiter (plus grosse boule de toutes celles représentant les planètes, bien sûr), Saturne avec ses anneaux, Uranus et donc Neptune. Pluton n'y figure plus depuis qu'on l'a retirée des planètes du système solaire, mais elle fut citée.

    Cela m'a occupé un bon moment ainsi que l'heure qui a suivi car j'étais en train de penser à quel genre de CR j'allais bien pouvoir écrire le soir.

    Bon, bonne nouvelle, si le cerveau fonctionne encore comme ça, c'est que je ne suis pas encore trop usé par les plus de 1700km parcourus depuis Bari.

    J'aurais même pu vous proposer un autre problème, toujours concernant les planètes : si l'on considère la distance Bari – Cap Nord comme étant celle qui sépare le Soleil de Neptune, lors de quelles étapes avons-nous rencontré Mercure, Vénus, La Terre, etc...

    Pas marrant le Fab quand il s'y met. En tout cas, ça distrait et ça fait passer le temps plus vite, même si les scientifiques me diraient le contraire avec la théorie de la relativité ou une autre.

    Fin du cours de maths-sciences, et revenons à la fin de course.

    Et bien, j'avais des jambes, et une tête qui m'a conseillé de ne pas jouer à faire l'idiot et de rester concentré sur la fin de l'étape sans changer de tempo.

    Je termine frais, 20ème derrière la petite japonnaise Takako qui est la seule que je n'ai pas rattrapée suite à mon arrêt technique du matin.

    Voilà, tout va bien ce soir, j'ai mis de la glace sur mon pied droit qui semble aller mieux et qui ne m'a gêné que lors des grosses descentes à fort pourcentage.

    A bientôt pour un autre CR, et peut-être aussi pour un autre petit exercice de Maths.

    "Oh ! Non, pitié Fab !!", ai-je cru entendre, ah ! Bon, alors plus de maths.

    Biz à tous.

    Fab****

     

    Vendredi 15 mai, 27ème étape : Waldkappel – Ebergötzen, 68,0km.

    Quand la pluie a cessé (tiens c'est drôle, ça me rappelle un CR d'il y a peu) je me suis dit qu'on avait décidément beaucoup de chance pour l'instant car avec ce qu'il tombait encore à 5h au moment du petit déjeuner, on avait tous préparé les éventuels imperméables et autres ponchos.

    Le mien, je l'ai glissé dans la manche de mon coupe-vent afin de le sortir dès qu'il se remettrait à pleuvoir.

    L'étape est partie doucement, comme il est de coutume depuis quelques temps maintenant, sauf Hiroko la japonaise qui a démarré dès la fin du décompte fait par Ingo (en anglais : 10, 9, 8, 7, ...3, 2, 1, GO !). Elle ne veut pas partir avec l'autre groupe car ça lui déplaît de ne pas faire la course en tête. Au bout de 2km, on ne la voyait déjà plus. Les autres, une dizaine de coureurs, sont restés groupés à quelques dizaines de mètres devant moi pendant un bon moment, puis les premières côtes sont arrivées et j'ai décidé de me faire plaisir tout en me testant. J'avais repéré qu'il allait s'agir d'une étape avec du relief, donc des côtes et des descentes à répétition. J'ai remonté tout le monde au train dans les côtes et je me suis retrouvé en tête de ce groupe, non sans avoir eu du mal à dépasser Eiolff le norvégien qui ne supporte pas qu'un "sans grade" lui passe devant, mais sur le coup, il n'a pas pu suivre surtout quand, une fois passé devant lui, j'en ai remis une petite couche, histoire de le calmer. Je dépassais aussi Janne, le finlandais vainqueur de la Transe Gaule 2005. Dans les descentes, j'assurai aussi, mes pieds ne me faisant pas mal, et je conservais mon avance, certes de quelques centaines de mètres seulement, mais ça fait toujours plaisir.

    Bon, comme j'étais le seul poursuivant d'Hiroko que je n'apercevais pas, même dans les rares lignes droites qu'on pouvait rencontrer, j'ai continué à mon rythme. Mes temps de passages n'étaient pourtant pas extraordinaires, 9,5km/h de moyenne au km 10, puis 9,3 aux 20ème et 30ème, puis 9,2 au 45ème. C'est là que je me suis dit qu'il fallait penser maintenant à l'étape de demain et je décidai donc de relâcher mon effort, surtout que je sentais aussi le groupe de poursuivants revenir sur mes talons au prix de ravitaillements beaucoup plus courts que les miens. Ainsi, au poste de ravitaillement N°5 (km 45,5) où je fis une pause "soupe chaude" de près de 5', je me fis rattraper par plusieurs de mes poursuivants qui repartirent des stands avant moi.

    Je les ai gardés à vue pendant plusieurs km avant qu'ils ne me lâchent irrémédiablement au fil des minutes.

    Mais j'étais content, j'avais vu qu'à J+27 j'étais encore capable de monter en pulsations cardiaques et une journée comme celle-là ne peut qu'être bénéfique pour la suite (ça, c'est ma théorie, certainement contraire à celle de beaucoup, mais qui ne tente rien ne peut pas savoir).

     

    Au final, je termine à une moyenne de près de 9km/h, dans les 20 premiers, et je n'ai pas de bobos.

     

    Un stand de vente de saucisses grillées et de gaufres, sans oublier les bières, était installé par le club sportif local, et je m'y suis restauré après une bonne douche et une petite lessive (petite, car le temps a tourné à la pluie lors du dernier quart d'heure de course et je ne savais pas où étendre mon linge).

    A 15h15, j'ai passé mon IRM (du mollet aujourd'hui) afin de voir les pertes en graisses et d'autres modifications depuis le départ.

    Après, je suis allé dans le village trouver une superette et refaire le plein de matériel de lavage ainsi que de nourriture.

     

    Voilà, tout va bien, ce soir j'ai déjà parcouru 1838,4km (sans compter les nombreux détours ou erreurs de parcours) en 213h15' environ.

    Je ne suis pas usé ni mentalement ni physiquement, alors quoi d'autre ? Pourvu que ça dure.

    Demain ça sera une autre histoire, 76,7km.

    à+Fab****

     

    Samedi 16 mai, 28ème étape, Ebergötzen – Gebhardshagen : 76,7km.

    Aujourd'hui, j'ai couru ma 100ème étape en course "Multidays" : 4 TG (= 72) + 28 (TEFR).

    C'est anecdotique, mais ça montre le chemin parcouru depuis mon premier départ de Roscoff, où tout ému j'avais versé quelques larmes dans la Manche peu avant de prendre le départ de ma 1ère TG.

     

    L'étape du jour avait un profil qui s'annonçait vallonné; il n'en fut rien mises à part deux ou trois grimpettes de rien du tout, en tout cas pas de quoi amuser un Fab qui adore attaquer dans les côtes.

    Mais la journée s'est quand même bien passée. J'ai tourné entre 9 et 9,5 km/h pendant plus de 6 heures puis quand j'ai vu que j'avais bien avancé j'ai pensé aux jours qui vont suivre et j'ai terminé en "roue libre" si l'on peut dire.

    Le paysage n'est pas très varié, composé toujours de ses champs de céréales, de colza ou en herbe, ses collines boisées, ses routes serpentant entre les vallons, quoiqu'aujourd'hui nous ayons surtout eu quelques grandes lignes droites. Les villages semblent avoir peu à peu changé en quelques jours, ils ont un aspect légèrement différent bien qu'en ne faisant que les traverser on ne puisse pas vraiment se rendre compte de la réalité de l'impression. Quoiqu'il en soit, j'ai remarqué plus de villages-rues que de bourgs agglomérés autour de leur église et autres bâtiments historiques.

     

    Ce matin, deux coureurs n'ont pas pris le départ, deux Allemands : Hans et Théo. Hans, j'ai couru avec lui la TG et cela m'a fait très mal au coeur de le voir baisser pavillon sur panne mentale. Il n'en pouvait plus et quand le mental ne veut plus, le corps dit non aussi. Théo a sans doute payé ses étapes "euphoriques" lors de la traversée de la Bavière, sa région, où il fut souvent accompagné de copains de club et accueilli à chaque poste de ravitaillement. Mais ça, sur le coup c'est "magique", mais les lendemains peuvent s'avérer très difficiles surtout lorsque vous combinez ça avec une forte gastro entérite.

    Du coup, je gagne deux places au général, mais ma camarade japonnaise s'est bien amusée à son tour à me repousser un peu plus loin alors que je n'étais revenu hier qu'à moins de 5'.

    Pas grave, ce n'est pas Takako que je veux battre, c'est le Cap Nord que je veux atteindre.

     

    à+Fab****

     

    Dimanche 17 mai, 29ème étape, Gebhardshagen - Stüde (70, km) 

    Vous n'aurez pas ce soir un CR "made in Fab" car il n'a pas pu se connecter sur secteur  : il n'y avait pas de prises disponibles. Et oui cela arrive !

    Les conditions d'hébergement pour cette nuit sont assez spartiates : la salle est minuscule (Stéphane et Fab ont dû se dépécher à leur arrivée pour se trouver une place dans (je cite) "cette boîte à chaussure", les douches étaient froides (Roger et Alain ne sont pas douchés. Roger ne voulait pas que sa bronchite s'aggrave!)

    La journée fut bonne malgré les longues lignes droites (Fab préfère quand il y a du relief) et les 19 derniers kilomètres le long du canal de l'Elbe et son chemin caillouteux. Heureusement qu'il y a un peu d'herbe au milieu pour pouvoir soulager les pieds ! Le pire c'est que la course va continuer ce chemin pendant 70 km demain...

    Côté bobos, Fab compte ce soir une ampoule de plus ! (Il pense que ce sont les gravillons des 19 derniers km). Le moral est là.

    Au repas (pris à 17 h 30 !) Ingo a fait un discours de rappel des règles de sécurité et a menacé de disqualifier tous ceux et toutes celles qui ne les respecteraient pas !

    à+Pascale

     

    Lundi 18 mai, 30ème étape : Stüde – Bienenbüttel, 76,9km.

     

    Le réveil de la nuit passée dans la "boîte à chaussures" taille 36 s'est bien passée, la nuit fut bonne aussi. La promiscuité avec Sigrid ne fut pas de tout repos surtout quand elle m'avait réveillé la veille dans l'après-midi pour me dire d'aller manger et je l'ai envoyée se promener car le repas n'était qu'une heure plus tard. Elle n'a pas arrêté de tousser pendant la nuit, mais elle n'est pas la seule, beaucoup de coureurs et d'accompagnateurs sont pris par de gros rhumes ou de belles bronchites.

    Le départ de cette étape, où nous allions passer les 2000 km au km 15, s'est effectué progressivement, chacun mettant plusieurs minutes avant de retrouver une aisance de course "normale". Nous avons commencé par les 1200 derniers mètres de la veille, du canal de l'Elbe à la salle, mais en sens inverse, et lorsque nous avons rejoint à nouveau le canal, on savait que cela allait durer 70km !

    Donc, pas de description du canal, j'ai passé plus de temps à regarder le chemin de gravillons ou de terre et le bout de mes chaussures qu'à admirer le paysage. J'ai au moins effectué une dizaine d'arrêts si ce n'est plus afin de retirer ces petits cailloux qui s'introduisaient dans les chaussures et qui risquaient de me blesser (ampoules) si je les laissais trop longtemps.

    J'ai vu des péniches, des grosses (barges), dans les deux sens, transportant du minerais ou d'autres denrées industrielles. Il n'y avait qu'une écluse que nous avons dû contourner l'espace d'un kilomètre, et plusieurs petits ports avec des bateaux de plaisance. Nous avons pu aussi croiser ces derniers en promenades sur le canal avec des personnes en train de bronzer sur le pont. Il a fait beau, heureusement qu'il n'a pas fait trop chaud avec un petit vent bien agréable rarement défavorable. L'orientation du tracé du canal (vers le nord) nous a procuré un peu d'ombre grâce aux arbres le bordant.

    Je suis arrivé avec Takako, la coureuse japonaise avec qui je suis au coude à coude au classement. Mais on a fait un pacte de non agression, je fais mes étapes en partant plus vite qu'elle et elle me rattrape à la fin. Nous sommes bien calés aux 19ème et 20ème places, avec les coureurs de devant à 7h et ceux de derrière avec à peu près le même retard. Aujourd'hui, le duo suédois a souffert, surtout Andréas que Mattias a attendu toute l'étape en raison d'une blessure à une jambe. Espérons pour lui que demain tout rentrera dans l'ordre et que j'aurai le plaisir de courir avec eux.

     

    Je suis en pleine forme, le physique va bien, pas de douleurs sauf une ampoule difficile à soigner quand il y a des cailloux toute la journée mais qui devrait cicatriser dans les prochaines 48h. Le moral est bon, même si aujourd'hui je me suis demandé quel plaisir on pouvait trouver à courir le long d'un canal pendant des km et des km. Vivement mon bon vieux bitume !

    Demain, étape de 69,5km "seulement" où j'espère continuer sur ma lancée avec une vitesse de course assez agréable.

     

    Hier soir, un vendeur de glaces est venu devant la salle (la boîte à chaussure taille 36) et j'en avais profité pour me faire un petit plaisir : une glace à 4 boules (2,40€)! Ce soir, le restaurant d'à côté en vendait aussi au même prix : je n'en ai pris que trois, mais c'était tellement bon !

    Le must serait d'avoir des crêpes, mais là, il ne faut pas trop rêver. A la place on a de la goulash que je commence à ne plus supporter, heureusement qu'après ma course je suis allé dans le camion de Nicole et Gérard me restaurer avec nos aliments personnels que Nicole s'occupe d'acheter avant qu'on ne soit arrivés.

     

    à+Fab****

     

    Mardi 19 mai, 31ème étape, Bienenbüttel – Trittau, 69,5km.

    Retour sur la route pour cette longue étape, mais qui reste quand même dans la moyenne qui est de plus de 70km par jour.

    Nous sommes partis dans le grand silence qui règne sur les villages de campagne, sur une route quasi déserte, avec de nombreux passages dans des zones boisées. Une petite brume persistait dans les champs que le soleil éclairait déjà depuis plusieurs minutes. Plus on monte vers le nord, plus il se lève tôt.

    Nous avons franchi rapidement un pont sur le canal latéral de l'Elbe, notre copain de la veille le long duquel on a tourné et tourné mille pensées dans nos têtes de coureurs un peu usés par sa longueur.

    Par la suite, nous avons emprunté une piste cyclable nous permettant de ne pas avoir à anticiper le passage des autos qui au fil des heures se faisaient plus nombreuses : les gens partent au travail tôt, avant 7h et doivent embaucher entre 7 et 8.

    Après plus de 30km, nous avons traversé l'Elbe, le vrai fleuve, pas sa dérivation, et nous avons pu admirer le long de ce fleuve majestueux une non moins belle ville : Lauenburg. Nous avons d'ailleurs traversé une partie de cette ville par des ruelles pavées et fort pentues.

    Une fois rendus sur les hauteurs, les routes se firent à nouveau plus droites et les villages plus espacés. Parfois une piste cyclable parallèle à la route nous menait tranquillement au village suivant et nous procurait un peu d'ombre bienvenue sur les coups de midi où le soleil se faisait sentir plus fortement.

    Il y avait quelques nuages de beau temps, un léger vent à peine perceptible mais néanmoins rafraîchissant et à cette heure de la course, l'objectif était d'atteindre le prochain point de ravitaillement.

    On en eut un "surprise" au km 50 (à Schwartzenbek) mais je ne m'y suis pas arrêté car "programmé " pour le suivant 4km plus loin et le précédent où j'avais dégusté une bonne soupe salée n'était lui aussi qu'à 4km.

    C'est comme toujours à ce moment de l'étape, où j'ai assuré 6h à 9km/h que j'ai commencé à mollir un peu, mais comme je suis habitué, je n'ai pas eu à m'inquiéter, juste à recalculer mes temps de passage prévus et mon heure approximative d'arrivée.

    J'étais donc reparti pour finir à 14h, soit après 8h de course.

     

    La ville étape, Trittau, nous a réservé une belle surprise : quand je suis arrivé dans le centre ville, à 1500m de l'arrivée, on annonça mon nom, en fait ils ont annoncé celui de Gérard mais je n'oubliais pas de faire corriger l'erreur, puis deux collégiennes sont venues courir avec moi munies de petits drapeaux français. Nous avons donc couru ensemble jusqu'à l'arrivée où une grosse animation nous attendait : musique, micro, goûter, spectacle de gymnastique effectué par des enfants, mini-concert rock, chorale... La totale quoi !

    Sans doute le meilleur accueil depuis Bari.

    Le repas du soir fut aussi très bon, avec des boulettes de viande à la sauce piquante accompagnées de riz. Comme dessert, on a pu terminer les gâteaux proposés au goûter.

     

    Voilà une étape comme je les aime.

    Demain, 44km seulement, on a donc droit à une grasse matinée jusqu'à 4h30 au lieu de 4h.

     

    Stéphane m'a demandé d'ajouter ce message à toutes les personnes qui veulent aller sur son site mais qui n'y parviennent pas : "Personne ne peut aller sur le site et il ne peut pas l'alimenter, il va tenter de résoudre le problème."

    Les 4 autres copains du club des frenchies vont bien.

    à+Fab****

     

    Mercredi 20 mai, 32ème étape : Trittau – Bad Segeberg, 44,0km.

    L'étape la plus courte, avec l'ultime au Cap Nord, devait permettre soit de se reposer en y allant tout doucement sans forcer, soit de faire comme d'habitude c'est à dire de courir à sa vitesse "normale" soir de se tester en fonçant un peu. Vous devinez l'option que j'ai rapidement choisie pendant cette étape.

    D'abord, j'avais plein de trucs auxquels penser, concernant les mésaventures de ma petite famille dont je suis loin en ce moment et pour plus d'un mois encore.

    Cela a commencé lundi quand Pascale a renversé un cycliste en allant travailler, je me suis imaginé ce qu'elle avait dû ressentir, mais la jeune fille renversée n'a pas été blessée. Le plus difficile fut sans doute d'aller travailler après et de contacter l'assurance, de visiter le garagiste pour l'expertise ...

    Second soucis : la chaudière qui est tombée en panne et comme c'est moi qui gère ça d'habitude, je pense que Pascale a encore dû avoir beaucoup de courage et de patience pour entrer en contact avec le dépanneur qui n'était pas disponible tout de suite.

    Troisième soucis : plus de connexion internet à la maison, donc plus de téléphone non plus. Pascale a "bouffé" son forfait de portable à essayer de résoudre le problème avec l'opérateur.

    Quatrième chose à laquelle j'ai eu le loisir de penser : le devis proposé pour changer les gouttières à la maison, ce qui dans le budget va faire un bon trou.

    Il y a d'autres points concernant la vie en France qui m'ont aussi interpellé, comme le permis de conduire que mon fils, Lorris, va bientôt passer, les résulats de ses partiels, le stage de ma fille...

    Bref, j'avais de l'occupation aujourd'hui ce qui peut expliquer la suite de ce CR.

     

    J'ai commencé tranquillement, pour m'échauffer et sentir le terrain : on est parti à 6h30 au lieu de 6h, cadeau de l'organisation, et le jour était déjà bien levé. Une belle journée ensoleillée se préparait. La route était calme, la piste cyclable bordée d'arbres et de buissons qui donnaient à cette matinée un caractère champêtre malgré le revêtement en bitume.

    Les premiers kilomètres avalés à bon rythme, mais sans plus, m'avaient "ouvert l'appétit" et quand j'ai vu que je revenais sur quelques coureurs partis plus vite que moi, je me suis amusé à hausser le tempo, de les dépasser et de les laisser sur place. Je tournais soudain à plus de 10km/h et je me sentais capable de continuer ainsi des kilomètres. Au fil des postes de ravitaillement j'ai vu que derrière j'avais fait le trou, personne ne profitait de mes courts moments de pause pour refaire la jonction.

    La suite fut du même tonneau, un peu moins vite quand même, ayant repris une allure moins risquée (entre 9,5 et 10km/h) mais efficace. Le parcours était varié, avec de tout petits reliefs, des villages à traverser ainsi qu'une ville moyenne (Bad Oldesloe) où la circulation m'obligea à attendre parfois aux feux tricolores que le piéton soit vert avant de passer car si on se fait prendre à "griller" un feu, on risque d'être pénalisé (avertissement) voire même "fired" exclu de la course en cas de récidive. Alors, j'ai fait celui qui respecte le code du piéton, même si c'est pénible car d'autres derrière (ou devant) ne se gênent pas à prendre des risques.

    J'ai donc perdu mon bon rythme et il m'a fallu plusieurs minutes avant de retrouver la même aisance qu'avant.

    L'avant-dernier ravitaillement, celui avec la soupe de la femme de Thomas, je ne l'ai pas zappé : ça me porte chance depuis le début, ne tentons pas la malchance et faisons comme d'habitude. Il ne restait plus que 16km à ce moment de la course et je ne voyais toujours personne revenir dans mes rétroviseurs, pas même les coureurs qui partent une heure après et qui immanquablement me reprennent leur retard avant la fin de l'étape.

    Et bien aujourd'hui, malgré un ultime arrêt bière chez Uli lors du dernier ravitaillement-rituel lui aussi, je ne me suis pas fait croquer !

    Rainer est arrivé peu de temps après moi, mais ne m'a pas repris l'heure de décalage.

    Je termine à la 14ème place en 4h28' et je suis satisfait car j'ai allié le plaisir à la course, j'ai réussi mon petit test de forme et de vitesse. C'est là que je vois l'utilité de tout le travail acharné de fractionné sur route ou sur piste que je m'enfile en hiver et au début du printemps. Je possède une petite réserve de vitesse qu'il fait du bien de mettre à l'épreuve de temps à autres.

     

    Stéphane a fait une nouvelle belle étape et finit avec Hiroko en 4h18' environ à la 10ème place. Roger et Alain ont fait aussi une belle étape, plus prudente que la mienne, mais avec autant de plaisir je pense tout comme Gérard. Christophe aussi a terminé l'étape, un peu "déboussolé" de n'avoir pas couru plus longtemps que ça (6h environ).

     

    Demain, l'étape nous emmène à Kiel, fief du Hand-Ball européen où jouent (ou ont joué) plusieurs internationaux Français.

    Nous arriverons sur le port, je pense, puis nous monterons vers 15h dans le ferry avec nos sacs spéciaux fournis par l'organisation dans lesquels nous aurons mis nos affaires de toilette et celles utilisées pour la première étape suédoise qui partira de Göteborg vendredi.

    J'essaierai de transporter l'ordinateur afin de pouvoir me connecter sur le bateau, mais rien n'est moins sûr.

     

    Bilan : tout baigne, paré pour la der des der en Allemagne.

    à+fab****

     

    Jeudi 21 mai, 33ème étape, Bad Segeberg – Kiel : 55,1km.

    Je suis installé sur mon lit dans la cabine du ferry sur lequel j'ai embarqué à 15h.

    Mon étape s'est terminée vers midi, soit après 6h06' d'efforts et je suis arrivé en même temps que Takako qui m'a accompagné les 10 derniers kilomètres.

    Cette étape fut agréable à courir au niveau des paysages rencontrés et les routes, pistes cyclables ou chemins tranquilles empruntés étaient très ombragés et nous avons eu droit pendant plusieurs heures à un concert de chants d'oiseaux. Quelques petites bosses assez faciles à monter, laissant apparaître à chaque fois un nouveau paysage, faisaient changer le rythme de notre progression. Des lacs, des champs, des collines, beaucoup de haies... la variété fut grande et nous avons eu de quoi nous distraire.

    En ce qui concerne la forme, c'était bien au début puis c'est devenu plus poussif par la suite. La difficulté des étapes courtes tient au fait qu'on se dit qu'elles ne dureront pas longtemps, mais quand on y est, il faut quand même assurer la course. Alors au bout d'une trentaine de kilomètres, j'ai commencé à ne plus avoir de bonnes sensations. Il se peut que ce soit la belle étape d'hier qui se rappelait à mon bon souvenir aujourd'hui.

    Je n'avais pas de douleurs particulières, mais je n'étais pas "à l'aise" comme d'habitude. J'ai pris mon temps et comme Takako se trouvait dans le coin, je me suis résolu à finir la course avec elle, ce qui n'était pas pour me déplaire et inversement. Pas d'attaque aujourd'hui ! On reste sur nos positions.

     

    L'arrivée eut lieu sur les quais d'embarquement des ferrys où tous les véhicules de l'organisation attendaient. J'ai récupéré mon sac spécial pour le bateau, donné hier soir par Ingo, j'ai pris un petit goûter et une collation dans le camion de Gérard, puis je me retrouvais avec plus de deux heures à ne pas savoir quoi faire. Quelques coureurs commencèrent à se déplacer avec leur sac et je les suivis pensant aller dans une salle pour me reposer, mais en fait il s'agissait d'un déplacement pour rejoindre un restaurant où la mairie de Kiel nous offrait un goûter. De bons gâteaux, du café, de l'eau pétillante, encore des gâteaux (oops !) en tout cas un bon moment de repos. Après, je suis retourné vers le quai et on nous indiqua qu'il y avait une salle où nous pouvions prendre une douche. Il me restait plus d'une heure, j'en profitai pour me laver et me changer car ce n'est pas agréable de rester avec sa tenue de la journée de course sur soi.

     

    Par la suite, nous avons embarqué et c'est donc pour cela que je peux vous écrire ce CR.

     

    Briefing du commandant du ferry à 17h suivi d'un "snack" et départ à 19h.

    Arrivée prévue demain matin pour un départ d'étape à 9h.

     

    Tout va bien encore une fois pour moi, ainsi que pour les autres français. Seul petit bémol, Alain a dû aller consulter un dentiste en raison d'une rage de dents. Maintenant ça semble aller mieux, mais il a des médicaments à prendre pendant 2 semaines.

     

    à+Fab****

     


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  • Dimanche 19 avril, 1ère étape, Bari – Barletta : 57,0km.



    La nuit fut courte. La chaleur de la salle, l’excitation et la peur mêlées, les divers bruits pourtant habituels d’un gymnase accueillant des coureurs la nuit précédant le départ d’une course avec ses ronflements, ses levers nocturnes pour aller aux toilettes, ses tâtonnements et « trébuchements » dans les pieds des dormeurs installés un peu partout dans la salle et sur le chemin des sanitaires… Ce sont tous ces petits moments qui ajoutent du piment à l’aventure. Mais quand on a vraiment envie de dormir, on s’en passerait. Et puis quelques sonneries de portables ou de réveils se mettent à jouer, certaines trop tôt par rapport à l’heure du départ, d’autres trop fortes et assez peu mélodieuses. Des frontales envoient des traits de lumière sur cet étalage de dormeurs, un peu comme des phares sur la mer. Enfin, cette impression de n’avoir pas assez dormi, compensée par le fait qu’ « on y est enfin ». Le silence de la préparation de chaque coureur est à peine troublé par des conversations chuchotées. Un coureur, un rituel, chacun observant son voisin d’un œil intéressé, amusé parfois de voir qu’on reproduit les mêmes gestes à l’identique ou qu’au contraire on procède de manière différente. On apprend beaucoup à observer les autres et on se dit que les autres aussi vont apprendre de nous. L’expérience se forge de cette manière.

    Le petit déjeuner avalé, ce sont les derniers préparatifs, ceux qui conditionneront la course et l’après-course. J’ai pris l’habitude, avec mes nombreuses étapes passées, de préparer dès le matin mes affaires afin que, le soir après l’arrivée, je ne sois pas obligé de farfouiller partout dans mes sacs et valise pour trouver ma trousse de toilette et ma tenue de rechange. Pour cette première étape, il ne faut pas oublier le rituel du crémage et du pansage afin de ne pas avoir à le regretter pendant l’étape et le soir sous la douche.

    Une fois tout rangé et bouclé, on charge nos bagages dans les camions. J’ai préparé mes bouteilles depuis un moment, j’ai placé l’appareil photo et quelques autres fournitures dans ma banane et maintenant je suis prêt à affronter la Grande Aventure.

    Nous nous rendons progressivement derrière le stade, sur un vaste parking situé un peu sur le côté. Tous les coureurs se font prendre en photo soit seuls, soit en groupes par nations, soit entre copains, sous la banderole de départ. On sent une atmosphère particulière, comme si on allait tous se quitter pour effectuer un long voyage en solitaire, comme une transat en bateau par exemple. J’ai toujours comparé mon envie de courir loin et longtemps aux navigateurs solitaires se lançant dans de longues traversées d’océans à la voile. C’est du moins l’impression que j’ai et c’est aussi ce à quoi j’aspire : être seul face à moi-même, ne compter sur personne, me débrouiller tout seul. Pas besoin des autres, ne pas tenir compte du classement, faire ma course à mon rythme.

    Ingo, l’organisateur, après avoir fait un petit briefing entame le décompte en anglais: “Ten, nine, eight, seven, six, five, four, three, two, one, go !”. Ce sera le rituel quotidien.

    Les premiers hectomètres me donnent de drôles de sensations, tantôt euphoriques, car ce départ était tant attendu depuis de longs mois que je me lâche un peu émotionnellement parlant, tantôt nostalgiques ou avec un sentiment s'en rapprochant : on vient quand même de démarrer une sacrée aventure où on va passer par toute une panoplie d'états plus ou moins désagréables à supporter. Je connais ma résistance aux efforts sur une durée de 18 jours, qu’en sera-t-il de cette succession de 64 étapes ?

    La première partie d'étape nous fait emprunter la route du front de mer puis une route parallèle à la SS16, ce qui est assez tranquille pour un début d’étape. Il fait quand même déjà chaud, ou lourd plutôt, et je sens bien qu'au niveau des pulsations cardiaques je suis déjà au-dessus de ce que j'avais prévu. Mais je ne vais quand même pas commencer à marcher ! Le plus étonnant c'est de voir plusieurs coureurs et coureuses, que je sais moins rapides pour les avoir rencontrés sur mes différentes Transe Gaule, partir devant et me distancer. Je ne suis pas une référence, mais il y a des comportements pour le moins assez étonnants et suicidaires au vu des plus de 4000 kilomètres à parcourir lors des neuf prochaines semaines. Mais chacun gère sa course comme il l'entend et viendra bien assez tôt le temps des blessures et des regrets. L’expérience montre que sur ce genre de course, il ne faut pas regarder les résultats antérieurs des autres coureurs sur d’autres distances et se dire qu’on est meilleur ou moins bon sur marathon, sur 100km ou sur 24h. Ici, tout est remis en question. Bien sûr qu’un gars valant 7h sur 100km a de fortes chances de terminer loin devant un autre mettant plus de 10h sur la même distance, mais personne n’est à l’abri d’une blessure, d’un jour sans, d’une maladie…

    Pour être certain de me modérer, je m’arrête prendre des photos, mais je me rends compte que l’appareil est gênant, en tout cas son utilisation n’est pas facile et je ne veux quand même pas perdre trop de temps à bidouiller les réglages et effectuer des poses trop longues. Certaines risquent donc d’être floues. On verra ça ce soir avec l’ordinateur si j’ai le temps de les transférer.

    La seconde partie de l'étape s’avère assez difficile parce que ponctuée de traversées de villes - Giovinazzo, Molfetta et Bisceglie - à l'heure de la messe puis à midi, nous obligeant à effectuer de nombreux slaloms entre les voitures sur la chaussée et les piétons sur le trottoir. Tout ça ne facilite pas l’adoption d’un rythme régulier.

    Je ne connais pas de bobos jusque-là, juste une période de malaise ponctuée d’un arrêt de quinze minutes après le ravitaillement de la mi-course pour récupérer de maux de ventre et d'une légère montée de la fréquence cardiaque. Je m’allonge alors sur un petit parapet et laisse passer mes vertiges pendant que des coureurs me demandent si tout va bien. Une fois passé ce moment désagréable je reprends la course et décide d’adopter un rythme tranquille.

    Mais la fin de cette première étape se fait attendre, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous : les lignes blanches et les panneaux stop ne servent que de décoration, je l’avais découvert le soir de mon arrivée à Bari. Les limitations de vitesse ne sont pas respectées. J’ai l’impression que les panneaux indiquent les vitesses en miles. Les agglomérations étirées sur le littoral ne contribuent pas à donner le sentiment d’avancer : sept kilomètres pour traverser Trani, cinq presque entre l’entrée dans Barletta et l’arrivée au stade. La hâte d’en finir se fait de plus en plus pressante.

    Quand j’arrive, je franchis l’arche en 6h28min54s à la moyenne de 8,8km/h, à la 39ème place sur 67 partants, en compagnie de Jean-Benoît, d’Ullrich Zach, de Klaus Wanner et d’un autre coureur. Je suis néanmoins content de ma journée et soulagé d'avoir terminé sans gros soucis, mise à part ma petite montée d’adrénaline en milieu d’étape. Ma fréquence cardiaque moyenne pendant la course a été de 137 avec un pic à 192 pendant les treize minutes qu’a duré ma tachycardie. Ces sensations toujours désagréables quand il s’agit de la première étape – je connais tous les ans la même difficulté lors de l’étape d’ouverture de la Transe Gaule – m’ont bien conforté dans ma logique de prudence. J’ai aussi testé les ravitaillements et constaté avec regret et étonnement qu’il n’y avait pas de sucre à disposition des coureurs sur les tables : uniquement de l’eau, des jus de fruits, Ice Tea ou cola. Moi qui ne carbure qu’à l’eau sucrée, je vais devoir revoir mon système de ravitaillement : acheter du sucre et en emporter avec moi. Cela fera du poids supplémentaire et m’obligera à aller en acheter dès le soir après l’étape. L’alimentation solide était composée de toasts de charcuterie et fromage, de barres de céréales, de fruits secs ou frais et de gâteaux secs et gaufrettes. Le premier ravitaillement, au dixième kilomètre environ ne proposait que du liquide et il faudrait prévoir tous les jours d’emporter une ou deux barres énergétiques pour atteindre le second poste de ravitaillement sans risque de fringale.

    L'installation dans la salle, la douche, le lavage du linge et la préparation de la tenue pour la seconde étape sont les premières choses que je fais après mon arrivée, tout comme boire une bière pour épancher ma soif. Je me mets aussi à la recherche de bouteilles d’eau comme il est naturel d’en trouver après les courses, mais là, rien ! Obligé de boire de l’eau du robinet – non sans risque – ou d’en acheter, chose facile en soi quand les commerces sont à proximité, mais le site d’arrivée est assez distant du premier centre commercial et après une première journée quelque peu éprouvante, l’envie de marcher est moindre. D’habitude, je bois entre deux et trois litres d’eau après la course, là, ça ne me donne pas envie de boire autant d’eau des robinets des sanitaires. Ajouté au fait qu’il n’y aura pas de sucre aux tables de ravitaillement pendant 64 jours, ça fait quand même deux contre temps, des choses pourtant tellement évidentes quand on a affaire à des coureurs d’ultra. Dans les magasins, il n’est pas facile de trouver de l’eau plate, les Italiens préférant l’eau « frizzante », c'est-à-dire pétillante, et le sucre n’est pas vendu sous la même forme qu’en France où on le trouve en morceaux.

    Je trouve une prise de courant, difficilement car beaucoup de coureurs ou de membres de l’organisation ont aussi besoin de recharger leurs appareils, montre, GPS, photos, MP3 et j’en passe et je réussis à écrire mon C.R. que je peux envoyer à Pascale et à Emmanuel.

    Bonsoir,
    6h29', seconde partie difficile car traversées de villes à l'heure de la messe et du midi à slalomer entre les voitures et les piétons sur le trottoir, ça ne facilite pas le rythme.
    Pas de bobos, juste un arrêt de 15' après le ravito de mi-course pour récupérer de maux de ventre et de légère montée de la fréquence cardiaque.
    La fin, avec de longues lignes droites et des Italiens qui conduisent comme des fous (les lignes blanches et les stops ne servent que de décoration!) et les limitations de vitesse ... On dirait que les panneaux donnent les vitesses en miles.
     Demain, même chose en plus long 69,3km contre 57 aujourd'hui. 
    Un peu de pluie avant le départ, quelques gouttes en cours de route, mais en général temps moite mais quand même agréable avec un vent dans le dos pour finir.
    Stéphane termine loin devant, Jean-Hervé à 1km devant lui aussi, moi avec Jean Benoît, Gérard un peu derrière et le groupe des jumeaux avec Roger un petit peu plus loin.
    Mais tout le monde va bien.

    à+Fab****

    Demain, la même chose en plus long nous attend, ai-je écrit, 69,3km contre 57,0km aujourd’hui. On verra bien au départ s'il subsiste des séquelles de cette première marche vers le Cap Nord.

    Lundi 20 avril, 2ème étape, Barletta – Foggia : 69,3km.

    Tout le monde va bien, j’écrivais hier, mais en réalité l'Italie c'est un peu le gros bordel. On est sollicité à gauche et à droite, on n’a pas ou peu de temps pour se reposer. A côté, la Transe Gaule, c'est les vacances. En plus, pas de cartes postales, je ne peux donc pas écrire aux écoles et à la famille ! Un peu frustré de ce côté-là, donc je me contente de rédiger mon C.R. quotidien.

    L'étape du jour fut longue, monotone et parfois dangereuse à cause de la circulation.
    Ça a pourtant été, j'ai géré les cinquante premiers kilomètres puis j'ai essayé d'aller un peu plus vite. Les jambes étaient lourdes à la fin, alors que le matin, au départ, c'était comme si je n'avais pas couru la veille !

    J’ai fini à la 31ème place en 8h01’28’’ à la moyenne de 8,63km/h et je suis passé au 36ème rang au classement général. Si certains disent qu’ils ne le regardent pas, sans doute un peu hypocritement, moi j’avoue consulter le classement, tant celui de l’étape du jour que le classement général. Je ne suis quand même pas là non plus pour faire du tourisme et sans parler de faire le zouave et me griller prématurément, je sais que je vais essayer de donner le meilleur de moi-même. On ne peut pas changer de tempérament comme ça du jour au lendemain.

    J’ai décrypté les données de mon cardio et j’ai observé que mes arrêts aux postes de ravitaillement duraient à chaque fois de deux à cinq minutes et donc que pour cette seconde étape j’avais stoppé dix-sept minutes au total pour l’ensemble des sept postes, sachant que je ne me suis pas arrêté au premier, trimballant dans mes mains de quoi boire pendant deux heures environ. Tous les soirs, je prévois de faire un petit bilan de ma journée en consultant et étudiant mes temps de passage aux points de contrôles, en l’occurrence les postes de ravitaillement qui sont disposés relativement précisément par rapport aux indications kilométriques du road-book.

    Après cette seconde étape, on a théoriquement trois jours d’hébergement en camping à suivre, donc sous la tente, j'espère donc que le temps sera comme sur la fin de l'étape avec du soleil et une relative douceur : 21° à l'ombre ! Mais la petite pluie qu'on a eue pendant deux heures et la température assez fraîche du début n’auraient pas été les malvenues si elles ne nous avaient pas obligés à prendre le coupe-vent avec nous. Si on devait avoir du vent autant qu'il soit à nouveau dans le dos ce qui pourra aussi nous aider à bien finir.

     

    Mardi 21 avril, 3ème étape, Foggia- Campomarino Lido : 72,2km.


    Très longue étape que cette troisième journée de course de la TransEurope : 72,2km et une grande partie sur la SS16, une sorte d'équivalent de la N137 ou même de la N20. Que de camions et de voitures ! Et dire que le soir il nous en resterait encore plus de 500 km à subir de cette SS16 !

    La journée s'est néanmoins bien passée, j'ai mis 8h22min. La fin, comme la veille, fut un peu difficile avec les longues lignes droites et le réflexe quasi permanent de mettre la main sur la casquette pour éviter d'aller la ramasser sur les bas-côtés : comme dirait l'autre, "ça décoiffe les camions !". Surtout que certains passaient très près de nous quand même.
    J'ai couru en solo toute la journée sauf pendant la dernière heure où j'ai terminé avec mes deux copains suédois Matthias et Andréas. Je les avais en point de mire depuis près de quatre heures et je ne les ai rattrapés qu’au dernier ravitaillement à dix kilomètres du but.
    Je ne me suis fait dépasser, une fois la course lancée et les plus rapides partis devant, que par les coureurs du haut du classement, les dix premiers, qui avaient un départ plus tardif, une heure après le peloton, en raison de leur plus grande vitesse de course.
    Seul bémol à la journée quand à un kilomètre de l'arrivée, on nous a fait prendre un raccourci sous un pont de chemin de fer, mais comme le chemin était inondé, nous avons été contraints de mettre les pieds dans l'eau jusqu'aux chevilles ! J’étais bon pour trouver du papier journal afin de faire sécher mes chaussures.

    Une surprise nous attendait une fois passée la ligne d'arrivée et après les congratulations réciproques entre coureurs : on nous annonça qu'il y avait des bungalows dans lesquels on était hébergés ! Pour une bonne nouvelle, c'était en effet une bonne nouvelle. Pas besoin de monter la tente.
    En fin d’après-midi, Nicole, la femme de Gérard, avait acheté des saucisses et des barbecues jetables : nous avons fait une grillades-party juste avant le repas de 18 heures.
    Les bungalows avaient des douches et des prises de courant, on pouvait donc se connecter.
    Je suis allé grignoter et quand je suis revenu j'ai pu envoyer mon compte-rendu ce qui était aussi une façon de refaire le bilan de la journée avec un peu de recul.

     

    Mercredi 22 avril, 4ème étape, Campomarino Lido - Torino di Sangro : 62,2km.

     

    J’avais laissé mes coordonnées au correspondant du journal Ouest-France de ma commune de résidence et je lui avais dit que de temps à autres je lui enverrais un compte-rendu. Le soir, après l’étape, je lui ai donc écrit le texte suivant, envoyé par mail, répondant au sien dans lequel il me posait quelques questions :

    « Bonsoir Mr S.

    La 4ème étape de Campomarino à Torino di Sangro (62,2km) s'est bien passée, les paysages changent peu à peu au fil de notre remontée vers le nord.

    Aujourd'hui nous avons retrouvé le bord de mer, et vu des torrents se jeter dans l'Adriatique charriant de la boue et des branchages. L'eau du bord de mer de cette région touristique en est toute marron. J'ai l'impression que plus on remonte vers le nord, moins les gens semblent pauvres.

    Ma course a été prudente pendant les 4 premières heures puis j'ai rencontré des côtes et j'ai accéléré un peu pour me tester. Cela a duré 1h30 puis je suis redevenu "sage" pour finir dans de bonnes conditions.

    Demain, l'étape est courte 55,9km (Torino Di Sangro - Silvi Marina) et après-demain elle sera encore plus courte (49,8km de Silvi Marina à San Benedetto del Tronto). On pourra refaire le plein de santé avant les 5 jours suivants où les étapes s'échelonneront entre 69,6 et 84,8km.

    La météo a été bonne, le vent nous rafraîchissant mais nous ralentissant car de ¾ de face.

    Encore une longue randonnée sur la SS16, avec un petit passage plus sympathique, mais toutefois vallonné, sur une plus petite départementale et la traversée d'une petite ville (Vasto) d'où nous avons eu le droit à un joli panorama sur la partie de l'Italie que nous avons quittée depuis trois jours.

    On va se rapprocher de la région où a eu lieu le tremblement de terre (les Abruzzes) : on y arrive demain je crois.

      Pour ce qui concerne ma préparation, il faut préciser qu'il n'y en a pas une spéciale comme on peu en trouver pour le marathon ou d'autres courses plus courtes. Il y a autant de façons de s'entraîner qu'il y a de coureurs.

    La mienne a consisté en une succession d'entraînements (quotidiennement) en conservant la variété qu'on rencontre sur les préparations au marathon ou aux 100km ou 24 heures : travail de la vitesse, de l'endurance, et des sorties longues avec des changements de rythme. 10 à 12 heures par semaine, pour un kilométrage d'environ 100 à 140km par semaine.

    J'ai fait une course de 24 heures un mois avant la TransEurope pour me réhabituer aux efforts de longue haleine où il faut savoir puiser dans ses ressources mentales pour continuer à avancer.

    Je cours souvent et longtemps : plus de 6000km pour 2008 et plus de 300 séances (courses incluses).

     

    Dernières compétitions de la plus récente à la plus ancienne :

    24 heures de Rennes (21/22 mars 2009) : 177km

    Semi marathon d'Orvault (8 mars 2009)

    10km de Varades (1er mars 2009)

    Marathon de La Rochelle (fin novembre 2008)

    24 heures d'Aulnat (début novembre 2008) : 190,7km

    Marathon de Vannes (octobre 2008)

    Transe Gaule 2008 (août 2008) 1146km en 18 étapes.

      Voilà pour l'instant.

    Ce soir, nous sommes encore hébergés dans un camping et dans des bungalows, ça permet de rester au sec et au chaud car le vent souffle fort et il y a un risque de pluie pour la nuit.

      À bientôt : Fabrice Viaud. »

     

    Jeudi 23 avril, 5ème étape, Torino di Sangro – Silvi Marina : 55,9km.

     

    Après quatre étapes un peu pénibles à cause du trafic important sur la SS16, et parce que le paysage n'était pas très varié, nous avons été ravis aujourd’hui d'avoir droit enfin à une belle étape.

    Déjà, la veille, on avait senti un léger changement avec le retour sur le bord de mer, et donc mis à part les 20 premiers km sur la SS16 avec tout son trafic, le reste s’est couru sur une route littorale malgré une parenthèse urbaine quand il a fallu traverser Ortona et son dénivelé important.

    Les vingt derniers kilomètres ont été courus sur une route qui longeait la mer, un remblai, avec d'un côté les commerces surtout de restauration, et de l'autre le front de mer avec ses palmiers, ses pistes cyclables, ses plages avec leurs parasols alignés... C'était une station balnéaire. La saison allait bientôt commencer, tout le monde s'affairait à nettoyer les plages, à remettre en état les bars-restaurants... Il y avait quand même déjà beaucoup de monde à se promener d'autant plus que le soleil était de la partie. J'ai beaucoup profité de l'ombre des palmiers pour courir au frais. J'ai vu beaucoup d'orangers et de citronniers, c’était la saison.

     

    Cela a été, au niveau de la course, j'ai fini dans les temps escomptés, mais je ne focalisais pas sur le classement sinon un peu le soir au dîner pour me tenir au courant de la course des autres concurrents. J’en connaissais beaucoup avec ou contre qui j’avais déjà couru et c’était intéressant de comparer leur gestion de la TransEurope avec la mienne. Globalement, il n’y avait pas beaucoup de surprises, au bout de la cinquième étape les moyennes individuelles devenaient plus « régulières » sauf en cas de blessure bien évidemment.

    Ce soir-là, le dîner fut servi à 17h30, soit trente minutes avant l'heure habituelle, mais cela équivalait à un 19h30 en France de l'Ouest d'où je suis originaire.

     

    Nous étions installés dans un camping, et j'ai dû monter ma tente de camping car la salle était trop petite et déjà complète quand je suis arrivé : il me faudrait gagner des étapes si je voulais avoir de la place, quoique les copains des derniers ne se gênaient pas pour leur réserver leur emplacement. Une sorte de chacun pour soi par groupe de copains.

    Les bungalows étaient tous occupés par les sinistrés du tremblement de terre ce qui explique la petitesse de l’hébergement en dur.

     

    Vendredi 24 avril, 6ème étape, Silvi Marina (Province des Abruzzes) – San Benedetto Del Tronto (Province des Marches) : 49,8km.

     

    La nuit sous la tente s'est bien passée, le réveil ne fut pas trop difficile et le rangement des affaires ainsi que le pliage de la tente assez faciles. Il faut dire que j'avais pris mes dispositions pour préparer tout mon barda la veille au soir. Donc, au petit matin, pas de précipitation contrairement à la veille où j'avais été un peu "à la bourre". De plus, pendant la nuit il n’avait pas plu et le vent s’était chargé de faire sécher mon linge.

    Un temps gris et frais nous attendait toutefois. Le début d'étape nous fit reprendre la fameuse SS16, mais en version plus calme que les précédentes portions empruntées. Il y a eu un peu plus de circulation à l'heure de l'embauche, mais à mi-parcours (km 25) on a rejoint la route du bord de mer avec ses immeubles, ses habitations, ses commerces. Nous avons couru sur la piste cyclable ou sur la chaussée réservée aux piétons quand il y en avait une. C'était comme une grande station balnéaire ininterrompue qui nous servait de paysage, avec la mer et ses plages plus ou moins nettoyées, prêtes pour certaines à accueillir les touristes dès le week-end, celui de l'ouverture de la saison, la basse saison italienne. Seuls les cinq derniers kilomètres nous ont replongés dans un monde urbain avec sa circulation plus importante, sa traversée de zones industrielles, ses centres commerciaux, ses rocades, ses ponts… Que de changements de directions ! De quoi se perdre pour celui qui aurait été distrait.

     

    Mon étape s'est bien passée, pas de courbatures au départ, signe que les jours précédents avaient été prudents. Quelques petites douleurs au fil de la course, normales dirais-je, nous avions fait 366,4km en six jours, mais rien d'alarmant.

    Le matin, un coureur n'est pas reparti, touché par le shin-split, inflammation des releveurs, que je connais bien pour l'avoir subie aux deux jambes lors de ma première Transe Gaule en 2005. Plusieurs autres coureurs, dont certains avaient pris un départ rapide lors des premières étapes, étaient atteintes par le même mal, d'autres souffraient de tendinites, mais leur mental leur permettait de continuer et de patienter jusqu'à ce que ces douleurs ne fussent plus que des mauvais souvenirs.

    J’étais calé à la 27ème place au général, ce qui ne devait pas beaucoup changer si tout restait en l'état, mais... il pouvait s'en passer des choses, et le classement importait peu quand on voyait ce qu'on avait fait en rapport avec ce qu'il restait à faire.

     

    Cinq étapes à longs kilométrage nous attendaient, on allait faire en cinq jours ce qu'on avait parcouru en six. J’avais prévu de refaire un petit bilan à ce moment-là. En tout cas, j’étais satisfait de mes six premiers jours de course.

    L'ambiance était bonne dans "la caravane". Certes, il y avait un peu de "chacun pour soi" car au niveau du choix des emplacements pour le couchage, de l'utilisation des sanitaires, des repas ... si on se laissait faire, on passait en dernier et on ramassait les miettes, mais un grand respect existait néanmoins entre tous les membres de cette fabuleuse équipe de la TransEurope.

     

    Entre Français, on se regroupait, comme le faisaient les Japonais et les Allemands. Au camping, cela avait des airs de village Gaulois. J'avais pris des photos destinées à être mises en ligne afin de montrer les différents paysages et constructions pittoresques du sud de l’Italie et pour illustrer les mails que j’envoyais à Pascale et Emmanuel qui les réacheminaient vers ma liste de diffusion.

    Le moral était bon, le physique suivait, et je me répétais souvent : « Pourvu que ça dure ! ». De plus, on avait du soleil et à cette heure où on avait un peu de temps pour se reposer, il était à peine 16h, ça réchauffait les cœurs.

     

    Samedi 25 avril, 7ème étape, San Benedetto del Tronto – Porto Recanati : 71km.

     

    Sans conteste, ce fut l'étape la plus difficile depuis le début. On était déjà en piste depuis une semaine et nous avions couru l'équivalent de plus de dix marathons.

    Le matin, en quittant San Benedetto le ciel était clair, la température fraîche, mais on savait que ça allait "chauffer". Nous eûmes droit à un lever de soleil sur l'Adriatique ; c’était étonnant pour moi car étant de l'Ouest de la France, j’étais plus habitué à voir le soleil « tomber » dans l'eau que d'en « ressortir ».

    Seize kilomètres de bord de mer sur les promenades quasi désertiques si tôt en ce jour de fête pour l'Italie : le 65ème anniversaire de la Libération du pays. C'était un paysage de petit matin comme j'en avais connus du côté de la Baule, du Pouliguen et de la Grande Côte Sauvage du Croisic, à l'heure de mon footing matinal, mais ce samedi, ce footing allait être long de 71km.

    Une étape sans un morceau de SS16, ce n'était pas une véritable étape. Les quinze kilomètres suivants nous la firent emprunter. Pas trop de circulation, un paysage assez agréable fait de collines d'un côté et de la voie ferrée de l'autre ; parfois on avait le droit de voir la mer. Après un arrêt technique de plusieurs minutes dont je ressortais soulagé, ma course pouvait commencer véritablement. C'est peut-être là que j'ai grillé quelques cartouches qui me feront défaut lors des vingt derniers kilomètres.

    Retour sur le bord de mer... Plein de monde à se promener, des joggeurs, des cyclistes, des personnes se rendant sur les marchés... Difficile de se frayer un chemin.

    J'ai l'habitude, en France de dire bonjour aux personnes que je croise, et là, en Italie, j'avais pris l'habitude de murmurer un "Buon giorno" aux gens qui me répondaient souvent en me demandant de quelle course il s'agissait. Là, c'était plus difficile à expliquer, car mon Italien était très limité, mais j'avais appris à répéter "quattro mille cinque cento km" pour donner la distance qu'on avait à parcourir. Sinon, je leur montrais le road book pour qu'ils comprennent ce qu'on devait faire dans la journée.

    La fin de l'étape fut difficile, c’était déjà devenu une constante. Même pour les étapes passées j’avais connu des fins peu agréables, parfois douloureuses et je me doutais que j’allais rencontrer les mêmes sensations pour celles à venir, mais je préférais gérer mes étapes en "taillant la route" pendant que le temps n'était pas trop chaud quitte à ralentir sur la fin plutôt que de faire le contraire : de toute façon, en démarrant à 8km/h, je n’étais pas certain d'être en mesure d'accélérer à la fin.

    J'ai terminé cette étape avec Markus, un coureur Suisse, qui m'a tenu compagnie la dernière heure. On avait discuté dans une langue mélangeant l’allemand et l’anglais avant de s’apercevoir qu’on pouvait aussi discuter en français.

    Depuis le début de cette TransEurope, malgré ma relative expérience, j’avais appris beaucoup de choses surtout concernant les différentes façons de s’organiser matériellement. A observer les Japonais, j’avais trouvé leur système d’étendage du linge dans le gymnase très intéressant, composé de deux arceaux télescopiques, tels ceux que l’on trouve dans les tentes de camping, qui me rappelaient les croisées d’ogives des voûtes des cathédrales. Markus, le Suisse, avait un petit trépied télescopique ingénieux qui une fois déplié lui donnait une bonne surface d’étendage, ce qui lui évitait d’aller à la « chasse aux lieux de séchage du linge » qui souvent étaient les filets des buts de hand-ball, les filets des paniers de basket, les espaliers des salles de sport ou, si l’on avait de la chance et qu’il restait une petite place, les grillages des enceintes sportives, avec le risque de retrouver son linge trempé après une grosse averse.

    Le soir, au camping de Porto Recanati nous avons couché sous un grand hall, mi-barnum, mi-espace « resto-en-cas-de-pluie ». On avait la possibilité de monter notre toile de tente sur un emplacement du camping, mais pour ne pas perdre de temps lors du réveil à plier leur tente, beaucoup ont préféré la solution de facilité sous le barnum. Il y avait des machines à laver et j’en profitai pour laver mon pantalon de survêtement ainsi que quelques autres affaires difficiles à laver à la main. Le séchage se fit sur un fil accroché au grillage de la piscine qui n’était pas encore ouverte. Le repas fut servi dans un restaurant situé à plusieurs centaines de mètres du terrain de camping et je n’ai pas traîné après avoir mangé afin d’aller me reposer le plus rapidement possible en vue de l’étape longue du lendemain.

     

    Dimanche 26 avril, 8ème étape, Porto Recanati – Fano : 73,8km.

     

    Le réveil fut frisquet car le grand hall-barnum n'était pas fermé.

    La préparation et le rangement des affaires puis le petit-déjeuner ont été bien assurés et, comme toujours, il n’y eut pas de temps d'attente : ce fut déjà le départ ! Nous eûmes droit à un magnifique lever de soleil sur la mer, surtout quand on prit cette petite rue menant sur le front de mer face à l'Adriatique.

    La première partie de l'étape, avec quatre kilomètres de plat puis de la montagne, me rappela la Transe Gaule et ses étapes du Massif Central. Je trouvai rapidement mon rythme en côte et décidai de me faire plaisir.

    Cette partie était magnifique, le haut des monts était couvert par les nuages, mais lors de la descente sur Ancône tout s'éclaircit.

    Ancône est une grande agglomération et il fallut plus d'une heure pour la traverser. Elle est très vallonnée, mais une fois sur le port, nous eûmes droit à de longs boulevards plats et interminables.

    Nous avons aussi emprunté le front de mer où de nombreux Italiens occupaient peu à peu les restaurants de cette ville aux ramifications rappelant qu’on était dans une station balnéaire, dans une région très touristique pour les Italiens qui veulent connaître les joies de la mer. Comme le temps s'était peu à peu couvert, le vent s'était renforcé, les Italiens avaient préféré s'enfermer dans les nombreux restaurants plutôt que de se mettre en terrasse. Il y avait moins de monde que la veille.

     

    J'ai pratiquement toujours couru tout seul, mis à part quand les premiers m’ont dépassé. Rainer et René semblaient très rapides, ils devaient courir à près de 13km/h, ils avaient fait le trou avec leurs poursuivants qui m’ont dépassé presque une heure après.

    L'étape allait toucher à sa fin quand je me suis perdu. J'avais suivi aveuglément le road-book, chose que je décidai de ne plus refaire à l’avenir : j'avais respecté l'indication en anglais disant de tourner à gauche dès le panneau d'entrée dans la ville. Mais, il y avait une erreur sur le road-book, ce devait être "tourner à droite". Malin ! Avec un autre coureur que j'ai attendu, Hans Jürgen Schlotter dit Schlotti, nous avons été « repêchés » par Angela et René Strosny qui étaient dans un café et qui nous avaient vus passer.

    Nous fîmes demi tour et courûmes les cinq cents mètres à faire pour retrouver la ruelle qui ne portait même pas le nom indiqué sur le road-book : un peu en colère le Fab surtout quand en plus il s’était mis à pleuvoir et que le camping ne proposait plus que des places dans le couloir d'une auberge de jeunesse ou sous un préau aussi peu abrité qu'on risquait d'y attraper du mal.

    Enfin, c'était le folklore TransEuropéen.

    Sinon, tout allait bien physiquement, contrairement à certains du « club France » qui avaient souffert pour rallier l'arrivée.

     

    Lundi 27 avril, 9ème étape, Fano – Bellaria : 73,0km.

     

    Après une bonne nuit au chaud dans le couloir, sur un matelas épais, j'étais encore une fois fin prêt juste à l'heure : finies les jongleries avec les bidons et les sachets de sucre.

    Le départ donné, nous avons d’abord rejoint la SS16, puis rapidement on nous fit prendre une déviation sur une piste cyclable coincée entre la plage et ses cabanons et la voie ferrée, mais loin de la route et de sa circulation matinale à l'heure de l'embauche.

    Le temps était couvert, mais sec et doux, et le paysage agréable à regarder. Je pensais que l'été ça devait être infernal de venir ici passer des journées à la plage.

    Par la suite, une fois dans les reliefs, nous avons eu droit à une variété de beaux paysages, tantôt de campagne, parfois vallonnée et boisée, tantôt de littoral sur une corniche surplombant la mer et nous laissant admirer un somptueux panorama sur l'Adriatique. De temps à autres survenait un village que l'on traversait en dégustant la beauté de certains de ses édifices : château, chapelle, église, monument...

    La descente sur la ville de Rimini nous amena dans un autre monde : luxueuses villas, résidences de haut standing, hôtels avec piscines... La proximité de la République de San Marin explique peut-être une partie de cette richesse. Le front de mer était tout aussi luxueux avec ses dizaines ou centaines d'hôtels à étoiles, de trois à cinq, auxquels je n'avais rien à envier avec les quatre miennes chèrement conquises lors de mes Transe Gaule. Les plages de Rimini aussi sont privées, chaque hôtel devant posséder la sienne et, à cette époque, c'est le moment où elles sont nettoyées et aménagées.

    Ce fut comme ça jusqu'à Bellaria.

    La partie de course sur le front de mer fut un peu perturbée par le renforcement du vent de trois-quarts arrière, projetant souvent violemment le sable et me faisant parfois courir de travers : j'ai vite été "sablé".

    La fin de course fut difficile, mais une belle salle, enfin, nous attendait.

     

    Mardi 28 avril, 10ème étape, Bellaria – Lugo : 69,6km.

     

    Je n'ai eu pas beaucoup de temps ce mardi soir pour rédiger un long CR, j'ai réinitialisé la clé 3G+, puis j'ai tapé les CR en stand by des trois étapes précédentes.

    Tout va bien pour moi, je démarre les étapes comme si c'était la première, pas de courbatures, pas de douleurs, j'ai de la chance.

    Pour les copains, c'est un peu différent : Jean-Hervé a abandonné, plus envie dans la tête de passer plus de dix heures sur la route.

    Les autres se remettent peu à peu de leurs petits bobos. Christophe semble encore souffrir, mais il ne le montre pas. Roger va mieux, Alain est OK, JB va à son rythme et Stéphane commence à ressentir un petit "truc" aux releveurs, alors aujourd'hui il a un peu levé le pied. Gérard arrive frais et comme il ne se plaint jamais, j'en déduis qu'il est comme moi, sans blessure et sans bobos.

    Cette étape a été marquée par deux faits : le premier concerne la bifurcation de la TransEurope vers l’Ouest ; nous avons quitté les bords de l’Adriatique : finies les vacances ! Finie aussi la « maudite » SS16 et son important trafic. Le second événement fut plus tragique car mettant en scène un semi remorque et trois voitures. Bilan : un mort, plusieurs blessés. Nous avons été légèrement déviés, à travers un champ suite à ce carambolage meurtrier. Le réseau routier italien en Emilie-Romagne ne prévoit pas ou peu d'espaces pour les cyclistes et piétons. Cela change de tous ces kilomètres courus sur le littoral, souvent sur des trottoirs ou des pistes cyclables depuis quelques étapes. Et on en venait presque à regretter cette SS16 où les bas côtés nous proposaient un refuge quand une série de poids lourds nous croisaient. A l’horizon, j’ai aperçu une chaîne de montagne que je n’ai pas réussie sur le moment à identifier, me demandant quand même si ce n’étaient pas déjà les Alpes. En réalité, les sommets en bout de paysage étaient ceux des Apennins.

    Demain, une autre étape nous attend où j’aurai l’occasion d’admirer à nouveau cette plaine et de scruter l’horizon : 84,8km que j'ai prévu de boucler en plus de dix heures. On verra bien mais je vais partir prudemment, si, si, promis, juré.

     

    Mercredi 29 avril, 11ème étape, Lugo – Alberone : 84,8km.

     

    Très longue étape que celle reliant Lugo à Alberone. Nous avions quitté hier le bord de la mer Adriatique pour entrer dans la plaine du Pô et commencer à la traverser.

    L'infléchissement de la course vers l'ouest s'est accompagné d'un changement de paysage : cette partie de l’Italie, l’Emilie-Romagne, entre Ravenne et Bologne n'est plus une zone touristique, mais une grande région agricole, très humide, avec de grandes cultures fruitières, céréalières et des rizières.

    Cette étape en plus d'être interminable s'est aussi avérée être tout aussi périlleuse que celle de la veille. Combien de fois a-t-on failli être heurtés par des véhicules refusant de faire un écart et arrivant trop souvent à vive allure, et quand on conduit si vite avec son portable à la main, on se fiche éperdument des piétons. Que fait la police ?

    Ajoutons à cette longue journée de galère des orages à partir de la mi-journée rendant la course de plus en plus difficile et périlleuse.

    Heureusement aucun pépin n'est à déplorer, tous les coureurs au départ de Lugo sont arrivés à Alberone avec 84,8km de plus au compteur et pour certains après plus de 14h de course (ou de marche pour les plus handicapés). Il y eut la veille et l'avant veille des abandons, dont notamment celui de Jean Hervé qui n'avait plus l'envie de combattre, alors que son état physique s'était bien amélioré. Il a préféré ne pas rester un jour de plus sur la course suite à son arrêt, je le comprends, et avec sa petite famille ils vont certainement aller plus au nord. Ainsi, peut-être reprendra-t-il la course une fois guéri. Dommage quand même que le clan Français soit amputé d'un de ses membres.

    En ce qui me concerne, j'ai eu de la chance, mon état de fraîcheur m'a permis d'effectuer un départ rapide si bien qu'au bout de quelques km je me suis retrouvé en tête du peloton des "6h", sachant que les dix ou douze meilleurs de la veille prennent le départ à sept heures au lieu de six heures. Je suis resté environ quatre heures en tête de « mon groupe », courant entre 9,5 et 10km/h. Folie ? Non, juste un petit test sur la première moitié, qui équivalait à un marathon, que j'ai passé en 4h30 environ. Cela a dû en énerver certains et à partir du quatrième ravitaillement, celui du 42ème km, j'ai commencé à ralentir et donc à me faire doubler. Je finis en "roue libre" non sans difficultés, mais pas moins vite que les fins des étapes précédentes. J'ai été un peu poussé par deux événements : le premier est qu'à la suite d'un long arrêt de cinq minutes environ à l'abri de la pluie violente et froide qui s'abattait, je me suis fait distancer par un groupe de coureurs qui m'aurait évité de me tromper de route car je les aurais eus à vue. Mais là, point de coureur en repère et ce qui devait arriver arriva : je me suis trompé de route dans une petite ville, Cento, et quand j'en eus atteint la limite territoriale, je me doutais bien qu'il se passait quelque chose de bizarre. Il n'y avait plus de flèches, mon road-book n'indiquait pas ce que je voyais. Donc je fis demi tour et après avoir demandé à des passants, qui ont du me prendre pour un fou, s'ils n'avaient pas vu d'autres coureurs (imaginez, moi qui ne parle pas l'Italien en train de leur baragouiner un dialecte latino britannique !), je retrouvais enfin l'endroit où je m'étais trompé. En colère après moi-même et la pluie et le flécheur et ... (de toute façon, c'est toujours de la faute des autres quand on perd de sa lucidité) je me mis à accélérer pour compenser ma perte de temps. J'en rattrapai Stéphane qui m'avait aperçu me tromper, mais qui était trop loin pour que je l'entende m'appeler et qui n'allait pas me suivre non plus, lui qui avait déjà assez souffert de ses releveurs.

    Au final, je n'ai sans doute pas perdu de temps car avec Stéphane nous finîmes l'étape ensemble à son rythme qui était un peu supérieur à celui que j'aurais adopté si je ne l'avais pas rattrapé.

     

    Jeudi 30 avril, 12ème étape, Alberone – Ostiglia : 50km.

     

    Au réveil, je fus surpris de ne pas ressentir de séquelles de ma chevauchée de la veille. Le temps était couvert, légèrement pluvieux, alors la tenue "coupe-vent fluo" était de rigueur et comme le vent me faisait mal aux oreilles je me couvris de mon buff et de ma casquette positionnée par-dessus. Un look d'enfer, quoi.

    L'étape nous menait d'Alberone à Ostiglia et ne faisait que cinquante kilomètres.

    Nous avons couru près de trente kilomètres en plaine, sur des routes peu fréquentées et quand nous avons franchi le Pô sur un long pont métallique, nous avons rejoint une route sur une levée longeant le fleuve jusqu'à Ostiglia.

    Le Pô était couleur de boue; j'appris qu'il y avait eu des inondations, en amont, à Turin, et le spectacle de ce fleuve sorti de son lit me fit regretter de ne pas avoir pris mon appareil photos.

    Sur la digue, on apercevait les Alpes et leurs sommets enneigés, sans doute ceux de la région de Cortina. Je vis aussi mon premier troupeau depuis Bari : des moutons broutant les berges du Pô et de sa levée, qui iront passer l'été bientôt dans les alpages.

    L'arrivée dans la ville nous fit passer sur une route à côté d'une centrale thermique, au fioul je supposais.

    Je finis comme la veille, avec Stéphane qui depuis deux jours est obligé de ralentir de crainte d'aggraver ses bobos aux releveurs.

    Mon arrivée à 11h40 m'a donné la possibilité de faire du rangement et de finir de faire sécher mon linge. J’en ai profité pour me reposer et faire le point avec mon matériel, avec mes CR ainsi qu’avec mes pointages chronométriques. Il était 17h30, bientôt l'heure de dîner, quand un gros orage arriva, le ciel s’assombrit, et des grondements se firent entendre.

    J’espérais que le lendemain on n'ait rien de cela. L'arrivée était prévue tout près du Lac de Garde, à Pescantina. On allait piquer plein Nord, vers les Alpes.

    Ça allait devenir plus intéressant et certainement très dépaysant.

     

    Vendredi 1er mai, 13ème étape, Ostiglia – Pescantina : 67,9km.

     

    Suite à notre courte journée de course d'hier, de cinquante kilomètres, considérée par beaucoup comme un jour de récupération, on attaquait aujourd'hui une petite série d'étapes nous menant vers les Alpes.

    Ah ! Les Alpes, si proches quand on aperçoit leurs sommets enneigés et si lointaines encore parce que la route qui y mène n'est pas droite. Que de détours, et que je tourne à gauche puis à droite, puis encore à gauche... et que je file vers l'ouest, puis vers le nord et vers l'est puis à nouveau vers le nord. Un vrai labyrinthe cette étape !

    Les Alpes se laissaient désirer et l'étape dans son ensemble fut plate. Comme à mon habitude, je suis parti prudemment, laissant la tête de course devant - l'autre jour j'avais envie de m'amuser, mais je ne voulais plus prendre de risques - et je me suis calé sur une allure tranquille d'environ 9 à 9,5km/h. J'avais calculé que pour mettre huit heures sur ces 68km, il fallait que je coure à la moyenne de 8,5km/h, j'avais donc de la marge, destinée aux arrêts ravitaillements et autres (graviers dans les chaussures, pauses toilettes, prise de photos...).

    Cette partie de l'Italie quitte tranquillement la plaine du Pô mais on continue de voir des champs cultivés et des zones fruitières sans oublier les nombreuses rizières et de la jeune vigne, sans doute en attente d'être replantée une fois arrivée à maturation. Quelques élevages sont peu à peu apparus se faisant plus nombreux plus on avançait vers le nord.

    Des canaux d'irrigation nous ont aussi accompagnés tout le long de l'étape, apportant une sensation de fraîcheur qui se faisait plus pressante au fil des heures en raison du beau temps qui régnait sur cette partie de l'Italie.

    Au loin, toujours les Alpes, mais avec l'impression de les voir grandir au fil des heures et des kilomètres.

    La fin d'étape fut un peu moins intéressante car nous faisant transiter par une route à grande circulation. Heureusement en ce jour de 1er mai, jour de fête chez les Italiens aussi, le trafic était peu important.

    L'arrivée à Pescantina, en passant par Bussolengo, fut agréable malgré l'accumulation des kilomètres : des ponts sur des rivières, un pont-canal, des bâtiments de toute beauté...

    J'ai eu un petit coup de mou à quinze kilomètres de l'arrivée, un coup de chaud ou de fatigue ou de je ne sais pas trop quoi, et je fus contraint de stopper deux fois cinq minutes pour m'asseoir et récupérer à l'ombre d'un lampadaire ou d'un arbre.

    Quand je suis reparti, je rattrapai Elke et Marcel son copain avec qui je terminais l'étape, tout en prenant des photos.

    Je tenais à faire moins de 8h : je mis 7h59'52 et mon objectif était atteint sans même avoir à sprinter à la fin.

    J’ai profité du temps que j’avais de libre pour poursuivre ma récupération. Il était 17h30 quand j’émergeais, le dîner avait lieu à l'heure des poules, à 18h, mais comme on doit se réveiller à 4h du matin, cela équivalait à un dîner à 20h.

    Lors de l’étape du jour, il y eut un nouvel abandon, celui de Kaz, un coureur japonais très sympathique et fan de foot européen : il portait souvent le maillot du Barça avec son nom flocké dessus. A noter quand même qu'il a à son palmarès une 4ème place à la TransAmerica 2004.

    Il reprendrait certainement la course plus tard quand il en aurait fini avec ses bobos. C'est ce que je lui souhaitais.

     

    Samedi 2 mai, 14ème étape, Pescantina – Nomi : 69,4km.

     

    Avec cette quatorzième journée de course nous sommes entrés dans les Alpes, certes pas d'une manière très violente car le dénivelé total n'a pas été important, de l'ordre de 250 à 300m sur l'ensemble de l'étape, les seuls raidillons ayant été les franchissements des ponts autoroutiers ou les passages au-dessus du canal ou de la rivière Adige, mais on a néanmoins commencé doucement notre ascension.

    Le paysage a été à la hauteur de ce qu'on attendait tous depuis Bari et qu'on apercevait déjà depuis quelques jours : la vallée de l'Adige, avec la rivière et son canal parallèle, l'autoroute, une ligne de chemin de fer, des routes secondaires, une piste cyclable et de nombreux villages devenant de plus en plus typiques de la région du Tyrol Italien. Et sans parler des montagnes nous encadrant, aux sommets desquelles la neige persistait.

    Notre étape a commencé sur une route départementale peu fréquentée en ce week-end du 1er mai et si tôt à l'aube. Le chant des oiseaux, le bruit de la rivière, le paysage avec un lever de soleil sur les sommets puis dans la vallée, toutes les conditions étaient réunies pour passer une bonne journée.

    C'était sans compter sur le vent descendant de la vallée que nous avons trouvé au bout d'une heure de course. A partir de ce moment, ce fut une autre histoire car il était assez soutenu et on a dû lutter tout le reste de l'étape contre ce vent tiède. Le soleil fut aussi de la partie, et heureusement, après trente-cinq kilomètres nous avons pris une piste cyclable que nous n'allions plus quitter jusqu'au dernier pont sur l'Adige qui nous menait à l'arrivée. Sur cette piste cyclable, toujours avec le vent contraire, nous avons pu profiter de nombreuses parties ombragées. La fin d'étape fut difficile car le travail de sape d'Eole avait bien usé les organismes.

    J'ai mis 8h05'20, je terminais à la 22ème place, j'avais donc couru à la même moyenne qu'hier. Je restais 26ème au classement général. Je terminais en compagnie de Christian Fatton, coureur international Suisse en proie à des blessures aux releveurs.

    Deux petites ampoules chacune au bout de chaque gros orteil sont venues ternir ma journée. Je les ai soignées avec l'aide de Ian, un infirmier-pompier volontaire Allemand, afin de repartir le lendemain sans boiter. Il fallait qu'elles sèchent pendant la nuit.

    Pour le reste, tout allait bien, avec toujours cette même impression le matin de n'avoir pas couru la veille, mais les kilomètres s'accumulaient et je ressentais quand même une grande fatigue générale surtout lors des deux heures qui suivaient l'arrivée. Je me suis couché après la douche, la lessive, les soins et une petite collation, il faisait entre 25 et 30°, mais j'avais froid. Deux heures de repos plus tard, c'était passé. Comme j'avais couru avec l'appareil photo que j'ai souvent utilisé, je souhaitais mettre en ligne les photos un peu plus tard, car il fallait préparer la journée suivante où l'on avait une longue chevauchée de 77km environ à faire et je devinais que je risquais sans doute d’être encore plus fatigué que cet après-midi.

     

    Dimanche 3 mai, 15ème étape, Nomi – San Michele (Eppan ou Apiano) : 76,9km.

     

    Comme prévu, ce fut une longue étape, avec plus de 60 km sur une piste cyclable assez peu fréquentée jusqu'à neuf heures et qui est devenue une « autoroute » après cette heure où les Italiens ont commencé à aller se promener, faire leur jogging ou un peu de vélo. Comme cette piste cyclable possédait un grand nombre d'aires aménagées pour pique-niquer, nous avons vu progressivement les gens s'installer, déjeuner puis se reposer et enfin retourner se promener.

    Le paysage était encore très beau à contempler, même si j'ai tendance à regarder le bout de mes chaussures quand la fatigue vient contrarier ma lucidité.

    J'ai couru assez tranquillement jusqu'au marathon, sachant qu'il restait encore trente-cinq kilomètres à effectuer une fois le marathon atteint. Par la suite, comme d'habitude, j'ai alterné de longues périodes de course avec de courtes périodes de marche pour me détendre. Les ravitaillements, disposés tous les huit à dix kilomètres permettaient d'emporter à boire en quantité nécessaire dans mon bidon de 60cl et ma bouteille d'eau de 50cl. A celle-ci, je n'y toucherai que très rarement dans les premières heures, puis au moment où la température s'est élevée, et me servit à m'arroser la tête pour me rafraîchir. Le vent a peu soufflé et globalement, même s'il était défavorable, il n'a pas été aussi usant que le jour précédent.

    La sortie de la piste cyclable pour rejoindre le réseau routier fut épique, et pas uniquement pour moi. Le flècheur, chargé tôt le matin de disposer les petits stickers rouge fluo qui nous servent de repères pour nous orienter en plus du road-book, n'avait pas anticipé la présence possible de gros véhicules type camping-cars devant les marques directionnelles si bien que je me suis trompé de chemin. Pas longtemps, juste histoire de maudire le fléchage, mais j'ai bien perdu cinq minutes dans l'histoire, et j'ai dû demander à des cyclistes s'ils n'avaient pas croisé des coureurs avec des dossards. Leur réponse négative me fit faire demi-tour et j'aperçus alors Takako, coureuse Japonaise avec qui j’étais souvent en début d'étape et qui me doublait la plupart du temps en fin d'étape. Elle me fit signe de revenir et de tourner à gauche, là où j'avais pris à droite. Mille mercis à toi Takako. Nous fîmes route ensemble par la suite. Je n'ai pas souhaité la distancer. Pourtant je courais plus vite qu'elle, mais elle m’aurait rattrapé ensuite car elle s'arrêtait marcher moins souvent que moi et prenait moins de temps aux ravitaillements d'où sa moyenne finale supérieure. Nous aurions fait l’accordéon comme ça jusqu’à l’arrivée.

    Nous avons « passé l'Emile » après le dernier ravitaillement. L'Emile ? Les mille kilomètres depuis Bari, alors au dernier ravitaillement nous avons eu le droit à une petite coupe de vin mousseux pour marquer le coup et franchir cette marque dans la bonne humeur. Le reste de l'étape fut pénible en raison de dénivelés assez prononcés et d'une circulation plus importante : les Italiens s'en allaient passer le dimanche après-midi au bord d'un lac que nous avions aperçu du haut d'une des premières hauteurs.

    Le paysage ressemblait beaucoup à celui des Vosges, côté Alsacien, avec les vignes et les routes ou chemins serpentant dans le vignoble. Les villages sont toutefois un peu différents car on est arrivé dans le sud du Tyrol.

    La fin mit du temps à arriver, mais quel soulagement de franchir main dans la main avec Takako cette quinzième ligne d'arrivée !

    Hier, c'était avec Christian Fatton, aujourd'hui avec une japonaise très sympathique qui se moque de ma foulée et de mon allure, elle qui "trotte menu" toujours bien droite.

    Je n’ai pas encore vraiment eu le temps d’effectuer une bonne récupération, j’ai eu beaucoup d’occasions de me disperser. D'abord j'ai mangé, des œufs avec une saucisse et deux yaourts, arrosés de bière et de Fanta, le tout payé par moi-même car non fournis par l'organisation. Je suis allé ensuite faire soigner mes deux ampoules qui n’avaient pas encore guéri. Je suis allé passer une IRM, comme tous les quatre ou cinq jours, j’ai eu ma prise de sang du millième kilomètre, je me suis fait peser, prendre la masse grasse un peu partout (jambes, bras, dos, ventre...) et le temps d'écrire mon CR et de faire le bilan chronométrique de la journée, ce fut rapidement l'heure de dîner.

    Les copains semblaient se porter assez bien : Gérard, Roger et Alain ont terminé éprouvés comme tout le monde, mais contents de leur étape ; Roger a un peu souffert car Alain avec qui il fait route quotidiennement n'a pas arrêté de ronchonner ; il a un début de tendinite derrière le genou et ça ne doit pas être agréable d'où ses ronchonnements ; Gérard est heureux, il avait ses bières aux ravitaillements ; Christophe vient d'arriver après près de 14h sur la route. Il y a encore une heure courait un bruit comme quoi il se serait égaré. On a espéré que non, lui qui flirte tous les soirs avec le cut-off ; Jean-Benoît a franchi aussi la Mil'Kil Italienne et semble bien revenir en forme pour effectuer les 20 étapes qu'il s'était fixées ; pour Stéphane, ça revient bien, il retrouve un tempo plus en rapport avec son niveau.

    Au moins deux abandons se produisirent aujourd'hui, celui d'un japonais et celui de Sigrid Eichner.

    Moi ça va, je ne me plains pas, j'ai des bobos, mais il y a pire.

    Il reste aussi 49 étapes, alors ... prudence et attention aux ampoules ! Qu'elles sèchent vite !

     

    Lundi 4 mai, 16ème étape : San Michele – Schlanders (Silandro) : 64,8km.

     

    Total kilométrique cumulé au départ : 1002,8km, à l'arrivée : 1067,6km. 16/64=1/4, pour les matheux, mais si l'on considère uniquement le kilométrage, on est loin du quart de ce qu'on a à parcourir pendant la TransEurope.

    Aujourd'hui nous avons quitté le village de San Michele dans le Tyrol Italien sous un temps frais mais découvert. Nous avons été bien accueillis, la municipalité de cette commune de 2400 habitants ayant mis à notre disposition un complexe sportif à en faire pâlir de jalousie certaines communes beaucoup plus peuplées.

    La route vers les Alpes nous a fait cheminer sur une route départementale (si l'on peut comparer avec la France), peu fréquentée, et au bout de quelques hectomètres nous avons descendu ce que nous avions monté la veille. Quatre kilomètres de descente en guise de petit déjeuner, il y aurait pu y avoir pire. La suite fut assez sympathique, car nous avons longé des zones de cultures fruitières, des vignobles, et nous avons pu admirer au passage les nombreuses villas de propriétaires ou d'autres à louer.

    La course pour ce début d'étape fut donc relativement reposante et nous avons rejoint une piste cyclable en site propre, c'est à dire loin de la circulation automobile. Seuls les trains venaient de temps à autre nous tirer de ce silence bucolique parfois interrompu par les chants des oiseaux.

    On nous avait dit que ça allait monter, mais à mi-étape, je me demandais encore ce qu'ils voulaient entendre par "monter".

    Je ne tardais pas à me rendre compte qu'il fallait que je sois patient. En effet, le profil allait devenir un peu accidenté vers le milieu de course. Ce n'était pas pour me déplaire car j'adore grimper.

    De jolis panoramas s'offraient à nous au gré des virages et lorsque nous avons eu à redescendre ce que nous venions de monter, nous avons rejoint une nouvelle piste cyclable qui longeait un torrent et qui par voie de conséquence était pentue.

    La fin de course nous fit reprendre une partie moins agréable de route à circulation peu importante mais il fallait se méfier des voitures et des camions, surtout dans les virages. Les trois derniers kilomètres du parcours traversaient des vergers plantés de poiriers tous en fleurs à cette saison. Quand je suis arrivé, j'étais fatigué, comme d'habitude, mais aussi très soulagé que cette étape au lendemain d'une longue journée se soit bien passée.

    Le village nous hébergeant est joli, pittoresque, typique sans doute de cette région du Tyrol, et ce qui diffère beaucoup de la France c’est que dans des petites bourgades de ce type, qu’on croirait isolées du reste du pays comme certains villages montagnards français, on trouve des équipements sportifs très modernes comme la salle de sport où nous allons dormir. Pour un village de cinq mille habitants situé dans une vallée alpine cela témoigne d’une volonté de développer le sport et donc de vouloir conserver sa population jeune.

    Pour couronner le tout, cette ultime halte en Italie nous propose un paysage magnifique : nous sommes entourés de sommets enneigés. Ces sommets vont peu à peu voir disparaître leur couverture neigeuse et cet été les alpages libérés seront certainement des lieux de pâture pour tous les troupeaux de la plaine du Pô.

    On a eu aujourd'hui un beau temps, pas trop chaud, avec un peu de vent défavorable sur la fin. C’est le climat du printemps, toujours, mais avec ses caractéristiques piémontaises et même montagnardes.

    Une étape de plus au compteur mais la joie d’en avoir presque fini avec l’Italie fut un peu ternie par l’abandon de Christophe. Lassé de devoir se battre contre le cut-off, le temps limite fixé par l'organisation et qui est basé sur une allure de course de 6km/h, il a préféré arrêter la compétition. Il l'a pris avec philosophie et recourra dès qu'il sera rétabli.

    Demain, nous franchirons un premier col à 1500m d'altitude, le Reschenpass, et nous connaîtrons un premier passage dans un tunnel long de trois kilomètres donc la tenue de sécurité sera obligatoire. On sera magnifiques dans nos tenues fluo style Lagerfeld.

     

    Mardi 5 mai, 17ème étape, Schlanders (Italie) – Pfunds (Autriche) : 63,8km.

     

    Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien et que les journées tournent comme d'habitude. Et nous pendant c'temps là on ... tourne aussi sur notre circuit en ligne pas très droite qui nous mène lentement mais sûrement vers le Cap Nord.

    Sûrement ? Il ne faut jurer de rien, il y a déjà quelques abandons, dont deux dans nos rangs, Jean-Hervé et Christophe, et cela peut toucher tout le monde. Ce que je remarque quand même, c'est que ces abandons ont touché pour une bonne partie des gens qui étaient partis beaucoup trop vite lors de la première semaine.

    Mais la patience, c'est quelque chose qui ne s'apprend pas comme ça, il faut avoir payé une fois pour ne plus refaire les mêmes erreurs, même si certains semblent avoir la mémoire courte à ce sujet.

    L'étape d'aujourd'hui, la dix-septième, nous faisant passer d'Italie en Autriche a été superbe, et avec du beau temps très frais dès le petit matin, nous sommes tous sortis couverts; de plus, le gilet fluo était quasi obligatoire pour franchir les tunnels de fin d'étape. J'ai gardé mon bonnet, mes gants, deux foulards et mon bazar habituel pendant toute l'étape.

    C'était la première véritable étape de montagne et ... quand y a de la côte, je me fais plaisir ! Cela n'a pas manqué, après les vingt et quelques premiers kilomètres d'échauffement sur une piste cyclable assez plate, dès que le relief a commencé à pointer son nez, j'ai conservé mon rythme, ne marchant que lorsque la pente devenait trop raide. Peu à peu, j'ai creusé l'écart sur mes poursuivants puis j'ai rattrapé ceux qui d'habitude me collent un gros quart d'heure voire trente minutes et même plus. Je me suis retrouvé avec des gars qui sont classés dans les quinze premiers du général et ça m'a bien plu de voir que je n'avais aucun mal à les suivre.

    Bon, la prudence m'a quand même fait mettre le frein et j'en ai profité pour prendre une vingtaine de photos. Vingt, ça paraît beaucoup, mais comme souvent certaines sont floues j'essaie de toutes les faire en double.

    J'ai attendu le passage de la frontière pour reprendre un rythme plus rapide, on venait de passer le col et la route, ou plutôt la piste cyclable, avait tendance à plus descendre que monter.

    Par la suite, revenu sur la route principale avec les tunnels à passer, je me suis bien lâché. Oh, ce n'est pas du 20km/h ni même du 16, mais entre du 11 et du 12 pour cette partie en descente. Pas idiot non plus le gars, ça aurait été des coups à se flinguer les releveurs et à suivre le reste de la TE dans la voiture balai ! Toujours en "contrôle" de la situation, ce qui m'a permis de me faire prendre une heure par ceux qui sont partis une heure après nous. Mais aujourd'hui, ils m'ont dépassé plus tard que d'habitude et il y en avait moins.

    Je termine avec Théo, un Allemand avec qui j'ai fait les cinq derniers km à 12km/h sur du plat. Nous sommes quatorzièmes de l’étape, ex-æquo, et je gagne une place au classement général.

    Fut-ce une vilaine prise de risque ? Peut-être, mais de temps à autres il faut bien « décalaminer le pot » comme on disait quand on était ados avec nos mobs.

    Le team Français s'est bien comporté aussi, d'après les échos recueillis ici et là. Chacun va sans doute faire un petit C.R. pour raconter sa journée.

    Demain, le même genre d'étape est prévu, mais je serai plus sage.

    à+Fab


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  • When you walk through a storm
    Hold your head up high
    And don't be afraid of the dark.
    At the end of the storm
    There's a golden sky,
    And the sweet silver song of a lark.
    Walk on through the wind,
    Walk on through the rain,
    Though your dreams be tossed and blow...
    Walk on, walk on, with hope in your heart,
    And you'll never walk alone...
    You'll never walk alone.

    Chant du kop de Liverpool: You'll never walk alone.


    Traduction française

    Quand tu marches au cœur de la tempête
    Redresse la tête bien haut
    Et ne sois pas effrayé par l'obscurité.
    Lorsque la tempête se calme
    Elle laisse place à un ciel d'or,
    Et au doux chant d'argent de l'alouette.
    Marche dans le vent,
    Marche sous la pluie,
    Bien que tes rêves soient balayés et soufflés...
    Marche, marche, l'espoir au cœur,
    Et tu ne marcheras jamais seul...
    Tu ne marcheras jamais seul.

     

     

    Mercredi 15 avril 2009, le voyage.

    14h36, le TGV s'élance laissant Nantes sous la pluie. Après un dernier petit coucou à Pascale à travers les vitres fumées de ce train, quelques larmes viennent gonfler mes yeux, mais je ne les laisserai pas couler comme le fait la pluie sur les vitres du wagon. Je quitte les miens pour plus de deux mois, je sais que par moments j'aurai besoin d'eux, de les entendre, de les voir, de les embrasser...

     

    Je me mets rapidement en mode voyage, le MP3 sur les oreilles, le journal l'Equipe dans les mains. J’écoute "Never say never", un morceau de Rap de Tupac Shakur, un rappeur américain assassiné à la fin des années 90. « Ne jamais dire jamais », dont j’avais fait ma devise avant d’oser prendre la décision de me lancer dans cette aventure et je me remémore ces deux dernières années pendant que le train longe la Loire à Sainte Luce, Thouaré... ce qui me rappelle l'ancien parcours du Marathon de Nantes. Dimanche, je ne serai pas au départ de cette course qui aurait été mon 18ème Marathon de Nantes consécutif, et pour cause...

     

    D’abord il y eut un mail reçu pour m’informer que certains coureurs de mes connaissances étaient inscrits en vue de participer à la seconde édition de la TransEurope. En consultant le site web de la course, je m’aperçus qu’il n’y avait plus de place, la liste des 40 préinscrits étant complète. Mais j’envoyai quand même un mail de demande d’informations à Ingo Schulze, l’organisateur, le mercredi 21 mars 2007 à 11h14 précises et moins de dix minutes plus tard, la réponse arriva : j’étais placé sur la liste d’attente, en quatrième position, mais d’après la réponse d’Ingo, j’allais être mis sur la liste des inscrits définitifs dès réception des arrhes ; il suffisait simplement que j’envoie 800€ d’acompte. L’après-midi même, j’étais à la banque pour effectuer un ordre de transfert de fonds en Allemagne. Je jubilais intérieurement même si je ne réalisais pas entièrement dans quel pétrin je m’étais fourré. J’en profitais pour poster les informations nécessaires à l’inscription : photos d’identité, date de naissance, adresse, numéro de portable ainsi qu’une courte biographie sportive. Objectif : être au départ dans 23 mois, le 19 avril 2009.

     

    Déjà à Mauves ! Puis après des petits tunnels, voici Le Cellier avec la Loire toujours comme voisine, ensuite Oudon et sa tour, Ancenis... Le voyage est véritablement commencé.

    Premier arrêt à Angers, ville dans laquelle j'ai habité à l'époque où j'ai commencé à courir de manière structurée, il y a une vingtaine d'années déjà.

     

    A l’époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je serais assis dans un train en gare d’Angers en partance vers une course dont je n’imaginais même pas l’existence. Je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler d’épreuves de ce calibre, et d’une certaine manière, heureusement car je crois que j’aurais été rapidement attiré avec les risques que cela aurait comporté à l’époque : pas d’expérience en matière de course à pied, une situation professionnelle tout juste stable, la famille qui commence à s’agrandir… Aurais-je pu résister à un concept quasi identique à celui du Tour de France cycliste qui m’avait fait rêver depuis tout petit ?

     

    Le train repart et je replonge dans mes pensées.

     

    Mon inscription envoyée, validée, la partie la moins facile de l’aventure commençait. Comment m’organiser ? Au niveau du travail, je me demandais quelles alternatives j’avais à ma disposition si l’on peut dire : disponibilité ou année sabbatique ? Congé de formation ? Mi-temps annualisé ? Ou tout simplement une demande de congé sans solde de trois mois ? Cette dernière solution me semblait la moins coûteuse, mais ma détermination me poussait aussi à prendre quelques risques. Il fallait que je demande une entrevue avec mon Inspecteur afin d’étudier toutes les possibilités qui m’étaient offertes. L’obtention de ce genre de congés n’est pas de droit mais ne s’attribue uniquement qu’après autorisation. Je fis une demande d’entretien qui me fut accordée. Là, je présentai mon projet et questionnai l’Inspecteur pour connaître les différentes possibilités. Après plusieurs recherches dans les textes officiels, il m’annonça que je n’avais que trois solutions : en premier lieu, la demande de mise en disponibilité pour l’année scolaire entière, c'est-à-dire sans paie ni couverture sociale. Il me faudrait alors trouver du travail. J’avais déjà effectué quelques recherches auprès des agences d’intérim et l’affaire ne s’annonçait pas très simple : trop âgé, pas assez d’expérience multi professionnelle, marché de l’emploi saturé, etc. Et d’effectuer des petits boulots au « black », ça ne rapporte pas grand-chose. La seconde possibilité consistait à faire une demande de travail à mi-temps annualisé, mais il fallait alors que je « perde » mon poste de remplaçant afin d’être mis en doublette sur une classe avec quelqu’un dans le même cas de figure que moi. Je travaillerais de la rentrée scolaire jusqu’à la fin janvier à plein service puis la personne avec qui je devais composer le binôme prendrait la suite jusqu’à la fin de l’année scolaire. Ce n’était pas sans risques : classe dont le niveau ne m’aurait pas convenu, école située loin de mon domicile, école située dans des quartiers réputés « difficiles », etc. Mais c’était néanmoins la solution la moins coûteuse car malgré le fait de n’être payé qu’à 50%, je conserverais ma couverture sociale. Je n’aurais qu’à essayer de m’occuper pendant les deux mois et demi qui me sépareraient du départ. Ce n’est pas les tâches ménagères ni le bricolage qui manqueraient à la maison. La dernière solution, le congé de formation professionnelle, était trop contraignante car certains de mes diplômes ne me permettaient pas de tenter un Master de Géographie, en deux ans qui plus est. L’Inspecteur avait rapidement éliminé la solution qui me paraissait la plus judicieuse : le congé sans solde de trois mois, des vacances de Pâques jusqu’à la fin de l’année scolaire. Pourtant avec mon poste de titulaire remplaçant, cela n’aurait gêné personne. Sans doute pour ne pas créer de précédent a-t-il voulu rester dans le cadre « réglementaire ».

     

    Le Mans puis Chartres sont vite dépassées et le TGV arrive déjà aux portes de la capitale à partir desquelles il commence à ralentir. J’écoute toujours la musique et je me dis que j’aurais du prévoir une plus grande variété de titres parce que je commence à les connaître par cœur. J’ai 16 heures de musique sur un lecteur MP3 et 8 heures sur un autre, mais je les ai tellement écoutés que je sais quel morceau vient après celui que j’écoute. En cas de lassitude, je pourrais toujours mettre la fonction lecture aléatoire. Certaines chansons me rappellent des souvenirs de courses, surtout de la Transe Gaule quand je voulais m’isoler un peu pendant les étapes, là où il n’y avait aucun risque de rencontrer brusquement une voiture que je n’aurais pas entendue arriver. J’ai quelques morceaux « d’anthologie » comme par exemple The lonely shepherd, interprété par Zamfir, extrait de la B.O. du film Kill Bill, qui me rappelle l’avant dernière étape entre St Sernin sur Rance et St Pons de Thomières quand tout au long de la longue ascension vers le Col de Peyronnenc je découvrais avec le jour qui se levait de magnifiques paysages. En 2007, sur cette étape, j’avais des ailes et j’avais couru à plus de 10 km/h sur les 70km que comptait l’étape. Il faut dire que je voulais creuser l’écart avec certains de mes poursuivants et j’avais pris goût à terminer les étapes dans le top 5. Ah ! Orgueil, quand tu nous tiens…

     

    Comme beaucoup de provinciaux, je ressens le stress de l’approche de la capitale. Je commence à ranger peu à peu mes affaires afin de ne pas être surpris par l’arrivée à la gare de Roissy. C’est que j’ai emporté ma valise à roulettes qui pèse assez lourd, sans doute une vingtaine de kg et j’ai l’ordinateur portable que mon sponsor m’a prêté qui lui aussi fait un bon poids, supérieur à cinq kg en tout cas.

     

    18h53, ça y est, je suis à l'hôtel F1 de Roissy. Le voyage s'est bien terminé, même si la dernière heure fut plus longue, ponctuée de nombreux ralentissements et arrêts : c'était le contournement de Paris. Cela changeait de la traversée de la Beauce à 300km/h ! Après la descente du train, j'ai trouvé assez facilement le lieu où prendre les navettes, au niveau cinq, et le temps d'attendre l'une d'entre-elles, vingt minutes environ, j'ai pu me rendre compte qu'il y a du monde en transit à Paris et notamment à l'aéroport. Le trajet en navette rose et blanche, c'est le signe de reconnaissance de celles qui desservent les hôtels de la ZAC Paris Nord, a été long car passant auparavant par tous les autres terminaux.

     

    19h45, enfin installé dans ma chambre, sans WC ni douche qu'il faut trouver sur le palier. Ce n'était pas indiqué sur les formulaires quand j'ai effectué ma réservation par Internet. Tant pis, on s'adaptera. Je commence à préparer mes affaires pour le lendemain, avale mes sandwiches et me couche tôt car je dois me lever à 4h30 pour prendre le petit déjeuner servi à partir de 5h avant de monter dans la navette de 5h30 qui me conduira au Terminal F.

     

    Jeudi 16 avril : le voyage (suite) quelque peu mouvementé.

     

    La nuit fut courte, le sommeil en pointillés, je n’ai même pas l'impression d'avoir dormi, comme avant les compétitions où l'on doit se réveiller tôt, 3h avant le départ, pour manger. Le match de football d'hier soir sur Canal+ en Ligue des Champions (Arsenal - Villareal) puis le résumé de Porto - Manchester United auraient pu me fatiguer, mais il n'en fut rien.

    4h27, je me réveille devançant l'alarme de mon portable de trois minutes. Une petite toilette, le rangement de mes affaires, puis c’est la descente en ascenseur vers le petit déjeuner : trois morceaux de baguette de pain avec de la confiture, un café au lait et c'est déjà l'heure de rejoindre la navette. Quand même je prends le temps de me brosser les dents.

    Celle-ci, à l'heure, m'emmène au Terminal F. Après quelques tergiversations je trouve les bornes d'enregistrement, et là, je lis : "Billet refusé, allez au guichet..." ou quelque chose comme ça, sur l'écran, ce que je fais. J’essaie de trouver le guichet d’Alitalia, mais comme il n’est pas encore ouvert, on m’envoie à celui d'Air France, le seul d’ouvert, où la personne chargée de me donner ma carte d'embarquement m'annonce que je ne figure pas sur la liste des passagers de ce vol. Après renseignements, elle ajoute que mon billet a été annulé, mais pas celui de Milan à Bari.

    Stupeur ! Que faire ?

    On me conseille de me mettre directement en relation avec mon voyagiste, mais il est 6h30 et l'agence de Nantes n'ouvre pas avant 10h.

    Autre possibilité qui m'est proposée : acheter un nouveau billet à plus de 700€, mais dont le prix est ramené à 548€ si je prends un aller-retour. Que du bonheur ! Moi qui avais acheté mon aller Paris-Bari, en août 2008, pour 141€ TTC.

     

    C’est vrai que l’histoire de ce billet aller Paris-Bari a été assez rocambolesque à moins que ce ne soit habituel pour les usagers des voyages en low cost. Je m’y suis pris tôt, en août 2008, afin d’être certain d’avoir de la place sur le vol Paris-Bari et pour payer moins cher. Selon la date et l’heure de départ, les tarifs variaient du simple au triple voire au quadruple, le choix de la compagnie aérienne faisant faire des bonds aux tarifs. J’ai cherché sur le net et j’ai trouvé un prix de voyage très intéressant. Je suis allé dans une agence de voyages pour vérifier si je pouvais obtenir le même genre de billet par leur intermédiaire, comptant aussi sur le fait d’être assuré en cas d’annulation de vol, on ne sait jamais. J’ai acheté le billet à l’agence. Par la suite, j’ai tour à tour reçu des modifications d’horaires, de trajets, de numéros de vol, de nom de compagnies... Régulièrement, l’agence de voyage à laquelle je m’étais adressé me téléphonait pour m’indiquer qu’il y avait eu des changements et qu’elle allait m’envoyer mon nouveau billet électronique par mail. J’en ai eu une bonne demi-douzaine, sans exagérer. Jusqu’au dernier en date, seulement quelques jours avant le départ. J’avais prévu l’hôtel à Roissy, réservé depuis plusieurs mois, le billet de train Nantes-Roissy acheté par internet deux mois avant pour payer moins cher et que j’ai réglé avec ma nouvelle carte bleue, celle qui me procurait une assurance en cas d’annulation ou d’interruption de voyage, et maintenant j’avais le fameux sésame pour rallier Bari via les airs et Milan où je devais faire escale.

     

    J'attends un long moment, assis sur un banc dans le hall, avant d'appeler Pascale que je ne veux pas réveiller, mais mon petit monde construit autour de ce projet est entrain de s'écrouler et je n'en peux plus.

    7h15, je l’appelle pour lui demander quoi faire et, ressentant ma grosse inquiétude, elle me console et m'encourage à acheter ce nouveau billet ajoutant qu'elle irait à l'agence dès son ouverture. De toute façon, je l'aurais acheté quand même ce sésame vers l'Italie et mon projet fou de traverser l'Europe à pied.

    Maintenant il faut faire vite car l'avion suivant est programmé pour 9h35, et après coup, je ne sais pas si j'aurais eu la patience d'attendre que l'agence soit ouverte pour prendre un hypothétique avion dans l'après-midi qui ne m'aurait peut-être pas permis d'avoir ma correspondance à Milan.

    Que d'émotions en si peu de temps ! Si j'avais su il y a huit mois que les low costs étaient aussi risqués et aussi peu fiables...

    Bref. J'ai mon billet pour Milan par le vol de 9h35.

    Comme j’ai décidé de faire des comptes-rendus de ma course le soir de chacune des étapes et que j’ai quelques minutes devant moi, je prends le stylo et commence à rédiger quelques lignes pour ne pas oublier les péripéties de ce début de voyage. Je suis dans la zone d’attente F21 et je dois prendre un bus qui doit m’emmener vers l’avion. J’espère maintenant qu’il n’y aura plus de surprises et qu’à Milan j’aurai mon avion sans problème. Une fois ces quelques lignes d’écrites, je procède à l’enregistrement de ma valise dont le poids n’est que de 19,4kg pour un maxi de 20kg, donc je n’ai pas d'excédent de bagages à payer. Je suis rassuré et j’ai bien fait de confier à Gérard, qui va courir la TransEurope lui aussi, et à sa femme Nicole, qui l’accompagne et qui tiendra des postes de ravitaillement, une partie de mes bagages qu’ils vont emporter avec eux dans leur camping-car. Ils m’ont délesté de cinq paires de chaussures, de ma tente de camping et de quelques bricoles que je retrouverai à Bari. Là bas, je verrai si le poids total de 30kg sera dépassé ou non et si j’aurai un supplément bagages lourds à régler à l’organisation, comme il était indiqué dans le règlement. Cinquante centimes d’Euro par kilo supplémentaire et par jour, ça peut vite faire du 100€ de supplément pour peu que mes sacs et valise dépassent la limite de trois kg, si ce n’est encore davantage.

    Peu avant de monter à bord, j’appelle Pascale pour lui donner ma position : c’est bon, j’ai un billet, mais je l’ai payé près de 550€ alors il faut voir avec l’agence comment se le faire rembourser. Je coupe le portable et m’installe en constatant qu’entre le règlement strict de n’emporter que de petits bagages peu volumineux dont un gabarit détermine la taille maximale et la réalité, je n’aurais pas dû me faire de soucis quant au nombre de sacs ou à leur dimension. Je ne me sens pas très à l’aise néanmoins dans cet avion, non pas que j’aie une quelconque peur des voyages aériens, mais j’ai opté pour une tenue confortable et ai enfilé mon survêtement aux trois bandes. Il est ancien, élimé par endroit, et j’ai quelques complexes à voyager à côté de personnes bien habillées, en costume, tailleur ou autre tenue correcte. J’ai l’impression de détoner et je regrette alors de ne pas être parti en jean, tenue décontractée portée par nombre de voyageurs de cet appareil quitte à le jeter une fois à Bari si l’excédent de poids de bagage devait être trop coûteux.

     

    Jeudi 16 avril, Milan Linate.

     

    Le voyage Paris-Milan s'est bien passé. Pour le paysage, je repasserai car j'étais placé côté hublot, certes, mais au-dessus d'une aile - on ne peut pas être un winner tout le temps - et le ciel était couvert, d'abord au-dessus puis au-dessous. Je me suis à nouveau réfugié dans ma musique n’étant dérangé que lors de la collation où je pris une boisson et des gâteaux secs.

    Arrivé à Milan, je me rends au guichet de la compagnie pour vérifier si la suite de mon voyage allait être du même style que le début. Ouf ! Je suis bien inscrit sur la liste des passagers. J'en profite même pour aller me faire enregistrer et récupérer ma carte d'embarquement. Et en plus, ma valise doit suivre, m’annonce-t-on… J'espère, pensé-je...

     

    J'achète des timbres à 0,65€ pour la France et des cartes postales puis je vais manger un sandwich et un gâteau. Oh! Les arnaqueurs ! 6,90€ pour le sandwich et le gâteau et comme si ça ne suffit pas, le vendeur ne me rend qu’1,10€ sur 10€. Je dois réclamer deux fois pour récupérer ma monnaie. Bon, je mets ça sur le compte de sa fatigue ou de sa distraction, mais je n'en pense pas moins.

    Voilà, maintenant j'ai quatre heures à tuer, alors je fais un essai de connexion avec ma clé et tente l'envoi de messages : je dois faire court car l'autonomie de la batterie de l'ordinateur indique moins de 50% de charge, soit une durée de 30 minutes environ, et je souhaite pouvoir envoyer un message de Bari ce soir à mon arrivée.


    > Bien, ma galère semble s'être arrêtée.
    > J'explique pour berurier : mon billet d'avion de ce matin avait été annulé !! Il a fallu que j'en rachète un (548€) au dernier moment.
    > Enfin, je suis à Milan et j'ai fait mon enregistrement pour Bari.
    > Espérons qu'il n'y aura plus de soucis et que je récupérerai ma valise
    > sans problèmes.
    > Je n'ai presque plus de batterie, alors je vous dis à+
    > Fab**** qui se dit qu'il y avait une 65ème étape plus éprouvante > moralement que les 64 à faire en course.

    Réponse de Pascale à 13h11 :
    > Oh je t'ai raté dommage, on arrivera peut être à se parler ce soir. On est allées faire quelques emplettes à Ikea avec Lili.
    Bisous
    Pascale.

    Je décide ensuite d'aller me reposer et de guetter si je ne vois pas de tête connue. On ne sait jamais, mais trois autres frenchies doivent passer par Milan aujourd'hui et peut-être y a-t-il d’autres futurs TransEuropéens.

     

    Vers 16h, nouveau rebondissement : j'apprends que mon vol est annulatto ou cancelled selon la langue. Stupeur ! Que faire ? Je suis un passager qui, je crois comprendre, se rend au guichet échanger sa place contre une sur un autre vol, plus tard dans la soirée. J'en fais de même non sans lui avoir demandé s’il s’agit bien du même vol Milan-Bari.

    Et voilà le vol Milan-Bari de 17h35 transformé en vol de 19h30 ! En compensation, on nous offre un ticket pour aller se restaurer gratuitement au bar de l'aéroport (un sandwich et une boisson). Deux heures de plus à tuer pendant lesquelles je ne sais pas trop comment m’occuper : me balader dans l’aéroport, m’asseoir tranquillement sur un banc et attendre que ça se passe, écouter de la musique, aller dans un café prendre une nouvelle consommation… Je préfère rester dans les alentours et me tenir au courant des éventuels rebondissements.

    L'embarquement, après plusieurs changements de l'heure du vol, a enfin lieu : il est 19h45.

    Le voyage se déroule correctement même si l'avion est plein, contrairement au vol Paris-Bari, à moitié vide. J'atterris peu après 21h après avoir survolé quelques régions que je vais traverser dans les jours et semaines qui vont suivre et que j’essaie d’apercevoir, mais l’avion vole trop haut. Je devine néanmoins le littoral et peu à peu l’obscurité de la nuit tombante me fait supposer qu’on doit survoler telle ou telle ville.

    A Bari, je retrouve mes copains Transe Gaulois qui sont arrivés sur un autre vol quelques minutes auparavant. Le temps de récupérer ma valise et nous prenons un taxi. 25€ pour quatre passagers avec des bagages volumineux, ça ne paraît pas cher.

    Le chauffeur nous met tout de suite au parfum de ce qui va nous attendre en Italie : conduite rapide, c'est peu dire, non respect des feux, des panneaux stop des ralentisseurs et autres lignes blanches. C'est un remake du film Taxi (1, 2, 3 ou 4) mais à Bari, pas à Marseille. D'ailleurs l'association des noms me fait me rappeler qu'à Bari, l'OM avait perdu en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions en 1991 contre l’Etoile Rouge de Belgrade, aux tirs au but. En attendant d’arriver à destination, tout le monde est un peu crispé.

    Déposés sains et saufs devant le Stadio della Vittoria, on s'installe dans la salle d’hébergement non sans saluer les nombreux coureurs déjà arrivés. Que de retrouvailles qui rappellent les courses effectuées ensemble, lors de mes quatre Transe Gaule principalement.

    Bien fatigués après avoir étalé chacun notre matelas et disposé nos sacs et valises tout autour de manière à tout avoir sous la main, nous allons nous coucher. L’excitation d’être enfin à Bari m’empêche de profiter pleinement de cette nuit de repos, mais il reste deux jours pleins à passer avant le départ, j’aurai l’occasion de récupérer des émotions du voyage.

     

    Vendredi 17 avril : les formalités

     

    Au réveil, après avoir grignoté un ou deux biscuits et bu un café Expresso, je décide d’effectuer, un petit footing d'une heure en solo le long de la mer avec une petite visite de la ville en prime. Cela fait 48 heures que je n’ai pas couru et ça me démange. De plus, ça va faire passer le temps, les dernières heures avant un événement attendu depuis très longtemps paraissent toujours interminables. Le footing est sympa, j’ai les jambes un peu ankylosées – le manque – et j’essaie de profiter pleinement du paysage en longeant la route du bord de mer que j’ai atteinte après avoir emprunté le boulevard situé devant le stade. J’ai l’appareil photo avec moi et de temps à autres je mitraille les monuments, les bâtiments et le port. Il fait relativement doux voire chaud même en cette matinée d’avril. Dimanche, on risque d’avoir chaud toute la journée si le printemps de cette partie sud de l’Italie s’apparente beaucoup à l’été de la côte Atlantique. Je décide d’aller jusqu’à la vieille ville et de faire demi-tour au bout de trente minutes de course. Je n’ose pas pénétrer dans les ruelles pourtant pittoresques, et je rebrousse chemin. Mes sensations sont bonnes, mais pas au top. On verra bien dans deux jours.

    Au retour, après la douche, on procède aux enregistrements et à la passation des consignes. J’en profite même pour passer un petit bilan médical, basé sur le volontariat. Prise de sang, relevés de masse grasse à différents endroits, mesures diverses (diamètres des muscles des jambes, des bras, tour de taille…), pesage (84,4kg) et réception d’un questionnaire qu’il faudra renseigner et rendre d’ici quelques jours. On m’explique que tous les quatre jours environ je passerai une IRM. Cette étude menée par des médecins chercheurs de la Clinique Universitaire d’Ulm, en Allemagne, semble sérieuse et nul doute que lors de son exploitation il y aura des constatations et conclusions intéressantes et utiles aux coureurs ainsi qu’au monde médical.

    En soirée, après avoir passé une partie de l’après-midi à ranger les affaires dans la valise, à organiser mes sacs à chaussures et à me reposer un peu, je me joins au groupe des Français pour faire une petite promenade dans les environs afin de trouver un restaurant. Pâtes, pizzas, bières, c’est tout ce dont on a besoin. Ce sont là les repas typiques d'avant course et nous avons quand même quelques difficultés à trouver un endroit qui peut nous servir, comme si accueillir une dizaine de personnes n’intéressait pas les restaurateurs. A la nuit tombée, après quelques bières, nous retournons au stade. Pour des raisons de sécurité, il y a beaucoup de personnes en situation irrégulière dans cette région de l’Italie, les grilles de l’enceinte sont fermées ; elles l’ont été à partir de 22h, et comme il est plus de 23h, nous sommes contraints de faire le mur parce qu’enfermés dehors ! À la manière de ces nombreux clandestins vivant dans les environs.

     

    Samedi 20 avril : l'attente est longue

     

    Ce samedi, nous traînons notre misère si l’on peut dire, en essayant de faire passer le temps plus vite tellement on a hâte de commencer notre course. Cela débute par un long trajet à pied pour rejoindre la mairie où nous devons écouter le discours du Maire. Sur les marches du bâtiment nous avons droit à une séance interminable de photos pour les journalistes et pour les nombreux coureurs et accompagnateurs désirant immortaliser cette rencontre. Suit un long déplacement toujours à pied sur le port pour rejoindre la terrasse d’un restaurant. Là, nous est servie une maigre collation apéritive où certains ayant pris un peu plus que de raison ne permettent pas à tous d'avoir de quoi grignoter. Est-ce un aperçu de ce qui nous attendra tous les soirs après chaque étape, à savoir que les premiers arrivés seront les premiers servis ? Quelque peu désabusés par la tournure des événements, avec la french team nous décidons de nous en aller compléter le déjeuner dans une pizzeria et le tour est joué.

     

    En fin de journée, une autre cérémonie protocolaire se déroule, suivie elle aussi d'un repas aussi frugal que long : les restaurateurs italiens ne semblent pas habitués à servir autant de monde en pâtes. Au niveau des quantités, ils ne doivent pas savoir que nous sommes tous des ultra marathoniens avec de gros besoins énergétiques. En fin de soirée nous allons tous nous coucher, chacun après avoir préparé sa tenue et ses affaires sachant que la grande aventure va vraiment commencer demain.

     


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