• Comment raconter une MilKil alors qu’on est habitué à raconter des courses à étapes ?

    D’abord, il faut une bonne mémoire car point de CR quotidien n’est possible sous peine de réduire son temps de récupération. Ensuite, retrouver la chronologie des événements afin de conserver une certaine cohérence dans le propos. Enfin, ne pas inonder le lecteur de chiffres, de moyennes, de temps de passage, même si quelques uns viendront nécessairement éclairer le discours.

    C'est quoi au fait la MilKil ? Une course en ligne de 1000km de Saint-Malo à Sète. Départ commun à 6h30 arrivées échelonnées jusqu'au 14ème jour 6h30.
    Peut être courue en solo ou avec assistance ou un peu des deux.

    Premier jour

    Bon, nous voilà au départ, sur la plage du Sillon à Saint-Malo, nous sommes le dimanche 14 juin, il est 6h15 et l’incertitude de pouvoir prendre le départ ainsi que la « minimisation forcée de l’entraînement » font que l’appréhension n’est pas si grande que celle crainte. Pour cause de mesures sanitaires, nous n’avons pas pu nous retrouver longtemps avant le départ et la veille nous n’avons pas pu voir tout le monde et rester plusieurs heures à bavarder chaleureusement. D’un certain côté, ça m’a ôté toute sorte de pression, moi le débutant sur cette course mythique. Entouré de grands noms, de ceux qui ont écrit l’histoire de cette épopée, je n’ai qu’un souhait à ce moment-là, c’est de les rejoindre dans le gotha des MilKillers.

    Les jours qui ont précédé ce grand départ j’ai appris que l’accompagnateur de Ludo, un coureur belge, se retrouvait libre car son coureur ne pouvait pas entrer sur le territoire français avant lundi et il ne souhaitait pas débuter la MilKil avec 48h de retard sachant toutefois que le chronométrage aurait tenu compte de ce décalage de deux jours. Je fus mis en liaison avec Jean-Paul avec qui je m’entendis aussitôt et nous décidâmes alors que je ne courrais pas en solo. Ce fut une libération car je m’étais entraîné à porter un sac assez lourd afin de ne manquer de rien et j’avais pointé plusieurs lieux d’arrivée où je devais dormir dans des hôtels. Mais aurais-je tenu la distance afin de les atteindre à temps ?

    Je louai donc un petit utilitaire de 6 mètres cubes dans lequel j’installais mon lit de camp, et tout le matériel pour courir et me changer ainsi que toute l’intendance pour que mon suiveur puisse me ravitailler et me préparer à manger. Quand nous nous sommes retrouvés, nous nous sommes organisés, je lui ai dit mes attentes, il me suggéra d’autres petites choses et au bout du compte nous étions sur la même longueur d’onde.

    Retour sur la plage, il est maintenant près de 6h30, heure H, le ciel est dégagé malgré quelques nuages et la température est assez agréable mais on nous a annoncé la possibilité d’avoir des averses. Pas le temps de bavarder et c’est le compte à rebours et le départ. On quitte le sable pour monter sur le quai et suivre la direction de Cancale. Je me sens bien dès les premières foulées et me retrouve déjà distancé par quelques fusées tout en étant quand même dans les 10-15 premiers. J’ai organisé ma journée de la façon suivante : un ravitaillement en liquide tous les 10 kilomètres, un en solide tous les 20 kilomètres, un arrêt repas léger au 40ème, un autre plus conséquent au 60ème, une petite collation au 80ème puis un vrai repas au 100ème. Selon l’avancée à cet endroit, je déciderais si je poursuis ou pas la journée. Je misais sur 120km le premier jour c’est à dire jusqu’à un peu avant Vitré.

    Dans les faits, ce scénario est à peu près respecté jusqu’au sortir des polders, où je fais une pause repas juste après Beauvoir. La route menant de Saint-Malo à Cancale est agréable à suivre, il y a très peu de circulation, on rencontre quelques jeunes en fin de nuit dans un état alcoolisé certain – et dire qu’à Sète on risque de retrouver le même genre de fêtards selon l’heure à laquelle on passera - les paysages se laissent admirer, la côte et la mer sur la gauche, la campagne, ses champs et ses zones boisées sur la droite. La route se bosselle peu à peu et il faut se concentrer un peu plus pour ne pas passer dans la zone rouge, celle qui fait que la fatigue survient plus rapidement et sans prévenir. Je discute avec quelques concurrents que je connais pour la plupart, mais j’en découvre d’autres aussi. Au fil des bornes, une certaine hiérarchie s’installe, certes précaire car on ne sait pas de manière certaine si on va tenir ou craquer – mais il n’y a pas de surprise particulière. Stéphane me dépasse avant la sortie de Saint-Malo et c’est un plaisir d’échanger quelques mots avec lui car je sais que sauf gros pépin nous ne nous reverrons pas avant Sète. Avec d’autres coureurs nous allons faire de l’accordéon pendant plusieurs heures voire plusieurs jours selon la fréquence et la durée de nos arrêts respectifs. Sur les hauteurs, je réussis à apercevoir le Mont Saint-Michel où je devrais arriver quelques 5 heures plus tard. La descente après Cancale amène sur une route toute plate et je suis surpris d’apercevoir des kangourous dans un enclos et encore plus étonné de voir des lamas quelques kilomètres plus tard. On traverse la France, l’Australie ou le Pérou ? Peut-être les Pays-Bas aussi aurait-on pu se demander quand des moulins apparaissent sur notre parcours. Je me souviens m’être fait dépasser par des sioux lors de mon unique marathon du Mont-Saint-Michel, en 2000, est-ce l’effet des polders qui transforme la perception des choses ? Tout cela me divertis néanmoins et aide à faire passer le temps. Je retrouve comme prévu Jean-Paul pour des ravitaillements express et parfois un peu plus long quand il me propose une soupe de pâtes chinoises ou autre chose qui donne envie.

    Jusqu’alors, le temps se tient au sec et il y a quand même une petite pluie rafraîchissante à un moment où la chaleur des zones non ombragées commence à se faire sentir. Un brumisateur géant, ça fait du bien. J’ai une hâte, celle d’en finir avec cette partie pour arriver à Beauvoir et quitter le parcours connu pour découvrir les 160 kilomètres en « terra incognita » cette portion de la MilKil que je n’ai jamais empruntée en courant jusqu’à Saint-Augustin des Bois où je dois retrouver mon terrain de jeu préféré, le parcours de la Transe Gaule.

    Une photo sur le pont de Beauvoir avec le Mont en arrière plan et je rejoins mon assistant qui m’a préparé une collation un peu plus consistante tant la faim me titille. Je suis sur le même parking que Popol (Philippe Pollesel) avec qui j’échange quelques mots très cordiaux et je sens que nous sommes déjà chacun rentrés dans notre bulle. Auparavant, j’avais couru quelques hectomètres avec Annie Paringaux et Louis Fouquet, deux habitués déjà milkillers et ils étaient partis au train devant. Laurent Saint-Martin en solo me dépasse pendant que je mange tout comme Jean-Louis Vidal.

    Après cet intermède régénérateur, je repars et me fais pointer au niveau de la biscuiterie Saint-Michel où après un dernier coup d’œil au Mont va commencer la vraie descente vers le sud et la Méditerranée. C’est un beau roman, c’est une belle histoire qui commence pour moi, mais pas sur la Nationale 7, juste sur la D275.

    La météo annoncée au maussade va se vérifier, pour une fois qu’ils ne se trompent pas je vais y avoir droit. De longues heures durant je vais jouer à mettre puis ôter puis remettre mon vêtement en Gore-Tex qui certes arrête bien la pluie mais qui a aussi l’avantage de proposer une douche intérieure si bien que je me retrouve trempé par ma propre transpiration. Le principal est de ne pas avoir les chaussures gorgées d’eau ce qui entraînerait l’apparition trop précoces d’ampoules. Ce régime de douche écossaise va me faire arriver néanmoins à Saint-James puis Fougères où je franchis le dixième de la course. Kilomètre 100 ! Avec Jean-Paul, on se donne rendez-vous à la sortie dans trois ou quatre bornes pour un nouveau vrai repas et pour faire un point de la journée et opter pour une stratégie de course en soirée et de nuit. Gérard Habasque est là, avec ses filles comme accompagnatrices, juste de l’autre côté de la route où nous avons stoppé. Arrivé vers 20h15, je repars repu et en tenue de nuit avec l’objectif d’arriver à Vitré avant minuit pour y passer la nuit si j’en ressens le besoin. Le parcours est vallonné depuis Saint-James, kilomètre 80, où j’ai changé de chaussures car la première paire était trempée ; dans le crépuscule les pentes ne semblent pas aussi effrayantes qu’en plein jour. J’essuie une nouvelle douche froide et suis contraint de m’abriter dans l’entrée d’une maison abandonnée, l’eau ruisselle sur la route et ne permet pas de courir à moins d’un mètre du bas-côté. Comme la circulation en ce dimanche soir est peu intense, ça ne pose pas de soucis mais il faut anticiper et se « cacher » dans une entrée de chemin ou autre pour ne pas se faire éclabousser. La fatigue nerveuse et l’inconfort d’être tantôt trempé, tantôt sec, ne m’invitent pas à poursuivre trop longtemps mon avancée pour cette première journée et comme Jean-Paul commence sans doute aussi à avoir envie de dormir, nous trouvons un lieu à la sortie de Vitré sur un parking éclairé pour nous arrêter et passer la nuit. Il est minuit quinze. Premier test des installations : la douche solaire accrochée aux portes arrières du camion, de l’eau presque tiède, je me lave pendant que Jean-Paul prépare le couchage. Je dors sur mon lit de camp dans le camion avec mes valises glissées au-dessous et Jean-Paul dort à côté de mon lit sur son matelas. Il est minuit 15, nous sommes au kilomètre 132 environ et nous décidons de mettre le réveil à sonner pour 5h15. J’ai déjà préparé ma tenue pour le second volet de notre aventure.

    Bilan du premier jour : 132km.

     

    Deuxième jour

    Je n’ai pas très bien dormi, j’ai eu froid alors quand je me réveille, c’est dur. Je me prépare, m’habille et ingurgite un petit déjeuner composé de café au lait et de pains au lait avec de la confiture. L’appétit n’est pas grand, alors je me force. Je finis de me mettre en tenue et quitte le camion à 6h05. Le temps est frais mais il est sec et mes premières foulées sont satisfaisantes. Pendant mon arrêt, je me suis fait dépasser par nombre de coureurs, mais je le savais alors je me mets en quête d’en remonter le plus possible. Je dois faire un arrêt technique de plusieurs minutes à la sortie d’Argentré-du-Plessis et je reprends le cours de mon aventure. A Gennes-sur-Seiche je décide de pousser jusqu’à Cuillé pour pouvoir me ravitailler en liquide et grignoter quelques aliments secs. Jean-Paul a trouvé un café d’ouvert où nous prenons un grand crème et des gâteaux et je mets ensuite le cap sur Craon qui constituera le premier vrai arrêt pour me restaurer plus convenablement. Les longues lignes droites sont fastidieuses et pour ne pas trop regarder à l’horizon je baisse ma casquette pour ne voir que les 50 mètres de devant tout en jetant de temps à autres un coup d’œil au paysage. Parfois je me fais surprendre en découvrant un copain de course arrêté pour se changer ou se ravitailler au détour d’un chemin. Il y a peu de circulation en ce lundi matin mais les quelques camions croisés brassent beaucoup d’air et me poussent à rester prudent. La traversée de Segré, kilomètres 188 à 190, n’est pas facile, il faut jongler entre les trottoirs, les giratoires, la sinuosité de la route principale et rester concentré sur le fléchage d’autant plus qu’au sortir de ce gros bourg, une déviation a été mise en place et nous rallonge de deux kilomètres environ. A Marans, je veux pousser jusqu’à Vern où je franchirai le 200ème kilomètre. Encore une grosse averse et je dois éviter les flaques sur la route, je cherche quelque abri sous des arbres, mais persévère pour m’arrêter à la sortie du village où m’attend Jean-Paul. Je me change, change aussi mes chaussures pour la suite que j’espère sans pluie. Je prends le temps de manger quelque chose, boire une soupe et avaler quelques morceaux de banane. Mon objectif du jour est au moins d’arriver jusqu’à Chalonnes où un dernier repas me préparera à passer le début de nuit sur la route. Il reste 30 kilomètres et ça doit pouvoir se faire en 4 heures. Comme il est 17h passées, j’ai bon espoir de voir la ville où j’ai résidé il y a 30 ans encore en plein jour avec un coucher de soleil en prime sur la Loire. Mais avant, il faut se coltiner cette interminable route droite vers La Pouëze puis Bécon-les-Granits et Saint-Augustin-des-Bois où je vais pouvoir courir dans mon jardin, c’est à dire sur le parcours de la TranseGaule. Ce sera la 10ème fois que j’emprunterai ce parcours. Quelques micro-ravitaillements sont nécessaires dans chacun des villages traversés pour continuer à avancer. Je n’ai pas de douleurs, juste des frottements du sac à dos qui piquent avec la sueur, mais je poursuis en me régalant des paysages et des souvenirs qu’ils suscitent. Combien de footings ai-je fait sur cette route et sur les îles de part et d’autre. Je franchis les ponts sur la Loire et rencontre Charles Payen juste avant de tourner à droite à l’entrée de Chalonnes. Il est Milkiller et sa visite me fait très plaisir car on se connaît depuis de nombreuses années et avons couru des TranseGaule, Loire Intégrale et Via Iberica ensemble. Un petit selfie et je repars vers mon camion qui m’attend pour le repas vers la sortie de la ville. Il est 21h30 quand je fais ma dernière pause repas de la journée. La météo semble s’être calmée, il n’y a plus de risque de pluie d’ici la nuit. Après une vingtaine de minutes d’arrêt, je repars en me donnant comme objectif d’aller le plus loin possible avant la nuit, pourquoi pas jusqu’à Beaulieu-sur-Layon. En fait, comme j’ai marché dans la montée vers la Haie Longue pour téléphoner à Pascale, j’ai perdu un peu de ma vivacité et le sommeil commence à se faire sentir. A 23h30, avec Jean-Paul, nous décidons de faire une halte pour la nuit sur une aire de pique-nique à Rochefort, au lieu-dit le Grand Beauvais. Nous avons fait 240 kilomètres environ depuis Saint-Malo, presque le quart de la MilKil !

    Bilan du deuxième jour : 108km.

     

    Troisième jour

    La nuit fut telle à la précédente, j’ai eu froid, du mal à trouver une posture où je ne ressentais pas des douleurs aux jambes si bien qu’au petit matin, à 5h quand le réveil sonne, je suis encore dans les vapes. Petit déjeuner, mise en tenue et nouveau changement de chaussures, faut faire tourner les paires pour ne pas faire de jalouse. Je mets un coupe-vent dans la fraîcheur matinale et je commence ma journée de course vers 5h50. L’objectif du jour est d’atteindre Châtellerault mais rien n’est moins sûr car il va falloir se payer la route très dangereuse entre Doué et Loudun. Jean-Paul me tient au courant des positions des uns et des autres, je me suis fait dépasser mais comme la veille je vais remonter du monde. Certains sont déjà mal en point, d’autres ont abandonné, surtout des coureurs en solo pour qui ça doit vraiment être la galère. Je mesure ma chance d’avoir pu bénéficier de l’assistance de Jean-Paul. Je dépasse Alexandre Forestiéri plusieurs fois vainqueur de la MilKil mais qui semble en souffrance. J’ai aperçu Jean-Louis Vidal, Pierre-Henri Jouneaux et d’autres. Je fais un arrêt technique à Martigné-Briand, puis me restaure avant de viser Doué où je rêve de pouvoir manger un croque-monsieur ou quelque chose de salé ou des viennoiseries. La fin du parcours dans le Layon se passe bien, quelques côtes viennent pimenter l’aventure et de grandes routes sans ombre prennent la suite. Peu de véhicules fréquentent cette région à cette heure, mais quand on en croise, il faut rester sur ses gardes. Je passe le panneau Doué-la-Fontaine mais je sais d’expérience qu’il y a plus de 1500m pour être dans le centre de la ville. Je m’attends plus ou moins à voir des gens connus comme Rudy mais je me dis qu’il doit être en plein boum au zoo. Je me ravitaille brièvement à Doué, pas avec ce dont j’avais rêvé mais je me contente de ce que Jean-Paul me propose et décide qu’un vrai repas sera mieux positionné à Montreuil-Bellay où il y a des commerces et des restaurants. Mais, ce n’est pas facile de tournicoter dans une ville médiévale avec un fourgon et Jean-Paul s’est un peu égaré si bien que je me retrouve à la sortie de la ville sur la route de Loudun avant lui. Il me rattrape avant le dernier giratoire où il me ravitaille. On a fait 50km et je veux au moins en faire autant voire dix de plus d’ici la nuit. Je repars un peu avant 14h pour affronter la route de la mort. Que de camions ! Et à chaque fois que j’en croise un je dois tenir ma casquette d’une main, souvent je me réfugie sur le bas-côté au risque de me faire une entorse, parfois comme il pleut un peu je reçois des gerbes d’eau. Mais j’avance… Après plus de 2h de galère et une pause ravitaillement d’une dizaine de minutes, je tourne enfin pour prendre une petite route sinueuse et vallonnée mais qui permet de digérer ce mauvais plat de poids lourds. J’arrive à Loudun par un côté que je ne connais pas ce qui donne l’impression que le temps ne passe pas vite. Je sais qu’ensuite je vais retrouver avec une joie mesurée ma D14 chérie qui conduit à Châtellerault. On traverse Mont-sur-Guesnes, ville-étape de la TranseGaule où je n’ai pas assez faim pour m’arrêter manger et je poursuis jusqu’à Berthegon où je me ravitaille et change de tenue. En mode nuit qui tombe, je choisis l’option prudence en enfilant la veste de pluie car ça menace au loin et je risque à tout moment de me prendre une bonne douche. D’ailleurs ça ne tarde pas, les pronostics étaient bons et je me retrouve sous une forte averse au niveau de Sossay (ça ne s’invente pas) où je retrouve sous une aubette de bus Pierre-Henri Jouneaux qui s’y est réfugié depuis peu. J’attends quelques minutes puis croyant que le temps allait s’améliorer je repars mais n’ai-je pas fait cent mètres que la pluie redouble de violence, alors tant pis, je fonce quand même et ferai plus tard l’état des lieux. Je cours encore une heure, sèche un peu et décide d’un commun accord avec Jean-Paul de stopper là la journée. Il est 23h15. Jean-Paul, à ma demande avait réservé un hôtel à Châtellerault, ainsi, nous marquons notre point d’arrêt à la bombe, à Thuré devant la mairie, et nous filons en camionnette vers l’hôtel où une bonne douche chaude me réchauffe. La nuit dans un vrai lit devrait me redonner des forces pour la suite. J’ai déjà parcouru environ 348km. La journée n’a pas été si mauvaise que ça en terme de kilométrage.

    Bilan du troisième jour : 108km.

     

    Quatrième jour

    Après une bonne nuit, trop courte, je me lève et me mets en tenue. Nous prenons le petit-déjeuner à l’hôtel et reprenons la route vers Thuré pour repartir de la marque laissée à la bombe la veille. Nous ne croisons personne, aucun coureur, et quand Jean-Paul fait le point des avancées individuelles nocturnes, je vois que j’ai pris un bon retard, mais je lui rappelle que mon objectif est quand même d’aller jusqu’à Sète et que le classement m’importe moins. Mais il a raison de me secouer un peu et ça me rassure car parfois j’ai l’impression qu’il est fatigué et je n’ose pas lui demander de poursuivre la route un peu plus longtemps. Mais comme on s’entend bien il n’y a pas de soucis.

    Il est 6h50 quand je redémarre. Une heure de « perdue » dans les transferts, mais une nuit relativement régénératrice, quand on fera la balance en fin de journée on verra si ce fut une bonne chose. En tout cas, j’ai des jambes et reconnais immédiatement les lieux de mes passages antérieurs. Reste à bien traverser Châtellerault et à se retrouver sur la route de Targé. Ce n’est pas une mince affaire. Pour moi, ça va, je connais les lieux, mais en véhicule c’est plus délicat. Je suis rendu à la sortie de la ville et je n’ai toujours pas revu Jean-Paul, je ne m’inquiète pas. Je suis contraint à un arrêt technique en urgence et quand je repars, la pluie se met à tomber violemment. Je suis de nouveau trempé et la journée ne vient que de commencer. Je retrouve Jean-Paul un peu plus loin et on se donne rendez-vous à la sortie de la route de Senillé quand on rejoint notre chère D14, à 10 kilomètres de Pleumartin. J’effectue là un long arrêt pour bien m’alimenter et commence à préciser l’objectif du jour : l’idéal serait d’arriver à Saint-Sulpice-les-Feuilles, autre ville-étape de la TranseGaule. Je vais tout mettre en œuvre pour y parvenir. J’ai rattrapé Patrice Loquet qui était reparti de Pleumartin avant moi et comme mon allure de course était plus rapide que la sienne je le laissais, mais de toute façon, je n’aime pas courir avec d’autres personnes sauf de temps en temps pour bavarder quelques minutes. On a prévu de faire un ravitaillement à Angles-sur-l’Anglins, dans un restaurant si possible, mais Jean-Paul qui y est allé faire un tour en est revenu en disant qu’il n’y avait rien d’ouvert. Bon, je me contenterai des pâtes aux œufs brouillés dont je commence à me lasser et j’aspirerais plus à ce moment à dévorer un croque-monsieur ou quelque chose dans le genre. Je repars en ayant pour cible Le Blanc qui est au kilomètre 404. Les noms des villages chantent de bons souvenirs quand je les traverse, Fournioux, Asnières, Sauzelles, St-Aigny et j’arrive enfin à Le Blanc sachant que je ne traverserai pas la ville et que je ne verrai aucun commerce sur mon passage où j’aurais pu m’acheter une pâtisserie ou autre gourmandise. La pluie est revenue, pas franchement si bien que je joue un long moment à enfiler puis à retirer ma verte protectrice. Je passe devant le Centre Administratif de la Gendarmerie Nationale où je vois des militaires revenir de leur footing. La suite sera plus humide ce qui me contraindra à effectuer un nouvel arrêt à Mauvières afin de me changer. Je conserve néanmoins mes chaussures après avoir changé de chaussettes et essoré la semelle. Encore un gros marathon pour atteindre l’objectif du jour. Je repars, direction Belâbre puis le joli pont sur la Gartempe où je me souviens avoir été filmé par France 3 avec Ulrich Zach un coureur allemand lors d’une TranseGaule. Il y aura bientôt le ravitaillement de Chaillac où j’espère arriver avant la nuit pour pouvoir en repartir et dormir à Saint-Sulpice-les Feuilles. La route monte, je m’en rends compte car la succession de bosses est forte et j’ai l’impression que les montées sont plus longues que les descentes. Il est 20h, le soleil donne encore quand je passe Lignac et Jean-Paul m’informe que Pierre Henri a une demie-heure d’avance. Peu m’importe, peut-être le verrai-je à Chaillac où je me doute qu’en tant que coureur solo il ne va pas manquer de bien s’y restaurer, voire d’y prendre une douche et peut-être – j’en doute – d’y dormir. Je ne m’arrête qu’un quart d’heure à Chaillac, le temps de manger une salade et un steak avec des pommes de terre. Je n’ai pas envie de traîner là même si plein d’amis sont présents avec qui j’aurais pris trop de plaisir et de temps à parler. Mais je ne veux pas casser ma dynamique qui me pousse vers Beaulieu puis Saint-Sulpice. Je vois néanmoins Bob qui a abandonné blessé à une cuisse, et Pierre-Henri qui finit de se restaurer. La reprise de la course en mode nuit est sympa, la frontale éclaire la route et les arbres, des petits yeux brillants me regardent, ce sont des vaches, parfois des chats, d’autres « je ne sais pas » et il m’arrive de me faire peur quand dans un fourré j’entends un animal qui est aussi surpris que moi détaler en faisant bruisser le feuillage. Après Beaulieu, un bon coup de barre sape mon objectif et avec Jean-Paul, on décide de s’arrêter à Lareux où je sais qu’il y a un petit étang au bord duquel nous devrions être tranquilles. Il est 23h30, j’ai presque atteint les 450km. Le contrat du jour est presque respecté. On le finira demain.

    Douche fraîche au cul du camion, il y a du vent et la bâche protectrice me permet simplement d’être caché à la vue des éventuels passants qui à minuit ne sont pas nombreux.

    Bilan du quatrième jour : 101km.

     

    Cinquième jour

    Le rituel du lever fait de moi un automate : j’enfile ma tenue, je prends mon café au lait dans lequel je trempe des boudoirs, déguste un bol de lait froid avec des corn flakes et je pars, vers mon nouveau challenge. Pendant mon repos, des coureurs sont repassés devant. Qui ? Quand ? Je n’en tiens pas compte, je fais ma course pas la leur. On contrôlera plus tard s’il y a besoin. Aujourd’hui je souhaite au moins arriver jusqu’à Faux-la-Montagne, Peyrelevade étant un peu trop loin après. Donc si j’arrive à courir au-delà de Faux, je serai ravi. Les premiers kilomètres se déroulent bien, des flots de souvenirs me bercent dans une douce nostalgie, mes fantômes m’accompagnent, coureurs des 9 TranseGaule qui ont à un moment couru ici avec moi. Quand j’arrive à Saint-Sulpice, il est à peine 7h du matin, ça va faire une heure que j’ai repris. Là, le parcours habituel cède la place à la route plus directe et aussi, je le constate rapidement, beaucoup moins vallonnée. Il n’y a pas beaucoup de trafic et c’est assez plaisant. Je vais arriver à La Souterraine assez tôt. On s’arrête un peu avant pour me ravitailler. Je n’ai toujours aucune douleur, quelques gênes dans les chaussures dues aux frottements et auxquelles je reste vigilant pour ne pas avoir de mauvaise surprise. Les releveurs vont bien, les quadriceps ne sont plus douloureux, les mollets aussi. Tous les voyants sont au vert. Seul bémol, mon alimentation qui devient plus difficile car je n’ai plus de goût à certaines choses que j’ai fait acheter à Jean-Paul et ça m’ennuie car il se démène pour me faire à manger et je ne le fais que du bout des lèvres. Parfois il anticipe et prépare des petites douceurs que je prends beaucoup de plaisir à manger. Le fait de beaucoup boire et de beaucoup boire sucré doit avoir une incidence sur l’appétit, je l’ai déjà mesuré lors des 24 heures par exemple. A la Souterraine, ça fait vingt bornes que je suis reparti et il faut plusieurs kilomètres pour la traverser et se retrouver enfin sur les routes toutes calmes. Je ressens de plus en plus le besoin d’être ravitaillé plus fréquemment : un ravitaillement à Saint-Priest-la-Feuille, puis le profil se met peu à peu à s’élever, je monte « la Côte » puis passe Chamborand où je remange et recharge mes bouteilles puis Bénévent-L’Abbaye où à nouveau j’effectue un long arrêt. Encore dix bornes et j’aurai fait la moitié de la MilKil. Je me fais doubler par David Le Broc’h juste avant ce 500ème kilomètre au niveau de Leychameau où je m’arrête quelques minutes pour faire des photos, une petite vidéo et faire le point avec Jean-Paul qui est fatigué et à qui je propose de filer plusieurs kilomètres en avant afin de pouvoir dormir une ou deux heures. On se fixe un rendez-vous à Bourganeuf, vers la tour Zizim. Je serai en autonomie pendant tout ce temps, mais ça devrait pouvoir le faire sans problème. Me voilà reparti et il commence à faire chaud quand le soleil perce entre deux nuages. Jusque-là, la météo a été assez correcte, mais on reste toujours sous la menace d’un orage tant de gros nuages sombres nous entourent sur les hauteurs environnantes. Je mène ma barque comme il faut, gérant les divers reliefs, David me repasse devant, je l’avais dépassé lors d’un de ses nombreux temps de repos, et je ne le reverrai plus du tout une fois sur la route plus fréquentée qui conduit à Bourganeuf. J’allais atteindre le panneau d’entrée de cette ville quand soudain il se met à pleuvoir. Le temps de sortir ma veste de pluie et je suis déjà trempé et je trouve un abri sous un arbre, éphémère car les trombes d’eau balaient tout sur leur passage, je me faufile entre les flaques pour chercher un havre de paix en vain. Je décide d’avancer après avoir essayé de contacter Jean-Paul qui me dit qu’il est à l’entrée de la ville, donc pas loin. Je mets du temps à le rejoindre et la pluie a cessé quand j’arrive au camion. J’y pénètre et me change entièrement. Je vais aussi bien me ravitailler car je veux tenir jusqu’à Faux et il y a une longue montée vers Royère-de-Vassivière situé à un semi-marathon d’ici. Nouvelle tenue, nouvelles chaussures, le ventre plein, je repars. Cumulés, mes arrêts du jour dépassent déjà les 90 minutes et il ne faudrait pas que j’y prenne goût. Il est 17h20 quand je sors de la camionnette pour me diriger vers la suite de mon étape du jour. Je rencontre Patrick Kerzerho un coureur rencontré sur la Via Iberica. Il m’accompagne avec sa famille quelques hectomètres et ses encouragements font chaud au cœur. Il me laisse là où la pente est trop forte pour que je la monte en courant. Par la suite, le profil s’adoucit, la route descend même pendant un long moment avant de reprendre son inclinaison moyenne qui me permet de courir jusqu’à le Breuil puis le Compeix où je me ravitaille. Je dis à Jean-Paul d’avancer jusqu’à Royères où l’on fera le point. Il y a un point d’eau pour remplir les jerrycans et peut-être encore des commerces ouverts. Les paysages au crépuscule sont magnifiques, éclairés par un soleil timide souvent caché par de gros nuages menaçants. J’espère qu’il ne pleuvra plus car j’ai eu ma dose et je n’ai plus envie de jouer à enfiler mon coupe-vent. Je passe Royères non sans avoir un peu eu de mal à monter les derniers hectomètres où j’en ai profité pour donner des nouvelles en direct à Pascale par téléphone et je me retrouve dans la descente qui mène jusqu’au lac. Je dis à Jean-Paul d’avancer jusqu’à Faux-la-Montagne pour voir où s’installer au cas où je n’en pourrais plus. Je suis équipé en mode nuit et porte mon ravitaillement pour cette longue période. Au sortir des bords du lac, la montée vers Faux commence et une brume se lève progressivement. C’est beau, j’entends les oiseaux qui se préparent à dormir, j’en aperçois d’autres, prédateurs nocturnes, qui sont aux aguets et qui parfois sortent de leur antre pour fondre sur une proie, petit mulot ou grenouille. Je passe le banc des Gaulois et sais qu’il ne reste plus beaucoup de distance jusqu’à Faux où j’aperçois qu’un café est encore ouvert en contre bas de la route. Mais je n’ai pas envie d’y aller même si une petite bière m’aurait comblé. Il y a plus urgent, enfiler les bornes pour ne rien regretter après. A Faux, on décide de poursuivre au-delà de la sortie et Jean-Paul trouve après le lac une aire de stationnement où se trouve déjà un semi remorque transportant des billes de bois. On fait la halte ici, il est 23h15. Nous sommes au kilomètre 553 environ.

    Je prends un semblant de douche dans les mêmes conditions que la veille avec la bâche qui vient se coller à moi telle un rideau de douche d’hôtel bon marché, mais ça fait du bien de se sentir propre quand on va se coucher. La nuit sera courte mais je vais essayer de m’endormir le plus rapidement possible.

    Bilan du cinquième jour : 104km.

    Sixième jour

    Au réveil, il est 5h et je me sens bien malgré le froid ressenti pendant la nuit. Je me dis qu’il faudra gonfler mon matelas de secours et le mettre sur mon lit de camp afin d’avoir une meilleure isolation la nuit prochaine. En attendant, je prends mon petit-déjeuner et enfile paresseusement ma tenue. Je me fixe de petits objectifs consécutifs sachant qu’il faudra arriver au moins jusqu’à Mauriac ce soir, l’idéal étant de dormir à Salers. Pas infaisable, mais il ne faudra pas musarder sur la route et comme je sais ce qui m’attend, j’en salive déjà. Donc il est 5h40 quand je mets les voiles. Dans l’aube naissante, je me régale de ce que je vois, les bois, les champs ou les prairies, le lac de Chamet et la route monte peu à peu vers Peyrelevade. Je fais un arrêt en urgence dans un champ, puis en profite pour me ravitailler et filer ensuite vers l’ancienne capitale de la TranseGaule. A Peyrelevade, je pensais m’arrêter prendre un petit-déjeuner avec des viennoiseries, mais à l’heure où nous passons, il n’y a rien d’ouvert, sauf le bar PMU qui ne vend même pas de quoi prendre autre chose qu’un café. Avec Jean-Paul on s’arrête un peu plus loin pour que je mange. On fait une pause route des … pauses, nom donné à la D21 à cet endroit. Dix minutes me suffisent et je pars à l’assaut du plateau de Millevaches qui se trouve à quelques kilomètres de là. Je me ravitaille de nouveau un peu avant d’être arrivé à l’intersection, puis au carrefour je jette un coup d’œil derrière à gauche pour admirer la chaîne des Puys encore auréolée de nuages plus ou moins menaçants. La route ondule jusqu’à Millevaches et un peu au-delà avant de descendre vars Meymac. On a rendez-vous à la fourche située à 4 kilomètres avant la ville. Comme ça fait plus de 4h30 que je suis reparti de Faux, la faim est plus forte et je prends le temps de bien m’alimenter surtout que Jean-Paul va me laisser jusqu’à la sortie de Meymac où il ira faire des courses dans un supermarché. Vingt minutes d’arrêts et tout revigoré je m’attaque à la montée vers cette petite ville touristique et assez fréquentée. J’y pénètre et une fois dans le centre, je me trompe de direction ayant mal interprété et le road-book et le fléchage. Quand je vois que je ne reconnais plus mon terrain de jeux, je fais demi-tour et retrouve enfin la vraie route. Je suis un peu désabusé et me mets à marcher. Je fais une pause en retirant de l’argent au distributeur puis en m’achetant des gâteaux et des boissons dans une excellente pâtisserie. Qu’ils sont bons les gâteaux locaux, à la crème et au chocolat ! Et les coca et orangina que je bois sont autant de plaisirs. Je suis de nouveau en pleine forme et pars vers la route de Combressol où je retrouve Jean-Paul qui m’a acheté plein de bonnes choses qu’on dégustera quand j’aurai de nouveau faim, soit vers Palisse à une vingtaine de kilomètres de Meymac. Sur cette petite route calme et vallonnée, je franchis les 600km à 13h15 soit à peine 24h après le passage des 500km et j’ai hâte d’arriver à Palisse. Là, j’ai une pensée pour Paulette, ancienne marraine de la TranseGaule chez qui on s’arrêtait naguère boire un coup en ne manquant pas de la saluer. Elle nous a quittés depuis plusieurs années, mais à chaque passage on pense bien à elle. Avec Jean-Paul on fait escale devant le fronton où deux cloches n’attendent qu’une chose, qu’on les fasse tinter. On s’abstient de le faire pour préparer des galettes garnies d’œufs, d’andouille, de knackis et de fromage râpé. J’en engloutis deux avant de finir par deux galettes au sucre. Le tout avec une bière, ainsi je vais pouvoir tenir jusqu’au bas de la descente de la Dordogne. Mais avant, on doit arriver à Neuvic et comme ça fait une demie heure qu’on s’est arrêtés, il ne va pas falloir traîner. Je file donc vers mon prochain objectif : le pont sur la Dordogne. Jean-Paul va pouvoir prendre de l’avance et se reposer en m’attendant. C’est long jusqu’à Neuvic et ça met du temps avant de vraiment descendre une fois que je suis sur la route plus fréquentée vers la Dordogne. Les sept derniers kilomètres sont vraiment en descente et je commence à ressentir une gêne dans mes chaussures ce qui ne me permet pas de dévaler aussi vite que je le souhaite et comme les quadriceps sont un peu endoloris, je cours à mon allure sans chercher à me surpasser. Un kilomètre avant le pont, Jean-Paul s’est installé. Je me ravitaille mais j’ai très envie de dormir. Je m’allonge et sommeille une bonne trentaine de minutes avant de repartir, franchir le pont et entamer la montée vers Mauriac. Quelques photos et vidéos prises sur le pont puis je rentre dans la côte : j’adore et mon allure est bonne, je suis régulier, j’évite d’alterner trop souvent la course et la marche sauf pour les virages en épingle mais j’accumule les kilomètres et ça fait du bien à la tête. J’arrive à la petite fourche – me remémore au passage Jacques Sirat, le cyclonomade, dormant dans son hamac au ravitaillement - où je prends une dernière petite collation avant Mauriac où je demande à Jean-Paul de trouver un restaurant où dîner. L’itinéraire quitte celui de la TranseGaule quelques kilomètres avant Mauriac et le rejoint plus loin en ayant permis d’éviter les camions et voitures qui roulent vite encore en cette fin de journée. Le restaurant trouvé par Jean-Paul est celui où nous allions dîner avec la TranseGaule les soirs des étapes se terminant à Mauriac. Ce n’est plus le même propriétaire, mais le menu est attrayant. Un sérieux panaché en guise d’apéritif, on prend un menu chacun mais c’est tellement copieux que je ne finis pas l’assiette de charcuterie pour pouvoir mieux déguster mon steak purée. On zappe le fromage qu’on emmène avec nous et on termine par une glace. Cet arrêt où je me change par la même occasion nous prend une heure dix et avec le repos de fin d’après-midi, je crains pour l’objectif du jour. Lionel Rivoire arrive au moment du dessert, il s’attable en salle et demande s’il peut dormir à l’hôtel mais pas dans une chambre pour ne pas avoir à payer trop cher. Enfin, il s’arrange comme il peut avec le patron. Il est 21h40 quand je cours de nouveau pour essayer d’arriver à Salers le plus tôt possible. Il n’en est rien, trop fatigués, Jean-Paul et moi nous décidons de nous arrêter à Nuzerolles au kilomètre 654 car le profil vallonné du parcours m’a fait perdre de ma capacité à relancer et j’ai pris goût à la marche en montée ce qui ne fait pas avancer véritablement le compteur. On s’installe, il est minuit, il faut se laver et se coucher. On verra demain pour compléter ce qui manque aujourd’hui.

    Bilan du sixième jour : 101km

     

    Septième jour

    La nuit est mouvementée car je souffre de douleurs sourdes dues au repos, à la position allongée et je ne peux vraiment en trouver une bonne qui ne me fasse pas mal. Je me couvre bien, je n’ai pas froid et je dors jusqu’au réveil à 5h environ. Les préparatifs et rituels me prennent trois-quarts d’heure et je recommence à courir. Jean-Paul a consulté comme souvent le site SoluChrono pour vois où en sont les autres coureurs, il m’apprend que des abandons ont eu lieu, que des coureurs n’avancent plus bien vite et que d’autres sont passés devant comme Lionel et Patrice. Pierre-Henri est loin devant maintenant. Derrière, j’ai une bonne marge d’avance sur Alexandre et Mimi et les autres sont encore plus loin encore. Je vais essayer de revenir sur les deux plus proches de devant, comme il y a de la montagne et que je n’y suis pas « manchot », je ne devrais pas perdre de temps à défaut d’en gagner. Ma course est fluide, je n’ai pas trop de gêne aux pieds, je cours un peu plus sur les plantes depuis quelques jours ce qui modifie ma posture et ne provoque pas de tendinite comme cela peut arriver parfois. A Salers, je cherche en vain un endroit pour aller aux toilettes, tant pis, je vais dans des fourrés et une fois reparti je tombe sur des toilettes publiques. Tant pis, c’est trop tard. Je vois les accompagnateurs de Patrice et j’ai l’impression qu’ils font des pointages car quand j’arrive ils m’encouragent et repartent aussitôt vers l’avant où se trouve leur coureur. Je vais descendre la route « du Salers de la peur », « celle-qui-vous-nique-les-releveurs », ça tournicote dans tous les sens et au bout d’un moment ça se calme et ça descend normalement de telle manière que je n’ai pas à freiner simplement à me laisser porter par la pente. A Fontanges, je rattrape les deux acolytes Patrice et Lionel que je laisse sur place pour attaquer mon gâteau préféré : la montée vers le col du Légal. Plus de 500m de dénivelé positif en 9 kilomètres, ce n’est pas grand-chose, mais il faut quand même les monter. Je ne fais que de très courtes pauses où je marche et relance dès que je sens que mon allure faiblit. J’atteins le sommet à 9h25 et je m’y ravitaille rapidement constatant que les deux autres coureurs ne sont pas en vue. 9h40 et je file vers les deux cols suivants puis entame la route des crêtes ; J’ai bien chaud, il y a du soleil, l’ombre est rare quand la route n’est pas bordée d’arbres. Les différents paysages se laissent admirer et au détour de quelque virage on découvre les villages des vallées côté est ou côté ouest. A une dizaine de kilomètres d’Aurillac je me ravitaille une dernière fois avant la grande ville où je ne retrouverai Jean-Paul qu’à la sortie. Je me débrouillerai pour acheter si j’en ai besoin de quoi manger et boire. Je passe le 700ème kilomètre à 12h52, soit un peu moins de 24h après le 600ème. A certains endroits on a une vue plongeante sur Aurillac, la ville approche et la dernière descente assez raide vers la ville me rappelle les départs de l’ENILV (Ecole Nationale d’Industrie Laitière) lieu où nous faisions étape lors des TranseGaule « première génération ». Une fois dans la ville, je retrouve des lieux connus mais vite on quitte le parcours « habituel » pour aller au plus court mais pas au plus intéressant pour traverser la capitale du Cantal. Je trouve une boulangerie pâtisserie où j’achète une pizza et une quiche ainsi que deux cocas ; je me mets à l’ombre et m’assois pour manger tranquillement. Je repars vers la sortie interminable d’Aurillac et me fais héler par une personne qui me connaît : Florence Barbier, une amis de Dédé Caroff, un des participants (le plus âgé, 76 ans). Elle m’encourage et me prend en photo. Je repars et trouve enfin Jean-Paul qui est avec des amis à attendre mon passage. On se cale pour la suite et se donne rendez-vous à Arpajon-sur-Cère. Là, nous décidons que Jean-Paul avance par sauts de puce jusqu’à Sénilhès puis je lui demande de prendre encore plus d’avance pour pouvoir s’octroyer un temps de repos conséquent. Il m’attend après Sénilhès quand il faut quitter la route principale pour courir en toute tranquillité sur la petite route de Cabrespine jusqu’à Prunet où il me ravitaille à nouveau avant d’aller m’attendre plusieurs kilomètres plus loin. Je sera quelques temps en autonomie et je compte bien m’arrêter dans un commerce si j’en ressens le besoin. C’est ce que je vais faire à Lafeuillade-en-Vézie où une boulangerie-pâtisserie m’accueille avec un grand choix de gâteaux frais et de boissons. Je me fais plaisir et m’achète comme à Meymac la veille quelques spécialités locales. Les boissons trop fraîches mettent plus de temps à être ingurgitées, mais je suis bien calé et après avoir trouvé une poubelle pour me débarrasser des détritus, je repars en courant vers Cassaniouze à une quinzaine de kilomètres d’ici où nous devrions faire une halte repas et changement de tenue pour descendre vers le Lot dans le crépuscule. J’ai un peu chaud en ce milieu d’après-midi et l’ombre n’est pas fréquente mais la route est en descente et je n’ai pas à forcer pour courir, ça trotte tout seul. A Cassaniouze, j’espère trouver un restaurant, je sais qu’il y en a un dans le bourg où on est bien reçu d’après JB et Xavier qui y sont passés. Mais quand j’arrive au panneau d’entrée, je vois le camion garé avant le centre-bourg où Jean-Paul m’attend. Il n’a pas souhaité aller voir dans le centre du village de crainte de se perdre et de se retrouver bloqué avec le camion. Donc, en guise de repas au restaurant on se contentera de ce qu’il m’a préparé. J’ai apprécié de manger des lamelles de fromage d’hier de Mauriac sur des petites tartines de pain. Je mange aussi des pâtes avec des œufs brouillés qui passent moyennement, mais quand j’en ai fini de dîner, je suis arrivé à satiété. Je change de tenue et de chaussures pour la descente car j’ai un peu mal aux pieds et ne souhaite pas me faire d’ampoules ; ça picote quand même au niveau de certains orteils et sur les côtés là où la semelle de propreté frotte sur le bas du talon. Je n’ai pas encore d’ampoule, j’ai vérifié, je remets de la crème et repars donc revigoré vers le Lot et l’objectif du jour qui est d’arriver au moins à Conques-Faubourg à défaut de pouvoir atteindre St-Cyprien-sur-Dourdou, village-étape de la TranseGaule où je passerai pour la onzième fois (9 sur la TG et 1 lors de la TransEurope). La descente aurait pu être agréable, mais j’ai mal aux pieds à chaque foulée et suis obligé de me retenir car les quadriceps sont courbaturés. Je ne peux dévaler à 10 ou 12 comme parfois lors des TranseGaule et c’est très frustrant. La route est calme, quelques autos viennent troubler le silence d’où sortent parfois quelques chants d’oiseaux et aboiements de chiens des habitations rares aux alentours. Un petit ravitaillement en bas de descente juste avant le pont de Coursavy sur le Lot interdit aux véhicules qui doivent faire le tour. On arrive à Grand-Vabre, il reste environ 6 kilomètres avant Conques-Faubourg et 13 pour éventuellement aller jusqu’à St-Cyprien. La nuit est tombée, je suis en mode zombie et demande à Jean-Paul de trouver un endroit tranquille à Conques-Faubourg pour faire escale. Après d’infructueuses recherches il finit par trouver un parking à côté du camping qui est fermé. On dormira là au kilomètre 759 du road-book. Il est 23h30 et le temps de se laver et de se coucher, minuit est déjà passé.

    Bilan du septième jour : 105km.

     

    Huitième jour

    Réveil 5h, petit-déjeuner, mise en tenue et début de la course à 5h43. Je pars dans le petit matin à l’assaut de Rodez et de la suite de la MilKil qui me fera quitter la route connue de la TranseGaule pour celle moins habituelle pour moi de la MilKil. Premier objectif, arriver à St-Cyprien-sur-Dourdou pour reprendre un petit déjeuner de complément. Cela tombe bien car je profite aussi des sanitaires de la place du village et quand je finis mon café, je peux tranquillement filer vers Marcillac où Jean-Paul doit m’attendre et y effectuer quelques achats. Je me suis débarrassé des vêtements trop chauds que j’avais enfilés car le soleil n’est certes pas encore apparu par dessus les hauteurs mais il commence à faire plus que bon. Je passe l’entrée de Marcillac et mon assistant aux petits oignons m’attend là un peu dépité car bloqué par le marché qui a lieu juste le jour de notre passage. Tant pis, ce qu’il me propose me convient parfaitement et je dévore les bouts de fromage – Cantal et Salers – comme un mort de faim. Je repars et il me retrouve à la sortie du village au pied de la terrible montée qui permet d’éviter la route très dangereuse vers Rodez. Là, il me dit qu’il retourne faire quelques achats sur le marché et qu’il me rattrapera pour me ravitailler. Je monte en marchant jusqu’au second lacet et comme la pente s’adoucit, je reprends alors la course. Les gens qui vont au marché en passant par cette route tranquille en font une route dangereuse du coup et je dois me méfier car ils ne savent pas forcément qu’il y a des coureurs dans le coin. Mais les Aveyronnais sont un peu fêlés du bocal quand ils ont un volant dans la main, ça, je l’ai appris au fil de mes passages dans la région. Une fois sur le plateau, Jean-Paul me retrouve et me ravitaille. On détermine la stratégie pour la suite de la journée : j’ai une énorme envie de poulet rôti – souvenirs des récits de Charles Payen lors de sa MilKil – et de chips. Mon accompagnateur préféré va prendre les devants pour effectuer ces achats à Rodez où l’on doit se retrouver dans quelques heures. Je connais la route, j’ai de quoi subvenir à mes besoins en boissons et aliments énergétiques jusque là-bas. Il me donne une banane et un pain aux raisins rassis – merci les vendeurs du marché de vous foutre de la gueule des clients – et je peux tailler la route. Sur le plateau bosselé il fait chaud par moments et l’ombre rare y est appréciée. J’atteins rapidement la partie trail de la MilKil, une portion de quelques centaines de mètres comme dans le lit d’un torrent tant il y a de grosses pierres roulées dans le chemin. Quand j’en finis avec cette partie, je ne suis pas encore sur la piste cyclable, mais elle n’est plus très loin et je pourrai ainsi courir sans être toujours sur mes gardes. J’ai chaud, le soleil me brûle les bras, je me protège bien la tête, et j’avance. Pas question de caler pour des bobos de chochottes, on fera les comptes ce soir où j’espère encore grappiller des bornes pour laisser la concurrence à distance et surtout pour me rapprocher de la barrière des 9 jours que Jean-Paul a réussi à me mettre dans la tête. C’est faisable, mais il ne faut pas que le prix à payer soit trop élevé. Je ne veux pas finir en charpie à Sète mais en bonne santé. Je pénètre dans Rodez, emprunte les trottoirs connus et me dirige sans difficultés si ce n’est la grosse montée que je fais en marchant vers le haut de Rodez là où on prend la direction de Le Monastère. Jean-Paul m’attend sur le bord de la rue qui descend vers le bourg, à cheval sur la chaussée. Il est midi. On va s’arrêter manger là, mais on doit déplacer un peu le véhicule pour ne pas gêner. Une fois installé sur ma chaise je peux découvrir le poulet rôti et les chips qui me faisaient tellement saliver. Je dévore deux cuisses et plusieurs petits paquets de chips tout en me déchirant les lèvres déjà brûlées par le soleil ; ça pique, ça saigne, mais comme j’ai faim ça n’est pas grave. Je passe 45 minutes à me ravitailler et je peux ensuite partir en direction de Flavin où j’aurai déjà passé la marque des 800km depuis peu. On quitte le parcours de la TranseGaule et je redécouvre cette nouvelle carte postale. J’en ai des souvenirs d’une grosse dizaine d’années quand j’avais couru les 84 premiers kilomètres de la MiniMilKil (200km de Rodez à Sète, organisée en parallèle à la MilKil en 2009). La route est assez vallonnée faisant de beau et longs lacets au niveau de La Capelle-Viaur, Connes et Trémouilles. Cette succession de montées et de descentes en plein soleil donne chaud mais comme il y a un peu de vent et que celui-ci vient de l’arrière, ce n’est pas si désagréable que ça. Sur les coups de 16h, on fait une petite halte d’une demie-heure pour me ravitailler, soigner mes ampoules et essayer de dormir un peu car je somnole un peu sur ces routes. 15 minutes suffisent. Je suis parfois entouré de champs d’éoliennes, on est sur les hauteurs et il y a du vent, donc ça tourne. On redescend vers le lac de Pareloup après être passé par Canet-de-Salars, ensuite vient Salles-Curan et puis Bouloc. Je suis impatient d’arriver en haut du col de Vernhette (1029m), encore un peu plus de deux bornes. J’anticipe sur la descente qui va être longue : comme mes pieds sont douloureux et que je ne veux pas aggraver leur état, je change de chaussures et en mets une paire où je glisse une semelle de propreté différente de celle d’origine. La seconde n’absorbe pas l’eau et reste donc sèche contrairement à celle d’origine que je suis parfois obligé d’essorer par grande sudation. Si la semelle est sèche, les chaussettes vont aussi le rester et les frottements n’en seront que réduits. La seule partie où je ne peux rien faire sinon de protéger les pieds ce sont les bords de ces semelles qui abrasent les côtés de part et d’autre de mes talons. J’ai mis des pansements protecteurs, on verra ce soir ce que ça donne. Le passage du col laisse peu à ; peu découvrir la vue sur le viaduc de Millau. Il est éclairé tout comme les éoliennes au loin sur les hauteurs qui clignotent d’abord en blanc et qui vont peu à peu passer en éclairage de nuit, rouge. Je ne suis qu’à une quinzaine de kilomètres de mon objectif minimal du jour qui est Saint-Rome-du-Tarn au moins, même si, je souhaiterais à ce moment commencer à monter vers Lauras. La descente vers le Tarn tout comme les deux longues vers la Dordogne puis le Lot n’est pas si facile que ça, car à chaque foulée je ressens une gêne, voire une douleur. J’ai adapté ma foulée et cours plus fréquemment sur les plantes et moins sur les talons ce qui atténue les mauvaises sensations, mais je sais que je risque de développer des tendinites de compensation si je ne reste pas concentré. J’ai déjà les mollets qui me « chatouillent » par endroit, une drôle d’impression au niveau des cous-de-pied qui n’est pas sans me rappeler les prémices des inflammations aux releveurs. Je ne focalise pas dessus plus que de raison et ça finit par passer. Tout est une question de gestion de la douleur et de l’importance à donner à certains symptômes. Mais celui qui s’arrête au moindre petit bobo, qui panique, qui angoisse en s’imaginant les pires choses risque fort de le développer encore plus. Alors, on « mord dans le bâton » et on taille la route. Ainsi après de longues minutes de descente et une non moins longue partie sinueuse dans le noir total – j’avais ma frontale en mode éco et je ne voyais pas aussi loin que lorsque la batterie était chargée à bloc - je parviens enfin à Saint-Rome-du-Tarn. Là, Jean-Paul m’attend, me ravitaille et après un petit débriefing on décide d’essayer de continuer un peu, au moins jusqu’à la sortie du village. La remontée dans Saint-Rome est jolie, un bar-restaurant est encore ouvert mais nous ne nous y arrêtons pas, plus loin les rues sont bordées de lumières bleues dans un sens et jaunes dans l’autre. Au bout de quelques minutes, la fatigue aidant on trouve un lieu où nous installer, le long d’une entreprise fermée. Je fais une petite toilette, prépare mes affaires pour le lendemain et me prépare à dormir non sans avoir soigné deux ampoules et remis des pansements protecteurs dessus. Il est minuit presque, et nous sommes au kilomètre 860 à peine.

    Bilan du huitième jour : 101km. On n’a pas grappillé sur les moins de 9 jours. Tant pis.

     

    Neuvième jour

    5h le réveil me réveille. Comme un automate je procède à mes rituels et à 5h45 je repars dans la montée vers Lauras. Je cours bien, ne claudique pas trop car peu à peu les pieds prennent leur place dans les chaussures et ne me font pas mal. Les ampoules soignées la veille au coucher sont encore endormies. Ça monte jusqu’à Tiergues, bien connu des coureurs des 100km de Millau, puis ça descend jusqu’à Lauras où au sortir du village je fais un bref arrêt en urgence. Roquefort est à 3 kilomètres, il commence à y avoir des voitures qui circulent, les embauches de 8h sans doute. La route continue de monter jusqu’au col des Aiguières puis redescend tranquillement. On s’arrête un petit quart d’heure pour grignoter et boire, je reprends mon chemin vers St-Beaulize puis Fondamente, passe le col de Pérail où je recharge mes bouteilles puis file vers le Clapier. Je vais passer le 900ème kilomètre dont j’attends la marque au sol. Celle-ci apparaît au loin et je regarde l’heure qui m’indique qu’on est encore plus tôt que pour les 800. 12h09 aujourd’hui pour 12h50 hier. J’ai donc bien avancé malgré l’impression de me traîner. Cette impression, je la ressens depuis quelques jours : m’étant habitué à courir entre 9 et 10km/h à l’entraînement, la perception du temps et des distances est chamboulée là car je n’avance qu’entre 6,5 et 8km/h. Donc de 6 minutes à 6 minutes 40 pour faire un kilomètre, je suis descendu à des kilomètres qui durent entre 7 minutes 30 et 9 minutes. D’où cette impression d’être collé au bitume. De plus, la foulée est encore plus lourde malgré mes efforts pour rester sur les plantes et ne pas trop attaquer du talon. Mais de ne pas être arrêté permet d’engranger les bornes et au bout d’un moment le cumul est appréciable. On passe le Clapier puis on fait une pause déjeuner de trente minutes dans un virage à l’ombre. Je me restaure quand un quad passe suivi de deux chiens. Quelques temps plus tard, le quad repasse suivi d’une grosse centaine de moutons encadrée par les chiens qui viennent néanmoins quémander qui un bout de poulet qui un bout d’autre chose. Je regarde l’état des ampoules, change de chaussures en prévision de la rude et longue descente vers Lodève qui surviendra quand j’en aurai fini avec la future montée vers Roqueredonde et au-delà. Avant cela il faut descendre jusqu’au pont sur l’Orb où se trouve écrit sur le bitume « Les héros dans l’Hérault ». Là, ça monte pendant 7 kilomètres mais la pente n’est pas méchante, la route est souvent ombragée car c’est très boisé sur ces hauteurs et j’arrive au sommet pour une douzaine de kilomètres de descente assez marquée. Au début, j’ai du mal à me réhabituer à descendre et à être obligé de freiner pour ne pas me laisser emporter et me blesser, de plus les zones d’ombre sont rares selon l’orientation de la route. Le panorama en revanche est grandiose : on aperçoit la Méditerranée et on voit même Sète et le Mont Saint-Clair où je compte arriver avant demain midi. Il reste un peu plus de 80 kilomètres, ça va être trop juste de les faire avant demain matin 6h30 (synonyme de moins de 9 jours) mais on va essayer. Mais ça pique, ça torture les pieds, les orteils, je me demande si la prudence ne serait pas de ralentir encore plus sinon je vais déguster ce soir ou demain après l’arrivée. Pas de compromis, je file, pas très rapidement mais pas non plus trop lentement. Derrière, je ne sais pas où en sont les autres, et sachant qu’ils sont capables de ne pas dormir de la nuit, je choisis d’avancer coûte que coûte. C’est qu’au chrono j’ajoute l’ambition de la place. Pour l’instant virtuellement je suis 5ème derrière Stéphane, Annie et Rémi déjà arrivés et Pierre-Henri qui a trop d’avance et devrait en avoir fini en soirée. Reste Markus parti 48 heures après nous et qui pourrait jouer les trouble-fêtes et venir s’intercaler. C’est long de descendre en freinant, en contrôlant chaque foulée et en essayant quand même de regarder le paysage. J’arrive enfin à Lodève où je suis fatigué et où je décide de marcher jusqu’à ce que je trouve un commerce dans lequel je pourrai acheter de quoi manger et boire. Mais à l’heure de la sortie des classes, il n’y a rien d’ouvert dans ce patelin. Il faut monter en ville si on veut trouver des commerces, mais je n’en ai pas le temps préférant avancer. Je trouve néanmoins un bureau de tabac où j’achète 1,5l d’eau et deux cocas. Je vidange mes trois bouteilles de boissons tièdes et les remplace par de l’eau fraîche et je bois mes deux cocas qui sont tellement froids que j’en ai le hoquet. Je marche vers la sortie de la ville et je retrouve Jean-Paul que j’avais envoyé au devant afin qu’il puisse se reposer et prépare de quoi manger. On stoppe le long du Puech pour un arrêt ravitaillement et soin des pieds de presqu’une heure. Dans une quinzaine de kilomètres, il va falloir passer trois gués dont deux pourraient m’amener à déchausser, alors avec Jean-Paul on élabore un scénario : il m’attend juste avant de quitter la route principale, j’enfile des chaussures qui ne craignent rien et j’emmène les crocs que j’enfilerai pour passer dans l’eau. Il m’attendrait juste après et je referai le changement de chaussures. En réalité, comme je viens de changer mes pansements, je décide de courir avec une paire normale et de traverser les gués et si je me trempe les chaussures, j’en changerai tout simplement ainsi que les chaussettes. Le temps pour arriver aux gués est long car il faut passer d’abord par de petites routes vallonnées et bordées de vignes et de vieilles usines, en plein soleil, puis avant de retrouver la route principale je traverse une sorte de désert rouge où il devait y avoir de l’uranium. Sur la route principale il faut rester vigilant car le petit chemin qu’il faut prendre sera fléché mais il ne faudra pas rater le fléchage. J’arrive à l’endroit où nos routes se séparent avec Jean-Paul. Lui, va devoir contourner le lac pas Salasc et retrouver notre point de rendez-vous. Moi, je tourne à gauche et commence à me diriger vers les gués. Le premier se passe sans soucis car il est à sec, le second et inondé mais j’ai repéré sur la gauche un endroit plus étroit où il y a quelques pierres plates déjà disposées dans le lit du cours d’eau. J’en ajoute deux autres, grosses et plates, sur lesquelles je pose mes appuis sans me mouiller les pieds. Yes ! Encore un à passer. J’y arrive et là, c’est plus problématique à première vue mais j’aperçois des campeurs en amont et décide de me diriger vers ce qui semble être un passage possible. En effet, en déplaçant quelques grosses pierres je réussis à m’en faire des plots sur lesquels je pose mes pieds et réussis à traverser. Tout content je rejoins la route où je retrouve Jean-Paul. Un Jean-Paul à la mine déconfite. Il m’explique qu’il est en panne d’essence. Il me dit qu’il a appelé un taxi qui lui apportera un bidon de gasoil depuis Clermont-l’Hérault. Pas de panique, je vais me ravitailler, prendre de quoi tenir jusqu’à plus tard et il me rejoindra quand le problème sera résolu. Je file en pensant que mon objectif du jour est de passer après Clermont et même d’arriver jusqu’à Canet où il ne restera plus qu’un marathon à faire. Là, on avisera. On n’y est pas, mais ça met du piment pour la fin de la journée. J’ai l’équipement semi-nocturne avec moi et j’avance en regardant les familles plier leurs affaires après avoir passé une journée au bord du lac, les surfeurs ou véliplanchistes aussi remballent leur matos. Moi, je cours et je contemple les monticules de terre rouge sur lesquels des gens ont écrit leur prénom avec des cailloux blancs. Je croise un taxi à qui je fais un signe de la main, peut-être est-ce celui qui vient dépanner Jean-Paul, je poursuit et longtemps après je me faire rattraper par le dit taxi suivi de mon véhicule d’assistance en bon état de marche. Jean-Paul et le taxi vont à la station de Clermont et Jean-Paul me rejoindra là où je serai. Je passe donc soulagé le village de Liausson et file vers Clermont. À Clermont, peu avant l’entrée, l’itinéraire fait prendre les coureurs à gauche mais les véhicules n’y ont pas accès. Je n’ai pas vu Jean-Paul qui a dû filer vers le centre de Clermont. Il me retrouvera bien. Par contre, je commence à mettre la frontale et m’aperçois que ce n’est pas l’habituelle, celle-ci éclaire moins bien la route et je sens que les piles sont faiblardes. La route n’est pas facile à lire et les descentes comme les montées sont très raides. Je décide de marcher jusqu’à ce que ça se calme. Je contacte Jean-Paul pour lui donner rendez-vous au collège du Salagou à la sortie de Clermont où je le retrouve enfin. Nouveau ravitaillement et on décide de continuer jusqu’après Canet. La course en nocturne se passe bien, de rares voitures me croisent, le ciel est étoilé, j’aperçois au loin les lueurs des villes et villages environnants. J’arrive à Canet que je traverse et peu après avoir passé le pont suspendu sur l’Hérault, nous décidons de faire une pause pour dormir un peu. Il est minuit vingt. Je demande à Jean-Paul de mettre le réveil à sonner dans une heure pour repartir de plus belle et d’engranger les kilomètres avant le lever du jour. Je ne me change pas, je garde même mes chaussures aux pieds. Je me suis allongé sur mon lit de camp, recouvert de mon drap housse et de mon sac de couchage.

    Nous somme au kilomètre 960. Il reste 40 kilomètres jusqu’à Sète.

    Bilan du neuvième jour : 100km.

     

    Dixième jour

    Le réveil sonne et me tire de mon sommeil brusquement. Jean-Paul se lève et me prépare un petit-déjeuner. J’en profite pour faire la grasse matinée, mais je sais qu’il me faut du courage pour repartir.

    Ce que je fais à 2h20 du matin.

    Les sensations sont bonnes, je cours à un relativement bon rythme, ça pique, ça chauffe dans les chaussures mais il faut serrer les dents. Je profite de la beauté du ciel constellé de milliers d’astres et je suis surpris d’en voir qui bougent.Rectification mentale rapide pour me dire que ce sont des satellites, mais comme ils sont alignés, je suis intrigué. J’avais déjà assisté à ça une fois sans prendre conscience à l’époque de ce que c’était. J’ai appris qu’il s’agissait d’un train de satellites Starlink de la société SpaceX. Il passe toutes les nuits paraît-il, mais demain je préférerai dormir que de les attendre et les regarder passer. Plaissan, plus que 35 kilomètres. Il fait toujours nuit mais au loin je devine la côte ou tout au moins des villes proches de la côte. La route est tranquille mais n’arrête pas de monter et de descendre. Je n’en avais pas ce souvenir. Vers 4h du matin, nous faisons un ravitaillement de dix minutes pour reprendre un café et me réveiller, on est au sommet de la soi-disant ultime bosse avant Sète et il reste moins de 30 kilomètres. Allez Fab, accroche-toi ! On passe Villeveyrac km 975 vers 5h10, l’aube commence à poindre, suit Poussan à 17 kilomètres du but où je me repose 20 minutes pour me ravitailler et à la sortie de cette petite ville il est 6h30. Ça fait 9 jours que je suis parti de Saint-Malo, il reste 15 bornes, je dois m’accrocher. Je sais que derrière personne ne déboulera avant cet après-midi, j’ai constitué un bon petit matelas sur lequel je ne compte pas me reposer maintenant et je continue donc d’avancer. La circulation commence à devenir plus fréquente, des fêlés du volant enquillent ces routes tranquilles sans penser qu’il pouvait y avoir d’autres usagers – les héraultais sont aussi barges au volant d’un véhicule automobile que les aveyronnais. Tant pis s’ils viennent gonfler les statistiques des tués sur la route tant qu’ils le font tout seuls. J’atteins avec soulagement Balaruc-le-Vieux puis entre dans Balaruc-les Bains où le trafic routier est plus important. Bientôt le panneau 10 kilomètres. C’est long, en plein soleil, il y a de la voiture, je cours à droite sans voir qui peut venir derrière, j’hésite un moment à passer à gauche où il me semble apercevoir une piste cyclable en site propre. Mais ça va devoir me faire traverser le flot de véhicules ce qui ne semble pas être simple. Donc je reste sur la droite et peu à peu Sète se rapproche. Au panneau d’entrée, il reste 6km. Il n’est pas encore 8h30, je passe par la Pointe Courte petit port de pêche typique de la côte, j’emprunte le pont Sadi-Carnot et commence à courir sur le Quai du Bosc où Jean-Benoît me retrouve et m’accompagne pour me guider. Ça fait plaisir de le voir là et ça me rassure de n’avoir pas à regarder le road-book pour arriver en haut du Mont Saint-Clair. Je suis bien, je cours en zigzaguant entre les piétons sur des trottoirs un peu encombrés mais l’ambiance générale de cette matinée sètoise me plaît bien. C’est dû à l’euphorie de l’arrivée prochaine. On arrive rapidement au giratoire où l’on doit prendre à droite pour monter vers le Mont Saint-Clair. C’est « incourable » pour moi à ce moment tant la pente est forte et il faut en avoir monté une partie déjà pour pouvoir recourir. Mais de courte durée cette reprise de la course car une nouvelle rampe se présente où nous marchons de concert. Enfin à 1400 mètres du but le profil de la route s’aplatit et descend même jusqu’au site des Pierres Blanches. J’accélère alors pour finir en mode dynamique et escalader la volée de marches qui mène à l’étoile sur laquelle je pose le pied. L’émotion est là. Je remercie Jean-Benoît mais surtout Jean-Paul sans qui je n’aurais pas pu terminer aussi bien cette première MilKil. Congratulations entre MilKillers, félicitations des accompagnateurs présents, de Xavier, de Jean-Michel… Séance photos, bière d’arrivée. Ça y est je suis MilKiller !

    Bilan de la dixième journée : 40km

    Au total, je mets 9 jours 2 heures 54 minutes et 15 secondes pour les 1002km de l’itinéraire de la MilKil entre Saint-Malo et Sète. Je suis 5ème mais vais passer 6ème car Markus va arriver demain bien avant les 48 heures de décalage de nos départs respectifs.

    à+Fab

     


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  • Semaine P14 /E1: 

    Lundi 22/06/2020 : J9 98,8km

    Mardi 23/06 : J10 40,8km en 9h24'15". Total MilKil : 9 jours 2h54'15" pour 1002,0km.

    Mercredi 24/06 : REPOS N°3

    Jeudi 25/06 : (matin) 1h19'35" pour 10,5km (D+53m).

    Vendredi 26/06 : (soir) 1h15'00" pour 10,3km (D+ 38m).

    Samedi 27/06 : (matin) 1h48'20" pour 15,0km (D+ 73m).

    Dimanche 28/06 : (matin) 53'30" pour 7,8km (D+ 38m).

    Total semaine P14 /E1 : 38h40'40" pour 183,2km en 6 séances dont 2 en compétition. Cumul 2020 : 644h21'45" pour 5034,0km en 180 séances dont 1 compétition de 10 jours.

    Semaine E2

    Lundi 29/06 : (matin) 2h25'25" pour 20,5km (D+ 109m).

    Mardi 30/06 : (matin) 2h38'45" pour 22,4km (D+ 83m).

    Mercredi 01/07 : (matin) 2h19'30" pour 20,0km (D+ 103m).

    Jeudi 02/07 : (matin) 2h18'25" pour 20,1km (D+ 68m).

    Vendredi 03/07 : (matin) 2h18'10" pour 20,3km (D+ 115m).

    Samedi 04/07 : (matin) 2h15'35" pour 20,0km (D+ 55m).

    Dimanche 05/07 : (soir) 1h13'40" pour 11,1km (D+ 47m).

    Total semaine E2 :  15h29'30" pour 134,4km en 7 séances. Cumul 2020 : 659h51'15" pour 5168,4km en 187 séances dont 1 compétition de 10 jours.

    Semaine E3

    Lundi 06/07 : (matin) 1h40'30" pour 15,2km (D+ 74m).

    Mardi 07/07 : (matin) 1h22'45" pour 12,2km (D+ 67m).

    Mercredi 08/07 : (matin) 1h08'00" pour 10,4km (D+ 42m).

    Jeudi 09/07 : (matin) 43'00" pour 6,5km (D+ 59m).

    Vendredi 10/07 : (matin) 1h14'25" pour 9,8km (D+ 112m).

    Samedi 11/07 et Dimanche 12/07 : Ultra Boucle des Ballons. 29h36'16" pour 204km (D+ 4800m).

    Total semaine E3 : 35h44'56" pour 258,1km en 6 séances dont 1 compétition > 24h. Cumul 2020 : 695h36'11" pour 5426,5km en 193 séances dont 2 compétitions (1 de 10 jours et 1 de 2 jours).

    Semaine E4 

    Lundi 13/07 : (soir) 44'14" pour 6,2km (D+ 29m).

    Mardi 14/07 : (matin) 44'05" pour 6,5km (D+ 33m).

    Mercredi 15/07 : (matin) 56'30" pour 8,1km (D+ 55m).

    Jeudi 16/07 : (matin) 1h08'50" pour 10,4km (D+ 47m).

    Vendredi 17/07 : (matin) 1h04'55" pour 10,1km (D+ 58m).

    Samedi 18/07 : (matin) 1h05'20" pour 10,3km (D+ 29m).

    Dimanche 19/07 : (matin) 1h18'25" pour 12,4km (D+ 74m).

    Total semaine E4 : 7h02'19" pour 64,0km en 7 séances. Cumul 2020 : 702h38'30" pour 5490,5km en 200 séances dont 2 compétitions (1 de 10 jours et 1 de 2 jours).

    Semaine E5 

    Lundi 20/07 : (matin) 1h27'00" pour 13,6km (D+ 43m).

    Mardi 21/07 : (matin) 1h34'30" pour 15,0km (D+ 108m).

    Mercredi 22/07 : (matin) 1h37'30" pour 15,6km (D+ 77m).

    Jeudi 23/07 : (matin) 1h33'20" pour 15,4km (D+ 48m).

    Vendredi 24/07 : (matin) 1h40'45" pour 16,2km (D+ 97m).

    Samedi 25/07 : (soir) 1h36'00" pour 15,2km (D+ 81m).

    Dimanche 26/07 : (matin) 2h07'00" pour 20,3km (D+ 78m).

    Total semaine E5 : 11h36'05" pour 111,3km en 7 séances. Cumul 2020 : 714h14'35" pour 5601,8km en 207 séances dont 2 compétitions (1 de 10 jours et 1 de 2 jours).

    Semaine E6

    Lundi 27/07 : (matin) 2h10'00" pour 20,4km (D+ 136m).

    Mardi 28/07 : (matin) 2h16'20" pour 21,5km (D+ 142m).

    Mercredi 29/07 : (matin) 1h09'10" pour 11,0km (D+ 58m).

    Jeudi 30/07 : (matin) 2h06'45" pour 20,7km (D+ 149m).

    Vendredi 31/07 : (matin) 2h11'30" pour 21,5km (D+ 124m).

    Samedi 01/08 : (matin) 2h09'45" pour 20,7km (D+117m).

    Dimanche 02/08 : (matin) 2h15'40" pour 22,2km (D+ 198m).

    Total semaine E6 :  14h19'10" pour 138,0km en 7 séances. Cumul 2020 : 728h33'45" pour 5739,8km en 214 séances dont 2 compétitions (1 de 10 jours et 1 de 2 jours).

    Semaine E7

    Lundi 03/08 : (matin) 2h04'05" pour 20,2km (D+ 71m).

    Mardi 04/08 : (matin) 1h06'00" pour 10,6km (D+ 113m).

    Mercredi 05/08 : (matin) 2h02'25" pour 20,4km (D+ 55m).

    Jeudi 06/08 : (matin) 2h20'20" pour 22,0km (D+ 132m).

    Vendredi 07/08 : (matin) 2h17'55" pour 22,0km (D+ 112m).

    Samedi 08/08 : (matin) 2h15'55" pour 21,7km (D+ 67m).

    Dimanche 09/08 : 

    Total semaine E7 : 12h06'40" pour 116,9km en 6 séances. Cumul 2020 : 740h40'25" pour 5856,7km en 220 séances dont 2 compétitions (1 de 10 jours et 1 de 2 jours).

    Semaine E8

    Lundi 10/08 : 

    Mardi 11/08 : 

    Mercredi 12/08 : 

    Jeudi 13/08 : 

    Vendredi 14/08 : 

    Samedi 15/08 : 

    Dimanche 16/08 : 

    Total semaine E8

    Semaine E9

    Lundi 17/08 : 

    Mardi 18/08 : 

    Mercredi 19/08 : 

    Jeudi 20/08 : 

    Vendredi 21/08 : 

    Samedi 22/08 : 

    Dimanche 23/08 : 

    Total semaine E9

    Semaine E10

    Lundi 24/08 : 

    Mardi 25/08 : 

    Mercredi 26/08 : 

    Jeudi 27/08 : 

    Vendredi 28/08 : 

    Samedi 29/08 : 

    Dimanche 30/08 : 

    Total semaine E10 

    Semaine E11

    Lundi 31/08 : 

    Mardi 01/09 : 

    Mercredi 02/09 : 

    Jeudi 03/09 : 

    Vendredi 04/09 : 

    Samedi 05/09 : 

    Dimanche 06/09 : 

    Total semaine E11

    Semaine E12

    Lundi 07/09 : 

    Mardi 08/09 : 

    Mercredi 09/09 : 

    Jeudi 10/09 : 

    Vendredi 11/09 : 

    Samedi 12/09 : 

    Dimanche 13/09 : 

    Total semaine E12

    Semaine E13

    Lundi 14/09 : 

    Mardi 15/09 : 

    Mercredi 16/09 : 

    Jeudi 17/09 : 

    Vendredi 18/09 : 

    Samedi 19/09 : 

    Dimanche 20/09 : 

    Total semaine E13 

    Semaine E14 

    Lundi 21/09 : 

    Mardi 22/09 : 

    Mercredi 23/09 : 

    Jeudi 24/09 : 

    Vendredi 25/09 : 

    Samedi 26/09 : 

    Dimanche 27/09 : 

    Total semaine E14

    Semaine A1 

    Lundi 

    Mardi 

    Mercredi 

    Jeudi 

    Vendredi 

    Samedi 

    Dimanche 

    Total semaine 

    Semaine E 

    Lundi 

    Mardi 

    Mercredi 

    Jeudi 

    Vendredi 

    Samedi 

    Dimanche 

    Total semaine 

    Semaine E 

    Lundi 

    Mardi 

    Mercredi 

    Jeudi 

    Vendredi 

    Samedi 

    Dimanche 

    Total semaine 


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  • Plan Printemps 2020.

    Semaine P1 : 

    Lundi 23/03/2020 : (matin) 1h45'30" pour 16,7km (D+ 57m).

    Mardi 24/03 : (matin) 1h40'10" pour 16,1km (D+ 74m).

    Mercredi 25/03 : (matin) 1h41'05" pour 16,7km (D+ 53m).

    Jeudi 26/03 : (matin) 1h48'10" pour 18,2km (D+ 68m).

    Vendredi 27/03 : (matin) 1h44'50" pour 17,9km (D+ 63m).

    Samedi 28/03 : (matin) 1h39'40" pour 16,8km (D+ 67m).

    Dimanche 29/03 : (matin) 1h59'35" pour 19,8km (D+ 65m).

    Total semaine P1 : 12h19'00" pour 122,2km en 7 séances. Cumul 2020 : 224h29'50" pour 2131,0km en 92 séances.

    Semaine P2 : 

    Lundi 30/03 : (matin) 1h50'10" pour 18,1km (D+ 77m).

    Mardi 31/03 : (matin) 1h57'10" pour 19,4km (D+ 95m).

    Mercredi 01/04 : (matin) 1h49'10" pour 18,0km (D+ 81m).

    Jeudi 02/04 : (matin) 1h43'00" pour 17,2km (D+ 73m).

    Vendredi 03/04 : (matin) 1h58'10" pour 19,6km (D+ 84m).

    Samedi 04/04 : (matin) 1h54'40" pour 19,5km (D+ 88m).

    Dimanche 05/04 : (matin) 1h55'20" pour 19,7km (D+ 78m).

    Total semaine P2 : 13h07'40" pour 131,5km en 7 séances. Cumul 2020 : 237h37'30" pour 2262,5km en 99 séances.

    Semaine P3 : 

    Lundi 06/04 : (matin) 1h56'45" pour 19,3km (D+ 64m).

    Mardi 07/04 : (matin) 1h58'05" pour 19,5km (D+ 89m).

    Mercredi 08/04 : (matin) 1h56'55" pour 19,6km (D+ 89m).

    Jeudi 09/04 : (matin) 1h55'45" pour 19,6km (D+ 77m).

    Vendredi 10/04 : (matin) 2h01'40" pour 20,4km (D+ 92m).

    Samedi 11/04 : (matin) 1h59'30" pour 20,2km (D+ 78m).

    Dimanche 12/04 : (matin) 2h03'30" pour 20,8km (D+ 84m).

    Total semaine P3 : 13h52'10" pour 139,4km en 7 séances. Cumul 2020 : 251h29'40" pour 2401,9km en 106 séances.

    Semaine P4 : 

    Lundi 13/04 : (matin) 2h01'50" pour 20,1km (D+ 71m).

    Mardi 14/04 : (matin) 2h04'45" pour 20,5km (D+ 80m).

    Mercredi 15/04 : (matin) 2h04'20" pour 20,7km (D+ 85m).

    Jeudi 16/04 : (matin) 2h04'45" pour 20,8km (D+ 90m).

    Vendredi 17/04 : (matin) 2h01'50" pour 20,7km (D+ 71m).

    Samedi 18/04 : (matin) 2h02'15" pour 20,7km (D+ 94m).

    Dimanche 19/04 : (matin) 2h01'25" pour 20,5km (D+ 80m).

    Total semaine P4 : 14h21'10" pour 144,0km en 7 séances. Cumul 2020 : 265h50'50" pour 2545,9km en 113 séances.

    Semaine P5 : 

    Lundi 20/04 : (matin) 2h04'30" pour 20,8km (D+ 97m).

    Mardi 21/04 : (matin) 2h03'45" pour 20,7km (D+ 80m).

    Mercredi 22/04 : (matin) 2h01'30" pour 20,2km (D+ 80m).

    Jeudi 23/04 : (matin) 2h02'05" pour 18,1km (D+ 78m).

    Vendredi 24/04 : (matin) 2h05'20" pour 20,2km (D+ 81m).

    Samedi 25/04 : (matin) 2h06'25" pour 21,0km (D+ 78m).

    Dimanche 26/04 : (matin) 2h13'50" pour 22,1km (D+ 78m).

    Total semaine P5 : 14h37'25" pour 143,1km en 7 séances. Cumul 2020 : 280h28'15" pour 2689,0km en 120 séances.

    Semaine P6 : 

    Lundi 27/04 : (matin) 2h02'05" pour 20,2km (D+ 85m).

    Mardi 28/04 : (matin) 2h02'35" pour 20,3km (D+ 70m).

    Mercredi 29/04 : (matin) 2h07'15" pour 20,5km (D+ 85m).

    Jeudi 30/04 : (matin) 2h07'50" pour 20,4km (D+ 82m).

    Vendredi 01/05 : (matin) 2h10'00" pour 21,0km (D+ 96m).

    Samedi 02/05 : (matin) 2h05'50" pour 20,5km (D+ 93m).

    Dimanche 03/05 : (matin) 2h08'50" pour 20,7km (D+ 96m).

    Total semaine P6 :  14h44'25" pour 143,6km en 7 séances. Cumul 2020 : 295h12'40" pour 2832,6km en 127 séances.

    Semaine P7

    Lundi 04/05 : (matin) 2h10'55" pour 21,2km (D+ 98m).

    Mardi 05/05 : (matin) 2h04'20" pour 20,6km (D+ 83m).

    Mercredi 06/05 : (matin) 2h05'35" pour 20,3km (D+ 105m).

    Jeudi 07/05 : (matin) 2h01'05" pour 20,2km (D+ 83m).

    Vendredi 08/05 : (matin) 2h03'20" pour 20,4km (D+ 86m).

    Samedi 09/05 : (matin) 2h04'00" pour 20,7km (D+ 74m).

    Dimanche 10/05 : (matin) 2h01'25" pour 20,1km (D+ 83m).

    Total semaine P7 :  14h30'40" pour 143,5km en 7 séances. Cumul 2020 : 309h43'20" pour 2976,1km en 134 séances.

    Semaine P8 : 

    Lundi 11/05 : (matin) 4h27'35" pour 42,6km (D+ 230m).

    Mardi 12/05 : (matin) 3h09'15" pour 30,0km (D+ 202m).

    Mercredi 13/05 : (matin) 3h17'30" pour 30,5km (D+ 156m).

    Jeudi 14/05 : (matin) 4h35'10" pour 42,4km (D+ 116m).

    Vendredi 15/05 : (matin) 4h32'15" pour 42,6km (D+ 216m).

    Samedi 16/05 : (matin) 2h35'35" pour 24,5km (D+ 112m).

    Dimanche 17/05 : (matin) 2h24'00" pour 23,2km (D+ 65m).

    Total semaine P8 : 25h01'20" pour 235,8km en 7 séances. Cumul 2020 : 334h44'40" pour 3211,9km en 141 séances.

    Semaine P9 : 

    Lundi 18/05 : (matin) 4h30'55" pour 42,5km (D+ 296m).

    Mardi 19/05 : (matin) 5h50'45" pour 53,9km (D+ 240m). (Passage des 160 000 km)

    Mercredi 20/05 : (matin) 2h58'05" pour 27,9km (D+ 137m).

    Jeudi 21/05 : (matin) 2h54'00" pour 27,0km (D+ 137m).

    Vendredi 22/05 : (matin) 1h35'40" pour 15,3km (D+ 85m).

    Samedi 23/05 : (matin) 1h49'20" pour 17,4km (D+ 52m).

    Dimanche 24/05 : (matin) 1h40'30" pour 16,1km (D+ 59m).

    Total semaine P9 : 21h19'15" pour 200,1km en 7 séances. Cumul 2020 : 356h03'55" pour 3412,0km en 148 séances.

    Semaine P10 : 

    Lundi 25/05 : (matin) 6h51'45" pour 60,2km (D+ 253m).

    Mardi 26/05 : (matin) 5h42'40" pour 50,7km (D+ 276m).

    Mercredi 27/05 : (matin) 3h29'00" pour 31,2km (D+ 177m).

    Jeudi 28/05 : (matin) 5h16'15" pour 47,9km (D+ 334m).

    Vendredi 29/05 : (matin) 4h47'45" pour 42,4km (D+ 177m).

    Samedi 30/05 : (matin) 3h23'10" pour 31,2km (D+ 227m).

    Dimanche 31/05 : (matin) 1h41'45" pour 15,9km (D+ 118m).

    Total semaine P10 : 31h12'20" pour 279,5km en 7 séances. Cumul 2020 : 387h16'15" pour 3691,5km en 155 séances.

    Semaine P11 : 

    Lundi 01/06 : (matin) 1h41'50" pour 15,6km (D+ 88m).

    Mardi 02/06 : (matin) 4h49'25" pour 43,2km (D+ 169m).

    Mercredi 03/06 : (matin) 3h31'10" pour 32,6km (D+ 178m).

    Jeudi 04/06 : REPOS

    Vendredi 05/06 : (matin) 4h57'25" pour 43,7km (D+ 277m).

    Samedi 06/06 : (matin) 2h55'30" pour 26,5km (D+ 157m).

    Dimanche 07/06 : (matin) 2h46'05" pour 25,5km (D+ 64m).

    Total semaine P11 : 20h41'25" pour 187,1km en 6 séances. Cumul 2020 : 407h57'40" pour 3878,6km en 161 séances.

    Semaine P12 : 

    Lundi 08/06 : (matin) 3h20'10" pour 30,0km (D+ 113m).

    Mardi 09/06 : (matin) 3h27'15" pour 30,1km (D+ 196m).

    Mercredi 10/06 : (matin) 2h15'35" pour 20,5km (D+ 122m).

    Jeudi 11/06 : (matin) 1h33'15" pour 14,2km (D+ 51m).

    Vendredi 12/06 : (matin) 1h37'10" pour 15,0km (D+ 76m).

    Samedi 13/06 : REPOS N°2

    Dimanche 14/06 : Départ de la MilKil à 6h30 de St Malo. 1ère journée : 17h30' pour 132km.

    Total semaine P12 : 29h43'25" pour 241,8km en 6 séances dont 1 compétition. Cumul 2020 : 437h41'05" pour 4120,4km en 167 séances dont 1 compétition.

    Semaine P13 : 

    Lundi 15/06 : J2 108,1km

    Mardi 16/06 : J3 103,5km

    Mercredi 17/06 : J4 104,0km

    Jeudi 18/06 : J5 105,6km

    Vendredi 19/06 : J6 100,0km

    Samedi 20/06 : J7 108,0km

    Dimanche 21/06 : J8 101,2km

    Total semaine P13 : 168h00'00" pour 730,4km en 7 jours. Cumul 2020 : 605h41'05" pour 4850,8km en 174 séances dont 1 compétition.

    Semaine P14 /E1: 

    Lundi 22/06 : J9 98,8km

    Mardi 23/06 : J10 40,8km en 9h24'15". Total MilKil : 9 jours 2h54'15" pour 1002,0km.

    Mercredi 24/06 : REPOS N°3

    Jeudi 25/06 : (matin) 1h19'35" pour 10,5km (D+53m).

    Vendredi 26/06 : (soir) 1h15'00" pour 10,3km (D+ 38m).

    Samedi 27/06 : (matin) 1h48'20" pour 15,0km (D+ 73m).

    Dimanche 28/06 : 

    Total semaine P14 /E1 : 37h47'10" pour 175,4km en 5 séances dont 2 en compétition. Cumul 2020 : 643h28'15" pour 5026,2km en 179 séances dont 1 compétition de 10 jours.


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  • Loire Intégrale 2015

    (mise à jour 19/04/2020)

    Je viens de terminer cette 11ème course à étapes de plus de 1000km effectuée en 10 ans. Cette année, il n'y avait que 1025km pour effectuer la descente de la Loire depuis sa source jusqu'à son embouchure. Vraiment sympa à vivre comme aussi de voir de merveilleux paysages.
    Voici donc le récit de ces 17 étapes.

    Étape 1 - Mer 5 Août
    Mt Gerbier de Jonc - Goudet (43) 50 km (camping « Au bord de l’eau » Goudet)

    Ambiance brouhahaesque au bar du camping de Goudet où le Maire nous a offert un pot d'accueil et d'amitié.
    La 1ère étape s'est bien passée sous une grosse chaleur avec de la montagne et donc du dénivelé "en veux-tu en voilà".
    Victoire de Patrick P 4h31’, 2ème Laurent SM 4h56’, 3ème Carmen 5h02’, 4ème Stefano 5h05’, 5ème Jean Louis crocsman 5h25’, 6ème JBJ 5h28’, 7èmes ex-æquo René L et moi-même 5h31’, 9ème Dom Caillé 6h03’, 10ème Fred Borel 6h29’, etc.
    Là on part manger puis dodo car demain le départ sera donné pour tous à 6h30.
    Pendant le repas ou après le repas Bernard va nous jouer quelques morceaux de musique.
    Super paysages et super ambiance. Loire intégrale = plaisir intégral

    Étape 2 - Jeu 6 Août
    Goudet - Retournac (43) 59 km 109 km (camping « les Ribbes » Retournac)

    La piscine est ouverte ce soir jusqu'à 22h et certains coureurs sont en train d'en profiter après cette journée de forte chaleur. Demain le départ est avancé à 6h car il va encore faire chaud pour aller à l'arrivée près de St Étienne.
    Aujourd'hui beaucoup ont souffert et plusieurs sont arrivés "cramés"avec du dénivelé au début (parcours "chameau" puis succession de plats-faux-plats avec progressivement la montée en température (entre 30 et 36°). Patrick Poivet a assuré après être parti prudemment. Ses proches suivants ont connu des fortunes diverses mais Laurent et Carmen ont complété le podium. Chez les seconds couteaux, le petit match amical à 3 s'est poursuivi et c'est JB qui m'a devancé, Crocsman arrivant juste après alors qu'il était devant nous toute la journée, mais la chaleur et la petite accélération "jibéesque" à quelques encablures de Retournac a eu raison de sa ténacité. Après vient René qui n'a pas voulu reprendre de risques et ensuite il y a un trou d'1 h comme hier. Stefano a payé cher son étape d'hier. Meilleure gestion de ma part, donc, même si à la fin je n'ai pu revenir sur JB. Je vous laisse car les yeux se ferment tout seuls.


    Étape 3 - Ven 7 Août
    Retournac - Saint Rambert (42) 57 km 166 km (camping « Frécon Vieux » Saint Just-Saint Rambert)

    Petite journée "galère" aujourd'hui alors que j'avais les jambes pour avaler les longues montées et descentes : mon cœur m'a fait le coup de la chamade à 5 reprises. La première, alors que j'avais laissé filer les bolides, est survenue après 2 km et j'ai dû m'allonger 5' pour faire passer la tachycardie. Je me suis alors retrouvé avec Fred Borel et j'ai commencé à rattraper d'autres coureurs jusqu'à Marie-Jeanne. La seconde arythmie se produisit alors et comme par enchantement un banc me tendait les bras. Je m'y allongeai à peine 2' et je repris la route. J'étais à 7 de moyenne depuis le départ ! La descente qui suivit me permit d'atteindre le ravitaillement 1 10 minutes après les hommes de tête (Jean Louis crocsman et Laurent) et 8' après Patrick et JB suivis de René.
    Je n'ai plus été ennuyé avant le marathon. Entre temps j'avais assisté à l'arrêt de Carmen, épuisée, en larmes. Elle avait souffert de la chaleur la veille déjà et n'avait plus de forces. A ce ravitaillement 2, ça m'a bouleversé, et il a fallu repartir. J'avais refait mon retard sur René et JB avec lesquels j'ai passé sans encombre le R3.
    La montée qui suivait me permit de rester au contact des deux compères et après une belle partie de yoyo ou d'accordéon, je ressentis les nouveaux symptômes d'une arythmie cardiaque que je gérai comme la précédente. Après une laborieuse montée j'étais avec JB et René nous suivait à distance quand nous atteignîmes le haut de cette dernière longue ascension. Or le cœur remit ça au moment où je retrouvais avec plaisir Robert et Martine Bertin venus nous faire une petite visite bien sympathique. Le temps de faire baisser le rythme cardiaque et de me ravitailler, ce qui prit 8' environ, et je repartais avec 12km à faire dont 7 ou 8 de descente. Avec la chaleur et les rares portions ombragées, je ne parvenais pas à me relâcher.
    Avant de suivre un chemin pour atteindre l'arrivée, une 5ème et dernière fois le palpitant s'emballa. Je l'ai vite géré, j'étais un peu désabusé et avec JB on a fini l'étape ensemble, pas trop fatigués à 7' derrière René mais à plus d'une heure des 2 premiers. Hans arriva en 6ème position Bien sûr, au classement ça fait "joli" de devenir 4ème, mais j'aurais préféré faire une autre moyenne que les 8,3 du jour.
    J'ai bien récupéré et je n'ai aucune douleur et aucun bobo digne de ce nom.

    Étape hécatombe avec 3 DNF. De plus, Crocsman a trouvé l'étape trop courte et est allé faire un peu de tourisme : il n'a pas vu le fléchage et s'est quelque peu rallongé.
    Je vous laisse car demain le départ est à 6h comme aujourd'hui.


    Étape 4 - Sam 8 Août
    Saint Rambert - Saint Jodard (42) 60 km 226 km (complexe sportif)

    Crocsman avait des ailes et le match à 4 ou 5 pour la 3ème place a sans doute tourné court aujourd'hui.
    JB, René et moi avons fini ensemble à une belle 5ème place certes mais à 1h10 de Crocsman, à 1h22 de Laurent et Stefano (qui ont marché les 5 derniers km !!! ) et 1h41 derrière Patrick. De mon côté, pas de blessure, juste un gros manque de jus et de faire du 8 à l'heure fait plus mal que de voir les gros écarts avec la tête de course.
    Un gros orage ayant inondé la tente où nous devions dormir mes affaires pourtant rangées dans ma valise ont été trempée. Mais la coque de ma valise est fissurée. Cet après-midi il fait beau, ça sèche.
    Bon, tout va bien quand même (j'allais écrire "tout baigne"). L'ambiance est comme toujours au top.


    Etape 5 - Dim 9 Août
    Saint Jodard - Chambilly (71) 62 km 288 km (complexe sportif de Chambilly)

    5ème étape avec un passage devant le château de la Belle au bois dormant. La sorcière du coin a dû me jeter un sort car j'ai perdu mes jambes : pourtant après l'orage d'hier et ma valise inondée je pensais avoir eu mon compte...
    Mes compagnons de galère et moi sur le chemin le long du canal de Roanne à Digoin à 8 de moyenne ! Et même pas blessé, il doit y avoir un truc qui fait masse.
    Ce fut à peine mieux que la veille et la fin fut assez poussive (tout comme le reste de l'étape d'ailleurs).
    Souhaitons que les jours prochains je puisse accélérer un peu pour retrouver une moyenne "décente" à moins que je n'aie pas le niveau de mes ambitions.
    On est à l'apéro-musical puis on va dîner et aller se coucher.



    Étape 6 - Lun 10 Août
    Chambilly - Gannay sur Loire (03) 72 km 360 km (complexe sportif de Gannay sur Loire)

    Une cascade de péripéties est venue s'ajouter à la très mauvaise journée passée à une allure d’escargot sur les routes de la LI : d'abord j'ai dû relaver et mettre à sécher les affaires trempées par l'orage de vendredi puis il a fallu attendre que l'intérieur de la valise sèche aussi ; ensuite le grand rangement , la préparation de la tenue pour le lendemain, les autres rituels, et quand il a fallu aller se coucher (et oui le temps passe vite sur la LI) je me suis méchamment entaillé un doigt avec mon rasoir en voulant prendre ma brosse à dents. Donc gros saignement que je n'ai réussi à endiguer qu'au bout de 30' avec l'aide de Nicole et de son vernis magique.

    L'étape d'aujourd'hui fut donc assez difficile pour moi, je n'arrivais pas à suivre le rythme de JB et René et les 4 premiers d'hier ont rapidement pris de l'avance même si Patrick est resté un peu en retrait. Un peu vallonné au début, le parcours nous a fait passer par le reste du canal de Digoin puis on a suivi une voie verte.
    J'avais rattrapé JB et René avec qui je suis resté pendant plusieurs km. René s'est détaché et j'ai continué avec JB qui n'avait pas beaucoup d'énergie. J'ai connu quelques petits soucis de moteur récurrents que j'ai gérés en marchant et après le ravitaillement 4 je me mis à accélérer et lâchai JB. J'ai couru à 9 de moyenne jusqu'au R5 malgré mes quelques arrêts. La suite fut un peu moins rapide mais je voulais limiter la casse et la perte de temps par rapport à Stefano et René. Ils étaient largement meilleurs que moi et ont fini loin devant. Les derniers km furent laborieux et un tendon (du côté de ma bursite) a commencé à me faire mal.
    Je finis plus d'1h40 derrière Patrick environ 1h derrière Laurent, Stefano et Crocsman, 25' aprés René mais 15' devant Frédéric, suivi de Hans puis JB (40' environ derrière moi). Au niveau météo on a eu de la chance, il y avait des nuages et la température n'était pas trop élevée.
    La commune qui nous accueille est toute petite (400 âmes) mais elle nous met à disposition sa salle des fêtes pour dormir et comme presque à chaque étape on a eu droit au verre de l'amitié offert lui aussi.
    Mes yeux se ferment, je coupe.


    Étape 7 - Mar 11 Août
    Gannay sur Loire - Fourchambault (58) 69 km 429 km (camping «Camping de la Loire» Fourchambault)

    J'ai eu de meilleures sensations aujourd’hui et j'ai réussi à courir des portions de 10km entre 9,3 et 9,8 km/h, mais avec le temps passé aux ravitos ça fait descendre fortement la moyenne qui reste inférieure à 9 sur l'ensemble de l'étape dont une partie s’effectua le long du canal latéral à la Loire puis sur la piste cyclable de "La Loire à Vélo" où les paysages furent assez agréables dans l'ensemble.

    Mais une longue ligne droite pour démarrer à froid le matin alors que vous avez gagné des points pour le concours de Mister catastrophe - j'ai renversé mon bol de café manquant de peu Patrick assis en face de moi et ça, ça vous met une grosse pression pour la journée, et JB pas en reste a fait la même chose ! A mon avis on a dû croiser une mauvaise fée ou respirer un nuage toxique : on a été élus boulets d'or de la journée.
    J’ai eu mal au tendon d'Achille pendant les 30 premières minutes puis après avoir assisté à un beau lever de soleil et admiré le canal avec de l'ombre, des cyclistes, des bateaux, des écluses, c’est allé un peu mieux.
    Les sensations sont revenues et j'espère surfer sur cette nouvelle dynamique demain et les jours suivants.
    Les autres copains et copines vont plus ou moins bien, certains ayant des douleurs (releveurs, ampoules, tendinites dues au dévers…)

    1er Patrick, 2ème Stefano, 3ème Laurent, 4ème Jean Louis, 5ème moi, 6ème René (à 4' seulement : il est costaud en ce moment et difficile à décrocher), 7ème JB...
    Je vais me coucher maintenant car demain il n'y a que 58km mais 34° sont annoncés, alors départ à 6h.


    Étape 8 - Mer 12 Août
    Fourchambault Cosne-Cours sur Loire (58) 58 km 487 km («Camping de l’île» Cosnes sur Loire)

    Très belle étape en partie à l'ombre pour ceux qui ont eu la chance de courir plus vite mais pour les autres ce fut le grand soleil et la chaleur (34° voire plus) qui va avec. Sancerre au détour de la piste cyclable de la Loire à Vélo nous est apparue dominant la vallée de ce long fleuve tranquille qu'on n'a pas beaucoup vu par contre.
    Un abandon sur blessure (suite à une autre blessure d'avant LI) : celui de Dominique Caillé qui s'est résolu à stopper ses souffrances au ravitaillement No 2 (22/23km).
    J'ai pris un départ prudent mais toutefois plus rapide que lors des étapes récentes. Les bolides étaient partis devant et vite, René et moi nous ne les voyions plus, sauf JB à plusieurs centaines de mètres. J'étais donc accompagné de René avec qui nous avions décidé de faire route commune, signant un pacte moral de non "agression" ce qui, compte tenu des conditions météo, nous convenait.
    Nous tournions à 6'20/1000 et à 9 de moyenne "lissée" par les ravitaillements. Il faisait bon, nous avons vu notre petit trio de campeuses qui suivent la même route que nous depuis la source de la Loire.
    Au ravito 3 nous avons dépassé JB et nous comptions alors plus de 30' de retard sur le 4ème (Jean Louis ou Stefano ou Laurent). L'allure devenait moins rapide mais supérieure à 8,5 et on s'arrangeait pour faire des pauses en marchant dès qu'il y avait un pont à franchir. La fin ne fut pas aisée en raison d'un gros manque d’ombre et la hâte d'en finir se faisait de plus en plus pressante. Il y avait 1 km de moins que prévu (mon GPS me donna même une distance globale de 56,5km au lieu des 58 annoncés).
    Nous avons fini 5èmes ex-æquo en 6h33’, pas très loin derrière Jean-Louis qui s'est encore un peu égaré (quand fabriqueront-ils des crocs avec GPS intégré ou détecteur de fausse route ?)
    Le 1er : Patrick, suivi de Laurent et Stefano (ou l'inverse), 4ème Crocsman, 5èmes René et moi, 7ème Fred Borel, 8ème JB, 9ème Hans Lachman, 10ème Marie-Jeanne...
    Demain, longue étape 71,5km. Franchissement du pont canal de Briare.
    Vivianne courra avec nous, pour faire les 2 étapes qu'elle n'avait pas faites en 2013.
    Fort risque de pluie voire d'orage ce qui fera peut-être chuter la température car 36 degrés ça use bien les organismes mais par contre le linge sèche plus vite
    Allez, c'est l'heure du dodo alors je vous dis à demain.


    Étape 9 - Jeu 13 Août
    Cosne - Cours sur Loire - Saint Père sur Loire (45) 71,5 km 558,5 km (camping «Le Jardin de Sully» Saint Père sur Loire)

    Étape longue et difficile pour moi surtout dans les 20/25 derniers km. Pourtant il n'a pas fait trop chaud et j'ai eu la chance de finir longtemps avant l'orage qui a trempé les 5/6 derniers coureurs. Un abandon précoce ce matin : Christian qui souffrait trop des jambes pour se lancer dans une épopée épique sur les routes et chemins de cette étape. Patrick gagne à nouveau devant le duo Laurent-Stefano puis viennent JL Crocsman, Vivianne, René et moi ensemble (merci à eux de m'avoir attendu et même traîné comme un boulet sut la fin ). Suivent Fred Borel à 5', JB à 10', Hans, Marie-Jeanne et ensuite c'est le trou de plus d'une heure pour voir finir sous la pluie Jos, Ewald et enfin les deux inséparables Kiki et Marie-Cécile, juste limites cut-off (qui ne sera pas éliminatoire). Elles souffrent, une a de sérieuses ampoules aux pieds. Leur courage est immense et elles finissent avec néanmoins un beau sourire. Demain, petite étape nous menant à St Jean de la Ruelle à côté d'Orléans).

     

     

    Étape 10 - Ven 14 Août
    Saint Père sur Loire - Orléans (45) 53,5 km 612 km (camping « Gaston Marchand » Saint Jean de la Ruelle)

    10ème étape courue sous une météo favorable : couvert, venteux à souhait, tempéré...
    Nous avons passé beaucoup de temps à longer la Loire sur la levée ce qui devint monotone au bout d'un certain moment même si j’en connaissais déjà des portions. Nous avons couru sur des pistes cyclables au revêtement tantôt style billard tantôt style trail, et sur très peu de routes ouvertes aux autos... On était tranquille et comme il y avait beaucoup de longues courbes à négocier pour suivre les méandres de la Loire, les runnings ont crissé dans les virages !
    J'ai de nouveau fait route commune avec René ; chacun à notre tour on menait l'allure. 5km avant Orléans nous avons traversé un parc agréable où les coureurs locaux doivent souvent s'entraîner puis une fois la Loire franchie pour revenir sur la rive droite, au nord, il restait 4500m de quais à se coltiner. Heureusement qu'il y avait quelques petits lièvres pour nous booster ainsi nous avons réussi à rester au contact de JB qui nous avait largement distancés dès le départ.
    1ers Patrick et Stefano, 3ème Laurent, 4ème Crocsman, 5ème JB, 6èmes René et moi, 8ème Fred Borel, 9ème Hans… A noter l'abandon de Marie Cécile qui souffrait de grosses ampoules.
    Nous ne sommes plus que 13 encore en lice, mais Jean revient demain tenter de finir la partie Orléans-Océan.
    Demain : 59km toujours le long de ce fleuve sinueux qu'on traversera 3 fois pour finir sur la rive gauche (sud).

    Étape 11 - Sam 15 Août
    Orléans - Vineuil (41) 59 km 671 km (camping « le Val de Blois » Vineuil)

    En ce 15 août, pour la 11ème étape, nous avons craint jusqu'au moment du départ de devoir courir sous la pluie. Ça n'avait pas arrêté de la nuit ! Heureusement il n’y eut pas de dégâts dans les paquetages comme ce fut le cas la semaine dernière. Nous avons donc quitté Orléans en deux vagues, les moins rapides dès 6h et les autres, dont je faisais partie, 30' plus tard.
    Comme tous les jours, la "bande des cinq" nous distança très rapidement, et comme tous les jours je me retrouvais avec René. On partait lentement et on gardait l'allure le plus longtemps possible. Ça semblait nous convenir à tous les deux et comme cela créait de l'entraide je me voyais mal aller lui "piquer" la courte avance qu'il possédait sur moi au général (8'). D'ailleurs, en aurais-je été capable et à quel prix avec un vent de face soutenu qui avait pris la place du temps maussade de fin de nuit ? Cette journée fut donc un presque parfait copier-coller des dernières étapes : on revint sur JB au ravitaillement 3 ou 4 et on finit ensemble. L'allure moyenne (6'45/km) tient compte du temps passé à chaque ravitaillement, soit entre 3 et 5', ce qui donne environ 15 à 20' sur l’étape. C'était quand même beaucoup à mon avis mais je n'arrivais pas à faire moins. Les beaux paysages d’aujourd'hui, au plus près du fleuve, où résonnaient les chants et cris des nombreuses variétés d'oiseaux (cygnes, sternes, oies sauvages, canards etc), m'ont fait penser qu'on se rapprochait de l'océan mais il restait encore plus de 300km à faire néanmoins. Nous avions atteint le point le plus septentrional de la Loire, nous redescendrons vers le sud-ouest par la suite. En ce jour férié, de nombreux cyclistes ont défilé sur les bords de ce long fleuve pas tranquille pour la circonstance.
    Au général, le podium avait changé, Stefano chipant la 3ème marche à Crocsman. Jean Louis me fit essayer des crocs qu'il avait en réserve : allait-il me convertir ? J’en achèterai une paire qui au pire remplacera mes sandalettes qui font rire tous ceux qui me voient marcher avec.


    Étape 12 - Dim 16 Août

    Vineuil - Montlouis sur Loire (37) 61 km 732 km (camping « les peupliers» Montlouis sur Loire)

    Et oui, JB avait mangé du lion et a failli nous dévorer tout cru.
    Quand on est partis pourtant rien ne laissait penser qu'on allait faire une étape digne de celles que j'ai connues sur les TG et TEFR. JB est parti tranquillement au train avec Stefano. La distance nous séparant de la tête de la course ne me semblait pas aussi importante que lors des dernières étapes mais après un moment je n'aperçus plus personne devant si ce n'est Patrick qui démarrait rarement à toute blinde. J'étais encore avec René mais je piaffais d'impatience d'augmenter le rythme car je ne voulais pas laisser trop de champ libre à JB.
    Or au premier ravitaillement situé au km 14, je constatais qu'il avait pris la tête de la course avec Stefano et qu'ils étaient déjà passés depuis 10' ! J'avais laissé René qui n'avait pas pu me suivre - je courais alors à 5'35/5'45 au km - et je me disais qu'en fin de journée ça pouvait faire un éclat de près de 3/4 d'heure de la part de JB. Mon objectif : rester à moins de 15' au 2ème ravito et à moins de 20' au suivant.
    Je n'oubliais pas non plus que nous passions à côté de châteaux illustres (Blois, Chaumont, Amboise) et de sites remarquables, alors j’en profitais pour coupler récupération et tourisme en prenant quelques photos. La traversée d'Amboise un dimanche d'été ne fut pas simple tant il y avait de monde en voiture ou à pied. Et il ne fallait pas rater l'endroit où on devait monter sur les hauteurs.
    Nous avons longé la Loire de loin en passant sur les coteaux sud et là ce fut donc vallonné. La météo fraîche au départ s'adoucissait et il y avait beaucoup de portions ombragées. Vignes, champs de maïs et autres cultures, ça changeait des roseaux, bouleaux ou saules des bords de Loire.
    Mon débours s'amplifia et était de 20' à l'entame du dernier tronçon. Avec un peu de persévérance je pouvais espérer moins de 30' au final et je me doutais que j'allais prendre aussi cette 5ème place au général tant convoitée. Mon frère me fit la surprise de venir me voir avec son fils et je poursuivis mon effort, mais à une allure moins vive (6'20/km). J'arrivais au camping avec 26' de retard sur JB, 5' sur Crocsman que j'avais presque rattrapé au gré d'une de ses nouvelles escapades hors circuit. J’avais beaucoup réduit mes temps d’arrêts aux ravitaillements.
    René arriva une vingtaine de minutes après moi en ayant toutefois couru à une moyenne record.
    Patrick et Stefano finirent ensemble suivis de JB, Laurent, Crocsman, moi, René, Fred...
    Ce fut une belle journée en définitive malgré le fait que mon avance sur JB se soit réduite à 1h45 et qu'il restait 5 étapes. Il m'avait mis la pression, mais j'aimais bien car ça me permettait de forcer un peu et donc de courir à des allures de la TG (9,6 de moyenne). Et comme on est des guerriers tous les deux, le match allait être passionnant.

    Étape 13 - Lun 17 Août
    Montlouis sur Loire - Savigny en Véron (37) 67 km 799 km (camping « la Fritillaire» Savigny en Véron)

    En ce jour de 13ème étape de la Loire Intégrale, je fêtais mon 10ème anniversaire de mon premier départ d’une course à étapes : c’était de Roscoff pour ma 1ère Transe Gaule.

    Au soir de cette 13ème étape, je constatais qu'il ne restait plus que 225km à faire en 4 jours : 70,5 + 69,5 + 62 + 23. Donc deux étapes un peu plus longues, une moyenne et une courte.
    J'espérais que les deux prochaines journées allaient aussi bien se passer que celle d'aujourd'hui.
    Pourtant ça avait mal commencé pour moi, mon tendon d'Achille droit me faisant souffrir à chaque foulée et une fois passé, c'est le cœur qui s'emballa et comme j'avais l'habitude, je savais gérer et je dus m'arrêter quelques minutes sur un banc qui passait par-là. Une fois revenu à un rythme normal, je repris la course et entamai une remontée progressive du peloton avec lequel j'étais parti.
    La traversée de Tours ne me fit pas perdre de temps et j'arrivai au ravitaillement 1 (km14) en constatant que comme la veille JB m'avait mis déjà 10' dans la vue. Je me dis que j'allais prendre cher et je repartis en essayant de limiter les dégâts. Je rattrapais les coureurs du 1er groupe partis 30' avant nous et au loin j'aperçus une silhouette qui m'était familière : JB ! Il avait manqué un fléchage et avait fait 1km de rab au moins. Alors, je me dis que j'avais eu de la chance et me mis en quête de rester au moins en contact visuel.
    A un moment nous passions sur une route bordée de champs de maïs dont certains étaient en plein arrosage, je vis JB faire demi tour et revenir vers moi en sprintant. Il avait oublié quelque chose au ravito ? Non, il voulait simplement éviter le retour du jet d'eau tournant dont il n'avait pas bien évalué la trajectoire.
    Sur ce, la jonction était faite et nous allions donc rester ensemble, ou à vue, jusqu'à l'arrivée que nous avons franchie côte à côte. Entre temps, nous avions eu le droit de nous faire filmer par France 3 Centre.
    C'est encore Patrick qui gagna devant Stefano et Laurent puis JL Crocsman, JB et moi, Frédéric, René, Marie-Jeanne…

    Lors de cette étape, nous avions longé la Loire puis le Cher pour de nouveau retrouver la Loire. Dans les parages se dressaient quelques beaux châteaux hélas trop excentrés pour qu'on puisse les admirer convenablement et plus longuement, quelques beaux villages se présentaient comme Savonnières avec son reflet dans le Cher et ses gabares mouillées au bord de la rivière. La route de la levée nous fit retrouver un peu de circulation (autos et vélos) et nous trouvâmes le temps long mais heureusement il y avait de belles parties ombragées. Nous étions dans le pays des vins de Chinon, non loin aussi du vignoble de Bourgueil et par la suite on attaquera le Saumurois. La Loire, c'est autant réputé pour ses châteaux que ses vignobles. Le soir comme pratiquement tous les soirs un pot fut donc offert par la Mairie afin de nous permettre de déguster quelques vins locaux.

    Le lendemain, il y aurait 70,5km au programme avec le passage sur les quais de Saumur...

    Étape 14 - Mar 18 Août
    Savigny en Véron - Ste Gemmes/Loire (49) 70 km 869 km (camping « Le grand Jard » Sainte Gemmes/Loire)

    Pour cette 14ème étape, je n'avais pas prévu ce scénario, j'étais même plutôt à me demander dans quelle galère j'allais me retrouver. Or, après quelques hectomètres, suite au départ à allure modérée mais néanmoins rapide du G5 (Stefano, Laurent, Crocman, JB et Patrick), je me suis accroché à eux en visuel et j'ai vite constaté que je ne me faisais pas distancer, en tout cas moins que lors des précédents départs. Donc cela me permit de parfaire à la fois mon échauffement et ma confiance. Les kilomètres défilant à plus de 10km/h, le 1er ravitaillement arriva vite puis ce fut le passage de la Vienne et la levée vers Saumur où je me plaçai en 4ème position, place que je n'allais plus quitter de la partie. J'utilise le mot partie car ce fut comme lors de certaines étapes des TG ou TEFR passées où je me suis bien amusé. Certes ce moment d’euphorie contrôlée n’a duré que le temps que je fasse un gros écart sur mes poursuivants car les 22 derniers kilomètres furent plutôt laborieux.
    J'avais pris néanmoins le temps de faire quelques photos : château de Saumur, villages de caractère, embarcations sur la Loire avec un beau soleil levant… La météo avait été à la hauteur avec de la fraîcheur jusque tard dans la matinée, beaucoup de zones ombragées et du grand soleil parfois caché par des nuages bienvenus. Nous avions couru sur la route de la levée où il y avait eu un peu de circulation et nous avions encore vu beaucoup de cyclistes.

    En ce jour d’anniversaire de mon frère, ma motivation avait été décuplée pour tenter un petit truc sympa. Ainsi je me suis accroché pour aller chercher une belle 4ème place. Au final je me suis constitué un petit matelas confortable sur mes poursuivants ce qui allait me permettre de faire les prochaines étapes sans pression.
    Celle du lendemain aura une longueur proche de celle de cette 14ème étape (70 km environ) et nous arriverons dans notre département à Patrick et moi. Des visites seront attendues.

    Étape 15 - Mer 19 Août Ste Gemmes sur Loire - Oudon (44) 70 km 939 km (camping « La Tour » Oudon)

    J'avais fait le malin la veille avec Jean Louis Crocsman et aujourd'hui il m'a réduit en bouillie
    Je n'ai pourtant pas musardé en route mais il avait chaussé ses crocs de 7 lieues

    Patrick Poivet arrivait chez lui ou presque et il tenait vraiment à marquer son territoire en gagnant l'étape sans partager. 6h24 pour 69,7km. Derrière, l'entente Crocsman/Stefano suivie de Laurent fit « le boulot ».
    Puis un grand vide... et soudain débouchait René qui m'avait rattrapé à 10km du but avec qui je finis l'étape ex-æquo comme il y a peu de temps encore. Venait ensuite Fred Borel. On a ensuite attendu un peu, toujours personne en vue. Après la douche et le linge, est arrivé un JB assez marqué à qui les jambes ont rapidement fait défaut pendant cette longue étape. Les autres concurrents sont arrivés au compte-goutte jusqu'après 19h pour la dernière. Cette étape a alterné les parties agréables avec de beaux paysages et des moments moins appréciés avec de longues parties interminables de route sur la levée de la Loire surtout qu'on ne la voyait plus beaucoup alors, la Loire.
    Nous étions rentrés dans mon département et on passerait "chez moi" le lendemain. Ainsi j’espérais faire bonne figure entre les km 27 et 34, quand je traverserais ma ville.
    62km puis 23km le lendemain nous restaient pour conclure ce périple ligérien. Il fallait en profiter pour les déguster car ce genre de course finit tellement vite !

     

    Étape 16 - Jeu 20 Août
    Oudon - Frossay (44) 62 km 1001 km (camping «Le Migron » Frossay)

    L’avant dernière étape aujourd'hui, d'Oudon à Frossay passait par chez moi.
    Une partie du parcours ne m'était pas inconnue - le marathon de Nantes, mes circuits d'entraînement et des balades à vélo m’avaient amené à en emprunter de nombreux tronçons - et je savais que ma famille allait venir me voir passer. Le démarrage fut poussif car je n'avais pas envie de partir vite et parce que la douleur à mon tendon d’Achille mettait toujours un certain temps avant de se faire plus discrète. Du 9 à 9,4 de moyenne me convenait et seuls 4 coureurs s'étaient détachés (Patrick, Laurent, JL Crocsman et JB). Stefano avait été malade toute la nuit et vite il se rendit compte qu'il ne pouvait pas aller aussi vite que lors des dernières étapes. Je suivais de très loin le groupe de tête et pas loin derrière il y avait René. Au R1 je ne vis personne des 4 de devant puis au R2 je rattrapais JB avec qui je poursuivis ma route. Au R3 ma famille m'attendait et ça me fit du bien, mais mentalement peu à peu j'ai lâché. Au R4 nous vîmes René nous reprendre et nous poursuivîmes à 3 accompagnés de François Fouques venu courir l'étape. Il avait déjà fait la Loire intégrale. La presse était là le long du canal de la Martinière nous avons été filmés. Au R5, elle était encore là et nous avons été interviewés JB et moi. Le reportage passerait aux infos à 19h le soir. René était reparti pensant que nous allions le rattraper mais 5' de questions ajoutées aux 5' pour se ravitailler, ça faisait beaucoup. Notre retard était trop important e la dernière partie fut longue le long du canal, mais aussi très jolie. Laborieusement nous avons terminé en 7h05 à 10' de René et très longtemps après les 3 premiers. Crocsman reprend la 3ème place à Stefano, bien malade et sans forces.
    Plus que 23,5km à faire pour boucler ma 1ère Loire Intégrale.

    Étape 17 - Ven 21 Août
    Frossay - Saint Brévin (44) 24 km 1025 km


    Dernière étape de la Loire Intégrale 2015. Du camping de Frossay nous avons fait la fin du canal dans la brume du petit matin au rythme des coups de fusils des chasseurs de gibier d'eau : heureusement que le road runner n'est pas un gibier d'eau, mais de route ! Arrivé à Paimbœuf, comme il n'y avait pas de ravitaillement de prévu, je fis une halte dans une boulangerie pour acheter un flan et un coca. Une fois reparti, j'étais tout seul avec ma petite accompagnatrice à vélo qui ne devait me suivre que la première moitié de l'étape, les gars de devant m'avaient pris plus de 500m et je ne les ai plus revus par la suite. De Paimboeuf jusqu’aux abords de Saint-Brévin il fallut cheminer le long d'une route croisant des véhicules roulant assez vite malgré le brouillard. Les 5 derniers km furent moins pénibles mais toutefois difficiles car sur des chemins sableux et caillouteux. L'arrivée au pied du Pont de Saint-Nazaire (un peu après quand même) fut, comme pour toutes les arrivées des dernières étapes de ce genre de courses, un grand moment de délivrance. Je n'ai pas fait éclater ma joie de manière exubérante, ce n'est pas mon style et il me faut toujours quelques minutes pour débrancher le mode "cours-ne-te-pose-pas-de-questions-oublie-tes-douleurs-tu-te-reposeras-quand-tu-seras-arrivé". J'étais un peu désabusé d'avoir tant peiné pour une simple petite histoire de 23km, comme si j'en avais fait 40 avant. C'était la fatigue peut-être. Mais je me suis rattrapé après l'arrivée et avec tous les coureurs, finishers et non finishers, bénévoles, organisateurs et accompagnateurs nous avons fêté ça.

    Cette 3ème Loire Intégrale avait été organisée de main de maître par Annie et Dominique Chaillou, épaulés par un groupe de bénévoles aux petits soins.

    Après le repas festif, je suis rentré à la maison et il fallait tout faire pour éviter que le spleen vienne me gâcher ce moment de retrouvailles avec ma famille. Et puis je pourrais retourner courir dès le lendemain car le corps m'en redemanderait encore.


    Lors de cette épreuve, j'ai manqué de gaz et ma moyenne fut inférieure à celle des dernières TG ou TEFR. Donc je savais autour de quelle séances l'entraînement devrait s'orienter dans l'objectif de regagner les 0,5 à 1 km/h manquants au final. Mais j’étais néanmoins content de ce que j'avais fait.

    Il n'y a pas de recette pour réussir, il y en a pour échouer. A chacun de trouver celle qui lui convient le mieux. Mais ne faisons pas croire que tout le monde peut se permettre de ne jamais s'entraîner (ou de ne pas faire beaucoup de km en course à pied) et de réussir des courses à étapes de plusieurs semaines. Ceux qui réussissent ne sont pas nombreux et quand on prend le départ de ce genre d'épreuves on doit savoir que rien n'est écrit à l'avance, que des outsiders sont tout à fait capables de bien y figurer.

    à+Fab******€**&

     

     


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  • Ce qui est difficile quand on a couru à ce jour 127 étapes de la Transe Gaule et 118 des TransEurope, c’est de trouver matière à raconter l’étape du jour sans avoir à radoter. Ceux qui ont déjà lu les CR précédents doivent se barber car ils peuvent avoir l'impression que c’est toujours la même chose. Pour cette édition de 2014, j’aurais aimé changer un peu – Je vais essayer – pour narrer les 1190km qui m’ont mené de Roscoff à Gruissan.

    Transe Gaule 2014


    1/ mardi 12 août : ROSCOFF – Plounévézel 68 Km (68 Km)

    C’était devenu un rituel pour moi de rallier Roscoff et de prendre le départ de la Transe Gaule mais à chaque fois c’était un recommencement. Je ne partais jamais avec des certitudes, juste avec l’expérience accumulée lors de mes 7 premières participations à ce qui constituait mon feuilleton de l’été.

    Après le prologue non chronométré de 6km de Roscoff à St Pol de Léon, une petite mise en jambes permettant de s’échauffer et de vérifier l’état général du bonhomme et de la tenue, nous sommes partis à 9h17 de la gare de St Pol pour les 1184km restants. La première étape faisait 62km en plus des 6 du prologue.

    Je démarrai vite. Et oui, comme un débutant ou un kamikaze ou comme quelqu’un qui veut se rendre la course difficile. J’avais adopté mon rythme de footing habituel (10,5km/h) sachant que je ferais des pauses de marche tous les quarts d’heure. Les sensations étaient bonnes et il y avait quand même plusieurs autres concurrents devant moi. J’atteignis Penzé en 1h01’, soit 2’ plus vite que l’an dernier et 6’ plus vite que lors de mon année record. Des coureuses et des coureurs venus de Taïwan et Hiroko, coureuse japonaise, m’encadraient, pas de potes français avec moi : JJ Moros et Stéphane Pélissier étaient déjà loin devant et les autres compatriotes derrière, pour le moment. Je me sentais bien, donc je continuai sur ma lancée après le ravitaillement N°1. Je passai à Pleyber-Christ en 2h18, avec encore plus d’avance sur le Fab des TG précédentes (c’est contre lui que je courais ! ). La pluie s’invita alors mais j’eus de la chance de ne prendre que la fin de la grosse averse et d’avoir été protégé par les arbres quand ça s’est mis à vraiment pleuvoir. Pas nécessaire de sortir le poncho, la prochaine éclaircie devait me sécher.

    Mon sac à dos acheté récemment et étrenné sur le Semi-Raid du Golfe m’avait bien été utile. Je pus me ravitailler à ma guise, recharger les bouteilles et les ranger dans les poches faites pour cela sans me prendre la tête. J’avais mis la musique car le temps commençait à me sembler long et je n’avais personne à qui parler, n’ayant pas fait taïwanais ou japonais en seconde langue.

    Passage au marathon en 4h23’ puis aux 50km en 5h13’, je me disais que sauf accident, j’étais sur les bases de mon record sur cette étape ; encore fallait-il ne pas se planter !

    J’admets l’aspect périlleux de la chose, mais une Transe Gaule sans prise de risque, ça devenait une Transe Gaule monotone. D’habitude je n’en prenais pas si tôt dans l’épreuve mais je voulais me tester. La fin de l’étape fut quelque peu laborieuse, mais à y regarder de plus près, pas si difficile que ça. Passage à Poullaouen en 5h48 (encore du temps de grappillé sur mes TG passées) et arrivée sans rechercher à revenir sur les deux coureurs que j’entrapercevais au loin puis de moins en moins loin devant moi. Je n’aurais rien gagné à les rattraper car j’aurais fini avec eux.

    Je me contentai de cette 11ème place sur 48 (puisque tout le monde avait atteint Plounévézel avant le cut-off) en 6h32’41 pour 62km.

    J’avais amélioré ma meilleure marque sur cette étape de près de 8’. Je ne pensais pas pouvoir être capable de remettre ça lors de l’étape du lendemain. On verrait après une bonne nuit de repos.

     

    2/ mercredi 13 août : Plounévézel - Pontivy 64 Km (132 Km)


    Départ comme hier, sauf qu’il faisait à peine jour (à 6h30 il fait plus noir qu’à 9h17). Tant pis, je partis sur un rythme assez rapide pour moi et je me retrouvai dans les 10 avant d’avoir atteint Carhaix pourtant situé à 2,2km de Plounévézel et en plus en ayant marché dans les côtes : j’alternais 25 foulées puis 10 pas de marche, mais comme ça m’ennuya vite de compter et je poursuivis l’alternance en côte à mon instinct. Derrière, personne ne me revenait dessus, mais ceux de devant m’avaient largué. A Carhaix, je m’arrêtai regarder les statues des sœurs Goadec, un taïwanais croyant que j’étais perdu m’indiqua le chemin à suivre et je repris ma course. Sortie de Carhaix, je rattrapai une taïwanaise et Jean Michel puis une fois l’horizon bien dégagé je me mis à accélérer. 6km d’échauffement puis je trouvai enfin le rythme de croisière pour le plus longtemps possible j’espérais.

    Au Moustoir, km8, en 46’, j’avais 4’ d’avance sur mon record de 2008 puis à Paule, km14 en 1h24 j’en étais à 6’ de gagnées. Le ravito pris en 1’15 (c’est précis car mon GPS a enregistré ces données) je continuai tranquillement vers le prochain objectif : le début du canal situé au km26 et où se situait le second poste de ravitaillement. Glomel , km18 en 1h50, puis le début du canal à Pont Aofred en 2h33’ pour 26km (10’ d’avance sur le meilleur Fab). Le canal comme à son habitude était calme, beau, bucolique, avec de temps à autres quelques promeneurs avant de rencontrer un groupe de taïwanais lâché pour la circonstance en mode récréation. A mon passage, les encouragements et appareils photos y allaient de bon cœur. Je fis un arrêt « petit-caillou-à-la-con-dans ma chaussure » et m’aperçus que je n’étais plus seul : Hervé me suivait et se rapprochait doucement. Pas grave car il avait un niveau supérieur au mien. Par contre j’étais étonné de ne pas voir certains coureurs qui étaient devant moi la veille. A la sortie du canal, Hervé ne m’avait pas encore rattrapé, je fis une autre pause du même type que la précédente, en plus long car de vider les deux chaussures ça n’était pas évident, mais ça soulageait et évitait de provoquer des ampoules dont je n’avais aucunement besoin.

    Km 35 en 3h29 avant l’arrêt, 3h32 après et Hervé en profita pour me passer devant. Je ne le revis plus sinon au début de loin au gré d’une ligne droite. Patrick Poivet me rattrapa aussi et après avoir discuté quelques secondes il se détacha peu à peu. Je le gardai en point de mire quelques temps (plus d’une heure) mais à la longue et parce que les lignes droites se faisaient plus rares, je ne le revis plus. Je me retournais de temps à autres afin de voir qui allait à son tour venir me croquer : personne ! Même Stefano, l’italien avait été assez distancé pour ne plus être en vue. Je m’arrêtai au ravito des M&M’s , Marcel et Marie fidèle couple de bénévoles depuis l’édition de 2005 qui proposait une bonne soupe où je pris mon temps pour la déguster, et après ce km 40, l’étape avait débuté depuis 4h05’ quand j’en repartis, commença alors la partie la moins intéressante de l’étape. Mon impression fut renforcée par le fait que les forces commençaient aussi à baisser, chose normale que j’avais bien provoquée à l’image d’hier. Je passai le marathon en 4h19’ (soit 4’ de moins qu’hier) puis le km 50 en 5h09’ (toujours à -4’). Ravito 4 au km 48,5 en 5h environ, avec de longues lignes droites où celui qu’on apercevait au loin avait plus de 5’ d’avance. En bout de ligne droite, de la montée !

    Allez, plus que 14km avant l’arrivée et l’alternance des côtes et des descentes me plaisait bien même si quand j’étais en côte j’espérais qu’une descente arrive et inversement, quand j’étais en descente je voulais de la montée. Allez comprendre ! Cahin-caha, j’atteignis le dernier ravitaillement à partir duquel il ne restait en principe que 7km. Je remplis une dernière fois mes bouteilles et je repris la route avec son trafic de voitures et de camions qui ne permettaient pas de se reposer la tête : j’étais toujours sur le qui-vive, on ne sait jamais, il y a tellement d’abrutis au volant qu’on pouvait très bien en rencontrer un, d’ailleurs j’en avais vu quelques spécimen heureusement sans avoir été trop gêné. La partie entre l’entrée de Pontivy et le nouveau lieu d’arrivée, déjà comme l’an dernier, ne me parut pas si longue que par le passé. Sans doute boosté par le bon chrono que je devais faire et par un classement tout aussi sympa, je déroulai et franchis l’arche en 6h42’02 à la 8ème place. Content d’avoir amélioré mon meilleur temps sur cette étape et d’y avoir fait une belle place.

    La météo toute la journée avait été très agréable, les nombreux arbres bordant le parcours ayant fourni de l’ombre, je n’avais pas eu trop chaud, ni froid. J’avais néanmoins fini tout trempé de sueur et la lessive après la douche était assez copieuse.

    En cette veille de première longue étape, j’avais bien sûr gagné le droit de dormir une heure de plus car mon départ était prévu à 7h30 avec les 7 coureurs qui ont fini devant moi et à 6h30 pour les moins rapides du jour.


    3/ jeudi 14 août : Pontivy - Guer 76 Km (208 Km)

     

    Nous avons tournicoté dans le gymnase, les huit premiers de l’étape de la veille, quelques temps à attendre le départ une fois que le peloton des 6h30 était parti. J’observais le rituel des Taïwanais avant l’étape : un échauffement basé sur une sorte de stretching, puis des gammes de pose de pied ou d’équilibre. Intéressant mais je ne le souhaitais pas le faire pas au risque de me blesser, moi qui étais souple comme un verre de lampe.

    Je remangeai un en-cas avant de prendre le départ non sans avoir participé à la photo immortalisant ce groupe des 8 (2 Taïwanais, 1 Allemande, 5 Français dont 3 de Loire-Atlantique). Départ prudent pour la traversée de Pontivy puis une fois sur la grande route je pris mon rythme laissant momentanément mes deux compères ligériens derrière, sachant qu’ils me croqueraient aux alentours du marathon. La circulation devint de plus en plus importante, les voitures roulaient vite, les camions étaient nombreux, mais à part deux ou trois fois, on a réussi à cohabiter ; la vigilance était néanmoins obligatoire. Se succédaient de longues portions de routes monotones avec des lignes droites où l’on apercevait des coureurs au loin, ceux que j’allais rattraper peu à peu, et quelques parties vallonnées un peu plus tranquilles. J’étais sur les mêmes bases que les jours précédents (4h23 au marathon, 5h12 aux 50km) mais arrivé à Ploermel, je commençai vraiment à en avoir plein les bottes. La traversée de cette ville animée après un passage assez long au ravitaillement s’avéra longue et les derniers hectomètres pour atteindre la voie verte furent tout aussi laborieux. C’est là que ma moyenne chuta un peu, chose que j’allais essayer de réparer sur la partie plane de 18km qui m’attendait. Comme je suis compétiteur et que je n’avais pas d’informations sur les coureurs me suivant au général mais partis une heure avant moi, je me décidai de prendre le taureau par les cornes et de jouer mon va-tout. J’adoptai une cadence de 5’30 au km, repris quelques coureurs du groupe 1 et je me fixai peu à peu l’objectif de finir l’étape de 76km en moins de 8h. Pour cela, il ne fallait pas mollir et même si je m’arrêtai aux deux ravitaillements, brièvement, même si je procédai à plusieurs vidages de chaussures envahies par des petits cailloux provenant du revêtement de la voie verte, je réussis à tenir mon objectif : 7h58’15. 8ème place, que je conservais au général aussi, creusant un peu plus l’écart avec mes concurrents directs de derrière à qui je reprenais plus de 20’. Ceux de devant ont aussi augmenté leur avance sur moi comme ça j’étais tranquille, je n’avais qu’à regarder derrière.

    Après l’étape, l’enchaînement de toutes les tâches à faire me prit tant de temps et d’énergie que je ne trouvai pas la moindre petite parcelle de temps pour écrire mon CR. Chose qui fut réparée le lendemain soir.

     

    4/ vendredi 15 août : Guer - Châteaubriant 67 Km (275 Km)

     

    Comme hier, je faisais partie du groupe N°2 qui devait partir 30’ après le groupe N°1. Trente minutes d’attente, c’était mieux qu’une heure et ça allait me permettre de remonter les coureurs du groupe 1 plus rapidement. Le départ fut donné sous un beau ciel bleu dans lequel il ne manquait encore que le soleil qui devait se la couler douce sous la couette, mais nul doute qu’une fois levé, il allait nous redonner du chaud au cœur et au corps. En attendant, la voie verte bordée d’arbres était bien agréable et ses 11km passèrent relativement rapidement. J’y ai dépassé plusieurs coureurs, certains un peu ralentis par la fatigue ou des débuts de blessures, d’autres plus prudents désirant récupérer de la longue étape de la veille.

    Un 15 août, on pouvait s’attendre à ce que les routes soient désertes, mais nous avons croisé beaucoup de motos se rendant à la bénédiction annuelle de Porcaro par où nous étions passés hier. Des voitures troublaient aussi notre quiétude donc comme la veille il fallait redoubler de prudence. La traversée de Guipry puis de Messac où nous avons franchi la Vilaine marquait comme tous les ans la fin de la première partie de l’étape. La seconde était moins intéressante, faite de lignes droites sans bas-côté mais avec de nombreuses portions ombragées. Les villages se succédaient et je dépassais progressivement les coureurs du groupe 1.

    Mon allure était encore correcte, passage au marathon en 4h22 et aux 50km en 5h11, mais je sentais que ça devenait difficile. Ce qui renforça cette impression c’était le temps que je mis pour rattraper, doubler et lâcher les coureurs du premier groupe, mais en y réfléchissant bien je me dit que c’était normal car leur allure était supérieure à celle des autres doublés précédemment. Certains en profitèrent aussi pour rester un peu avec moi, voire repasser devant, comme Angel ou Kelvin, d’autres ne furent pas distancés tout de suite et restèrent un moment à quelques dizaines de mètres derrière.

    Aux ravitaillements, j’avais trouvé un rituel quotidien qui semblait me convenir : le matin, je déposais dans les caisses des bouteilles de sirop de citron ou de pamplemousse et quand j’arrivais aux ravitos, je faisais l’échange rapidement ou je remplissais mes bouteilles vides et je pouvais manger en même temps. Je débutais l’étape en prévoyant de grignoter quelque chose au bout de 45’ puis après 2h15’ de course, sachant que le ravito N° 1 était environ à 15km du départ et le suivant à environ 30km. La suite les voyait être espacés de 10km en moyenne.

    La fin de l’étape fut dure, j’avais maintenu une bonne cadence pour essayer de revenir sur les deux seuls que je n’avais pas rattrapés mais ils avaient senti le coup venir et n’avaient eu qu’à augmenter légèrement leur vitesse pour me maintenir loin derrière eux. Au final, je mis 7h05’44 pour 67km, un peu déçu de n’avoir pas tenu le 9,5km/h de moyenne (là ça faisait 9,4 environ) mais j’étais satisfait d’avoir augmenté l’écart avec mes poursuivants. Lors de la prochaine étape, on finirait de traverser la Loire-Atlantique pour nous rendre à Saint-Georges sur Loire. 71km assez vallonnés. J’espérais que les fortes pluies qui avaient perturbé l’après-midi ne viennent pas gâcher l’étape pour laquelle je repartirais une nouvelle fois dans le groupe des 8 plus rapides, 30’ après les autres.


    5/ samedi 16 août : Châteaubriant - St-Georges-sur-Loire 71 Km (346 Km)

     

    Au moment du départ, nous avons appris que Jean-Jacques Moros, alors en tête du classement général, ne prendrait pas le départ : coup dur, encore une fois sur la TG. J’en avais vu des coureurs abandonner et pour beaucoup ça m’avait toujours attristé. Et ce matin-là ça faisait encore plus mal au cœur tant Jean Jacques était un garçon attachant.

    Tous les 7, puisque nous étions un de moins, nous sommes partis sous un temps clair et frais à souhait : tout laissait penser que cette longue étape allait bien se dérouler. Bien sûr, c’est quand on s’y attend le moins qu’il se passe quelque chose et à peine 1500m de parcourus que je fis une extrasystole qui déclencha une tachycardie. Je m’arrêtai, m’accroupis comme je savais le faire, respirai tranquillement et le cœur revint à un rythme normal. Bon, il allait falloir être vigilant pensai-je alors et 10’ après, ça recommença. Je m’arrêtai à nouveau : surtout ne pas paniquer ce qui entretiendrait le phénomène. Cela se passa encore en 30 secondes et je repris la route, pas très fier et surtout je commençai à me faire des scénarios catastrophe. Ma femme qui me rejoignit en voiture me demanda si ça allait et je lui expliquai que j’avais plus de crainte d’avoir à tout stopper que d’avoir du retard sur mes prévisions. Elle me rassura et je continuai en me disant que mon allure de course n’était pas si lente que ça. D’ailleurs je commençai peu à peu à doubler les coureurs du groupe parti 30’ avant. Suivront deux autres petites arythmies que je calmerai de le même façon. Une belle journée de merde s’annonçait.

    Je passai à Erbray, km 10,4 en 1h05’, donc je n’avais pas trop perdu de temps dans l’histoire et j’atteignis le 1er ravito à Petit-Auverné en 1h42 pour 16,4km. Je remontai tranquillement le peloton et je me rassurai progressivement quant à mon état de forme : de bonnes jambes, une bonne allure, un mental regonflé car les problèmes de rythme cardiaque semblaient avoir disparu. Je n’ai pas vraiment pu apprécier le paysage, assez monotone et sans doute parce que mon esprit était quand même orienté vers les sensations afin d’anticiper tout nouveau soucis. Néanmoins, j’avançais relativement bien, passais les ravitos en ne gaspillant pas de temps 50s pour le 1er, 45s pour le 2ème, 2’40s pour le 3ème où je pris quand même le temps de bien m’alimenter, 40s pour le 4ème. J’avais remonté presque tout le groupe des 6h30 et passai le marathon en 4h25, les 50km en 5h13, soit dans les mêmes eaux que sur les étapes précédentes. Je finis avec Gwen Quéant qui venait courir sa seconde étape et qui m’avait battu de 44 secondes la veille. Il tenait à finir avec moi, mais comme il était parti une demi-heure avant moi, je lui avais « mis » 30’, mais notre petit jeu avait été sympa et avait fait passer le temps et surtout oublier mes soucis de début d’étape. 6ème de l’étape, 7ème au général, avec un record d’étape battu de plus de 5’. La journée avait mal commencé, elle s’est mieux terminée.

    A noter qu’il ne faisait pas bon d’être multi étoilé ce samedi, car non seulement, JJ Moros avait-il stoppé, mais Marie-Jeanne n’avait pu rallier l’arrivée pour de gros problèmes de dos, tandis que les deux plus étoilés, Don et Daniel avaient terminé aux deux dernières places. Alors, je me dis que j’avais eu chaud moi aussi.

     

    6/ dimanche 17 août : St-Georges-sur-Loire - Doué-la-Fontaine 53 Km (399 Km)


    Nous partîmes tous ensemble du gymnase pour rejoindre en groupe et en marchant le château de St Georges pour un départ à 6h45. Cette petite étape était plate sur les 7 premiers km, dans la vallée de la Loire, puis bosselée à souhait sur les 25km suivants dans les coteaux du Layon, la fin étant moins intéressante car sur une longue route assez fréquentée, même pour un dimanche.

    Je partis vite (trop ? je ne sais pas) et j’ai pourtant rapidement été lâché par un groupe de 7 coureurs dont Hervé Rozec avait pris la tête. Je me sentais bien, mais tout comme hier, je dus stopper deux fois dans les 4 premiers km pour les mêmes raisons qu’hier. Pénible à la fin, mais je n’ai pas stressé et me suis contenté de repartir après m’être fait dépasser par beaucoup de coureurs. Le passage à Chalonnes au km 6 en 38’ me montra que je n’avais pas perdu tant de temps que ça et une fois la ville passée je me mis en tête une stratégie alternant course et marche en montée et course sur le reste. Le ravito N°1 fut atteint en 1h31 pour 14,8km, où je ne m’attardai que 40 secondes, le temps d’échanger mes bouteilles contre des pleines préparées le matin avant la course, je repartis à l’assaut des coureurs de devant. J’en rattrapai progressivement quelques uns et quand je me portai à la hauteur de mes potes Philou Gallou et JP Richard, je décidai de rester un peu avec eux.

    Le temps passe vite quand on court à plusieurs et qu’on bavarde, et malgré une dernière arythmie cardiaque qui me força à les laisser reprendre un peu d’avance, je remis les gaz et les laissai continuer ensemble. Mon objectif était, au départ de l’étape, de mettre 5h18’ (10km/h pour 53km) mais je dus me rabattre sur le plan B (moins de 5h30’), alors il ne fallait pas traîner surtout qu’il me restait deux coureurs à reprendre : une Taïwanaise et Jean Michel Fremery qui semblait avoir des ailes. Je ne mollis pas mais eux non plus alors quand j’arrivai à Doué, je ne rattrapai que la Taïwanaise, à 300m du but, pour terminer avec elle. JM était arrivé plus d’une minute avant nous. Le bilan de la journée n’était donc pas négatif, je n’échouais que de 58 secondes pour mon plan B et ne battais pas mon record de près de 3’, record établi l’an dernier alors que nous avions eu un parcours moins vallonné avec une longue portion de voie verte que Jean-Benoît a supprimée car certains coureurs l’avaient trouvée monotone. C’est vrai qu’au niveau paysages, on avait été une nouvelle fois servis. Les coteaux du Layon et auparavant le passage sur la Loire constituent des sites agréable à traverser.

    Maintenant qu’on avait franchi la Loire, on attaquerait la seconde semaine et ses plaines et plateaux à grandes cultures. Ce sera un autre paysage, mais tout aussi joli.

     

    7/ lundi 18 août : Doué-la-Fontaine - Monts-sur-Guesnes 58 Km (457 Km)

     

    Deuxième semaine, encore 43 rescapés. Pas trop de dégâts dans le peloton, mais des releveurs qui sifflaient et des tendinopathies qui apparaissaient en plus des sempiternelles ampoules ou coups de soleil. Veinard, je l’étais quand je constatais qu’en ce début de deuxième partie je n’avais rien, mis à part mes petits problèmes d’arythmies cardiaques que je ne savais pas dans quelle catégorie placer.

    Le départ de Doué la Fontaine au sortir de la nuit se fit dans une bonne ambiance, sans doute la moins grande longueur d’étape de la veille et de celle d’aujourd’hui avaient-elles remonté le moral des troupes. C’est vrai que la traversée de la Bretagne avec l’allongement des distances des étapes précédant la Loire avaient pesé sur les organismes. Je courus les 3 premiers kilomètres avec Rudy, venu faire son footing matinal avec nous, mais je dus le laisser continuer avec les copains au bout de quelques temps en raison d’une nouvelle tachycardie. 30 secondes de pause pour bien respirer et me calmer et je repartis. Trois autres arrêts du même type allaient venir perturber ma bonne marche mais je n’ai pas cédé pas à la panique et me suis reconcentré pour continuer ma route. Sur mon tableau de marche, j’accusais alors un débours de plusieurs minutes et plusieurs coureurs avaient pris la poudre d’escampette. Je me mis en tête de les reprendre un à un si plus aucun arrêt imprévu ne surgissait. A Montreuil-Bellay, je comptais encore 5’ de retard sur mes plus belles étapes et au loin j’apercevais des coureurs (Jean Michel, une Taïwanaise, Patrick) alors que je venais de repasser devant Angel. Le vallonnement me convenait et après le second ravitaillement, je dépassai et laissai sur place mes prédécesseurs. Au ravitaillement de Loudun, Patrick me reprit et nous avons traversé la ville ensemble, ensuite il profita de sa bonne vitesse de base et d’une partie plus roulante pour s’éloigner progressivement. Il me prendra 8’ en 14km. Je finis bien cette étape, mais n’avais pas réussi à atteindre mon objectif (5h48’ option gourmande, moins de 6h option tentée et réussie l’an dernier, plus de 9,5km/h soit mettre moins de 6h06’ 3ème option) : je terminai en 6h08’39 mais content quand même car j’avais repoussé encore un peu plus les coureurs situés juste derrière moi au général. A Monts sur Guesnes, nous avons enfin pu occuper le gymnase terminé depuis 4 ans mais qui comportait des malfaçons interdisant toute occupation humaine. Il fallait toutefois laisser les chaussures à l’entrée et porter les valises, mêmes celles à roulettes, mais c’était un luxe par rapport à la salle exiguë mise à notre disposition les autres années. Le pot à la Mairie fut suivi du repas au restaurant ; ce furent des moments sympathiques, resserrant les liens entre les coureurs surtout ceux qu’on ne voyait pas souvent car arrivant plus tard. Seul bémol à cette belle journée – sans compter la pluie qui s’est invitée en fin d’étape – c’était l’abandon de Mathieu Fréville, trop handicapé par ses releveurs et qui ne put assurer un tempo suffisant pour atteindre Monts dans les délais. A noter aussi les 2,5km de rab d’Hervé, le vainqueur de l’étape qui avait été trop vite et qui avait suivi un marquage erroné de la part du flècheur. Le fléchage ça ne doit pas être évident à faire même pour quelqu’un d’aguerri, je ne sais pas si je serais capable de l’assurer sans moi-aussi me tromper, même si j’ai une bonne maîtrise de l’itinéraire de la TG.

     

    8/ mardi 19 août : Monts-sur-Guesnes - Angles-sur-l'Anglin 63 Km (520 Km)

     

    On nous pose souvent la question : « Qu’est-ce qui vous fait courir ? ». Il aurait fallu venir courir la première heure de cette étape pour comprendre. Nous sommes partis à 42 coureurs peu après 6h30 sous un ciel complètement dégagé, il faisait donc frais un peu aussi. C’est encore une fois parti vite, même moi, mais j’ai su me contrôler pour revenir à un rythme moins soutenu. Mais je piaffais d’impatience de voir si j’allais une nouvelle fois avoir mes ennuis. Et bien, pendant plus d’une heure, je n’ai rien eu, j’ai anticipé les extrasystoles et n’ai pas déclenché de tachycardie. 6 coureurs se sont vite détachés, un mini groupe de 6 s’est formé derrière, dont je faisais partie, puis derrière, la file des autres coureurs s’étalait sur la route légèrement vallonnée menant à Châtellerault. Je restai en retrait de ce mini paquet car je trouvais que le rythme adopté était un peu trop rapide et je voulais rester à l’écoute de mes sensations. J’avais quand même mis la musique pour penser à autre chose et pour profiter du paysage d’une autre façon.

    9,7km/h de moyenne pour la première heure, j’étais sur de bonnes bases et quelques côtes un peu plus pentues ont commencé à venir perturber ma cadence. J’en profitai pour tester ma capacité à monter sans alterner course et marche et sans faire augmenter trop le rythme cardiaque. En haut d’une côte, j’eus une petite alerte, je m’arrêtai pour récupérer, moins de 30 secondes, et je repartis en me demandant s’il allait y en avoir d’autres. Au premier ravitaillement, je ne stoppai que le temps d’échanger mes bouteilles et de prendre une banane et deux biscuits, 50 secondes au total, et donc je remontai et dépassai peu à peu tous les coureurs du groupe de poursuivants. Seuls Jean Michel et Patrick étaient restés devant, mais à moins de 200m. L’arrivée à Châtellerault puis sa traversée se déroulèrent bien, je passai au ravitaillement N°2 en 3h06’ et j’en repartis juste avant mes deux compères. Seul Patrick arriva à me suivre et me dépassa au ravito N°3, juste au début de la longue route menant à Pleumartin. 4h03’ au km 39,5 me convenaient. Sur cette longue portion sinueuse et vallonnée située entre Châtellerault et ce troisième ravitaillement je pris du plaisir à constater que plus aucun ennui n’était venu me perturber, ainsi, au début de la D14 que naguère j’avais appris à détester j’avais encore plein d’énergie et la volonté de ne pas mollir, au contraire, j’avais envie d’en remettre une seconde couche. Patrick étant trop rapide sur le plat n’eut pas de mal à me distancer alors je me fixai un nouveau challenge : essayer de revenir le plus possible sur Stefano, le coureur Italien, parti avec les 5 premiers du général.

    A Pleumartin, après 10km effectués en 1h01’ (passage au marathon en 4h20 et au 50ème km en 5h09’) j’appris qu’il avait une dizaine de minutes d’avance sur moi, et que Patrick était intercalé entre nous deux. Beau challenge en perspective. L’objectif de faire moins de 6h30’ se dessina mais ma marge était ténue, il ne fallait pas flâner et trop regarder les papillons ou autres bestioles. C’était redevenu vallonné et sinueux, avec quelques portions ombragées bienvenues.

    J’atteignis mon objectif chronométrique mais Stefano conserva toutefois 5’ d’avance sur moi à l’arrivée. J’avais limité les dégâts et en fin de compte je m’étais rassuré quant à ma faculté de pouvoir accélérer dans la seconde partie d’étape. Je finis 8ème en 6h29’47 et restais 7ème au général.

    En fin de journée, Nicole nous offrit l’apéro pour son anniversaire, puis nous allâmes au restaurant à 19h30 avant une nouvelle nuit que j’espérais bonne. Un autre jour se lèverait après cette nuit avec 69km à courir sur une étape entre Angles et Saint Sulpice les Feuilles que j’avais surnommée l’étape érotique en souvenir de Serge G. (Gainsbourg bien sûr).

     

    9/ mercredi 20 août : Angles-sur-l'Anglin - St-Sulpice-les-Feuilles 69 Km (589 Km)


    La nuit fut bonne malgré de nombreux réveils et quand je décidai de me lever, la lumière n’était pas encore allumée. Je me préparai tranquillement, allai manger et rangeai tout mon barda. Lors de cette 8ème TG, j’étais mieux organisé que les années précédentes et je n’étais plus en retard aux briefings. J’anticipais le soir et préparais tout ce dont j’avais besoin le lendemain matin sans avoir à le chercher partout et à mettre sens dessus-dessous mes affaires pour me rendre compte que ce que je cherchais était juste là, devant mon nez. (Oui, vous aussi ça vous est arrivé ?).

    Le départ fut donné de l’endroit où nous finîmes la veille et donc la rampe descendante devint la rampe ascendante : sans doute pas loin de 15% sur 100m, ça échauffe vite les jambes ! Une fois là-haut, je me retrouvai en compagnie des 5 premiers, enfin, juste derrière et je me décidai alors à continuer sur le même rythme. Je fus largué rapidement et rejoint par Angel et Stefano. Nous courûmes de concert pendant un certain temps et je dus faire remarquer à Angel qu’il allait peut-être un petit peu trop vite. Il me dit que j’avais raison et que ses parents lui avaient conseillé de toujours rester derrière moi, de ne jamais être devant. Mais il ne les a pas beaucoup écoutés et s’est détaché malgré tout. Je refaisais la jonction à chacune de ses pauses « buissons » et il profitait de mes portions de marche pour m’alimenter pour reprendre le large. J’étais quand même sur du plus de 10km/h de moyenne et quand je vis que je passais les km en 5’45 à 5’55 et qu’il me lâchait néanmoins, je me dis qu’il filait à 11 au moins. Au premier ravitaillement, j’avais repris les devant, non pas pour chercher à le distancer, mais parce que j’avais juste échangé mes bouteilles vides contre des pleines préparées le matin avant le départ. J’ai tenu le 10 de moyenne jusqu’au 40ème km environ, mais au ravitaillement N°3 je pris 2’ pour m’alimenter – soupe, coca et gâteaux – et quand j’en repartis, ma moyenne avait baissé. Elle ne repassera plus au-dessus des 10, bien au contraire, donc je vis que je n’avais pas encore le gabarit pour tourner à cette allure sur une étape. Passage au marathon en 4h18’ puis aux 50km en 5h08’, je maintenais donc quand même une cadence intéressante. Mes deux compères (Angel et Stefano) étaient toujours dans les parages, mais ça ne me gênait pas du tout, ça mettait un peu de piment dans l’étape. Derrière, les poursuivants étaient loin.

    Au ravitaillement de chez Nicole et Françoise, je commençai à vraiment sentir la fatigue me tomber dessus. Je m’accrochai en courant dans les côtes le plus possible – il fallait s’habituer aux prochaines étapes montagneuses – et dans les descentes je déroulais difficilement. A 7km de la fin, au dernier ravitaillement, Angel m’annonça qu’il m’attendrait mais je lui dis qu’il devait filer, qu’il était en train de faire une belle étape et que je le rattraperais si j’étais assez costaud pour ça. Je ne le fus pas et il fila vers une belle 6ème place bien méritée. Je terminai avec Patrick revenu du diable vauvert en battant quand même mon record sur cette étape (de 40 secondes environ). 7ème ex-æquo en 7h13’30s je n’en demandais pas tant.

     

    10/ jeudi 21 août : St-Sulpice-les-Feuilles - Bourganeuf 62 Km (651 Km)

     

    Qu’il a fait froid ce matin-là au réveil. Les 6° au lever prévus par JB n’étaient pas une blague. Le gymnase en proie aux courants d’air dès l’allumage des projecteurs était une véritable glacière. Je me préparai en me couvrant bien et le trajet à pied pour rallier le départ me permit de voir que ça allait bien. Pas de douleurs, pas de muscles raidis, pas de sensation de froid. Je pris un départ rapide, pourquoi pas, et me retrouvai derrière un groupe d’habituels et peu à peu la hiérarchie se mit en place. Angel prit quand même les devants du groupe de poursuivants car les 5 leaders étaient déjà loin et je ne le revis que plus loin au gré d’un de ses fréquents arrêts techniques. Je consultai ma montre et remarquai que les 9,7/9,8km/h me convenaient. J’arrivai au premier ravitaillement en 1h32’ pour 15km et on me demanda si j’avais vu Angel. Il s’était trompé de chemin dans la ville et quand je repartis du ravitaillement, je l’aperçus qui revenait dans le sens inverse de la course. Il me rattrapa rapidement et je ne le revis plus avant un moment, et quand je l’apercevais c’était de loin. Je récupérai et dépassai Stefano et Patrick. Au second ravitaillement, km28 en 2h52, je pris un peu mon temps pour bien refaire le plein et anticiper les 12km ou plus qui me séparaient du ravitaillement N°3. Nous courions sur des routes tranquilles, ombragées, fraîches, la température était idéale, mais je transpirais abondamment.

    La dernière fois que j’aperçus Angel, ce fut quand j’arrivai au ravitaillement N°3, celui des M&M’s (Marcel et Marie qui nous avaient offert un apéritif la veille au soir pour leurs 50 ans de mariage) et comme à mon habitude j’y restai un peu plus longtemps afin de prendre une soupe, quelques rondelles de saucisson, un peu de melon, des morceaux de pêche et d’ananas ; pas étonnant que je sois un des seuls à prendre du poids sur la Transe Gaule. Le temps aussi d’échanger mes bouteilles contre des pleines, et je me retrouvai à nouveau avec Stefano et Patrick à mes trousses. Comme j’étais un relativement bon grimpeur, pas aux arbres vous aurez compris, je distançai de nouveau le coureur Italien et ne vis plus non plus Patrick. A l’avant dernier ravito, km50 en 5h18 (passage au marathon en 4h28’, soit moins vite qu’hier) j’étais tout seul et je me dis que les 12km qui restaient allaient être longs. Seule interrogation : une course cycliste devait emprunter la fin de notre étape (le tour du Limousin) et je n’avais pas d’informations sur le parcours de la fin de l’étape. Allait-il être modifié ? Je verrais en temps voulu. A peine sorti de ces pensées, Patrick déboula de derrière comme à son habitude et après avoir discuté quelques secondes, me laissa scotché au bitume. Je n’avais pas le niveau pour le suivre.

    Au dernier ravitaillement, il n’était plus en vue depuis longtemps et j’appris que la course passerait un peu plus tard et que je ne devrais pas être gêné. Je terminai péniblement car une très forte montée précédait les 500 derniers mètres. Le chrono indiquait 6h31’40s soit mon meilleur temps sur cette étape lors d’une Transe Gaule, le vrai record datant de la TransEurope où j’avais mis 4’ de moins pour exactement le même itinéraire.


    11/ vendredi 22 août : Bourganeuf - Peyrelevade 49 Km (700 Km)

     

    La plus courte étape de la Transe Gaule, si l’on exceptait l’ultime qui mènera les coureurs sur la plage de Gruissan, pouvait s’avérer piégeuse. Quelle stratégie adopter ? Se réserver en vue de la suivante de plus de 75km ? Y aller à fond et advienne que pourra ? Se faire plaisir ? J’avais choisi mon option : me faire plaisir et comme le plaisir de faire une belle étape rapide n’a pas d’équivalent, j’avais opté pour un petit peu de la deuxième option. Le départ fut poussif pour traverser Bourganeuf et surtout à la sortie de la ville quand sur 1500m le pourcentage avoisinait les 10 voire les 15% par endroits. Donc j’eus du mal et je me retrouvai bientôt lâché par des coureurs qui sont le plus souvent derrière : René, Alain, Angel, Stefano, JP et Philippe… Quand le profil devint plus correct, je me trouvai un petit rythme entre aisance musculaire et respiratoire et remontai peu à peu ces coureurs sauf Alain et Stefano qui avaient de bonnes jambes. Le profil n’était plus à la montée stricte, beaucoup de portions descendantes, de faux-plats montants ou descendants se succédèrent, cela permettait de faire remonter la moyenne : j’étais encore à moins de 9. Le passage au Compeix, km 7 en 46’, puis le passage au ravito N°1 km14 en 1h25’ me confirmèrent que la moyenne allait mieux et moi aussi. Je venais de dépasser Hervé qui ne pouvait plus vraiment courir sans ressentir ses douleurs au genou et à la hanche. La suite du parcours soi-disant en côte vers Royère de Vassivière était bien agréable ; des côtes, il n’y en avait pas vraiment et je me dis qu’elles seraient beaucoup plus difficiles vers Faux la Montagne et même vers l’arrivée.

    Au passage à Royère km22 en 2h13, j’avais presque retrouvé ma moyenne « objectif du jour » de 10 à l’heure. A ce moment, j’étais 5ème, j’avais dépassé mes compagnons de la montée dans le dernier raidillon vers ce village. Dans la descente je déroulai et atteignis le ravito N°2 en 2h34’ pour 26km. Pile poil du 10 de moyenne ! J’étais content et connaissant la suite jusqu’à Faux la Montagne, je repartis du ravito en maintenant la cadence. Le long du lac de Vassivière, je me remémorai les vacances passées en famille ici il y a quelques années. L’ombre qui était pratiquement présente tout du long depuis le départ maintenait une bonne fraîcheur : temps idéal pour courir, mais je savais qu’après le lac il y avait une partie un peu découverte où le soleil allait peut-être chauffer un peu. Je mis de l’écran total pour protéger mes tatouages, les nouveaux, comme je le faisais tous les jours depuis Roscoff. Souvent, Étienne l’accompagnateur d’Alain me rattrapait en voiture pour me demander si ça allait et pour trouver un endroit où se garer pour attendre Alain. Il était avec Mathieu qui avait abandonné suite aux blessures aux releveurs de la première semaine. Ils étaient sympas et on se marrait bien. Ils me prirent en photo peu avant Faux là où se trouvait le banc baptisé « le banc des Gaulois » par JB.

    Quand j’arrivai à Faux, en 3h27’ pour 34,2km, j’eus droit aux honneurs du comité d’accueil de la ville au niveau du 3ème ravitaillement. Speaker, musique, applaudissements… de quoi en repartir boosté. Un petit coup d’œil en passant vers l’étoile gravée en creux dans un bloc de granite au niveau du camping (je ne sais pas si beaucoup savaient qu’il y avait ça ici) et dans la descente au loin j’aperçus un coureur non identifié, mais en jaune fluo quand même. Qui était-ce ? Curieux comme tout, je me dis que je n’allais pas tarder à le savoir. Je mis 7km pour le rattraper : c’était un Taïwanais, le plus petit des deux de tête, et je pensai qu’il était cuit – ce qu’il était sûrement avant qu’il ne s’aperçoive que je lui revenais dessus. Après le ravitaillement N°4 au km42,3 en 4h13, au bord d’un lac, le Taïwanais repartit et dans la montée il s’arrêta pour prendre des photos. Je le dépassai en pensant qu’il ne suivrait pas. Il y a beaucoup de coureurs, surtout chez les asiatiques, qui détestent se faire dépasser en courant, alors ils s’arrêtent, font semblant de faire quelque chose ou nous applaudissent. Lui, il s’était arrêté prendre des photos et je ne pensais pas que 10’ après il allait me déposer sur place et me distancer d’1’30 sur la ligne d’arrivée. Mais je reconnaissais qu’il était quand même beaucoup plus rapide que moi. Je finis en 4h55’51s à la 5ème place, loin derrière Stéphane vainqueur de sa 3ème étape, mais pas si loin de Carmen, seconde, et de l’autre Taïwanais. Derrière moi, Stefano et Alain finirent ensemble, à 9’, puis suivirent Angel, René, Jean Michel… dans l’ordre « habituel » du classement. Seul Hervé était porté manquant dans la tête de course. Il arriva beaucoup plus tard, avec des coureurs à qui il prenait souvent 2 ou 3h. Mais quand on est blessé et qu’on est contraint de marcher pour ne pas avoir trop mal, il faut savoir l’accepter, ce qu’il avait fait. J’espèrais pour lui que les jours prochains allaient s’avérer meilleurs afin qu’il fasse une seconde partie de TG pleine de plaisir.

    2 départs étaient programmés pour le lendemain : l’un à 6h et l’autre à 6h30. Je ferais partie du second groupe. L’étape est longue : Peyrelevade – Mauriac 75km au moins ; beaucoup n’arriveraient qu’après 18h voire même plus tard.

    12/ samedi 23 août : Peyrelevade - Mauriac 76 Km (776 Km)


    Il faisait froid quand on se réveilla dans la salle. Dehors aussi, mais pas autant qu’on le craignait la veille.

    Nous partîmes relativement groupés, si l’on peut parler de groupe quand on est 5, et je me rendis compte que je n’avais pas trop de mal à suivre. Carmen se détacha progressivement puis Stéphane l’imita peu après. Les deux Taïwanais étaient devant moi mais à moins de 100m. Il faisait encore sombre et on commençait à apercevoir les hauteurs environnantes, les petits reliefs boisés et les prairies. La route montait mais c’était facile à ce moment de la course. Dans la longue côte pas très raide nous commençâmes à dépasser la queue du groupe parti avant nous, c’est là qu’on se disait que lorsqu’on les reverrait, on serait entrain de dîner. Au km7, on rejoignit la route de Millevaches, une longue ligne droite ondulée sur laquelle on distinguait les autres coureurs tous équipés de tenues fluo, jaune ou orange, très bien visibles de loin. Je passai devant un des deux Taïwanais et j’atteignis Millevaches en 54’ pour 9,250km. Je me sentais des ailes et commençai à me dire que j’étais bien parti pour titiller mon record sur cette étape (7h30 pour 75km en 2007, 3ème place avec Jochen Höchele). Aujourd’hui, il y avait un kilomètre de plus mais l’objectif restait le même. La partie après le village était vallonnée, le ravitaillement N°1 s’y trouvait au km 14,3 (1h24’) puis une longue descente menait à Meymac. Là, j’accélérai un peu afin de tenter de reprendre le second Taïwanais. Nous arrivâmes tous les trois ensemble, son collègue nous ayant rattrapés, à Meymac en 2h05’ pour 21,8km. Après Meymac, les deux ont accéléré un peu et j’ai été lâché. Je les voyais disparaître à chaque virage, mais je me rassurai en constatant qu’ils ne me reprenaient plus beaucoup au fil des km et des successions de montées et descentes. Le ravitaillement N°2 me permit de rattraper Hervé qui était encore gêné par sa tendinite du TFL, km 28,7 en 2h45, mais à ce moment-là, il repartit et se mit à augmenter sa cadence ; ainsi il me distança de manière progressive et irrémédiable en l’espace de quelques kilomètres. J’eus à cet instant de la course un petit souci de rythme cardiaque et j’en profitai pour m’arrêter et récupérer assis sur une murette, vidant à l’occasion une de mes chaussures d’un caillou sans doute imaginaire. Mon cœur reprit sa cadence normale et je repartis. Cet arrêt marqua le début d’une baisse de régime générale. Plus de Taïwanais à l’horizon, ma moyenne redevenue normale, passage au ravitaillement N°3 en 3h59’ pour 40,3km puis arrivée à Neuvic en 4h58’ pour 49,2km.

    J’espérais beaucoup faire remonter ma moyenne avec la descente vers la Garonne, mais sur les 15km, il n’y en avait que 8 de franche descente. Au ravitaillement N°4 à la sortie de Neuvic, je refis le plein de mes bouteilles et engloutis des bout de melon, d’ananas et de saucisson. Je dus manger trop vite et sans tout mâcher, alors je fus indisposé quelques kilomètres plus tard car les boissons ne passaient plus, « bloquées » avant l’estomac. J’essayai de vomir sans y parvenir et je dus ralentir. Une fois ce petit moment désagréable passé, j’eus du mal à retrouver un rythme de course intéressant et j’effectuai donc la descente sans pouvoir me relâcher. Les passages au ravitaillement N°5, km 60 atteint en 6h04 puis au pont sur la Garonne (km 64 en 6h30) me confirmèrent que mon objectif était mort car il restait alors 12km dont au moins 6 de bonne montée. Je dépassai un des deux Taïwanais, restai à moins de 50m de l’autre – je les avais rattrapés en fin de descente – et j’espérais encore finir devant eux. Je me dis que j’allais peut-être finir 3ème, mais c’était sans compter sur les bonnes courses réalisées par Angel et Patrick, partis 30’ avant moi et que je n’avais pu contrôler.

    Au final, dans la douleur, je franchis la ligne en 7h53’38, quand même à la 6ème place, juste derrière le Taïwanais que je n’avais pu rattraper. Stéphane gagna devant Angel puis Carmen, Patrick, le Taïwanais et moi.

    Globalement, j’étais content quand même malgré une très mauvaise gestion de mon étape. J’avais voulu tenter quelque chose mais n’avais pas eu les moyens de le réussir.

    L’étape de montagne du lendemain qui se terminerait à Jussac nous ferait traverser Salers et franchir 4 cols. Dénivelé prévu : 1064mcontre quand même plus de 1000 ce jour !


    13/ dimanche 24 août : Mauriac - Jussac 64 Km (840 Km)

     

    Après les fortes averses de fin de journée d’hier, on pouvait craindre d’avoir un temps maussade pour cette étape aux 4 cols. Au lever, nous étions rassurés, il faisait sec et à peine froid.

    Le départ commun fut donné à 6h30’ et tout de suite 4 des 6 premiers du classement général ainsi qu’Angel se retrouvèrent devant moi. La hiérarchie du classement général semblait respectée, il ne manquait plus qu’Hervé dont on ne savait pas s’il était en voie de guérison ou non et Patrick, habitué aux départs prudents. Je fus vite au courant de l’état d’Hervé, ce dernier me dépassant après à peine 10km, Patrick étant tout près de moi. Au bout de 14,6km, au 1er ravitaillement, je constatai que j’étais sous les 10km/h (1h29’) mais je me sentais bien, mis à part que je trouvais quand même que dans les petites montées j’avais les jambes lourdes, ce qui s’est confirmé un peu plus loin quand une nouvelle bosse se présenta. Je pensai que la montée vers le col du Legal allait être difficile si ça continuait ainsi. Salers, km 18,6 en 1h55’, que nous visitâmes grâce au parcours fléché par JB, me permit de prendre mon temps pour m’alimenter. Je mangeai la banane prise au ravitaillement, bus bien et entamai la descente digne du « Salers de la peur », descente à faire pleurer les releveurs, muscles jambiers fréquemment hyper sollicités et enflammés sur les courses à étapes chez les « novices », mais il peut aussi y avoir des cas de récidive chez certains anciens. Une fois la forte pente aux lacets serrés franchie, la suite permettait de relancer un peu la cadence. A Fontanges, km 24,6 pour 2h30’ de course, je vis que mon débours par rapport aux prévisions n’était pas si important que ça, mais nous n’avions pas encore commencé l’ascension du premier col. Au ravitaillement N°2, au pied de la montée, km 28,7 pour 2h56’, je pris mon temps pour bien reprendre des forces et je me retrouvai avec Patrick. Devant, tous les autres avaient déjà pris une grosse avance mise à part Carmen aux prises avec des problèmes intestinaux. Comme je le redoutais, la montée fut laborieuse, je ne pus pas courir tout le temps et j’optai pour l’alternance course-marche, alternance qui se fit de plus en plus fréquente avec des temps de marche supérieurs aux temps de course : mes jambes étaient de véritables poteaux de bois, je n’arrivais pas à faire partir les douleurs dues à l’acide lactique. La fatigue des dernières étapes sans doute, où j’avais quand même bien tapé dans le stock d’énergie. Il y avait des vaches qui faisaient tinter leurs cloches, cela donnait un peu de sel à cette fade montée. Quelques sources se présentaient permettant de mouiller la casquette même s’il ne faisait pas trop chaud. Je passai le premier col, le Col de St Georges, au km 32, en 3h24’, puis la courte descente avant de reprendre l’ascension vers le Legal me confirma que je n’allais pas faire une grosse performance. Km 38, en 4h08’ avec le 3ème ravitaillement auquel j’arrivai exténué, vidé de mes forces ; il fallait faire quelque chose, heureusement que la descente allait commencer pour faire de la borne et remonter la moyenne jusque-là pas folichonne. Je dévalai à plus de 10 voire 11km/h tout en restant prudent, je passai le 3ème col, le Col de Bruel en 4h37 pour 42,5km, et le dernier, celui de la Croix de Cheules en 5h10’ pour 48,3km. Le parcours ensuite nous fit prendre la route des crêtes de laquelle la vue était magnifique par ce beau temps ensoleillé. Nous quittâmes cette route au km 54 pour entamer une nouvelle descente périlleuse vers Marmanhac où se situait le dernier ravitaillement (km 58 pour 6h12’ de course). Allez Fab, plus que 6km ! Je les fis à une allure assez convenable sur une longue route plate ou avec quelques faux-plats pas méchants. J’arrivai à Jussac en 8ème position, après 6h50’36s, à plus de 9,3 de moyenne. L’an dernier, j’avais mis 4’ de moins, donc globalement, la mauvaise impression physique de cette journée fut tempérée par ce chrono « correct » mais en-deçà de mes estimations gourmandes (moins de 6h45’ à moins de 6h30). Le 1er arrivé fut Stéphane devant un Hervé renaissant puis un Angel toujours aussi fougueux, suivirent les Taïwanais, Patrick et Carmen. Moi je fus le 8ème suivi d’Alain et de René à 10 et 12’ environ derrière. Encore une longue étape se projetait le lendemain via Aurillac : 69km. On arriverait à St Cyprien sur Dourdou, tout près de Rodez.

     

    14/ lundi 25 août : Jussac - St-Cyprien-sur-Dourdou 69 Km (909 Km)


    Ce fut une nouvelle belle étape malgré un début poussif en raison de la succession de bosses assez raides puis la traversée d'Aurillac. Jusque-là ça pouvait aller puis comme prévu nous avons rencontré la circulation mais ce ne fut pas si laborieux que je ne l'aurais pensé et avais déjà vécu à plusieurs reprises. Mais un grand ouf de soulagement fut poussé quand j’arrivai sur la petite route tranquille vers Cabrespine et La Feuillade en Vezie.
    Les jambes allaient de mieux en mieux et je pus dévaler les deux descentes vers Cassaniouze puis vers Grand Vabre. Stéphane gagna l’étape devant un Taïwanais (le plus grand des deux du haut du classement) puis suivirent Angel et Stefano qui avait réussi à mieux monter les côtes et qui descendait aussi à 14km/h. Patrick, Carmen et moi finissions en à peine 5' et j'en profitai pour améliorer mon chrono de plus d'une minute. Derrière, Hervé qui avait eu un coup de mou puis le second Taïwanais (le plus petit) et le duo Alain-René complétèrent le haut du classement. Par rapport au reste du groupe des transe gaulois de gros écarts avaient été creusés. Il faisait chaud l’après midi (plus de 25°) et ceux qui sont allés à la piscine ont bien eu raison, pour être en pleine forme le lendemain sur du plus court (58km) avec quelques bosses raides et de longues descentes ainsi qu'un faux-plat montant pour finir. Nous étions installés dans le hangar à bestiaux où il faisait chaud et allions y passer la nuit.

    15/ mardi 26 août : St-Cyprien-sur-Dourdou - Cassagnes-Bégonhès 58 Km (967 Km)


    La douceur nous a accompagnés dès le départ de cette courte étape et le ciel couvert promettait une journée agréable et pas trop chaude. Le peloton s’est rapidement étiré peu après le départ et un groupe de 6 prit les devants. Je suivais à distance respectable sans chercher à faire la jonction. Je ne souhaitais pas partir trop vite, néanmoins j’avais l’objectif de passer à Marcillac en 1h maximum, avant la raide montée évitant la route « de la mort ». Au sommet nous attendait le ravito N°1 (km15). (Marcillac : 59’30 pour 10,250km ; ravito N°1 : 1h03’ pour 14,750km). Je n’avais pas rattrapé les 6 de devant : Stéphane, les 2 Taïwanais, Carmen, Angel et Stefano. La route légèrement bosselée pour nous mener à Rodez était calme et assez plaisante. Au moment où je m’attendais à ce qu’on rejoigne la route dangereuse, le fléchage nous indiqua de tourner à gauche et de suivre un chemin caillouteux. Super bonne trouvaille de Nicole (pendant la MilKil de juin) et ce nouvel itinéraire nous raccourcit l’étape de près de 1000m. Surtout, nous avons tous évité de nous mettre en danger en croisant tous les abrutis à grosse voiture qui sont les rois de la route. Et des comme ça, on en croisera des dizaines en fin d’étape. Plus leur voiture est grosse moins ils doivent en avoir dans le cerveau. Heureusement, les routiers étaient sympas et attentifs quand ils nous croisaient. Je leur faisais à chaque fois un petit signe de remerciement de la main. A l’entrée de Rodez, après avoir cheminé sur une piste cyclable pendant 4 ou 5km (3h01’ pour 29,2km) il fallait être vigilant pour ne pas s’égarer, même si je connaissais la route, on ne sait jamais, un changement de dernière minute pouvait avoir modifié le parcours.

    Le ravitaillement N°2 situé juste au pied d’une forte montée me permit de prendre du temps pour récupérer et grignoter quelques bouts de melon, saucisson et pêche. Allez, direction Le Monastère puis la route assez fréquentée vers le ravitaillement N°3 qui allait marquer le début de la partie la plus tranquille de l’étape (3h53’ pour 36,7km). Vivement le km 42 qui marquerait le début de la longue descente vers Pont de Grandfuel. J’avais repris du temps sur Carmen et Stefano que je pouvais apercevoir de temps à autres au gré des lignes droites, et quand j’arrivai au km42, Stefano n’était qu’à 100m devant moi. Bien sûr, il me distança dans la descente. Ma moyenne en profita pour remonter et repasser au-dessus de 9,4km/h, l’objectif final étant de faire moins de 6h pour 58 (ou 57) km. Je déroulais à 12km/h sans gêne particulière, tout en maintenant la vigilance au niveau maximal car les chauffards aveyronnais n’hésitaient pas à doubler dans notre dos ou de face même quand le véhicule dépassé se déportait pour nous éviter. Au ravito N°4 (km 46,5 en 4h54) il ne nous restait plus que 10 bornes, le coup était jouable. Je le jouai et je réussis mon contrat même si la route remontait relativement fortement pendant 5km. J’avais repris Stefano, l’Italien, avant la fin de la montée, mais sachant qu’il y avait 2,5km de descente avant la ligne d’arrivée, je ne me faisais pas d’illusions quant au final : il allait me reprendre facilement la minute d’avance au sommet et m’en remettre une ou deux par-dessus. Au final, je mis 5h56’26, Stefano était arrivé 1’30 avant et Carmen 1’ avant lui. Stéphane fut de nouveau vainqueur devant les deux Taïwanais puis Angel, Carmen, Stefano et moi. Hervé arriva ensuite devant René, Patrick et Jean Michel.

    La pluie s’était invitée à 10km de la fin de cette étape et cela faisait du bien. Par contre, le linge n’a pas séché et il faudrait trouver le temps dans l’après-midi du lendemain après l’étape de le faire sécher, à Saint-Sernin sur Rance. On allait franchir au km 35 le 1000ème km depuis le départ de la TG ; ça se fêterait et on aurait peut-être une petite coupe de quelque chose qui pétille. On verrait. De la pluie était encore annoncée pour le début de matinée. Journée ponchos en perspective si cela se confirmait.


    16/ mercredi 27 août : Cassagnes-Bégonhès – St-Sernin-sur-Rance 56 Km (1023 Km)

     

    Au petit matin dans le hangar encore baigné dans la nuit, les coureurs et bénévoles se sont peu à peu réveillés. La lumière n’était pas encore allumée, mais déjà les plus matinaux commençaient leur longue et minutieuse préparation afin de prendre le départ de cette nouvelle étape, la 16ème, relativement plus courte de 56km (54 + le nouveau site d’arrivée situé à près de 1500m au-delà de l’ancienne ligne d’arrivée). Ce rituel matinal, chacun avait appris à l’optimiser, comme des robots encore engourdis par les efforts des jours précédents, par la nuit pas trop fraîche mais pendant laquelle on a pu mesurer la quantité de fortes pluies qui avaient résonné sur le toit du hangar dans lequel nous avions pris place. Le linge de la veille, lavé et étendu n’avait pas séché totalement, on le mettrait ce soir si la météo le permettait. Le petit déjeuner, ritualisé lui aussi, avec café noir ou au lait ou thé, c’était selon l’appétit de chacun, accompagné de tartines de pain tranché ou de pain frais tout chaud venant de chez le boulanger local. Pour ma part, je n’avais pas assez d’appétit pour le pain et la confiture, je m’étais donc acheté quelques jours auparavant des pains au chocolat et j’avais une réserve de Nutella dans ma valise au cas où. J’avais prévu que mon stock dure jusqu’à Gruissan, c’est dire que j’en avais encore une bonne dizaine à dévorer. Mes bouteilles avaient été préparées la veille (lavage, rinçage et remplissage aux 9/10èmes d’eau) je n’avais plus qu’à leur ajouter du sirop de pamplemousse, le citron m’ayant donné quelques aigreurs d’estomac ces derniers jours et j’avais encore en réserve une bouteille de sirop de framboise. Je passai ensuite au pliage du sac de couchage, au rangement des sacs annexes, ceux qui me permettaient de « délayer » tout le bazar que j’emmenais mais qui disparaîtraient dès la fin de la Transe Gaule. J’appliquai ensuite mes pansements protecteurs sur les tétons afin de ne pas avoir de brûlures en fin de journée. Je mis les chaussettes et les chaussures, sans appliquer de crème protectrice dont je n’avais plus besoin, les pieds étant tannés par les presque mille bornes de faites depuis Roscoff. Ce fut ensuite le tour du lit de camp d’être plié et rangé dans le camion. J’enfilai mon sac à dos que je remplis : papier wc, crème solaire, écran total pour protéger les nouveaux tatouages, deux mini Bounty, un Lion, mes deux bouteilles d’eau avec du sirop et mon mini roadbook que j’avais de plus en plus de difficultés à lire, mes bras n’étant plus assez longs pour une lecture de loin. Mais, je le connaissais par cœur et il servait plus à me divertir qu’à me guider. Le rituel quotidien ayant été bien suivi et déjà retentirent les coups de sifflet de JB, le race director, afin de procéder au briefing. Ensuite, ce fut le moment de caler les GPS, puis survint le coup de sifflet marquant le départ. Bien sûr, pour une fois, mon GPS ne trouva pas de satellite et j’étais bon pour utiliser le GPS intégré, celui qui me permettait de connaître ma position pendant l’étape que j’avais déjà courue plus de 7 fois pour celle-ci, car lors de la TransEurope nous avions emprunté cet itinéraire.

    Je partis dans les premiers, comme d’habitude, et rapidement je vis que le train n’était pas si rapide que les jours précédents. La route montait pendant 5km, ça calmait les éventuels kamikazes ! Par la suite, les Taïwanais, Stéphane et Angel se détachèrent, suivis de Carmen, Patrick, René, Stefano et moi. Derrière ça suivait pas très loin, mais je ne me retournais pas pour vérifier qui suivait et qui était lâché. Le bornage de la route n’était pas très régulier et quand j’atteignis le haut de côte, je pensais que j’étais à plus de 10 de moyenne. En réalité, je ne devais être qu’à 9,5 d’autant plus que j’avais eu une petite alerte qui m’avait fait marcher une petite minute. Dans la descente, j’envoyai les kilomètres en moins de 4’, mais ces km ne faisaient que 900m et lorsque j’arrivai au premier point de repère kilométrique en 47’ à La Selve au km 7,7 j’ai constaté que j’étais sur un bon tempo mais pas aussi fantastique que les bornes kilométriques me le laissaient penser. Le ravito N°1 au km 13 après une autre montée, me confirma ma bonne marche (1h18’) et mon nouveau point de repère était placé au panneau d’entrée de Réquista au km 19 (1h56’) après une bonne montée. Après avoir traversé ce village, la descente vers Lincou fut agréable, malgré un revêtement grossier et quelques véhicules un peu rapides. Lincou (km 25,6 en 2h33’) est un très joli petit village que j’aurais pu visiter mais alors j’aurais perdu du temps et surtout le rythme que j’avais trouvé. Je passai donc directement au second poste de ravitaillement au pied d’une sérieuse montée de plus de 9km. La côte me permit de dépasser Carmen et je me suis surpris agréablement en voyant que je montais sans avoir besoin de marcher. Le ravitaillement N°3 était situé tout en haut, en fin d’ascension au km 35 atteint en 3h32’ ; j’avais bien couru avec quelques moments où j’avais alterné marche et course quand j’avais eu besoin de manger, de boire ou tout simplement de récupérer. En bas de la descente qui suivit nous franchîmes le 1000ème km de la TG depuis Roscoff au niveau de Plaisance au km 44 atteint en 4h27’. Le dernier ravito s’y trouvait. Il ne restait que 11km environ que j’effectuai sous un beau soleil. Heureusement que c’était encore le matin car j’aurais eu chaud. Il y avait encore de l’ombre, pas autant que lors de l’ascension puis de la descente précédentes, mais les petites zones protégées du soleil permettaient de se rafraîchir. Je finis l’étape seul, en 6ème position, en 5h36’35s à près de 9,9 de moyenne pour 56km (il y avait sans doute un peu moins) suivi de près par René et Yvonnick, Carmen et Hervé. Les autres de devant m’avaient bien distancés. Ce fut Angel qui remporta l’étape en 5h00’. Bravo petit champion ! Suivirent Stéphane, les deux Taïwanais et Patrick, tous à plus de 10 de moyenne ce qui leur valut de prendre le départ à 7h demain, tandis que nous, on devrait partir à 6h30. L’étape étant relativement longue (69km) le dénivelé important la rendrait encore moins facile. En revanche, la beauté des paysages marquerait une nouvelle fois les esprits, pour un peu que le soleil soit de la partie dès le matin. Assister à un lever de soleil sur les montagnes et contre-forts du sud du Massif Central, ça n’avait pas de prix.


    17/ jeudi 28 août : St-Sernin-sur-Rance – St-Pons-de-Thomières 69Km (1092Km)

     

    Les paysages traversés rendirent cette étape très belle comme prévu, avec un lever de soleil sur les massifs montagneux tandis que des bancs de brume recouvraient le fond des vallées.

    En revanche, j’eus du mal à rentrer dans cette longue chevauchée vers St Pons. Le départ donné, nous empruntâmes un nouvel itinéraire passant par la vallée du Rance composé de montées et de descentes aussi raides les unes que les autres, puis ce fut enfin la jonction avec le parcours classique, sur D33 vers Poustomy, le tout nous faisant économiser 500m sur la distance totale ramenée pour l’occasion à 68,5km. Ce qu’on avait gagné en distance avait été assez énergivore mais d’un autre côté on avait évité les dédales de ruelles avec ses passages où des escaliers pentus et glissants nous auraient fait risquer la chute.

    Je commençai à retrouver un peu de jambes dans la longue montée vers le premier col, mais je sentais que j’étais à la limite et que je n’avais pas de réserve de puissance pour accélérer une fois bien rentré dans l’étape. De plus, quelques petits désagréments gastriques me contraignirent à faire un court arrêt, court arrêt qui permit à deux coureurs de passer devant moi (Yvonnick et Stefano) et aux trois autres partis devant (Hervé, René et Carmen) de creuser un peu plus l’écart. Le groupe des 5 premiers de la veille était parti 30’ après nous, je savais qu’il n’allait pas déjà me reprendre tout ce temps. La montée qui me paraissait interminable se termina enfin quand j’arrivai au col de Peyronnenc où tronait le ravitaillement N°1 (en 1h50’ pour seulement 16,4km). La moyenne était inférieure à 9km/h ! Il fallait vite se reprendre. J’avais rejoint Yvonnick et Stefano avec qui j’allais faire l’accordéon pendant les 12 km suivants selon que la route montait ou descendait. Le second col, de Sié, atteint en 3h05’ pour 28,7km, précédait une courte mais très forte descente vers Lacaune où le ravitaillement N°2 était installé. Ce fut le point de départ de la seconde partie de l’étape : 3,5km de montée vers le col du Picotalen (km33 en 3h40’) suivis par une longue descente vers la Salvetat sur Agout (celui de l’eau pétillante). Cette partie était en pente douce au début, avec un revêtement grossier souvent composé de graviers puis cela s’amplifia et le changement de département – on arrivait dans l’Aude – fit que le route se transforma en un beau billard bien lisse. Je pus allonger la foulée et commencer mon opération « repasser au-dessus des 9km/h de moyenne ». Le ravitaillement N°3 me permit de rattraper Carmen, toujours accompagné de Stefano et Yvonnick. La Salvetat (km48 en 5h05’) marqua alors le début de la 3ème partie de l’étape : une forte et longue montée vers le col suivant, celui de la Baraque (km 54,2 en 5h55’). J’alternai course et marche, distançant Stefano sur le chemin raide du début mais restant à une distance raisonnable d’Yvonnick que je rattrapais de temps à autres. Le dernier col (le Cabaretou km 58,6 en 6h21’) constituait le début du dernier des 4 tronçons que je m’étais découpés mentalement avant l’étape et cette dernière partie constamment en descente pendant 10km fut propice à faire remonter la moyenne. 48’ pour descendre 10km, j’avais mené un bon train et j’arrivai à St Pons en 7h12’56s pour 69km à la 8ème place, derrière Yvonnick, René, Hervé (qui avait gagné l’étape) et 4 coureurs des 5 du second groupe. Nous avions eu un beau temps devenant chaud par endroits, comme si un énorme ventilateur pulsait des volutes d’air tiède, quelques parties ombragées apportant de la fraîcheur, un beau ciel bleu, un horizon dégagé… un paysage de vacances et de carte postale s’était offert à nous pendant toute la journée. Cela faisait oublier que ce ne fut pas facile du tout, mais après une bonne nuit de repos, je repartirais frais comme les autres matins. L’avant-dernière étape de 61km menait de St Pons à Moussan, via le col de Sainte-Colombe et Minerve puis le long d’un bout du canal du midi. Ça allait encore être beau mais peut-être difficile car le vallonnement y est encore conséquent.

    18/ vendredi 29 août : St-Pons-de-Thomières - Moussan 60 Km (1152 Km)

     

    Pour cette avant-dernière étape de la Transe Gaule 2014, rien n’avait changé dans le rituel de préparation, il fallait juste être prêt un tout petit peu plus tôt pour se rendre au départ en navette. Il faisait doux dans la pénombre et le jour n’allait pas tarder à se lever. Le ciel était partiellement dégagé, mais on devinait qu’il n’allait pas faire trop chaud tout de suite. Le départ donné, un bon groupe me précéda et je ne souhaitai pas me mettre dans le dur trop tôt car la montée vers le Col de Sainte-Colombe, je la connaissais bien et je savais qu’après 1500m de descente ou de plat, ça monte d’abord tranquillement et que parfois ça monte un peu plus fortement. Je contrôlais mon allure au GPS et constatais que j’étais à moins de 9,5km/h. L’objectif de cette étape était de tourner au moins à 9,7 pour ne pas faire baisser la moyenne générale. Mes compagnons de route à ce moment étaient Stefano, Yvonnick, Patrick, Carmen et Alain. Les autres, Stéphane, Angel, Hervé, les deux Taïwanais et René avaient creusé l’écart. Je les apercevais au loin quand la route tournait ou lorsqu’on voyait l’autre flanc de la montagne. Le franchissement du col en 1h04’ pour 9,6km m’obligea à allonger la foulée dans la descente et je fis remonter cette satanée moyenne après laquelle je courais aux alentours de 9,6 en bas de la 1ère descente puis après un petit raidillon qui me permit de bien m’alimenter avec un Lion que je dévorai, la crinière incluse, je repris ma belle allure de descendeur pour atteindre Boisset (km 18,6 en 1h54’). Je titillais les 10 de moyenne au pied d’une longue montée qui menait vers un panorama sur toute la partie sud du département et au-delà même. Par contre, pas de mer en vue, des nuages bouchaient l’horizon lointain. La montée fut difficile, mais je refis le retard sur certains de mes compagnons et je creusai encore plus l’avance que j’avais sur d’autres. Angel avait été déjà repris bien avant cette montée. Arrivé en haut de cette belle montée où le paysage était tout aussi magnifique que celui de la descente, je savourai l’idée de pouvoir remettre une accélération dans la descente vers Minerve. Du 12km/h environ pour atteindre ce village faisant partie des plus beaux villages de France. On traversa Minerve (km 28,6 en 2h53’), JB nous ayant concocté un petit détour de derrière les fagots. Je me régalai de ce beau site, de son canyon et de ses belles vieilles bâtisses. En en ressortant, Patrick me rattrapa et nous arrivâmes ensemble au ravitaillement N°2 puis au loin nous avons aperçu René et l’un des deux Taïwanais qui ne devaient plus compter que 5 ou 6’ d’avance. Les villages défilaient, d’abord La Caunette, au km 32,9 en 3h20’ avant le retour de l’alternance montée-descente dans le vignoble du Minervois, Paguignan, au km 39 en 3h57’ et enfin Bize-Minervois au km 47 en 4h47’. Pendant toute cette longue partie, je ne cessai pas de lutter contre moi-même, je voulais arriver au début de la dernière portion plate avec un matelas conséquent sur mes prévisions. Objectif atteint, je quittai le dernier ravitaillement au km 51 après 5h11’ de course. Plus que 10km et j’avais rejoint René, suivi de près par Alain tandis que Patrick produisit alors son accélération habituelle de fin d’étape. Je restai en meneur d’allure avec mes deux compères pendant 5km puis au train, je continuai sur le même tempo et je les lâchai.

    Je finis l’étape à la 5ème place en 6h08’01s soit mieux que l’an dernier (de près de 2’). Hervé avait gagné, devant Stéphane, Patrick auteur d’une belle fin d’étape lui permettant de faire un podium, puis le « grand » Taïwanais. Ensuite, ce fut moi suivi de René et Alain, Yvonnick, Stefano et Carmen.

    La dernière étape longue seulement de 40km nous mènerait le lendemain à Gruissan en passant par le Massif de la Clape où l’on risquait de retrouver de la circulation. Départ à 7h, arrivée des premiers vers 10h15 et des derniers pas après 14h, cut-off oblige. Pour ma part, deux options se présentaient : course peinarde pour finir sur un mode plaisir ou course en moins de 3h55’ pour faire mieux à la moyenne que l’an dernier.

     

    19/ samedi 30 août : Moussan - GRUISSAN-Plage 40 Km (1192 Km)

    Après une bonne soirée à Moussan, assez festive eu égard au fait que le lendemain se déroulait la dernière étape, courte de surcroît, inférieure à la distance du marathon, nous nous levâmes comme d’habitude avant 5h30. Les lumières devaient s’allumer à 5h30, mais les organismes habitués à s’éveiller un peu plus tôt n’avaient pas eu le temps de se dérégler. Cette dernière étape, celle de l’apothéose pour tous, le premier comme le dernier, s’annonçait belle, le ciel dégagé et la douceur ambiante lui donnant enfin une tonalité estivale. D’ailleurs, il fallait se préparer à avoir chaud aux alentours du Massif de la Clape, vers 9h30/10h. Le départ fut donné à la même heure pour les quarante, contrairement à l’an dernier ce qui avait posé des problèmes concernant l’ordre « logique » des arrivées sur la plage.

    C’est parti vite, Hervé effectuant un démarrage directement après le coup de sifflet de départ. Il fut suivi par Patrick et Stefano. Je ne le savais pas, mais Hervé lorgnait sur la troisième place qu’il souhaitait chiper au Taïwanais (le plus petit). Pour ma part, je partis moins vite que l’an dernier où le 12km/h était de mise afin de protéger ma 9ème place. Là, je ne craignais plus personne au général étant isolé entre le 6ème (Patrick) et le 8ème (René). J’étais donc environ 15ème au bout de quelques kilomètres, suivant le binôme Jean Pierre - Philou dont l’allure me convenait. L’an dernier, ils avaient mis 3h40’ (et moi 3h42’) et suite à une erreur de calcul de ma part dans le cumul des temps depuis le début à Roscoff, je croyais qu’il fallait que je mette moins de 3h54’ pour conserver ma seconde meilleure moyenne de mes 8 Transe Gaule. La pression était donc quand même là. Après 45’, j’eus envie de faire une pause technique et mes amis en profitèrent pour continuer leur route et me prendre 3’, le temps de mon arrêt. Je m’arrêtai au ravitaillement N°1 en 1h31’ pour 15,9km et après 2’ d’arrêt, je retrouvai quelques bonnes sensations, d’autant plus que de derrière étaient revenus sur moi Jean Michel, Yvonnick et Kelvin. Ils ne me dérangeaient pas plus que ça, mais je me mis comme objectif de rattraper ceux de devant plutôt que de me faire rattraper par ceux de derrière. JB avait noté à la craie sur la route aux points clés les temps de passage des premiers : km12 : Stephano en 53’, Hervé et Patrick en 57’ je crois ; je passai là en 1h10’ environ. Km20 : Hervé et Patrick 1h32’ (moi 1h57’), semi 1h38’ (moi 2h04’). Donc, j’avais une idée de l’avancée de mes copains nantais. J’étais poussif dans la montée vers la Clape que je passai en 2h18’ (km 23,2) et une fois là-haut, un paysage superbe s’offrit à mes yeux : la Méditerranée avec au fond vers l’Est, Sète et le Mont Saint-Clair (lieu d’arrivée de la MilKil ou 1000km de France) et à l’horizon vers le Sud Ouest, la chaîne des Pyrénées avec le Canigou, souvenir de la TransEurope qui m’avait fait passer à cet endroit en 2012. La descente s’avéra périlleuse en raison du flot de véhicules de plus en plus nombreux à nous croiser et du manque de bas côté pour se ranger quand certains ne daignaient pas se décaler. J’en frôlai des rétroviseurs dans la montée, et je crus que dans la descente ça allait être pareil. Or, JB avait trouvé un chemin très caillouteux et fortement pentu nous permettant d’éviter les dangers occasionnés par le grand nombre de voitures. On prit donc ce raccourci faisant économiser plus de 500m, mais ce fut assez périlleux quand même. Je rattrapai ensuite, dans le restant de descente vers Narbonne-Plage, mes amis JP et Philou avec qui je décidai de finir l’étape, au sortir du deuxième et dernier ravitaillement (km 26,3 en 2h35’). J’avais fait une croix sur mon hypothétique chrono de moins de 3h54’, en tout cas je n’avais plus envie de lutter et préférai terminer au rythme de mes amis. Nous avons fait les 13 derniers kilomètres ensemble, en bavardant et rigolant de temps à autres, mais surtout avec dans la tête que bientôt surviendrait la banderole de fin de TG. Nous sommes arrivés ensemble, laissant passer Elfio et Jean-Michel. 13èmes ex-æquo, en 3h56’23. A plus de 10km/h de moyenne quand même ! J’eus, au moment de mon arrivée, certainement plus d’émotions que lors de toutes les autres arrivées sauf peut-être la 1ère où j’avais tant souffert, mais où l’arrivée était plus une délivrance qu’une conquête.

    Il faisait beau, il y avait du vent, la mer était à deux pas, alors après une petite boisson rafraîchissante, j’allai me baigner et appréciai ça malgré ma frilosité légendaire. Je mis 10 bonnes minutes à entrer dans l’eau, mais une fois dedans, j’y restai longtemps… et j’y retournai plusieurs fois.

    Cette arrivée fut festive, comme souvent, mais là, puisqu’il était tôt, nous n’étions plus pressés alors nous en profitâmes un maximum. Il restait 4h avant de reprendre le bus vers Moussan, alors avec tout ce temps libre, on savourait.

    Voilà, ma 8ème Transe Gaule s’était achevée sur une bonne note, je réalisais ma seconde meilleure moyenne, près de la meilleure datant de 2008, à plus de 9,6 de moyenne, je finis 7ème, mon meilleur classement, le même qu’en 2007, et surtout, à aucun moment je n’ai été blessé. J’avais juste été perturbé par des arythmies cardiaques à un moment donné de cette longue traversée.

    Stéphane Pélissier a gagné l’épreuve qu’il avait bien maîtrisée, ne cherchant que rarement à creuser les écarts, pensant plus à bien gérer et à ne pas prendre de risques, pensant plus à prendre du plaisir qu’à se faire mal. Bravo l’ami, tu l’as méritée celle-là ! Le second était Taïwanais, déjà second du Tour de Taïwan par étapes, puis Hervé Rozec complèta le podium, revenu de loin pour chiper cet accessit au deuxième Taïwanais. En 5ème position et vainqueur chez les femmes, Carmen (3ème victoire je crois en 4 participations), suivait Patrick Poivet qui s’était bien amusé sur les dernières étapes et qui avait montré qu’il était un redoutable finisseur. J’étais 7ème et suivaient René, Angel, Stefano, Yvonnick et tous les autres.

    En 2015, pas de Transe Gaule pour cause de Tour de France pédestre auquel je ne pourrai pas participer (pas de congés et budget limité), alors je me tournerai vers une course que je rêvais de faire depuis un moment : la Loire Intégrale. En 17 étapes, on partira de la source du plus long fleuve français pour finir à son embouchure côté sud, à Saint-Brévin.

    à+Fab******€**



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