• CR des 24 heures de Séné (2008)

    Un peu plus de 24 heures après la course, il est difficile de se mettre à rédiger un CR sans "tout mélanger" et sans déformer la réalité des choses.

    Je vais procéder par ordre chronologique, depuis le moment où j'ai "atterri" au complexe sportif jusqu'à l'instant où j'ai dû reprendre la route pour rentrer à la maison.

    Vendredi 11 juillet, 18h : arrivée à Séné.

    Mon voyage aura duré 1h30, à peine perturbé par le flot des véhicules des vacanciers qui allait plutôt dans l'autre sens. Une fois arrivé, j'allai chercher mon dossard et les "pièces jointes", puce, réglement, liste des partants, T-shirt technique... Je retrouvai quelques "Gaulois", Gwen*, Xavier*, Bernard*, je fis connaissance avec le futur vainqueur (Chico, Christian Leroux), le futur second (Albert Vallée), d'autres coureurs dont je ne me souviens plus les noms, je dis bonjour à Bruno (Manitas) et à d'autres personnes de l'organisation, tous affairés à ce que ce les 24 heures soient une véritable fête de l'ultra.

    Dans une heure débuterait la pasta, il fallut aller trouver un emplacement pour installer la tente. Après une installation près de la route, je décidai de changer de coin, me trouvant trop loin (50m) du parcours, et trop près de la route et de la circulation. Du coup je me réinstallai juste derrière le barnum des ravitaillements personnels, en profitant pour mettre ma voiture dans le bon sens afin que je puisse accéder à tout mon matériel lors de la course sans avoir à trop me déplacer.

    A la pasta, bonne petite ambiance, beaucoup de retrouvailles, Jean-Benoît étant arrivé, nous avons dîné ensemble avec quelques futurs coureurs de la Milkil. Après le repas, nous avons cherché, en vain, un bistrot où nous aurions aimé prendre une petite mousse (ou plusieurs si affinités), mais un vendredi soir de juillet, avant-veille de 14 juillet qui plus est, plus rien n'était ouvert. Qu'à cela ne tienne ! L'expérimenté JBJ avait prévu le coup et nous proposa un "ravito type étape de la TG" à savoir une bière de 50cl dont il avait mis quelques échantillons dans sa glacière. Bientôt 23h, l'heure d'aller dormir était venue.

    Samedi 12 juillet, 7h : réveil.

    En fait, j'étais déjà réveillé depuis un moment et je guettais si d'autres personnes étaient elles aussi debout. Il fallait bien profiter de cette petite grasse matinée, la prochaine n'étant théoriquement programmée que pour lundi matin. Autant il faisait frais hier soir que ce matin la température était douce. Cela allait être une belle journée d'été, pas trop chaude peut-être, et en tout cas pas de nuages porteurs d'eau en vue.

    Je rangeai rapidement mes affaires à l'intérieur de la tente afin de les retrouver du premier coup en cas d'arrêt dodo pendant la course. J'installai aussi mes différents sacs et boîtes dans le coffre de la voiture pour tout retrouver du premier coup : Boîte H+8 où une paire de running attendrait son tour, boîte H+16 où une seconde paire attendrait elle aussi son tour, deux sacs "pour en cas de mauvais temps" où deux autres paires étaient prêtes, un sac marqué " H+4, +8, +12, +16, +20" où se trouvaient des tenues de rechange (shorts, chaussettes, casquette, coupe-vent...), un autre sac marqué "H+12 configuration nuit fraîche" où j'avais placé un collant de course, divers maillots plus ou moins épais, des buffs, un bonnet, des coupe-vent...

    Le petit-déjeuner était prêt, je fis une pause dans mes préparatifs et me rendis sur les lieux de ce dernier repas assis avant ... le prochain pas prévu avant le midi du lendemain. Un four micro-onde explosé plus tard, et quand même quelques tartines avec confiture et bols de café au lait sucré, je repris ma préparation matérielle que je souhaitais sans faille afin de perdre le moins de temps possible lors des recherches de matériel pendant la course. J'avais une glacière dans laquelle j'avais emporté 4 gâteaux de riz de 500g chacun, 4 panachés, 4 petits Yop + un grand d'1 litre, le tout calé par mes plaques de glace de camping. J'avais aussi une caisse en plastique dans laquelle étaient à disposition rapide des barres de céréales, des crèmes anti-frottements, des gants jetables, des pansements, mon portable, et plein d'autres trucs plus ou moins utiles selon le déroulement de événements, mais qui risquaient de manquer en cas de nécessité.

    Maintenant, à H-1, il était temps de passer à la préparation proprement dite de la tenue. J'optai pour un short assez large limitant les frottements, un T-shirt technique (Odlo, gagné au Marathon de Nantes), des chaussettes déjà portées une fois (mais lavées), mes runnings Mizuno Alchemy 6 (N°3). Je n'oubliai pas de fixer ma puce de pointage autour de la cheville (système "velcro"). Je mis de la crème sur mes pieds, pas trop pour ne pas que mes pieds glissent dans les chaussettes, je positionnai mes pansements afin de protéger mes tétons des frottements occasionnant des brûlures pouvant rendre la course encore plus difficile qu'elle ne le serait, je badigeonnai les autres parties du corps d'autres crèmes anti-frottements (sous les bras à cause du maillot et là où le short frotte). Je préparai ma petite bouteille de 30cl d'eau avec trois sucres que j'allai porter comme à mon habitude et qui allait me désaltérer quand je serai à l'autre bout du circuit. Mon mouchoir "compte-tours" était prêt lui aussi. Je laissai ma petite table de camping et ma chaise pliante à côté de la voiture, prêtes "en cas d'urgence" et me dirigeai avec tous les autres coureurs vers le site du départ de ces 24 heures. Il fallait rejoindre le bourg à 1200m d'ici par le chemin que nous aurions à refaire une fois le départ donné pour ensuite ne rester que sur le circuit long de 1340m environ (avant remesurage officiel).

    Samedi 12 juillet, 10h : le grand départ.

    Après une petite quinzaine de minutes de marche pour nous rendre sur les lieux du départ, donné dans le centre-ville de Séné, nous attendîmes quelques minutes qu'il soit bien 10h. La température était agréable mais on sentait bien qu'en cas de ciel dégagé le soleil allait taper et rendre la course difficile. Au loin quelques bancs nuageux laissaient espérer un peu d'ombre. On verrait bien.

    A 10 heures précises, le départ fut donné. Le petit peloton de 70 coureurs s'élança cahin-caha, sur un chemin emprunté par le Tour du Golfe il y a peu de temps déjà.

    Première impression : ils sont fous, ils partent trop vite ! Je me retrouvai parmi les derniers, mais le classement n'était pas ma préoccupation première, il fallait que j'atteigne le plus rapidement possible cet état d'équilibre que je mets quelques longues minutes à trouver quand je pars faire mes footings. Parfois ça met plus d'une heure à venir, parfois je le trouve au bout de 15 à 20 minutes. Là, de toute façon, j'avais le temps.

    J'avais fait des calculs (de toute façon je n'arrête jamais d'en faire) et j'avais pris comme repère des portions de 3 tours, soit 4km à quelques dizaines de mètres près (1340x3=4020m). A chaque passage de la triple boucle j'enregistrai donc mes temps, ce qui, ajouté au pointage électronique de l'organisation et visible à chaque passage sur les tapis, me donnait une valeur un peu plus précise de mon allure.

    Jusqu'à la 4ème heure, j'ai tourné entre 7'08" et 6'15" au km (remarquez l'extrème précision), soit entre 28'32" et 25'00" pour 3 tours, arrêts divers inclus. Cela correspondait au début de course, période de réglages, où la météo n'était pas trop chaude, mais je commençais bien à ressentir quelque lassitude et une certaine gêne au niveau de la sangle abdominale : était-ce cette sacrée pubalgie qui se réveillait ? Etait-ce autre chose qui se déclenchait et qui allait m'enquiquiner, et pour combien de temps ? Je me rendis compte un peu plus tard que c'étaient des maux de ventres provoqués par des gaz, et oui, ça arrive. Aussi, je me rendis compte que la faim était là, mais pas l'appétit : je ne supportais plus le sucré, ni les boissons gazeuses non sucrées du style "ça va fort" ou "P... c'est fou!" ou autres marques moins à la mode.

    En tout cas, j'ai commencé à baisser un peu de rythme pour assurer et envisager la suite de la course sans l'option "galère". Les 4 prochaines heures qui m'amenaient jusqu'à 18h, où je devais effectuer un changement de "pneumatiques" et de tenue, se passèrent malgré tout, mon allure passant entre 8'10" et 7'20" au km, soit entre 32'40" et 29'20" aux 3 tours. J'en profitai même pour retirer le cardio au bout de 6h30' de course afin de ne pas me retrouver brûlé autour de la poitrine. Il ne m'avait pas été de grande utilité; j'avais remarqué que je me retrouvais très (trop ?) souvent au-dessus de la limite fixée et je n'avais pas envie de me prendre la tête avec ça et surtout pas de diminuer encore plus l'allure "escargotesque" à laquelle je m'étais mis à courir.

    Samedi 12 juillet, 18h : le point après 8h de course.

    L'arrêt programmé au premier tiers de ce 24 heures me fit énormément de bien. D'abord, je me changeai complètement, tenue, runnings, pansements, recrèmage des zones sensibles. Ensuite, j'en profitai pour m'alimenter différemment : depuis le départ, j'avais peu utilisé mon propre ravitaillement, me contentant de celui de l'organisation, mais me rendant compte que je ne pouvais plus rien avaler, il me fallait du changement. C'est là que les gâteaux de riz, les Yop et les panachés entrèrent dans la course, tout comme le Doliprane que je pris avant de reprendre la course. Bilan : un arrêt aux stands entre 15 et 20' suivi d'une longue période de marche avant de reprendre progressivement la course.

    L'objectif que je m'étais fixé, d'atteindre les 100km avant les 12 heures de course, me semblait encore irréalisable au vu des dernières heures, mais je me dis que si je passais cette barrière symbolique en 12h et des brouettes, il n'y avait pas péril en la demeure et qu'il me resterait 12 heures pour avancer tranquillement. Mon tempo reprit une valeur proche de celui des premières heures de course, oscillant entre 6'35" et 8' au km, soit entre 26'20" et 32'00" aux trois tours. Je gagnai 11 places au classement dans ce laps de temps. La nuit était progressivement tombée, sans nous avoir privé d'un joli coucher de soleil. Peu à peu les groupes électrogènes se mirent à ronronner et les spots éclairant les chemins à luire dans la nuit. Parfois, une panne venait nous plonger dans une semi obscurité mais le parcours restait quand même toujours visible. Cela allait de mieux en mieux pour moi, une certaine euphorie me gagna. Je courus pendant plusieurs heures (ce n'étaient peut-être que de longues minutes, mais dans la nuit on peut perdre ses repères et déformer quelques impressions en les amplifiant) sans me faire dépasser par les premiers, sauf par les coureurs du 12h partis à 22h. Les femmes qui oeuvraient au stand de ravitaillement s'amusaient de me voir manger à la volée une ou deux cuillerées de riz au lait ou boire une gorgée ou deux de Yop à chacun de mes tours, elles m'avaient surnommé "La laitière" en référence à la marque de riz au lait.

    Dimanche 13 juillet, 0h.

    Les heures passaient, les km s'accumulaient, je me fixais des objectifs de 2 heures. J'avais prévu de m'arrêter faire un nouveau changement complet de tenue au bout de 16h de course, soit à 2 heures du matin. Mais je repoussais sans cesse ce moment, me confortant dans cette allure de course (8km/h de moyenne mais avec des tours à 10 km/h) et le rythme de ravitaillement d'une fois tous les trois tours. J'ai parcouru l'équivalent d'un marathon lors de cette période 22h/4h, soit une moyenne de 7km/h ou 5 tours à l'heure. Peu à peu, le parcours s'était "désertifié", il n'y avait plus grand monde : soit beaucoup s'étaient couchés, soit tout le monde courait à la même vitesse que moi et donc personne ne rattrapait plus personne. Quand on se fait doubler ou quand on double, on se dit un petit mot d'encouragement, pas tout le temps, certains préférant rester silencieux, d'autres s'étant "enfermés" dans leur bulle, mais après plusieurs heures à emprunter les mêmes chemins, on sait à qui on peut dire "Allez, courage !" ou "Bravo ! continue.", et on reconnait ceux à qui on ne dira rien car il n'y aura pas de réponse en retour.

     J'avais trouvé la nuit douce jusqu'à 2 ou 3h, mais je pris le temps d'enfiler une veste de course et de remplacer ma casquette par un bonnet. Je pris aussi la décision de faire un ultime dernier gros arrêt à 6 heures du matin, après 20 heures de course, afin de terminer les 4 dernières heures dans les meilleures conditions possibles. Il ne fallait pas mollir, les 150km étaient dans la poche, tout le reste était du bonus. 4 marathons font 168km, mon objectif "caché" était 175km, dans ma tête je me disais :"Les objectifs, prends-les les uns après les autres, n'essaie pas de faire un truc au risque de te blesser." 

    Dimanche 13 juillet, 6h.

    Après 20 heures de course, j'avais atteint la distance de 157km. Un rapide calcul me fit espérer en faire 4x7=28 de plus soit 185 au total. "Tope là l'ami, ça marche pour le nouvel objectif !". Je me remis en route, façon de parler car je ne m'étais pas arrêté, même à 6 heures comme programmé, et j'accélérai mon allure tout en réduisant mon temps d'arrêt au ravito. Les tours suivants étaient donc avalés de 6'50" à 7'30" au km, à chaque passage je consultais la distance officielle dont la partie décimale n'était pas très lisible car en bleu et je relançais au début de chaque nouveau tour. Une fois la barre des 180km atteinte, à environ 1h20' de la fin, je me permis une première petite pause afin de me ravitailler une dernière fois, puis à 30 minutes du terme j'en fis une dernière pour effectuer un changement de tenue : ma veste coupe-vent devenait trop encombrante et je commençais à avoir chaud. J'otai aussi le bonnet. J'enfilai alors un débardeur et ... il se mit à pleuvoir ! Cela ne dura pas, 10 minutes grand maximum, et je profitai de ces derniers moments avant l'heure H pour remettre les gaz : les 190 étaient jouables, autant ne pas se priver ! A l'avant-dernier tour, au passage sur les tapis on me remis un petit bloc de bois sur lequel était inscrit mon numéro de dossard (le N°7) et qui devait servir à marquer l'endroit où je m'arrêterai au moment du signal de fin de course. J'eus le temps de finir ce tour et même d'en effectuer un dernier allant jusqu'à courir, en plus de ce dernier tour, les 200 ou 250m qui auraient manqué pour dépasser 191km. Les 192km, soit 8km/h de moyenne, auraient été envisageables avec un peu plus de lucidité à ce moment, mais j'étais tellement content de moi que j'ai opté pour un arrêt tout proche des stands, là où quelques autres coureurs avaient décidé eux-aussi de stopper.

    Dimanche 13 juillet, 14h passées et les heures suivantes.

    Sitôt la fin de la course, une première pensée fut pour ma maman, décédée il y a deux ans à quelques jours de ces 24 heures (au mois de mai 2006) auxquels je devais participer. J'avais beaucoup pensé à elle pendant la course, ainsi qu'à ma femme et à mes enfants, à ma famille en général.

    Une fois revenu à la réalité de la course, qui était terminée, ce que je ne réalisais pas encore vraiment, il restait plein de choses à faire : d'abord féliciter les compagnons de route, Jean-Benoît, Gwenaël*, Jean-Pierre*, Bernard*, Xavier*, Gilles, André, Claude, et tant d'autres auxquels il faut ajouter nos compagnons du 12h. Ensuite, direction la douche via la tente où j'avais préparé mon sac à l'avance. Je consultai les résultats officiels en passant : 191,015km à la 12ème place. J'étais très content de mon résultat.

    Après la douche, ce fut l'heure des remises des prix où tout le monde fut appelé à son tour afin de recevoir, selon son classement, une coupe ou une médaille et une boîte de gâteaux bretons. Pendant la cérémonie, je piquai plusieurs fois du nez tellement j'avais envie de dormir. Mais il y avait le repas du midi offert par l'organisation, alors après une courte pause où je somnolai plus que je ne dormis, j'allai manger. Ensuite, direction la tente non sans avoir dit au revoir à de nombreux coureurs et organisateurs. Difficile de dormir, j'avais installé la tente au plus près du parcours, dans un endroit pentu et en plein soleil. Je trouvai un endroit plus ombragé pour mettre mon matelas mais des enfants sont arrivés et leurs jeux m'ont empêché de véritablement bien dormir. Alors je décidai de prendre la route : il était 17h00. Je dus m'arrêter une petite heure pour me reposer et arrivai chez moi vers 19h30 où, après avoir vidé la voiture et raconté mon aventure (moins longuement que dans ce CR) tout en dînant, je m'installai confortablement sur le canapé où je m'endormis assez rapidement, ne me réveillant que pour aller dans mon vrai lit.

    à+Fab***

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