• CR de ma Mini Mil'Kil 2009

     

    Je suis revenu de Sète mardi 25/08, tout seul en voiture comme un grand, sans besoin d'aide :D . J'ai dit au revoir à Damien (Gourdoda) et Manue qui restent en vacances dans le sud ainsi qu'à Gwen et sa petite famille avec qui je partageais l'emplacement dans le camping de Balaruc.

    Avant de revenir plus en détail sur la course, je précise déjà que le moral est bon, la santé aussi si l'on peut dire, en tout cas, je n'ai pas de courbatures (pas assez couru) et peu de bobos, seulement des débuts d'ampoules au bas des talons provoqués par la marche. Il faut dire que je ne m'étais pas entraîné à marcher de longues heures durant et ça, ça fait mal aux pied quand on porte des runnings. Je n'étais pas venu pour marcher ni faire de la randonnée, mais simplement pour courir. Ce qui m'a rendu la course difficile c'est le poids de mon sac à dos (environ 6 kg) dont la lourdeur tenait au fait que j'étais en autonomie totale. J'avais juste placé des bouteilles d'1,5 litre tous les 10km environ.

    Chronologiquement, mon périple a commencé jeudi 20/08 à 9h30 quand je suis parti de chez moi en voiture, direction Rodez.
    Après un long voyage où j'ai quitté l'autoroute assez tôt (Niort) pour prendre des nationales et des départementales ("Je hais les routes départementales ..." disait Jean Yanne, mais en voiture, je ne les apprécie pas non plus), je suis arrivé à Rodez vers 17h.
    Le travail de placement des bouteilles allait commencer. Je pris donc la direction de Sète en suivant scrupuleusement le road-book et trouvai un endroit au bout de 15km où je cachai une bouteille (derrière une barrière de sécurité) en prenant soin de placer des gommettes de couleur et un morceau de rubalise pour que je puisse facilement retrouver l'endroit quand je courrai.
    Par la suite, je plaçai des bouteilles environ tous les 10 à 12 km et repérai les villages où je pourrais éventuellement me ravitailler en aliments solides afin de changer des barres de céréales que j'avais prévu d'emporter.
    Les paysages traversés étaient magnifiques et me donnaient un aperçu de ce que j'allais vivre le dimanche et le lundi. Mais la chaleur ambiante (36°) m'inquiéta aussi car si on devait avoir cette chaleur lors de la course, ça serait terrible.
    La nuit était tombée après un joli coucher de soleil que j'admirai un temps, tout comme les centaines d'adeptes d'un centre de bouddhistes que j'aperçus à flanc de montagne.
    Par la suite, la route descendait mais je ne pus prendre celle de la course, déviée pour raison de travaux et dus faire un grand détour pour rejoindre Lodève (km131). Il faisait toujours chaud.
    Je passai à Lodève au moment de la finale du 200m de Berlin (21h30 environ) et après avoir dîné je décidai de remonter une partie de la route que je n'avais pu prendre dans l'autre sens, afin de placer un ravitaillement en eau sinon ça m'aurait fait trop long (15km) entre le précédent et la ville.
    J'ai continué mon "balisage-ravitaillement" jusqu'à 15km de l'arrivée en me disant qu'à ce moment là de la course, j'aurais des commerces à proximité.
    J'arrivai à Sète peu après minuit et allai me stationner sur le parking longue durée de la gare.
    J'ai dormi (enfin j'ai plutôt essayé de dormir) dans mon véhicule, mais en raison de la chaleur, de l'exigüité de mon véhicule et des annonces des passages des trains en gare par haut parleur, j'ai somnolé en pointillés.

    Le matin, vendredi 21/08, vers 6h30, je préparai mon barda pour rallier Rodez par le train d'abord puis par le car : Sète - Béziers, Béziers - Sévérac le Château, Sévérac le Château - Rodez. Départ 8h18, arrivée 12h47. Et une fois à Rodez, 35° à l'ombre, je devais attendre plus de 3h pour prendre un car pour St Cyprien/Dourdou, lieu de rendez-vous des Mini Mil Killers. Je préférai prendre un taxi afin d'aller prendre une douche au camping dans les meilleurs délais.

    Arrivée au camping : 15h. J'y retrouvai d'autres coureurs déjà installés.
    La tente montée, la douche prise, je fis une bonne sieste afin de ne pas manquer de sommeil dans deux jours.
    Il faisait chaud, mais il y avait de l'air et à l'ombre ça rafraîchissait.

    Jusqu'au samedi soir 22/08, le lendemain donc, je me suis bien reposé et j'ai profité d'avoir du temps pour discuter avec les copains (gourdoda, Gwen, et tant d'autres que j'avais plaisir à voir ou revoir).
    J'ai aussi vu et revu mon sac à dos afin d'y placer tout ce dont je risquais d'avoir besoin pendant la course que j'avais prévu de faire en autonomie totale. Au bout du compte, le sac semblait peser une tonne et je me doutais que ça n'allait pas être facile de courir avec ça sur le dos, mais je n'avais pas d'autre choix.
    JB, l'organisateur, fit le briefing dans le camping, à l'ombre, sous le regard étonné des autres vacanciers qui devaient bien se demander quelle était cette "secte" de personnes habillées en jaune fluo pour certaines (c'est la couleur du TS offert aux participants).

    Le jour du départ, le dimanche 23/08, on se donna rendez-vous à St Cyprien devant le Café des Sports pour rejoindre le site du départ (Place St Cyrice à Rodez, au km 800 de la Mil Kil) d'où le top chrono devait être donné à 8h précises, soit exactement 7 jours après le départ de la Mil Kil.
    Pendant le trajet (30km) nous avons eu la chance de voir et d'encourager Alex Forestieri qui menait la MilKil. Il lui restait une dizaine de km avant d'atteindre Rodez et il n'aurait pas le temps de nous rattraper avant notre départ. Mais après, qui sait ?

    Journalistes, photos, dernières discussions et le départ fut donc donné à 8h.

    Dimanche 23 août : 8h00.

    JB donne le départ de la Mini Mil'Kil à exactement J+7 de la Mil'Kil, pour synchroniser les temps.
    Une longue descente assez pentue de 1500m environ va nous servir d'échauffement et les premières sensations de course sont bonnes : pas de douleur ni au bassin, ni ailleurs, mais le poids de mon sac se fait sentir. Il m'aide à descendre, mais qu'en sera-t-il sur le plat et dans les montées qui s'annoncent nombreuses (3000m de D+ prévus jusqu'à Sète) ?
    La météo est au beau fixe, avec un grand soleil, et comme il faisait un peu frais dans la vallée du Dourdou j'espère vivement que la fraîcheur nous accompagne le plus longtemps possible.
    Le soleil étant à l'Est le matin, ce n'est pas une nouveauté :wink: , tout le monde va rester à l'ombre des haies en courant sur le côté gauche de la chaussée.
    Une première montée, assez raide, va me montrer que mon sac est très (trop) lourd et je suis obligé de piocher un peu pour conserver une allure de course supérieure à mon allure de marche. Nous sommes partis groupés en discutant dans la descente "neutralisée", mais maintenant tout le monde court à son rythme et je me retrouve bien vite parmi les derniers. Pas grave, je sais que la course va durer plus que de raison et que certains sont peut-être partis trop vite et risquent de le payer plus tard.
    Vers le km 6,6 nous avons quitté le parcours de la Transe Gaule et je me retrouve alors en pays "inconnu".
    J'atteins Flavin (km 8,7) en 1h06', ce qui me donne une idée de mon allure : 7,9km/h. Pas rapide tout ça et déjà je n'aperçois plus personne devant sauf Philippe et Charles avec qui je vais faire un bout de route.
    Je n'ai pas très soif et n'ai pas besoin de m'arrêter acheter de quoi manger, ayant pris un petit-déjeuner copieux au camping. Ma première bouteille m'attends au km 14,9 bien cachée et repérable avec des gommettes et de la rubalise. La route monte puis descend maintenant.

    La Capelle Viaur, km 13,4 passée en 1h41' (toujours à 8km/h environ de moyenne) , puis le pont sur le Viaur suivi d'une remontée de plus de 4,5km.
    Au km 14,9 je m'arrête pour retrouver ma bouteille afin de refaire le plein d'eau et surprise ! Pas de bouteille ! Je m'y prends à plusieurs reprises pour la retrouver, mais hélas elle a disparu. Une farce d'un concurrent ? Un promeneur qui l'a ramassée ? Peut-être a-t-elle glissé et est-elle tombée en contre-bas dans le ruisseau ? En tout cas, me voilà fortement ennuyé et heureusement que les accompagnateurs d'autres coureurs sont dans le coin me proposent de l'eau car j'aurais été bien embarrassé sans eau : ça commence bien ! En plus je perds 10 minutes dans l'histoire.
    Le parcours est vallonné, il ne fait pas encore trop chaud, mais je sens que la température monte dès qu'il n'y a plus de haies.
    J'espère que ma seconde bouteille sera là.
    Je franchis le village de Trémouilles en 2h32' au km 18,8. Ma moyenne est descendue à 7,4km/h. Le paysage est beau, des éoliennes tournent au loin et je sais que je vais bientôt aller les voir de plus près car la route passe à côté.
    Mon second ravitaillement se trouve au km 25,6 et avec mes trois compagnons de route (Philippe, Charles et Daniel) je suis tout content de le retrouver sans trop de difficulté. Cette fois la course est lancée !

    Le village suivant, Canet de Salars au km 29,3 (4h12'),  est animé. Il y a une brocante ou un vide grenier ou peut-être un vide hangar vu le nombreux matériel agricole entreposé. Il est midi et quart presque et la foule ne se pousse pas vraiment pour nous laisser passer je heurte même un jeune Guignol aviné qui change de direction à chaque pas en lui promettant de revenir lui coller un pain quand j'en aurais fini avec la course et qu'il aura désaoûlé. C'est dire qu'il m'a bien énervé et que je me rends compte que je commence à perdre de ma lucidité en me tracassant sur mes temps de passage à venir. C'est que j'ai prévu d'atteindre certains patelins avant la fermeture des commerces et là, je commence à accumuler du retard sur mes prévisions pourtant pas très rapides.
    Je retrouve ma bouteille N°3 à l'entrée de Salles-Curan après avoir admiré les bords du lac de Pareloup où se trouvent des campings.

    Salles-Curan, 5h23' de course pour 36,9km. Moyenne : 6,85km/h. J'ai beaucoup marché avec mes compagnons de route et je ne sais pas marcher vite donc du 5km/h ça plombe la moyenne !
    Si en plus je m'arrête dans un café-restaurant pour boire deux panachés bien frais, avec Philippe et sa soeur Christine qui l'accompagne en auto), la moyenne va encore chuter. La boulangerie que j'avais repérée l'avant-veille est fermée car j'ai 1h de retard sur mes prévisions. Mais je n'ai pas plus faim que ça et mange mes barres de céréales : j'en ai emporté 18 auxquelles il faut ajouter 6 pâtes de fruits et 6 barres de pâtes d'amandes. Christine me propose une banane que je mange avec plaisir. Après cette pause de 25 minutes, nous repartons et faisons la jonction avec Daniel qui s'était arrêté à l'ombre pour se reposer. Nous marchons plus que nous courons et je commence à ne pas aimer, mais je ne peux assurer un tempo trop rapide en courant au risque de réveiller mes douleurs au bassin qui jusqu'à présent me laissent tranquille.

    Maintenant, ça monte dur, nous allons vers le Col de Vernhette (alt 1029m). Un peu avant, il y a un village, Bouloc (7h24' / km 46,9 / moyenne 6,3km/h) où un bistrot est encore ouvert. Je prends un nouveau panaché, me recrème les pieds qui me chauffent un peu, demande de me faire remplir mes bouteilles d'eau fraîche et je repars à la recherche de ma bouteille N°4 que je retrouve facilement. Elle était à l'ombre, donc encore fraîche elle aussi.
    Ce nouvel arrêt de 20' va faire encore baisser la moyenne et je crains pour la nuit que je n'ai pas prévu de passer là où je risque d'être quand elle va tomber. Mais il y a le temps, il n'est que 16h quand je passe le Col de Vernhette au km 49,2 en 8h00'. Ma moyenne est de 6,15 km/h : ça baisse, ça baisse, ce n'est plus vraiment de la course et je ne prends pas mon pied pour résumer la situation.
    Heureusement qu'au col une surprise va m'attendre : un couple d'Aveyronnais nous klaxonne et s'arrête un peu plus loin. Perdu dans mes pensées je ne le reconnais pas encore et lui non plus d'ailleurs quand soudain j'ai l'étincelle : Jérôme et Marie ! Mes amis de St Cyprien sur Dourdou, ceux qui m'avaient rencontrés sur la Transe Gaule 2006 et que j'ai revus depuis lors de chaque édition. Jérôme est pâtissier et a pris l'excellente habitude de proposer aux coureurs de la TG des flans et des gâteaux énergétiques. Avec ma barbe, ils ne m'ont pas reconnu tout de suite, mais quand ils s'aperçoivent que c'est moi, ils sont tout aussi heureux que moi. Ils me proposent de l'eau pétillante bien fraîche ainsi que des flans et je leur dis que je préfèrerais les prendre plus tard car l'épisode du panaché au café de Bouloc est encore tout frais.
    Donc, rendez-vous au prochain village.
    Ce sera à Montjaux, au km 54,7 atteint en 8h50' (moyenne 6,20 km/h) après une belle partie de route en descente d'où j'aperçois et admire le viaduc de Millau. Nous sommes entrés dans le Parc Naturel Régional des Grands Causses : c'est très joli et vu mon allure "escargotesque" pour ne pas dire "escargrotesque" j'ai le temps de regarder la vallée.
    A Montjaux, nous nous arrêtons avec Philippe et Daniel, rejoints par Claudiane et Marie-Jeanne qui vont repartir assez vite car faisant la Mil Kil en plusieurs étapes (3 jours environ).
    Mes amis Jérôme et Marie sont là et nous payent un coup à boire (encore un panaché bien frais pour moi) et m'offrent des flans qui vont apaiser ma faim et compenser ma déception de n'avoir pu me ravitailler dans les précédents villages.
    25' plus tard, je dois repartir non sans avoir mis un pansement protecteur à un de mes talons abîmé par trop de marche : je ne suis pas fait pour marcher mais pour courir et donc mes chaussures elles non plus n'apprécient pas ces trop longs moments sans courir. Je commence quand même à boiter et je me demande si cela ne va pas avoir des conséquences fâcheuses dans quelques heures. Je dis au revoir à mes amis et reprends la route essayant de faire la jonction avec Philippe et Daniel ou l'une des filles. Mais tout le monde est trop loin, je ne les aperçois plus alors je file à mon rythme en plein cagnard et je me dis que bientôt je vais aller à la chasse de ma bouteille suivante, la N°5, située près de la borne 33 de la route et repérable par de la rubalise accrochée à un buisson.
    Au soleil, une bouteille d'eau chauffe : j'ai le droit à de l'eau chaude, alors je m'arrose avec pour me laver un peu la tête, les jambes et les bras. En courant ça va me rafraîchir peut-être.

    Prochaine étape : St Rome de tarn, km 63,5, au bout de cette longue descente depuis le Col de plus de 14km. L'altitude est passée de 1029 à 332m et la fin est plus sinueuse que le début ce qui offre des portions de route à l'ombre. Mais qu'est-ce qu'il fait chaud ! et dire que j'aurais dû passer ici il y a plus de 2 heures maintenant !
    St Rome : 10h36' de labeur pour 63,5km : moyenne = 6km/h à peine ! Mes plans nocturnes tombent à l'eau car je ne serai jamais là où j'avais prévu à temps et je redoute une certaine partie du parcours à effectuer en pleine nuit noire tout seul avec ma frontale. Enfin, on verra bien.
    A St Rome, je rejoins Philippe et Daniel avec qui je vais au café espérant trouver de quoi me restaurer avant d'attaquer la soirée et la longue remontée vers Roquefort où je sais qu'il n'y a pas de commerces.
    Marie-Jeanne, Claudiane et Charles ont arrêté la course provisoirement pour passer la nuit dans le camping du village et mes compagnons et moi décidons après une longue pause d'une heure de repartir sur la route. Jean Benoît est venu nous rejoindre au café et nous informe de l'état des troupes : Gourdoda est passé en 2ème position derrière l'intouchable Vincent qui prépare la Badwater 2010, et certains commencent à avoir des difficultés à se ravitailler à cause de la chaleur de la journée. Ils ne peuvent plus s'alimenter et sont malades, comme Gilles par exemple.

    Quand nous repartons, nous rattrapons Gilles qui a fait une pause de 3h pour essayer de reprendre des forces et quand il nous a vus, il était prêt à repartir.
    La soirée n'est même pas fraîche, le soleil se couche, il y a un peu d'air, mais pas de quoi se rafraîchir.
    Je retrouve ma bouteille N° 6 qui est tiède, mais j'ai encore assez d'eau donc j'en bois un peu et donne le reste à Christine, la soeur de Philippe pour qu'elle la garde pour éventuellement dépanner quelqu'un qui en aurait besoin.
    Pour moi, c'est de plus en plus difficile, la marche ayant fait son travail de sape sur mes deux talons, j'ai même mal quand je cours et peu à peu je ressens des douleurs au bassin qui se réveillent en raison de ma foulée inhabituelle.

    Dans ma tête, c'est un peu le chaos : vais-je avoir envie de poursuivre la route ? Vais-je profiter du passage à Roquefort (km 78,7)pour m'arrêter dormir sur un banc pour repartir plus tard moins fatigué ?

    Avant d'arriver à Roquefort, il y a le village de Lauras à franchir et son giratoire où paissent des moutons (des faux, en métal chromé) : km 75,6 atteint en 13h50' environ soit à la moyenne effarante de 5,46km/h ! Nous avons mis 2h13 pour faire 12,2km mais si l'on ajoute l'heure d'arrêt pendant laquelle le chrono tournait quand même, ça donne une moyenne de moins de 4km/h. A ce rythme là, Sète ne sera même pas atteinte demain soir !
    Il fait déjà nuit noire et la route recommence à monter.
    Ma bouteille N° 7 se trouve sur une petite aire qui ressemble à un petit parking caillouteux et nous mettons à trois avec nos frontales pour rechercher la rubalise puis la bouteille que je finis par retrouver, tiède encore malgré la nuit.
    Allez, encore deux bornes et nous arrivons à Roquefort dont nous apercevons l'éperon rocheux éclairé par des projecteurs.
    Roquefort, km 78,7 en 14h28' et moyenne de 5,44km/h. On n'avance pas et la marche m'est de plus en plus pénible, douloureuse même, et les courtes portions de courses ne sont même plus agréables car mon sac à dos pèse encore trop lourd.
    J'hésite longtemps avant de choisir entre repartir et affronter la nuit ou rester dormir sur un banc quelques heures, avec les lumières de la ville comme compagnes.

    C'est décidé, je repars avec Philippe, Daniel ayant continué à avancer. Nous le retrouvons à la sortie du village; il nous attend car il ne veut pas affronter cette partie du parcours tout seul dans la nuit sombre. A plusieurs, on discute, le temps semble passer plus vite. Mais moi je n'arrive plus à suivre et je me décide peu à peu à terminer l'histoire en arrêtant les frais dès que possible.
    Au km 84,7 là où la soeur de Philippe avait garé son véhicule pour l'attendre, je choisis l'option abandon sans trop de frais mais par sécurité. Combien de semaines mettrai-je pour récupérer si je persiste et aggrave mes blessures. Si encore les pieds n'avaient pas été blessés, j'aurais pu continuer en marchant, mais comme c'est la marche qui me les a abimés et que la course est devenue trop douloureuse, je n'ai pas d'autre issue.
    A presque minuit, donc, je demande à monter dans la voiture et à abandonner.

    Au total, j'aurai "couru" 15h48' pour une distance de 84,7km. Loin, très loin, trop loin de mes attentes. Je pensais pouvoir tenir le 7/7,5 km/h jusqu'à Lodève (km 131) que je voulais atteindre vers 2 h du matin.
    C'est raté !

    La suite de ma nuit (on est maintenant lundi 24/08) va consister à tenir compagnie à Christine qui va ravitailler son frère tous les 5km (donc toutes les heures) jusqu'à ce qu'on arrive à un endroit où je pourrai prendre un car ou un train pour retourner sur Sète récupérer ma voiture. J'en profite pour ramasser mes bouteilles au fur et à mesure que nous passons à côté d'elles jusqu'à un village où il y a une gare. Hélas, on est lundi et il n'y a pas de train les lundis des vacances. Donc je suis contraint de continuer jusqu'à Lodève. Cela ne me gène pas car j'encourage les gars, mais je suis crevé et j'aimerais tant prendre une bonne douche.
    Les deux compères, Philippe et Daniel, vont s'arrêter dormir 4 heures dans un hameau éclairé, sur un petit parking privé, sur l'herbe, emmitouflés dans un duvet ou une couverture de survie. J'ai froid dans la voiture et je sors la mienne pour dormir aussi. Vers 6h, les gars se réveillent et repartent : nous allons les suivre jusqu'à Lodève où je pourrai prendre un car vers Montpellier puis un train pour Sète. C'est Pascale qui me renseigna par téléphone de l'existence de ces lignes et des horaires. Dans la matinée je reçois un coup de fil de Manue, l'amie de gourdoda, qui m'informe qu'il est incapable de continuer, n'arrivant plus à s'alimenter. Il est au km 150 et compte arrêter si ça ne va pas mieux.

    Christine me dépose à Lodève à midi et j'ai le temps de manger quelque chose avant de prendre le car pour Montpellier puis le train pour Sète où j'arrive vers 15h. Je récupère ma voiture sur le parking longue durée de la gare, paie 24€ de frais de parking et pars vers le site d'arrivée de la Mil'Kil, sur le Panoramique des Pierres Blanches.
    J'y retrouve JB et son équipe ainsi que ... Manue et Gourdoda qui a définitivement abandonné. Il dort sous un arbre, à l'ombre. Chut ! Faut pas le réveiller :wink:

    Quelques petites bières après, gourdoda s'étant aussi réveillé, nous partons à la recherche d'un camping. J'en avais repéré deux sur Balaruc avant de partir de chez moi et après avoir tournicoté plusieurs minutes à la recherche du premier en vain, nous trouvons le second terrain, le Mas du Padre, où nous prenons un grand emplacement afin de placer nos deux tentes ainsi que les deux tentes de Gwen et sa petite famille. quand il sera arrivé. Là, il est encore à plus de 25km du but, ce qui fait 5 heures au moins pour s'installer et le voir arriver.

    De retour aux Pierres Blanches, le site de l'arrivée, j'ai le plaisir de voir que Philippe B* est arrivé (en 3ème position) et nous discutons. Nous nous installons pour manger. Pas encore servi et voilà Gwen qui est annoncé : nous nous levons pour le voir arriver et le féliciter pour sa 4ème place. Ensuite, nous dînons et je dévore des brochettes de boeuf et de magret de canard, le tout arrosé de bière(s).

    Bien fatigués, Gourdoda, Manue et moi décidons de rentrer au camping, mais un autre coureur est annoncé, alors nous l'attendons. Il s'agit de Yannick Dorlé dont j'avais fait la connaissance lors des 24 heures d'Aulnat en novembre 2008. Après l'avoir félicité lui aussi pour son exploit, nous allons enfin nous reposer car la fatigue commence vraiment à se faire sentir, surtout le manque de sommeil.

    Mardi 25/08 : il faut rentrer.

    Démontage de la tente puis retour sur le l'arrivée où je fais connaissance avec Alex forestieri, vainqueur de la Mil' Kil, arrivé vers 2h du matin et battant son propre record sur la distance en 8j 18h 03' 30". Je revois avec plaisir aussi Christian Efflam, second de la course en 8j 21h 16' 00". Gilbert Codet et Serge Girard sont annoncés dans trop longtemps pour que je puisse attendre leur arrivée, si bien que je reprends la route vers Rezé. Le temps de dire au revoir à tout le monde et je file vers Béziers...

    Il est 14h30, je vais arriver vers 20h30 à Rezé.

    Bilan du séjour:

    1800km en voiture + 400km en transports en commun (train + car + taxi)

    84,7km en "courant"

    Coût total (transports + bouffe + hébergement + inscription) = 600€

    C'est peut-être un peu cher, mais j'avais besoin de ce petit break où j'ai pu rencontrer des personnes avec qui je n'ai pas souvent le temps de discuter et de partager ces moments particuliers liés aux courses d'ultra.

    à+Fab****

     

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